Précédemment : La guerre se poursuit, à Belle-île-en-mer. Des deux côtés, des interrogations naissent dans le cœur des troupes. Pourquoi est-ce que nos éclaireurs ne communiquent plus leurs rapports, se demandent les chasseurs. Pourquoi garder les prisonniers au lieu de les tuer, se demandent quant à eux les monstres de la coalition, voyant que leurs prisonniers refusent de délivrer toute information qui pourrait leur être utile. Les questionnements et les doutes se propagent…


PDV Harper, 39 heures après l'accostage des navires de la CIL aux abords des falaises de l'île.

C'est réel ?

« … »

Il y a même des humains qui bossent pour eux, vraiment ?

Pourquoi est-ce que des humains feraient ça ?

« Un verre de sang, Paul ? » demande un vieux vampire à un homme à côté de lui.

« Non merci, sans façon. » répond l'intéressé, que je devine humain.

« Rooh, allez. On l'a volé à personne, ça vient d'un de tes congénères qui a accepté de donner son sang à l'hôpital de la salpêtrière tout gentiment. On n'est pas des sauvages, tu le sais bien. Il est frais, en plus ! »

« Je te remercie, mais ça ira. Passe-moi le cognac, plutôt. »

« Tiens. Hé, l'humaine, tu en veux ? » me demande tout à coup le vampire, après avoir tendu la bouteille d'alcool à son camarade, avec maintenant une bouteille couleur sang à la main dirigée vers moi.

Beurk !

« Euh, non, non… »

« Ha ha. Je plaisante, je sais bien que vous n'aimez pas ça, vous autres humains. Parait que ça vous donne l'impression d'avoir de la ferraille dans la bouche. » dit-il en refermant la bouteille.

« Plus ils sont vieux, plus ils sont stupides. » intervient l'humain qui avait refusé le sang en bouteille, « tu aurais dû choisir la torture à sa compagnie, tu t'en serais mieux sortie. » me chuchote l'humain.

« Ah non ! Jamais de mal à une dame. » rétorque le vieux vampire, qui semble ivre à sa manière.

« Paul Donau, journaliste. » me sourit l'humain, en même temps qu'il me tend une main.

« Euh, Harper… Harper McIntyre. »

Hein ?

Meuh… Il m'a pris la main et l'a serré, alors que je ne la lui avais même pas tendu.

« Oh, je vais avoir une mauvaise image des canadiens si tu n'es pas polie avec moi. » fait-il en continuant de me sourire.

« Foutaises. » remarque le vampire, « tous les canadiens que tu connais ont toujours été très polis avec toi. A commencer par le lieutenant de la première commandante, Jappy-machin-truc, là, je sais plus comment il s'appelle. »

« Jasper, tu veux dire le lieutenant Jordan Jasper. » corrige monsieur Donau avant de se tourner vers moi, « lui, le vampire à moitié saoul, c'est mon ami Henri Lecomte, mais tu n'auras pas à le supporter longtemps, je te le promets. J'irai demander à la commandante qu'il se fasse muter loin, très loin… » rajoute-t-il encore, en parlant volontairement de plus en plus fort.

« Hé ! Mais tu sais que je t'entends depuis tout à l'heure, là ?! » se plaint le dénommé Lecomte.

« Heu… Monsieur Donau, la garde m'envoie vous dire qu'ils ont capturé quatre nouveaux chasseurs envoyés en éclaireurs. Ils vont être envoyés jusqu'au lieutenant Jasper Jordan, qui va devoir réfléchir à quoi faire d'eux. »

Une petite rousse, une adolescente d'environ treize-quatorze ans, vient d'apparaitre devant nous.

Elle a l'air encore plus timide que moi.

« T'avais raison, c'est donc comme ça qu'il s'appelle… » végète de nouveau le vampire.

« Cela fait un total de vingt-six chasseurs capturés, à présent. » observe monsieur Donau.

« N'empêche, lieutenant Pasteur, c'est pas commun comme nom. » renifle le vampire.

« Bon sang, mais combien de litres d'alcool tu as rajouté dans ton sang, toi ?! » s'énerve l'humain.

« Pas assez. » soupire Henri Lecomte avant de s'affaler sur sa chaise et commencer à s'endormir.

Monsieur Donau le fusille du regard, mais finit par abandonner et se retourne vers l'adolescente, tout sourire.

« Je te remercie, Lucie. Pour les quatre nouveaux prisonniers, je pense que le lieutenant ne les prendra pas tout de suite, il a déjà fort à faire. Tu peux suggérer à la garde de les mettre dans la pièce où attendent déjà les douze derniers prisonniers qui ont été capturés et n'ont pas encore été interrogés, à mon avis. On verra s'ils sont prêts à collaborer, contrairement aux neuf premiers qui n'ont toujours pas lâché un mot. Mais rappelle à la garde de veiller à ce qu'ils soient toujours bien traités, surtout. »

« Très bien, monsieur Donau, je leur dirai. » répond la fille, Lucie, avant d'incliner la tête et de partir.

« … »

Ils traitent vraiment bien leurs prisonniers, je trouve. Nous, à la CIL, on les aurait torturé depuis longtemps. Et s'ils auraient toujours refusé de parler, on les aurait simplement tués.

« Ne t'inquiète pas, nous n'avons pas l'intention de faire du mal à tes amis les autres chasseurs, Harper. » m'indique l'humain Donau, « et s'ils ne se montrent pas trop violents, peut-être nous rejoindrons-t–il très bientôt pour l'apéro, pourquoi pas ? »

C'est vrai, ça… Ca doit faire environ plus d'une journée que j'ai été capturé par Ubile et Naym, et malgré tout, je suis en ce moment aux côtés de plusieurs membres de leur armée, assise à leur table, et les laissant me proposer à boire comme si de rien n'était.

Gloups !

Même si c'est du sang qu'ils veulent surtout me proposer…

Quelqu'un s'assied subitement à côté de moi.

« Tu aimes le thé glacé ? »

Monty !

Mon cœur fait un bond quand je le vois s'asseoir et me tendre le verre de thé.

Il n'a pas arrêté d'être gentil avec moi, depuis que son frère et lui m'ont libéré…

« Monsieur le grand scribe. » sourit Paul Donau, « Ce que vous en avez mis du temps, dites donc ? »

« Les généraux de la coalition ont vidé toutes les réserves de boisson pendant leur déjeuner tout à l'heure. Il ne restait que du sang humain ainsi que quelques types d'alcool qui ne les intéressait pas. » explique Monty.

« Oui, mais ça en a intéressé d'autres, en tout cas. » remarque son interlocuteur en dirigeant son regard vers son ami vampire endormi.

