+ BONUS III
Petit O.S pour cette semaine après un week-end assez chargé. Il fait écho au dernier O.S posté et j'espère qu'il vous plaira. Bisous
Appartement de Dazai Osamu et Chûya Nakahara. 08h21.
- Qu'est-ce que tu caches, le maquereau ?
Dazai sursauta en entendant la voix de son amant résonner derrière lui. Il se tourna vivement en prenant soin de garder ses bras dans son dos. De la façon la plus discrète possible, il laissa retomber l'objet qu'il avait dans la main, à l'intérieur de la poche arrière de son pantalon.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, mon amour, répliqua-t-il innocemment.
- Arrête de te moquer de moi.
- Je n'oserais jamais.
Chûya haussa les sourcils d'un air entendu et se rapprocha dangereusement de lui. Dazai ne pouvait décemment pas le laisser découvrir ce qu'il se tramait. Aussi, et fichu pour fichu, il effectua un pas-chassé digne d'un danseur d'opéra sur la droite et récupéra sa veste longue pour masquer le renflement dans sa poche. Cela ne suffirait pas à effacer les soupçons de son compagnon mais au moins, il pourrait lui tourner le dos sans risquer de tout révéler.
- Tu es bizarre, en ce moment, fit remarquer le mafieux. Tu es sûr que ça va ?
- Oui, oui. Pourquoi tu dis ça ?
- Tu sembles nerveux depuis quelques jours. Tendu. Et tu as un air coupable constant sur le visage.
- C'est comme ça que je suis né.
Chûya soupira. Il ne savait pas pourquoi il insistait. Son partenaire de vie savait se montrer têtu lorsqu'il le voulait et le petit roux aurait beau essayer de lui soutirer des informations, Dazai continuerait de nier jusqu'à ce qu'il se lasse.
Il balaya la remarque de son compagnon d'un geste de la main.
- Si tu le dis, lâcha-t-il simplement.
- Fais-moi confiance.
C'était l'argument irréfutable, ce qui faisait d'eux un duo infaillible et un couple évident. Ils croyaient dur comme fer l'un en l'autre et aucun d'eux, aussi suspicieux pouvaient-ils être parfois, n'était en mesure de réfuter ça.
En guise de réponse, Chûya se contenta de hocher la tête en soupirant.
- Allez, déclara-t-il. Je dois aller retrouver les Lézards Noirs près des quais pour un rapport.
Le mafieux se dirigea vers la porte sans rien ajouter, mais Dazai l'interrompit en empoignant sa main aussi doucement que fermement, avant de l'attirer dans ses bras.
- Eh. Arrête. On a des boulots suffisamment dangereux pour ne pas provoquer le karma en plus. Alors qu'est-ce qu'on avait dit ?
Chûya se laissa étreindre entre les bras de son amant et reconnut ses torts. Il n'aurait pas dû être aussi froid alors que rien ne méritait qu'il le soit, si ce n'est sa propre paranoïa.
- Qu'on ne se quittait jamais, même fâchés, sans se dire au revoir, énonça-t-il avec un petit sourire.
Le détective sourit à son tour et se pencha sur les lèvres de Chûya pour l'embrasser aussi tendrement et amoureusement que possible. Il voulait l'apaiser, le rassurer et lui faire comprendre qu'il n'avait aucune raison de s'inquiéter. Au contraire.
- Je t'aime, lui dit-il.
- Moi aussi, je t'aime.
Locaux de la Mafia Portuaire. 9h03.
Dazai fixa nonchalamment l'immense bâtiment qui se dressait devant lui et dans lequel il avait travaillé durant des années. Il mit sa main en visière pour se protéger du soleil, tout en se concentrant sur le bip fort et régulier de son portable dans son oreille.
Lorsqu'enfin Akutagawa décrocha, il put clairement entendre son grognement résonner dans le microphone avant qu'il ne se mette à parler.
- Qu'est-ce que tu veux, Dazai ?
- Enfin, mon petit Akutagawa ... Est-ce une manière de parler à son mentor adoré ?
- Tu m'appelles à neuf heures sur mon jour de repos. Désolé de paraître agressif.
- Aaaah, ce qui explique pourquoi personne ne me réponds alors que je réclame à ce qu'on vienne m'ouvrir en hurlant depuis vingt minutes.
