-"Apprivoise-moi !"
-"Que faut-il faire ?" Dit le petit prince.
-"Il faut être très patient," répondit le renard. "Tu t'assoieras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus."
Nous voila presque rentrés. Chez nous, dans notre appartement. Le trajet s'est fait en silence, sous le regard étonné de Mick. Il à bien compris que quelque chose s'était passé. Quelque chose qui nous a chamboulé tous les deux. Tu ne dis rien. Je vois bien que tu es troublé de t'être dévoilé ainsi, cependant j'ai cette curieuse impression que tu ne le regrettes pas. Bien entendu, tes aveux n'ont pas été directs. Comme à ton habitude, tu as réussi à dire les choses sans les dire. T'exprimer, te dévoiler, ça n'est pas ton fort. Mais aujourd'hui, en venant à mon secours, pour la première fois, tu as défini les choses. Tu as ouvert ton coeur et je t'ai surpris en te faisant comprendre que j'avais pu surprendre l'une des rares conversations intimes que tu avais pu avoir à notre sujet avec Mick. Ainsi, tu as défini notre relation...
Je ne sais pas ou nous allons, si les choses vont changer entre nous, ni comment. Mais je me sens à la fois légère anxieuse. Légère, parce que tu m'as désigné indirectement comme la femme que tu aimais. Anxieuse, parce que définir les choses ne veut pas dire les rendre réelles. Tu as dû sentir mon questionnement interne, non, je sais que tu le sens. Nous nous connaissons par coeur...
Mes yeux baissés, rivés sur mes mains posées sur mes genoux, trahissent ma gêne. Je me frotte les mains, j'évite de regarder dans ta direction. Pourtant peu de temps auparavant, j'étais dans tes bras. Mais la réalité nous à rattrapée, la bulle à doucement éclatée. Nous avions rejoints Umi et appris peu de temps après la bonne nouvelle : Miki était sauvée. J'avais presque honteuse de ressentir autant de bonheur suite à ta 'déclaration' alors que ma meilleure amie était grièvement blessée. Nous avions choisi de vite disparaître afin de laisser le champ libre à Saeko et à son équipe. Il était plus simple de faire passer le général pour un amoureux éconduit voulant se venger de Miki que de dévoiler la vérité à la police. Bien spur, ça n'était pas du tout la vérité... Le nombre de nettoyeurs au mètre carré étant réellement indécent, nous avions filé avec Mick. Doc avait une bonne couverture, Kazué aussi. Mais pour nous trois, difficile de justifier nos métiers respectifs.
J'essaie de conduire sans que mon trouble ne soit trop évident. Je fixe la route mais je ne peux m'empêcher de jeter de temps en temps un coup d'oeil dans ta direction. Je me fais l'effet d'un enfant. Je te vois triturer tes mains, les joues légèrement rosies. Mes paroles t'ont ébranlées, moi même je ne sais pas trop comment rebondir après mes aveux. Je t'ai définie comme étant la femme que j'aime devant le général. Bien sûr, je n'ai pas prononcé ces fameux mots. Ces trois mots qui, je le sais, t'auraient fait pleurer à coup sûr. Je sais que tu serais heureuse de les entendre, mais je sais que tu ne les attends pas, enfin pas comme toutes les autres femmes. Tu me connais, bien plus que n'importe qui. Je n'ai pas eu à tout te dire, nous nous sommes apprivoisés petit à petit. Je ne suis pas un homme de parole. J'agis. Je me dérobe aussi, parfois. Un duel me fait bien moins peur que les sentiments. Mon corps, mes blessures physiques, je les maitrise, je les contrôle. Mais s'abandonner corps et âme à une femme... Je suis terrorisé, Kaori. Je n'ai jamais eu à me dévoiler ainsi.
J'ai toujours survécu parce que je n'avais rien à perdre. Mais c'était de la survie. Tu me proposes la vie, et ça me terrifie. Parce que je ne sais pas faire. Parce que vivre pour l'autre et par l'autre, c'est prendre des risques différents. Je me suis longtemps caché derrière cette promesse faite à ton frère, cette excuse de te renvoyer vers une vie normale. La vérité est que je suis incapable de te laisser partir. Et que tu n'en as aucune envie. Je soupire, et cela n'échappe pas à Mick, assis à l'arrière de la mini. A n'en pas douter, il à compris. Il ne dit rien, ce qui n'est pas dans son habitude. Nous arrivons chez nous. Je me gare et nous saluons Mick. Tu t'assures auprès de lui qu'il nous appelle dès que Kazue sera rentrée, afin de nous tenir au courant de l'état de santé de Miki. Tu ne veux pas déranger Umibozu, et je te comprends. Tu t'inquiètes toujours des autres et à cet instant, je vois bien que tu n'es plus préoccupée par nous, mais par Miki. Cela ne dure pas. Mick prend congé, et nous nous retrouvons seuls. Seuls avec nos confidences.
