Précédemment : La guerre entre les chasseurs et les monstres est toujours en cours. A l'origine en faveur des membres de la coalition, celle-ci a finit par tourner du côté des agents de la commission lorsque leur chef, Célia Djvökick, a choisi de prendre le contrôle des opérations depuis les Etats-Unis. Clarke, commandante en chef des troupes coalisées de Lexa, finit même par s'évanouir en constatant l'ampleur du défi à relever : faire gagner le camp de celle qu'elle aime, et donc perdre celui dans lequel elle a grandi. Bellamy, son fidèle ami, se met en tête de l'aider. Mais les choses ne sont pas simples…


PDV Bellamy, 1 heure après la destruction du bâtiment où se trouvaient les prisonniers.

« Pfffff… HHHH… Pffffff… HHHHH… Pfffffff… »

Boum Baboum Baboum

Je m'écroule contre le mur derrière moi, exténué et haletant, tout en m'accrochant à l'ébrasement de sa porte.

« Pfffff… HHHH… Pffffff… »

J'ai l'impression que mon cœur va exploser. J'ai trop mal !

Je n'en peux plus.

« … »

C'est impossible !

Ils sont partout !

« Se faire traquer comme ça… par des agents de la commission, ses propres semblables ! Je me demande vraiment comment j'ai fait pour en arriver là ! »

Ereinté, je ferme les yeux et me remémore ce qu'il s'est passé plus tôt.

…...…..

…..

….

« Quatorze, quinze… encore deux autres un peu plus loin, dix-sept... Un dernier, juste à gauche, dix-huit ! Dix-huit chasseurs à Sauzon ! Pas étonnant que l'équipe avec le major général se soit faite avoir. On n'avait pas imaginé qu'ils en enverraient autant juste pour mettre la main sur un simple contact. » soupira sans retenue Bellamy.

Il se trouvait alors sur les hauteurs de la ville portuaire, sur quelques collines, observant ses cibles qui se trouvaient en contre-bas. C'était la solution qu'il avait envisagé après avoir constaté avec amertume la mort des soldats de la coalition, ainsi que l'évanouissement de son amie et commandante des armées : trouver ces hommes, et leur fait connaitre une terrible nouvelle qui les découragerait et leur ferait perdre toute envie d'aller se mesurer à l'armée de la reine des monstres, Lexa.

A pas plus d'un kilomètre en dessous de lui donc, se tenaient là, d'après ses propres constatations, pas moins de dix-huit chasseurs de la commission, ceux-là même qui avaient tué les monstres envoyés capturer le fameux contact dont tout le monde parlait tant. D'après certaines informations qui circulaient, seul le major général avait été épargné par les chasseurs, qui auraient préféré le garder vivant et prisonnier. Mais Bellamy ne se posa même pas la question d'où pouvait se trouver ce fameux prisonnier à cet instant, trop occupé à se concentrer sur la mission qu'il s'était lui-même conféré, dans le but de gagner un précieux temps, afin que les troupes de la coalition aient celui de pouvoir se ressaisir du choc qu'ils avaient, il n'y a pas longtemps encore, subi.

Bellamy aurait normalement dû se réjouir d'avoir si rapidement trouver ces chasseurs et d'avoir pu identifier leur nombre. Mais il en était incapable, affichant même une mine maussade. C'est qu'il devinait aisément que les chasseurs en question avaient pu déjà prévenir par radio le reste des leurs, se trouvant encore sur les navires à l'autre bout de l'île, auquel cas ces derniers n'auraient pas tardé à commencer à envahir celle-ci. Pensant à tout cela, Bellamy se sentait plus inquiet qu'autre chose.

Aussi ne perdit-il pas davantage de temps et se hâta-t-il de se diriger vers les quais.

En bas, Bellamy se montra plus prudent encore. Il n'y avait pas de monstres pour l'assister ou l'aider en cas de difficultés, après tout. Les seuls qui avaient pu être présents ici ces derniers temps étaient déjà tous morts. Il resta quelques instants dissimulés derrière quelques voiture garées, surveillant attentivement le comportement des chasseurs. Ceux-ci se tenaient à quelques encablures des plus gros bateaux actuellement amarrés.

Bellamy ne savait pas exactement comment il allait agir pour la suite de sa mission. Tant qu'il n'aurait pas identifier le bon bateau, il ne pourrait rien faire. Le temps passa. Bellamy attendit.

Environ une dizaine de minutes s'écoula avant que les chasseurs se mettent à agir davantage, cessant leurs discussions. Ils retournaient aux niveaux des embarcations. Ils s'arrêtèrent tout à coup, hélés par un autre homme qui se précipitait vers eux. Bellamy n'avait pas manqué la scène : il avait vu d'où était venu cet homme, et plus précisément, de quel bateau.

L'homme arriva au niveau des chasseurs et commença à leur parler de quelque chose que Bellamy ne put entendre. Il était trop loin. Peu importe. Si cet homme discutait avec les chasseurs, il en était probablement un, lui aussi. Bellamy en conclut deux choses. La première, c'est que les chasseurs n'étaient pas au nombre de dix-huit, non. Ils étaient plus nombreux encore. La deuxième, c'était que le bateau d'où était venu ce nouvel homme était, fatalement, un des bateaux de ces chasseurs. C'était un tout petit bateau, presqu'un chaland, équipé de plusieurs équipements divers et variés. Bellamy ne s'en étonna pas plus que cela. Une chose l'intéressait : comment il pourrait exploiter ce bateau.

Il jeta un dernier coup d'œil, prudent, aux chasseurs à nouveau en pleine discussion, et monta sur le chaland.

A bord de celui-ci, il choisit de se rendre immédiatement à l'intérieur de la cabine de pilotage. C'est là qu'il avait le plus de chance de trouver ce qu'il cherchait.

« Voilà. Une radio. » pensa Bellamy.