Le détective entendit clairement son ancien protégé soupirer et il sourit en imaginant sa mine défaite par l'exaspération et la fatigue.
- Écoute, Dazai. J'ai actuellement le choix entre continuer à te parler ou retourner me coucher auprès d'Atsushi. À ton avis, qu'elle est ma préférence ?
- J'adorerai en apprendre plus sur ta vie sexuelle, mon cher, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse aujourd'hui.
- Dis-moi clairement ce que tu attends et je jugerai si je dois véritablement te raccrocher au nez ou pas.
- J'ai besoin d'un conseil.
Akutagawa ravala un rire qui s'entendit tout de même, coincé au fond de sa gorge. Dazai fronça les sourcils à cette réaction. Pourquoi était-ce si étonnant ?
- Toi, le grand Dazai Osamu, tu as besoin d'un conseil de ma part ? s'étouffa le jeune homme au manteau noir.
- Ça concerne Chûya. Et Mori.
- Comment ça ?
Le suicidaire prit une profonde inspiration, gagné par une nervosité à laquelle il n'était clairement pas habitué. Il se sentait déstabilisé depuis plusieurs semaines déjà et cela s'en ressentait jusque dans sa voix.
- J'ai l'intention de demander Chûya en mariage.
Le silence d'Akutagawa fut si intense que Dazai sentit le rythme de son pouls s'emballer davantage. Peut-être était-il complètement à côté de la plaque ... Alors son protégé de la Mafia allait le lui dire et il se sentirait plus idiot que jamais.
- Whouah, lâcha soudainement le mafieux. Je n'aurais jamais cru que tu me dirais ça un jour.
- C'est stupide, c'est ça ? Tu crois que je devrais oublier l'idée ?
- Non, non, ce n'est pas ça. Je suis juste soufflé. Je savais dès le début que vous étiez fait l'un pour l'autre, mais de là à imaginer que tu saurais mettre ta fierté de côté pour lui faire ta demande ...
- Il risque de dire non, tu crois ?
Akutagawa ne put retenir un léger rire, face au ton inquiet de Dazai. Il n'y avait qu'avec Chûya qu'il perdait ainsi ses moyens, encore plus depuis qu'ils assumaient pleinement leurs sentiments l'un pour l'autre.
- Bien sûr qu'il va dire oui, le rassura-t-il.
Il sourit d'autant plus en entendant Dazai soupirer de soulagement. Néanmoins, il restait un point à éclairer.
- Mais, dis-moi, qu'est-ce que Mori vient faire là-dedans ? demanda Akutagawa.
- Eh bien ... J'ai travaillé pour la Mafia durant des années et je sais que lorsque l'on est membre d'une telle organisation, le moindre aspect de notre vie privée appartient au parrain.
- Oh non ... Attends, tu comptes vraiment ...
- Demander la permission à Mori ? Je crois, oui.
C'était bien plus que ce que Akutagawa aurait pu imaginer. L'amour avait complètement transformé Dazai, jusqu'à l'amener devant les locaux de la Mafia pour demander la main de son homme en gant blanc, au parrain de la Pègre la plus dangereuse de Yokohama et auprès de laquelle il avait le statut de traître depuis son départ.
Akutagawa était tellement surpris qu'il ne sut même pas quoi répondre.
- Il va accepter, hein ? voulut se rassurer Dazai.
- Euh ... Oui. Enfin, c'est Mori. Il vous a vu évoluer et tomber amoureux au fil des ans. Et il sait que vous êtes ensemble depuis près de trois ans. Il n'a aucune raison de dire non.
Bureau de Mori Ôgai. 9h38.
- Non.
Dazai sentit son cœur s'effondrer à la réponse ferme et catégorique de son ancien patron. Akutagawa lui avait pourtant assuré qu'il ne serait pas contre l'idée et le détective avait pris grand soin de lui exposer tout l'amour qu'il ressentait pour Chûya pour le convaincre. Mais à l'image d'une maman poule extrêmement protectrice envers sa portée, Mori resta les mains entrelacées sur son bureau, l'air plus sévère que jamais.
Peut-être avait-il mal entendu ...
- Quoi ? osa demander Dazai.
