PREMIÈRE PARTIE

Appartement de Dazai Osamu. 01h30.

- Ça suffit, lâche-moi !

Dazai fit expressément mine de n'avoir rien entendu et poursuivit ses petites attentions, mordillant la peau du cou de Chûya avec autant de langueur que de taquinerie. Le roux soupira, exaspéré. Il n'aurait pas dû être surpris. Dazai n'était jamais du genre à l'écouter. Surtout après l'amour. C'était peut-être difficile à croire mais il était le plus tendre et affectif des deux.

Chûya le laissa poursuivre encore quelques minutes, aussi bien par dépit que parce qu'il appréciait la fraîcheur de ses lèvres sur sa peau. Même s'il ne l'avouerait jamais à voix haute.

Il s'efforça de s'éloigner, autrement ils repartiraient pour un nouveau round et il avait déjà perdu le compte des précédents. Ce qui n'était pas forcément bon signe.

- Allez, c'est bon, fit-il en descendant de son lit. Il faut que je rentre.

Dazai accepta l'idée malgré lui, sans chercher à masquer sa déception. Il observa Chûya se rhabiller sous la clarté de la lune filtrant à travers la fenêtre. Cette lumière blanche baignait son petit corps d'une lueur incomparable et le rendait encore plus beau qu'à l'accoutumée.

- Tu continues de jouer les adolescents avec un couvre-feu ? Tu sais très bien que tu peux rester dormir ici.

- Et tu sais très bien qu'avec toi, il n'est jamais question de « dormir ». J'ai besoin de sommeil, j'ai un rendez-vous demain soir.

Dazai mit quelques secondes avant de répondre. Il savait parfaitement ce que Chûya voulait dire derrière cette phrase et ce fameux rendez-vous dont il parlait.

- C'est quoi ? Le troisième, c'est ça ?

- Je crois, oui, répliqua Chûya sans grande conviction.

- C'est important. Tu sais ce que ça signifie ?

Le roux lâcha un léger rire. Il n'était pas du genre à se concentrer sur des détails aussi futiles que le nombre de rencards pour savoir quelle étape d'une relation il était temps de franchir. Il avait rencontré Akira deux mois auparavant. Il était une nouvelle recrue des Lézards Noirs et Chûya avait rapidement été amené à travailler avec lui. Ils s'étaient mutuellement plu et Akira avait osé proposer un rendez-vous à Chûya. Puis un second. Et le troisième aurait lieu le lendemain.

Il ne s'était rien passé entre eux. Tout restait incroyablement platonique.

Au contraire diamétral de cette étrange relation qu'il entretenait avec Dazai depuis leur adolescence. Non pas qu'il s'agisse de romantisme, loin de là. Ils se reposaient sur un partenariat purement physique et bon sang, ce que c'était fantastique. La haine qu'ils ressentaient l'un pour l'autre attisait le désir qui les habitait, comme de l'essence sur un brasier. Ils avaient expérimenté leur première fois ensemble, cinq ans auparavant et se retrouvaient depuis régulièrement pour passer la nuit à deux. Ces réunions nocturnes du Double Noir étaient de ces moments qui n'appartenaient qu'à eux, même plusieurs années après que Dazia ait quitté la Mafia.

Chûya ne se sentait pas vraiment en tort dans son comportement. Lui et Akira n'étaient pas ensemble, bien que ces rendez-vous à répétitions leur en faisaient prendre le chemin. Il était encore en droit de coucher avec qui il voulait.

- Épargne-moi tes traditions douteuses, plus personne ne croit à ce genre de trucs, répliqua-t-il.

- Tu te trompes, ma limace. Beaucoup de gens sont encore à cheval sur ces principes. Ils constituent une sorte de repère lorsqu'on ne sait pas très bien de quelle façon avancer dans une relation.

- Tu comptes me conseiller en matière de rencard ?

- À défaut de te réussir à te convaincre de revenir dans mon lit, je peux toujours essayer de t'aider, non ?

