Précédemment : La guerre est en cours et les monstres, bien préparés, n'ont aucune peine à dominer le conflit, capturant les éclaireurs ennemis par dizaines. Tout à coup, une explosion effroyable tue les prisonniers chasseurs en même temps que leurs monstres geôliers qui étaient en train de les interroger. Les monstres survivants peinent à se remettre du drame, et pour certains, les réactions tournent au fratricide sous le coup du désespoir…
PDV Ubil, 28 minutes après l'explosion du bâtiment à Belle-île-en-mer.
Ggrmblrrr
Aller voir la taupe.
Comme si la taupe allait pouvoir nous servir à quelque chose.
« Tss… »
Comme si je n'avais que ça à faire de jouer le coursier, moi !
On l'a gagné cette guerre, non ? Alors pourquoi aller perdre son temps à aller consulter ce phénomène de foire claustro pour lui demander s'il n'aurait pas un moyen pour faire parler ces humains ?
"Mais non, Ubil, ça n'a rien avoir avec la guerre. On doit anticiper, prévoir le futur, savoir ce qu'on va pouvoir faire d'eux maintenant qu'on les a vaincu. Il faut bien faire quelque chose de ces prisonniers, non ? La taupe a réussi à trouver leur contact à Sauzon, il saura peut-être trouver quelque chose pour inciter ces prisonniers à parler et nous aider à décider de leur sort !"
Je t'en ficherai, moi des sorts, tu verras !
Obligé d'obéir à ce lieutenant de seconde zone juste parce que les commandantes en ont décidé ainsi… Et m'envoyer aller voir cette laideur super moche que même les nobles de leur royaume évitent simplement avec ces arguments à deux balles !
Résultat des courses : j'y suis allé, voir la taupe, comme tu le voulais, lieutenant Jasper Jordan ! Et devine quoi, il a rien dit d'intéressant ! Rien dit du tout, même ! Juste chialer, chialer comme un gosse, parce qu'il avait l'impression d'avoir fait perdre la guerre à la coalition, ct'enfoiré !
C'est pourtant lui, qui l'a découvert leur contact. En quoi ils nous aurait fait perdre la guerre ? M'est d'avis qu'il est fou, celui-là. Complètement dérangé !
Je vais retourner voir les gars et les prisonniers, et si le lieutenant m'envoie encore faire le coursier je sais-pas-où, je jure que je flinguerai qulequ'un. Non mais !
Je suis pas un larbin, moi…
« Ubil ? C'est bien vous ? »
Hmm ?
Que ?
Mais c'est le lieutenant. Qu'est-ce qu'il fait ici ?
« Ubil… Vous êtes sain et sauf. C'est une bonne nouvelle. »
« Lieutenant ? Oui, je vais bien pourquoi ? »
Le lieutenant arbore un air douloureux sur son visage.
« Ubil, je suis désolé. Vos amis sont… »
« Quoi, qu'est-ce qu'il se passe ? » demandé-je inquiet.
« Ils sont partis. » lâche-t-il d'un air impuissant, « ils sont morts. »
Mon corps s'immobilise.
« De quoi parlez-vous ? Où sont Naym et les autres ? »
Ses épaules s'affaissent. Ses yeux se ferment.
« Lieutenant, c'est quoi cette histoire ? Vous m'avez envoyer à l'autre bout de la ville pour ensuite me raconter ces âneries ? Poussez-vous ! »
Je presse le pas.
Cette guerre est sur le point de finir alors qu'est-ce qu'il fout dehors ?! Il devrait être en train d'interroger les prisonniers pour obtenir ce qu'il veut, qu'on puisse ensuite quitter cette île, non ? Je croyais que c'était pour ça qu'il m'envoyait voir la taupe !
Alors qu'est-ce qu'il vient m'emmerder à venir me raconter des blagues pareilles ?
« Il n'y a plus personne, Ubil ! Ce n'est pas la peine… »
Comme si j'allais le croire !
« Ubil… »
Je garde les oreilles sourdes et enchaine les rues qui me séparent encore du bâtiment où doivent se trouver les prisonniers et mes amis.
100 pas.
50 pas.
30…
10…
5 …
…
…
Et puis j'arrive à l'endroit voulu.
Un tableau se dresse subitement devant moi. Une image que je ne reconnais pas.
C'est pas possible ?
Non…
Non, non !
Où est le bâtiment ?
Pourquoi est-ce qu'il n'y a que ces ruines à la place ?
Des personnes aux visages affligées défilent sous mes yeux.
D'autres s'affairent à tirer ce qui ressemble à des corps brûlés des décombres.