- J'ai dit : non.
C'était bien ce qu'il lui semblait.
Pris au dépourvu, l'ancien mafieux se retrouva, très étrangement, à court de mots.
- Mais enfin, je ...
- Tu voulais mon avis, Dazai. Tu l'as eu. Je refuse que tu épouses Chûya.
- Est-ce que je peux au moins savoir pourquoi ?
- Parce queee ... le mariage n'apporte que des problèmes. Vous allez vous retrouver liés l'un à l'autre d'une façon très difficile à défaire et en cas de crise, cela va empiéter sur la vie professionnelle de Chûya encore plus que ça n'est déjà le cas.
- Je vous assure que ça ne ...
- Bien sûr que si. Il est bien moins performant dans son travail après l'une de vos disputes. Toute la Mafia s'en rend compte et tant qu'il n'aura pas appris à faire la part des choses entre votre couple et son boulot, je refuserai cette union.
Sans plus de cérémonie, Mori replongea son nez dans la paperasse soigneusement classée sur son bureau et balaya la présence de Dazai d'un revers de main.
- Reviens me voir dans quelques années, lui conseilla-t-il.
Bien qu'il soit du genre têtu, le détective savait parfaitement qu'il ne servait à rien d'insister avec Mori lorsqu'il était aussi catégorique. Cela ne ferait que l'énerver davantage, ce qui était très mauvais pour les affaires de Dazai et ce projet de mariage. Il ravala difficilement sa déception, mais quitta la pièce, déterminé à revenir avec de meilleurs arguments chaque jour à venir, jusqu'à ce que le parrain finisse par lui céder.
Aussitôt la porte de son bureau fut-elle fermée, Mori empoigna le téléphone fixe posé à ses côtés et composa le seul numéro qu'il connaissait par cœur et qu'il avait appris sans même s'y être senti obligé.
Fukuzawa décrocha au bout de la deuxième sonnerie seulement.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
Le parrain ne put se retenir de sourire. Le directeur d'Agence avait toujours cette inquiétude dans la voix chaque fois qu'il l'appelait, comme si les coups de fil n'étaient porteurs que de mauvaises nouvelles.
- Rien, rassure-toi. Si ce n'est que ton cher Dazai risque d'arriver de mauvaise humeur aux bureaux.
- Qu'est-ce que tu as encore fait ?
Il porta une main théâtrale à sa poitrine pour mimer sa contrariété bien que Fukuzawa ne puisse pas le voir.
- Pourquoi se serait forcément de ma faute ?
- ... Parce que c'est le cas, non ?
Bon, soit. Il devait bien admettre que son adversaire de toujours avait raison sur ce point.
- Il est venu me demander la main de Chûya, expliqua-t-il en soupirant.
- Et alors ?
- Alors, j'ai dit non.
Le silence qui suivit fit comprendre à Mori que Fukuzawa n'était clairement pas d'accord avec son comportement. Il alla même jusqu'à éloigner le combiner du téléphone de son oreille, par peur de se faire surprendre par la voix forte et moralisatrice de l'homme aux cheveux d'argent.
- Et je peux savoir pour quelle raison ? répliqua Fukuzawa, légèrement agacé.
- Tu plaisantes ? Ça fait douze ans que j'attends que tu me fasses ta demande et tu crois que je vais laisser nos successeurs se marier avant nous ? Même pas en rêve.
- Attends, attends. Tu as envoyé balader Dazai parce que tu voulais avoir la priorité sur des fiançailles ?
- Je refuse de leur laisser cette avance. Et puis peut-être que ça te fera réagir.
Il entendit Fukuzawa soupirer d'exaspération et choisit de calmer son énervement pour ne pas le fâcher.
- Enfin, bon ... reprit Mori. On se voit toujours ce soir ?
- Je ne sais pas ... Maintenant que tu as gâché la surprise ...
Il perçut sans mal la petite intonation taquine de Fukuzawa dans sa phrase, mais avant qu'il n'ait pu saisir pleinement le sens de cette phrase, son compagnon avait raccroché, laissant Mori hébété.
Peut-être qu'après sa soirée avec le directeur de l'Agence, il reverrait sa décision concernant le futur mariage de Dazai et Chûya.
