Appartement de Chûya Nakahara. 02h10.

Étant donné la quantité d'alcool qu'ils avaient tous les deux dans le sang, le fait que Chûya Nakahara et Dazai Osamu aient pu pénétrer dans l'appartement sans trébucher sur le parquet pouvait être relégué parmi les plus grands mystères insolubles de cette planète.

- Fais-moins de bruit ! lui intima le plus petit, l'index erronément posé sur sa joue plus que sur sa bouche pour mimer l'acte de silence.

- Je te ferai remarquer que c'est toi qui parles ! rétorqua Dazai en balayant sa remarque d'un revers de main maladroit.

- Je suis dans mon appartement, et je fais ce que je veux !

Cette phrase, aussi simple était-elle, fit prendre conscience à Chûya d'un élément important concernant la situation actuelle.

- Mais du coup, comme c'est chez moi ... Pourquoi tu es là ? s'interrogea-t-il, un œil plissé sous la réflexion intense que réclamait cette question.

- Pourquoi tu n'as pas de potager sur ton balcon ? hurla Dazai depuis le salon où il avait disparu en ignorant la demande de son ami. Qu'est-ce que tu grignotes si tu n'as pas de salade à faire pousser ?

Ils étaient complètement ivres. De ce fait, le mafieux n'eut même pas l'envie de lui répondre, toujours intrigué par la présence de Dazai dans son appartement, alors qu'ils s'y étaient rendu ensemble depuis le Lupin.

- L'alcool ne t'autorise pas à entrer par effraction chez les gens, lui fit-il remarquer en le rejoignant devant la fenêtre. Je vais devoir appeler la police.

- Tu m'as ouvert ! répliqua son ancien partenaire comme un enfant. Tu m'as proposé de prendre un dernier verre chez toi !

- J'ai fait ça ? demanda Chûya, d'un air suspicieux.

Ils se regardèrent quelques secondes avant d'exploser de rire sous les effets euphorisants des nombreux verres de vins qu'ils avaient bu, autant que par exaspération quant à leur comportement.

Chûya retourna dans la cuisine ouverte et ouvrit bien six placards avant de trouver celui contenant ses boissons. D'abord ravi de sa trouvaille comme s'il n'était pas celui l'ayant expressément rangée à cet endroit, il sortit la seule bouteille restante de sa réserve avec fierté.

- Plus beaucoup, fit remarquer Dazai.

En effet. Il ne restait qu'un maigre fond au Pétrus, qui ne saurait pas même remplir la moitié d'un verre de vin. Déçu, Chûya grimaça et réalisa, qu'avec une si petite quantité, il ne voulait pas partager. Avec le peu de vitesse dont il disposait, il retira le bouchon de fortune qu'il avait mis pour la conserver et engloutit à même le goulot le reste de la bouteille.

- Eh ! protesta Dazai en voulant récupérer l'objet du délit, désormais vide.

- Je me suis trompé, déclara alors le petit roux, les lèvres encore luisantes du liquide pourpre. L'alcool est absent. Il est parti. Dans ma gorge. Et le magasin est fermé. Pas possible d'en racheter.

Face au regard prédateur de Dazai, Chûya sut qu'il était dans un sacré pétrin. Les rouages désemboîtés de son esprit se mirent à tourner dans le vide à la recherche d'une autre chose à lui, lorsqu'il sentit les mains de son partenaire venir empoigner son visage.

- Je sais où je peux en trouver, déclara-t-il des étoiles pleins les yeux.

- ...Où ça ? demanda Chûya, effrayé.

Et la seconde suivante, la bouche du brun captura celle de son aîné, pour venir goûter le parfum enivrant du Pétrus encore décelable sur sa langue. Avec un train de retard en matière de réactivité, Chûya ne prit que très brièvement conscience de ce qu'il se passait cinq bonnes secondes après le début du baiser. Il repoussa Dazai, aussi fort que ces bras ballants le lui permettaient.

- Il n'y a plus ! déclara-t-il. Plus d'alcool dans ma bouche ! Et même si c'était le cas, tu n'as pas le droit d'en prendre ! C'est à moi !

- Poutant les lèvres de Chûya sont douces et sucrées comme du vin rouge, geignit Dazai.

Il se pencha de nouveau sur le plus petit, les yeux noircis d'un désir qu'il ne contrôlait plus à ce stade d'ivresse.

- J'en veux encore, avoua-t-il.

Chûya réfléchit à la question en pesant le peu de pour et de contre que son cerveau noyé parvenait à trouver. Il fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que tu as bu, déjà ? voulut-il savoir.

