3 personnages présents dans ce chapitre : Clarke Griffin, Benjamin Philippe, Célia Djövkick (virtuellement).

Griffin Clarke : tueuse professionnelle, agent d'élite de la CILCFO (appelée CIL), une organisation séculaire internationale secrète spécialisée dans la traque et l'assassinat de monstres (= toute créature non humaine vivant sur Terre). Infiltrée depuis bientôt deux ans au sein de la coalition, soit le plus grand rassemblement de monstres associés connu à ce jour, dirigé et contrôlé par la grande reine Lexa (vampire). Clarke est amoureuse de cette dernière. 23 ans. Gradée S.

Philippe Benjamin : littéralement le chasseur numéro 1 de France en terme d'importance stratégique pour la CIL. Directeur de la DCRG (la Direction Centrale des renseignements généraux français) et responsable en chef des services secrets intérieurs, de la surveillance du territoire, de la lutte contre le terrorisme. Recteur de toutes les communications secrètes ultra-sensibles portant sur les potentielles menaces dirigées contre l'Etat, son territoire ou sa population. 57 ans. Non gradé.

Djövkick Célia : fille à la jeune enfance et aux origines inconnues. Ignorant elle-même son passé suite à un TSPT (amnésie issue d'un Trouble de Stress Post-traumatique) survenu pendant l'enfance, elle fut trouvée par la compagne défunte de Thelonious Jaha, ce dernier l'ayant finalement élevé comme sa propre fille, et devenant ainsi elle-même la grande sœur adoptive de Wells Jaha. Se révélant très vite dotée d'une intelligence exceptionnelle la rendant redoutable en tant que chasseuse au point d'accéder au grade d'élite SS en à peine seulement 5 ans d'exercice au sein de la CIL, elle quitta le terrain à ses 27 ans pour rejoindre les bureaux, son père adoptif ayant considéré que son intellect serait davantage mis à profit dans ces fonctions. Aujourd'hui première secrétaire de la DEA, elle est considérée comme la numéro 1 bis, la chef de la CIL aux côtés de son père. Elle est si connue qu'aujourd'hui, en intégrant la CIL, les nouveaux agents de la commission entendent d'abord parler d'elle avant même d'entendre le nom de Thelonious Jaha pour la première fois. 32 ans. Anciennement gradée.

PDV Benjamin PHILIPPE

Un ange de la mort dans les rangs de notre pire ennemie ? Si c'est une blague, elle est de très mauvais goût…

« Vous êtes sûre de ne pas vouloir prendre un verre, mademoiselle Griffin ? »

« Je comprends votre stupéfaction, monsieur. Mais il est quasi certain que Pierre ne soutiendra pas plus la coalition de Lexa qu'elle ne le fait déjà. »

Je l'observe en silence. Mon regard doit être assez insistant pour paraitre suspicieux. Pourtant, cette jeune fille n'a pas l'air de plaisanter.

« Tout de même… Une faucheuse comme adversaire, vous imaginez bien que ça modifie les planifications de la CIL. Il n'a jamais rien existé de pire ni de plus problématique pour notre organisation. Et ça, vous le savez certainement. »

Bon. Commençons par ranger cette bouteille. Ce n'est pas le moment de se laisser troubler.

La jeune chasseuse devant moi ne semble pas inquiète.

« Mademoiselle, si vous le permettez, j'aurais une faveur à vous demander. »

« Si je peux vous être utile, monsieur. »

« Vous oublierez que je vous ai posé cette question une fois que vous m'aurez répondu, n'est-ce pas ? Répondez-moi, honnêtement. Si nous attaquions maintenant, quelles seraient selon vous nos chances de victoire ? »

La jeune femme semble réfléchir un instant.

« Et bien, vous savez que mon avis ne compte pas, monsieur. Mais s'il avait de la valeur, je dirais qu'il faut renoncer à l'idée de combattre Lexa sur son propre terrain. »

Devant mon scepticisme, elle poursuit d'un air convaincu.

« Elle est plus forte que nous, monsieur. Elle a renforcé son autorité au maximum sur tous les peuples de monstre de ce pays les monstres qui s'opposaient à sa coalition il y a deux ans de cela ont maintenant fini par se soumettre, ou quitter le territoire. Les frontières sont étroitement surveillées, et ses alliés et partisans, monstres autant qu'humains, sont désormais si nombreux qu'on ne puisse plus même les quantifier. »

« Je vois. Bien. Quelle serait donc la meilleure chose à faire pour nous, selon vous ? »

« Je serais d'avis qu'il faille entrer en négociation avec la reine. Elle est la chef absolue de cette coalition, après tout. La combattre directement serait trop risqué, mais si nous la convainquons de suivre une direction qui conviendrait à la CIL, nous pourrions en tirer des bénéfices, et ce sans assumer les trop grandes pertes que nous causerait une entrée en guerre. »

Hmm…

« Mademoiselle Griffin, je ne me souviens pas avoir entendu d'histoires où des chasseurs de la CIL coopérait ou même négociait avec des monstres, encore moins à un tel stade. Certes, à l'heure actuelle, je vous accorde que toute interaction avec ce fameux groupement de monstre serait susceptible d'entrainer des répercussions géopolitiques majeures très graves dans notre monde, mais enfin… Et puis la décision de combattre ne revient ni à vous ni à moi, de toute façon. Quoi qu'il en soit, je ferai rapidement transmettre les informations que vous m'avez communiqué au Haut Conseil, comme vous me l'avez demandé. Je vous remercie de m'avoir partagé votre point de vu, en tout cas. »

« C'est moi qui vous remercie de m'avoir accordé une partie de votre précieux temps, monsieur. Mais, euh… Puis-je savoir si vous avez l'intention de partager ce point de vu dans le compte-rendu de mon rapport que vous ferez au Haut Conseil ? »

« Mademoiselle, je ne puis me le permettre. Ceci dit, les directeurs décideront par eux-mêmes. Merci encore de cet entretien, agent Griffin, je sais que rien ne vous y obligeait. Et maintenant je vais devoir vous laisser pour transmettre en haut lieu tout ce dont vous venez de me partager. Au revoir et bonne journée à vous. »

« Entendu, monsieur. Bonne journée à vous. »

Me voilà pianotant quelque peu, d'un air préoccupé, sur mon bureau.