Dazai n'était pas jaloux. Pas le moins du monde. Et c'était bien ce qui prouvait, en plus du fait qu'ils ne se supportaient pas, que leur relation n'irait jamais au-delà du physique. Pour autant, Chûya sentait toujours son estomac se retourner chaque fois que son amant témoignait d'une telle indifférence quant à ce qu'il faisait avec Akira.

Il n'était pas certain qu'il réagirait de la même façon si la situation était inversée. Mais il se gardait bien d'y réfléchir. Et même d'y penser.

- Merci, mais je m'en passerai, relança Chûya. Tu es peut-être un dieu au lit, tu n'en restes pas moins pathétique en relations amoureuses.

Le mafieux aurait tout donné pour ravaler sa propre langue. Mais c'était trop tard pour regretter. Dazai le fixait d'un sourire satisfait à donner des envies de meurtres. Ce maquereau le rendait fou au point de lui faire dire n'importe quoi. Ça en devenait difficilement gérable.

- J'imagine que c'est trop te demander que d'oublier ce que je viens de te dire ?

- Tu peux toujours rêver, mon Chûya.

- Le contraire m'aurait étonné.

Et sur ces paroles, il quitta l'appartement de Dazai en se maudissant tout le long du chemin de retour jusqu'à son propre foyer. Ce qui équivalait probablement à une quinzaine de marches et dix mètres de couloirs.

Foutu maquereau qui avait eu la brillante initiative de s'installer dans le même immeuble que le sien. Comment Chûya était-il supposé se le sortir de la tête en le sachant un étage au-dessus ?

Avec un peu de chance, Akira aurait de quoi lui faire oublier cette soirée affreusement gênante et cette tête de momie souriante avec. Après tout, c'était leur fameux troisième rendez-vous.


Appartement de Chûya Nakahara. 01h30.

- J'espère que cet horrible restaurant ne t'a pas empêché d'apprécier la soirée, lança Akira en se grattant la nuque d'un air gêné

Au contraire, c'est ce qui avait pimenté un peu leur rendez-vous. Non pas qu'être avec Akira lui déplaisait, mais leurs trois rencards s'étaient jusque-là ressemblé. Alors une anecdote sur un mauvais menu, c'était toujours bon à prendre et puis, cela leur avait donné une occasion de rire.

- Non, pas du tout, répondit-il. Sans quoi, tu ne serais pas ici.

Akira sourit largement, considérant visiblement sa présence dans cet immeuble comme un privilège. Pourtant, ils étaient encore sur le pas de la porte et Chûya restait patient, attendant de voir de quel manière son rencard allait se comporter après cette situation, soi-disant symbolique, du troisième rendez-vous.

- Tu veux rentrer prendre un café ?

C'était un sous-entendu à peine caché et heureusement pour Chûya, Akira le comprit sans aucune difficulté. Le garçon à la peau doré et aux cheveux argentés se pencha sur Chûya et saisit ses lèvres entre les siennes dans un sourire. Le roux accueillit cette expérience avec une certaine retenue. Si Dazai avait très certainement connu d'autres hommes comme de femmes, c'était la première fois que Chûya embrassait quelqu'un d'autre que lui. Ce n'était pas désagréable, juste ... différent.

Il passa ses mains autour du cou d'Akira et approfondit leur baiser, dans l'espoir de se débarrasser de l'image intrusive de Dazai dans son esprit. Il déverrouilla la porte avec expertise, sans mettre fin à leur échange de plus en plus fougueux et l'attira à l'intérieur de son appartement.


Chûya fichait nonchalamment le plafond, à la recherche d'une chose à dire. En vain. La respiration saccadée d'Akira, à côté de lui, était la seule chose qui venait fendre le silence. Il tenta de se repasser la soirée dans la tête comme un enregistrement, en cherchant ce qui avait pu coincer. Mais à l'image des dix premières fois où il avait tenté de le faire, il ne trouva rien.