- Euh ... Quelque chose de transparent et doré. Très joli.

- Du whiskey ?

- Voilààààà, s'extasia Dazai. Le petit porte-chapeau est fort pour retrouver le nom des choses.

Le concerné haussa les épaules et se mit sur la pointe des pieds pour prendre à son tour le visage de Dazai en coupe. Il était très éméché, incapable de réfléchir et il avait soif. D'alcool ou de Dazai ? À cet instant, cela revenait au même. Et c'est ce qui le poussa à initier un second baiser, sans penser aux conséquences.

Ils se laissèrent bercer par cette mélodie à la fois amatrice et intense que leurs lèvres jouaient chaque fois qu'elles se rejoignaient. Même après que le goût de l'alcool ait disparu de leur bouche respective, ils furent incapables de s'arrêter. Leur envie s'étendit bien au-delà d'une simple soif, et rapidement ils ressentirent le besoin d'avoir plus de contact.

Chûya rêvait de sentir la peau glacée de Dazai contre lui le rafraichir du feu qui lui parcourait les veines. Le brun, lui, mourrait d'envie de voir le plus petit frissonner sous ses caresses. Ils voulaient tous les deux se perdre dans ce besoin qu'ils ressentaient l'un de l'autre, sans vraiment savoir d'où il venait. Et sur le moment, alors que l'alcool guidait leur mouvement, ils ne s'en préoccupèrent pas du tout.

Le lendemain, en revanche, promettait d'être bien moins insouciant.


Appartement de Chûya Nakahara. 08h34.

Chûya était assis, figé dans son lit depuis plus de dix minutes, à se balancer d'avant en arrière comme un fou en pleine crise de démence, les doigts ancrés dans son crâne comme pour en extraire les souvenirs de la veille. Impossible ... Il avait forcément rêvé. Il était inenvisageable que ça se soit réellement passé et qu'il ait véritablement ... couché avec Dazai.

Il se répétait ses mots en boucle depuis qu'il s'était réveillé. Mais l'autre côté défait de son lit, le parfum caractéristique de son ancien partenaire et ses reins en feu étaient des preuves assez concrètes du délit.

Il entendit l'eau de la douche cesser de couler et alors, à ce stade du désespoir, il alla jusqu'à prier pour que ce soit n'importe qui sauf Dazai. Il aurait préféré voir un inconnu qu'il aurait ramené du Lupin, sortir de la salle d'eau plutôt que son ex-coéquipier. Cela pouvait paraître exagéré. En soit, si leur folie nocturne venait à s'ébruiter il pourrait toujours mettre ça sur le compte de l'alcool (ce qui était en grande partie la vérité). En revanche, ce que l'ivresse ne pouvait pas justifier, c'était que ça avait été l'expérience intime la plus satisfaisante que Chûya n'ait jamais connu. Et ce simple fait, le rendait dingue.

Il ne pouvait décemment pas avoir apprécié passer la nuit avec ce maquereau momifié et insupportable.

- Bien dormi ?

La voix guillerette du coupable résonna dans l'oreille de Chûya et fit naître un frisson jusqu'au bas de sa colonne vertébrale. Le fait qu'il soit capable de déclencher une telle réaction chez son ancien collègue devrait être recevable comme motif de meurtre devant un tribunal.

Dazai était définitivement beaucoup trop à l'aise. Affublé d'une simple serviette autour de la taille, il déambulait dans l'appartement comme s'il était chez lui, et pire encore, comme s'il ne s'était absolument rien passé.

- Dormi ? répéta Chûya. Tu es sérieux ?

Il avait beau prier pour que cette nuit n'ait été que le fruit de son imagination mesquine, si cela s'était réellement passé, et d'après ses souvenirs, Dazai ne lui avait laissé que deux petites heures de sommeil.

Ce dernier lâcha une grimace hypocrite face au regard noir du mafieux.

- Oui, je me doute que j'ai dû t'empêcher de te reposer, répondit-il.

- Non, tu crois ?

- Je bouge beaucoup dans mon sommeil et il m'arrive de parler. J'imagine que ce n'est pas très agréable pour quelqu'un qui a l'habitude de dormir seul.

OK. Premièrement, Chûya balaya la remarque vexante de Dazai comme quoi il passait toujours ses nuits en solitaire, puis il se concentra sur le début de sa phrase, l'air effaré.

- Attends, tu crois que c'est ton incapacité à rester en place et à fermer ta grande bouche qui m'a empêché de dormir ? s'exclama-t-il.

