Bonjour à tous.

Bon, je crois que je vais arrêter de faire des promesses parce que je suis incapable de les tenir... Je poste des chapitres quand je peux (où quand j'ai de l'inspiration, parce que parfois les idées ne viennent pas :/ ).

J'ai écrit le passé de Clarke, comme c'était très demandé. Cependant, je vais me permettre de ne pas le publier tout de suite pour deux raisons: pour la forme, j'hésite encore entre le raconter au présent sous forme de flashback, ou au passé sous forme de souvenirs, qui seraient donc racontés par Clarke elle-même. Dans les deux cas, raconter son passé en plein milieu de la guerre entre la CIL et la coalition, ça le fait pas trop. J'ai également écrit le passé de Lexa et Andréanne (pas celui d'Octavia), mais j'y viendrai plus tard.

Je continue de travailler sur l'expansion de l'univers des monstres et de la CIL, dans le but de rendre le tout toujours plus crédible et convanquant (par exemple, dans ce chapitre, on en apprend plus sur l'histoire de la création de la CIL mais aussi le fonctionnement de sa structure actuelle). J'envisage donc de faire des fiches techniques parce qu'honnêtement, j'imagine tellement de trucs mais je ne peux pas tout raconter en plein récit. Des fiches techniques, comme des dossiers, seraient donc nécessaires, mais je réfléchis à comment je vais mettre ça en place.

J'ai également commencé la réécriture de la fiction, en rajoutant ou modidiant quelques petites choses, mais ça va prendre du temps.

En tout cas, désolé pour tous les inconvénients, et bonne lecture!


Précédemment: La guerre entre les monstres et les chasseurs a commencé. La bataille, qui s'annonce sanglante, aura lieu sur Belle-île-en-mer. Sur décision unanime des vampires de la noblesse mais aussi de plusieurs humains membres de la coalition, c'est Clarke, connue sous le titre de commandante de la mort, qui mènera les armées de monstres. Du côté de la CIL, les décisions se font plus lentes et insouciantes...


PDV Harper, un agent de la CIL

« Monroe ! Monroe ! »

« Quoi ? »

« Viens voir ! »

Elle s'approche de moi.

« Et bien quoi, Harper ? »

« T'as vu » fais-je en lui indiquant la vue à travers le hublot du navire dans lequel nous sommes, « c'est Belle-île-en-mer ! C'est la France, on est arrivé ! »

« B-… B… Beu…. »

T'as vu, c'est trop beau, hein ?

« Belle-île-en-mer ? Sérieux ? »

Je hoche la tête.

« Ces côtes, c'est Belle-île, là ? Sérieux ?! »

« Ouai, t'as vu les falaises ? Elles sont énormes ! »

« Trop… dingue… »

Hi hi hi, Monroe, la tête que tu fais !

Je suis morte de rire.

Je devrais prendre une photo pour immortaliser ce moment.

D'ailleurs je vais le faire, tiens…

Attends, bouge pas !

Et chees-…

« Vous faites quoi, les filles ?! »

« Hein ? »

CLICK

Euh ?

Ma photo ?

Mais c'est pas la tête de Monroe que je voulais, moi !

« Connor ! » hurlé-je.

« Hé ! Qu'est-ce que tu fais, Harper ? T'essayais de prendre une photo de moi, à l'instant ? » fait Monroe.

« Ouai, et Connor a tout gâché. »

« J'ai rien gâché du tout. Le bateau va bientôt accoster, allez vous préparez. »

« Ouai, on arrive, ça va. »

Il s'éloigne.

Tsss… Espèce de rabat-joie !

« Le bateau va gnagna gna, allez vous gningnin gnin... Toi, va te gningnin gnin ! » pesté-je.

Monroe me pose un regard navré.

« Il est pragmatique. On n'est pas venu en Europe pour faire la fête, au cas où t'aurais oublié. »

« Il me pisse dessus ! Et bien sûr que non, je n'ai pas oublié... »

Ouai, comment pourrais-je ?

Nous sommes qui nous sommes, après tout…

Je m'appelle Harper, Harper McIntyre. J'ai 21 ans, canadienne, et je suis une fille belle et dynamique.

C'est à peu près tout ce qu'il y a de vrai sur moi. Tout le reste est faux. Ce que vous lirez sur mon CV, comme quoi je serai étudiante en sciences naturelles, ou que j'aime le sport, tout ça… c'est faux. Je ne suis pas étudiante, et je n'aime certainement pas le sport. Sauf si vous êtes du genre à penser que s'adonner à la pratique de la photographie en air libre soit du sport. Dans ce cas-là, oui, j'adore le sport !

