N°25

Locaux de la Mafia Portuaire. 05h02.

Dazai pénétra dans le bâtiment à si grand fracas que toute l'organisation criminelle eut vent de son arrivée. Porté par ses souvenirs et son instinct infaillible, le détective traversa les couloirs en sachant parfaitement dans quelle direction aller pour parvenir là où il le voulait. Son regard noir et son pas déterminé dissuadèrent toutes personnes de se mettre en travers de son chemin, à l'image des gardiens à l'entrée des locaux qui n'avaient mis que deux petites secondes à comprendre qu'il fallait mieux pour eux de le laisser passer.

Il parvint enfin dans les quartiers privés de la Mafia qui comprenait plusieurs chambres dans lesquelles les membres les plus imminents pouvaient loger. Il parvint à la porte qui l'intéressait et rentra dans la pièce sans même se soucier d'avoir à y être invité.

Son cœur se gonfla de soulagement en voyant Chûya éveillé, assis dans son lit auprès de Kôyô et de Mori, puis se serra de nouveau lorsqu'il vit son visage légèrement plus blanc qu'à l'accoutumée et l'hématome bleuté qui recouvrait le côté de gauche de sa mâchoire.

Le petit roux releva vivement la tête de la tasse de thé brûlante que lui tendait Kôyô et dont l'odeur le révulsait, lorsqu'il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir à la volée. Il fronça les sourcils face à la silhouette tremblante de son ancien partenaire, posée dans l'encadrement.

- Le maquereau ? Qu'est-ce que tu fiches i...

La fin de sa phrase mourut étranglée dans le fond de sa poitrine que Dazai vint brusquement étreindre, avec toute la force que contenait ses longs bras bandés.

- Oh bon sang ... Si tu savais comme j'ai eu peur, murmura le brun contre son crâne.

Beaucoup trop surpris pour savoir comment réagir, Chûya resta figé, tandis que Dazai inspirait le parfum de ses cheveux et glissait sans gênes ses mains sur son visage et son corps comme pour en mémoriser toutes les coutures.

À côté d'eux, Kôyô et Mori observaient la scène, sans même chercher à essayer d'intervenir pour interrompre cette mascarade. Traîtres ...

- Ne me refais plus jamais un coup pareil, lui ordonna le détective, on ne peut plus sérieux.

- Bordel, de quoi est-ce que tu parles ? J'ai juste fait une chute à moto.

- Une chute littérale de trois étages, parce que monsieur a eu la bonne idée d'user de son pouvoir pour se garer sur le toit d'un immeuble plutôt que sur un parking comme tout le monde ! le sermonna-t-il.

- Tu te fiches de qui, exactement ? Tu n'es pas mère et tu rêves si tu penses avoir encore un quelconque droit de te soucier de ce que je fais de dangereux dans ma vie.

Dazai ne pouvait pas le contredire là-dessus. Mais à ce moment-là, loin de toute logique dont il était, de toute façon, dépourvu de manière générale, il ne pensa qu'avec son cœur qui tambourinait lourdement, soulagé de savoir sa petite limace, toujours en vie.

Malgré la réticence évidente de Chûya, il prit son visage en coupe et plongea son regard dans ses yeux bleu céruléen qu'il ne pensait plus jamais revoir.

- Quand Mori m'a téléphoné, j'ai bien cru que ... que tu allais y rester ...

- Comment ça ? Je n'ai même pas perdu connaissance !

Le mafieux jeta un coup d'œil au parrain qui trouva un intérêt soudain aux craquelures du plafond, pendant que Kôyô étouffait un rire dans la manche de son Yukata. Pourriture de traîtres ...

Chûya les aurait volontiers envoyés balader, si la pression des mains de Dazai sur ses joues ne l'avait pas poussé à reporter son attention sur lui.

- Le fait est que pendant un instant, j'ai cru t'avoir perdu et je ... J'ai eu l'impression de devenir complètement fou. L'idée que je ne puisse plus jamais te revoir, ça m'a fait comprendre que ...

Dazai s'interrompit et fixa tendrement la bouche de son ex-coéquipier, avant de revenir sur ses yeux. Il sentit le pauvre Chûya se reculer davantage contre la tête de lit, légèrement effrayé par le comportement étrange de cette machine à bousiller les bandages. Jamais il ne l'avait vu aussi angoissé, et le fait qu'il en soit la cause, rendait la situation encore plus bizarre.