- Quoi d'autres, sinon ?

Au plus grand étonnement de Chûya, le brun avait posé la question sérieusement. Était-il possible que Dazai n'ait aucun souvenir de ce qu'il s'était passé la veille ? Et si les prières du mafieux avaient été entendu et qu'il ne s'agissait plus que d'un rêve ?

Son espoir fut rapidement balayé par la douleur lancinante qui ressentait dans le bas de son dos. Non, ça, il ne l'avait clairement pas inventé. Ce qui signifiait ... Qu'il était le seul à s'en rappeler. Étrange, sachant que Dazai et lui avaient été à un niveau d'ivresse assez similaire, mais après tout, chacun y réagissait à sa façon.

Il se racla la gorge et ravala son malaise.

- Rien. Tu as raison. C'est impossible de dormir avec toi.

- Tu n'allais quand même pas me laisser sur le sol ! Et puis ton canapé est trop petit.

- C'est toi qui as de trop grandes jambes !

Cette réplique énervée eut le don de faire rire Dazai qui se rhabilla en vitesse. Cette machine à bousiller les bandages était si peu pudique que cela n'avait même pas dû le choquer de s'être endormi dans le lit de son ancien partenaire complétement nu.

Chûya se pinça l'arête du nez comme pour apaiser son mal de crâne.

- Merci pour l'hospitalité, ma limace !

Ce fut les derniers mots que cet abruti lui accorda avant que Chûya n'entende la porte de son appartement claquer.

Bon sang, qu'est-ce qu'il avait fait ... ?


Locaux de la Mafia Portuaire. 11h55.

Lorsqu'il arriva à la Mafia trois heures plus tard, les évènements de la veille continuaient de se jouer à répétitions dans sa tête. Il ressentait la chaleur des mains de Dazai sur sa peau, l'embrasement dans son bas ventre, le goût enivrant du vin sur sa bouche ... Bon sang, même sa voix suave résonnait encore dans ses oreilles.

Il traversa les couloirs, les nerfs à vifs. Et cet abruti de grande tige qui ne se souvenait de rien ! Alors, quoi ? Il allait devoir porter seul le fardeau d'une telle erreur ? C'était injuste ! C'était Dazai qui l'avait embrassé en premier !

« Mais tu lui as répondu », le nargua sa conscience. « C'est même toi qui as initié ce deuxième baiser qui a tout fait déraper. »

Le mafieux ragea dans sa barbe et s'auto flagella pour s'être laissé aller à ce point. Il était supposé passer une soirée tranquille au Lupin et finir la nuit devant de vieux films français. Pas au lit avec son pire ennemi sous l'euphorie d'une boisson mal dosée.

Le fait est qu'il allait devoir apprendre à vivre avec. Il ne connaissait pas encore de détenteur de pouvoir capable de remonter le temps, alors il lui faudrait bien se faire à l'idée. Personne n'avait besoin d'être au courant de toute façon. Ce serait un secret. Un secret bien gardé puisqu'il était le seul à le connaître. Aucune raison d'angoisser ou d'imaginer que quiconque l'apprendra un jour et ...

- Ça va, Chûya ? l'interpella joyeusement Kôyô en le croisant dans le couloir.

- Je n'ai pas couché avec lui !

Eh merde.

Sa grande sœur de substitution manqua de reculer sous la violence de sa déclaration impromptue et l'observa, les yeux écarquillés tandis qu'il rougissait, conscient de son absence de filtre. Il avait besoin que sa sorte. De mettre des mots sur une situation fausse mais qu'il aurait aimé voir se réaliser.

En vain. Ça ne fit que le rendre bizarre et vendre la mèche. Non pas que Kôyô en aurait eu réellement besoin. Elle aurait sans doute pu deviner la source du problème rien qu'en regardant son visage. Il était comme son petit frère, après tout.

Il s'assit contre le mur du couloir en soupirant. Il était épuisé, courbaturé, énervé et ajouté à cela, il avait une gueule de bois comme il n'en avait pas eu depuis longtemps.

Kôyô le regarda faire, un sourire maternel sur le visage.

- Tu veux qu'on en discute ?

- Non.

- Tu es sûr ? On parle de Dazai, là. Ce n'est pas comme si tu décolérais facilement quand il s'agit de lui.

Chûya releva la tête, les sourcils froncés.

- Je n'ai jamais parlé de Dazai, déclara-t-il.

- Tu me prends pour une idiote ? Comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre.

- Attends, attends. Le fait que j'ai pu coucher avec lui, ne t'étonne pas ?

