-HPTN-

Ça commence par des ongles rongés et des poumons trop vides. Ensuite, il y a l'équilibre qui tangue, les tympans sourds, l'esprit qui chute. Ça finit par des pleurs sur les joues et des sourires crispés au bout des lèvres.

"Silence. Silence!"

On frappe le marteau comme un cœur qui bat trop vite, trop fort. On le martèle pour le discipliner, un malpropre qu'on afflige brusquement. Et sa douleur résonne dans les crânes, juste assez pour retenir sa respiration.

Boum. Boum. Boum.

"Le procès est terminé. Citoyens, merci de vous diriger vers la sortie. Jurés, par ici s'il vous plaît."

On entend encore des cris acidulés et des rires un peu figés. Des morceaux de chair qu'on arrache, des vieilles dames, âmes, qu'on bouscule. Des échos de condamnés: leurs supplices et leurs fièvres. Eux, s'enchevêtrent dans les coins obscurs du bâtiment. Mais, tout comme une vieille radio échancrée, un jour on les oubliera.

Théodore le sait. Lui aussi, on l'annihilera. Mais c'est ok. Tout va bien. Cela n'a aucune importance, tant que sa pluie d'étoiles ne le fait pas.

"Tu y crois toi ? A Dieu?

-Rire désabusé. Lorsqu'on vit dans un placard en crevant de faim, les lèvres de sang marin, on arrête de le faire.

-Je pourrais prier pour nous. Tu ne pense pas? Mettre plus de chance de notre côté.

-Ce n'est pas de la chance Théo. C'est du désespoir."

Harry voit Théodore danser sur ses pieds, le ciel dans ses yeux tourne malade. Il ne remarque pas toutes ces ombres qui brûlent son corps, ces poings explosés, et la terreur qui l'empoigne violemment. Il s'accroche à sa vision achromatique, refuse d'intégrer que Théodore a déjà perdu une partie de lui.

"Aimer, qu'est-ce que c'est?"

Pourrir de l'intérieur.

"Monsieur Potter. Monsieur Potter s'il vous plaît, sortez! Les détracqueurs vont arriver."

Sauf qu'ils sont déjà là. Partout autour d'eux, et dans le froid infâme de leurs entrailles. Et pour la première fois, Harry est effrayé par le vide qui saillit sous ses pieds. Parce que tout à coup il en a un dans son cœur.

Harry n'est pas fou. Seulement un peu dépassé. Il n'invente pas tous ces grésillements qui lui écrasent le crâne petit à petit. Ni ces murmures monstrueux qui l'empêchent de prendre une inspiration, comme un millier de remords qui s'épandent à l'intérieur du corps.

Tic.

Théodore est submergé. Les barreaux s'entrechoquent. Tout comme ses sentiments. Il pourrait presque donner de la grandeur aux mots. Amour. Avec un grand A. C'est jolie, finalement. Ça fait clore des lucioles d'espoirs.

Tac.

Théodore se retourne, regarde Harry avec indulgence. Il observe ses émeraudes fatiguées, des bleues en dessous, et la mer qui s'y écoule sans fin. Trop tard. Il n'arrive pas à retenir le sourire de grandir. Il est sur qu'il est immense, et pour une fois, espère qu'il ressemble à un de ces rayons de soleil qui rend moins médiocre leur monde.

Tic.

Théodore n'entend plus. Où seulement les battements assourdissants de son âme dévastée. Il la sent tomber, comme des ruines abandonnées. Il a les tympans qui grincent comme un souffle amer. Il ferme les yeux, se brise. Et oublie un peu tout ce qui s'est passé. La seule image qu'il garde en tête? La courbe de ses lèvres lorsqu'il rayonne de bonheur.

Tac.

On oublie l'orage dans les rues. Mais pas celui dans les cœurs. Il s'accélère, cogne de plus en plus vite. Trop, comme pressé par le temps. Et sous des nuages apeurés, les voûtes se cachent. Quelques fois, des oraisons murmurées s'élèvent tant bien que mal.

Soudain, il pleut. Fort. Trop. Et si abruptement que les vitres explosent, exposant, à la vue de tous, leurs éclats à l'intérieur. Narquois, ils dénoncent sans mots l'infamie peint sur les masques de chair.

"Théo, on est amoureux. Ce n'est pas un crime.

-Et le monde n'est pas si bon, Harry. On nous brûlera les ails.

-Les miennes ont été étriquées, assoiffées dans un placard. Ce ne changera pas grand-chose. On survivra Théo, comme on le peut. Et comme on le fait depuis longtemps.

-Combien d'os cassés je devrai réparer avant que le monde ne perde de son éclat à tes yeux ?!

-Trois mille fois au moins."

Analmenech lui a brisé les côtes.

Alors, Harry ? Cela fait bien plus que trois mille squelettes mutilés, non ?

Harry a la pression d'un maelstrom qui fissure les parois de son occlumencie déjà bien amoché. Il a la tête qui brûle, et hurle. Il ne perçoit même plus ses plaintes pleines de peines. Mais il ressent la froideur de son cœur. Et il sent le goût du pétrole sur la langue en s'étranglant avec. Il peut encore discerner son corps se faner, et ses yeux se brouiller d'un noir désuet.

Analmenech lui a brisé les g'noux.

"Tu sais, il y a de ces jours où je crois mourir. Juste parce qu'il y a un peu trop de cumulus dans mon cœur, et que mon âme peine à s'éclairer. C'est comme si, le sourire des autres enfermait le tient et leurs pleurs le noyaient dans une mélasse informe et trop opaque pour battre des pieds et des mains."

Harry ressemble à ces vitres pleurantes, Il explose, expose ses débris obscures, créé des fissures dans les corps malades. Des branches de sang les étouffent.

Mais tout va bien. Parce que Théodore est dans ses bras. Pitié qu'il y soit. Et s'il ne respire plus, c'est qu'il s'interdit de pleurer. Si l'orage dans son cœur s'est arrêté, c'est que l'ataraxie allège son âme.

"C'est fini Harry. C'est fini."

Harry ne sait pas dire Adieu. Et il ne veut pas le faire. Il en est incapable.