« Pourvu que… »

Il vérifia. Oui, la radio était déjà branchée à un canal. C'était ce qu'espérait le jeune homme, car il imaginait que le canal était relié directement à une des radios des chasseurs attendant sur les bateaux à l'autre bout de l'île, du côté de Kouar Huédé. Et c'était à eux que Bellamy voulait délivrer son message.

Il ne put réprimer un sentiment de joie, provoqué par le soulagement évident, qui naquit en lui.

Il n'attendit pas davantage et lança le contact.

Une voix sonna à travers l'appareil.

« Vous avez décidé ? Qu'allez-vous faire, maintenant ? »

Bellamy hésita quelques secondes.

Décidé ? Les chasseurs étaient donc en train de se concerter pour décider ? De la suite des opérations, probablement.

Le jeune homme ferma les yeux. Ses prochains mots allaient être décisifs pour l'avenir de la guerre. Il devait absolument se montrer convainquant. La vie de beaucoup de membres de la coalition en dépendait.

Ferme et assuré, il serra les poings et commença à augmenter son rythme cardiaque de sa propre volonté. Il avança son doigt jusqu'à son œil, et pénétra presque la pupille. Ce n'était pas suffisant. Il fallait plus. Plus pour être plus convaincant. Il serra les dents et enfonça son doigt plus loin encore.

Une douleur commençait à naitre dans son globe oculaire droit. Il ne voyait plus du tout, les larmes coulaient beaucoup trop et l'aveuglaient. Il saccagea toute la cabine autour de lui et se cogna même la tête contre une rambarde. Il était tout à fait déterminé à faire ce qu'il fallait, parce qu'il savait quels étaient les enjeux. Et surtout, il n'aurait pas de deuxième chance.

« On doit fuir ! » commença à hurler le jeune chasseur de la coalition, « il faut fuir ! Ils ont… ils ont u-… Ahh ! Non ! »

La voix à travers la radio n'attendit pas pour demander des explications.

« Hey ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi hurlez-vous comme ça ?! Qu'est-ce qu-… Bon sang, répondez ! Il se passe quoi de votre côté ?! »

L'inquiétude de la voix encouragea Bellamy à en faire plus encore.

« Non ! Pas… Pas possible, pas ça ! Non ! Quentin, évite-la ! N-… non ! »

Il sanglotait, se convainquant lui-même de voir un ami mourir sous ses yeux.

« Bordel, les gars, répondez ! Qu'est-ce qu'il se passe à Sauzon ! Qu'est-ce qu'il se pass-…'

« Ils viennent de tuer Quentin ! Ils l'ont tué, ces monstres ! C'est trop horrible ! Il faut fuir ! Marc, ne reste pas, non ! Le bateau ! Elle s'approche, cette chose s'approche ! »

« Quelle chose ? » s'enquit la voix, désemparée devant son impossibilité de prêter main forte aux chasseurs qui semblaient pourchassés et massacrés dans la ville portuaire.

« Cette chose, ce… C'est un ange de la mort, bordel ! Une faucheuse ! Ahh ! Ma jambe, non ! Laura, sauve moi ! Cette chose va me tuer ! Rahh ! »

« Quoi ? Un ange de la mort, qu'est-ce que vous racontez ?! »

« Au secours ! Sauvez-moi ! Non ! Elle va couler le bateau ! Fuyez ! Fuyez ! Ne venez pas sur l'île, ne venez pas ! Allez-vous en ! Fuy-… Glarghh ! »

Bellamy s'étouffa dans ses sanglots, et se laissa tomber, épuisé de sa performance.

La voix, elle, ne cessait pas de demander des nouvelles, de l'autre côté.

« Les gars ! Les gars ! Vous êtes là, ? Vous êtes vivants ? Je vous en prie, répondez ! »

Bellamy était à bout de souffle. Il s'efforça de se relever, saisit la radio, la souleva, et la frappa violemment contre l'unique meuble de la cabine. Il répéta l'opération plusieurs fois.

L'appareil était cassé.

Il souffla quelques instants, cherchant à récupérer ses forces.

Il était plutôt satisfait du résultat. Lui-même s'était impressionné dans tout cela. Comme il l'avait dit, si on ne pouvait gagner une guerre, alors il fallait empêcher l'ennemi d'y parvenir. Et effrayer toutes ces troupes positionnées sur les navires, à quelques miles des falaises de Kouar Huédé, étaient le meilleur moyen pour atteindre cet objectif. Il sourit. Un ange de la mort, hein ? C'était plutôt risqué, comme affirmation. La plupart des agents de la commission ne croyait pas à l'existence de telles entités. Mais après tout, plus un mensonge était important en proportion, plus on avait tendance à y croire, non ? Et puis Bellamy se souvenait surtout d'une chose que lui avait raconté son amie Clarke il y a un certain temps. Les faucheuses existaient bel et bien, et une d'entre elles, une certaine Pierre, était même l'allié de Lexa. Une alliée pacifique, certes, ce qui était assez ironique, d'ailleurs… Et puis Clarke avait raconté sa rencontre avec cette monstruosité dans le cimetière à Benjamin Philippe, le chasseur le plus important du pays. Il y avait donc bien un soupçon de vérité dans tout le mensonge qu'il venait de faire, non ?

Bellamy se forçait de penser à cela pour se convaincre qu'il avait bien agi.

« Pour le peuple de Lexa, et pour la paix mentale de Clarke. » pensa-t-il.

Sur ces pensées, il se releva. Le temps n'était pas au répit. Son stratagème ne servirait à rien si d'ici quelques dizaines de minutes, les chasseurs dehors sur les quais reprenaient contact avec les autres à l'aide d'une autre radio et leur racontaient qu'ils n'avaient jamais subi aucune attaque comme ceux-ci pouvaient le croire à l'heure actuelle.

