C'est évident. Nul ne pourrait le nier. Je suis un désastre. Un mal pis qu'un bien.

Cela ne fait que quelques mois que je suis à Paris, et pendant ce court laps de temps, j'ai détruit un bâtiment réputé de la capitale française, j'ai été soupçonnée de complicité de terrorisme, j'ai fait de la prison, j'ai tenté de corrompre des agents de police dans une présumée affaire de vol, je me suis déshonorée en violant des tombes, et le pire de tout, j'ai contribué au développement de l'une des organisations du monde obscur les plus prospères et dangereuses de ce monde.

Je mérite la mort pour chacun de ces crimes. Comment pourrait-il en être autrement.

Je l'ai compris à l'instant même où ils sont tous les deux entré dans la pièce. Si elle était venue seule, encore y aurait-il eu une chance. Mais il est venu, lui aussi : Sinclair.

Ils auraient pu envoyer n'importe qui pour prendre contact avec moi. Des agents gradés C ou même D… Etant donné que je n'avais plus aucun contact à Paris et que la ville est assez dangereuse en ce moment avec les monstres qui prolifèrent, peut-être un gradé B, voire un grade optique A, s'ils auraient voulu me mettre à l'honneur en m'envoyant quelqu'un de haut niveau…

Je ne demandai pas… je n'espérais plus passer élite… De toute façon, on n'envoie jamais un agent d'élite pour avertir un agent inférieur qu'il devient lui-même élite. Non, on envoie les petites merdes pour ça.

Et certainement pas un agent SSS !

La femme, c'est l'adjointe du maire, que j'avais sauvé l'autre fois. Je ne sais pas ce qu'elle est revenue faire ici, sa vie est toujours en danger, mais à la rigueur, je ne connais pas son niveau.

Le problème, c'est l'homme. Sinclair. Le numéro deux de la DSFI, le chef des troupes spéciales d'intervention juste après Marcus. Et s'il est là, lui aussi, si la CIL a envoyé un grade acquis SSS jusqu'à moi… Ça ne peut que signifier que ma mise à mort a été décidée par le Haut Conseil.

Alors voilà, il n'y a qu'une seule issue possible.

Je souris malgré moi, parce qu'en fait, envoyer un agent d'élite ne change rien. Je ne me serai pas défendu. Je n'aurai même pas fui.

De un, je suis fatigué. Ma tête tourne et je ne contrôle plus grand-chose à force de m'être cogner la tête comme une tarée.

De deux, à quoi bon ? La CIL a décidé de ma mort ? Bien. Que suis-je sans la CIL ? Rien. Ma vie n'est rien. Je ne suis rien. La CIL est ma vie. Si je fuyais maintenant, je n'aurai plus rien…

C'est bête mais je réalise, maintenant : j'ai passé ma vie à étudier les différentes espèces de monstre, à me doctriner sans jamais m'arrêter sur le fait que les monstres sont le fléau de l'humanité. Qu'ils doivent tous être éradiqués. J'ai passé ma vie à étudier. Et à me battre. A apprendre à tuer. Je n'ai pas passé ma vie à me faire des amis, à m'amuser, non. Je n'ai aucun ami. Que des collègues. J'ai toujours pensé que Bell était mon ami. Mais il travaille pour la CIL, lui aussi. C'est un ami-collègue. Wells aussi.

Ces derniers temps, je m'étais fait des amis. De vrais amis, le genre de personne auquel, en fait, on peut s'attacher. Pas grâce au boulot. Mais juste parce qu'on les aime. J'avais une amie. Mais maintenant elle me déteste. Elle me hait. Pitoyable… Je ne la hais pas, je l'aime. Du moins je l'aimais. Un peu. Disons qu'elle n'était pas un monstre, pour moi. Je ne la voyais pas comme ça. C'était ma seule amie, ma seule véritable amie. Et je commençais à en avoir d'autre… Mais maintenant, je n'ai plus rien. Et même elle, même Lexa, ce n'était pas ma véritable amie, en fait. Parce que je n'ai jamais eu le courage de me confier à elle. De lui dire qui j'étais vraiment. De toute façon je l'ai perdu.

