N°27

Appartement de Dazai Osamu et Chûya Nakahara. 20h28

- Kunikida est vraiment une méchante personne, se plaignit Dazai en laissant retomber sa tête contre le dos du canapé.

- Le fait qu'il t'oblige à faire ton boulot ne fait pas de lui quelqu'un de mauvais, fit remarquer Chûya en poursuivant sa préparation du dîner.

Le brun soupira bruyamment comme un enfant ayant peur que tout son mécontentement ne soit pas suffisamment visible sur son visage. Il ignorait pourquoi il s'entêtait à geindre toute sa paresse quand il savait pertinemment que son amant ne le soutiendrait pas. Pour autant, il n'était pas prêt à accepter joyeusement sa condition d'esclave moderne.

- Je n'ai pas envie de le faire, décréta-t-il en croisant ses bras sur sa poitrine.

- Sérieusement, tu as quel âge ? Cinq ans ? Non, oublie. Question stupide.

- Les rapports ne servent à rien. Et puis de toute façon, je ne sais pas les écrire.

- Tu saurais si tu ne les reléguais pas à tous tes collègues depuis ton entrée à l'Agence.

- Est-ce que tu ne serais pas en train de les défendre ?

Chûya haussa les épaules et hocha la tête comme une évidence, ce qui poussa Dazai à porter la main à sa poitrine, faussement déçu de son comportement.

- Ta trahison me déchire, ma limace, sanglota-t-il d'un air théâtral.

- Tu apprendras que le fait qu'on couche ensemble ne m'oblige pas à te donner raison quand il est clair que tu as tort.

- Ce n'est pas ce que tu aurais dit hier soir.

- Manque de chance pour toi, le maquereau, il se trouve que c'est aujourd'hui que tu dois rédiger ton rapport et si tu as besoin de motivation : dis-toi que tu n'auras l'occasion de me rejoindre dans la chambre qu'une fois que tu auras fini ton boulot.

Saloperie. Chûya avait eu de quoi s'instruire en matière de manipulation depuis qu'il était à la Mafia et encore plus depuis qu'il sortait avec Dazai. Mais aussi fourbe pouvait-il être, jamais le détective ne l'aurait cru capable d'employer ce type de chantage pour obtenir gain de cause. C'était d'un ridicule, d'une bassesse, d'un mesquin, et ...

- Je m'y mets, déclara-t-il en ouvrant son ordinateur portable.

Quoi ? Il restait un homme amoureux après tout.

Dazai essaya d'ignorer le sourire discret mais pas moins victorieux de son partenaire de vie et prépara ses doigts à pianoter. Plus vite il aurait terminé l'écriture de ce rapport, plus vite il pourrait s'occuper de son homme. Et ça seulement, si l'appareil se décidait à s'allumer ... Ou pas.

Et merde.

- Je crois que le destin est contre moi, déclara-t-il.

- Fiche-toi du monde.

- Ce n'est pas de la mauvaise volonté, je t'assure.

Pour témoigner de sa bonne foi, il tourna l'ordinateur vers Chûya et appuya à plusieurs reprises sur le bouton de démarrage qui refusait de s'allumer, bien que la charge soit branchée. Enfin, ce n'était pas la première fois qu'il faisait des siennes et le mafieux s'exaspéra de voir que l'objet avait fini par rendre l'âme avant que son compagnon n'ait pu s'en racheter un autre. Ce n'était pas comme s'il le lui avait conseillé un millier de fois depuis qu'il vivait ensemble. Mais Dazai resterait toujours Dazai.

Chûya soupira.

- Tu m'épuises ...

- Dois-je y voir une quelconque invitation ?

- Pas du tout ! Le boulot d'abord.

- Mais je ne peux le faire à la main ! Ça va me prendre des heures et ma limace dormira déjà sans doute profondément lorsque j'arriverai au bout de ce foutu rapport.

- Tu n'as cas prendre mon ordinateur. N'importe quoi, pourvu que tu cesses de te plaindre.

Fier d'avoir réussi à raccourcir sa peine, le brun se leva dans l'optique d'aller récupérer l'appareil de son amant, non sans l'avoir embrasser au passage, par-delà le comptoir de leur cuisine ouverte.

- Merci, mon amour.