Il n'y avait aucune autre radio à bord du chaland, Bellamy avait déjà vérifié. Mais peut-être sur d'autres bateaux… Ca, il n'en savait rien.

Il quitta la cabine dans le but d'aller vérifier si d'autres bateaux dehors pouvaient appartenir aux chasseurs.

Pourtant, une fois dehors, il ne put faire un pas. Il était tétanisé.

Un chasseur se tenait là, devant lui.

« Qui es-tu ? » interrogea le chasseur, suspicieux.

L'interrogé ne répondit pas.

« J'ai dit : qui es-tu ? » insista l'autre, « qu'est-ce que tu fais sur notre bateau ? ».

« J-… Je... » essaya Bellamy, « je me suis perdu ? »

Une excuse ridicule qui ne duperait personne. Mais il fallait pardonner Bellamy. Ce n'était pas dans sa nature profonde que de mentir, et il venait de concentrer toutes ses forces en la matière pour sauver la coalition d'une invasion à laquelle il savait que cette dernière ne pourrait résister. Il lui était donc momentanément impossible de produire une histoire pouvant tromper le tueur qui se tenait devant lui.

A l'expression que venait d'afficher le chasseur, Bellamy comprit que sa tentative de duperie avait échoué. Il pâlit. Cela inquiéta l'assassin professionnel. Il se dirigea vers Bellamy, mais ne s'arrêta pas face à lui et le dépassa pour se rendre dans la cabine.

Bellamy entendit un juron provenir de l'intérieur de l'habitacle. D'autres chasseurs apparurent pendant que le premier ressortait de la cabine.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? Qui est ce gars ? Qu'est-ce qu'il fait sur notre bateau ? »

« J'en sais rien, mais ce fils de pute a tout saccagé à l'intérieur ! »

« Quoi ? Il a quoi ? Pourquoi est-ce qu'il a fait ça ? »

« Demande-lui à c't'enfoiré ! »

« Hé, toi ! Qui es-tu et qu'est-ce que tu fais sur ce bateau ? » demanda un des hommes en empoignant Bellamy.

Ce dernier devina sans difficulté que les choses allaient rapidement mal tourner pour lui s'il restait là à parler à ses inquisiteurs.

Il repoussa celui qui l'empoignait et se précipita vers la terre ferme.

« Mais chopez-le ! » s'énerva le chasseur de la cabine.

Bellamy parvint à poser le pied à terre. Il courut. Peu importait la direction, l'important était de fuir loin de ces gens. Il regarda rapidement par-dessus son épaule pendant qu'il courrait. Ils s'étaient tous lancés à sa poursuite, sans exception.

« Il a détruit notre radio ! Ca doit être un monstre envoyé nous espionner ! On ne peut pas le laisser s'échapper ! On ne peut plus contacter les autres aux falaises à cause de lui ! »

« Il ne va pas vivre longtemps, ce connard ! »

Bellamy regarda devant lui. Ses poursuivants étaient plus nombreux que lui. Il ne pourrait pas leur échapper dans les rues. De plus, autre chose l'inquiétait. Ces chasseurs devaient forcément avoir des armes, même de petit calibre au moins, sur eux. Ils ne les avaient pas sorti jusqu'ici, certainement à cause des nombreux passants qui voyaient, étonnés, de nombreuses personnes se courir les uns après les autres le long de la chaussée, mais rien ne garantissait qu'ils ne s'en serviraient pas à un moment ou à un autre. S'ils devaient estimer que la capture -ou la mort- de Bellamy passait en priorité sur le fait de chercher à éviter d'être vu en train d'abattre arbitrairement une personne en pleine rue, alors Bellamy serait en très mauvaise posture. Et si un innocent devait finir par être blessé à cause d'une balle perdue…

A ce moment-là, Bellamy suait autant du fait de la course-poursuite que de la peur de mêler des civils dans toute cette affaire.

« Je dois attirer ces tueurs loin des bellilois. » pensa Bellamy.

Une autre personne aurait pu avoir un raisonnement différent face à une telle situation. Elle aurait pu considérer qu'il lui serait plus avantageux de rester courir au milieu de la foule, là où les chasseurs n'oseraient probablement pas faire feu. Mais Bellamy, lui, était une personne foncièrement bonne. Il avait commis de mauvaises actions au cours de sa vie, c'était certain, mais il n'était assurément pas une crapule qui mettrait la vie de personnes innocentes dans la balance pour augmenter ses propres chances de survie. Maman Blake -paix à son âme- n'avait définitivement pas mis ce genre de fils au monde.

Pendant qu'il continuait de courir sur la chaussée, Bellamy leva son regard en direction des hauteurs, à quelques centaines de mètres à sa droite. Il regarda ensuite derrière lui. Il avait un peu de marge. Pour lui, c'était le moment où jamais de quitter Sauzon. Il changea de direction et alla vers les escarpements de la ville.

Il commença à grimper. Un mètre, deux mètres, cinq mètres… Il se trouvait à plus de huit mètres de haut lorsque les chasseurs à ses trousses arrivèrent aux pieds des hauteurs qu'il était en train d'escalader. Ils avaient tous le même regard déterminé sur le visage. Ils voulaient sa mort. Bellamy ne se laissa pas impressionner, ni effrayer.

Son âme de combattant était en train de bouillir en lui. Seul, face à une vingtaine de tueurs aguerris et résolus. Ce qu'il vivait en ce moment, se faire traquer par les siens, était quelque chose qui avait déjà hantés de nombreuses fois l'esprit du jeune humain depuis qu'il avait finit par comprendre, un jour, qu'il ne pourrait empêcher son cœur de tomber amoureux d'une monstre immortelle. Et Bellamy s'était préparé à se battre jusqu'au bout pour elle. Ce n'était pas ce qu'il était en train de faire dans le présent moment, mais cela revenait au même. Il se battait pour une amie, dans une mission qu'il s'était lui-même arrogé. Une amie à lui et à la femme qu'il aimait. Et ça aussi, il le ferait jusqu'au bout.