Nous aurions espéré recueillir plus d'informations utiles concernant les points faibles de la reine, c'est indéniable. A la place, nous ne récupérons que des informations inquiétantes…

Difficile d'admettre que la reine a réussi à appuyer son pouvoir à ce point-là. Et de l'avoir fait sous mon nez, à mon insu, moi qui ai contrôle sur la France entière, c'est là le plus préoccupant !

Enfin, si l'ancien préfet de Paris exerçait réellement pour le compte de la reine, il y a fort à parier que d'autres grandes figures du monde visible se tiennent à ses côtés.

Et elle a des humains comme alliés, qui plus est !

Il est navrant que cet agent d'élite aie pu en découvrir si peu concernant la reine en l'espace de deux ans.

Je pose une nouvelle fois les yeux sur cette photo de la reine que m'a délivrée l'agent.

Voilà donc à quoi ressemble celle qui règne sur tout un monde de monstres, hein. Elle semble si jeune, à peine une enfant.

Enfin, si ce visage enfantin est aussi sagace et fûtée qu'on le dit, il semble presque normal que sa méfiance à l'égard des étrangers aie privé cette gradée S de pouvoir pousser plus loin son enquête sans éveiller les soupçons.

« Vous semblez un brin abattu, Philippe. »

La voilà qui se décide à parler. Celle qui voulait assister à mon entretien avec l'agent Griffin en toute discrétion.

« Secrétaire Djövkick. »

Je recadre la webcam qui était dissimulée derrière mon bureau pendant mon entretien avec l'agent Griffin.

« Elle semble bien jeune, cette reine. Et jolie… » remarque- t-elle pensive.

Je la vois fixer du regard la photo que je tiens entre les mains. Je la plie et la range dans mes dossiers afin d'arrêter là la première secrétaire.

« On dit que le diable était le plus beau de tous les anges, avant d'être banni du paradis par Dieu lui-même. Il serait malsain de s'attarder sur les atouts physiques de cette monstre, ne pensez-vous pas ? »

L'américaine semble ignorer ma remarque pour une réflexion orale :

« Des personnes aussi importantes que le préfet de Paris comme alliés… Une infinité de monstres sous ses ordres… Des contrôles aux frontières, extrêmes et basés sur des ressources humaines… Humm, si sa surveillance n'était construite qu'au travers de moyens technologiques, nous pourrions encore hacker l'entièreté des réseaux de surveillance du territoire, caméras, vidéosurveillances, et cetera de ports, aéroports et autres, mais si elle repose avant tout sur des agents humains… » elle se masse le front, « et bien, et bien, ce n'est pas simple… »

C'est maintenant elle que je vois pianoter sur son propre bureau, à travers l'écran.

« Nous devons stopper l'existence de cette coalition coûte que coûte, et peu importe les moyens. Reste à savoir comment s'y prendre… »

« Au vu des dires de notre infiltrée, je crois que cette reine se soit finalement associée à bien trop de personnes importantes de ce monde pour que la tuer elle, puisse simplement suffire. »

« Certes » admet-elle, « couper la tête de la bête ne sert à rien si les autres grandes figures de la coalition se précipitent ensuite pour récupérer le trône une fois leur reine défaite. »

Elle soupire un instant.

« Bien, je crois qu'il n'y a plus à hésiter. Jusqu'ici, j'ai tout fait pour m'assurer que cette mission soit tournée vers la recherche d'informations plutôt qu'un assassinat trop risqué, puisqu'Abigaïl tenait à ce qu'on ne soumette pas sa fille à des dangers trop grands s'ils n'en valaient pas la peine… Mais avec ce que nous avons maintenant appris, nous ne pouvons plus nous permettre d'hésiter. Je dois réunir le Conseil de toute urgence. »

« Des choses que vous vous voudriez que je transmette à notre infiltrée ? »

« Non. Inutile de l'accabler plus qu'elle ne l'a été ces deux dernières années. Il y a un peu plus d'un an de ça, elle a été promue au grade S en pleine mission, ce qui fait que sans la cérémonie de promotion conventionnelle, elle n'est toujours pas une élite, officiellement du moins. Je préférerais qu'à partir de maintenant, la CIL veillera à agir sans surmener cette petite pour tout ce qui concerne encore le cas de la France. Quant à vous, Philippe, préparez-vous. Je tâcherai de convaincre chacun de nos directeurs qu'il nous faut attaquer aussitôt qu'il le sera possible, et j'aimerais que vous vous chargiez lorsque ce jour viendra de dissimuler les petites erreurs que nos chasseurs pourraient faire une fois sur les terres de l'Hexagone. »

Petite erreur ? Dire qu'on attend de moi que je cache des massacres ou entre-tuades publiques entre monstres et chasseurs derrière des histoires d'attaques terroristes serait plus juste. Ce qui constitue d'ailleurs la majeure partie de mon travail ces derniers temps.

« Entendu, si le Haut Conseil le souhaite, je le ferai. »