« J'ai quand même fini par trouver quelques fonds de bouteille, comme ce thé glacé » remarque Monty, « désolé, Harper. J'ai rien pu trouver d'autres. »

« Merci Monty. » lâché-je dans un sourire gêné.

La vérité, c'est que je n'ai pas spécialement soif. Je suis bien trop perturbée pour pouvoir ressentir les besoins de mon corps, de toute façon. Mais c'est vraiment… bizarre, de se retrouver face à quelqu'un qui se préocuppe tant de moi, alors que j'étais venue spécialement pour le tuer, lui et plein d'autres.

Je ne sais pas quoi en penser…

Est-ce que je devrais me sentir coupable ?

En plus, je suis super bien traitée alors que les autres sont soient prisonniers, soient encore bloqués sur des bateaux aux abords des côtes, à attendre que je leur fasse un rapport que je suis tout à fait incapable de leur livrer.

Et ils sont presque beaucoup trop gentils avec moi !.. C'est horrible, j'ai ce sentiment… comme si j'étais en train de culpabiliser.

Limite ce serait moi la méchante de l'histoire !

« … »

Non, non, jeune fille McIntyre ! Arrête tes idioties, c'est un piège. Ouai, c'est rien qu'un sinistre piège de l'ennemi, pour te faire croire que ces monstres sont cools, et que toi t'es juste une quiche trop nulle pour s'être faite capturer par eux mais qu'ils te tueront pas quand même.

Manquerait plus que tu leur promettes de plus faire de mal à leurs amis de toute la planète et qu'ils te relâchent après avoir cuvé toute une brasserie de vin avec toi…

Ce serait être trop gourde de croire à un tel scénario, quand même.

Ils ont tué Diggs après tout !

« … »

Seulement il y a ce Monty, il a l'air vraiment à part.

C'est trop bizarre ! Il a pas hérité du gêne "je suis un monstre et je hais l'humanité", ou quoi ? Je sais pas, il a dû y avoir un défaut de fabrication à la naissance, parce que je peux pas croire qu'un vampire puisse être aussi gentil naturellement, c'est pas possible.

J'aurai trop peur si c'était le cas. Il est pas moche après tout...

D'ailleurs, je suis sûre d'avoir rougi un peu quand il est venu m'apporter ce verre tout à l'heure.

Beuhh

Zoe, je t'en supplie ! Viens me délivrer avant que je commette une grosse bêtise.

« … »

« Je suis aussi aller parler de ce problème à la commandante. » ajoute Monty.

« Oh, la commandante ? » demande monsieur Donau tout à coup bien plus intéressé.

« Oui. Je voulais d'abord discuter avec elle de la façon dont elle envisageait le traitement futur des prisonniers, mais ça a finit par dévier sur la consommation des boissons. En deux jours, les généraux de la coalition ont consommé 80% des diverses boissons qu'on avait fait amener, laissant à peine les miettes aux soldats. »

« Oui, c'est vrai que j'ai remarqué que les différents chefs de clan faisaient un peu trop la fête, ces temps-ci. »

« Je ne suis que scribe alors je ne devrai pas dire ça, mais… je comprends leur envie de boire. Le temps se fait long. Les chasseurs ont déjà accosté depuis mais aucune attaque sur eux n'a encore été annoncée. Du coup ils veulent passer le temps dans l'alcool mais, hum… »

Paul Donau l'observe hésiter à continuer, puis se met à rire.

« Quoi ? Tu as peur de dire ce que tu penses ? Ha ha, tu n'es que scribe, mais moi je suis journaliste, et humain. Ce n'est pas mieux. Non, ma position ne vaut définitivement pas mieux que la tienne. De plus, je sais très bien que tu es ami personnel avec la commandante, alors je ne suis pas prêt d'aller répéter tes paroles à quelqu'un qui voudrait aller s'en servir contre toi, rassure-toi. »

Monty est ami avec la grande chef de leur armée ?

« Ils sont tous en train de boire alors que leurs soldats sont ceux qui restent poster en garde sur toute l'île. Et je suis sûr que si la bataille devait éclater maintenant, les généraux n'iraient pas du tout combattre. Alors qu'ils restent ici, seuls à boire, je trouve ça injuste. » reconnais Monty.

« Si c'est pour finir dans des états pitoyables, je suis d'accord. » soutient Paul Donau en regardant son ami vampire endormi, « ils seraient tout à fait inopérationnels dans le cas où la bataille serait engagée. »

« La commandante était également de cet avis. Elle m'a dit qu'elle allait interdire toute consommation de boisson pour toute la durée de la guerre, aux soldats comme aux généraux. On ne pourra boire plus que de l'eau, ou du sang pour les vampires, mais en quantité limitée. »

« Une sage décision. Qui va frustrer quelques chefs de clan mais qu'importe. On peut louer les étoiles d'avoir une leader qui sache s'attarder sur ce genre de détails a priori insignifiants. Toutefois… »

« … »

C'est maintenant le journaliste qui hésite à parler.

« Je ne comprends pas sa façon de penser parfois. Cela fait des jours que nous sommes prêts pour la bataille, nos hommes sont postés partout, nous savons très bien où se situent les troupes des chasseurs. Même si nous manquons de quelques informations, il est vrai, nous pourrions les attaquer et les détruire sans problème. Mais à la place, la commandante préfère laisser notre armée en sommeil, et en plus, elle continue de privilégier la capture de chasseurs, ce par dizaine, sans avoir vraiment l'intention de vouloir obtenir les informations qui nous manquent de leur part puisqu'elle n'a encore envoyé personne aider le lieutenant Jasper à interroger les prisonniers. »

Pendant qu'ils continuent de discuter tous les deux, je remarque qu'un certain nombre de personnes se mettent à parler à voix basse un peu plus loin. Un petit groupe se précipite vers eux. Puis d'autres encore les rejoignent, formant un groupe de discussion de plus en plus grand.

« Vous êtes au courant de cette histoire ? »

« « Ouai, mais ça a été confirmé ou pas ? »

« Ce serait trop choquant si c'était vrai, non ? »

« Hein, pourquoi tu dis ça ? »

« Il parait que c'est la taupe qui l'a découvert. Ce serait bien la première fois que cette mocheté servirait à quelque chose. »

« La taupe ? Rien à faire ! C'est le plan de la commandante au final, c'est elle la génie dans cette histoire. »

« Calmez-vous, les gars. On est sûr de rien encore, pour l'instant. »

Tout à coup, un autre monstre court et hurle :

« C'est officiel, les gars ! L'ami de la commandante, Bellamy, l'a confirmé devant les chefs de clan ! »

« Ca y est, c'est pour de vrai ?! » s'excite les autres.

