PDV Clarke, au F1.

Deux ans. Deux années passées ici, à Paris…

Ca fait un moment, l'air de rien !

Ouai, mais ça reste chouette. Si on oublie les embouteillages, les flics qui circulent partout, le bruit en permanence… ça reste un endroit sympa !

Et avec des gens sympas !

Je suis obligée de sourire.

Oui, des gens très sympas…

« quatre centre soixante… trois, uh ! Quatre cent soixante… quatre ! Et quatre cent… soixante cinq, uh ! quatre cent soixante… six ! »

Je quitte la contemplation de Paris à travers la fenêtre de ma chambre pour me retourner vers cet envahisseur.

« Bell, tu empestes la sueur avec tes tractions, là. Tu veux pas aller faire ça ailleurs que dans ma chambre, s'il-te-plait ?! »

« Peux pas, uh ! Echo est, uh ! en train de dormir… dans la nôtre ! Et… quatre cent… soixante et onze ! Et quatre cent… soixante douze… »

Hmm… de dormir, hein ?

« Et toi, Clarkie ? uh ?! Pourquoi t'es pas… avec Lexa ? …–ante dix-neuf ! »

« Elle fait ses préparatifs, pour la guerre avec la CIL… »

Bellamy s'arrête tout d'un coup, bras derrière la tête et ventre contre les jambes.

« Oh, c'est vrai. Leur énième réunion, ces jours-ci ! Et tu refuses encore d'y assister malgré les demandes insistantes d'Anya, parce que tu as peur d'en savoir trop sur les plans qu'ils mettront en place, et de finir par l'utiliser contre la coalition, c'est ça ? »

C'est exactement ça…

Depuis que j'ai avoué à Bellamy, mon meilleur ami, que j'étais amoureuse de Lexa, la chef du groupe des monstres que nous combattons, je peux tout lui confier. Ce qui m'aide beaucoup à ne pas perdre la boule, je dois dire !

A la la… Si tu savais dans quel merdier tu allais te fourrer le jour où tu as accepté cette mission, Clarke…

Aimer la seule personne au monde que tu n'avais pas le droit d'aimer… on peut dire que t'es intelligente, toi !

Qu'est-ce que tu veux, c'est pas comme si c'était encore possible de revenir en arrière !

« Tu penses que la CIL va intervenir bientôt ? » me demande Bell.

« En ch'ai rien » fais-je machinalement, « j'ai tout fait pour convaincre Benjamin Philippe que c'était pas une bonne idée de s'en prendre à Lexa, hier, quand je suis volontairement allé lui faire mon compte-rendu, mais de ce que j'ai entendu à travers la porte, une fois que je l'ai quitté, il parlait avec Célia… »

« Célia ? Célia Djövkick ?! »

« Grmmblr… »

« Elle est bornée, celle-là. Tu leur as parlé de Pierre, n'est-ce pas ? »

« La faucheuse, ouai. Mais comme tu dis, Célia est stupidement bornée. M'étonnerait qu'elle renonce juste en lui racontant que la reine vampire a un ange de la mort comme allié ! »

Bellamy hausse les sourcils en guise de confirmation.

« Si c'est elle qui va présider la prochaine séance du Haut Conseil, à la place de Thelonious, alors il y a fort à parier qu'on va y avoir droit, à cette guerre, finalement. »

« Dire que Lexa avait fini par croire que la CIL n'attaquerait pas, après qu'aucun chasseur n'aie été envoyé en mission punitive, même deux mois après que tu aies tué ces chasseurs sous les ordres de Gustus, Bell… Et voilà maintenant qu'Andulon alerte Anya qu'il n'a plus aucun contact de ses espions envoyés au sein de la CIL ! Depuis, Lexa a redoublé de prudence. »

« Lexa est sur la défensive, c'est évident. Mais si c'est Célia qui ordonne effectivement l'assaut de troupes de chasseurs sur le territoire français, alors tenter de dissuader Benjamin Philippe ne suffira plus, Clarke. Il faudra choisir notre camp… »

« Je te l'ai déjà dit, Bell. Je suis une chasseuse, j'agirai comme tel. Simplement, je ferai en sorte que rien de mal n'arrive à Lexa, c'est tout. »

Bellamy soupire. Il se lève et saute s'allonger sur mon lit.