- Chûya, de nous tous, tu es probablement le plus à même d'être surpris.

Il balaya la remarque de la jeune femme d'un revers de main pour ne pas avoir à montrer combien ses paroles l'avait touché. C'était vraiment n'importe quoi. Dazai et lui ne faisaient que se disputer depuis leur rencontre, près de huit ans auparavant.

- Tu sais, vous insulter en continue ne vous rend pas moins attirés l'un par l'autre, rajouta-t-elle comme si elle avait lu dans des pensées, en s'asseyant élégamment à ses côtés.

- Attirés ? D'où tu sors ça ?

- De véritables aimants.

- Tu délires.

- Oh oui, c'est certain. Les évènements d'hier soir sont là pour le prouver.

Il lui lança un regard noir, avant de réaliser qu'il ne pouvait pas la contredire. Kôyô avait toujours raison. Quoi qu'elle dise et quels que soient ses propres arguments. Le petit mafieux soupira en passant une main furtive dans ses cheveux qu'il avait à peine pris le temps de coiffer. C'était dire à quel point il avait été bouleversé par les évènements de la veille.

- Qu'est-ce que vous comptez faire ? demanda soudainement Kôyô.

- Il n'y a pas de « nous ». On était ivres, frustrés et ce matin, il ne se souvenait plus de rien. Alors à ce stade de la situation, je peux seulement espérer me contenir devant les autres et emporter ce secret dans la tombe.

- C'est ce que tu veux vraiment ?

- Ce n'est pas comme si j'avais le choix de toute façon.

- Pourquoi tu n'en discuterais pas avec Dazai ?

Chûya s'étouffa à cette proposition incongrue. Kôyô avait beau représenter la sagesse incarnée les trois quarts du temps, cette fois-ci elle était complètement à côté de la plaque.

- Je suis très sérieuse, ajouta-t-elle aussitôt face à la réaction de son « petit frère ».

- Pour lui dire quoi ? Cette nuit ne signifiait rien.

- Arrête. Je te connais assez pour savoir que même sous les effets de l'alcool, elle a eu bien plus d'impact que tu ne l'aurais imaginé.

- Que ce soit vrai ou pas, Dazai ne me croira jamais. Et il prendra un malin plaisir à me faire une sale réputation avec.

- Quelle réputation ? Celle d'un homme amoureux ?

Avant même qu'il n'ait eu l'occasion de lui répondre, Kôyô se releva et épousseta son Yukata.

- C'est celle qui t'accompagne depuis que Mori vous a associé. Il serait peut-être temps que tu y réfléchisses.

Une semaine plus tard.


Appartement de Chûya Nakahara. 19h08.

Il avait fallu sept jours entiers à Chûya pour se décider à revoir Dazai. Cinq pour se décider à l'appeler et deux à attendre que le rendez-vous dont il avait convenu arrive. C'est ainsi qu'après une journée harassante de travail, il se retrouva à faire les cent pas dans son appartement, à attendre que le maquereau suicidaire qui occupait toutes ses pensées daigne venir frapper à sa porte.

- Je suis là, ma limace !

Qui avait parlé de frapper ? Il s'agissait de Dazai Osamu. Aucune gêne, ni respect, encore moins avec son ancien partenaire.

Chûya s'efforça d'empêcher ses doigts de s'entortiller nerveusement les uns aux autres et arbora l'expression la plus naturelle possible. Peine perdue. Il n'avait jamais su rester impassible face à ses grands yeux sombres et ce sourire aussi enchanteur que dangereux, qui avait toujours eu la fâcheuse tendance de lui faire perdre ses moyens. Perdus dans sa contemplation, il n'entendit même pas Dazai l'appeler tout de suite.

- Tu voulais me parler ?

Il revint à lui et dû user de toute sa contenance pour empêcher ses joues de rougir. Il se gratta l'arrière de la nuque pour un chasser des nœuds invisibles.

- Oui, je ... Je voulais qu'on parle de ...

Merde. Qu'était-il censé dire à l'homme qui hantait ses nuits depuis des années et avec qui il avait couché sept jours plus tôt ?

- Enfin, je ...

- Tu vas y arriver, ma limace.

- Ferme-la ! J'essaye de te parler là !

- Oui, je vois bien.

La désinvolture de Dazai l'énervait autant qu'elle l'enflammait. Parti comme cela, il n'allait jamais réussir à sortir ces mots qui lui obstruaient la gorge depuis des jours, voire des années.

- Je ... J'aimerais qu'on discute de ... du fait que ...

- Du fait qu'on ait couché ensemble ?

