« Wow, on dirait un château, l'hospice ! »
« Ah ? C'est juste l'hôpital de la salpêtrière, pourtant. » me répond Lexa.
« Ouai mais on dirait comme dans les vieux châteaux, tu sais, avec vos rois et tout, genre le vieux Louis XIV. Y a des fantômes, ici ? »
« Oui, un tas ! » me sourit Lexa. « T'as peur ? »
« Nan, c'est cool ! »
« Oh. » me fait-elle, dépitée.
« Tu croyais vraiment que j'aurai peur ? Je vais les démolir, oui ! »
« J'en doute, vu que je t'ai menti. Il n'y a pas de fantôme, ici. C'est quand même mon hôpital, après tout. »
« Hé ! »
Elle rigole.
« Allez, viens. »
Nous entrons dans le bâtiment.
Wouaw ! C'est grand !
Lexa se dirige vers le bureau d'accueil.
« Bonjour. Nous avons rendez-vous avec le docteur Madera. »
« Bonjour. J'appelle son bureau, un instant. »
« J'attends. »
« Qui est ce docteur, Lexa ? Pourquoi est-ce que tu veux le rencontrer ? Tu n'es pas malade.»
« Il ne s'agit pas de ma santé, Clarke. Nyko Madera est un élément important au sein de mon organisation de l'ombre, c'est lui qui gère plusieurs de mes activités souterraines. Et je t'ai justement amené avec moi parce que je veux que tu fasses sa connaissance. »
« Pourquoi ? »
« Le docteur Madera est actuellement en train d'opérer un patient en état d'urgence, en chirurgie. J'ai prévenu une infirmière, vous pouvez l'attendre dans la salle réservée, au deuxième étage. La salle A203. » nous interrompe la femme de l'accueil.
« Merci. » répond Lexa.
Nous rejoignons la salle que l'on nous a désigné et nous nous asseyons en attendant le docteur.
« Pourquoi veux-tu que je rencontre ce docteur ? »
« Parce que je prévois de grandes choses pour toi, Clarke. Tu ne resteras pas mon garde du corps toute ta vie. D'autant plus que tu ne l'es pas vraiment, n'est-ce pas ? » me sourit-elle.
« Ok… Et qu'est-ce que tu prévois, pour moi ? »
Elle me regarde mais ne semble pas prête à me répondre.
« Bon… Alors, dis-moi pourquoi tu as dit que c'était ton hôpital, tout à l'heure ? Je croyais que les établissements français étaient principalement publics. Ce n'est pas le cas ? »
« Ça l'est. » Elle réfléchit un instant. « Je ne t'ai jamais raconté comment nous nous sommes rencontré, Nicole et moi ? »
« Non, comment ? »
« Ça remonte à il y a plusieurs années… Je ne t'ai jamais parlé de Gustus non plus ? »
Je secoue ma tête négativement. Non.
« Gustus a 203 ans, je te l'avais dit, ça, il me semble… Il servait ma mère à l'origine. C'était son principal homme de confiance, d'ailleurs. Ma mère avait une confiance inébranlable en lui, et lui confiait toutes sortes de choses intimes, des choses en rapport avec la politique qu'elle faisait régner au sein du monde vampire, mais aussi de sa vie personnelle. Elle le chargeait parfois de veiller sur nous, Octye, Androu et moi, quand nous étions petites. C'était quand elle n'avait pas le temps de s'occuper de nous... »
Elle lève les yeux vers moi. Je lui fais signe de continuer.
« Une fois, comme bien souvent à ces moment-là, ma mère m'avait confié à lui. Il avait voulu m'emmener au grand Rex, tu sais, ce cinéma immense. On était allé voir un spectacle avec des jets d'eau et tout… Il y avait des lumières, avec des effets, de la bonne musique, plein de trucs incroyables ! C'était super, et moi, tu vois, je n'avais pas l'habitude de tout ça, alors du haut de mes quatre ans à peine, j'étais aux anges. J'étais toute excitée ! Gustus en avait marre de me voir frétiller sur ma chaise d'ailleurs, je m'en souviens très bien. Et moi, j-… »
« Lexa ? C'est charmant mais… Tu comptes me raconter toute ta vie ? Là, maintenant ? Non pas que je n'aimerai pas mais… »
Le truc, c'est que j'adore imaginer Lexa petite et s'exciter pour quelques jets d'eau. Sauf que ça ne doit pas être le cas !