Il se hâta vers leur chambre en sautillant avant que Chûya n'ait pu relever sur ce surnom affectueux qu'il disait détester, mais qui gardait la fâcheuse tendance de le faire rougir. Une fois dans la pièce, il trouva l'ordinateur de son petit ami sur leur lit et l'ouvrit à la hâte. Le peu qu'il pourrait pianoter sur le chemin du retour vers le salon serait déjà une avancée.

L'écran se ralluma sur une page internet, la dernière consultée par son cher et tendre et Dazai s'interrompit au milieu du couloir, après que son cœur ait raté un battement.

C'était quoi ça ?


Agence des Détectives Armés. 10h05.

- Monsieur Dazai, vous allez bien ?

L'intéressé releva la tête de sa paperasse pour découvrir la mine adorablement inquiète d'Atsushi, penchée sur son bureau. Il avait fait tout son possible pour ne pas témoigner de son humeur étrange auprès de ses collègues, mais lorsque quelque chose le tracassait, il avait tout le mal du monde à faire comme si tout allait bien.

- Qu'est-ce qui te fait penser ça ? demanda-t-il quand même en s'efforçant de sourire.

- Vous avez rendu votre rapport à l'heure et vous n'avez pas chanté la moindre chanson depuis ce matin.

Effectivement. Venant de lui, c'était inquiétant. Il s'agissait même des principaux signaux de problème chez lui. Personne ne pouvait passer à côté. Mais Atsushi était probablement le seul à oser l'approcher sur le sujet (sans compter Kenji qui manquait cruellement de tact et de discrétion). Les autres préféraient ne pas s'en mêler, ce qui était tout à leur honneur aussi.

Il sourit à l'intention de son petit protégé.

- Ce n'est rien, Atsushi. Juste la fatigue.

Le tigre-garou avait beau être jeune, il n'en restait pas moins intelligent et cette excuse ne le convainc pas le moins du monde.

- Vous êtes sûr ? insista-t-il. Je ne veux pas vous forcer à me parler si vous n'en avez pas envie, mais je peux peut-être vous aider.

Sur le coup, Dazai eut envie de répondre par la négative. Mais il réfléchit alors quelques secondes et comprit qu'Atsushi pourrait effectivement, user de certains de ses contacts pour l'aider à mieux comprendre ce qui lui travaillait l'esprit depuis la veille.

- À dire vrai, oui, finit-il par répondre. Il y a une chose que tu peux faire pour moi.


Orphelinat de Yokohama. 18h44.

Atsushi sentit un léger frisson d'angoisse le parcourir lorsqu'ils arrivèrent enfin devant le portail de son ancien orphelinat. Il ne savait toujours pas pour quelle raison son supérieur farfelu lui avait commandé de le conduire ici, après leur journée de travail, mais il savait que Dazai n'aurait jamais formulé une telle demande sans justification valable.

Il observa son collègue et mentor regarder le jardin (bien plus verdoyant que dans son souvenir) par-delà la grille et voulut poser la fameuse question qui lui brûlait les lèvres depuis la matinée. Mais Dazai le devança.

- Tu crois que tu peux nous faire entrer ?

De quoi perturber davantage le jeune tigre-garou, qui ne savait pas vraiment jusqu'où irait ce délire soudain. Enfin bon, il n'avait pas à cœur de refuser quoi que ce soit à son ami lorsqu'il était dans cet état et puis, il aurait bien fallu qu'il ré-affronte cet endroit un jour où l'autre, pour se défaire de son passé pesant.

- Sûrement, répondit Atsushi.

Il appuya alors sur l'interphone de l'entrée, attendant que quelqu'un décroche.

- Que puis-je faire pour vous ?

L'adolescent reconnut sans mal la voix douce et féminine d'Isabella, l'assistante de l'ancien directeur et l'une des rares membres du personnel à avoir toujours été d'une gentillesse infinie avec lui.

- Isabella ? C'est ... c'est Atsushi.

Un silence résonna dans micro et sur le coup, il sentit son cœur se tordre à l'idée qu'elle l'ait oublié. Avec tous les enfants qu'elle avait croisés, cela ne devrait pourtant pas être étonnant. Mais ...

- Je t'ouvre, relança-t-elle.

À entendre l'enjouement dans sa voix, même parasité par le bon marché de l'interphone, Atsushi se sentit beaucoup plus léger et moins angoissé à l'idée de retraverser ce jardin et ces couloirs.