« Oui ! » crie le nouveau venu en haussant la tête.

C'est à ce moment que Monty et monsieur Donau coupent leur discussion pour voir ce qui se passe là-bas.

Tout le groupe commence à hurler dans la pièce dans une effusion de joie. Ils lèvent la main au ciel et crie « Vive la commandante ! »

Donau se lève et se dirige vers l'un d'eux. Il lui demande ce qui leur arrive.

« Vous n'allez pas le croire » lui répond l'interpellé, « on a réussi à intercepter une communication venant de la CIL. Il parait qu'une personne très haut placée de l'organisation des chasseurs, une certaine Célia Djövkick, a discuté récemment avec le chef des chasseurs qui se trouvent sur les bateaux, à côté des falaises. Elle a annoncé qu'elle connaissait l'identité du contact des chasseurs qui se trouve sur le port de Sauzon, parce qu'apparemment lui ne le connaissait pas encore. Elle lui a dit de continuer d'envoyer encore quelques chasseurs en éclaireur pour nous occuper et nous faire croire qu'ils ne parvenaient toujours pas à poser le pied sur l'île, et en même temps d'envoyer une autre équipe discrètement contourner l'île en nageant sous l'eau jusqu'à arriver au port, pour retrouver leur contact là-bas. »

Un autre monstre rejoint la conversation et se met à parler à son tour.

« Cette Célia a été assez cruche pour donner l'identité de leur contact de Sauzon dans sa discussion avec le chef des chasseurs des bateaux. Et on l'a entendu ! Maintenant qu'on sait qui sait, on a juste à le retrouver au port de Sauzon et le tour est joué. »

Hein ? Mais…

« La commandante a ordonné à une équipe de se rendre directement à Sauzon pour trouver le contact. Une fois que ce sera fait, ils attendront que les chasseurs qui auront nagé sous l'eau se montrent à leur contact et on les capturera tous d'un coup. »

« C'est génial ! » reprend son ami, « sans leur contact, les chasseurs n'auront plus aucune chance d'aller sur le continent, ils seront complètement bloqués ici. Et nous, nous ne les laisseront jamais mettre un pied sur cette île ni nulle part ailleurs. Vous vous rendez compte, juste en capturant ce contact, on peut complètement ruiner leur plan et leur chance d'envahir la France. On aura des dizaines d'otages en plus, ils seront forcés d'abandonner la guerre. »

Tous les autres se mettent alors à commencer à danser.

« La guerre est finie ! La guerre est finie ! »

Comment est-ce possible ?

Que ? Mais…

La première secrétaire n'aurait jamais pu faire une erreur pareille.

Elle a dit le nom de notre contact à notre chef sans même se rendre compte que leur communication n'était pas protégée ?

« La guerre la plus rapide et la plus pacifique de l'histoire ! Aucun mort ! Vive la commandante, les gars ! Vive la commandante ! »

« Qui aurait pu penser qu'on aurait pu gagner une guerre comme ça, juste en faisant des prisonniers ? Vive la commandante ! »

« Il parait que le major général des armées françaises s'est porté volontaire pour diriger l'équipe qui va aller capturer ces enfoirés de chasseurs à Sauzon. Quelle chance il a ! Avec cette pêche, il va passer pour un héros devant tout le monde. »

« Peu importe, la guerre est finie. Dans quelques heures, tous ces chasseurs apprendront la nouvelle sur leurs bateaux et devront rentrer chez eux la queue entre les jambes. Et nous aussi on pourra rentrer chez nous ! Et on fera la fête ! »

J'y crois pas. Mes jambes me lâchent. Je tombe au sol.

On va perdre cette guerre… Et tous nos hommes vont repartir ? Et moi alors, ça veut dire quoi, « otage » ?

La CIL ne négociera jamais pour me récupérer, ni aucun des autres qui ont été capturés.

Je vais devenir quoi ? Une prisonnière de ces monstres pour la vie ?

Ils vont me faire quoi ?

Une source de nourriture pour leurs bébés vampires ? Ils vont extraire mon sang continuellement ? M'empailler et m'exposer en trophée dans leur salon ?

Non ! Pas ça !

Je sens quelqu'un s'approcher dans mon dos.

« Clarke a vraiment réussi à faire un coup pareil ? Ben Ouah ! Y a pas à dire, elle a eu le nez, là. Si la guerre peut vraiment finir comme ça, je pense que Lexa va définitivement lui donner le commandement pour chacune des batailles à venir, par la suite. »

Voilà ! Même Monty ne pense plus à mon sort à présent, il se réjouit juste d'avoir gagner la guerre, comme tous les autres.

« Mouai. Je ne sais pas ce qu'ils ont tous à encenser notre commandante comme ça. C'est monsieur Neulon qui a fait l'essentiel du travail en mettant la main sur cette communication entre cette Célia Djövkick et leur chef, non ? Sans lui, notre victoire n'aurait pas été acquise, il me semble. » retient plutôt monsieur Donau à côté de lui.

Monty ne répond pas à cette observation.

Tous ces monstres se réjouissent d'avoir une commandante qui a pu leur faire gagner la guerre sans aucun mort de leur côté, mais moi j'en vois un. Diggs.

Et des tas de prisonniers au futur pas plus joyeux.

Je sens mon avenir de plus en plus inquiétant, moi.

« Harper ? Ca ne va pas ? » fait Monty en remarquant mon inquiétude.

Je recule de quelques pas.

Non, ça ne va définitivement pas.

« Au fait, jeune scribe. Tu parlais de son altesse tout à l'heure ? Tu as entendu des nouvelles à son sujet ? Moi, je n'ai toujours pas d'informations récentes là-dessus. »

Je tends l'oreille sur les mots que vient de prononcer l'humain journaliste.

D'après ce qu'on m'a expliqué plutôt, ces deux-là sont deux des trois personnes de toute leur "armée" à avoir le droit de se déplacer librement partout sur cette île, sans aucune restriction. Ils sont chargés de prendre en note tout ce qu'il se passe pendant cette guerre et à ce titre, tout soldat de leur armée est tenu de leur rapporter les évolutions et évènements nouveaux dont ils auraient connaissance pour qu'ils puissent les retranscrire sur papier.

Être avec Monty est un bon moyen pour moi d'être informée.

« Non, rien de nouveau. Je crois qu'elle devait toujours rejoindre une amie à elle pour l'accompagner jusque de l'autre côté des frontières du pays, mais c'est tout. »

« Mais ça aurait dû être conclue depuis longtemps maintenant. Tu ne trouves pas qu'il y a quelque chose de louche là-dedans ? »

« Si… Tu penses que… »

« Cette guerre est finie, non ? C'est ce qu'ils disent tous ! Alors allons voir où se trouve notre reine, maintenant ! »

Leur reine a disparu… C'est pour ça que c'est la commandante qui dirige cette guerre ? Elle la remplace ?