« Hmm, oui… Tu as raison, excuse-moi… En fait, après que lui et moi avions quitté, ce cinéma, on était sensé rentrer à la maison… Mais moi j'étais encore trop excitée pour faire attention à où nous allions. Et puis j'ai fini par perdre Gustus. Et puis… j'étais perdue. En pleine rue, à Paris… »
Elle me fait une moue bizarre, du style "je sais, j'étais idiote."
« Je me souviens avoir pleuré. C'était la première fois que je me retrouvais seule, et j'étais désespérée. J'ai cru que j'allais mourir, que quelqu'un allait finir par me kidnapper et puis… me faire du mal ou je sais pas quoi... Te moque pas Clarke, j'étais vraiment paniquée ! »
Oups, grillée !
« En même temps, Lexa, tu l'as un peu cherché. Quelle idée de rêvasser en pleine rue, quand on a que quatre ans. »
« La ferme ! » me boude Lexa. « Sinon j'te raconte pas la suite. »
Trop mignonne.
« Allez, je ne me moque plus. Vas-y, je t'écoute. »
« Après, au bout de quelques heures, j'ai fini par me dire que la meilleure chose à faire, c'était encore d'aller au parc. Je n'avais aucun sens de l'orientation, à l'époque, mais j'ai fini par trouver un petit parc. Je me suis toujours senti bien dans ce genre d'endroit. Et puis j'ai fini par m'endormir, j'étais fatiguée. »
« J'ai besoin de te dire que tu étais totalement inconsciente ? »
« Non, mais je ne savais pas quoi faire d'autre ! »
« Hmm bon, et ensuite ? »
« Après, c'est là que j'ai rencontré Nicole pour la première fois. Elle était avec son grand frère, en train de se promener tous les deux dans le parc. Quand je m'en souviens, je me dis que j'ai vraiment eu de la chance, ce jour-là. Minuit était passé depuis longtemps, et à cette heure, ils étaient encore dehors alors qu'ils n'étaient que des enfants, eux aussi. Mais peu importe. C'est Nicole qui m'a réveillé, elle voulait savoir pourquoi je dormais dehors. Elle m'a demandé où était ma "maman", ça aussi je m'en souviens. Et moi, ba… j'ai pleuré… » Elle se retourne vers moi, d'un coup, suspicieuse.
« J'ai pas ri, j'te jure ! »
« Fais attention, hein. Je te surveille… Bon, bref. Nicole et son frère m'ont ramené chez eux. Normalement, ils auraient dû me ramener au poste de police, tu t'en doutes. Mais ils étaient trop jeunes pour en avoir conscience. Chez eux, j'ai fait la connaissance de leurs parents. Ils se sont très vite montré très sympas, avec moi. C'étaient des gens très agréables à vivre. Mais celle avec qui je m'entendais vraiment le mieux, c'était Nicole. Je l'adorais. Elle avait le même âge que moi, mais elle était totalement différente de ce que je pouvais être. Elle avait une totale confiance en elle, elle était bavarde, souriante, et très drôle. Elle me faisait beaucoup rire. Et surtout, elle s'inquiétait toujours pour moi. Elle est très vite devenue importante à mes yeux. Et puis un jour, je me suis rendu compte qu'en fait, j'avais affaire à des humains. »
« Tu l'avais pas encore compris, depuis le temps ?! »
« Ba non ! Je n'avais jamais eu affaire à des humains avant ça, moi ! Je ne savais même pas à quoi ça ressemblait. Enfin… Je savais que physiquement, ils étaient comme nous. Mais leur façon de vivre, de se comporter… j'en savais rien ! Et quand je me suis enfin rendu compte que j'étais au milieu d'humains, j'étais terrifiée. Je vivais dans une angoisse pas possible, en permanence. J'avais peur qu'ils finissent par me kidnapper, ou me faire du mal. Ce qui est ridicule en soi, vu qu'ils m'avaient adopté parmi eux depuis un certain temps déjà, et que je m'y sentais très bien. Nicole a rapidement remarqué que j'étais différente depuis ce jour-là. Elle m'a demandé ce qu'il m'arrivait. J'ai hésité au début, mais finalement, je lui ai raconté ce que j'étais vraiment. Je lui ai dit à propos de moi. Tu sais qu'elles ont été ces mots ce jour-là, Clarke ? »
« Non… »
« On est amies pour la vie, maintenant Tu pourras toujours compter sur moi, car je serai toujours là. C'est ce qu'elle m'a dit. Et puis elle m'a fait serrer nos petits doigts, l'auriculaire. Elle m'a dit que ça voulait dire qu'on prêtait serment pour la vie. Je ne te dis pas quel effet ça m'a fait, Clarke. Ensuite, elle m'a fait un énorme câlin, et m'a dit qu'elle ne trahirait jamais mon secret. A personne ! Et c'est ce qu'elle a fait, elle n'a jamais rien révélé à qui que ce soit. Pourtant, les choses ont fini par mal se passer… »
« Pourquoi ? »
« La réalité te rattrape toujours, Clarke. Ma mère est venue me chercher. Elle était très en colère, c'était la première fois qu'elle adressait la parole à des humains sans qu'elle n'en soit obligée, du moins c'était la première fois que je la voyais le faire. Et elle l'avait fait à cause de moi. Elle avait menacé les parents de Nicole, et avait failli tuer sa mère devant le reste de sa famille, et devant elle. C'est là qu'ils ont tous compris que ma mère était un vampire. Que j'en étais un aussi, et que je le leur avais caché. Ils étaient pétrifiés par la peur… »
Je souris à Lexa.