Il sentit ses joues s'enflammaient face à cette proximité et pria pour que Dazai ne sente pas la chaleur soudaine de sa peau sur ses paumes. Mais c'était sûrement trop demandé, puisque le brun finit par soupirer en souriant largement, ses iris brunes remplient d'étoiles.

- Je t'aime, déclara-t-il soudainement.

Si Chûya n'avait pas été si éberlué par cette annonce, il aurait sûrement vu Kôyô s'étouffer sur la tasse de thé qu'elle avait récupérer des mains de son petit frère et Mori s'en décrocher la mâchoire d'étonnement. Commères, en plus de ça.

Le roux fixa longuement les yeux de la momie ambulante à la recherche de cette petite lueur espiègle qui lui ferait comprendre qu'il plaisantait. En vain, il n'y percevait qu'une profonde sincérité, ce qui n'était pas vraiment pour le rassurer.

- Mais enfin, qu'est-ce que ... ?

Cependant, Dazai le coupa une nouvelle fois, en se penchant d'autant plus pour pouvoir capturer ses lèvres entre les siennes. Chûya étouffa un cri de surprise contre la bouche de cet abruti de maquereau, alors que son patron et sa grande sœur de substitution laissaient échapper sans vergogne tout leur étonnement.

Mais le choc réel de cet acte fut toute la satisfaction et le plaisir que Chûya ressentit face à ce geste tendre et ... amoureux ? Dazai ne pouvait décemment pas être sérieux dans ses mots et dans ses actes. Malgré tout l'agréable qu'il tirait de ce baiser, le roux pressa ses mains sur les épaules de son ancien partenaire pour l'éloigner.

- Bon sang, tu es complètement malade ou quoi ? l'interrogea-t-il en s'essuyant exagérément la bouche.

- Au contraire, je suis très sérieux. Te savoir proche de la mort, ça m'a fait réaliser à quel point je tiens à toi et aujourd'hui, j'en suis sûr et certain : je suis fou amoureux de toi.

Cet homme était bon pour l'asile. Après quelques secondes de réflexion, Chûya lui donna une claque derrière la tête, dans l'espoir de remettre ses neurones en place.

- Et c'est moi qui aie eu un choc à la tête ? demanda-t-il.

- Pourquoi est-ce que tu le prends comme ça, ma limace ? voulut savoir le détective en passant sa main sur son crâne.

- Mais merde, réveille-toi, crétin ! On est Dazai et Chûya ! On est censés se détester et vouloir s'entretuer ! Certainement pas faire ... autre chose que ça !

Mais à son image, le brun se soucia peu des paroles du mafieux et rit légèrement en venant lui caresser la joue.

- Il va falloir te faire à l'idée que c'est terminé, expliqua-t-il. Et je compte bien te faire réaliser, autant que moi, combien nous sommes faits l'un pour l'autre.

Il n'était pas sérieux ... Impossible ... Et pourtant ...


Une semaine plus tard.

Locaux de la Mafia Portuaire. 11h18.

Aussi méfiant que s'il était sur le point de se prendre une bombe en plein visage, Chûya recula un maximum dans son lit en observant le vase qu'Akutagawa tenait précautionneusement entre ses mains.

- C'est une blague, j'espère ? pria-t-il les sourcils froncés.

- Crois-moi, j'aurais bien aimé. Je suis membre exécutif, pas livreur de colis. Et il serait peut-être temps que tu l'expliques à ton homme.

- Ce n'est pas mon homme ! Ce type est juste complètement taré !

Jugeant que le poids du cadeau était de trop pour lui, il déposa le bouquet de roses qu'il tenait sur la table de chevet de son collègue roux, toujours alité.

- Un vase ? Sérieusement ? Tu as pris le temps de les mettre dans l'eau ? demanda le blessé.

- C'est Kôyô qui m'a obligé. Elle a dit que sans ça, elles mourraient très vite.

- Qu'est-ce que j'en ai à faire ? Je ne veux pas de ce truc dans ma chambre !

- Ça va, détends-toi, ce ne sont que des fleurs.

- Des fleurs envoyées par l'ennemi !

Akutagawa le toisa du regard, en haussant un sourcil. Bon, peut-être que le terme « ennemi » était un peu fort, mais c'était ce qu'il y avait de plus proche pour désigner sa relation d'avec Dazai.

