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Cette histoire se passe dans un univers alternatif où il n'y aura absolument aucune magie. Nos héros sont plongés en Amérique à la fin du mois d'octobre 1963, quelque temps avant l'assassinat du Président Kennedy.
MODIFIÉ LE 15/03/20
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« The courage of life is often a less dramatic spectacle
Than the courage of a final moment ;
But it is no less a magnificent
Mixture of triumph and tragedy ».
— John Fitzgerald Kennedy.
PROLOGUE
Voilà bien des années que les États-Unis n'avaient pas reçu sur son territoire Hermione Granger. S'il fallait être tout à fait honnête, Hermione trouvait ce retour au pays incontestablement frustrant. Six ans qu'elle n'avait pas remis les pieds sur le continent américain et voilà qu'elle se considérait comme une étrangère dans son propre pays d'origine. Sans doute pouvait-elle affirmer avec grande conviction que l'Angleterre était son foyer à présent mais cela aurait sans doute été un peu incommodant de dire cela après seulement six printemps en Europe.
Si Hermione avait passé la plus grande partie de sa vie du côté de Newport dans le Rhode Island, elle fut incontestablement conquise par Paris, ville de lumière. Il ne fallut qu'un bref séjour dans la capitale française lors d'un voyage gracieusement offert par son beau-père pour qu'elle n'en tombe sous le charme. Bien que sa mère, ainsi que ses ancêtres maternels, était née dans la capitale, jamais Hermione n'avait eu l'occasion de la visiter.
Ce fut tout naturellement que Hermione Granger décida alors de suivre une année universitaire à la Sorbonne, profitant ainsi de l'air parisien et de son grand-père qui vivait seul depuis bien trop longtemps.
Quel déchirement ce fut de rentrer à Newport après une année à Paris ! Si cela n'avait tenu qu'à la jeune femme, jamais elle ne serait rentrée. Newport était une ville bien triste et bien petite pour l'épanouissement de la brune. Avec le recul, Hermione ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait bien fait de rentrer cette année-là, malgré tout.
Après un prestigieux diplôme en littérature française à l'Université Godric Gryffondor, une prometteuse carrière en tant que journaliste pour la Gazette — grâce à l'aide de son beau-père, Hermione se voyait déjà franchir les marches de la gloire. Fille d'un riche agent de change, rien ne semblait lui être refusé et si elle n'espérait pas plus que de monter les échelons, Hermione continuait son ascension en rencontrant la Providence un soir d'été chez des amis.
À partir de cet instant, il fut quasiment impossible de suivre la cadence — tout arrivait à une vitesse folle. Cette rapidité ne fut pas des plus détestables au début. Des fiançailles romantiques, un mariage grandiose — 'le mariage du siècle' avaient titrés les journaux, une situation plus que confortable. Seulement, la chute de cette ascension fulgurante fut des plus brutales. En l'espace de quelques mois, tout était parti en fumée comme si cela n'avait jamais réellement existé.
L'Amérique avait apporté son flot de malheur sur la fin des années cinquante et avait visé, sans scrupule, Hermione ainsi que lui.
Si après son propre exil du continent, Hermione s'était tout naturellement tournée vers la France — n'ayant aucune opportunité professionnelle, il lui fallut renoncer à cette idée et c'est alors vers l'Angleterre que la jeune femme se tourna.
Londres ne possédait guère le charme de Paris mais elle avait quelque chose en plus que Newport ne possédait pas. Ce fut au cœur de la ville londonienne que Hermione se reconstruisit une nouvelle vie, plus embellie et plus tranquille qu'elle ne l'était auparavant.
Secrétaire pour le journal local, Hermione espérait bientôt obtenir une promotion qui la propulserait dans la cour des grands.
Ces six années éloignées de l'Amérique, de ses proches fut plus que bénéfique, lui permettant de finalement refermer partiellement ce trou béant qui s'était manifestement trouvé une place en Hermione, lui partageant quotidiennement son poison amer sans vergogne.
Elle était partie en tant que fiancée de l'Amérique et revenait aujourd'hui en tant qu'étrangère.
CHAPITRE I
« Promise I'll never let you go / In the still of the night ».