« Tu as pu rentrer chez toi, finalement. »
Qu- ?.. Lexa ?
Elle est prise de convulsion, son regard est bloqué dans le vide. Lexa ?!
« Elle a toujours méprisé les humains… Elle les haïssait... Et elle a dû leur parler. A cause de moi… »
Une convulsion due à la terreur ?!
C'est la première fois que je vois ça. Qui pouvait être la mère de Lexa pour pouvoir terrifier jusqu'à sa propre fille ? Et à ce point ?
« Quand on est rentré à la maison, elle m'a… »
Lexa n'arrive pas à terminer sa phrase. Ses spasmes s'accentuent, et sa chaise commence à trembler avec elle.
Elle me fait vraiment de la peine, elle a dû vivre des choses horribles, avec sa famille…
Je la prends dans mes bras et pose ma tête contre épaule.
Viens, allez… Tu ne crains plus rien, Lexa… Ta mère n'est plus …
Elle se met à pleurer contre moi. Quelle mère aussi horrible ose faire ça à sa propre fille ?!
Il y a la mienne, c'est vrai…
« Lexa… Reprends-toi, s'il-te-plait. Ta mère a disparu, n'est-ce pas ? Tu veux bien me raconter la suite ? Je ne vois toujours pas le rapport avec le fait que l'hôpital t'appartienne. »
« C'est… après que j'ai quitté la maison de Nicole pour rentrer chez moi. » Elle parle doucement et essaie de se calmer. « Maintenant que ses parents savaient quel genre de personne j'étais, ils ne voulaient plus que leur fille me voit. Au début, Nicole avait juste l'interdiction de me fréquenter. Je ne savais même pas que ses parents le lui avaient interdit, elle ne m'avait rien dit. Mais dès qu'elle sortait de chez elle, c'était pour venir me voir, et elle faisait comme si de rien n'était. Un jour, ses parents ont compris qu'elle leur désobéissait. Ils lui ont alors tout simplement interdit de sortir de chez elle elle restait toujours bloquée dans sa maison, ils lui ont notamment fait prendre l'école à la maison, par exemple, en payant des instructeurs privés la famille de Nicole est très riche. Les rares fois où elle était bien obligée de sortir de chez elle, elle était accompagnée d'un garde du corps. Mais en vérité, il n'était pas là pour la protéger. C'était pour la surveiller, pour être sûre qu'elle n'essaierait pas me voir. Et j'ai passé deux ans sans plus jamais pouvoir Nicole… J'ai fini par comprendre, évidemment, pour sa famille… C'était ma meilleure amie, et je n'avais plus le droit de la voir… »
Merde… Je comprends maintenant, pourquoi Nicole se sentait comme Diego, dans la chanson.