Non ! Il y avait un bâtiment debout quand je suis parti ! Qu'est-ce qui est arrivé ?
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que vous avez fait ? » dis-je en me retournant vers le lieutenant.
Celui-ci a l'air navré.
« Qu'est-ce que vous avez fait, bordel ?! «
« Ce sont les chasseurs, ils ont… ils se sont donné la mort. Mais ils ont tué nos gardes avec eux… »
« Vous les avez laissés seuls là-bas ? Vous les avez laissés sans protection ?! Et vous vous êtes vivant ? Pourquoi ?! »
« Vous n'étiez toujours pas revenu de l'endroit où devait se trouver la taupe, même après tout ce temps. J'étais en route pour voir ce qui se passait, j'étais à deux rues d'ici quand… c'est arrivé, j'ai entendu le bâtiment s'effondrer je suis retourné voir. Mais je n'ai rien pu faire, c'était trop tard… »
Espèce de … !
Je lui saute dessus. Mes mains se serrent de plus en plus sur lui jusqu'à ce que je sois complètement en train de l'étrangler.
« Vous les avez tué ! Vous les avez laissés seuls là-bas ! Vous les avez abandonné ! Espèce d'enfoiré, vous avez osez les abandonner comme ça et fuir, hein ?! Vous les avez laissés mourir, et vous revenez vivant, vous ? Je vais vous tuer moi-même, sale suce-sang ! Pacifique ? Con, oui ! Et lâche ! Comme votre frère ! Vous n'avez même pas essayé de les sauver ! Vous avez laissé Naym mourir ! »
Je sens le désespoir me monter au nez.
Ses os commencer à craquer.
Mais mes larmes commencent à apparaitre, elles aussi.
« Espèce d'enfoiré » fais-je encore incrédule, « les vies de ces humains ont plus d'importance à vos yeux que ceux de mes frères, hein ? Vous laissez les chasseurs vivre, et les miens, vous les laissez mourir comme du bétail ? Est-ce que nos vies n'ont aucune valeur à vos yeux ? ».
Le désespoir parle.
Mes yeux s'injectent de sang. Mes muscles gonflent.
La pression de ma poigne autour de son cou est à son extrême.
Il s'accroche à mes poignets, depuis un moment, pour me faire céder, mais en vain.
Je le hais tellement à ce moment. Lui, et tous les siens.
Les vampires.
« Les hommes-singes se sont battus pour vous ! On vous a rejoint dans votre coalition parce que votre reine nous a juré qu'on aurait plus à se cacher des humains, un jour. Alors est-ce que tu ne mérites pas la mort, maintenant, sale menteur ? »
Je sens son dernier souffle arrivé.
Oui !
Je vous vengerai, mes frères !
« Chaque homme se bat toujours prioritairement pour son espèce, homme-singe. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même de ne pas l'avoir compris. »
Cette voix soudaine dans mon dos me surprend. Je me retourne sec, relâchant légèrement la pression sur le cou du vampire au passage.
« Les ténèbres n'ont pas jugé que ce vampire que tu tiens entre tes bras devait mourir aujourd'hui. Assure-toi de le laisser vivre avant de te retrouver à faire face à un ennemi que tu ne pourrais vaincre. »
Sire Falwaan ? Qu'est-ce que cette anoblie fait ici ? Elle ne devrait pas se trouver avec sa commandante à l'heure qu'il est ?
Je remarque tout à coup la malette qu'elle tient dans sa main droite.
« Vous… »
« Je m'en vais. Je quitte cette île. Et la France d'ailleurs… »
« Mais… »
« La guerre n'est pas finie. Vous avez sous-estimé les humains en les laissant infiltrer vos troupes et maintenant ça se retourne contre vous. »
« Non ! On avait fouiller les prisonniers ! Ils ne portaient rien sur eux. Il n'y avait pas d'explosif ! »
« Je ne parlais pas des prisonniers… »
Je l'écoute sans comprendre.
« Peu m'importe. Mes amis sont morts. Je n'en ai plus rien à faire. » soufflé-je la gorge serrée.
Je me retourne vers le lieutenant, voulant finir ce que j'avais commencé. Le tuer.
« Pauvre monstre aveuglé par la haine… » intervient la noble, « la vie, la vengeance, les amis… Toutes ces choses que vous croyez être en droit d'avoir, mais que vous ne possédez finalement pas. Son altesse est bien trop douce avec vous. »
Mais qu'est-ce qu'elle chante, celle-là ?
