Début du second arc de cette fiction.
« J'adore ! »
« Tu adores quoi ? La déco ? » rigole Nicole.
« Tout ! Juste le fait d'être ici, de me dire que je vais manger dans un grand restaurant parisien… J'adore ! »
« Oh… Je ne savais pas que ça te ferait tant d'effet. J'ai bien fait de voter Bristol, alors. » me sourit-elle.
« Voter entre nous pour savoir où est-ce qu'on va manger, franchement… Et c'est quoi cette idée de Lexa, de vouloir manger au Kebab ? On aurait vraiment mangé là-bas si je ne t'avais pas supplié de soutenir mon choix ? »
« Oui, mais je ne comprends pas ce qui te dérange, Clarke. Lexa ne fréquente que les kebabs gastronomiques, c'est très bon et il n'y a que très peu de matières grasses ! »
« Mais je m'en fous ! Ce n'est pas ça qui me dérange ! Mais sérieusement, Nicole, tu vis à Paris et tu ne te t'accordes même pas le privilège d'aller manger dans les grands restaurants ? Tu n'imagines pas la chance que tu as. »
Nicole hausse les épaules.
« J'y viens de temps en temps, mais je vois pas l'intérêt de venir manger ici souvent. Et puis ce n'est pas forcément donné. Tu es sûre que tu m'invites ? »
« Oh ! Je croyais que tu ne votais pour moi que si c'est moi qui payais. »
« Rooh… je ne vais pas te faire ça, je peux payer moi-même ! Mais je n'aurais vraiment pas cru que tu accepterai. »
Un garçon du restaurant vient nous voir.
« Puis-je prendre vos commandes, mesdemoiselles ? »
« Il vaut mieux qu'on attende Lexa, non ? »
« Elle ne viendra peut-être pas avant un moment, elle a dit que ça prendrait un peu de temps. Entamons déjà sans elle. Tiens, la carte. »
Je regarde la carte qu'elle me tend.
Attends… Pourquoi je ne trouve pas ce que je veux ?
« Nan mais c'est quoi, ça ?! Il est où l'escargot de Paris ? Je veux de l'escargot ! » hurle-je au garçon.
Celui-ci se redresse, surpris.
« Nous n'avons pas d'escargot sur la carte, mademoiselle. » me fait-il tout penaud.
« Merci, j'ai vu ! »
« Tu voulais manger… de l'escargot ? C'est pour ça que tu insistais pour venir manger ici, Clarke ? De l'escargot ? »
« Entre autre ! Ça fait deux mois que je suis à Paris, et je n'ai pas encore eu l'occasion de manger français, ne serait-ce qu'une seule fois ! »
« Oh ba ! Sois pas pressée de goûter à ça ! »
« Pourquoi ? »
« Tu sais Clarke… Tout ce qui est français n'est pas forcément gage de bonnes choses. » Elle prend un air maussade. « L'escargot, c'est dégueulasse. »
« Impossible ! »
« Oh si, crois-moi Clarke ! Je prendrais le homard, s'il-vous-plait. » annonce-t-elle au garçon.
« Homard bleau façon césar salade. Et pour vous, mademoiselle, à la place des escargots ? »
« Caviar… »
« Caviar de Sologne avec mousselin de pomme de terre, ratte fumée au haddock et croustillant de sarrasin aigrelette. »
« Oui, le caviar, quoi ! »
Le garçon a l'air clairement embêtée par mon attitude mais repart sans rien dire.
« 140 euros… T'as pas choisi le moins cher, toi dis donc. Bon ! Deux mois que t'es à Paris, tu dis ? Et d'où viens-tu, alors ? »
« Du Texas… Je suis née là-bas. »
« Ah oui, je comprends… Les vampires n'ont pas de reine dans cette région. Ils vivent en autonomie. C'est sûr que ça doit te faire bizarre alors, d'avoir une reine, maintenant. Il n'y a que trois souverains vampires pour régner sur l'ensemble du monde, après tout. Lexa, qui règne sur toute l'Europe de l'Ouest la reine Octavia qui étend son autorité sur l'ensemble de la Russie mais qui a aussi pas mal d'influence sur les anciens pays de l'URSS, et l'impératrice Andréanne qui domine aujourd'hui la plupart des pays d'Asie. »
Waouh ! Va falloir que je fasse gaffe avec elle, elle est super calée sur le sujet. Peut-être même encore plus que moi, ça craint…
« Bouh ! Qui est-ce qui vient d'avertir Anya que ma petite Clarke ne faisait plus partie des troupes de lutte contre les monstres anti-coalition, devinez. »
« La reine la plus casse-couille de l'Univers ? »
Je me retourne vers Lexa, qui vient de nous rejoindre au restaurant. Elle est tout sourire.