Le portail s'ouvrit alors mécaniquement deux secondes plus tard, contraste technologique bien grand face au grincement moyenâgeux que fit la porte en se scindant. Il ne fallait qu'une ou deux minutes pour aller au bout du sentier et rejoindre la porte d'entrée du bâtiment, alors le jeune homme aux cheveux blancs profita de ce dernier temps en tête à tête avec le suicidaire pour l'interroger.

- Monsieur Dazai, pourquoi est-ce que vous teniez à venir ici ?

L'intéressé mit quelques secondes avant de décider s'il devait répondre ou non. À quoi bon ? Il n'aurait pas pu trouver d'excuse crédible en mentant, et s'il voulait se décharger du poid qui lui pesait depuis la veille, il fallait bien qu'il en parle à quelqu'un.

- Je crois que Chûya veut un enfant.

Atsushi crut s'étouffer avec sa propre salive. Voir Dazai et Chûya se mettre ensemble et aller jusqu'à l'emménagement avait déjà été une grande surprise (de les voir assumer leurs sentiments, pas de réaliser qu'ils s'aimaient, ça, tout le monde le savait déjà) mais de là à penser qu'un jour, ils envisageraient d'adopter ? Le tigre-garou devait avouer qu'il ne l'avait pas prévu.

- Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? osa-t-il demander.

- Je suis tombé sur les recherches de son ordinateur. Il s'est renseigné sur les différents formulaires administratifs, les procédures pénales et les examens médicaux à suivre pour aboutir à une adoption. Ainsi que sur cet orphelinat. Je crois que c'est plutôt clair, non ?

Effectivement. Difficile d'envisager la chose sous un autre angle. Mais passée la surprise et en constatant tous les efforts que semblait mettre Chûya dans ses recherches, Atsushi se sentit touché. L'idée qu'il veuille offrir l'amour d'une famille (atypique, certes, il s'agissait tout de même d'un capitaine de la Mafia têtu et énervé, et d'un détective chanteur et suicidaire) lui réchauffa le cœur. Lors de son enfance chaotique, il n'avait que trop vu et ressenti la douleur d'un enfant abandonné. Et même si cela demanderait du temps et une certaine adaptation, il était persuadé que Dazai et Chûya feraient de merveilleux parents. Enfin ...

- Et vous ? voulut-il savoir.

- Quoi, moi ?

- Vous en voulez ? Des enfants ?

Dazai y avait réfléchi toute la nuit. À tort, c'était un point dont lui et Chûya n'avaient jamais véritablement parlé. Non pas parce qu'ils doutaient de leur couple, au vu de leurs sentiments l'un pour l'autre, il était assez clair qu'ils passeraient leur vie ensemble, mais ... Leur histoire était compliquée et leur vie professionnelle, dangereuse. À contratio, avec leurs pouvoirs et leurs réseaux de contact, ils avaient les moyens de protéger un petit être. Mais tout cela ne relevait que d'une réflexion purement pratique. La véritable question était de savoir s'il était prêt à ouvrir son cœur à une petite créature autre que sa limace ? Pourrait-il devenir suffisamment responsable pour s'occuper d'un bébé sans défense ? Parviendrait-il à partager l'homme de sa vie avec quelqu'un d'autre ? Et pourraient-ils tous les deux affronter les services sociaux et autres organismes ayant déjà de forts préjugés sur leur travail et leur relation ?

- Je n'en sais rien, répondit-il. J'imagine que ... c'est pour ça que j'ai eu envie de venir ici.

Sans que Dazai n'ait besoin d'expliciter, Atsushi comprit ce qu'il voulait dire. Cela faisait lui-même trois ans qu'il sortait avec Akutagawa et le temps passant, il avait nécessairement envisagé l'avenir sous cet angle, lui aussi. Une adoption ... Le passif d'Atsushi à cet égard en faisant le plus à même de devenir le meilleur des parents. Mais parce qu'il savait qu'Akutagawa, dans son caractère et dans sa façon d'être, ne voudrait jamais d'enfants, il avait toujours gardé ce désir caché, enfoui. Il aimait sa vie telle qu'elle était et il s'en contenterait avec grand plaisir. À 21 ans, il avait encore le temps de se faire à l'idée.