Nan, en fait, je ne suis pas une fille comme les autres. J'appartiens à une organisation spéciale qui évolue au niveau planétaire, et dont tous les membres se sont jurés de garantir la sécurité de l'humanité contre tous les troubles qui existent ou pourraient exister un jour et la menacer. Et on est prêt à tout pour ça.

Par exemple, moi, je suis une tueuse de zombies. De morts-vivants, si vous préférez. Il y en a beaucoup au Canada. Leur principal point faible à ces monstres-là, c'est le feu. Et étant donné qu'au Canada il fait froid, et bien les feux ne se déclenchent pas tout seul. Du coup, j'ai pris l'habitude d'aider la nature à intervenir un peu, quoi.

A côté de moi, c'est Monroe. Mon amie.

Elle, elle s'est spécialisée dans l'espionnage. Elle est pote avec pas mal de fantômes.

Je sais, vous allez me dire que les fantômes c'est des monstres, eux aussi. Alors oui, vous avez raison. Mais déjà, il faut savoir que les fantômes sont une espèce de monstres particulièrement difficiles à tuer une fois qu'ils sont sous leur forme spirituelle. On dit qu'il leur arrive de matérialiser leurs corps lorsqu'ils ressentent une grande peur, et que dans cette fraction de seconde de peur qu'ils éprouvent et donc se matérialisent physiquement, il est effectivement possible de les tuer. Mais ça reste quand même vachement compliqué. Et puis, de par leur nature invisible, les fantômes sont de très bons moyens d'espionner eux-mêmes. C'est pour ça qu'on a l'habitude courante de les utiliser, chez la CIL. Ils sont généralement très dévoués à leur maitre, une fois qu'ils se sont attachés à lui. Et Monroe est très douée pour se faire apprécier d'eux.

Sinon, elle est douée, mais pas très forte. C'est pour ça qu'elle n'est que grade acquis B- à l'âge de 22 ans, alors que moi je suis grade optique B+ en ayant un an de moins qu'elle.

Ceci dit, même grade acquis B-, c'est très étonnant, et louable pour quelqu'un de 22 ans, même si je suis un peu meilleure.

Bon, et sinon, là, on est proche des côtes d'une petite île située à l'ouest de la France, Belle-île-en-mer.

C'est par rapport au fait qu'il y a deux jours, le Haut Conseil, la plus grande instance décisionnelle de notre organisation, a fait un appel aux volontaires. Il parait qu'une grande armée de vampires et autres monstres en tout genre s'est constituée et a l'intention de grossir encore, de s'étendre sur l'Europe, puis sur le monde entier. Si ça arrive, il n'y aura plus personne pour les arrêter.

Le Haut Conseil a donc décidé qu'il fallait les arrêter dès maintenant.

Je me souviens encore d'avant-hier, quand mon idole est apparue sur mon serveur privé référencé à la CIL. Célia Djövkick… elle a dit que tous les chasseurs de grade optique B- ou plus, qui n'étaient pas en mission à l'heure actuelle, pouvaient se porter candidat et répondre à l'appel.

Et me voilà, avec mon amie Monroe qui m'a suivie, parmi des centaines d'autres chasseurs de la CIL, sur le point d'arriver en France.

L'un des plus beaux pays du monde…

Je sens que ça va être cool !

« Va chercher tes bagages, Harp'. Les autres sont déjà en train de se rassembler sur le pont. »

« Vas-y, j'te rejoins. »

Je cours retourner dans ma cabine.

Sac à dos, casquette, chaussures de marche, walther PK380, carte d'identification de la CIL et… le plus important pour moi, la dernière photo de mon père… Tout est là.

Les autres sont déjà tous rassemblés quand j'arrive sur le pont.

Il y a bien des dizaines de chasseurs compactés en attroupement, et je ne connais pas la majeure partie d'entre eux. Il me faut bien une bonne minute avant de retrouver Monroe, dans tout ça.

« Monroe ? Qu'est-ce qui se passe ? Vous avez déjà fait le débrief' ? »

Mon amie se retourne vers moi.

