Précédemment : La guerre entre monstres et chasseurs a commencé. Les deux camps cherchent pour l'instant à jauger les forces des troupes ennemies. Un éclaireur chasseur a d'ailleurs été capturé par quelques gardes appartenant à la coalition. Pendant ce temps, Clarke, commandante gérant les troupes coalisées, continue de recevoir chefs de clan et généraux afin de transmettre ses ordres…


PDV Jasper

Tout le monde est en ébullition quand j'entre dans la pièce. Des officiers, mais aussi des civils, des journalistes et des personnalités locales, médecins, spécialistes de la communication, et plein d'autres experts en tout genre. Tout ça, tout ce monde réuni dans ce simple bureau de poste d'un petit patelin du coin.

Comme il fallait s'y attendre.

En l'absence de la reine et de la première commandante, c'est désormais Clarke qui concentre les pouvoirs. Elle est assisse sur une petite chaise en bois, derrière une table d'une autre époque. A ses côtés, se tiennent ses deux conseillers. Bellamy, qui se trouve juste derrière, à sa droite. Et Sire Falwaan qui se trouve derrière, à sa gauche. Et devant ces trois-là, un attroupement de monde attendant de passer devant l'actuelle chef des armées pour recevoir ses ordres.

Ceux qui courent dans tous les sens dans le reste de la pièce, eux, sont ceux qui ont déjà reçu les leurs et cherchent maintenant à les exécuter.

Dire qu'il y a quelque temps encore, nous fêtions l'anniversaire de Clarke avec la reine et les autres. Les temps ont bien changé…

« J ? ».

Hmm ? Monty ?

« Monty ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Mon frère me regarde d'un air embarrassé.

« Il y a quinze minutes je me posais la même question. Figure-toi que je viens de passer devant la seconde commandante, et elle m'a donné ses ordres. »

« Clarke t'a donné des ordres ? Mais enfin ! Tu es un étranger, Monty ! Tu es arrivé en France il n'y a même pas longtemps, et tu n'as aucune espèce d'importance au sein de nos armées. T'es scribe des mémoires, je te rappelle. Et jusqu'ici t'as pas été verni dans ta nouvelle profession, au cas où t'aurais oublié. »

« Je suis au courant, merci. Je sais bien que je ne suis pas un des principaux lieutenants de la commandante Anya, comme toi. Je n'ai pas ton talent pour les négociations avec les ennemis, et encore moins cette espèce d'assurance qui te permet de donner des ordres et diriger les autres, qui t'est arrivé depuis que tu as mis les pieds ici, je le sais bien. »

« Alors qu'est-ce que tu fais là ? On cherche à évacuer tous les monstres civils qui n'auront pas de rôle à jouer dans la bataille contre les chasseurs sur le continent, pour les mettre à l'abri. Tu devrais être avec eux en ce moment ! »

« Ca va, Jasper ! Ce n'est pas moi qui ai décidé, ok ? Clarke m'a convoqué et m'a dit que c'est moi qui raconterai pour la postérité ce qui se passera aujourd'hui et les prochains jours. Je serai scribe officiel de l'armée monstre, le seul d'ailleurs. »

Excuse-moi ?!

« T-tu… tu… Mais Pyke te déteste ! Comment il a pu te laisser faire ça ? »

« Il n'a rien fait du tout. Clarke ne lui en a même pas laissé le temps. Elle a dit qu'il n'y aurait que trois personnes spécialement chargés de voir et noter ce qui se passera pendant cette guerre : Paul Donau, le journaliste qui aura pour mission d'inventer une histoire crédible pour expliquer les évènements qui auront lieu ici à la presse française, Sire Falwaan en tant qu'espionne double pour tenir au courant la reine Octavia de ce qui se passe ici, et moi, Monty, comme scribe des mémoires. Pyke a déjà été renvoyé sur le continent comme civil devant être mis à l'abri, comme tu dis. Clarke ne lui a même pas laissé de mot à dire. »

Le chef de tous les scribes renvoyé comme civil à protéger ? Pendant qu'un novice va assister et narrer pour les générations futures les évènements qui auront lieu durant cette guerre ?