In the Still of the Night — The Five Satins
Hermione Granger se tenait droite comme un piquet devant les quelques valises qu'elle avait apportées avec elle, ses doigts roulant distraitement sur son bras gauche tandis que ses yeux ambrés fixaient un point inexistant dans la pièce. Elle se trouvait dans une charmante maison qui lui avait été aimablement prêté par l'une de ses connaissances du coin.
Le papier vert émeraude contrastait avec le sol recouvert d'un somptueux parquet qui donnait de la fraîcheur à toute la maison. Hermione avait pu se délecter du choix minutieux du mobilier auquel avait dû faire face son propriétaire afin que tout soit absolument harmonisé avec le reste des pièces. Seules les couleurs dépareillées des valises juraient honteusement avec la syntonie du salon.
Yarmouth était une petite bourgade du Cap Cod non loin de la ville de Boston dans le Massachusetts et à quelques minutes de l'habitat des futurs mariés.
Lorsqu'elle était arrivée quelques minutes plus tôt, la jeune femme fut ravie de découvrir les charmes que cachait cette ville dont elle n'avait jamais entendu parler. Bien qu'elle ait passé un certain temps non loin d'ici, jamais le nom de Yarmouth n'avait été évoqué.
Hermione regrettait de ne pas s'être renseignée plus tôt sur ce petit coin de paradis : un silence apaisant régnait, bercé tendrement par le seul bruit du vent — un véritable changement par rapport à l'incessant brouhaha qui régnait dans les grandes villes.
Elle n'oublierait absolument pas de remercier chaleureusement son amie de lui avoir permis de séjourner dans cette petite maison à l'architecture coloniale. Éprise de cet endroit, Hermione tenterait sans aucun doute de convaincre Betty de la lui vendre.
Hermione l'aurait fait volontiers si elle n'avait pas déjà une vie de l'autre côté de l'Atlantique. Après tout, elle était ici pour le mariage de ses amis proches et non pour rechercher un endroit où vivre.
Londres était sa maison. Kensington était un quartier tout à fait charmant et avec son maigre salaire, Hermione avait eu de la chance de pouvoir y habiter. Le voisinage était plus que correct et elle n'avait aucunement besoin de s'en faire quant à sa sécurité dans les environs.
Pourtant, c'est avec un léger pincement au cœur qu'elle s'aperçut que l'Amérique lui avait profondément manqué.
Elle se voyait de nouveau tous les dimanches à l'Église de Southampton — puis celle de Newport, priant le Seigneur pour que dans sa miséricorde, il accorde la santé, la réussite et le bonheur à ses proches et à elle-même. Hermione avait pour habitude de penser qu'elle était une bonne catholique, une bonne enfant, une bonne femme et qu'elle se verrait offrir un destin incroyable. Jusqu'à la cassure.
D'un pas lent, la jeune femme se dirigea vers les nombreux cadres photos qui décoraient la majestueuse commode en merisier. D'un geste délicat, Hermione attrapa l'une des photographies et l'approcha tendrement de ses yeux, caressant par la suite du bout des doigts le verre qui protégeait l'image la représentant ainsi que quelques amis communs. La photo datait de leur remise de diplômes à l'Université Gryffondor — sans doute 1952, elle ne se souvenait plus très bien. Une bonne année. Elizabeth, dite Betty, avait été la camarade de chambre de Hermione durant ses années à Gryffondor. Elles n'étaient pas ce qu'on pouvait appeler 'proche' mais elles pouvaient toujours compter les unes sur les autres. Puis, c'était grâce à Betty qu'elle avait eu l'occasion de faire connaissance avec deux de ses amis proches ainsi que d'autres personnes importantes de son entourage.
« Ils te manquent vraiment, n'est-ce pas ? C'est une bonne chose que tu sois là aujourd'hui. »
Hermione esquissa uniquement un léger sourire en coin.
« Cela fait si longtemps que je ne les ai pas vu… » répondit la jeune femme tandis que son interlocuteur s'avançait vers elle pour poser une main rassurante sur son épaule.
« Comme je l'ai dit — c'est une bonne chose que tu sois de retour. C'est une précieuse occasion pour renouer des liens. » affirma l'homme. « Puis, je vais enfin pouvoir rencontrer le célèbre Harry Potter ! » s'exclama-t-il, enthousiaste.
Hermione laissa échapper un léger rire avant de se retourner vers son interlocuteur pour prendre son air le plus sérieux. Il est vrai que Hermione n'avait pas manqué de mentionner ô combien Harry James Potter était un homme formidable mais elle avait omis de mentionner quelques légers détails.