Pourtant, le fait était là. Cette nuit avec Akira avait été une immense déception. Du moins pour lui, s'il l'on en jugeait le sourire satisfait sur le visage de son amant.

Chûya avait été très très très loin de ressentir le feu et la passion de ses moments avec Dazai. À cet instant, il restait horriblement frustré et perplexe, mais se gardait bien d'en parler à Akira dont les yeux rayonnants semblaient perdus dans le vague.

Le portable de Chûya émit un léger bip qui le fit sursauter.

- Excuse-moi, fit-il brièvement à Akira en osant à peine le regarder dans les yeux.

Il s'empara de son portable en priant pour une urgence à la Mafia qui lui donnerait une bonne excuse de se sortir de cette situation plus que gênante. Mais ce n'était que Dazai. Encore et toujours ce foutu maquereau qui lui avait envoyé deux textos.

« Alors ? C'était comment ? »

« Je t'ai vu rentrer avec ton prince charmant, il y a deux heures. Ne me dîtes pas que vous êtes en train de jouer aux cartes. »

Chûya aurait préféré pourtant.

- Un problème ? résonna la voix d'Akira à ses côtés.

- Non. Juste un ... une urgence avec la Mafia.

Il se détesta pour user du mensonge. C'était terriblement bas, même venant de lui. Mais il ne voyait pas d'autres moyens de mettre fin à cette soirée. Akira se laissa convaincre sans peine par cette excuse.

- Rien de grave, j'espère ?

Bon sang, ne sois pas compréhensif ! Son attitude adorable ne faisait que rendre les choses encore plus compliquées. Chûya se sentit affreusement mal et honteux de son comportement, alors il tenta de se rattraper comme il le pouvait.

- Je n'en ai pas pour longtemps. Tu peux rester ici, si tu veux.

Il avait voulu paraître accueillant, mais en réalité, cette proposition le rendait encore plus ignoble. Il se dégoûta de lui-même.

Akira hocha la tête en souriant.

- Fais attention.

Il déposa un baiser sur la bouche de Chûya qui fit de son mieux pour ne pas se crisper. Puis le petit roux se rhabilla en quatrième vitesse avant de sortir de son appartement, rejoignant à vive allure celui de Dazai, un étage plus haut.

Il ne prit pas la peine de toquer bruyamment puisqu'il savait son ancien coéquipier encore debout et ce dernier vint lui ouvrir cinq secondes plus tard.

- Mon petit porte-chapeau ! Je ne t'aurais pas cru capable de venir me partager les détails de ta nuit aussi vi...

Chûya le fit taire en passant vivement ses mains sur sa nuque avant de l'embrasser avec fougue. Il les poussa tous les deux dans l'appartement, en pressant son corps enflammé contre le sien, faisant abstraction totale de son mauvais comportement. Il était frustré et perdu, ce qui ne le rendait plus vraiment maître de ses mouvements et de son esprit. C'était bien là la seule façon d'expliquer sa présence ici, dans les bras de cet abruti de Dazai alors qu'Akira reposait encore dans son lit.

Il sentit le brun sourire contre sa bouche, avant de se reculer légèrement.

- C'était donc si nul que ça ?

- Ferme-la.

Chûya tenta de remettre de l'ordre dans sa tête et souffla pour calmer son empressement.

- Je te donne une heure, déclara-t-il. Pas une minute de plus.

- Comme tu veux, ma limace.

Dazai ne se fit pas prier et plaqua son amant contre le mur, bien déterminé à répondre à cette requête silencieuse qu'il avait formulé malgré lui en venant toquer à sa porte.

Ce n'était l'affaire que d'une nuit de plus, se disait Chûya alors que les lèvres de Dazai seules le portaient vers des méandres délicieux. Leur première fois n'avait pas été des meilleures non plus (bien qu'elle l'ait toujours été plus que ce moment d'intimité avec Akira). Mais il fallait toujours un temps d'adaptation pour ce genre de choses. Apprendre à se connaître davantage, à être plus à l'aise avec l'autre, etc ...