C'est quel genre d'humiliation, ça ?

Connaissant Pyke de réputation, il doit nourrir une sacrée rancœur contre Monty à l'heure qu'il est. Et probablement envers Clarke aussi, mais pour elle, aucun souci. Clarke est dorénavant tout en haut du sommet de la hiérarchie vampire, et l'amertume d'un gars comme Pyke n'a déjà même plus les qualifications requises pour la préoccuper réellement. Par contre, pour Monty…

« Monty, t'as pas intérêt à merder sur ce coup-là, où Pyke te le fera payer pour les restant de tes jours. »

« Merci, j'avais besoin d'être encouragé, t'as raison. »

Il incline subitement le regard, d'un air abattu.

Pff… Je ne devrais pas lui parler comme ça…

« Ecoute » fais-je en lui posant la main sur l'épaule, « je suis certain que tu vas très bien t'en sortir. » Clarke n'est pas une idiote. Si elle t'a donné cette mission, c'est qu'elle a confiance en toi. »

« Lieutenant Jasper Jordan ? » fait une petite voix derrière moi.

Je me retourne pour tomber sur une petite fille rousse d'une quinzaine d'années, assez peu sûre d'elle.

« Oui, c'est moi. Qu'y a-t-il ? »

« La… la commandante veut vous voir. »

Je dévisage la gamine quelques secondes.

Il y a toute une foule faisant la queue pour passer devant Clarke mais celle-ci me fait carrément passer devant ? A quelle sorte de problème veut-elle me donner la responsabilité de régler ?

Je jette un rapide coup d'œil à mon frère.

« T'inquiète, Monty. Tout va très bien se passer. »

Je le laisse statique et sceptique, et me rend jusqu'au bureau de Clarke.

« Clarke. » fais-je en la saluant d'un coup de tête.

« Jasper » répond la commandante, « tu vas devoir gérer un problème pour moi. »

Cela fait un moment que je ne travaille plus sous les ordres directs de Clarke, car même s'il est vrai qu'elle a été ma supérieure pendant le temps où elle était membre du groupe de lutte contre les monstres anti-coalition, soit tous ceux qui refusaient de rejoindre la coalition de la reine Lexa et la combattaient activement, aujourd'hui je suis monté en grade jusqu'à devenir le bras gauche d'Anya, tandis que Clarke n'est tout simplement plus du tout membre de ce groupe.

Néanmoins, je me suis quand même fait une place aux yeux de notre seconde commandante en tant qu'expert des comportements collectifs, une capacité cruciale dans nos rapports avec les organisations et groupements ennemis. Anya m'avait envoyé, juste avant sa disparition, un message où elle me demandait de me rendre jusque sur Belle-île, en tant que dernier espoir d'apaiser les tensions entre les deux camps et tenter une dernière fois d'éviter la guerre totale.

« C'est pour ça que je suis là. Quel est le problème ? »

Clarke plonge son regard dans le mien mais ne semble pas pressée de me répondre.

C'est Sire Falwaan qui intervient.

« Un chasseur, envoyé en tant qu'éclaireur par ses chefs, vient d'être abattu par un de nos hommes. »

Han !

Comment pourrais-je décrire ma réaction à ce moment ?

Ce serait comme si vous, en tant que parrain d'une puissante famille mafieuse, faisiez appel au plus grand négociateur que vous puissiez connaitre pour lui demander naïvement d'empêcher qu'une guerre froide existant entre vous et un des plus dangereux cartel qui soient ne vire au cauchemar absolu, et lui annoncer ensuite que vous venez vous-même d'abattre l'un des neveux du chef de ce dit cartel.

« Mais… je croyais que tes ordres étaient de ne tuer aucun chasseur Clarke ! »

« Ils l'étaient » lâche Bellamy, « d'où le problème. »

Je le dévisage une seconde.

Non, le problème, c'est toi, Bellamy…

« Cet Ubil, qui a désobéi aux ordres »' dit Clarke en serrant les poings de rage, « il a commis un meurtre. Il doit être puni. »

Humm, et la nature de la punition envisagée ne fait aucun doute, vu l'humeur de Clarke, actuellement.