« Humm. Sire Anya était avec elle, de ce dont je me souviens. Il ne devrait donc pas y avoir à s'inquiéter. Mais tu as raison. »

« Bon, que fait-on alors ? » demande le journaliste.

« On va voir la taupe. Il est peut-être au courant de quelque chose. Après tout, c'est lui qui est toujours en contact avec les espions de son altesse, non ? »

« … »

« … »

« … »

Seig-

neur !

C'est lui la taupe ? Ou plutôt… cette chose ?

Mais comment Dieu a-t-il pu créer une chose pareille ?

Sans même m'en rendre compte, je me faufile d'instinct dans le dos de Monty.

C'est…

Gigantesque.

Sa tête est gigantesque.

Son nez est énorme, et comme écrasé sur son visage. Ses yeux sont sombres, ses pupilles profondément noires, comme s'il n'avait pas de globe du tout.

Il n'a presque aucun cheveu, les seuls qui lui restent sont gris ou blancs sales et ont l'air de pourrir sur l'arrière du sommet de son crâne.

Sa bouche est immense, et ses lèvres déformées.

Mes yeux se posent sur ses mains. La paume presque verte. Les doigts… Quatre doigts, longs, devant mesurer près de 12 centimètres chacun.

Les pieds gros, mais extraordinairement courts. Il chausse du 20 ? Du 22-24 à tout casser ?

« …. »

Puis le reste de son corps… Petit, trapu.

Mon corps bat tellement vite. Je n'ai pas du tout envie de rester là ! Pourquoi est-ce que ces deux-là tenaient tant à le voir ? Trois quart d'heure qu'ils ont mis, avant de le trouver. Parce qu'apparemment, la taupe a l'habitude de se cacher parce que les vampires n'aiment pas sa compagnie et l'obligent à rester toujours loin d'eux.

Quand je vois cette "taupe", je comprends pourquoi.

« Et bien, Sire Neulan ! court le bruit que vous êtes celui qui avez mis la main sur cette transmission entre les chefs de la commission, ce qui nous a permis de gagner cette guerre. Vous êtes le héros du jour, félicitations. » sourit monsieur Donau à la taupe.

« M-… Merci. » murmure le monstre d'un ton hésitant.

« Vous avez sauvé beaucoup de vis en nous permettant de gagner cette guerre aussi facilement. J'en parlerai dans mes écrits ! » assure Monty.

Il… Il n'a vraiment pas peur d'un monstre aussi laid ? Pourquoi est-ce qu'il s'approche autant ?!

Je m'accroche à son tee-shirt. Hors de question que je le lâche !

Il doit être malade, Monty. Tu ne dois pas t'approcher autant.

« Nous avons tous une dette envers vous, aujourd'hui. Merci beaucoup. » reprend le journaliste humain.

La taupe dissimule son regard, et recroqueville ses épaules, comme mal à l'aise.

« … »

Qu'est-ce que ça veut dire ? Il a l'air embarassé. Il n'a pas l'habitude qu'on lui fasse des compliments ? Pourtant, il a l'air très doué vu ce qu'il a fait. Il a carrément mis la main sur une conversation où se trouvait Célia Djövkick. Ce genre de communication devrait être ultra-sécurisé, normalement ! Intercepter une telle communication n'est pas à la portée du premier hacker venu.

Même si je ne suis peut-être pas dans le camp de ceux qui devraient l'admirer pour ça.

Il faut que je m'évade d'ici et que j'avertisse mes supérieurs que quelqu'un chez eux à les compétences pour pirater leurs communications !

« Monsieur Neulan » pouruit Paul Donau, « Je suis désolé de vous demander cela, mais vous êtes un fidèle serviteur de son altesse, j'en suis persuadé. Aussi je me permets de vous demander un service : pouvez-vous nous aider, le jeune scribe Monty Green et moi, à retrouver notre grande et sage reine, s'il-vous-plait ? »

Mais le monstre baisse les yeux une nouvelle fois et secoue la tête.

« Il a déjà essayé… » comprend le premier Monty.

« Mais il a échoué. » conclue monsieur Donau.

« J'ai tout tenté. Je suis désolé… » s'apitoie le monstre.

L'humain déglutit.

« Ce n'est pas grave. »

Il cache mal sa déception.

Je sens mes doigts se crisper quand mes poings se serrent.

Qui c'est cette reine ?

« … »

Une main se pose sur mon épaule.

« On ne va pas vous déranger plus longtemps, Sire Neulan. Nous allons continuer de chercher après Lexa. Et vous… Et bien quoi qu'il en soit, merci de nous avoir fait gagner cette guerre. »

Monty.

Ce "Sire" Neulan l'observe quelques instants avant de détourner les yeux de nous trois et commencer -recommencer ?- à pianoter sur le clavier de l'un de ses nombreux ordinateurs.

Monty prend ma main et se dirige vers la sortie.

Huh ? Pourquoi ma main ?!

Nous sommes sur le point de passer la porte, rejoint par le journaliste de la coalition, quand un bruit sourd se fait entendre derrière nous.

Baoum

« Sire Neulan. » s'écrie Monty.

Je me dirige aux côtés de lui pour voir ce qui arrive au monstre mais Paul Donau me retient par le bras.

« La taupe ! » insiste Monty, « Qu'est-ce qu'il vous arrive ? »

« C'est perdu. » murmure la taupe.

Hein ?

« Pardon ? Quoi, qu'est-ce qui est perdu ? »

« Tout est perdu. Ils sont trop forts, trop dangereux. » répond la taupe, « allez-vous en ! »

« Quoi ? Que… Mais comment ça ? » demande à son tour, le journaliste humain à côté de moi.

« ! »

Monsieur Donau, Monty et moi sommes tout à coup surpris par ce qui arrive juste devant nous.

Plic Plic

« … »

Des gouttes s'accumulent, emplissent ce moche et géant visage qu'est celui du monstre, la taupe.

Le visage est nettement humidifié, puis les larmes abondent de ses deux yeux.

« Huh Huh.. »

En train de pleurer.

Il est en train de pleurer.

Mon cœur ne cesse définitivement pas de battre, battre à plein régime.

Comment ? Pourquoi ?

Ces monstres sont tellement différents !

Je m'approche de Monty, qui continue de s'inquiéter pour le hacker de la coalition. C'est ma main, maintenant, qui cherche celle de Monty et finit par s'en emparer.

« Sire Neulan ? Sire Neulan ? »

« Allez-vous en ! » supplie la taupe, « Laissez-moi. Fuyez ! »

« Non ! Dites-moi ce qui se passe. »

« Monty, on devrait peut-être y aller… » lui susurré-je.