Je n'ai pas d'ami. Je n'ai pas de famille. Pas le genre de famille qu'on peut dire qu'on y tient, en tout cas. Je ne tiens pas à ma mère. D'ailleurs, elle non plus : c'est quasiment la boss suprême de la CIL, alors elle aurait pu me sauver de la mort si elle l'avait voulu. Mais elle ne l'a pas fait. Elle, je crois que je la hais vraiment.

Non. Sans la CIL, je ne suis rien. Alors autant mourir.

« Félicitations. »

Je lève la tête.

C'est Sinclair qui vient de parler ?

« Clarke Griffin » il me tend une nouvelle carte d'identification, « agent Griffin, devrai-je dire… Le haut conseil vous a promu. »

Ouai, faites pas chier, sortez le coutea-… Quooooooooooooooooooooi ?!

Le Haut Conseil a quoi ?!

Comment ça promu ? Et depuis quand c'est le Haut Conseil qui décide de ce genre de chose ! C'est la DEA qui est sensée décider de l'admission au rang d'agent d'élite !

« Euh, excusez-moi ? » fais-je toute timide.

« La carte. » fait Sinclair.

Je la récupère et la tourne dans tous les sens.

Y a pas de doute… Clarke Griffin, grade acquis S ! Putain, je suis grade acquis S ! Je suis un agent d'élite de la CIL ! Je suis agent d'élite !

Ça, c'est la réaction en moi. Parce que si on regarde de l'extérieur, c'est le vide. Bugg complet. Trop d'émotion.

La femme se penche au-dessus de mon corps figé.

« C'est la première fois que je vois une telle réaction. Ou une telle absence de réaction. » dit-elle à l'homme.

« Etonnant. Abby m'avait pourtant assuré que sa fille serait au comble du bonheur si un agent d'élite lui faisait l'honneur d'aller l'avertir en personne de sa promotion. »

Mon corps ne réagit toujours pas. Mais à l'intérieur, dans ma petite tête toute abimée, je vous assure que ça bouge.

M'en voulez pas, mais je vous dirai pas ce que je pense de tout ce que je viens d'entendre.

Je censure. Pour excès de vulgarité.

« Elle m'a sauvé la vie. Elle mérite bien plus que ce simple honneur. » regrette l'ancienne adjointe du maire.

« Vous n'êtes seulement que grade acquis A+, vous ignorez donc comment se déroule la procédure d'entrée au sein de l'élite des agents de terrain. Mais rassurez-vous, je peux vous certifier que bien qu'on ne puisse lui rendre encore aucun hommage étant donné qu'elle soit toujours en mission, tous les honneurs lui seront rendu une fois qu'elle en aura fini ici. »

Je censure. Pour excès de vulgarité.

« Je remercie le Haut Conseil d'avoir accepté d'écouter mes modestes propos… Je sais qu'un simple agent comme moi ne devrait même pas avoir le droit d'exposer son insignifiant point de vue aux illustres dirigeants de l'organisation… »

« Allons allons, vous avez fait ce qui vous paraissait juste. Après tout, nous avions l'intention de prendre des mesures drastiques la concernant depuis les accusations que la presse française portait à son encontre. Nous étions persuadé qu'elle commençait à dévier des préceptes fondamentaux de notre organisation, et le manque de discrétion dont elle faisait preuve ces derniers temps nous a tous inquiété. Mais vous avez pris sa défense, vous nous avez rappelé que cet enfant, qui n'était même pas encore élite, remplissait déjà une mission qu'on n'accorderait normalement qu'aux agents S au moins. Elle a mis sa propre vie en danger pour vous prévenir que des monstres vous avaient identifié, elle a probablement côtoyé la mort de près un bon nombre de fois ces derniers mois, et elle parvient encore à tenir tête malgré le fait qu'elle n'avait plus aucun moyen de communiquer avec nous. »

Je censure. Devinez pourquoi.