« Si je puis me permettre, commandante. Je ne suis pas sûr que la peine de mort soit une punition adaptée, voyez-vous. »

« Peut-on savoir pourquoi ? » objecte Sire Falwaan, « le meurtrier a désobéi à un ordre émanant d'une des plus hautes autorités qui soient au sein de notre onde obscur. Il est naturellement du devoir des êtres inférieurs que de se soumettre aux être supérieurs. Et si nous ne sanctionnons pas cet acte de désobéissance, cela incitera les autres à en faire de même. »

« Ridicule. Cette idée de tuer Ubil est, au contraire, complètement stupide. C'est la dernière des choses à faire, en tu cas si on veut une coalition, ainsi qu'un pouvoir politique pour la reine Lexa, qui demeurent stables. »

« Tu… » fait Sire Falwaan en tentant rageusement de contenir sa colère.

« Explique-toi » coupe Clarke, « pourquoi ne devrais-je pas punir ce crétin par la mort ? »

« Parce que tu ne l'as pas fait avec Bellamy, tout simplement. »

La commandante, comme l'espionne double, se figent net. Bellamy me regarde curieusement.

« Allons, vous n'allez pas me dire que vous n'aviez jamais envisagé cet état de fait, non ? »

Tous les trois sont suspendus à mes lèvres. L'espionne en semi-furie, Clarke à moitié dégoutée et Bellamy déconcerté.

Et ben si, visiblement, ils ne l'avaient pas envisagé.

« Des mois… des mois que vous entretenez cette craint chez tous les citoyens du royaume que les chasseurs envahissent notre pays, les faisant paraitre comme ennemis dont il faut espérer ne jamais croiser la route. Aucun groupement de monstre ennemi, aussi dangereux soient-ils, n'a eu droit à un tel traitement cette dernière centaine d'année. Grâce à vous, à leurs yeux, ils sont l'ennemi commun, le mal absolu incarné, celui avec qui il n'est même pas nécessaire d'essayer de parler. Sauf que c'est mon boulot d'essayer de parler, d'essayer de trouver des solutions ou à la rigueur des compromis. Nos ennemis, ils sont humains, ils ont des familles, une envie irrépressible de vivre, peur de nous, comme nous avons peur d'eux. Mais ça, vous avez oublié de le transmettre à vos gens, malheureusement. »

« Et vous nous dites tout ça pour qu'on finisse par les prendre en pitié, ces humains ? » dit Sire Falwaan.

« Absolument pas. C'est mon travail que de m'immiscer dans le cerveau des ennemis que nous combattons, pas le vôtre. En les comprenant bien, je peux trouver des accords avec eux. Je pourrais même parvenir à les convaincre, les faire changer d'avis, voire les faire rejoindre nos opinions ou idéaux. »

Je remarque que notre commandante sursaute, comme si elle était embarrassée.

« Si vous le permettez, je vais maintenant m'immiscer dans l'esprit de ce meurtrier que vous appelez Ubil. »

« … »

« Oui, cela fait donc des mois qu'on lui dit que les chasseurs sont dangereux, une menace. Et ils le sont certainement, d'accord. Mais faut-il pour autant prendre l'initiative d'éliminer la menace ? Bien sûr que non, seule son altesse Lexa, tout le monde le sait, a le droit d'ordonner la mise à mort d'un ennemi. Et là, bam ! Une vampire venue de nulle part débarque en France et sème le trouble partout où elle se rend. Elle défie la police, assassine des chasseurs, et au lieu d'en pâtir, voilà qu'elle devient garde du corps de la reine, puis carrément numéro trois du royaume, reconnue comme héroïne et adulée du peuple tout entier. Et ensuite, vient le tour d'un autre anonyme, Bellamy, qui tue à nouveau un autre chasseur sans en avoir reçu instruction. Et encore une fois, est-ce qu'il est puni ? Bien sûr que non, la reine Lexa intervient une nouvelle fois en faveur du meurtrier et va même punir le célèbre Gustus à la place, pourtant très aimé de la noblesse vampire. Je ne suis pas Ubil, mais je peux facilement deviner sa manière de penser : "il y a partout des chasseurs humains qui menacent notre peuple, et la reine semble couvrir de mérite ceux qui les combattent et les tuent. Alors pourquoi pas moi ?" A partir de là, les ordres contraires provenant de la seconde commandante… Pfiuut ! »

Clarke et ses deux conseillers me regardent, vide de réaction.