Mick s'éloigne vers son appartement, situé dans l'immeuble en face. Je lui ai fait promettre de nous tenir au courant. L'espace d'un instant, mon anxiété a disparu. Tu claques la portière de la voiture et me voila de nouveau nerveuse. Je ne comprend pas pourquoi. Certes, tu as reconnu tes sentiments pour moi, mais pas directement, pas frontalement. Toutes ces années passées ensemble m'ont apprises que tu ne feras pas plus. Il y aura toujours une excuse, une raison. Je baisse les yeux afin d'éviter de croiser ton regard, et sans t'attendre, je prend les escaliers en direction de notre appartement.
Tu évites mon regard. Tu te précipites vers chez nous sans te retourner. Tu as peur que je me dérobe. Que je n'assume pas mes paroles et que rien ne change. Je ne sais pas moi même ce que je dois faire. Ces choses là devaient être dites, c'est certain. Mais maintenant ? Je te vois monter les escaliers, et je te suis sans rien dire. Les combats m'ont épuisés physiquement et je me triture la cervelle depuis tout à l'heure.
Nous voila arrivés chez nous. Nous n'avons pas prononcé un mot depuis que Mick nous a quittés. J'arrive devant la porte et je réalise que c'est toi qui à les clés. Je me tourne vers toi, de façon à te le faire comprendre. Nul besoin de mots, tu as compris de suite quand j'ai haussé les épaules avec un air contrit. Cette fois, je n'arrive pas à éviter ton regard. Je déglutis discrètement. Toi aussi tu as l'air troublé. Lorsque nos regards se croisent, tu marques un temps d'arrêt. Puis tu te reprends, conscient du léger malaise qui s'installe.
Tu as levé les yeux vers moi, pour la première fois depuis notre départ du mariage. Tu cherchais juste à me faire comprendre que c'était moi qui détenait les clés. En temps normal, ton regard m'aurait légèrement troublé. Là il m'a juste tétanisé. Je me perds dans tes iris quelques secondes, incapable de m'en détacher. Je dois rester ainsi de longues secondes, car tu cilles des yeux et penche doucement la tête. Brusquement, je détourne mon regard et insère la clé dans la serrure, t'invitant a entrer en premier. J'entre à mon tour dans l'appartement. Tu te déchausses et tu m'annonces que tu vas nous préparer une boisson chaude.
-"D'accord. Pendant ce temps là, je vais aller prendre une douche et mettre mes vêtements au sale" Dis-je.
J'acquiesce de la tête. Et souffle intérieurement. Non pas que je ne souhaite pas me retrouver avec toi, mais toi qui prend une douche après un combat, et moi qui prépare un encas ou des boissons chaudes, voila quelque chose qui nous ressemble. Je ne sais à quoi penser, si je dois m'attendre à quelque chose après tes aveux. Retrouver une routine me rassure. Je ne veux pas espérer et être déçue. Je prépare donc deux tasses de thé bien chaudes, et t'entendant sortir de la salle de bain afin de te trouver des habits, je dépose les tasses sur la table basse du salon et me rend à mon tour dans la salle de bain. J'ai besoin moi aussi de me laver et de détendre les muscles. Je n'ai pas été blessée à proprement parler mais les hommes du général m'ont un peu malmenée. Je sais que je vais avoir quelques bleus et quelques contusions.
La douche a été rapide. J'aurais pu m'y attarder et en profiter pour réfléchir sur nous. Mais je suis exténué. Le temps de retourner dans ma chambre prendre un bas de jogging et un t-shirt propre, je vois que tu as quitté la cusine. Je trouve deux tasses fumantes sur la table basse et en déduis que tu es montée toi aussi te laver. Le temps passe et j'ai du mal à lutter contre le sommeil. J'ai fini ma tasse et me suis installé plus confortablement dans le canapé. Je sens le sommeil me gagner. Les minutes passent. Je suppose que tu as dû te faire couler un bain. Tu fais toujours ça quand nous sortons d'une mission difficile ou quand tu as besoin de te ressourcer. J'aurais aimé pouvoir partager un instant privilégié avec toi mais l'épuisement est trop fort. Je ferme les yeux et finir par m'assoupir.