À quelques marches de la porte d'entrée, Isabella vint leur ouvrir. Elle arborait ce sourire angélique qui avait toujours eu le don de le rassurer, alors même qu'il venait de se faire brûler au fer chaud ou frapper par les mains du directeur. Cette femme était la parfaite représentation d'un rayon de lumière dans un tunnel noir. Et lorsqu'Atsushi découvrit le badge « directrice » accroché à sa robe, il sentit cette lueur d'espoir à laquelle il s'était raccroché toute sa vie, se propager.

- Vous ... Vous êtes ...

- Étonnant, hein ? dit-elle en contemplant la broche dorée. C'est temporaire. Après la mort du directeur, j'ai été assignée à son poste le temps que ministère trouve un remplaçant, mais j'ai bien l'intention de faire valoir mes compétences et mon droit de diriger cet endroit.

Elle était parfaite pour ça et Atsushi serait le premier à vanter ses mérites s'il le fallait. Les enfants de cet orphelinat avaient besoin de quelqu'un comme elle pour les guider et les aider à évoluer.

- Allez, viens là, commanda-t-elle.

Elle l'attira contre elle et le tigre-garou retrouva dans son parfum tout l'amour maternel dont il avait manqué. Il avait beau être désormais plus grand qu'elle, il ne se sentait pas moins minuscule dans ses bras.

Atsushi se détacha d'Isabella dans un sourire et se tourna vers Dazai, resté en retrait.

- Je vous présente l'un de mes collègues et amis, Dazai Osamu.

- Ravi de vous rencontrer, charmante dame, lança-t-il en déposant ses lèvres sur sa main.

En couple et fou amoureux ou pas, Dazai restait Dazai. Charmeur et gentleman d'un autre temps avec les femmes, mêmes lorsqu'elles s'avéraient avoir dix ans de plus que lui. Mais Isabella ne s'en formalisa pas, elle en rit même. Elle devait avoir l'habitude des hommes venus faire croire à une soudaine envie de paternité juste pour pouvoir essayer de la séduire.

- Tu es venu voir les enfants ? demanda-t-elle à Atsushi.

- Euh ... En quelques sortes.

- Alors dépêche-toi. Ils vont être fous de joie.

Dazai fut presque effrayé de voir tous ces humains miniatures se jeter joyeusement sur Atsushi comme s'il était la dernière des idoles pour enfants. Le tigre-garou tomba même à la renverse sous le poids combinés de tous ces petits lutins. De quoi pousser le suicidaire à rester en retrait.

Cet élan d'amour non contrôlé était aussi adorable qu'effrayant, de quoi encore plus l'embrouiller quant à son envie d'un jour être papa ou non. Les trois quarts des enfants âgés d'environ 5 à 12 ans avaient volontiers abandonner leurs activités manuelles pour aller retrouver les bras de celui qu'il avait sûrement considéré comme leur grand frère, avant son départ. Les plus jeunes, eux, restaient dans leur coin, sans doute parce qu'ils n'avaient jamais connu Atsushi.

Une petite fille notamment, attira l'attention de Dazai après qu'elle ait tiré sur le bas de son manteau.

- Pourquoi t'es une momie ? demanda-t-elle en désignant ses bandages.

Elle faisait à peine un mètre et arborait une robe bien trop terne pour une petite fille, ainsi que des cheveux noirs coupés aux épaules et de grands yeux sombres curieux et expressifs.

- Parce que j'aime Halloween, répondit-il.

Suspicieuse, la petite se contenta tout de même de cette réponse. Tant mieux. Il n'avait pas vraiment envie de faire la conversation. Manque de chance pour lui, les enfants trouvaient toujours le moyen de relancer.

- Je m'appelle Yumi, se présenta-t-elle.

- Moi, c'est Dazai.

- On dirait un nom de poisson.

- Et toi d'un jus de légumes bio.

Dans un sens, ils avaient tous les deux raisons. Le maquereau était un poisson après tout. Mais il ne comptait pas se laisser démonter par une gamine, sous prétexte qu'elle soit trop jeune pour répliquer. Au contraire, c'est à cet âge qu'ils étaient les plus diaboliques.

- J'aime les légumes, répliqua-t-elle simplement.

« Tu parles d'un diabolisme ! » gloussa la conscience du détective.

Dazai se contenta de grommeler contre lui-même, toujours les bras croisés à observer Atsushi prendre des nouvelles de ses petits frères et sœurs. Il s'en sortait bien avec les enfants, tellement que cela pourrait sembler être une seconde nature.