J'ai de plus en plus peur.

Je ne sais pas ce qui se passe. Il y a quelque chose qui ne va définitivement pas. Mon instinct me dit de partir vite, mais je ne veux pas que Monty reste ici.

« On devrait y aller, jeune scribe. Il doit se passer des choses graves à l'extérieur pour que Sire Neulan soit dans cet état. Il a dû voir certaines choses sur ses écrans que nous ne savons pas encore. »

Monty réagit enfin.

« Son altesse… » demande-t-il à l'attention du journaliste.

« On s'en occupera plus tard. Allons-nous en ! »

Et nous quittons tous les trois la pièce.

Quand nous nous retrouvons à chercher des soldats de la coalition que nous pourrions interroger, nous sommes surpris de nous rendre compte d'à quels points ils sont justement difficiles à trouver.

Les rues ont l'air désertes, comme si tout le monde avait fui les lieux.

Nous finissons finalement par en trouver un.

« Hé ! Jeune homme ! Où est parti tout le monde ? Pourquoi n'y a-t-il plus personne ici ? » hèle monsieur Donau.

« Vous n'êtes pas au courant ? La guerre est finie. Grâce à la commandante, on a trouvé le chasseur à Sauzon qui devait faire passer toutes les troupes d'assassin jusqu'au continent. Une équipe dirigée par le major général a été envoyée le capturer. On devrait avoir la confirmation de sa capture d'ici quelques dizaines de minutes tout au plus, alors tout le monde fait ses bagages. On se prépare à rentrer chez nous. Vous devriez en faire autant, monsieur. On a tous hâte de retrouver nos maisons et nos familles. »

Le monstre repart aussitôt après avoir répondu à notre question.

Alors la guerre est vraiment finie, hein.

Les monstres ont gagné, et la commission a perdu…

Leurs familles… Les monstres vont pouvoir retrouver leurs familles, c'est ce qu'il a dit.

Ils vont rentrer chez eux…

Et moi… Chez moi…

Mon chez moi, où est-ce, maintenant ?

Le visage de mon père apparait dans ma tête.

Papa…

Tu me manques tellement…

Tu m'as laissée seule. Tu m'as abandonnée ! Tu as abandonné ta fille !

Mes poings se crispent.

Zoe, c'est toi ma seule famille aujourd'hui. Tu es mon amie, mais pour moi tu es comme une sœur.

J'aimerais tellement que tu sois là, toi au moins, avec moi. Je ne veux pas me retrouver seule.

Je ne veux pas !

Plic

Huh ?

Plic

J'essuie mes larmes.

Je suis fatiguée. Si fatiguée.

Me battre. Toujours me battre. Pour ma famille. Pour mon père. Pour mon honneur. Pour la justice. Pour la paix, pour l'humanité.

Et au final, je suis toujours la perdante.

Je n'en peux plus ! Je veux que ça s'arrête. Que ça s'arrête !

« … »

Une main tendre se pose sur mon dos.

Tendre et réconfortante.

Je n'ai même pas besoin de me retourner pour voir à qui elle appartient.

Pitié… Je suis en train de tomber amoureuse d'un vampire.

A quel point mon monde craint !

« La guerre est terminée… J'ai encore du mal à me faire à cette idée. Moi qui avais tellement peur, tellement peur que ça devienne un cauchemar sur cette île. » soupire Monty.

Le journaliste a l'air plus pensif.

« Qu'est-ce qu'on devrait faire, à votre avis, monsieur ? » demande Monty.

Monsieur Donau réfléchit avant de répondre.

« Franchement… Je n'en sais rien. »

« Alors » hésite Monty, « que diriez-vous que nous commencions par aller voir mon frère ? Je me demande s'il est toujours en train d'interroger les prisonniers chasseurs. On ne l'a peut-être pas encore mis au courant. »

« Il est lieutenant de la première commandante. Il est assurément déjà au courant. Mais tu as raison, Monty Green, nous pouvons aller le voir. »

Monty se tourne alors, inquiet, vers moi.

« Et toi, Harper ? Qu'est-ce que tu fais ? Tu viens avec nous ? »

« Qu-… ? pourquoi ? Je ne suis pas obligée de vous suivre ? »

« Non. » répond monsieur Donau, « La guerre est finie. Tu es complètement libre à présent. Tes amis chasseurs seront désormais incapables de mettre un pied à terre sur cette île où dans le reste du pays d'ailleurs. La France, maintenant. Appartient aux monstres, à la coalition, et par-dessus-tout à la grande reine Lexa. Toi, tu n'es plus notre prisonnière. C'est la décision de la commandante de la mort après tout. Tu es complètement libre. Aucun monstre ne posera la main sur toi. »

La commandante de la mort ?

« Alors ? » s'enquit Monty, « quelle est ta décision ? »

« Je… Je viens ! Je vous suis. »

Monty a l'air ravie. Paul Donau aussi d'ailleurs.

Je suis libre, mais où irais-je de toute façon.

C'est le pays de la reine vampire Lexa, ici, à partir d'aujourd'hui. Comme il l'a dit. Elle va totalement diriger ce pays à partir de maintenant, les chasseurs étrangers n'y seront définitivement pas les bienvenus et se feront repoussés aussi longtemps qu'ils essaieront. Quant aux chasseurs français actuellement en poste, ils se feront eux aussi, expulsés. Ils en sont capables. Leur reine a déjà prouvé qu'elle en avait la force.

Malgré tout, même si je suis triste et abattue d'avoir perdu cette guerre, une part de moi ne peut s'empêcher de remercier cette reine, qui a épargné tant de vies, tuant si peu des miens.

Je pense à toi, Diggs, et je suis désolée.

Mais si toi, Monroe, et vous tous, amis chasseurs pouviez vivre, survivre à cette guerre…

Même toi Connor !

Je suis… Je suis un peu au moins rassurée. Heureuse de savoir que vous allez bien. Et que vous pourrez rentrer chez vous ce soir…

« Allons-y alors. » propose monsieur Donau.

Nous commençons à marcher vers où devrait se trouver Jasper, le frère de Monty, quand un homme surgit devant nous.

« La commandante ! Où est la commandante ? » s'écrie-t-il.

« Qui a-t-il ? » demande monsieur Donau.

« Prévenez-la ! Prévenez la commandante ! » s'égosille-t-il une dernière fois, avant de s'écrouler à terre.

Monsieur Donau se rapproche de l'homme à terre.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demandé-je à Monty, « de quoi veut-il qu'on prévienne la commandante ? »

« Je n'en ai aucune idée. » murmure Monty.