Chûya sentit son cœur chuter jusqu'au bas de ses chevilles. Il avait forcément mal entendu. Impossible autrement. Il n'avait décemment pas pu ...

- Eh, détends-toi, mon Chûya, fit Dazai en riant. Ne fais pas cette tête-là.

- Tu ... Tu t'en souviens alors ?

- Évidemment que je m'en souviens, idiot ! J'étais ivre, mais pas à ce point.

- Alors pourquoi tu m'as fait croire que ... ?

- Parce que je ne voulais pas t'embarrasser. Et je savais qu'après une nuit pareille, tu le serais. J'ai préféré attendre que tu sois prêt à ce qu'on en parle pour revenir sur le sujet.

Chûya exulta. Cela faisait beaucoup à encaisser. Il s'était torturé l'esprit et les entrailles pendant une semaine à se demander comment il pourrait aborder un tel sujet avec lui, alors que Dazai avait repris sa vie sans se soucier de rien.

Il envoya son poing frappé la poitrine du grand brun, avec une puissance amaigrie, épuisé moralement par le comportement de ce foutu maquereau.

- Espèce d'enfoiré. J'ai passé toute la semaine dans un état déplorable parce que je pensais être le seul à porter ce poids.

- Ce poids ? Suis-je donc le seul à avoir trouver cette nuit agréable ?

- Je ... Non, mais ... C'était une erreur !

- Une erreur ? C'est comme ça que tu le voit ?

Au grand étonnement de Chûya, Dazai parut vraiment vexé par sa remarque.

- On était complètement ivres, de justifia le plus petit.

- C'est te dire à quel point ça pourrait être fantastique si on était sobres.

- Attends, tu n'es pas en train de suggérer qu'on recommence ?

- Ce serait si étonnant ?

Bon sang ... Il ne plaisantait pas. La lueur dans ses yeux et la douceur dans sa voix témoignaient de toute sa sincérité. Au point d'en décontenancer complètement Chûya.

- Mais ... Enfin, tu t'entends parler ?! On parle de toi et moi, là ! Il n'avait été question de ce genre de choses entre nous !

- Tu sous-entends donc que tu n'en as pas envie ?

- Je ne ...

La fin de sa phrase mourut dans le fond de sa gorge lorsque Dazai se rapprocha de lui et déposa une main sur son cou.

- Je te propose quelque chose, lui dit-il, les yeux rivés aux siens. Je vais t'embrasser, là, maintenant, tout de suite. Je vais faire en sorte que tu ressentes à puissance mille tout ce qu'on a ressenti cette nuit-là. Et si après ça, tu arrives à me regarder dans dans les yeux et à me dire que tu ne ressens rien, nous n'aurons cas oublier ce qu'il s'est passé. Je te jure que je ferai comme si ça n'était jamais arrivé et personne n'en entendra jamais parlé.

C'était un marché plutôt honorable, Chûya devait le reconnaître.

- Et si je ressens quelque chose ? osa-t-il demander.

Dazai sourit à cette éventualité.

- Alors tu me laisseras continuer, lui murmura-t-il à l'oreille.

Continuer qu... Ses pensées mêmes furent interrompue lorsque le plus grand vint capturer ses lèvres entre les siennes avec une tendresse dont il n'aurait jamais cru Dazai capable. Loin de la maladresse adorable liée à l'alcool, le maquereau mut sa bouche contre Chûya avec une expertise qui aurait de quoi rendre accro n'importe qui ayant la chance (ou la malchance) d'en faire l'expérience.

La langue de Dazai semblait être faite de la plus addictive des drogues douces et à l'instant même ou Chûya pu y goûter sans que le Pétrus ne vienne obstruer ses sens, il sut qu'il ne pourrait plus s'en passer.

Exit sa fierté et son envie d'avoir toujours le dernier mot, il se laissa porter par le rythme doux et passionné de son ancien partenaire et répondit à son baiser avec toutes ses capacités retrouvées. Il voulait que Dazai soit aussi bouleversé que lui l'était pas des simples baisers.

Il passa ses bras autour de son cou et sentit le brun sourire contre sa bouche. Pour lui faire ravaler sa satisfaction, Chûya lui mordit la lèvre inférieure jusqu'à lui arracher un petit geignement de douleur.

Dazai se recula sous la surprise en riant légèrement, avant de venir coller son front contre celui du plus petit.

- J'en conclus que je peux continuer ?

- Pourquoi est-ce que tu t'arrêtes dans ce cas ?

Et Dazai ne se fit pas prier le moins du monde.