« La reine la plus gentille, tu veux dire. J'ai appelé Gustus pour qu'il me dise ce qu'il avait fait de Bellamy. Il a refusé de me dire quel genre de mission il lui avait confié, mais il m'a promis de lui laisser un congé d'ici peu. Tu pourras voir ton ami demain soir, Clarke. »
« C'est vrai ? Tu ne dis pas ça pour te moquer de moi ? » m'écris-je à lexa. Je lui saute au cou et la serre dans mes bras.
Je la sens me serrer à son tour et un sourire heureux commence à apparaitre sur mon visage. C'est là que je réalise alors ce que je suis en train de faire.
Je repousse la reine, complétement choquée.
Putain, qu'est-ce que j'étais en train de faire ? Je suis en mission ! Elle est ma cible !
Je lève les yeux vers celle pour qui j'éprouve malgré tout une profonde reconnaissance.
Merde ! Pourquoi est-elle si sympa ? C'est pas cool…
« Vous ne m'avez pas attendu à ce que je vois. »
Elle s'assoit à notre table.
« Bon appétit. » nous sourit-elle.
« Le homard te tente ? On partage ? » lui demande Nicole.
« Je ne dirai pas non ! »
J'entame moi-même mon plat. En venant ici, j'avais plutôt envie de manger de l'escargot, mais bon…
Alors, quel goût ça a, le caviar ?
Beuêrgh !
Mais c'est de la merde !
« Un problème, Clarke ? »
J'ose même pas parler, j'ai peur de vomir.
« Alala, je t'avais dit, Clarke... Ce qui est français n'est pas gage de qualité. »
« Oh ? C'est la première fois qu'elle mange du caviar ? La pauvre, on ne l'a pas prévenu. »
« N'empêche, elle nous fait une drôle de tête, là. Tu penses qu'elle pourrait être allergique, ou ?.. »
« Non, non, je ne pense pas. Laisse-la digérer. La prochaine fois, vous voterez kebab. »
« Tu connais le pire ? Elle a pris l'entrée la plus chère de la carte ! 140 euros, t'imagines ! »
« Ba c'est Clarke, qu'est-ce que tu veux… »
Sinan les filles vous allez arrêter de vous payer ma tête ! C'est dégueulasse, ce truc !
J'en peux plus, merde ! Les toilettes, c'est où ?
Je sors de table et cours trouver les cabinets.
Quand je reviens, je vois les deux filles se faire servir le plat principal.
« Sole de sable cuite au plat, laquée au jus de bigorneaux, charlotte fumée et biscuit de persil plat. Avec cela, ravioles de poulpes aux olives noires, basilic et tomate. » énonce le serveur.
« Merci. » sourit Nicole.
« Poularde de Bresse cuite en vessie, suprême au vin jaune, royale d'abats, écrevisses et truffe noire. Cuisses cuites au bouillon de poireaux infusé à la citronnelle et au gingembre. Le tout accompagné de pommes de terre également truffées, et d'un risotto arborio lié au pistou de riquette et girolles. Pour deux personnes. »
« Merci. » fait Lexa, avant de me remarquer en train de revenir.
« Hé, Clarke ! On a fini tes œufs d'esturgeon, et Nicole a vidé la bouteille de champagne avec. »
« Un caviar s'accompagne toujours de champagne. »
« Dis plutôt que t'as horreur du goût, toi aussi. »
« Ca a le goût de mer, normal. »
Totalement d'accord avec elle. Et le caviar, c'est super salé !
« Lexa a eu l'idée de faire comme toi, Clarke. Elle a pris le plus cher, la poularde. »
« 260 euros, ça ira pour toi ? J'ai vérifié, rassure-toi, c'est bien le plat le plus inabordable qu'ils proposent. Sinon, t'as intérêt à avoir fait de la place, parce que je ne tiens pas à descendre ce poulet toute seule. »
« Tu rigoles ? Moi, je pourrai l'avaler pour mon petit-déj' ! »
« Oh, la vorace… Fan de volaille, alors ? »
« Mon plat préféré, c'est le méchoui. Avec des patates et une tonne de poivron, le plat parfait. Mais oui, j'aime le poulet. »
« Je note. » dit Lexa.