« Approchez, venez voir. » demande le journaliste à genoux devant le corps à terre.

Monty et moi nous approchons.

Paul Donau nous montre un trou béant dans le dos du corps

« Qu'est-ce que ?! » s'écrie Monty.

« Mort. » constate le journaliste, « tué par une arme que je ne connais pas. Ca lui a complétement perforé les côtes et les poumons. »

« Mais… »

« L'arme a dû être utilisée sur lui il y a peut-être quinze, vingt minutes au maximum. Et lui, il a tenu, il est arrivé ici, jusqu'à nous, pour nous dire ça. De prévenir la commandante. Je ne sais pas à quelle espèce de monstres il appartenait pour pouvoir tenir debout aussi longtemps avec une telle blessure dans le dos, mais s'il a eu ce courage, c'est certainement que ce qu'il avait à dire devait être important. Nous devons savoir de quoi il s'agit. »

Mort. Mort, un monstre vient de mourir ?

Je croyais que c'était fini !

« Mais on ne peut pas savoir de quoi il voulait prévenir la commandante, non ? »

« Non, mais il était sûrement en poste de garde quelque part. Si on trouve son supérieur, on saura peut-être où il avait été envoyé en mission, et on aura ensuite qu'à aller là-bas pour essayer de comprendre ce qui s'est passé. »

« Il faut aller voir la commandante dans ce cas, elle connaitra sûrement le supérieur de cet homme. Prenons une photo de lui, ça devrait suffire. »

Sitôt fait, les deux hommes, Monty et monsieur Donau repartent à la recherche de la commandante.

Je jette un dernier coup d'œil, en arrière, sur le cadavre du monstre à terre.

Même pas le temps de l'enterrer ou le brûler…

Ce monde ne me plaît pas.

Je cours après les deux hommes devant moi, mais nous faisons à peine quelques centaines de pas que nous tombons face à un nouveau membre de la coalition. La tête recouvert de sang.

« Les chasseurs ! Ils les ont tous tué ! »

Monty s'arrête aussitôt de courir, suivi par monsieur Donau.

Celui-ci interroge le monstre.

« Qu'est-ce qu'il se passe, encore ? Quelle histoire avec les chasseurs ? »

Le monstre s'écroule au sol.

« Prévenez la commandante. Sauzon… Le port… C'était un piège. »

« Un piège ? Comment ça un piège ? » hurle monsieur Donau.

C'est le deuxième homme sur qui nous tombons qui nous demande de prévenir la commandante, et il est sur le point de succomber lui aussi.

« Les chasseurs… Ils savaient qu'on arrivait. Tous, tous tués. Tous nos hommes envoyés les capturer. Morts… Sauf le maj-… Keuf ! Keuf ! Le major général. Capturé par les chasseurs. Les autres morts. »

« C'est pas vrai… » lâche Monty qui commence à avoir des sueurs froides.

« Chasseurs du port… plus nombreux que prévu. Et cachés… Ami et moi… surveillait le port sur ordre de monsieur Blake, ami de la commandante… Mais repéré par chasseurs. Ils nous… Keuf ! Nous ont tiré dessus… » s'efforce de raconter le monstre à bout, « prévenir la commandante. Guerre pas terminée… Just-… Keuf ! Juste commencée. Guerre pas term-… »

La tête du monstre, jusque-là soutenue par monsieur Donau, tombe finalement.

Je regarde la tête du monstre en détail.

Le crâne. C'est tout le côté gauche de son crâne qui a été perforé. Et le sang qui coulait nous empêchait de le voir.

« La guerre n'est pas terminée. Elle ne fait que commencer. Ce furent ses derniers mots. » soupire monsieur Donau, « Ils ont couru depuis Sauzon jusqu'ici, jusqu'à nous, pour nous transmettre ce message. Avec de telles blessures...Ce sont des héros. »

Monty déglutit.

« Ils sont morts… »

« Oui, et il risque d'y en avoir d'autres. Le contact des chasseurs à Sauzon est toujours opérationnel. Et ils sont plus nombreux au port qu'on le pensait. Nous avons sous-estimé nos ennemis. »

Monty et Paul Donau me dévisagent alors tous deux.

Leurs grimaces sont trop bizarres. Je ne sais pas ce que ça veut dire.

Je détourne évidemment le regard.

« … »

Quoi ? Je suis une chasseuse, mais je n'étais au courant de rien. Je ne savais rien de tout ça !

Monty est le premier à nous ressortir de cette situation très embarrassante pour moi.

« J'ignore où est Clarke, elle peut être n'importe où maintenant qu'elle pense qu'elle a gagné la guerre. »

« Alors que fait-on ? » s'enquit le journaliste.

« Je vais l'appeler. Elle m'avait demandé de ne pas le faire parce qu'elle n'aurait pas le temps avec tous les problèmes qu'elle devrait régler pendant cette guerre, mais je pense qu'on a pas le choix. Et puis si elle pense que la guerre est finie, elle aura sûrement le temps de répondre. Enfin j'espère. »

Monty sort son portable et appelle son amie la commandante. A son grand soulagement, elle répond. Je l'entends lui raconter tout ce à quoi nous venons d'assister.

Il reste quelques minutes au téléphone avec elle avant de raccrocher.

« Alors ? » demande monsieur Donau.

« Elle va voir Jasper. Pour interroger elle-même les prisonniers. Elle dit qu'elle pense pouvoir les faire parler si elle va les voir elle-même. »

« Très bien. Et nous, qu'est-ce qu'on fait, alors ? »

« … »

« Monty Green ? »

« Elle veut qu'on s'en aille. Qu'on quitte l'île, et qu'on le fasse en étant très prudent. Ce sont ses mots. »

« Quoi ? Comment ça ? C'est ridicule ! Je suis venu ici pour assister à cette guerre. Pour prendre des notes, pour pouvoir raconter une histoire devant des millions de français qui seront inévitablement curieux de savoir ce qui a pu se passer sur cette île. Et si cette histoire doit pouvoir tenir la route, sans révéler malgré tout l'existence de vous autres les monstres, ou bien celle des chasseurs, alors je dois y assister directement Hors de question que je parte ! »

« Ce sont les instructions de notre commandante, monsieur. »

« Peu m'importe ! Je ne vais pas quitter cette île juste parce qu'elle s'inquiète pour ma sécurité ! C'est non ! Je reste ! »

Monty dévisage son partenaire humain.