« Ah, te voilà ? Ouai, c'est fait. Les chefs viennent de nous dire que le responsable de notre arrivée sur le territoire, c'était un certain Benjamin Philippe, il dirige la DCRG, les services de renseignement et de contre-espionnage français, apparemment. Donc tout devrait bien se passer. »

« Ah ? On va le rencontrer ? »

« Non, les consignes sont de traverser tout Belle-île depuis les falaises où nous accosteront jusqu'au port de Sauzon, discrètement, et ensuite on prendra des bateaux de fret qui nous amèneront jusque sur le continent. »

« Attends, on va devoir prendre encore le bateau ? Si on compte les 8 navires qu'on a avec nous, on est des centaines, Monroe ! »

« Ouai, mais ils ont dit qu'on a un contact sur l'île, qui va nous permettre de faire passer tout le monde. Ce que veulent les chefs, c'est des premiers volontaires pour aller sur l'île. Pour qu'ils retrouvent ce contact justement. »

« Oh… »

« Et puis l'île est habitée. Faut veiller à ce qu'il n'y aie pas trop de monde qui nous voit passer, où ça risquerait d'attirer l'attention. »

« Ah, oui, bien sûr… »

« Enfin bon, pour l'instant, tout le monde réfléchit à s'il se portera volontaire ou non. Les monstres sur le continent sont pas sensés savoir que nous arriverons aujourd'hui, ni par cette île, mais sait-on jamais… Ils ont probablement pris leurs précautions alors il vaut mieux y réfléchir à deux fois. »

« Ouai… »

N'empêche…

Je serre la photo de mon père contre moi.

Qu'est-ce que tu aurais aimé que je fasse, hein papa ?

Lorsque j'ai choisi de faire le même boulot que toi, je savais dans quoi je m'engageais.

Et je veux que tu sois fière de ta fille !

C'est décidé !

« Monroe. On va le faire ! »

« Hein ? Quoi ? »

« Les volontaires, ce sera nous. »

« T'es… sérieuse ? »

Je hoche la tête.

Elle me fait les gros yeux et semble à deux doigts de me hurler dessus.

« Je viens de te dire que tout le monde hésitait à cause de l'éventualité des monstres et de leurs pièges, Harper ! Tu sais que la France est passée dans la presse internationale pour ses contrôles excessifs aux frontières, dernièrement ? Ca a failli provoquer une crise majeure dans les relations commerciales européennes, et ses relations diplomatiques avec l'Allemagne et l'Italie n'ont jamais été aussi tendues, et ça a quand même duré plusieurs mois ! Et tu sais à qui la CIL attribue ça ? A leur reine à eux, Lexa ! Je pense que ça veut dire à quel point ils sont dangereux et ont les moyens, ces gens-là, tu ne crois pas ? »

« Oui, je sais, mais… »

Monroe me tire par la main pour m'éloigner de la foule, et me chuchote à l'oreille.

« Mais t'es malade ? Rends-toi compte, ce sont des fous furieux, Harp' ! Les monstres dont on parle, ils sont même capable de bousiller l'ordre politique mondial ! Tu crois qu'ils n'ont pas pris des mesures contre notre arrivée, déjà ? »

« Réfléchis, Monroe. Tu l'as dit toi-même, non ? Il y a des habitants sur l'île. Donc, des témoins potentiels. Tu crois vraiment qu'ils vont chercher à attirer l'attention plus qu'ils ne l'ont déjà fait ? Et puis s'ils ont fait en sorte de bloquer les frontières pendant autant de temps, ça prouve bien qu'ils n'ont pas imaginé qu'on viendrait en accostant d'abord sur une île, non ? »

« J-… »

Doigt sur les lèvres.

« Avoue que j'ai raison ! »

« C-… »

« Monroe ! »

« …. »

« …. »

« Mais ça reste risqué… »

« Et depuis quand notre boulot ne connait pas de risques ? »

Elle se met à faire la moue.

Allez, encore un peu et elle va craquer…

« Vois les choses du bon côté. Tu l'as vu, toi aussi, à quel point cette île est magnifique ! »

« Mouai… »

« Et puis la France, sérieux, quand même… Dis-moi que tes yeux n'ont pas envie de se poser sur un beau garçon français, sérieux ? Bon, si tu ne me suis pas, j'y vais quand même, tant pis pour toi ! Et je prendrais les mecs les plus sexys avant toi, vu que je serai première ! »

« Rooh, ça va, c'est bon, t'as gagné… »

« Hmm ? Tu as dit ? »

« J'ai dit : on sera volontaire. T'es contente ? »

« Mais non. Pourquoi ? C'est à toi que tu rends service après tout. »

« Parle pour toi ! T'as jamais eu de copain ! »

« La ferme ou je t'étrangle ! »

Les canadiens sont pas beaux de toute façon….