Bellamy atteignit finalement le sommet des écores.

Il en profita pour reprendre sa respiration. Il n'avait jamais été un champion de l'escalade, avant cela. Il venait de se l'improviser, parce que sa vie était en jeu.

Il regarda ses poursuivants en contre-bas, toujours en pleine ascension.

Un sourire triste apparut sur son visage. Il se remit finalement à courir.

Courir. Car sa vie en dépendait. Il venait d'offrir un répit précieux à la coalition de Lexa en dupant comme il l'avait fait les chasseurs sous les ordres du chef Chris, ceux qui étaient sur leurs navires aux abords des falaises. Mais ça n'était pas suffisant. Clarke avait encore besoin de lui. Elle aurait toujours besoin de lui. Il avait toujours été son meilleur soutien, même à l'époque où ils étaient encore enfants, que Clarke fuyait toute relation avec sa mère tandis que Bellamy souffrait de son inquiétude liée aux problèmes de santé de la sienne, mère qui était d'ailleurs finalement morte sur son lit d'accouchement, sans même laisser le temps au petit Bellamy Blake de l'époque de pouvoir poser un seul regard d'amour fraternel à celle qui aurait pu devenir sa petite sœur si elle n'avait pas finalement dû perdre la vie avant même de l'obtenir. Ce jour-là, Bellamy avait perdu et une mère, et une sœur. Orphelin, il avait aussi perdu tout espoir en la vie, mais heureusement Clarke était apparue dans son monde, sinon quoi le jeune homme l'aurait-il déjà quitté lui aussi, sous le coup du désespoir. Sans aucun doute, il était important pour elle. Et elle était importante pour lui.

En cet instant, Bellamy parcourrait les plaines de Belle-île. Cette île si bien nommée, héritière encensée de Ptolémée, pouvait faire pâlir de jalousie bien des concurrentes. Elle avait en effet tout pour plaire : une position de choix au sein de la mer atlantique, un climat doux et léger, un charme authentique issu d'une histoire médiévale voire gauloise unique, des sites naturels de faune et de flore d'une beauté presqu'irréelle… Qui ne se damnerait pas, après toute une vie de dur labeur, pour pouvoir avoir la chance de finir ses jours en paix et reposer sur cette île ? Il était tellement dommage que la nature humaine soit si encline à la destruction qu'elle en était même venue à apporter une guerre jusqu'ici. Les cieux devaient bien se lamenter en constatant ce que monstres et humains pouvaient faire en ces lieux. Depuis quelques jours, maintes bellilois voyaient sur leur île défilement d'hommes armés, courses poursuites, meurtres, bâtiments explosés. Et tout cela sans explication. Quand allait-ce donc finir ?

Bellamy, mort de fatigue, venait d'atteindre un nouveau village.

Ses poursuivants n'étaient qu'à quelques centaines de mètres derrière lui.

Il s'épongea le front. Regardant ce qui se trouvait devant lui, il croisa , au milieu d'une pluralité d'attentions, le regard d'une petite fille et de sa mère. La peur était inscrite dans leurs yeux.

Cela peinait Bellamy, mais il savait qu'il allait devoir s'appuyer sur elles. Il s'avança jusqu'à elles et leur présenta un regard suppliant. La mère prit son enfant dans ses bras et la serra fermement, en signe de protection.

« Pitié… S'il-vous-plait. Aidez-moi… »

La mère étudia l'homme qui se tenait devant lui. Il avait l'air épuisé, faible, hagard. Il avait dû courir bien longtemps. La transpiration couvrait son corps tout entier là où elle ne pouvait voir de sueur, c'est qu'il y avait du sang la dissimulant. Le front et l'extrémité des doigts de l'individu en était recouvert. Ses fins vêtements, imbibés. Malgré tout, une chose retenait son attention. La lueur dans les yeux du jeune homme révélaient une ferme détermination. La belliloise secoua la tête en signe de négation : elle avait bien vu les dizaines d'hommes et femmes courant derrière lui tout à l'heure ils étaient tous armés et furieux. Très clairement, le suppliant n'aurait pas le droit de vivre longtemps s'il devait finir entre leurs mains. Elle avait alors compris que la personne qui se tenait devant elle était en danger de mort, et qu'il la suppliait de l'aider pour survivre. Malgré tout, la mère refusa de s'impliquer dans cette affaire. Sa fille était avec elle, et il était hors de question de la mettre en danger, fût-ce pour sauver une personne dont la vie pouvait être menacée.

Bellamy l'avait compris. Il n'en fut pas plus ébranlé que cela. Il était tout à fait normal et logique pour un parent de privilégier la sécurité de son enfant à la vie d'un étranger, après tout.

La mère prit sa fille par la main et alla se réfugier dans sa maison.

Bellamy soupira. Il se tourna et regarda le reste des villageois qui l'observaient depuis le devant de la porte de chez eux. Quand ils virent la mère et la fille rentrer dans leur maison, ils opinèrent de la tête et firent le même choix. Tous rentrèrent. Les étrangers venaient apporter des problèmes sur leur île ? Et bien qu'ils repartent avec ! Ils n'allaient quand même pas les accueillir dans leurs maisons…

Bellamy crut sentir son cœur se distordre à cette vision. Il était seul et épuisé. Ses poursuivants étaient sur le point d'arriver, et lui, il se ferait tuer.

Une voix surgit subitement depuis son dos.

« Tu as des soucis, jeune homme ? »

Bellamy se retourna d'un geste. Un très vieil homme se tenait là, debout devant lui. Un nouvel espoir venait d'apparaitre chez lui.