« Vous n'allez pas me dire que vous allez partir, vous aussi. Vous avez une mission ! Vous devez écrire ce qui ce sera passer ici, pour l'Histoire, pour les générations vampires futures. C'est ce qu'a toujours voulu son altesse, non ? Conserver les mémoires. »

« … »

« Vous ne dites rien ? Alors vous comptez vraiment partir, c'est ça ? »

« C'est Clarke qui donne les ordres aujourd'hui. Les chefs de la coalition ont choisi de s'en remettre à elle, je vous le rappelle, monsieur. Et tout le monde sait que Lexa a une confiance totale à ses commandantes. Elle a même dit que Clarke avait le pouvoir de parler et décider en son nom. Et Clarke nous a donné l'ordre de partir. Les ordres de Clarke passent avant tout, monsieur Donau. »

Monsieur Donau ne lâche pas prise. Il plonge fermement son regard dans celui de Monty.

Monty, lui par contre, a l'air moins affirmé.

Monty, tu l'as dit… C'est dangereux ici. Je ne veux pas que tu restes, je ne veux pas que tu meures. S'il-te-plaît, obéis à tes ordres. Va-t'en. Quitte cette île !

Je plonge à mon tour mon regard dans ceux de Monty.

Si ce Paul Donau veut pousser Monty à rester et risquer bêtement sa vie, moi je le pousserai à partir et à survivre.

Monty fixe mes yeux un instant, mais les redirige ailleurs, évitant à présent mon regard.

« Pas mon frère. » souffle-t-til, « Pas mon frère. »

Donau et moi regardons Monty attendant plus d'explications.

« Les ordres de Clarke peuvent peut-être passer avant tout, mais pas avant Jasper. Je ne partirai pas sans lui. »

Non !

Le regard de Monty est maintenant aussi ferme que celui de monsieur Donau.

Il va rester !

J'ai… encore perdu !

Une larme surgit une nouvelle fois de mes orbites.

« Je récupère Jasper, et je m'en vais. » affirme Monty.

« Ca me va. » répond Paul Donau, « quant à moi, je resterai jusqu'à la fin de cette guerre. Je ne sais pas me battre, mais je sais écrire et convaincre. La plume accompagnera l'épée dans cette guerre. »

Monty lui sourit.

« On y va ? » lui demande-t-il.

Paul acquiesce d'un geste.

Monty me regarde ensuite, attendant mon approbation.

Je me contente de soupirer.

Oui.

Me voilà… Harper McIntyre, 21 ans, tueuse de zombies professionnelle, jurant de suivre et protéger un homme, un vampire, contre ses frères chasseurs, pour être bêtement tomber amoureuse de lui.

J'imagine déjà Monroe écroulée de rire devant la bêtise de la situation.

« Oui, Monty. Je te suis. »

Il m'observe pendant un petit moment, me laissant me demander à quoi il pense, avant de reprendre la course en direction de l'endroit où son frère devrait être en train d'interroger les chasseurs prisonniers.

Vingt minutes plus tard, nous arrivons devons le lieu en question.

Monsieur Donau est en nage. Il ne doit pas avoir l'habitude de courir autant. Mais déjà, venir habillé en costume sur une île où on sait qu'il va y avoir une guerre…

Pour Monty, il n'y a aucun problème. Je sais que les performances physiques des vampires surpassent celles des humains. Il n'est donc pas du tout épuisé. Quant à moi, je suis une agent de la CIL formée pour travailler sur le terrain. Alors ça n'est pas un problème non plus. Et puis surtout, je ne porte ni chemise ni veste sur moi.

« Nous cherchons le lieutenant Jordan. » indique Monty à un monstre.

« Il n'est plus ici. Il a ordonné que la salle d'interrogatoire soit déplacée. Avec les quatre derniers qui ont été capturés il y a encore quelques heures, ça commençait à faire trop apparemment. La nouvelle salle se trouve à environ trente minutes d'ici, à pied. »

« Sans blague ?! » lâche monsieur Donau, en sueur.

« Je vais vous accompagner. De toute façon, il n'y aura bientôt plus personne de la coalition ici, avec la guerre qui se termine. »

Monty, Donau et moi échangeons un regard.

Il n'est évidemment pas au courant.

Mais les deux hommes choisissent de ne rien révéler pour l'instant à celui qui ignore la vérité, se contentant de le suivre sans rien dire d'autre.

Trente-cinq minutes plus tard, le monstre nous indique que nous sommes arrivés.

Nous nous trouvons sur une grande place de la ville, et face à un large bâtiment.

« C'est le grand bâtiment que vous voyez là-bas. La commandante devrait arriver en personne d'ici quelques instants. Comme vous le voyez, il y a déjà pas mal de monde qui attend ici. Après tout, ils sont tous curieux de savoir quelle décision va prendre la commandante sur le sort des prisonniers maintenant que la guerre est terminée. Certains pensent qu'on va les garder en otage à Paris pour que jamais d'autres chasseurs n'osent venir tenter d'envahir la France. Mais moi je n'y crois pas. Les chasseurs sont pires que les rats, ils n'arrêteront pas de se montrer juste parce qu'on retient certains des leurs en otage. »

Des rats ? Je suis une chasseuse, moi aussi, au cas où t'aurais pas remarquer, sale monstre ! Comment peux-tu parler de nous comme ça ?

« Malheureusement, la commandante ne va pas venir ici pour ça. » annonce Monty.

Plusieurs visages interrogatifs se tournent alors vers lui.

« Oh ? Mais il parait que tu es amie avec elle, l'étranger. Donc tu sais déjà ce qu'elle va choisir, dis-nous. »

Monty accuse le coup d'avoir été qualifié d'"étranger" par ses pairs, mais passe quand même à autre chose.

« On a des nouvelles… De Sauzon. »

Et là c'est toute une meute qui s'agglutine maintenant devant Monty pour écouter ce qu'il a à dire.

« Oh, ça y est ? Ils ont mis la main sur ce fameux contact ? »

« Où est le major général ? Le chanceux, il va pouvoir faire le fier devant la reine en rentrant à Paris. »

« On a détruit les bateaux des chasseurs, hein ? Ceux sur lesquels ils avaient prévu d'embarquer pour aller depuis Sauzon jusqu'au continent ? Il faut les détruire, et ensuite seulement on pourra dire qu'on a réellement remporter cette guerre et vaincu les humains. »

La cinquantaine de monstres qui se sont rassemblés murmure ensemble dans l'expectative des nouvelles qu'ils attendent de Monty.

Quand Monty a fini de tout leur expliquer, un silence de mort règne sur la place de la ville.

Aucun monstre ne prend la parole.

Mon cœur se sert.

J'en suis une. Une de leurs ennemis, qui ont tué leurs camarades qui surveillaient l'île et qui ont perforé la poitrine et le sommet du crâne.

Je ne veux pas mourir à cause de ça. Je tente de me cacher derrière Monty, même si je ne sais pas si c'est une valeur sûre à l'heure actuelle.