- Comment tu sais qu'elle vienne de lui ? demanda le plus jeune.

« Parce qu'il est le seul à savoir que les roses rouges sont les seules plantes que je trouve belles ? » Hors de question de répondre par cette vérité et d'avoir à supporter le petit sourire entendu de son ami. Plutôt mourir.

- Peut-être parce qu'il m'a envoyé plusieurs cadeaux de ce genre depuis qu'on s'est vu la semaine dernière ! répliqua-t-il à la place.

Pour appuyer ses mots, il désigna l'amas de cartons à peine déballés qui trainaient sur le parquet de la pièce. Des bouteilles de Pétrus aussi vieilles que luxueuses, une paire de gants de moto en cuir de grande marque, un nouveau collier, et même de rares vinyles. Tout autant de cadeaux que Chûya ne pouvait qu'apprécier étant donné ses goûtes, mais qu'il se refusait d'accepter. Jamais il ne lui donnerait cette satisfaction, qui risquait de le confortait dans son délire du moment.

- Et aussi parce qu'il est le seul capable de faire une connerie pareille pour me pourrir la vie, ajouta-t-il.

- Je doute qu'il cherche à mal en t'offrant tous ces trucs. Ce ne sont que de petites attentions. Après tout, il a bien dit qu'il comptait te faire craquer.

Chûya fronça les sourcils et osa poser une question à laquelle il avait déjà la réponse.

- Comment est-ce que tu es au courant de ça ?

- Attends, tu n'as tout de même pas réellement cru Kôyô et Mori garderaient ça pour eux ? C'est mal les connaître. À l'heure qu'il est, l'information a dû parvenir aux oreilles de tout Yokohama.

Le petit mafieux serra les poings, frustré de ne pas pouvoir massacrer les deux personnes responsables de cette rumeur. Un terrible abus de pouvoir de la part de sa pseudo-grande sœur et son patron. Il sortit de sa transe colérique lorsqu'Akutagawa déposa une main compatissante sur son épaule et la seconde sur son cœur.

- Ce sera un honneur pour moi d'être ton témoin.

Sa blague ne resta pas impunie puisque de ses maigres forces retrouvées, Chûya trouva le moyen d'envoyer son poing dans ses côtes.

- Encore une de ce genre et je te cogne de façon à ce que tu ne puisses jamais avoir d'enfant, le menaça-t-il.

- Enfin, Chûya, tu prends ça beaucoup trop à cœur. Tu sais comment est Dazai. Il finira par se lasser quand il verra que tu ne réagis pas comme il l'aimerait.

- C'est un défi qu'il s'est lancé. Il ne s'arrêtera pas aussi facilement.

- Alors fais-lui croire que tu as cédé et il reviendra à la raison. Il est du genre à perdre tout intérêt pour ce qu'il veut, une fois qu'il l'a.

Ce fut au tour du roux de regarder son ami d'un œil critique. Raison et Dazai étaient deux thématiques impossibles à employer dans la même phrase. Mais au moins, cette contradiction réussit à le faire rire. Enfin, il perdit bien vite son sourire lorsqu'il vit une tête de maquereau desséchée apparaître par-delà la fenêtre de la chambre.

- Pitié, dis-moi que je rêve, lâcha Chûya les yeux écarquillés.

Akutagawa tourna la tête vers ladite fenêtre et aperçut Dazai forcer sur ses avant-bras pour tenir en équilibre sur le rebord, à peine surpris de sa présence incongrue.

- Ah oui, j'ai oublié de te le dire. Il est venu apporter les fleurs lui-même et Mori a refusé de le laisser rentrer. Il savait que tu réduirais les locaux en cendres s'il soutenait Dazai dans ses démarches pseudo-romantiques jusque là. Le parrain n'est pas complètement suicidaire non plus.

Le détective usa de ses faibles muscles pour taper à la vitre et réclamer de l'attention. Chûya soupira, complètement abasourdi.

- Dégage-le, commanda-t-il à son collègue. Fais-le tomber, n'importe quoi, pourvu qu'il ne lui reprenne plus jamais l'envie de grimper au premier étage.

- J'ai toujours dit à Mori qu'il fallait faire enlever les plantes grimpantes pour éviter ce genre de situation, déclara Akutagawa en levant les yeux au ciel. Et si tu répondais à ses appels, ça n'arriverait pas.