Trente secondes plus tard, il n'y avait absolument plus personne dans les rues du village. Les maisons avaient leurs portes et leurs rideaux fermés. Aucun bruit ne se faisait entendre. C'était… un village fantôme.

Les chasseurs de Sauzon arrivèrent.

L'un d'eux souffla :

« Où est-ce qu'il est passé ? »

« On l'a tous vu venir ici, non ? Ce village est trop petit pour qu'il puisse le quitter sans qu'on ne le voit partir. Il doit être dans une de ces maisons. »

« Une de ces maisons ? Ce sont toutes des propriétés privées. On ne peut quand même pas les fouiller chacune. »

« Il est tout de même bien ici. Ces maisons sont certainement habités, mais il en a peut-être trouvé une qui était vide. »

« En tout cas, on a bien distingué plusieurs personnes à l'extérieur des maisons quand on était en train de courir tout à l'heure. Ne me dites pas que je suis la seule à l'avoir vu parler à des gens. »

Les assassins étaient maintenant en train de fixer chacune de ces maisons, arborant des airs soupçonneux. Ce village était habité, mais pourtant personne ne se manifestait.

Un des tueurs se rapprocha de sa collègue, la dernière à avoir parlé, et lui chuchota :

« On est d'avis que l'homme que nous poursuivons est un monstre. Nous ne pas savons où se trouve l'armée de leur reine vampire, en ce moment. Ils peuvent être n'importe où. Tu ne penses pas que ces villageois peuvent en être aussi ? »

La chasseuse fronça les sourcils.

« Difficile à dire. D'aussi loin que je pouvais les voir tout à l'heure, ils n'avaient pas l'air d'être vêtus avec des habits de combat. Et ils n'étaient pas armés non plus. Pour autant, ils ne devraient pas laisser un étranger se cacher librement dans leur village, en effet. »

Le raisonnement des chasseurs était logique. Si ces villageois étaient venus en aide à la personne qu'ils traquaient, il y avait une bonne chance qu'ils soient des monstres comme lui. Et s'ils ne l'étaient pas, ils étaient au moins ses complices. Dans les deux cas, ces bellilois posaient problème…

Et ce genre de problème, malheureusement, les chasseurs avaient l'habitude de les éliminer par le sang.

« On fouille partout à l'extérieur des maisons, pour l'instant. Le puit, les voitures, derrière les rochers, partout ! Si on est vraiment certain qu'il est quelque part ici, on doit le trouver et lui faire nous dire pourquoi il a saccagé notre bateau. Je ne peux pas croire qu'il a pris tous ces risques juste pour le plaisir. Si vraiment on ne trouve rien, alors seulement on envisagera le cas de fouiller les maisons. »

Les chasseurs se mirent aussitôt en mouvement.

Et, sous les regards malheureux des villageois toujours recroquevillés dans leurs maisons, les chasseurs mirent le village entier dans un désordre indescriptible. Ils fouillèrent partout où il était humainement possible de se cacher. Une crevasse dans laquelle on pouvait se faufiler ? Un banc sous lequel on pouvait s'allonger ? Une toile sous laquelle on pouvait se dissimuler ? Tout fut retourné, et il ne resta rapidement plus rien qui ne se trouva pas sans dessus-dessous.

Mais les chasseurs devaient bien se rendre à l'évidence. Leur homme n'était pas là.

Alors leurs regards se tournèrent tous spontanément vers les demeures environnantes.

Inévitablement, leur cible se trouvait à l'intérieur.

Une chasseuse observa l'habitation qui se trouvait devant elle. C'était une petite maison en pierres blanches, d'un unique étage, pas bien grande. Le toit était fait de briques en céramique. Sur ce toit, une fenêtre surélevée de type velux trônait.

Un bon poste d'observation panoramique, pensa la chasseuse.

Elle fit un geste de la main pour demander à un collègue de l'accompagner.

Celui-ci vint toquer à la porte. Aucune réponse ne se fit entendre.

Sur hochement de la femme, le chasseur recula, puis chargea la porte. Celle-ci n'était qu'en bois, et ne résista pas à l'assaut de l'assassin.

Les deux tueurs pénétrèrent les lieux.

A l'intérieur, une atmosphère douce et chaleureuse régnait. Juste à l'entrée, des paires de souliers étaient étalés sur le sol. Les agents se rendirent dans la pièce qui devait faire office de salon. Il se trouvait trois tasses de thé encore à moitié chaudes sur la table. Le téléviseur était allumé, mais muet. Le seul être vivant, ici, était un chat noir endormi sur le canapé face au poste de télévision.

La femme se rapprocha de l'animal et le caressa gentiment.

« Dis, tu ne pourrais pas m'aider, toi ? Je cherche un vilain et méchant monstre qui vient d'arriver dans ton village. S'il reste ici, il va faire beaucoup de mal à ta maison. Tu veux bien m'aider à le trouver, pour que je puisse t'en débarrasser ? »

Le chat se réveilla, visiblement mécontent d'être interrompu dans son sommeil.

Qui était cette mégère qui se permettait de poser la main sur lui ainsi ?

Et qui était cet autre gus, qui reniflait les tasses de thé de sa maitresse, là-bas ?

Le chat tendit la patte vers la joue de la femme, comme s'il désirait la gifler. Mais l'humaine esquiva le mouvement. Le chat en profita pour s'échapper de l'emprise de son agresseur, sauta du canapé et grogna en direction de l'homme obsédé par les tasses de thé. Mais il se fit presqu'ignorer.

Le chat grogna plus fort, mais voyant que cela ne servait à rien, il choisit de monter à l'étage trouver ses maitres pour réclamer à ce qu'on jette ces impertinents dehors.

La femme regarda avec curiosité le comportement du félidé.