L'intimité avec Akira ne pourrait que s'améliorer avec le temps, et alors, il n'aurait plus besoin de revenir vers ce maquereau trop fier de ses compétences.

N'est-ce pas ?


Trois mois plus tard ...

Locaux de la Mafia Portuaire. 15h12.

Ça ne s'était pas amélioré.

- Je ne suis qu'une ordure, déclara-t-il à voix haute.

- Je n'irais pas jusqu'à dire ça, répliqua Tachihara. Tu es juste ... pragmatique.

- Pragmatique ? répéta Akutagawa, peu convaincu.

Le jeune Lézard Noir reprit une bouchée de son donburi avant de se remettre à parler. La nourriture avant les problèmes relationnels de ses collègues. Il ne fallait pas non plus trop lui en demander.

- Oui. Le romantisme avec Akira et le passionnel avec Dazai. C'est une question d'équilibre.

- Je t'en ficherai de l'équilibre, répliqua le jeune homme au manteau noir. Il couche littéralement avec deux personnes en même temps. Qu'est-ce que ça fait de lui ?

- Une ordure, répéta Chûya sans réellement prêter attention à la conversation de ses collègues.

Akutagawa approuva d'un hochement de tête.

- Je ne vois pas où est le problème, reprit Tachihara. Après tout, toi et Akira vous ne vous êtes rien promis. Vous n'êtes pas vraiment ce qu'on pourrait appeler un couple. Peut-être même qu'il fait la même chose de son côté.

- Je ne pense pas, osa lancer Chûya. Je ne vais voir ailleurs que parce que notre vie intime ne me satisfait pas. Lui, a l'air d'y trouver son compte, alors je ne crois pas qu'il ait de raison de faire pareil.

Un raclement de gorge exagéré de la part d'Akutagawa força Chûya à reporter son attention sur le jeune capitaine. L'air innocent, il continua lui aussi de manger sans se soucier du regard méfiant que lui lançait son homologue aux cheveux roux.

- Tu as quelque chose à dire, peut-être ? lui demanda Chûya.

- Pas vraiment. Je tiens encore à la vie.

- C'est si tu ne me craches pas le morceau que tu devras lui dire adieu.

Akutagawa soupira légèrement. Il osa se tourner vers son collègue pour pouvoir le regarder dans les yeux.

- J'ai juste une question : est-ce que tu fais vraiment ça pour « équilibrer » tes besoins personnels ou parce que tu es juste incapable de te défaire de ta relation avec Dazai ?

Chûya manqua de s'étrangler sur place.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

- Que le fait qu'Akira ne comble pas tes attentes ne vient peut-être pas d'un manque de compétences ou d'harmonie entre vous, mais simplement du fait que tu es amoureux d'un autre.

Tachihara s'étouffa en riant, avant même que Chûya n'ait pu répondre quoi que ce soit. Ce n'était pas un rire absurde comme il l'aurait aimé, mais plutôt un qui voulait dire « Whouah, il a vraiment osé te le balancer en face quand personne d'autre ne s'y risque. »

En effet, Akutagawa prenait de gros risques en s'aventurant sur ce terrain, mais il en avait assez de voir son collègue se morfondre dans des problèmes qui pourraient être très vite réglés si seulement il acceptait enfin ses sentiments pour son ancien partenaire.

- Je ne suis pas amoureux de Dazai, parvint enfin à sortir Chûya.

- Vraiment ? Alors mets un terme à vos rendez-vous nocturnes.

- C'est plus compliqué que ça.

- Tu m'en diras tant.

Depuis quand est-ce qu'Akutagawa était devenu aussi brut de décoffrage ?

Chûya tourna la tête pour masquer le rouge de ses joues et se leva vivement pour quitter la table.

- Tu sais quoi ? Je pense que Tachihara a raison.

- C'est vrai ? demanda l'intéressé, surpris.

- Akira et moi, on ne s'est rien promis. Il voit sûrement d'autres personnes de son côté. Chacun est libre de faire ce qu'il veut.