Le jeune homme ouvrit la fenêtre et se pencha sur le corps en plein effort de Dazai qui tentait de ne pas tomber.

- Enfin une âme charitable, soupira-t-il, content qu'on lui ait ouvert.

- J'ai pour ordre de te faire tomber, rétorqua le détenteur de Rashômon.

- Allons, tu ne ferais pas ça à ton mentor adoré ?

- J'ai souvenir de coups de poings dans le ventre et de menace à arme à feu qui font que tu n'avais rien d'un mentor adoré.

Dazai soupira. Très bien. Il ne lui restait plus qu'une carte en main.

- Si tu me laisses entrer, je t'arrange un coup avec Atsushi.

- ... Après toi, fit-il en se décalant sur le côté.

Chûya fut consterné de voir jusqu'où ses collègues étaient prêt à retourner leurs vestes pour leurs propres intérêts. Tous des traîtres, tous autant qu'ils étaient ! Et il tacherait de leur faire payer leur manque de soutien, une fois qu'il aurait réussi à se débarrasser de cette satanée momie, en pleine galère pour passer par-dessus le rebord de la fenêtre.

Enfin, une fois à l'intérieur, il ne manqua de remercier Akutagawa d'une tape sur l'épaule et se dirigea aussitôt vers Chûya. Le petit roux envisagea de prendre ses jambes à son coup et d'essayer de le semer, mais sans compter sur ses muscles endoloris par son repos forcé d'une semaine et sur le fait que Dazai connaissait les locaux de la Mafia comme sa poche. Exaspéré au possible, il se résigna à supporter le maquereau et à profiter de sa présence pour l'envoyer balader de vive voix.

- Ma limace !

Son ton enjoué faisait presque peur. Il se pencha sur le blessé et déposa un rapide baiser sur ses lèvres, auquel Chûya eut à peine le temps de réagir. D'un revers de manche, il essuya sa bouche comme la dernière fois qu'ils s'étaient vu, bien que le parfum de Dazai semble décider à y rester accroché.

- Je vous laisse entre vous, déclara Akutagawa rejoignant la sortie.

- Je te conseille d'en profiter pour disparaître, sinon je te jure que je te tue.

Loin de se sentir menacé, le jeune homme le gratifia d'un simple signe de la main sans même se retourner. Le roux aurait volontiers continué à rager contre lui et la Terre entière si Dazai n'avait pas pris son menton entre ses doigts pour l'obliger à se reconcentrer sur lui.

- Eh, on s'occupe de moi maintenant, commanda-t-il en souriant.

- Même pas en rêve le maquereau. Et puis qu'est-ce que tu fiches ici de toute façon ?

- Tu ne m'as pas cru quand je t'ai dit que j'allais te faire comprendre que nous sommes faits l'un pour l'autre ? Tu me connais pourtant mieux que ça, mon Chûya. Tu sais que je ne me décourage pas aussi facilement.

Oui, il le savait. Parce qu'il n'existait pas de personne en ce monde qui connaisse Dazai autant que lui. Et c'était en partie la raison pour laquelle il ne voulait pas se laisser aller à ce petit jeu stupide qui ne finirait que par le faire souffrir.

- Remballe tes cadeaux et quitte mon plancher, réclama le petit mafieux en désignant la porte.

- Les roses ne te plaisent pas ? Je peux toujours t'amener autre chose.

- Non, je ne veux rien qui vienne de toi. Ni fleurs, ni alcools, ni colliers, ni quoi que ce soit d'autre. Je veux juste que tu arrêtes ta comédie.

Dazai perdit son sourire en réalisant tout le sérieux de la conversation. Non pas qu'il n'ait pas été sincère dans ses propos précédents, mais l'ambiance était devenue soudainement lourde et étouffante. Sans chercher à aller trop loin, il déposa sa main sur celle de son ancien partenaire pour le calmer et se mordit l'intérieur de la joue.

- Tu ne me crois pas du tout quand je te dis que je t'aime, c'est ça ? demanda-t-il.

- Comment est-ce que je pourrais te croire ? Ce n'est pas comme si tu étais du genre sérieux avec moi et encore moins en matière de sentiments.

- C'est une question de confiance. Est-ce que je t'ai menti, ne serait-ce qu'une seule fois ?