« Et puis ce n'est pas tout » rajouté-je, « nous n'avons encore déployé aucun vampire sur les postes d'avant-garde. Cet Ubil doit certainement être un des nos thérianthrope, un homme-singe membre de la coalition. Il serait malvenu de sanctionner de mort une personne simplement alliée et non sujet de notre royaume vampire. Si nous nous mettions à tuer des personnes qui ne sont pas de notre peuple, cela pourrait affaiblir le pouvoir de Lexa, et la nécessité pour les autres clans alliés de la considérer comme chef de la coalition. »

Je vois Clarke se renfrogner. Sire Falwaan l'observe, attendant la décision de la commandante.

Clarke doit rester plonger une bonne trentaine de secondes dans ses réflexions avant de couvrir les yeux.

« Ca va » souffle t-elle en même temps de se racler la gorge, « très bien, je ne le tuerai pas. Mais je n'ai aucune envie d'avoir affaire à lui. Et je ne veux pas non plus entendre parler de de meurtre de chasseurs renouvelé après celui-ci. Alors fais en sorte de régler ça, Jasper. »

« Bien entendu. » souris-je, soulagé d'avoir emp^eché Clarke de faire une erreur monumentale, et tandis que Falwaan m'étudie d'un air attentif.

« Maintenant, si vous voulez bien m'excuser. » terminé-je en les saluant tous les trois.

« Lucie, va chercher mademoiselle Mykulak, l'adjointe du docteur Madera, que la commandante parle avec elle de la manière dont nous traiterons les blessés de guerre pendant les prochains jours. » ordonne Sire Falwaan à la fille rousse de quinze ans qui était venue me chercher tout à l'heure, et faisant fi encore une fois des quelques dizaines de personnes importantes de la coalition qui font la queue pour pouvoir passer devant Clarke.

Et bien, avec une espionne d'un tel tempérament, je n'ose même pas imaginer le caractère de la reine Octavia…

Enfin bon.

Je me retourne et quitte le vieux bureau de Clarke, après que celle-ci m'aie donné quelques dernières informations.

Je suis sûr le point de quitter le bureau de poste quand je suis rattrapé par quelqu'un.

« Jasper. »

Monty ?

« Est-ce que je peux venir avec toi, maintenant ? »

Tu veux venir avec moi ? Pourquoi me poser la question de si tu peux venir ou non ? Tu as un laisser-passer émis de la main même de la commandante de nos armés, et il est sans restriction. Tu peux aller absolument partout maintenant, et même moi ne pourrait pas t'en empêcher, quand bien même je le voudrais !

« Oui, j'allais justement rencontrer un de nos soldats qui a désobéi à un ordre de Clarke. Tu n'as qu'à venir, si ça t'intéresse. »

« Ok. » dit Monty, ravi de pouvoir rester avec moi.

Quelques dizaines de minutes plus tard, nous arrivons devant la tour dont Clarke m'avait parlé plutôt dans ces dernières infos. Un homme se tient devant la porte d'entrée.

« On ne passe pas. » dit-il.

Et oui… Malheureusement pour moi, peu de gens connaissent mon visage, même au sein de la coalition.

« Ça va, je suis membre de la coalition. Je suis venu voir un certain Ubil et on m'a dit que je pourrai le trouver ici. »

« Il est occupé. On ne peut pas le déranger. »

Nan mais sérieux ?!

« Occupé ? Je suis là sur instruction expresse de la commandante. »

Il me dévisage une seconde, semblant croire à ce que je dis, mais finit par secouer la tête, en signe de déni.

« Oui, et moi je monte la harde parce que Jésus me l'a demandé. »

Mais je vais le…

Ah !

« Monty, montre ta carte. » dis-je à Monty derrière moi.

Il s'empresse de sortir son laisser-passer, je le lui prends et le brandis jusque sous le nez du gardien de porte.

« Et là, c'est bon, c'est suffisant ? » demandé-je, légèrement agacé.

