Précédemment : Clarke, tueuse de monstres, arrive à Paris…


Deux heures que j'attends à l'aéroport de pouvoir récupérer ma valise. Oui… J'ai fait Houston-Paris et je n'aie emporté qu'une valise. Mais pour moi, c'est commun. J'aie l'habitude de voyager léger. Faut dire que je suis très débrouillarde. On m'a appris à l'être. Parce que dans mon monde, on ne peut que compter que sur soi-même pour survivre. Vous ne me croirez pas mais espionner, traquer, tuer… C'est mon quotidien. Uniquement des monstres bien sûr. Mon boulot, c'est de leur faire vire un cauchemar. Alors vous comprendrez que dans mon cas, je ne peux pas m'en permettre d'en avoir, de cauchemar. Résultat : ni peur ni frayeur, pour à peu près quoi que ce soit. Moi, les films d'horreur me font rire. Sauf les Saw ! Oh bon Dieu, ce que j'adore les Saw. Mais menacez-moi de m'abandonner en pleine île déserte, même pas peur. La Sibérie ? Les froids arctiques ? Qu'importe, je m'adapte. Toute seule ? Dans le désert ? Vous m'insultez, là, je connais les règles de survie de base, quand même. D'ailleurs, petit truc en passant : croyez pas tout ce que dit Bear Grylls. Sinon vous pouvez aussi me lâcher en plein terrain radioactif, genre Tchernobyl. C'est mon élément. Alors voilà, je sais m'adapter. Sauf s'il s'agit de devoir attendre deux heures pour récupérer une simple putain de valise ! Merde !

Je ne sais pas quand je pourrais récupérer ma valise alors je sors ma carte d'identification de ma poche. La carte d'identification, c'est une petite carte que possèdent uniquement ceux qui font le même genre de boulot que moi, à savoir travailler pour la CIL. Elle n'est pas définitive elle évolue tout le temps, en fait. C'est une simple carte de statut. Les informations importantes sont inscrites d'un côté, les informations inutiles de l'autre.

Sur ma carte, côté informations importantes, il y a écrit ça :

Clarke Griffin.

C'est moi.

21 ans.

C'est mon âge.

Agent de la CIL.

En fait, CIL c'est la contraction. Le vrai nom c'est CILCFO. Mais c'est long et moche alors on dit juste CIL. Ça veut dire la Commission Internationale de Lutte Contre les Forces Obscures. C'est une organisation internationale secrète qui agit activement contre l'existence et la prolifération des espèces non-humaines sur Terre. Nous agissons sur tous les continents, tous les pays, mais restons discrets. Les gens ordinaires ne connaissent ni l'existence de ces monstres, ni la nôtre. Vous connaissez Men In Black ? C'est exactement ça. Sauf que les extraterrestres que vous voyez dans le film, c'est des anges à côté de ce que nous, nous combattons.

Résultat aux tests d'aptitude. : Excellent.

Classiquement, la CIL ne recrute aucun agent avant l'âge de 16 ans, ce qui n'est pas surprenant vu le secret que tient à conserver l'organisation mais surtout le danger qui plane au-dessus de chacun de ses membres quand il est sur le terrain. Mais moi c'est particulier.

Expérience de terrain : A confirmer.

Comme j'ai dit, mon cas est particulier. Ma mère est l'une des principales dirigeantes de l'organisation. La CIL compte plusieurs divisions officielles : la DEA qui est la Division Exclusive d'Administration de l'ensemble des différents réseaux officiels et officieux de la CIL. Autant dire que cette division est la plus secrète de toutes, ultra sécurisée, et que les agents qui y sont rattachés sont extrêmement limités en nombre. La DEA est dirigée par un descendant de l'un des deux fondateurs de la CIL. Son nom est Thelonious Jaha, un ami de ma mère. Il y a la DSFI, soit la Division Spéciale des Forces d'Intervention. Sans vouloir critiquer, je trouve que c'est la division la plus inutile qui soit. Ce qui est logique : la DSFI s'occupe d'autoriser et de diriger les troupes armées qui pourront intervenir sur le terrain en cas de force majeure, autrement dit quand un danger d'importance cruciale est sur le point de se réaliser ou bien que l'existence de ces monstres est sur le point d'être révélé au public. Un exemple : une bande de monstres s'apprête à anéantir des milliers de vie humaine ? C'est la DSFI qui aura autorité pour décider s'il faut envoyer des troupes spéciales pour empêcher le massacre, et si c'est le cas, c'est elle qui devra diriger l'opération. Parce que oui, soyons honnête, pour quelques centaines de vie seulement, la question de recourir à la DSFI ne se posera même pas. La vie des hommes ne primera jamais sur l'assurance que la CIL reste inconnu de tous. Et vu que quand la DSFI intervient, ça pète de partout… Ba ils n'interviennent presque jamais. Donc je les trouve inutiles. Bref, ils sont dirigés par un certain Marcus Kane, qui est le deuxième homme le plus important au sein de la hiérarchie de la CIL, juste après Jaha. Et puis il y a la DRP, dirigée par ma mère : la Division de Recherche et de Prévention. Tout le monde sait que ce qu'on fait là-bas est inhumain. « Recherche » peut se traduire par « expérience sur sujet ». Les sujets étant les monstres. Parfois morts, parfois vivants. Comme j'ai dit, tout le monde sait ce qu'on leur fait là-bas. Moi je sais. J'ai déjà vu. C'est horrible. Inhumain. Je désapprouve ça. Ma mère, apparemment, non. La prévention, c'est encore pire. J'ai pas envie d'en parler.