« Cela fera donc deux groupes : vous serez le deuxième » récapitule notre chef, « votre rôle sera de vous rendre directement jusqu'à Sauzon et d'y trouver notre contact envoyé par Monsieur Philippe, tandis que celui du premier groupe sera d'éclairer la voie et s'assurer du passage efficace de nos deux cents chasseurs sur l'île dans les heures qui suivront. Pour notre contact, il est le capitaine du vaisseau la Cabale, vous ne devriez pas avoir de grandes difficultés. Des questions, tous les trois ? »

Je regarde mes deux camarades volontaires à côté de moi.

Non, les consignes sont claires.

« Vous partez maintenant. Agent McIntyre, vous dirigerez l'équipe. Je veux un appel toutes les heures pour rapport. Exécution. »

« Compris, chef. »

Je me retourne vers mes co-équipiers.

« Vous êtes prêts ? Monroe, Diggs ? »

« Yep. »

« Oui, chef. »

Chef… J'adore ce titre…

« Ok, le premier groupe est déjà parti, alors on ne va pas tarder non plus. Juste, dernière consigne : on est là pour retrouver un contact, et non pas pour livrer combat une fois sur l'île. Du moins pas dans l'immédiat. Alors on ne prend pas de risque, les armes restent dans vos sacs à dos. Ce serait bête qu'un Bellilois les remarque. Vous pouvez juste garder vos cartes d'identification de la CIL dans vos poches, puisqu'il y a peu de risque qu'un étranger à la commission comprenne de quoi il s'agit. Bon et maintenant… c'est parti ! »

Je me dirige, avec mon équipe, à la poupe du navire quand j'aperçois Connor.

« Hé ! Connor ! Tu restes à bord ? Je croyais que c'était toi le plus courageux de nous deux ? »

Je le vois me dédier un formidable bras d'honneur.

« Si ça t'amuse de te retrouver face à tous ces fous de monstres, je te souhaite d'y rester ! » me souffle–t-il.

« Tu peux pas le laisser tranquille ? Connor ne t'a rien fait, Harp' ! »

Monroe a déjà fini d'enfiler sa combinaison.

« A moi, non, mais je n'oublierai jamais ce qu'il a fait à mon père… »

Et puis, je ne le reconnaitrai jamais devant elle ou lui mais…

BIEN SUR QUE SI J'AI PEUR !

Ces vampires, tous ces monstres de France… On raconte tellement de choses sur eux… Ils brûlent des monuments d'Histoire de la France, ils kidnappent et torturent des gens, ils… ils ont taillé en pièce le préfet de Paris ! L'un des leurs ! Ils l'ont mis en miettes ! Il faut être complétement malade !

Et cette reine, mon Dieu…

Elle doit être terrifiante…

Je serre mes poings de frustration.

Mais pour l'instant, il y a l'honneur de ma famille qui est en jeu. Et je prouverai à tous qu'une simple maladie héréditaire ne suffira pas à empêcher les McIntyre de servir l'humanité en tant que garants du maintien de notre espèce sur Terre !

« Diggs, passe-moi ma tenue, s'il-te-plait ! »

J'enfile ma combinaison sous-marine, et nous plongeons immédiatement tous les trois dans les eaux françaises.

Le bateau est resté à quelques centaines de mètres des falaises, afin que nous arrivions en toute discrétion. Nous nageons sous l'eau pendant quelques minutes.

Diggs arrive le premier au niveau des falaises, mais nous le rejoignons juste après.

Nous abandonnons nos tenues et les laissons dériver sur l'eau. Elles seraient trop lourdes à transporter jusqu'en haut…

« Diggs, tu grimpes. Accroche cette corde à ta ceinture. Quand tu auras monté les dix premiers mètres, Monroe te rejoindra et accrochera la corde aux rochers. Je vous rejoindrai ensuite et on continuera comme ça jusqu'en haut. Allez ! »

« D'accord. »

Il ne monte pas très vite, mais ses prises sont sûres. Etant donné qu'il n'a rien pour assurer son escalade puisqu'il monte le premier, je ne peux pas lui en vouloir.

Nous finissons par arriver tous les trois en haut de la falaise.

« Ouf… » soupire Monroe, « Super début de journée ! Natation, escalade… il y a quoi d'autre au programme ? »

« De la marche. Jusqu'à ce qu'on atteigne Sauzon, au minimum. » fais-je innocemment.