Lui aussi évite autant que possible mon regard, depuis qu'il a vu ces deux monstres mourir sous ses yeux après avoir appris les nouvelles de Sauzon de leur bouche.

« Ils ont tué les nôtre, tuons les leurs ! » s'écrie une voix parmi la foule.

Certains relèvent la tête à la recherche de la voix qui s'est exprimée.

« On a des prisonniers à l'intérieur de ce bâtiment, non ? Qu'ils paient pour les crimes de leurs semblables ! »

« … »

« Ouai, des otages servent à rien tant que la guerre n'est pas finie. Mais des morts, ça va leur rappeler qui commande, ici. Nous ne les craignons pas ! »

« Ces maudits humains ! Et ils osent nous traiter de monstres ? Tuons-les ! »

« Tuons-les ! Oui ! Tuons-les ! Grâce à la commandante, on a des prisonniers à la pelle dans ce bâtiment, tranchons leur la gorge, et ensuite : les autres aux bords des falaises. »

« Ouai ! La mort ! La mort ! »

La foule devient unanime et scande ses revendications.

De la peur ? Non, c'est de l'effroi que je sens naitre dans mon échine à présent.

Ils vont tous nous tuer !

« Que se passe-t-il ici ?! » retentit une voix forte.

Des dizaines de tête se retournent en direction de son origine.

Une femme mince et au visage sévère apparait devant nous.

« Qu'est-ce que c'est que ces cris ? Et cette indiscipline ? Notre armée est-elle minable à ce point-là ? »

Monty écarquille les yeux quand il voit la felle réprimandée la foule comme elle le fait.

« Sire Falwaan… » prononce quelques monstres

« Vous pensez être les seuls ici ? Et s'il y a des humains étrangers à cette guerre entre monstres et chasseurs, vous voulez les laissez savoir que nous existons, juste parce que vous aurez laissé s'exprimer votre colère ? Et les chasseurs, alors. Cette Harper qui se trouve ici-même, et ces dizaines d'autres toujours en interrogatoire à l'intérieur. Vous croyez qu'ils ne vous entendent pas ? Qu'ils sont sourds ? Vous voulez les effrayer ? Je vous rappelle que les ordres sont de leur montrer du respect, et certainement pas de les tuer. Votre haine, votre rancune n'a rien à faire dans cette affaire. En l'absence de son altesse, seule la commandante est autorisée à décider du destin des prisonniers, et vous vous iriez misérablement décider de tuer vos adversaires à sa place, quand elle n'en a encore rien décidé ? »

Paul Donau a l'air sidéré de voir cette Sire Falwaan parler ainsi.

« Sire Falwaan… Elle reste toujours dans l'ombre de la reine et des commandantes. Qu'est-ce qui lui prend, tout à coup ? »

« Plus aucun de vous n'est autorisé à parler ! Et certainement pas à exiger la mort des chasseurs humains. La commandante est au pas de la rue, elle arrive, et j'étais avec elle en train de vous entendre couiner comme des centaures femelles en rut. Quelle humiliation pour elle et pour moi de vous entendre vous égosiller ainsi. Vos vies ne vous appartiennent pas, elles appartiennent toutes à son altesse Lexa, seule véritable maître des ténèbres ici. Et Clarke, commandante de la mort, en est sa représentante. Tâchez de ne pas l'oublier. La voilà juste derrière moi. Si elle d-… »

BRAOUABROUAM

BRAAM

BOOOUM

BOOM

BOOOOOAM

BOOOM

« Ha ! »

Un bruit énorme de puissance et de violence retentit, écrasant mes oreilles sous la pression.

Instantanément, mes mains se posent sur mes oreilles pour les protéger. Sans grand succès.

« Ahh ! »

« Rah ! »

« Hii ! »

Les monstres se mettent à hurler eux aussi.

Monsieur Donau pâlit.

« Reculez ! Reculez-tous ! »

Mais nous voyons seulement ses gestes, des gestes trop paniqués pour être compréhensibles. Le bruit des explosions couvre totalement sa voix.

BOOOM

Une fissure. Une fissure apparait sur l'immense bâtiment derrière nous.

Une deuxième, puis une troisème. Puis c'est carrément un pan du mur qui se détache.

Certains sont juste en dessous, mais ne réagissent pas, se tenant toujours les oreilles.

« Fuyez ! » hurle Monty en même temps que d'autres monstres.

BRAAM

Le morceau du mur s'écrase au sol, ensevelissant les monstres qui se trouvaient proches.

« Non ! » s'écrie une monstre désespérée.

BOOOOOAM

« Ce n'est pas fini ! Allez-vous en tous ! » s'époumone monsieur Donau, « tous ! »

BOOOM

L'entièreté du mur s'écrase soudainement au sol, enterrant de nouveaux monstres au passage. La poussière se soulève dans un fracas assourdissant.

Puis, c'est tout l'immeuble qui finit par s'écrouler.

De la fumée s'échappe aussi de l'intérieur.

On peut à peine distinguer quelques voix en réchapper, de personnes agonisantes.

Une personne qui devait se trouver à l'intérieur du bâtiment avant l'explosion apparait devant nous. Impossible de dire si c'était un homme ou une femme. Un monstre ou un chasseur humain. Il n'y a plus de vêtement nulle part, ni même de peau. La chair est calcinée, et le visage creusé par le feu.

Quelques os ressortent même. Et des pans de chair tombent ça et là au sol.

C'est… affreux…

« Les chasseurs… ont… sauté… bombes… humaines… horr-… »

Le cadavre brûlé s'écroule au sol.

Je plaque ma main sur ma bouche.

« Keuf ! »

« Urgh ! »

« Ahh ! Non ! Pas ça ! »

Gémissements. Cris. Incrédulité dans la foule de monstres survivants.

Trop de morts. Beaucoup trop de morts.

Tous ces gens qui souffrent ou se lamentent au sol…

Comment ? Comment pouvait-il y avoir des bombes humaines parmi les prisonniers ? Comment ont-ils pu se faire exploser ? Une vingtaine de prisonniers chasseurs, et peut-être le double de monstres tués dans ces explosions.

Je n'en crois pas mes yeux.

Qu'est-ce que ça veut dire ?!

« Salauds ! Salauds ! Salauds ! » prononce une voix pleine de rage et de haine.

Quelques visages, parmi les rares qui ne sont pas totalement anéantis par ce qui vient de se passer mais tentent plutôt de surmonter le choc, dirigent leur regard en direction de la voix.

Monsieur Donau en fait partie.

« La commandante de la mort. » l'entends-je dire en reconnaissant la personne qui venait de s'exprimer.

Leur chef est arrivée.


A suivre…