« Il dort comme une souche, et quand il se réveille c'est pour grogner. Dans une autre vie il aurait pu être un homme. » songea la tueuse, en fixant maintenant son collègue qu'elle connaissait suffisamment pour savoir qu'il avait lui aussi parfois un tel comportement.

Elle se leva et appela son pair d'un geste. Les deux montèrent les escaliers pour suivre le chemin qu'empruntait l'animal à quatre pattes.

Ils arrivèrent dans une chambre de taille modeste. Tout de suite sur leur gauche, se trouvait une petite table de nuit et à côté, un lit de taille enfantine. Au fond de la pièce, une grande armoire. Et en dehors du long tapis par terre, c'était là à peu près tout ce qu'il y avait dans la pièce. La femme observa à sa droite et remarqua la fenêtre qu'elle avait aperçue quand elle était à l'extérieur.

Bien. La vue d'ici pouvait l'aider à trouver le monstre qu'elle cherchait.

« Miaouu… »

Le chat miaulait, debout devant l'armoire de la chambre.

L'homme s'approcha et ouvrit le meuble.

« Hu hu… Hu ! Clovis… »

Une petite fille d'environ cinq ans était là, agenouillée dans la pénombre, cachée derrière les vêtements suspendus. Elle sanglotait.

Le chat monta la marche du meuble et alla grimper sur les genoux de sa maitresse.

L'assassin observait la scène avec attachement. Il se souvenait de l'époque où lui aussi avait eu un chat à la maison, un persan aux poils bruns. Sa fille l'aimait tellement. Malheureusement, il avait fini par mourir et ils avaient dû l'enterrer. Le cochon d'inde qu'il avait acheté ensuite n'avait jamais su gagner autant le cœur de son enfant, qui avait aujourd'hui neuf ans.

L'homme regarda son ex-compagne, qui observait l'extérieur depuis la fenêtre.

« Tu… qui es-tu, petite fille ? » interrogea l'homme, en se tournant à nouveau vers l'enfant.

« Je vous en prie, me faites pas de mal et à Clovis non plus. » dit la fille sans lever le visage.

« Je ne vais évidemment pas te faire de mal. Et je n'en ferais pas à ton chat non plus, promis. Tu veux bien sortir de cette armoire, dis ? ».

La fille leva les yeux en direction de l'homme, mais conserva une expression hésitante.

Elle serra Clovis, son chat, dans ses bras.

Celui-ci commença à grogner. Il n'aimait pas qu'on le tienne ainsi.

La fille hésitait toujours. Elle ne connaissait pas cet homme, et son chat n'avait pas l'air d'excellente humeur. Malgré tout… il dégageait une aura presque bienveillante, familière…

Un petit pied commença à sortir de l'armoire. Puis un deuxième…

« Ne sors pas, Justine ! »

L'homme se retourna sec à l'entente de ce cri, alors que les deux petits pieds s'étaient immobilisés.

« Ne sors pas ! Ne… ne leur fais pas confiance. »

C'était un petit garçon visiblement à peine plus âgé que la fille, qui venait de parler. La chasseuse, qui encore un instant avant scrutait l'ensemble des déplacements de ses collègues dehors, dans le village à travers sa fenêtre, avait été plus rapide que son ex-conjoint. Elle avait donc pu voir le garçon sortir à la hâte de dessous le lit de la chambre, lorsqu'il avait en même temps poussé son cri.

Elle saisit instantanément l'enfant par le col, le souleva et le plaqua contre le mur à côté de la fenêtre.

« Vérifie sous le lit ! » hurla-t-elle à l'attention de son collègue.

Après moins d'une seconde à avoir été sous le choc de la surprise, l'homme se jeta au sol et dirigea sa tête en direction du lit.

La petite fille en avait profité pour retourner se réfugier au fond de l'armoire.

Le chat grogna méchamment depuis les bras de sa maitresse, tentant vainement de se montrer féroce face à l'humaine qui tenait le garçon plaqué contre le mur. Cependant, il n'avait aucune chance d'impressionner la tueuse aguerrie. Celle-ci ignora l'animal.

« Il n'y a personne. » informa l'homme en se relevant.

La femme se retourna en direction de l'enfant.

« Qui es-tu ? » demanda-t-elle, resserrant sa poigne.

L'enfant gémit.

« Personne ! Raâh… »

« Qu'est-ce que tu faisais sous le lit ? »

« Je… rien. Rien du tout ! »

Elle souleva le garçon encore plus haut.

« Qu'est-ce que tu faisais sous le lit ?! »

« Arrêtez ! » intervint la fille dans l'armoire. « Laissez-le tranquille ! »

« Je me cachais ! » lâcha le garçon.

« Tu te cachais ? pourquoi ?! »

« A cause de vous ! » lâcha-t-il encore, avec un air de défi dans le regard.

L'assassin approcha son visage de son jeune prisonnier.

Ses yeux étaient plongés dans ceux de l'enfant, prêts à repérer le premier mouvement oculaire que pourrait faire celui-ci.

« Nous cherchons un homme venu du continent. C'est lui qu'on veut. Si tu me dis où il est, nous repartirons tout de suite. »

Le garçon ne réagit pas. Il soutenait le regard de la femme, animé d'un esprit rebelle.

Il avala subitement sa salive.

« Je ne vois pas de quoi vous parlez. Il n'y a pas d'étranger ici. »

La femme écarquilla les yeux, mais fronça les sourcils sitôt après.

Elle n'avait remarqué aucun mouvement dans le regard du garçon. Assurément, ce garçon était doué pour mentir…

« Bien… si tu le dis. »

Elle relâcha l'enfant qui tomba au sol.

La fille, dans l'armoire, souffla de soulagement. Pendant un moment, elle avait eu peur que la femme n'aille plus loin… Cette femme faisait peur !

L'homme hocha la tête.

« Bon ! Allons-y ! Si tu n'as rien pu voir par la fenêtre, on a qu'à aller fouiller les autres maisons. » lança-t-il à son ex-femme.