- Dazai aussi ? voulut savoir Akutagawa.

Le simple fait d'imaginer le détective avec quelqu'un d'autre que lui, suffit à faire serrer ses poings à Chûya. Il ne s'en rendit compte qu'en constatant le regard entendu d'Akutagawa sur lui.

- Mais je t'en prie, continue de jouer les aveugles. C'est tellement plus facile.


Appartement de Chûya Nakahara. 21h28.

Chûya fixa le contenu de sa poêle avec une grimace de dégout sur le visage. Le sort se fichait de lui. Il s'éclatait, même. Plus jamais, il ne laisserait Akira choisir le menu.

- Tu n'aimes pas le maquereau ? demanda ce dernier, depuis le canapé.

Le mafieux releva la tête et s'efforça de sourire.

- Si. Enfin, tout dépend de la ... race.

- Il existe plusieurs races de maquereaux ?

- Tu serais surpris.

Chûya retourna à la confection de son plat en imaginant la tête de Dazai frire à la place de celle du pauvre petit poisson. Comme lors de la préparation d'une potion destinée à sortir ce fichu détective de sa tête.

- J'aime bien te regarder cuisiner, lança soudain Akira. Tu as toujours cette petite ride au milieu de ton front. Comme si tu étais incroyablement concentré.

- Merci ... Enfin, je crois. Faire la grimace en cuisinant n'a rien de très agréable à regarder.

- Pourtant ça fait partie de ces petits détails qui font que je t'aime.

Le roux lâcha sa spatule en bois dans la poêle sous l'effet du choc et manqua de se brûler au passage. Son cœur s'emballa comme un cheval de course mais cela n'avait rien d'agréable. Il se sentit envahi d'une pression douloureuse et ses oreilles se mirent à bourdonner.

Il avait rêvé. Impossible autrement. Akira ne venait tout de même pas de ...

- Désolé, reprit ce dernier. C'était maladroit. Je n'aurais pas dû te dire ça comme ça.

- Je ... Akira, c'est ...

- Je ne te réclame pas la réciproque. Tu n'es pas prêt et je peux le comprendre. J'imagine qu'au fond de moi, j'avais juste besoin que tu le saches. Je ne veux surtout pas que ça change quoi que ce soit.

Au contraire, ça allait forcément tout changer. Toutes ces nuits passées avec Dazai en parallèle de sa relation avec Akira lui revinrent en pleine figure et s'affaissèrent sur lui en un tsunami de culpabilité.

Akira l'aimait. Comme il ne le lui avait pas rendu au centième durant ces derners mois. Comme il ne le méritait sans doute pas.

Comme Dazai ne l'aimerait jamais.

- Je suis content que tu sois là, se contenta-t-il de répondre en souriant.

C'était sincère. Et Akira le sentit puisqu'il sourit largement, avant de retourner à la lecture du roman qu'il avait dans les mains. Une scène plutôt domestique dans laquelle Chûya se sentait assez bien. Une de celle qu'il ne vivrait jamais avec la personne qu'il aimait réellement. Mais peut-être qu'il devrait se contenter de ça.

Il allait devoir parler avec Dazai.


Appartement de Dazai Osamu. 20h56.

Chûya attendit trois jours pour venir voir Dazai. Depuis cette fameuse soirée avec Akira, il s'était fait violence et n'avait pas répondu aux appels, ni aux textos de son amant. Cette nuit-là, Akira était en mission avec les Lézards Noirs jusqu'au petit matin, ce qui laissait libre court à Chûya de discuter avec Dazai.

Le mafieux frappa à sa porte, la boule au ventre et un nœud dans la gorge.

Dazai lui ouvrit quelques secondes plus tard et Chûya n'attendit pas son aval pour pénétrer dans l'appartement. Il savait qu'en restant sur le paillasson, il risquait de se défiler et de partir sans faire ce pour quoi il était là.

Il garda le dos tourné à Dazai et tritura ses mains en l'entendant refermer la porte.