« Un rosé, mesdemoiselles. Grand cru de Provence, un clos Ruquier de cinq ans d'âge. » nous annonce le serveur.
« Merci. »
Il nous sourit et rejoint une autre table.
« C'est comment le Texas, Clarke ? Tu as vécu là-bas toute ta vie ou tu as déjà voyagé ? C'est vraiment différent ici par rapport à là-bas ? Tu dois avoir de la famille qui te manque ! Des amis ! »
« C'est très différent. J'adore le Texas, c'est vraiment génial là-bas. Je suis née là-bas mais je me suis déjà rendu dans la majorité des pays du monde. J'ai aussi fait le tour du monde, une fois. Et puis, j'étais déjà venu plusieurs fois en France, mais c'était il y a longtemps, je ne m'en souviens plus trop. »
« Tu as gardé le contact avec ceux qui sont restés là-bas ? »
« Non, ma mère et moi… On n'est pas en très bon terme, c'est compliqué. Et je n'ai pas de père. Enfin, j'en ai eu un… mais aujourd'hui je ne sais pas vraiment ce qu'il est devenu. »
« Comment ça, tu ne sais pas ce qu'il est devenu ? »
« Je crois que ma mère… »
« Ta mère ?.. »
« Désolée, j'ai pas envie d'en parler… Et vous ? Vos familles ? » fais-je pour changer de sujet.
Nicole me fout une moue embêtée.
« Ma famille ? Eh bien, ils vont tous très bien, et je les aime beaucoup, mais pour une raison que je ne peux pas te révéler, je préfère clore le sujet, désolée. »
Elle regarde Lexa en disant cela et je vois celle-ci baisser les yeux vers le sol, comme mal à l'aise.
Il y a un truc entre la famille de Nicole et Lexa ?
« Moi… Ba, je ne sais pas à quel point tu connais l'histoire des souverains vampires, vu que tu n'es pas habituée à tout ça mais ce n'est pas très différent de n'importe quelle reine de notre espèce de monstre depuis les origines de notre race sur Terre : je suis née sans père, et ma mère a disparue de ce monde Je partage le pouvoir sur l'essentiel de notre peuple avec mes deux sœurs, Andréanne et Octavia, voilà. »
« Oh… Et est-ce qu'elles partagent tes idéaux, elles aussi, rapport à la coalition ? »
« Rooh, Clarke ! S'il-te-plait ! Je n'ai pas envie de parler de politique. Pas ce soir. Alors, tu l'aimes, cette poularde ? »
« J'adore ! C'est super bon ! Et cette coloration, bleu blanc rouge, c'est original et super bien pensé. Je ne savais pas qu'ils avaient de telles traditions dans cet établissement. »
« Ils n'en ont pas, » sourit Nicole. « C'est Lex qui est allée directement demander la coloration sur la peau du coq, aux couleurs de la France, en cuisine. Elle espérait que ça te fasse plaisir. »
Je lève les yeux vers Lexa. Elle me sourit.
« Contente que tu aimes. »
Ok. Je suis obligée de reconnaitre que malgré ses défauts, et Dieu sait que la reine en a beaucoup, elle est vraiment géniale. Je veux dire… super gentille, super cool avec moi, super… parfaite, tout simplement !
Et dire qu'il y a encore quelques jours, elle désespérait que je la fasse tourner la tête. Cette fille est incroyable parce que malgré ce que je lui aie fait, elle sait se montrer sympa avec moi. Même si elle m'énerve très souvent. Mais il m'est impossible de ne pas me rendre compte que c'est en grande partie parce qu'elle est aussi gentille et attentionnée avec moi que je ne suis pas encore devenue complètement folle depuis le temps que je suis à Paris.
Le sourire de Lexa s'élargit de plus en plus pendant que je la regarde.