« Il faut que je t'avoue quelque chose… » commença-t-elle légèrement honteuse. « C'est à propos de… »
Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que le bruit de la sonnette vint à perturber le calme divin de la maison. Hermione fronça des sourcils — n'attendant personnes, et soupira d'agacement tandis que son ami lui adressa un sourire amusé tout en l'incitant à aller ouvrir la porte. Se dirigeant vers l'entrée, à peine eut-elle le temps d'ouvrir qu'elle fut instantanément encerclée par deux bras. Surprise au départ, elle se détendit presque machinalement lorsque le doux parfum de Chanel N°5 caressa délicatement les narines de la brune.
« Si tu continues comme ça, tu risques de me tuer. »
« C'est ta punition pour être partie si longtemps. »
Les joues de Hermione commençaient à lui faire mal tant elle souriait. Voilà une retrouvaille qu'elle ne redoutait pas. Hermione aurait dû s'attendre à ce que Pansy Parkinson soit la première à venir lui rendre visite. Elle était la Reine des visites improvisées ainsi que des surprises.
Ces cheveux courts charbonnés — bombés à la racine, bouclés en dessous de ses oreilles, sa taille élancée, ses hanches proéminentes mise en valeur par sa jupe de soie blanche, ses yeux verts inquisiteurs ainsi que son magnifique sourire — typiquement Parkinson. Elle était sans doute la créature la plus convoitée des États-Unis, surtout maintenant qu'elle était fiancée — la volonté de ces messieurs n'avaient fait qu'accroître.
« Voilà six ans que nous ne nous sommes vus, je pense avoir le droit de te serrer dans mes bras, non ? » justifia la jolie brune. « Mon Dieu, laisse-moi te regarder ! »
Lorsque Pansy eut la gentillesse de s'écarter, Hermione put enfin respirer convenablement. Les yeux émeraude scrutaient attentivement sa proie comme si elle s'apprêtait à lui bondir dessus. D'après la légère ride qui venait d'apparaître entre ses sourcils, Hermione en déduisit que Pansy devait être perplexe devant la nouvelle personne qui se trouvait devant elle. Hermione avait troqué sa longue chevelure contre une coiffure beaucoup plus courte, lisses et triste. Son corps s'était aminci et Pansy aurait juré que son amie était beaucoup plus fatiguée qu'à l'époque.
« Qu'est devenu le fameux 'jamais je ne couperai mes cheveux' ? » plaisanta Pansy, un sourcil à présent arqué. « Ne te méprends pas, cela te va à ravir ! » elle ne laissa aucune opportunité à Hermione pour répondre et glissa son bras sous celui de la brune pour se rendre dans le salon. « Nous avons temps de choses à rattraper, Mademoiselle Granger et… »
Si Pansy était horrifiée par cette vue, tout le monde put le remarquer dans la pièce. Il fallait dire que Pansy ne s'attendait vraisemblablement pas à trouver un homme dans la même pièce que Hermione en arrivant ici — aussi ridicule ce fut.
« Pansy, laisse-moi te présenter… »
« Elle est fiancée ! Non mais tu y crois, toi ? ! »
Sixième cigarette en main depuis qu'elle avait quitté Hermione, un escarpin en main, son sac vernis balançant maladroitement à la jointure de son bras, les sourcils froncés, l'air furibond. Elle qui essayait d'arrêter de fumer ce poison, cette petite visite à l'improviste n'avait en rien contribué à sa volonté d'arrêter.
« De qui parles-tu ? »
« De qui veux-tu que je parle ? ! » rétorqua la jeune femme en jetant nonchalamment son sac ainsi que son foulard sur le canapé. « Hermione, bien sûr ! »
« Pourquoi es-tu étonnée ? Hermione n'allait pas rester seule toute sa vie, ma colombe. » répondit Blaise d'un ton atrocement calme — qui ne faisait que d'accentuer l'agacement de sa fiancée, tandis que son regard restait plongé sur son maudit journal.
« Blaise… » soupira Pansy, sa cigarette toujours entre ses doigts. « Je crains que tu ne comprennes pas très bien la situation dans laquelle nous sommes… »
Décidant finalement de lever les yeux de son précieux journal, Blaise le referma aussitôt devant la figure décomposée de sa fiancée. En trois ans de vie commune et plus de dix ans d'amitié, l'homme n'avait jamais vu Pansy Parkinson dans cet état.