« Erf… Je regrette déjà… »

« T'inquiète pas, rôoh. Je dois appeler le bateau pour faire mon rapport de toute façon. La première heure est déjà passée. Profites-en pour te reposer deux minutes. Diggs, tu tiens le coup ? »

« Oui, ça va. »

« Ok, je vais appeler le navire. Faites silence quelques temps. »

« Et donc, Diggs, toi tu viens d'où ? »

Nous avons entamé notre marche vers Sauzon il y a quelques instants. Il était temps de briser la glace avec le chasseur que nos chefs nous avaient donné, à Monroe et moi, pour compléter notre groupe d'éclaireurs.

« De Colombie. Je suis né là-bas. »

« Ah… Et c'est comment là-bas ? »

« Différent de chez vous. Il fait plus chaud, et on ne mange pas de caribou. »

« Hmm, c'est pas un pays que j'aimerai visiter. On dit qu'il y a toujours des guerres intestines, des conflits violents, et les narcotrafiquants, surtout… »

« C'est ce qu'on dit, mais ça a tendance à s'améliorer. Le gouvernement actuel a tous ces problèmes en ligne de mire. Le taux d'homicide a réduit de moitié par rapport à il y a quelques années, c'est dire. »

« Mouai… »

« En tout cas, tes capacités physiques sont vraiment impressionnantes. Ce n'était pas rien, la falaise que tu as escaladé tout à l'heure. »

« Je n'ai pas toujours été comme ça. C'était même le contraire au début. Ma mère a toujours voulu que j'aille travailler dans les bureaux de la CIL, plutôt que sur le terrain. Mais ça ne concordait pas à ce que je voulais moi. Je n'ai donc jamais pu travailler les bases de la vie de chasseurs sur le terrain, jusqu'à ce qu'un jour heureusement, un de mes cousins parvienne à m'obtenir un stage en Australie, à Sydney. J'y ai passé trois ans, et j'en suis revenu comme vous me voyez maintenant. »

« Je ne suis jamais allé en formation à Sydney, mais il parait que tous ceux qui s'y rendent en reviennent transformés. J'imagine que c'est vrai. »

« Et bien en tout cas, on se fait pas mal de relations là-bas. Dans mon pays, je connaissais très peu de chasseurs. Maintenant j'en connais beaucoup plus. Et vous, enfin toutes les deux, vous vous connaissez depuis longtemps ? »

« Une longue histoire… Nos parents se connaissaient déjà en fait. » réponds-je simplement.

« La vérité » rajoute Monroe, « c'est que nos pères se sont connus en prison, après s'être fait prendre pour avoir tué une poignée de vampires canadiens devant témoins. Ils ont été condamnés pour meurtre. Les témoins ignoraient qu'en réalité, nos pères affrontaient et avaient tué des monstres. Ceci dit, ils se sont rencontrés ce jour-là, en plein combat, juste par hasard. Ils ont ensuite été enfermés dans la même cellule, et quand des agents de la CIL ont fait jouer leurs relations pour les en libérer, ils sont restés amis. »

« Ah oui, c'est pas anodin, en fait. »

« Hé ! Et tu savais qu'Harper est une McIntyre, Diggs ? »

Oh non, Monroe… S'il-te-plait…

Diggs s'arrête aussitôt.

« Attends, c'est ce que j'ai cru entendre quand on était encore sur le bateau. Alors elle est vraiment une… »

« Ouai ! Ça t'impressionne, hein ? C'est une descendante directe, en plus ! »

Diggs se met à me regarder d'un air ébahi, et légèrement impressionné.

Pff… C'est ce qu'ils pensent tous toujours de nous, avant de connaitre la vérité sur notre famille. Bientôt, lui aussi se rendra compte qu'aujourd'hui, il n'y a plus aucun prestige à porter le nom des McIntyre.

« Mais… je pensais que la famille des McIntyre avait totalement disparu. Je n'aurais jamais cru qu'il existait encore des descendants, et encore moins au Canada… »

« Oui, c'est une longue histoire, une très très longue histoire… »

Ma mâchoire se sert inévitablement. Au sein de la CIL, qui ne sait pas déjà ce que Monroe s'apprête à raconter ?

