Vingt minutes après y être entrée, Lexa ressort enfin du confessoir.

Le prêtre et elle ont parlé longtemps…

Lexa me sourit quand elle me voit l'attendre sur le banc.

« Salut, Clarke. » me dit-elle, toute contente.

« Salut, DCC. »

Je lui tire la langue. Je suis horriblement contente de la voir.

« Tu es… » elle regarde d'où elle vient de sortir, « entrée là-dedans… Je n'arrive toujours pas à y croire ! »

« Ba quoi ? Je t'avais dit que je croyais en Dieu, moi. »

Elle prend un air amusé.

« Ba, tiens. J'étais persuadée que tu avais dit ça pour gagner plus facilement ma confiance. »

Elle sourit de plus belle.

« Ba quand je vois tout ce que tu es allé raconter à ce prêtre, je me dis que y a pas grand-chose à faire pour la gagner, ta confiance ! »

« C'est que le père Abbé, la mérite. Il a toujours un bon mot pour moi, et je me sens souvent plus à l'aise quand je sors d'une discussion avec lui. Mais parlons d'autre chose. » Elle prend soudain un air plus sévère. « Où étais-tu ces deux derniers jours, Clarke ? »

Oh, merde… Elle pouvait pas oublier ce détail-là ?

« Je… J'avais besoin de réfléchir…. »

« A quoi ? »

« A tout. A toi… » Je prends un air honteux. « J'ai lu la discussion que tu avais avec Echo et Nicole, Lex. Vous vous disputiez pour savoir qui s'occuperait de moi pendant mon sommeil… »

Lexa prend un air embêté.

« Désolée que tu aies lu ça, Clarke… C'est vrai, on cherchait… qui pouvait s'occuper de toi. »

Elle réfléchit à ce qu'elle vient de dire, prend un air très en colère, mais en colère contre elle-même, et se corrige aussitôt.

« Non, c'est faux ! On cherchait comment on pouvait veiller au mieux sur toi. Je te demande pardon, Clarke. »

Elle se met à genou. Elle se met à genou, putain ! Lexa s'agenouille devant moi ! Et elle prend mes mains dans les siennes !

Kyaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Pitié ! Dieu, tue-moi ! Maintenant ! Tout de suite !

Attend, non ! Non ! Pas tout de suite, surtout pas ! Attends ! Deux minutes !

De quoi veut-elle s'excuser ! Je veux la pardonner ! Je m'en fous ! Quoi qu'elle aie fait ! Faut que j'la pardonne ! Parle, Lexa !

« Je te demande pardon, j'aurai dû attendre que tu te réveilles avant de m'autoriser à m'endormir. Je… j'ai laissé Anya et les autres veiller sur ton sommeil, j'aurai dû… j'aurai pas dû faire ça, c'était à moi de veiller sur toi ! Tu es mon amie, et j'aurai jamais dû m'endormir après les actes atroces que tu avais vécu juste avant… Je me suis endormie, alors que je ne savais même pas si tu allais bien… Si tu avais besoin de quoi que ce soit au réveil, je n'étais même pas là, au cas où… »

Elle se mord les lèvres, très énervée. Je crois qu'elle se rend pas compte à quel point elle est en train de me broyer les mains en serrant aussi fort…

Je m'en rends compte, personnellement. Et j'en ai rien à foutre. La seule fille pour laquelle j'ai jamais eu autant d'estime de toute ma vie, est là, devant moi. Et elle s'ouvre à moi. C'est le plus important.

Aujourd'hui est un des plus beaux jours de ma vie. Bien plus encore que quand l'adjointe du maire est venu avec Sinclair m'informer que j'étais désormais agent d'élite de la CIL. O oui, bien plus que ça…

Mon cœur se sert. Je fais tout pour ne pas commencer à laisser des larmes jaillir.

Putain, Lexa…

Qu'est-ce que j'ai fais pour te mériter ?

Ca y est, je pleure ! Fais chier ! Fais chier, bordel !

Lexa pâlit en me voyant pleurer.

Elle s'excuse de plus belle, confuse. Elle pense que c'est sa faute.

« Je te pardonne, Lexa. Je te pardonne tout. Absolument tout. »

Lexa me regarde, maintenant, curieuse.

« Et moi aussi, je te demande pardon. Pour tout ce que j'ai fait. Chaque fois que je t'ai déçu. Et quand je t'ai désobéi. Je te demande pardon. Et les fois où j'ai pensé du mal de toi, aussi. T'es géniale, Lexa. Et je suis désolée si je t'ai fait de la peine… »

Lexa se relève. Elle renforce sa main tenant la mienne et m'attire à l'égard du regard de tous.

Nous sommes complétement isolées.