« Qu'allons-nous lui dire, à présent ? Je refuse d'y croire et d'être témoin de cette ridicule mascarade ! L'air anglais a sûrement dû lui polluer les neurones. » continua Pansy, bornée. « Tu l'aurais vu, Blaise, elle était méconnaissable. On aurait dit une de ces filles qui posent pour ces médicaments… »
Blaise soupira fortement, interrompant l'interminable litanie de sa fiancée, lui intimant à la place — d'un signe de tête, de le rejoindre sur le sofa. Envoyant valser ses escarpins, Pansy vint finalement s'asseoir sur les genoux de son futur mari en prenant soin de faire passer son bras derrière sa nuque.
« Pansy… » fit Blaise. « Si Hermione est heureuse ainsi… Ne devrions-nous pas nous réjouir pour elle ? Après tout ce qui lui est arrivé… Hermione a le droit au bonheur, tu ne penses pas ? »
« Tu me fais passer pour une amie indigne, Blaise… » réprimanda doucement la jeune femme. « Bien sûr qu'elle a le droit au bonheur. Je ne veux juste pas que cela gâche notre mariage. Tu sais très bien comment cela peut vite tourner… »
« Je le sais aussi bien que toi, Pansy mais ils ne sont même pas obligés de s'adresser la parole ni même de se voir ! » s'exclama-t-il. « Puis, ils ne peuvent pas rester fâchés indéfiniment. »
« Ce que tu peux être naïf, Zabini… » répliqua-t-elle en s'éloignant de son interlocuteur. « Nous avons invités toute sa famille au grand complet, nous vivons avec lui, Rose et Margot font partie de mes demoiselles d'honneurs… Dois-je continuer ? »
« Rose et Margot ne chercheront pas à convaincre Hermione de quoique ce soit, Pansy. » contra Blaise. « Une semaine n'est pas non plus insurmontable et encore une fois : elle ne verra que ses sœurs. »
S'attendant à une énième réplique qui chercherait encore une fois à détruire tout ce que venait de dire Blaise, il fut surpris de ne rencontrer que le silence. Un silence qui en disait long. Le regard baissé, ses doigts jouant distraitement avec le mégot de sa cigarette, Pansy ne savait quoi dire. Trois ans de vie commune fit comprendre à Blaise que sa fiancée avait encore fait des siennes.
« Qu'as-tu encore fait comme idiotie, Pansy ? »
« Rien de grave, Blaise. Ne dramatise pas tout. » l'homme haussa des sourcils devant le culot de cette femme. « J'ai juste organisé un dîner. »
« Un dîner ? »
« Ici. » précisa-t-elle en allumant sa septième cigarette de la journée. « En oubliant de mentionner que nous ne vivions pas que tous les deux… »
Confortablement installée sur son canapé en tissu vert, un roman dans sa main droite tandis que son autre main caressait tendrement son ventre déjà bien arrondi. Si on lui avait dit que la grossesse était aussi épuisante et douloureuse, jamais elle n'aurait voulu d'enfants. Que sa pauvre mère avait dû souffrir en supportant sept grossesses ! Une chose était sûre, Ginevra attendait avec impatience l'accouchement. Il ne lui restait qu'un petit mois avant la liberté ! C'était avec une impatience non dissimulée que Ginny attendait de retrouver son corps de jeune femme. Il faut dire que la jeune femme avait espéré conserver son corps de vingt-cinq ans un peu plus longtemps.
Ginny aurait dû se douter que se marier jeune impliquerait forcément de fonder une famille rapidement. Cependant, elle avait secrètement espéré que cela n'arriverait pas d'aussi tôt. Pourtant, cela faisait cinq ans qu'ils étaient mariés. Son mari avait été très patient avec elle — d'abord parce qu'elle était jeune et ensuite parce qu'elle venait tout juste de renoncer à l'université pour travailler en tant que secrétaire dans une entreprise de publicité. Venant d'une famille modeste, Ginny ne voulait pas uniquement dépendre des revenus de son fiancé.