- Tu as une amoureuse ?

La petite voix de Yumi l'obligea à se reconcentrer sur elle et sur le coup il ne sut quoi répondre. Serait-ce briser l'innocence de cette enfant que de lui dire l'exacte vérité ? Peut-être qu'il ferait mieux de rester évasif ? Pourtant, quelque chose dans le regard de cette petite fille lui donna l'impression que, malgré son jeune âge, elle était capable d'en entendre bien plus qu'il n'y paraissait.

- C'est un petit peu compliqué, répondit-il.

- Ça veut dire quoi « compiqué » ?

- Disons que ... mon « amoureuse » comme tu dis ... eh bien ... c'est plutôt un amoureux.

Yumi cligna des yeux plusieurs fois comme pour accélérer le processus d'assimilation et sur le coup, Dazai eut peur de l'avoir embrouiller et complètement choquée. Bon sang ... Il était nul avec les enfants, il le savait.

- Et en quoi il se déguise ton amoureux pour Halloween ?

Ou pas. La petite ne paraissait pas le moins du monde perturbée par ce que le suicidaire sans filtre venait de lui dire. C'était plutôt lui, le perplexe dans l'histoire.

- Euh ... En citrouille.

C'était tout ce que l'image de son compagnon aux cheveux roux lui avait inspiré comme réponse. Si Chûya avait vent de cette histoire, il le tuerait.

- C'est un légume ? demanda Yumi.

- Sûrement. Je ne sais pas.

- Tu n'es pas très intelligent.

- Et toi, tu l'es un peu trop.

Sans savoir réellement ce qu'il y avait de drôle dans sa réplique, l'enfant se mit à rire de bon cœur, dévoilant une rangée parfaitement alignée de petites dents blanches qui ne tarderaient sans doute pas à tomber. Voir le visage de cette petite fille s'illuminer par ses simples mots, réchauffa doucement le cœur de Dazai.

- T'es rigolo toi, lança Yumi.

Un sourire fendit le visage du suicidaire face à ce compliment décalé et peu attendu.

Puis, la petite brune délaissa le manteau de Dazai pour agripper brièvement son index et le serrer.

- Mon futur papa, lui aussi il sera drôle.

Le cœur du détective se serra légèrement en se rappelant que cette boule d'énergie et de bonne humeur restait une orpheline. Il ignorait quelles étaient les raisons de son abandon, si tant est qu'il y en ait, mais à ses yeux rien n'aurait pu justifier que cette petite fille ne reçoive pas l'amour qu'elle méritait.

Il s'agenouilla pour être à sa hauteur et lui répondit alors par un sourire.

- J'en suis persuadé, moi aussi, déclara-t-il.


Appartement de Dazai Osamu et Chûya Nakahara. 19h57.

Chûya entendit la porte de l'appartement claqué et comprit que son compagnon était rentré.

- Pour une fois que je finis plus tôt, c'est toi qui arrives plus ta...

Il se fit interrompre par la bouche de Dazai qui vint capturer ses lèvres avec tendresse et amour. Chûya resta figé une demi-seconde sous la surprise, mais passa rapidement ses mains autour du cou de son amant, pour lui rendre son baiser.

Dazai mit finalement fin à leur échange, sans pour autant libérer sa petite limace de son étreinte.

- Que me vaut un tel accueil ? demanda Chûya en glissant ses doigts dans les cheveux de son partenaire.

- C'est d'accord.

Légèrement perdu, le mafieux se recula juste assez pour pouvoir regarder Dazai dans les yeux.

- De quoi est-ce que tu parles ?

- De l'adoption, répliqua le détective. Moi aussi, je crois bien que j'ai envie d'avoir des enfants avec toi. Peu importe, le temps qu'il faudra ou le nombre que tu veux ...

Chûya l'observa longuement, le sourire sur son visage légèrement crispé. Il déposa ses mains sur les épaules de Dazai et se mordit la lèvre inférieure, avant de poursuivre.

- Tu pourrais reprendre depuis le début, s'il te plaît ? demanda-t-il.

Ce fut au tour du maquereau d'avoir l'air perplexe.