Le gardien soulève de gros yeux de surprise à la vue du laisser-passer et se dépêche d'ouvrir la porte.

« Je vous en prie, Sire. » dit-il sur le ton de l'excuse.

Je crois que lorsque je passe devant lui, mes yeux doivent bien exprimer tout le mépris que j'ai pour les gens comme lui.

« Tu vois, Monty » lâché-je, « il y a des crétins partout, et pas seulement au Canada. »

Et v'là l'autre qui fait semblant de pas entendre.

Nous montons l'escalier et atteignons l'étage, pour tomber nez à nez avec une porte close.

Je l'ouvre.

Qu'est-ce que ?..

Trois têtes se tournent subitement vers Monty et moi, qui nous tenons à l'entrée de la pièce.

Celle d'un homme sage, au visage neutre, ayant aux alentours de la trentaine. Il est debout, accolé contre un mur, les bras croisés.

Celle d'un second homme, un peu plus grand, et plus vieux, au visage vif et excité. Il est assis sur une chaise, bras ballant.

Celle d'une jeune fille au visage inquiet, à mi-chemin entre la terreur et la répugnance. Elle est, elle aussi, assise sur une chaise, mais y est fermement attachée les poings, coudes, genoux, chevilles et même le cou solidement liés au bois de son siège.

Le deuxième homme, celui qui était assis, s'approche de nous.

« Qu'est-ce que vous faites-là ? Pourquoi le garde vous at-il laissé passer ? »

« On a un laisser-passer de la commandante. » répond Monty en montrant sa carte.

L'homme nous dévisage tout à tour.

« On est en train d'interroger un chasseur. Y a rien de spécial à voir. » finit-il par dire.

« Au contraire. La commandante ignore que vous gardez une chasseuse prisonnière. Et étant donné qu'un de vos gars, Ubil, en a déjà abattu un, je crois qu'elle serait intéressée à l'idée qu'on en sache plus sur ce qui se passe ici, vous ne croyez pas ? » rétorqué-je.

L'homme se fait à faire la moue, presque à bouder comme le ferait un enfant.

« Je sais que je n'aurai pas dû tuer ce chasseur, parce que nos chefs préfèrent que nus les capturions pour pouvoir les interroger, même si je ne comprends pas cet ordre. Ils veulent nous exterminer, je pense que nous devrions en faire autant. »

« …. »

Humm, c'est donc lui le fameux Ubil ?

Visiblement, mentionner deux fois de suite le titre de Clarke a l'air de bien l'embêter. L'autorité d'une commandante semble réellement l'impressionner. Ce n'est donc pas un simple rebelle stupide, comme Clarke et les autres le pensaient.

J'avais raison.

Ubil s'approche jusqu'à murmurer lourdement.

« Ils étaient une équipe de tris éclaireurs. En dehors de celui qui est mort, une autre a réussi à s'échapper pendant qu'on la transportait jusqu'ici en faisant croire qu'elle était toujours inconsciente, puisque je les avais assommées. Seule la troisième chasseuse est encore notre prisonnière. Nous voulions qu'elle nous donne quelques informations... ».

« Elle ne le fera pas. N'importe qui de sensé refuserait de le faire. »

« Mais il suffit de la torturer un peu, et… ».

« La commandante a interdit tout mal envers les chasseurs que nous pourrions éventuellement capturer ! C'est un ordre ! Tu veux désobéir à celui-là aussi ?.. »

« Euh, non… bien sûr que non… »

« Sache que tu seras sanctionné pour le meurtre que tu as commis, tu m'entends ? Mais pour l'instant, sors d'ici. Je veux être seul avec la prisonnière. »

Ubil me regarde d'un air dépité, mais finit par faire un signe de tête à l'homme toujours debout derrière lui. »

« Naym. »

Le dénommé Naym le suit et les deux quittent la pièce.

Il n'y a maintenant plus que la chasseuse, Monty et moi.