C'est d'ailleurs dans cette même entreprise que Ginny avait rencontré son mari. Arrivant des lugubres quartiers de Brooklyn dans les beaux quartiers de Boston et fraîchement sortie du lycée, Ginevra fut impressionnée par tout ce qui se dessinait sous ses yeux. Et c'est là, sous ses yeux que l'un des grands chefs créatifs de Hogwarts Entreprise devint son époux le 7 septembre 1958, lui faisant ainsi quitter l'agence de publicité pratiquement un an après son arrivée. Ce mariage avait fait couler beaucoup d'encres dans les journaux locaux mais Ginny s'en était moquée.
La porte d'entrée claqua, signalant à Ginevra que son cher époux venait de rentrer du travail. Apparaissant presque immédiatement dans le salon — sa mallette en cuir en main, Harry accorda un léger baiser sur le front de sa femme et une main aimante sur son ventre rond. Plus qu'un mois.
« Tu rentres tôt aujourd'hui. Tout va bien ? » fit remarquer Ginny en désignant d'un signe de tête l'horloge qui affichait seize heures.
« Nous sommes invités chez Pansy, ce soir. » informa-t-il. « Parait-il que ma ravissante demi-sœur est arrivée ce matin. »
Ginny esquissa un léger sourire, cachant son malaise. Harry détestait lorsqu'elle appelait à son travail et le simple fait que Pansy le faisait librement l'agaçait au plus haut point.
« Pansy a appelé au bureau ? »
« Non, elle est passée plus tôt dans la journée voir Malfoy. » précisa Harry tout en retirant sa veste de costume. « Tu verras, chérie. Hermione est tout à fait charmante. Une vraie perle. »
Nouveau sourire en coin de la part de Ginevra.
« J'ai hâte de la rencontrer. » avoua finalement la jeune femme aux cheveux de feu. « Pour quelle heure doit-on être là-bas ? »
« Sept heures. »
Fermant le roman qu'elle lisait précédemment, Ginny se leva du canapé avec difficulté puis passa une main dans son douloureux dos pour ensuite s'approcher de son mari, lui murmurant qu'elle allait se préparer sur le champ sans oublier de lui déposer un tendre baiser sur la joue.
Une fois la porte de la salle de bain fermée, Harry desserra, sans aucune finesse, sa cravate tout en passant une main dans ses cheveux. Il avait besoin d'un verre. Sa mallette rejoignit sa veste de costume grise sur le divan avant de partir vers le mini bar en bois qu'il possédait. Un verre de whisky et une gorge brûlante plus tard, Harry se resservit un verre. Ce dîner n'allait pas être de tout repos.
Postée sur le porche de la gigantesque demeure, Hermione hésitait. À vrai dire, elle était anxieuse à l'idée de revoir tous ses amis. Elle avait encore le temps de partir. C'était vrai. Personne ne l'avait vu arriver et elle était sûre que personne n'avait entendu le moteur de la Cadillac Deville beige qu'elle avait loué en arrivant à l'aéroport. Cela ne serait certainement pas poli de partir. Vraisemblablement, Hermione ne pouvait pas décommander à la dernière minute en cédant à sa peur. Pansy la poursuivrait jusqu'au bout du monde pour cet affront.
Sur le perron, Hermione découvrait les lieux d'un œil nouveau. Comme la toute première fois où elle avait mis les pieds ici, Hermione tomba de nouveau sous le charme de cette maison. Cela paraissait si lointain comme souvenir et pourtant, d'ici, elle pouvait encore sentir cette odeur si particulière qui régnait dans la demeure — un arôme de vieux livres et de tabac. En fermant les yeux, elle pouvait visualiser avec une clarté parfaite les énormes pièces au style victorien, des rires qui émanait de cet endroit, des fêtes qui étaient célébrées ici avec tout leurs amis et familles. Une époque bien heureuse.
Entendant le bruit de la portière arrière se fermer, Hermione comprit qu'il était assurément trop tard pour faire demi-tour. La brune prit alors une dernière grande inspiration — serrant un peu plus fort la bouteille de rosé qu'elle tenait en main, avant de sonner. Il lui fallut sonner une seconde fois avant que quelqu'un ne daigne ouvrir la porte.
Les yeux malicieux, un grand sourire sur les lèvres, Blaise Zabini apparu. Hermione en fut terriblement éprouvée et ne su quoi faire hormis sourire timidement comme si c'était la toute première fois qu'elle rencontrait Blaise Zabini.