Celle-ci jeta un œil rapide sur son collègue. Puis ses yeux se posèrent de nouveau sur le garçon en face d'elle, mais avec cette fois-ci un air de dédain sur le visage.

« Très bien. Allons-y. »

Alors que l'homme commençait à prendre la direction de la sortie pour quitter la chambre, la femme se précipita et saisit d'une unique main le visage du garçon et le souleva, l'arrachant du sol.

Le mouvement avait été d'une très grande rapidité, à tel point que la fille de l'armoire ne la vit même pas se déplacer. Encore moins son collègue, qui l'ayant dépassé une seconde plus tôt, avait donc son ex-conjointe dans le dos.

La tueuse écrasa le visage du garçon contre la vitre de la fenêtre.

« Où est cet homme ?! » cria-t-elle à l'enfant.

Le tueur de la CIL se retourna à l'entente du cri.

« Qu'est-ce que tu fais ?! » s'exclama-t-il.

« Tu as trois secondes pour me dire où il se cache ! Un… »

Mais la femme, avant même de finir le décompte, commençait déjà à torturer l'enfant.

Sa main était puissante. Tellement puissante qu'elle aurait pu briser la nuque du garçon si elle l'avait voulu.

A ce moment, le crâne de l'enfant bellilois était aplati contre la vitre de la chambre. Le pouce couvrant le nez du petit être empêchait celui-ci de respirer. Et à l'arrière de la tête coulait les premières gouttes de sang.

La fille, Justine, était en larmes.

« Arrêtez ! Arrêtez ! »

Voir un tel spectacle lui était épouvantable. Toute sa vie, elle avait vécu dans le calme et la tranquillité. A ses yeux, ce qu'il se passait en ce moment était d'une véritable cruauté.

Clovis quitta les bras de sa maitresse et bondit au sol. Il courut jusqu'à la tortionnaire et commença à lui mordre la jambe.

« Deux… »

« Arrête ça, bon sang ! Ces enfants sont innocents ! Laisse les tranquille, Rachel ! » hurla le tueur.

« Je vous en supplie, arrêtez ! » pleurait à la mort Justine.

« Dites-moi où il est ! »

« Mais on n'en sait rien ! »

« Te fous pas de moi ! Je ne suis pas une conne qui gobe toutes les conneries d'enfants dégueulasses et menteurs comme vous ! Dites-moi où il est ou je vous tue tous les deux ! »

Le cœur de la petite fille innocente était au bord de la rupture. Elle ne supportait pas tant de souffrance. Elle vivait un cauchemar émotionnel tandis que le garçon contre la vitre en vivait un physique.

« Je vais tout vous dire ! Je vais tout vous dire ! Je vous en supplie, relâchez-le ! »

La femme menaça.

« Parle ! »

Entre le sang qui coulait et les poumons qui n'étaient plus oxygénés, le garçon victime de la femme se dirigeait ou vers l'évanouissement, ou la mort.

« Maman est partie il y a trois heures ! Elle est partie dans un village voisin pour aller voir une amie, elle a dit ! »

L'homme s'interrompit. De quoi parlait Justine ?

« Elle est partie parce qu'elle était pressée, je vous le jure ! Libérez mon frère ! »

« Qu'est-ce que tu me chantes, foutue gamine ? » s'énerva la femme.

« Je vous promets, c'est la vérité ! Et tout à l'heure il y a eu beaucoup de bruits dehors, on a cru que c'était les habitants d'un autre village qui arrivaient. Mais il n'y avait que vous, alors Gael et moi on s'est caché ! On avait peur, mais on a vu personne d'autre, je vous le promets ! »

Elle balbutia.

Si cette femme ne lâchait pas son frère maintenant, c'est elle qui allait mourir. Son cœur ne tiendrait pas plus longtemps !

« Je vous en prie, pitié… Relâchez Gael, je vous en supplie… »

Elle ne criait plus. Elle n'en avait plus la force.

L'homme était songeur.

Il n'y avait donc personne d'autre dans la maison… C'était parce que leur mère était partie.

Quelle mère indigne laisserait seuls ses deux enfants pendant trois heures alors que des assassins se baladent sur l'île, pensa le tueur.

Il en voulait vraiment à son ancienne femme, à ce moment. C'était une véritable monstre pour traiter ainsi des enfants !

Il observa d'un air navré la petite fille dévastée, sans s'excuser devant elle pour autant. Il se rappela subitement d'un chose.

« Les trois tasses de thé, dans le salon… c'était pour ton frère, ta mère et toi ? »

Justine leva les yeux et regarda l'homme.

Elle hocha la tête.

« Ta mère était pressée donc elle n'a pas bu son thé… Mais pourquoi vous, vous n'avez pas bu le vôtre ? Et pourquoi est-ce qu'il est encore chaud ? »

Cela ne se voyait pas sur son visage, mais il était un peu suspicieux.

La fille renifla.

« Maman… Je veux pas boire mon thé sans maman. Je croyais que c'était elle dehors, qui était en train de revenir avec d'autres villageois et faisait tout ce bruit. J'ai réchauffé le thé pour qu'on puisse le boire tous ensemble… Mais c'était pas elle… »

Le cœur de l'homme se serra davantage.

Cette fille était… un ange ! C'était cruel de lui faire tant de mal.

Il se retourna d'un air sévère vers sa collègue.

« Tu es folle ? On s'en va tout de suite ! Et à partir de maintenant, c'est moi qui interroge les habitants, tu m'entends ? »

Il était hors de question qu'ils restent une seconde de plus ici. Il se battrait avec son ex-femme s'il le fallait.

Ses doutes envers l'histoire de Justine avaient totalement disparus.

La tueuse, elle, pensait complètement différemment.