« Tout commence il y a plus de deux siècles de cela. Jusqu'ici, l'Homme, être créé par Dieu et doué d'intelligence, avait toujours cru vivre seul sur Terre. Mais tout changea lorsqu'en 1812, date fatidique, un individu portant le nom d'Harrison découvrit le premier, et par hasard, en Amérique, ce qui devait plus tard porter le nom de monstre. Harrison, homme extrêmement intelligent, aurait pu simplement partagé sa découverte au reste de l'humanité. Mais il ne tarda pas à comprendre l'inconvénient d'un tel choix : risquer, en pleine période de guerre, d'attiser davantage l'hystérie et la peur de ses contemporains. Il fit alors un autre choix, celui de mener lui-même, avec le soutien de quelques autres, une guerre personnelle mais absolue contre ces êtres sans humanité, qu'il jugea comme la plus grande menace n'ayant jamais existé pour l'Homme. Son meilleur allié ? Dhu Jaha, un ancien esclave qui le rejoignit dans sa mission. Cependant, les opinions politiques des deux hommes divergeant, et devenant inconciliables, une terrible scission eut lieu : Dhu Jaha prit la tête de la bande de tueurs, et Harrison poursuivit sa quête. Seul, et abandonné. »

Je regarde l'heure sur mon portable. Il ne faudrait pas que j'oublie de rappeler le navire pour faire mon rapport sur notre avancée.

« Revenons-en à Jaha. Il était désormais le chef dirigeant la meute de ces quelques assassins. Mais la guerre d'Amérique, elle, avait pris fin. Comment pouvait-il alors continuer l'élimination des monstres en toute discrétion ? Et bien il ne le put pas. C'est pourquoi Dhu Jaha, ce jour-là, prit une décision qui nous pousse, nous chasseurs, encore aujourd'hui, à l'admirer et le considérer comme un éternel héros qu'il convient de conserver dans nos mémoires. En effet, alors que la plupart de ceux qui le suivaient à l'époque abandonnèrent la chasse des monstres par crainte d'être pris en train de commettre de quelconques assassinats et de finir exécuté, Dhu Jaha choisit de poursuivre l'œuvre. Mais il ne le fit pas seul. Dix autres membres restèrent également fidèles à la cause. Et alors que le groupe était sur le point de se dissoudre avec l'abandon de la majorité, eux jurèrent solennellement de donner et consacrer leurs vies ainsi que celles de leur familles, présentes et à venir, à la traque et l'extermination de ces monstres, où qu'ils soient sur Terre, et quels que soient le danger toujours mettre leur mission commune au premier plan et l'accomplir à tout prix, fusse celui de devenir des criminels selon les lois des hommes, ou damnés en enfer pour l'éternité. »

Monroe, tu parles trop…

« Et c'est ainsi que Glenn Caloo, Lewd Ashewty, Faith Griffin, Mola Wichentsir, Su Ane Xong, Salmon Doss, Silo McIntyre, Geth Bolton, Gale Diazz et Rowell McDorsay, surnommés les dix premiers, construisirent l'ancêtre de l'actuelle CIL. Ils comprirent que l'élimination des monstres ne serait jamais efficace s'ils devaient se limiter à opérer en Indiana ou avec seulement une dizaine de membres. Décidant de se structurer, chacun se spécialisant et développant sa propre sous-structure qui, réunie dans un tout, à savoir une seule et même organisation dirigée par leur chef, Dhu Jaha, permettrait l'accroissement rapide du nombre de leurs membres et la force de leur groupe. En exemple, Mola Wichentsir et Su Ane Xong, jeunes immigrés sans avenir à l'époque, décidèrent de s'unir et former ensemble une division dont le but serait de recruter de nouveaux membres et de les envoyer, disperser, à travers tout le globe afin que l'organisation soit présente sur tous les territoires. Faith Griffin, simple vétérinaire, s'engagea dans la voie pionnière de l'étude biologique des monstres. En effet, ces êtres n'étant pas constitués de la même manière que les humains, étaient susceptibles de générer chez les assassins des maladies que ces derniers pourraient contracter au contact de leurs cibles, chose que Griffin voulait à tout prix éviter. Silo McIntyre, fille d'un célèbre armurier britannique, elle-même ingénieure, choisit de développer une section consacrée à la fabrication d'armes et arsenals spécifiques à la chasse et au meurtre des monstres. Tous créèrent leurs propres divisions, s'entourèrent d'adjoints et d'alliés. Jaha était le chef de l'organisation, eux étaient les chefs de leurs propres divisions. Dix divisions au total. Ils furent les premiers à porter le nom de chasseurs, et puisqu'ils commandaient chacun un dixième de la structure de l'organisation, ils furent nommés les dix recteurs, qui devint par la suite les directeurs. »