Elle n'eut même pas le temps de réagir que Blaise s'était empressé de passer ses bras autours d'elle pour l'enlacer. Aucune hésitation de la part de Hermione pour lui rendre son étreinte. La dernière fois qu'elle l'avait eu dans ses bras était lorsqu'elle pouvait encore tolérer qu'on la touche. Un gargantuesque travail avait été fait là-dessus durant ces six années en Europe.
Après une étreinte que Hermione jugea nécessaire après qu'ils se soient séparés, Blaise l'invita à entrer tout en prenant soin d'accueillir chaleureusement l'homme qui s'était jusque-là tenu en retrait.
Inutile de décrire la sensation incroyablement mélancolique qu'elle ressentie en pénétrant dans la magnifique maison. Tout était exactement comme avant. Des meubles, en passant par la décoration, tout était resté exactement à l'identique. Au fond, elle aurait espéré qu'ils changent tout.
C'est avec les sourcils haussés, les joues légèrement relevées par un magnifique sourire que Hermione entra dans le grand salon où se tenait une banderole avec inscrit 'Bienvenue Hermione' en lettres capitales dessus et juste en dessous : tous ses amis. Ce fut avec une émotion non dissimulée qu'elle se précipita sur Ronald Weasley et Harry Potter.
Ce fut comme la première fois qu'elle les avait rencontrés.
Tandis qu'elle avait fait la connaissance du très convoité Harry Potter le jour du mariage de leurs parents, Hermione avait rencontré Ronald lors d'un dîner organisé par Harry à Newport avec quelques camarades de l'université. Ronald n'avait que vingt-trois ans à l'époque tandis que Hermione était âgée de tout juste seize ans. Il était le colocataire de Harry et leur amitié avait commencé pratiquement à cet instant-là. Leur amitié s'était transformée en lien familial au fil du temps puisqu'ils se considéraient comme des frères. Harry allait souvent chez les Weasley et inversement. Puis, lorsque Harry décrocha un poste à la Hogwarts Entreprise, il n'avait pas hésité une seule seconde avant de soumettre le nom de Ronald Weasley au sein de l'entreprise. C'est ainsi que Ron devint responsable des comptes clients à l'agence. Sept ans plus tard, ils faisaient officiellement partie de la même famille lorsque Ginevra Weasley devint Madame Harry James Potter le 7 septembre 1958. Ron avait été incroyablement heureux car il jugeait que pour sa sœur, il n'y avait pas meilleur homme sur tête que son meilleur ami.
Ron, quant à lui, avait épousé Lavender Brown — la fille d'un avocat, quelques années plus tôt et à présent parents des jumeaux Oscar et Norton.
Bien qu'elle connaissait Ron depuis maintenant dix-sept ans, Hermione n'avait jamais rencontré sa petite sœur. Elle connaissait son prénom, savait qu'elle avait quinze ans d'écart avec Ronald et qu'elle avait étudié dans un lycée privé de New York où elle résidait dans un internat toute l'année.
« Hermione, laisse-moi te présenter ma ravissante épouse Ginevra. » présenta Harry qui avait déjà un verre en main.
« C'est un plaisir de finalement te rencontrer. »
Un bref regard vers son ventre arrondi et Hermione offrit un sourire poli à la jeune femme qui se trouvait devant elle. Assurément, Ginevra ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans ce qui la perturba quelque peu. Elle était si jeune.
Ensuite, elle salua chaleureusement Lavender qui était élégamment vêtue d'un tailleur orange puis discuta avec les autres invités présents.
Hermione discutait sur le divan en compagnie de son compagnon ainsi que de Blaise, Ron et sa femme tandis que Ginny, assise sur un fauteuil faisant face au divan, écoutait attentivement la conversation qui se déroulait entre Pansy et Harry.
La soirée était agréable, tout le monde discutait joyeusement puis la question qui brûlait les lèvres de l'assemblée quitta celles de Lavender.
« Eh bien... » Hermione ne savait comment commencer. « Andrew et moi sommes fi... »
CLAC !
Tous se retournèrent vers le hall d'entrée d'où provenait le bruit. Une bouteille de champagne à la main, Draco Malfoy apparut dans le grand salon, droit comme un piquet, ses yeux bleus gris fixant avec étonnement la silhouette assise de Hermione Granger qui l'observait avec la même surprise et une incroyable tristesse.
« Hermione... »