« … »

Dire que cette fille, cette prisonnière, est protégée par la commandante de la mort en personne. Clarke a bien changé. Lorsque je l'ai connu, elle était du genre à pouvoir frapper à mort tout être vivant dont elle aurait eu la moindre petite chose à reprocher. Et aujourd'hui, la voilà qui couvre de son titre tous les humains ennemis de notre peuple. Son altesse Lexa en a vraiment fait une autre personne.

Je n'aurais jamais cru ça possible.

Voir la légendaire commandante de la mort aussi tendre avec les chasseurs humains, c'en est presque curieux…

« Qu'est-ce qu'on va faire d'elle ? » me demande Monty, interrompant par la même occasion le fil de mes pensées.

Je regarde dans les yeux de mon frère.

Je me pose la même question, qu'est-ce que tu crois !

Pff..

Bon, pour commencer…

« Ecoute » fais-je en m'adressant à l'attention de l'humaine, « on n'a jamais eu l'intention de t'infliger ça, d'accord ? Et… on est sincèrement désolé pour les liens tout autour de ton corps. J'aimerais bien te les enlever, mais… tu me promets de ne pas me sauter à la gorge, si je te libère ? »

Le visage de la fille, jusqu'ici impassible, envient tout à coup plein de surprises.

« Je suppose que ça va veut dire oui ? »

Monty m'aide à la détacher.

Et à ma grande surprise, elle n'a pas essayé de nous étrangler, une fois que nous l'avons libéré.

« Euh, je m'appelle Jasper, et voici mon frère, Monty. Et toi, comment est-ce que tu t'appelles ? »

« … »

Pas de réponse.

« Tu as peut-être faim ? Est-ce que tu veux qu'on aille te chercher à manger ? » propose Monty.

L'agent de la CIL a l'air de plus en plus ahurie.

« Mon nom, Jasper, ne te dis peut-être rien, mais dans notre coalition, tout le monde sait que je ne suis pas un assassin. J'ai plutôt l'habitude de discuter, tout simplement. Alors je te promets, tu n'as plus rien à craindre, maintenant. »

Elle continue de se méfier de nous. Ce qui est normal.

« Où est mon amie ? »

Monty et moi nous regardons.

Son amie ?

« Tu dois parler de celle qui était partie avec vous en éclairage. Elle va bien, elle a réussi à nous échapper, ne t'inquiète pas. »

Oui, mais moi je m'inquiète, ça donne une mauvaise image de notre sécurité, ça.

L'humaine hésite à nous croire. Si elle le faisait, elle serait bien plus soulagée.

« Et maintenant, qu'est-ce que vous allez faire de moi ? Me tuer, comme Diggs ? »

Monty secoue la tête en signe de refus radical.

« Certainement pas. J et moi, on ne ferait jamais ça. Et de toute façon, la commandante nous l'a interdit »

« La commandante ? » s'enquit la fille.

Oui. Clarke.

« La reine veut m'épargner ? Je ne lui dirai rien, alors qu'elle ne se donne pas cette peine. »

« Non, pas son altesse. C'est la commandante qui dirige actuellement notre armée, mais la reine a toute confiance en elle et lui a conféré un pouvoir quasi égal au sien, donc oui, c'est peut-être un peu la même chose, d'une certaine manière. »

Monty, tu en dis beaucoup trop, là !

« Ce… n'est pas votre reine qui vous dirige ? s'étonne l'agent avant de sursauter :

« Attends ! Si la commandante ne me tue pas, qu'est-ce qu'elle me veut alors ? Pourquoi voudrait-elle m'épargner ? ».

Monty et moi nous regardons une nouvelle fois.

Ca, personne ne le sait.

« Ecoute, je ne sais pas ce qu'elle a prévu pour toi ni pour tous les autres chasseurs qu'on pourrait capturer, mais mon frère et moi et moi, on ne te fera jamais de mal, je te le promets. »

La fille chasseuse observe intensément Monty. C'est vrai qu'il ne doit pas être facile pour un agent de la CIL de croire qu'un monstre ne lui fera jamais de mal.