Quoi qu'il en soit, ce sont là pour moi les trois plus importantes divisions officielles. Il y en a d'autres mais bon. Et il y a aussi les officieuses. Celles-là, je les connais pas.

Avec ça, vous voyez que ma génitrice dispose d'un pouvoir extrêmement important dans l'organisation. C'est tout simplement la troisième personne la plus puissante de la CIL. Alors les règles qui s'appliquent aux autres ne s'appliquent généralement pas à moi. Si ma mère en décide ainsi. Moi, j'ai rejoint la CIL à l'âge de 8 ans. Mais je n'étudiais que la théorie. A 13 ans, j'ai rejoint le terrain. Donc oui, le terrain je gère. Il y a juste un problème, je gère trop : comme je suis en mission d'équipe, j'ai tendance à la jouer solo, et laisser mes coéquipiers dans la merde. C'est ce que m'a dit mon responsable. Avec ses mots. Et je reconnais qu'il a raison, mais c'est pas ma faute. Je travaille avec des glands. Je suis une pro. Je travaille sur le terrain depuis tellement longtemps… Ces derniers temps, je trouvais les missions qu'on m'accordait trop facile. Tous mes coéquipiers trop nuls. Alors mon responsable m'a mis au défi. Il m'a imposé une mission de mon niveau. Et un coéquipier. Un seul. C'est déjà ça. Si je reviens aux US après avoir réussi ma mission et que mon coéquipier rend un avis positif sur mon attitude envers lui, j'intègrerais possiblement l'élite des soldats de la CIL. Ce qui me ferait figurer au rang des plus jeunes meilleurs agents de l'histoire de l'organisation. Pour cela encore faut-il que j'obtienne une bonne note. D'ailleurs, parlons-en des notes.

Grade (optique) : A-.

Il faut différencier grade optique de grade acquis. Grade acquis, c'est le grade qu'on a actuellement. Grade optique, c'est le grade qu'on obtiendra dès qu'on recevra nos prochains ordres de mission. Mon grade optique, c'est A-. Le grade, donc, que je n'ai pas encore. L'ironie, c'est qu'il y a encore un an, avant qu'on ne me change de responsable, j'étais A+. J'ai été déclassé. Mais comme mon nouveau responsable ne voulait pas non plus me réduire à B+, il m'a mis officiellement sans grade, ce salaud. Juste parce que j'ai quelques problèmes à travailler en équipe. Bon, il m'a dit que si je réussissais, je pourrais passer agent d'élite. On ne devient pas agent d'élite avant le grade acquis de rang S au moins, alors j'ai espoir. N'empêche, c'est bel et bien un salaud. Je reviendrais peut-être plus tard sur le système des grades.

Nouvelle mission : infiltration désavouée.

Infiltration, ça veut dire espionnage. Il ne s'agit pas de détruire ou prendre des vies, non. Seulement d'intégrer un groupe de monstre et de transmettre les informations obtenues à nos chefs ou contacts. Désavouée, ça veut dire qu'on est seul. Aucun soutien, pour quoi que ce soit. Absolument rien. Les missions désavouées sont quelque chose d'assez rares, parce qu'elles soumettent les agents à un très grand danger. Or, c'est pas dans la politique de la CIL que de jeter la vie de leurs agents aux orties, et vu ce que la formation coûte déjà en temps et en argent… Chouette, non ? Notre vie à nous compte plus que celle des humains ordinaires. C'est de l'ironie, hein. J'aime ce que fais. Je tiens à sauver le monde de tous ces monstres dangereux. Mais il y a certains trucs dans l'organisation qui ne me plaisent pas. Si j'en avais le pouvoir, je réformerais deux ou trois trucs. Ceci dis, vu le danger que représente le désaveu, on ne le donne habituellement qu'aux agents d'élite. Du coup, je suis contente. Mon responsable est un salaud, mais un gentil salaud. Une vraie mission-test. Ou je peux mourir, bien sûr, mais aussi définitivement montrer ce que je vaux. Quand on a de l'ambition, croyez-moi, c'est une chance d'être désavouée.

Danger estimé : méconnu.

Normalement, toute mission doit avertir l'agent du danger encouru. C'est une quasi-obligation. C'est rare qu'on n'aie pas l'info sur la carte d'identification. Quand on donne une mission sans informer du danger, ça veut dire que la mission est d'importance primordiale mais qu'un danger trop énorme pour que ceux qui sont justement sensés identifier le niveau de dangerosité existe pour qu'on ne les oblige à aller se renseigner. Il faut traduire ça par « se préparer au pire ». En fait, « danger méconnu », c'est « très gros danger », ou « grandes chances d'y laisser sa peau », plus exactement. Qu'importe, que nos responsables soient parfois autorisés à ne pas nous renseigner sur les dangers possibles, moi, je trouve que c'est du foutage de gueule.

Voilà, c'est les infos utiles sur ma carte d'identification. Quand je la vois, je me dis que je suis venu à Paris pour mourir.


A suivre…