C'est vraiment magnifique, ce paysage. Dire qu'on ne va pas pouvoir rester ici. Même pas une nuit. Juste le temps de faire passer nos deux cents chasseurs qui attendent sur les bateaux…

« Et même si aujourd'hui certaines divisions n'existent plus, que d'autres ont été créées pour aller jusqu'au nombre de seize au total, même si la commission internationale compte désormais des millions d'agents à travers le monde, nul n'ignore ces dix noms sacrés, ceux des illustres fondateurs de notre CIL, ni celui du grand chef qui demeure aujourd'hui à la tête de l'organisation : les Jaha, et les "dix premiers". »

Monroe a conclu son discours d'éloges.

Diggs me regarde maintenant d'un air pensif. Simplement pensif… C'est toujours mieux que certains qui s'écartent timidement et n'osent plus prononcer un mot en pensant que la différence de statuts entre eux et moi ne leur autorise pas à m'adresser la parole.

Jusqu'à ce qu'ils apprennent la vérité.

Parce qu'il y a une vérité que Monroe a cachée. Parce qu'elle n'a raconté que la partie joyeuse de l'histoire.

La vérité c'est que la famille McIntyre a perdu tout son pouvoir de dirigeant il y a déjà cent vingt-deux ans.

La vérité est que la division d'armement et développement technologique qui était autrefois dirigée par mon ancêtre est aujourd'hui entre les mains du directeur Edmund Sticks.

La vérité est qu'il n'y a pratiquement plus aucun représentant de la famille McIntyre encore en vie aujourd'hui, je suis probablement même, la dernière encore en vie. Ce qui veut dire qu'à moins que je finisse par avoir des enfants, le nom des McIntyre s'éteindra avec moi.

La vérité c'est que contrairement aux familles Doss, Caloo, Ashewty, McDorsay, Diazz et Wichentsir qui se sont éteints dans l'héroïsme, leurs membres ayant tous fini par mourir vaillamment au combat après avoir accompli de grands exploits, la famille McIntyre, elle, ne fait plus dignement parler d'elle au sein de la CIL au point que Diggs il y a quelques minutes encore pensait lui aussi que la famille McIntyre avait disparu et s'était éteinte.

La vérité, c'est que contrairement aux familles encore existantes des Griffin qui dirigent actuellement l'une des plus grandes divisions de la CIL, la division de recherche scientifique, et dont la dernière génération a vu l'un de ses membres atteindre le légendaire grade S à 23 ans seulement, des Bolton qui bien que peu de gens le sachent, dirigent dans l'ombre de la DEA et de Thelonious Jaha la majeure partie des divisions officieuses de la CIL, ou des Ane Xong qui gèrent le QG principal de la commission à Sydney, la directrice Li Na Ane Xong étant par ailleurs l'une des femmes les plus riches du monde et versant chaque année des sommes absolument astronomiques à l'organisation, la famille McIntyre, elle, après la troisième génération suivant la création de la CIL, n'a plus jamais rien accompli de notable ni digne de gloire.

La vérité, c'est que ma grand-mère a révélé lorsqu'elle était encore vivante et jeune, porté une déficience cardiaque dégénérative de pathologie atavique qui s'est transmise ensuite à mon père et l'a tué à l'âge de quarante-huit ans, père qui, dans sa vie de chasseur, est allé pas moins de cinq fois en prison pour s'être fait prendre en train de commettre des actes criminels, fait absolument honteux pour un agent de la CIL qui se doit de toujours agir avec discrétion, et qui ne doit toutes ses libérations qu'aux efforts de négociation de la DEA qui n'assumait pas d'avoir un descendant de la famille McIntyre enfermé en prison.

La vérité c'est que la commission aujourd'hui n'attend rien de moi, parce qu'ils sont tous persuadés que ma famille ne vaut plus rien c'est que lorsque mon père est mort, ça n'a même pas fait de bruit dans la CIL et que personne hormis moi ne l'a pleuré.

La vérité c'est que des chasseurs comme Connor, qui devant des gens comme les célèbres Wells Jaha ou bien Clarke Griffin n'oserait même pas lever les yeux, si ce n'est par esprit de vénération, ne s'empêche pas de me faire des reproches sur mon incompétence ou mon manque de sérieux, ou encore de critiquer mon amour pour mon père qui selon lui ne mériterait pas de respect de la part de sa propre fille.