Le bain m'a fait du bien. Je me rend compte en te voyant, endormi sur le canapé, que j'ai du y passer plus de temps que je ne le pensais. Je vais prendre une couverture et je la pose sur toi. Je la remonte doucement jusqu'au haut de ta poitrine. Tremblante, je tends la main vers ton visage et remets quelques mèches en place. Tu as l'air si paisible quand tu dors. Ton visage semble serein, comme celui d'un enfant. Tu sembles avoir déposé les armes, au sens propre du terme. Je m'assied près de toi. J'aime te voir ainsi. Tu as l'air fragile. Cette fragilité te rend encore plus beau. Je bois lentement mon thé, puis à regrets, je repose la tasse et me décide à quitter le canapé. Je n'ai pas fait un pas que quelque chose me retient. Ou plutôt toi... Tu as attrapé mon bras gauche, et ne me laissant pas le temps de réagir, tu as tiré vers toi. Je tombe en arrière, sur le canapé, près de toi. Je suis toujours de dos, assise à quelques centimètres de ton corps.
-"Reste avec moi" te dis-je.
Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. Pourquoi j'ai attrapé ton bras et t'ai attirée à moi. Je n'avais pas envie de te voir partir. Sentir tes mains caresser doucement mes cheveux m'a fait tressaillir. Je ne crois pas que tu l'aies senti, mais moi, ce simple geste m'a retourné. J'en veux plus, Sugar. J'en prends petit à petit conscience. J'ai mis des mots sur mes sentiments, j'ai franchi un cap. Ce cap m'ouvre les yeux sur tout ce que je me refusais jusqu'a présent. Une simple caresse, une simple attention et me voila un petit garçon. Egoistement, ce soir, je te veux près de moi. Alors je t'adresse ces trois mots. Trois mots simples. Pas une supplique, juste une demande toute simple.
-"Ryo ?" Tu balbuties. Ma demande t'a déconcertée, et je te comprends. Je ne l'ai pas anticipée, c'est venu comme ça.
-"Chut..Ne dis rien. Juste dormir..." J'essaie de te rassurer sur mes intentions.
Je n'ai pas osé me retourner. Ta demande m'a laissée bouche bée. Je frissonne quelque peu et lentement, je prend position sur le canapé. Je m'allonge et je sens ton bras puissant m'enserrer la taille. Tu as du juger la distance entre nos corps top grande : tu la réduis en me rapprochant fermement de toi. J'ai maintenant mon dos collé à ton torse. Je suis à la fois intimidée et heureuse. Je me sens en sécurité. Ton bras remonte un peu : je ne suis plus seulement collée à toi, je suis littéralement dans tes bras. Tu desserre un instant ton étreinte, le temps d'attraper la couverture et de la remonter sur moi. Puis tu repositionnes ton bras par dessus ma taile. Je suis bien. Je ferme les yeux.
Je t'ai approché de moi. Tu n'as pas sourcillé. Je te sens contre mon torse, je sens tes fesses contre mon bassin. Cette position pourrait être terriblement érotique. En vérité, elle l'est. Mais à cet instant, c'est la tendresse qui prend le dessus dans mes sentiments. Je te tiens fermement, comme si j'avais peur de te voir disparaitre. Avec une autre femme, j'aurais été excité. Là je suis juste heureux, apaisé. Non pas que tu ne me fais pas d'effet. Mais je suis trop heureux de t'avoir dans mes bras pour avoir ce type de pensées. Doucement, avec beaucoup d'hésitations, tu poses ta main sur la mienne. Je suis heureux, sugar. J'esquisse un sourire, enfouis mon visage dans ta nuque et respire le parfum de tes cheveux. Je ferme les yeux, profitant d'une sérénité que je ne croyais pas atteindre un jour.
Merci de m'avoir lue. J'avais en tête depuis un moment d'écrire une fic sur ce couple que j'adore. Ce n'est que ma deuxième fic, et j'ai voulu tenter un nouveau style, une nouvelle approche. J'espère que ça vous a plus. N'hésitez pas a laisser vos impressions, ça fait toujours plaisir. ;)