« Dire que j'ai tellement attendu ce moment. »
« Quel moment ? »
« Celui où tu me ferait ce sourire. En voilà un sincère, enfin. »
« Mes sourires sont toujours sincères ! »
« Oh ? Alors, c'est que tu ne fais pas preuve de la même sincérité avec ton ami Bellamy qu'avec moi… »
« … »
« Je te taquine. On passe au fromage ? »
« Personnellement, je me contenterai d'un dessert, pour cette fois. »
« Même chose, en fait j'ai peut-être un peu exagéré quand j'ai dit que je pourrai me faire la poularde à moi toute seule… »
« Evidemment, personne ne peut finir une poularde toute seule ! Ce ne serait pas humain ! »
« On pourrait même dire, que ce ne serait pas vampire ! »
« … »
« C'était pas drôle. »
« C'est bon, j'avais compris juste en voyant ta tête… »
Le serveur revient à notre table, avec déjà des desserts en main.
« C'est quoi cette histoire ? »
« On avait déjà commandé le dessert en même temps que les plats principaux. Tu choisis le dessert que tu veux, Clarke. »
« Poire du verger pochée au jus de cassis, streusel, et crème glacée à la vanille bourbon ? Chocolat Manjari en origami avec lait de coco glacé et un élixir de chocolat chaud ? Ou la passiflore et son ananas en soufflé, avec lequel un sorbet banane passion et un grog tiède aux parfums d'épices ? » me demande l'homme.
« Je vais prendre la poire. »
« Ce sera le passiflore, pour moi. » signale Lexa.
« Le chocolat. » termine Nicole.
« Hein ? Tu prends cette merde, Lexa ? Moi, j'ai pris la poire parce que j'ai cru que tu allais prendre le chocolat ! »
« Je déteste le chocolat ! »
« Tu veux le chocolat, Clarke ? »
« J'aimerai bien mais… Je vais pas te faire ça. Si ? Je peux ? »
« T'inquiète pas, j'aime les trois ! » me rassure Nicole, morte de rire. « Donne ta poire à Lexa, c'est ce qu'elle préfère. Moi, je vais prendre la passiflore. »
« Merci, Coco. » sourit Lexa.
« Bon, vous avez vu la note ? 897 euros… »
« Tu paies pour Nicole et toi, Clarke ? »
« Non, je vais payer moi-même je lui aie dit. » intervient Nicole.
« Comme tu veux. Mais la prochaine fois, je veux qu'on aille au kebab ! »
« On ira… Sauf si entre temps le menu change et qu'ils proposent des escargots ! »
« Les escargots, c'est encore plus immonde que le caviar, Clarke. » me dit Nicole.
« Ecoute, Lexa. Prochaine fois, kebab, c'est promis ! »
« Heureuse de l'entendre. »
Nous finissons nos desserts et réglons la note. Nicole sert un large pourboire au garçon.
500 euros de pourboire ? Ba dis donc, elle avait carrément pas besoin que je l'invite, elle !
« Tu crois pas que c'était un peu trop ? » lui demande Lexa.
« C'était pour excuser l'impolitesse de Clarke, avec l'escargot. Et ta demande de coloration de la viande. »
« Ah oui, t'as raison. »
« Lexa, où pourrais-je voir Bell, demain ? »
« Où tu veux, vous faites ce que vous voulez. D'ailleurs tu ne seras pas avec moi, je te laisse seule pour profiter de vos retrouvailles. Mais rappelle-toi, tu ne pourras le voir que le soir. J'ai quelque chose de prévu avec toi, pour demain après-midi. »
« C'est quoi ? »
« Tu verras bien. » me dit-elle en haussant les épaules.
« Ah ! Ça veut dire que c'est un truc qui va te plaire ça, Clarke ! Dans ce cas, je vous laisse libre, demain. »
« T'es pas obligée. » lui sourit Lexa.
« J'ai une idée de ce que tu prévois, Lex. Et je ne crois pas que c'est le genre de truc que j'affectionne. »
« Oui, c'est vrai. Tu as parfaitement deviné. »
« Je ne suis pas ta meilleure amie pour rien. Bon, il se fait tard. Je vais vous laisser… »
Nicole prend Lexa dans ses bras avant de faire de même avec moi.
Je confirme, j'aime vraiment être dans ses bras. Mais je n'y reste jamais assez longtemps, malheureusement.
« Bises ! » nous lâche Nicole en train de partir.
« Tchuss ! » fait Lexa.
« Bye ! »
« A plus ! »
« Gros Bisous ! »
« C'est pas fini, oui ? » fais-je pour les interrompre.
Alala… de vraies gamines !
« Ah ah ! Allez, je vous aime ! » hurle encore Nicole, quittant enfin notre champ de vision.