La vérité c'est que je pourrais mourir ici que personne en dehors de Monroe n'en serait peiné. Que je me bats depuis toute petite pour rétablir l'honneur d'une famille que j'ai de toute façon perdue, et dont je suis maintenant l'unique et ultime représentante.

Et j'ai l'impression que tout cela je le fais en vain.

Monroe est gentille, mais Diggs aussi, quand il comprendra qu'il n'y a rien d'admirable chez moi, et que je ne suis qu'en fait qu'une fille anodine d'une famille pathétique quasi-disparue, n'aura plus aucun respect pour moi.

Moi, assassin et pyromane, fille d'homme considéré comme incompétent, grade optique B+, chef d'un groupe de trois éclaireurs, canadienne de naissance et condamnée à mort par hérédité. Voilà qui je suis.

« Harper, c'est pas l'heure d'appeler le navire, encore ? »

Je réalise aussitôt.

« Merci, Monroe. On s'arrête deux minutes, je passe l'ap-… »

PAN

Une seconde.

Je vois quelque chose apparaitre sur le front de Diggs.

Deux.

Son corps s'écrase au sol.

« Harper ! » hurle Monroe.

Je suis plaquée au sol d'un coup sec.

Mon épaule s'écrase contre un caillou.

Trois secondes.

Je repousse Monroe, qui s'était jetée sur moi pour me plaquer au sol.

Je regarde juste à ma gauche.

Une balle est figée dans la tête de Diggs. Il est mort.

« Il… il est… » cherche à vérifier Monroe.

Comment est-ce possible ?

Il était vivant il y a un instant.

« Harper ! » s'inquiète Monroe.

Je n'ai pas le temps de lui répondre. J'entends des pas venir dans notre direction.

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! Je t'avais dit de le garder en joue, pas de tirer ! »

« Il a bougé, c'était louche. J'ai tiré par prudence, excuse-moi. »

« Tu te fiches de moi ? Les ordres étaient clairs il me semble ! On capture tous les chasseurs qu'on trouve pour interrogatoire, hors de question de les tuer. »

« Oui bon, ça va. Deux sur trois, ça suffit pour obtenir des informations, il me semble. Alors fiche-moi la paix. »

« Que je te fiche la paix ? Passe-moi ce fusil, tu m'entends ? Tu ne le mérites pas. »

Je prends Monroe dans mes bras et la serre.

Ces gens viennent d'abattre Diggs. Ils l'ont tué !

« Tss… La commandante ne va pas aimer ça. Et on est même pas certains que ce soient bien des chasseurs en plus. »

« Attends, tu rigoles ? Ils n'accostent pas, ils laissent leur bateau plus loin sur l'eau. Ils grimpent une falaise à main nue, ils sont équipés comme des aventuriers en vadrouille… Tu ne vas pas me dire que ce sont des gens honnêtes. Ils ont forcément des choses à se reprocher. »

Celui qui ne cesse de réprimander son compagnon se retourne vers un troisième homme.

« Naym, surveille-le. Il commence sérieusement à m'énerver. Et prends ce fusil. »

Le dénommé Naym obéit.

Le leader des trois se masse le visage.

« On a un moyen de vérifier ça. La commandante a dit que les chasseurs portaient toujours une sorte de carte rouge et noir pour les identifier. Je ne sais pas si c'est vrai, mais ça vaut le coup de tenter. Ubil ? »

Celui qui tenait le fusil au début regarde son chef.

« Je vais les fouiller et je t'assure que si je ne trouve aucune carte sur eux, tu seras sévèrement puni. Je ne connais pas bien la commandante de la mort, mais si elle est aussi stricte avec les ordres qu'elle donne que l'est la première commandante, je peux te dire que je ne subirai pas les conséquences de ce meurtre pour toi. »

Ubil se met à pâlir.

Monroe essaie de s'écarter pour fuir l'homme. Mais celui-ci lui écrase la cheville avec son pied. Il me plaque aussi contre le sol.

Quelques instants plus tard, nos deux cartes d'identification se retrouvent entre ses mains.

« Ce sont donc bien des chasseurs… » conclue le chef des trois.

Ubil relâche ses épaules de soulagement. Ses yeux s'illuminent, et lui-même s'exclaffe.

Pendant que Naym soupire, Ubil s'approche de mon visage.

Beaucoup trop près.

Ses dents jaunies sont à cinq centimètres de mon nez, dorénavant.

« Chasseuses, bienvenues en enfer. »

Il serre son poing et les abaisse en direction de nos visages.

Monroe et moi tombons dans les pommes.


A suivre...