« Lieutenant Jordan, si tu m'écoutes, » reprend-elle devant le vampire qu'on dirait inconscient, « ta vie ne t'appartient plus désormais. Elle appartient aux ténèbres qui viennent d'intervenir pour te sauver la vie. La "ferme" ne t'a pas donné naissance, mais tu es l'esclave des trois sœurs à partir d'aujourd'hui. »
Hin hin ! Je vais le tuer, le lieutenant Jordan. Même s'il comprend quelque chose à ton charabia, je le tuerai de toute façon !
« Quant à toi, homme-singe. Tu n'es pas de leur espèce, mais tu ne leur es pas inférieur pour autant. Tu crois que ces êtres, les vampires "prolétaires" te rejettent parce que tu n'es pas un des leurs, mais tu te trompes car tu ignores ce que eux-mêmes ne savent pas. »
« … »
Elle plonge son regard dans le vide. Elle se parle à elle-même, ou quoi ?
Encore une folle…
« Je suis venu dans ce monde en sachant ce que beaucoup ignorent. La véritable nature de ces êtres supérieurs, les sangs-purs… Si seulement le monde savait qui ils sont vraiment, ils pourraient comprendre leurs propres réalités. J'ai reçu le titre de noble, on m'a appelé Sire parce qu'une de mes reines en a voulu ainsi. Mais ce n'est qu'une illusion, une malédiction me poussant à croire que j'ai de l'importance, moi qui ne suis rien, pas même propriétaire de ma propre vie. Je ne suis qu'une esclave. Vous êtes leurs esclaves. Nous le sommes tous. »
« … »
Elle pose son regard sur moi.
« J'ai vu ce que j'avais à voir sur cette île. Et il est choquant pour certains de voir à quel point vous laissez vos ennemis infiltrer vos rangs et fermez les yeux dessus. Au final, je ne pense pas que vous pourrez gagner cette guerre. Pas tant que vous ne vous débarrasserez pas du sang humain qui se tient à vos côtés, en tout cas. »
Elle me fixe soudainement.
« Votre commandante s'est évanouie après la mort des siens il y a quelques dizaines de minutes. Quant à son ami conseiller, il est parti retrouver ceux qui attendaient encore sur les navires. Moi, je m'en vais retrouver ma maitresse en Russie, à présent. Aussi, tu vas délivrer un message à votre Clarke de la part de son altesse Octavia et de sa majesté Andréanne, les sœurs de votre reine. »
Un message ?
Pour encore refaire le coursier, mais bien sûr !
Et d'une folle, en plus, cette fois-ci…
« Tu diras à Clarke Griffin, elle qui se fait passer pour appartenant à un peuple qui n'est pas le sien, que les deux sœurs la surveillent, et que leurs patiences vis-à-vis de son insolence ne sont pas éternelles. Leur sœur Lexa semble ne pas s'ennuyer de la compagnie d'une chasseuse humaine pour l'instant, et c'est pourquoi elles se sont retenues d'intervenir jusqu'ici. Mais si Clarke devait un jour s'en prendre à elle, ou que celle-ci devait affirmer ne plus se plaire à jouer avec une tueuse humaine à ses côtés, alors qu'elle semble qu'il n'y aurait plus aucun endroit sur terre où elle pourrait espérer se cacher de leur colère. »
Quoi ?!
« Les ténèbres se tempèrent, homme-singe. Mais elle sont impatientes à éliminer ceux qui se fichent d'elles. La vie de votre commandante ne tient qu'à un fil. Et ce fil, c'est Lexa. »
Sire Falwaan pose un dernier regard sur le lieutenant et moi-même, puis commence à marcher loin d'ici.
Elle est partie… quitter la France.
« … »
C'est vrai, ça ?
Ce qu'elle a dit…
Une chasseuse ? Une putain d'humaine, et une chasseuse ?
Ils ont laissé vivre les prisonniers !
Ils ont laissé mourir les gardes homme-singes !
Ils nous ont trahis !
Sale…
Le visage de cette femme blonde apparait dans ma tête.
Tout ça à cause de toi !
Je me lève et abandonne là le corps du lieutenant, toujours à terre, sans vérifier s'il est encore en vie ou non.
Clarke Griffin, ta mort ne suffirait pas à expier tes fautes, à présent !
A suivre…
NA: si vous voulez avoir une idée de l'apparence de la taupe (le monstre de la coalition extrêmement laid que tout le monde évite), imaginez le monstre sur lequel est tombé Octavia dans la saison 2 de THE 100, quand elle était empoisonnée. Lincoln a même cru qu'elle était en plein délire dû aux hallucinations tellement il ne pouvait pas croire à l'existence d'un tel monstre.