« Bell, bordel ! Mon lit ! Tu vas le contaminer avec toute ta sueur ! »

« Rôoh, lâche-moi, Clarke. Tu n'y dors presque jamais, dans ce lit. Tu passes tes journées chez Nicole, de toute façon. »

« Il n'empêche ! Dégage ! Tu pues la transpiration ! »

« Et ba c'est de l'eau, fais avec ! Et puis ta naïveté me sidère, là, tu sais. »

« Quoi, quelle naïveté ?! »

« La tienne, enfin ! Tu crois vraiment que nos chefs se satisferont du fait d'avoir pu détruire la coalition de Lexa, franchement ? »

« … »

« Bien sûr que non ! Ils s'attendront aussi à ce que tu leur livres Lexa. Et puis, de toute façon, Lexa ignore toujours qui tu es réellement, à savoir un chasseur, non ? Et tu crois réellement qu'elle pardonnera ta trahison si tu livres tous les monstres qu'elle s'est jurée de protéger à la CIL, comme ça, sur un plateau ? Lexa est peut-être une sainte, mais elle reste humaine. Elle ne pourra jamais te pardonner un truc pareil ! »

« Mais, mais… mais… »

« Et ba oui, il fallait y penser ! Tu t'attendais quand même pas à pouvoir jouer mi-noir mi-blanc éternellement ? Maintenant, toi et moi, on est soit totalement d'un côté, et je dis bien totalement, soit totalement de l'autre. »

« Mais euh, et toi, Bell ? Tu choisis quel côté ? » fais-je comme une conne.

Bellamy me hausse les épaules.

« Qu'est-ce que j'en sais, moi ? Dans l'un ou dans l'autre cas, on est bien mal barré. Alors voir sa tête mise à prix par nos frères les chasseurs, ou par nos amis les monstres… » il me sourit, « je vais éviter de me prendre la tête et te dire que je serai du côté que tu choisiras, Clarke, tout simplement. »

« Bell… »

« Hmm ? »

« Viens dans mes bras. »

« Hmm ? Pourquoi ? »

Tu te fous de moi ?

« Viens ! »

Bellamy s'étire avant de se diriger vers moi.

Je n'en peux plus…

Je lui saute au cou et le serre contre moi.

Secondes de plénitude…

Je resserre mon étreinte.

Je le sens passer ses bras autour de moi.

Ahhh… Tellement bien…

Ah... Arghh…

Sniff ?

Ah !

« Ok, ok, stop ! Ça suffit ! Pour l'amour de Dieu, Bell, va te laver, ça devient urgent ! »

Mon ami s'esclaffe.

« J'ai cru un instant que tes sens olfactifs avaient disparu, Clarke. Je me disais, aussi… »

« Tu pues le chacal, et tu trouves ça drôle ? Allez, ouste, à la douche ! » fais-je en lui jetant sa serviette sur le dos.

« Ok, ok… Et toi tu devrais réfléchir pendant ce temps. La guerre approche, Clarke ! »

« Hmm ? »

« Tu veux un conseil d'un homme heureux en ménage ? Va voir ta dulcinée, et confesse-toi maintenant. Qui sait, ça pourrait peut-être marcher entre vous. »

Il me sourit et fait un joli pouce en l'air avant de terminer dans la douche.

Merde… Je sens tout le poids du monde se jeter d'un coup sur mes épaules.

Pff…

Il a pas tort, Clarke, il est temps de lui parler, maintenant. Maintenant plus que jamais !

Je me rassieds sur ma chaise et sort mon portable à moitié convaincue.

Je dépose mon portable : message envoyé.

« Je peux te parler, Lexa ? »