« Je pensais ne plus jamais la voir. Mais un jour, au bout de deux ans, quelque chose s'est passé. C'est la grand-mère de Nicole, elle était âgée et était tombée atteinte d'une hémopathie sévère, une maladie du sang totalement incurable. Les parents de Nicole avaient déjà consulté tous les médecins spécialistes qu'ils connaissaient et avaient débloqué de grandes sommes d'argent pour tenter de la sauver. Mais personne n'avait réussi à faire quoi que ce soit pour elle… »
« C'est… ça ? Qui a changé la donne ? »
« Oui. Tu sais… en fait non, tu ne peux pas savoir, mais mon sang, le sang des nobles vampires, les vampires originels, est spécial. Pour les humains, avec un minimum de connaissance médicale, il devient une panacée, capable de guérir un grand nombre de maladies mortelles pour eux. Nicole le savait, je lui avais confié absolument tout ce que je savais sur notre espèce, et elle savait que je pouvais guérir sa grand-mère. Elle a convaincu ses parents, difficilement, mais elle a réussi, de me demander mon aide. Ses parents m'ont contacté et ont promis beaucoup d'argent si je réussissais à sauver la grand-mère. Mais à cette époque, ma mère était encore parmi nous, et je ne pouvais pas recevoir une si grand somme d'argent sans qu'elle s'en rende compte. Elle n'aurait jamais accepté que je revoie la famille de Nicole, alors j'ai dû les rencontrer en cachette. Et j'ai accepté de donner mon sang pour sauver la grand-mère. Sans aucune condition…. »
La reine a donné son sang pour sauver un humain ? Une vieillarde, en plus ? Des humains qui la haïssaient ? Mais c'est une sainte !
« Et la grand-mère de Nicole a été sauvé, évidemment. Ses parents… étaient gênés de ne pas pouvoir me payer. Je leur ai dit que je ne voulais absolument rien, mais ils ont insisté pour effacer leur dette. » Elle me sourit d'un œil triste. « C'était trop insupportable pour eux d'être redevables envers une vampire… »
Ouai, je vois le truc, moi j'ai toujours une dette envers cet imbécile de Jasper.
« Alors, ils m'ont dit que ce qu'ils pouvaient m'offrir en échange de la vie de cette femme, c'était un centre où je pourrai continuer de dispenser des soins, pour le compte de vampires, cette fois-ci. C'est tout ce qu'ils ont accepté de me proposer à la place d'une somme d'argent. La famille de Nicole sont tous des gens influents de ce monde. Ils m'ont laissé cet hôpital, le plus ancien de Paris. Officiellement, il appartient à l'état. Officieusement, c'est le mien, J'en fais ce que je veux. La moitié des gens qui travaillent ici aujourd'hui sont des vampires. Le reste sont des humains, qui travaillent pour moi sans le savoir. Pour ce qui est des patients, bien sûr, l'hôpital accueille quelques humains, mais ce sont surtout des vampires où des monstres de la coalition que l'on soigne ici. Pour ce qui est du reste, comme je te l'ai dit, les parents de Nicole ont uniquement accepté de me céder l'hôpital en échange de la vie de la grand-mère. Je n'avais toujours pas le droit de revoir Nicole. Jusqu'à ce qu'un jour, elle décide de renoncer à ses liens avec sa famille… Quand elle a atteint ses dix-huit, sa famille l'a renié. Elle n'a pratiquement plus aucune relation avec eux, aujourd'hui. Voilà, tu connais plus ou moins mon passé avec Nicole, maintenant. »
Histoire de dingue… La vie de Nicole non plus n'a pas dû être simple, putain !
« Et donc, tu tenais à me faire découvrir ton hôpital, hein ? Et bien t'aurais pas dû, parce que sans fantôme à qui je peux démonter le cul, ça reste un hôpital qui pue le chloroforme et la maladie. »Je lui fais un petit sourire. « Et je m'ennuierai à mourir si tu n'étais pas là pour me narrer des histoires encore plus ennuyantes que la mort elle-même. »
J'ai droit à un beau sourire de sa part. Et bien, c'est fini les pleurs, ma reine ?
Nous nous taquinons encore quelques minutes avant qu'une infirmière ne vienne nous chercher.
« Majesté ? Le docteur Madera a fini son opération. Si vous voulez bien me suivre… »
« Bien sûr. »
Nous suivons l'infirmière-vampire. Elle nous abandonne dans un bureau.
« Il arrive tout de suite. »
Et nous n'attendons pas longtemps avant de voir arriver le docteur.
Bref calcul : grande taille, bien robuste, habillé comme un chirurgien ordinaire, en blouse blanche (étonnant, ça, d'ailleurs, si on considère le reste de son allure) côté visage : front large, yeux très expressifs, quelques tatouages disséminés (ce type est pas docteur, c'est pas possible !), et une forêt sur le sommet du crâne comme sous le menton (mon gars, ça existe la lame !).
« Votre majesté. » Il baise la main de Lexa.
Faudra que je m'y fasse, un jour !