« Oui… Regarder sa pauvre tête d'ailleurs. Elle a l'air gravement blessé, sans doute encore le résultat d'un danger périlleux qu'elle a dû vivre aujourd'hui. »

Shit. Oui oui, c'est ça ! Un danger périlleux !

« Oui. Je vous assure, nous la considérons tous déjà comme une héroïne pour la CIL. Elle sera grandement récompensée une fois cette mission finie. Hommages et honneurs lui seront présentés. Tout ce que nous pouvions faire pour elle pour l'instant était de lui accorder le grade d'élite mais elle recevra bien plus par la suite. »

Et là, Sinclair a fait une chose que je n'aurai jamais cru voir de toute ma vie. Il s'est incliné. Bon, c'était un mouvement léger, vraiment léger, à peine perceptible… N'empêche que moi je l'aie vu, il s'est incliné. Un agent d'élite s'est incliné devant moi, putain, devant un humain !

Mon corps ne bougeait toujours pas mais une larme a commencé à couler depuis mon œil droit.

La femme l'a remarqué. Elle m'a baisé le front. Il y avait dans son regard de la reconnaissance, de l'admiration, de la compassion et un tas d'autres merdes importantes pour moi.

Mes yeux se sont fermés d'eux même. Et j'entendais encore tellement de belles paroles qui me réconfortaient tant… Mon corps est tombé par terre. J'en avais même pas vraiment conscience.

Je crois que j'ai dû m'endormir comme ça.

J'ai fini par me réveiller.

Une femme se tient devant moi. Aucune idée de qui ça peut être… Enfin, sa tête me dit vaguement quelque chose quand même, mais je ne saurai pas dire pourquoi.

« Euh, vous êtes qui ? »

L'asiatique me sourit.

« Personne. Ravie de vous voir réveillée, Clarke. Je vais chercher Echo, ne bougez pas. »

« … »

Dix secondes plus tard à peine, la fille et Echo reviennent dans ma chambre.

« Je vais vous laisser. Bonne soirée. » fait la fille que je ne connais pas, avant de partir.

« C'est qui celle-là ? » fais-je à Echo.

« Une amie que je me suis faite. Bien que je ne la connaisse pas vraiment. Comme je ne pouvais pas te surveiller toute seule, je lui ai demandé de me relayer à ton chevet. »

« Pourquoi ? Je dors depuis combien de temps ? »

« Trois jours. »

Je reste bouche bée.

Trois jours ! Mais comment c'est possible ? Aucun humain ne dort trois jours sans raison ! C'est quand même pas juste à cause de la blessure à mon crâne !

« Il y a trois jours, il y a deux personnes un peu étranges qui sont venues te voir. Je les sentais pas, pour être honnête, mais toi t'avais l'air de les connaitre. Quand je suis venue te voir quelques heures plus tard, les deux personnes n'étaient plus là mais toi tu dormais. Tu serrais cette carte de toutes tes forces dans tes mains. »

Je regarde la carte que me montre Echo. Ma carte d'identification ! Qui dit que je suis un agent d'élite de la CIL !

« Tu l'as lue ? » fais-je inquiète.

« Oui mais j'ai rien compris de cette blague. Ils devaient être des comiques, les deux gus, pour te laisser ce genre de cadeau. »

Je respire.

Ouf… Merci d'être aussi bête, Echo ! Ou ignorante…

« Bon, j'appelle Lexa. » me fait-elle.

« De quoi ? »

Comment ça, Lexa ?

« Elle a cherché à te joindre il y a deux jours, je lui aie dit que t'étais indisponible pour problème de santé. Je vais lui dire que tu vas mieux. »

« Ne fais surtout pas ça. »

Echo me regarde, interloquée.

« Pourquoi ? »

A vrai dire, je n'en sais rien. Mais je n'ai ni envie de la voir, ni de lui parler.

Echo dépose son portable.

« Comme tu veux, Clarke. »

J'ai dormi trois jours, putain ! Il faut que je me défoule.

« Merci d'avoir veiller sur moi, Echo. Je vais faire un tour… »

« Il est deux heures du mat' ! »

« Et ba tant pis. »