« Ha ha » rigolé-je, « Monty n'a quitté le Canada pour la France il n'y a que très récemment, et là-bas, vos agents ne traquent pas les vampires. Beaucoup moins que vous ne le faites en Europe. Monty et sa mère n'ont jamais eu affaire à votre organisation dans notre pays natal, et en plus de ça, Monty n'est qu'une petite tête d'idéaliste qui a toujours réprouvé la violence. C'est peut-être un peu exagéré de dire que tu as toujours réprouvé la violence. C'est peut-être un peu exagéré de dire que tu as de la chance, humaine, mais qu'il y a un vampire que tu peux croire quand il te dit qu'il ne te fera jamais de mal, c'est lui, je te l'assure. »

« Tu… viens du Canada ? » dit la fille en commençant à faire de gros yeux.

« Euh… oui, et Jasper aussi, pourquoi ? »

Passé l'instant de surprise, elle se renfrogne subitement.

« Hmm, non, rien… rien du tout. »

« … »

Si elle pose cette question, c'est qu'elle y a un intérêt. Et vu son accent, elle doit venir du Canada, elle aussi. J'ai entendu dire que certains chasseurs étaient polyglottes et s'étaient formé à pouvoir cacher leur accent. Ca ne doit pas être son cas, visiblement.

GARGBLRGBLBL

« … »

« … »

« Euh… dites, euh… vous accepteriez vraiment de me donner à manger ? » demande l'humaine au bord de la honte suprême.

« Ha ha, bien sûr. Mais on n'a pas de frigo ici, alors le sang qu'on a à proposer ne sera pas très frais. »

« Jasper, la ferme ! » C'est pas drôle du tout ! » s'offusque Monty.

« Hmm, oui » reconnais-je, remarquant la tête de la fille de la CIL, « désolé, je voulais juste détendre définitivement l'atmosphère. »

« Désolé » reprend Monty à l'adresse de la fille, « il n'a jamais été doué avec l'humour. Je crois qu'il a été maudit par une fée quand il était petit. »

Celle-ci rigole brièvement.

« Sauf que les fées n'existent pas. » remarque-t-elle.

« L'humour de J non plus. » lui sourit-il.

Elle se met à se retenir de rire, embêtée à l'idée de se moquer de celui qu'elle croit pouvoir la religoter ou même la tuer quand il veut.

« Tiens » fait Monty, à l'adresse de la chasseuse, « donne-moi ta main. »

Et il l'aide à se lever.

« Tous les généraux qui assistent la commandante dans cette guerre font livrer leur nourriture dans le même endroit pour y manger » indique Monty, « on ne peut pas t'y emmener au risque d'attirer l'attention sur toi, mais avec mon laisser-passer, je devrais pouvoir y aller et piquer quelques trucs pour toi, pour que tu puisses manger. »

« Merci… » lâche l'humaine en baissant la tête.

« C'est normal. » assure mon frère.

Nous quittons tous les trois la pièce, et tombons face à Ubil et Naym qui attendaient de l'autre côté.

« Elle… » fait Ubil en voyant l'agent de la CILCFO libérée de ses liens et à nos côtés.

« Ordre de la commandante. » ment Monty, « la prisonnière doit être traitée correctement. Hors de question de la laisser attachée à une chaise, à partir de maintenant. »

Les deux hommes-singe en sont stupéfiés.

« C'est notre seule source d'information. » proteste Ubil.

« Peu importe. » souligné-je.

Ubil et Naym en restent coi.

Je regarde tour à tour Monty et la fille humaine.

« Allons manger, maintenant. »

Monty acquiesce.

La fille semble plus sceptique.

Lorsque nous avons quitté la tour, elle demande.

« C'est vrai que mon amie Monroe a vraiment réussi à s'enfuir ? »

« C'est ce qu'a avoué un homme qui déteste les chasseurs, donc oui, c'est très probablement la vérité. »

Elle reste pensive mais finit par soupirer de soulagement.

« Dans ce cas, je m'appelle Harper. Je vous remercie, Monty et Jasper. »

Maintenant, c'est moi qui en perd les mots tant je ne m'attendais pas à ce qu'elle nous dise son nom.

« Moi aussi, je viens du Canda. » poursuit-elle.

Je crois qu'elle s'inquiète de ne pas avoir de réponse parce qu'elle finit par s'empresser de préciser :

« Mais je n'ai jamais tué de vampires, hein ! »


A suivre…