- Eh bien, tu sais ? Les recherches sur ton ordinateur. Je les ai vu hier soir lorsque j'ai dû finir mon rapport. Sur le coup, je t'avoue que j'ai un peu paniqué. Je ne savais pas trop quoi en penser. Mais je me suis dit qu'on était deux dans l'histoire et je te devais bien d'y réfléchir alors, j'ai fait un premier pas en demandant à Atsushi de m'emmener dans son ancien orphelinat. Tous ces humains miniatures avaient l'air de lilliputiens assoiffés de sang en se jetant sur Atsushi mais au final, je crois que c'était une manière d'exprimer leur affection. Et il y a eu cette petite fille, Yumi, elle est très intelligente et adorable et si innocente. Elle m'a vraiment touché et ...

Il parlait trop. Il s'en rendit compte en voyant les yeux écarquillés de Chûya et sa bouche entrouverte, comme s'il essayait lui-même d'en placer une.

- Tout ça pour dire, que je veux avoir des enfants avec toi, acheva Dazai.

Il se pencha de nouveau sur son amant et l'embrassa langoureusement pour parfaire son petit discours romantique. Si Chûya se laissa faire avec plaisir, il dût rapidement interrompre le baiser pour pouvoir mettre les choses au clair.

- Whouah, euh ... Je n'aurais jamais cru que tu tiendrais ce genre de propos un jour et encore moins avec moi ... Je veux dire ... Nous, deux avoir des enfants ? Tu nous imagines vraiment en train de jouer les parents poules ?

- Pas vraiment mais pour toi, je le ferai.

- Dazai. Ce que je veux dire c'est que ... Ces recherches que j'ai faites. Ce n'était pas pour nous.

Le sol sembla s'écrouler sous les pieds du détective. Il avait forcément mal entendu.

- Mais tu ...

- C'était pour Akutagawa, précisa Chûya. Je suis désolé de ne pas t'en avoir parlé mais il m'avait demandé de ne rien dire. Atsushi a émis l'envie de devenir parent il y a quelques semaines après avoir bu le verre de trop. Il a dû l'oublier le lendemain parce qu'il n'en a jamais reparlé. Mais ça a fait réfléchir Akutagawa et il sait à quel point les démarches sont longues et difficiles au Japon pour être reconnus parents d'un enfant adopté quand on est un couple de deux hommes. Sachant qu'ils partagent le même ordinateur chez eux, et qu'il n'avait pas envie de mettre Atsushi dans l'embarras, il m'a demandé si je pouvais faire quelques recherches à ce sujet. Avant d'être un collègue, c'est mon ami, alors j'ai simplement ... accepté ...

Voilà qui eut de quoi retourner l'esprit de Dazai. Jamais il n'aurait pu envisager que ses recherches étaient faîtes pour quelqu'un d'autre. Et alors que le brun s'était doucement fait à l'idée de devenir parent un jour, il apprenait que tout cela n'avait été qu'un énorme quiproquo.

- J'aurais dû t'en parler, dit Chûya en baissant les yeux. Je suis désolé si ... Enfin si ...

- Non, ne t'excuse pas. Je me suis fait des sortes de faux espoirs tout seul. Ou désespoirs, je n'en sais trop rien, alors ...

- Eh. Le fait que je n'ai pas fait ces recherches pour nous, ne veut pas dire que je réfute l'idée d'avoir des enfants avec toi. C'est juste que ... Je n'y ai jamais vraiment réfléchi.

Fort de son mental d'acier et de son amour inébranlable pour cet homme qu'il tenait dans ses bras, il se remit à sourire en déposant son front contre le sien.

- Je comprends, lui dit-il. Si tu veux, à l'occasion, je t'emmènerai aussi à l'orphelinat rencontrer Yumi. Elle s'est pas mal intéressée à mon « amoureuse ».

- Oh, alors même une gamine arrive à te supporter au point de vouloir apprendre à te connaître.

- Elle a dit que son futur papa serait aussi drôle que moi. Et ... Va savoir où tout cela nous mènera, mais ... Je ne voudrais pas qu'elle soit déçue.

Chûya ne put s'empêcher de sourire.

- Je serai ravi de la rencontrer. Et en attendant de savoir si nous voulons et pouvons devenir parents un jour, on pourra toujours s'entraîner sur l'enfant d'Atsushi et Akutagawa, proposa-t-il dans un clin d'œil.

Dazai ne put s'empêcher de rire en imaginant le fiasco que cela pourrait donner.