Lexa me regarde, d'un regard que je ne lui connais pas. Je ne sais pas du tout à quoi elle pense, et je n'aime pas ça.

« A quoi tu pense, Lexa ? Est-ce que tu me détestes ? Est-ce que tu peux me pardonner quand même ? S-il-te-plait, je te jure je suis désol-… »

« Arrête ! Arrête tout de suite ! »

Elle me regarde toujours avec le même regard.

« Tu es folle si tu crois que je déteste ! Je ne te déteste pas, c'est tout l'inverse ! Mais je ne pourrai pas te dire combien je t'aime Clarke, j'en suis incapable. » Elle secoue sa tête en signe de négation. « Je connais pas ce mot-là, alors je ne te le dirai pas. Mais je peux te montrer, tu m'entends. »

Elle prend sa respiration avant d'insister sur chacune des syllabes qu'elle s'apprête à prononcer.

« Je te fais totalement confiance, Clarke. Totalement. Je sais que tu as des secrets. J'en ai aussi. Et ça ne change rien. A partir de maintenant, je te le dis. Je te pardonne tout, Ok ? Parce que je ne pourrai jamais rien te faire d'autre que te pardonner, tu m'entends ? Fais ce que tu veux, je crois en toi, j'ai foi en toi. Tes choix seront mes choix. C'est ce que j'ai dit à Lovejoy, et je ferai tout pour respecter ça. Je pourrai être en colère contre toi, mais je ne te détesterai jamais. Je veux que tu saches combien je t'aime, et si je ne peux pas te le dire, alors tu le verras. Clarke ? Toi, c'est moi, maintenant. »

Elle forme une croche avec son petit doigt. Je la regarde sans comprendre, alors elle croche mon doigt au sien, avant de recouvrir nos mains jointes de sa main libre.

« Je ne te demande pas de me faire une promesse, Clarke. C'est moi qui t'en fais une. Je te promets de toujours te pardonner. Je te le dis parce que si tu es allé te confesser aujourd'hui, c'est qu'il y a des choses que tu te reproches. On a tous des choses à se pardonner. Mais je t'aime, et bien que ça me touche que tu pleures quand tu m'offenses, je ne supporte pas ça. Quoi que tu me fasses, je te pardonnerai. Et j'espère que tu en feras autant. Pardonne-toi, Clarke. C'est toi, la fille géniale, je t'assure. »

Elle ne me laisse même pas répondre, me prenant dans ses bras et me serrant plus que de raison.

Nous restons comme ça un bon moment, moi dans ses bras, puis elle finit par me relâcher.

Elle me regarde, d'un air amusé.

« Pour le portable… Si tu as lu toute la conversation, tu sais que j'avais dit aux filles qu'elles paieraient pour m'avoir laissé avec toi ? »

« Ouai… »

« Alors, on leur fait payer ? » me fait-elle, d'un air revanchard.

Je souris.

« Non, cette fois je pardonne. »

Elle rigole.

« Ok, on fait comme ça. La vengeance, ça ramène que des emmerdes, de toute façon. »

Lexa et moi rions maintenant toutes les deux.

Puis Lexa se reprend au sérieux et attends que j'en fasse de même.

« Tu sais, père Abbé ne sait pas tout de moi, Clarke. Il y a des choses que je ne lui ai pas dites. »

« Des choses comme quoi ? »

Lexa me regarde très sérieuse, maintenant.

« La véritable noirceur des ténèbres. Quelque chose que même lui ne pourrait supporter. Je ne lui ait parlé que de ce que je savais qu'il pourrait tolérer de savoir. Mais le monde obscur, Clarke, est bien plus terrifiant, plus sombre, et plus mortel que tout ce que le monde croit. Le monde obscur, le vrai, celui que moi je connais, n'est que mort, Clarke. Il est noir, il est puissant, partout et invisible à la fois. Le vrai visage du monde osbcur, ce n'est pas les monstres, Clarke. C'est la mort elle-même. Et la mort a un visage. Veux-tu voir ce visage, Clarke ? Le visage le plus terrifiant au monde ? »

Je reste là, sans savoir quoi dire. Il y aurait un véritable monde obscur ? Un que je ne connais pas ?

« Tu l'as déjà, vu, ce visage, Lexa ? »

« Oui, je l'ai déjà vu. »

« Est-ce que… tu seras là, avec moi, quand je le verrai ? »

« Oui, je ne te laisse pas seule, Clarke. »

« Alors j'ai confiance en toi. Je veux voir les vraies ténèbres. »

Lexa acquiesce. Nous quittons la cathédrale Notre Dame et montons dans un taxi.

Je ne sais pas où on va. Tout ce que je sais, c'est que Lexa veut que je voie la mort en face.

Et nous irons la voir ensemble.