- Je commençais à croire que tu t'étais lassé, murmura la voix de son amant contre son oreille.

Il l'enveloppa de ses bras par derrière et glissa sa bouche, taquine, contre son cou. Chûya se détacha brusquement de ce contact, ce qui surprit Dazai. C'était comme si ses lèvres l'avaient brûlé. Et dans un sens, c'était le cas. Chaque fois que cette abrutie de momie l'embrassait, l'effet était tel une brûlure douce et enivrante. Le genre à vous rendre pyromane.

Mais aujourd'hui, cette flamme qu'il représentait à lui tout seul devenait dangereuse pour Chûya et sa propre santé mentale.

- Il m'a dit qu'il m'aimait, déclara-t-il soudain.

- Qui ça ? Akira ?

Chûya hocha la tête en glissant nerveusement ses doigts sur sa mèche.

- Eh bien, fit Dazai dans un sourire. Il n'aura pas perdu de temps. Qu'est-ce que tu as répondu ?

- Pas ce que tu crois.

Cette réponse eut l'air de soulager Dazai, erronément.

- J'imagine qu'il lui faudra du temps pour t'oublier mais il trouvera bien quelqu'un d'au...

- Je n'ai pas l'intention de le quitter.

Dazai fronça les sourcils, sans comprendre où Chûya voulait en venir.

- Je vais nous donner une chance, déclara ce dernier. À lui et moi.

- Tu n'es pas sérieux ?

- Tout ce qu'il y a de plus sérieux.

- Et moi, dans tout ça ?

De quoi parlait-il ? Il n'avait jamais été question de l'impliquer dans l'équation. Chûya avait prévu que cette discussion soit uniquement douloureuse pour lui. Dazai aurait dû hocher la tête et accepter l'idée. Il n'avait jamais témoigné la moindre jalousie jusqu'à présent, alors pourquoi réagissait-il ainsi ?

- Il n'y a pas de toi, répliqua Chûya. Tu étais mon amant. Maintenant, c'est terminé.

- Tu balayes cinq ans de ta vie comme ça ?

- Nous n'étions rien du tout, Dazai. Tu me l'as suffisamment bien fait comprendre en partant comme un lâche de la Mafia et en ne m'acceptant dans ta vie qu'à raison de trois ou quatre nuits par semaine. Akira a bien plus à m'offrir que ça et j'ai envie de saisir cette opportunité.

- Ce sont des dîners romantiques et des déclarations d'amour que tu veux maintenant ?

Chûya soupira. Il n'en était pas à désirer des choses aussi futiles avec Dazai, ils avaient dépassé ce stade. Mais il voulait quelque chose de plus officiel, de plus réel et concret. Ce qui n'arriverait jamais. À vingt-deux ans et après avoir mis sa vie entre parenthèses pour cette relation qui n'en était pas vraiment une, il jugeait avoir le droit d'abandonner.

- Tu sais quoi ? lui demanda-t-il. Laisse tomber. Restons loin l'un de l'autre et tout ira bien.

Chûya le contourna dans l'idée de sortir mais il sentit la poigne froide de Dazai se refermer autour de son bras.

- Ne pars pas, quémanda-t-il. Si tu franchis cette porte, j'ai l'impression que je te perdrais pour toujours.

- Ce serait si grave que ça ?

Mais comme il s'y attendait, Dazai ne répondit pas. Chûya rit jaune, sans chercher à cacher son dégoût et sa déception. Il n'avait jamais été qu'un jouet pour cet homme dont il était désespérément amoureux. Et peut-être qu'au fond de lui-même, il le savait depuis le début. Il acceptait juste aveuglément la situation.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse, Chûya ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise pour te faire rester ?

- Je n'attends rien de toi. Plus maintenant.

Et sur cet élan de colère, Chûya osa passer la porte de cet appartement dans lequel il avait passé tant de nuits, laissant derrière lui le souvenir d'une relation qui relevait davantage du fantasme que de la réalité.

À suivre ...