C'était un bon point pour le détective. Peu importait combien ils se disputaient et à quel point ils étaient différents, ils étaient mutuellement ce qui leur permettait de ne pas perdre la tête dans ce monde de fous.

- Non, reconnut Chûya.

- Alors quoi ? De quelle preuve as-tu besoin ?

- Ce n'est pas une déclaration d'amour sortie de nulle part qui saura me convaincre de ta sincérité. Je crois juste que tu penses ressentir des choses pour moi qui n'ont pas lieu d'être.

- Pas lieu d'être ?

Dazai ravala un rire nerveux et glissa une main tremblante dans ses cheveux pour tenter de garder son calme. Il n'était pas question de partir au quart de tour, en particulier sur un sujet aussi sensible.

- Je t'aime depuis plus de six ans, avoua-t-il.

Chûya ne répondit pas tout de suite, étonné de voir à quel point le détective pouvait avoir l'air sérieux, même dans la plue grande des folies.

- Je t'aime depuis que Mori a eu l'idée improbable de nous faire travailler ensemble, depuis cette mission contre Rimbaud que nous avons mené à bien tous les deux, depuis que j'ai été amené à passer mon quotidien à tes côtés et à tomber amoureux un peu plus chaque jour.

- Arrête ! Si c'était le cas, si c'était la vérité, tu me l'aurais dit bien avant !

C'était bien mal venue de sa part de dire une chose pareille quand il était littéralement dans un cas similaire. Il aimait Dazai depuis si longtemps qu'il ne parvenait même pas à se souvenir du moment exact où il était tombé amoureux, ni de la réelle raison pour laquelle s'était arrivé.

- Tu surestimes mon courage si tu crois que je te l'aurais avoué sans difficulté, expliqua le brun.

- Tu l'as bien fait la semaine dernière. Sans la moindre hésitation. Tu as réussi à sortir ces trois mots comme si c'était la chose la plus simple au monde.

- Ça l'a été uniquement parce que j'ai réalisé qu'attendre une seconde de plus, c'était prendre le risque de ne pouvoir jamais te le dire. Ton accident n'a peut-être pas eu de conséquences graves mais il aurait pu t'être fatal et je ... J'ai repris conscience de tout le danger que représente le métier de capitaine à la Mafia Portuaire, et je refuse de risquer de te perdre une nouvelle fois sans que tu ne saches à quel point je t'aime.

Chûya sentit son coeur se serrer à cet aveu. Aussi fermé à l'idée pouvait-il être, il lui était impossible de ne pas voir tout l'amour contenu dans ses paroles. Même toute la mauvaise foi du monde ne pouvait pas avoir raison d'une telle sincérité. Une prise de conscience qui le laissa sans voix et l'empêcha de le regarder droit dans les yeux.

- Quand bien même, ça ne veut pas dire que ça fonctionnerait entre nous, expliqua-t-il.

- La seule chose qui pourrait faire foirer cette relation, ce serait que mes sentiments ne soient pas réciproques.

D'un geste tendre, Dazai poussa Chûya à relever la tête pour soutenir son regard.

- Est-ce qu'ils le sont ? demanda le détective.

Le mafieux eut du mal à réfléchir à la question, alors happé par le brun envoûtant des iris de son ancien partenaire, trous noirs dans lesquels il se laisserait volontiers tomber. Était-il prêt à risquer de finir meurtri pour avoir cru à une relation qui ne fonctionnerait sans doute pas ? Était-il prêt à remballer sa fierté pour assumer pleinement ce qu'il avait toujours ressenti pour cet abruti de maquereau ? Était-il prêt à se donner la chance de connaître le bonheur, au milieu d'un quotidien qui ne le permettait pas vraiment ?

- Évidemment, répondit-il enfin en soupirant.

Un immense sourire fendit le visage rayonnant de Dazai.

- Ça veut dire que je peux t'embrasser sans que tu ne prennes un air faussement dégoûté ? demanda

- Ça dépend. Est-ce que je peux garder tous tes cadeaux ?

- À moi tout seul, je vaux bien plus que tous ces trucs.

Chûya leva les yeux au ciel, déjà épuisé par son comportement. Mais alors que Dazai déposer sa bouche contre la sienne, il oublia instantanément toute son exaspération et se rappela que, malgré toute sa bonne volonté, il ne pourrait jamais contredire le fait que, au milieu de tous ces présents, cette momie ambulante, était effectivement, le meilleur élément.