Jusqu'ici, elle était simplement en colère contre les enfants. Elle sentait qu'ils mentaient, elle en était convaincu. Et, ayant entendu mensonges sur mensonges toute sa vie durant, elle ne pouvait que détester que des enfants de même pas dix ans se mettent à lui mentir. Mais là, ce n'était plus de la simple colère. C'était de la haine qui commençait à naitre chez elle. Cela s'expliquait par le fait qu'ils avaient réussi à retourner son ex-conjoint contre elle.

Elle se sentait manipulée, insultée. Et elle détestait ça.

« Tu ne vois pas qu'ils se fichent de nous ? » dit-elle à son ex-conjoint.

« Non. Tu en as assez fait comme ça ! On s'en va, et tout de suite ! »

« … »

La femme regarda le garçon toujours coincé entre sa main et la vitre. Elle écarta son pouce pour le laisser respirer.

L'enfant était à deux doigts de l'évanouissement.

« Relâche-le. » dit l'homme.

A chaque insistance de l'homme, c'était l'amertume qui grandissait dans le cœur de la femme.

Elle relâcha le garçon, Gael, qui tomba au sol.

L'homme grimaça de mécontentement mais ne dit rien. Il fit un pas en direction de la porte de la chambre.

« Allons-nous en. »

Tout à coup, la femme assassin se jeta sur le garçon. Le poing fermé, elle l'abaissa pour l'enfoncer jusque dans le crâne de sa victime. L'homme se retourna et observa, sidéré, la meurtrière marteler l'enfant à mort.

Les os de l'enfant étaient compressés sous l'impact.

Le sang coulait à ne plus cesser.

Elle releva Gael et le souleva, plaçant sa tête face à la vitre.

Elle plaça ensuite un doigt sous l'abdomen de l'enfant. Pile entre les deux côtes. L'enfant ouvrit les yeux. Un instant plus tôt, il était en train de perdre connaissance. Mais les coups sans pitié de la femme l'avaient ramené à lui.

« Rachel ! » hurla l'agent de la CIL.

« Gael ! » fit de même la sœur du garçon.

« Si tu ne me dis pas tout de suite ce que je veux savoir, tu meurs. » fit la tueuse d'un ton sans équivoque, en même temps qu'elle commençait à presser le doigt contre le ventre de Gael.

« Là-bas ! Là-bas ! » hurla l'enfant au désespoir.

« Où ? » s'écria la femme.

Le garçon pointa une maison du doigt, à travers la vitre.

« La maison bleue, là-bas. Avec le toit orange ! Je l'ai vu rentrer là-dedans. Il y avait un vieux monsieur avec lui, il l'a fait rentrer dans la maison. Ils se cachent, je les ai vu ! »

« Où ? Où est-ce qu'ils se cachent ? Quel étage ? Quelle pièce ? Derrière quel meuble ? »

« J'en sais rien, pitié ! Je vous dis tout ce que je sais ! Tout le monde les a vu rentrer dans cette maison, dans le village. Mais ils ont fermer les portes et fenêtres. Et la lumière, aussi ! Mais ils sont rentrés là-dedans, je vous le jure ! »

La femme regardait la maison que lui désignait l'enfant à travers la fenêtre.

C'était une grande maison. Le monstre qu'elle recherchait pouvait se trouver n'importe où, à l'intérieur.

Elle bougea le garçon et le força à la regarder dans les yeux.

Il était terrifié.

Elle sourit. Cette fois-ci, il avait enfin dit la vérité. Il était dommage qu'elle ai dû passer par tout ça pour le faire parler…

Elle reposa l'enfant à terre.

L'homme, son collègue, à côté, restait muet.

Il regardait le garçon d'un œil étrange.

Celui-ci avait été posé au sol par la femme, mais il n'avait maintenant aucune force dans les jambes. Il tomba une nouvelle fois au sol.

Impuissant. Le petit garçon s'était sentit totalement impuissant contre cette femme trop dangereuse.

Il avait essayé d'aider l'étranger arrivé plus tôt à se cacher parce qu'il avait compris que les gens qui le poursuivaient étaient des gens mauvais. Mais ça c'était retourné contre lui.

La femme regarda le garçon avec un peu de pitié. Elle était navrée pour lui. Sincèrement. Elle ne prenait pas de plaisir à faire du mal aux autres comme ça, surtout lorsqu'il s'agissait de jeunes enfants. Mais elle avait une mission, à savoir faire rentrer les agents de la CIL sur cette île pour qu'ils puissent ensuite se rendre sur le continent et tuer la reine française, une des personnes les plus puissantes et dangereuses vivant sur cette planète. Elle devait punir le monstre qui avait détruit la radio lui permettant d'être en contact avec ses collègues sur les falaises. Et elle devait punir ces enfants qui s'engageaient sur une mauvaise voie en mentant aussi effrontément dès un si jeune âge.

En tant qu'agent de la commission internationale, elle était garante de la survie de l'humanité, et elle devait parfois faire des choses sales pour assurer cette survie. C'était cela, être un agent de la CIL.

« Les adultes ne sont pas des idiots. Ils voient très bien quand des stupides gamins comme vous essaient de leur mentir. La prochaine fois, fais en sorte de ne pas mentir aux grandes personnes, garçon. Et tu deviendras un homme bien. » lâcha la femme.

Elle observa son ex-mari d'un air triomphant. Elle venait de lui prouver qu'elle avait bien fait d'aller jusque-là pour obtenir les informations qu'elle voulait.

« On y va. » lui dit-elle, « on peut partir maintenant. On sait où est notre cible. »

Elle quitta la pièce.

L'homme, lui, était encore debout. Il observait la fille, sortie de son armoire.

Elle baissait les yeux, n'osant pas croiser le regard de l'adulte en face d'elle.

Elle lui avait menti. Il était intervenu en sa faveur, au bénéfice d'elle et de son frère. Et elle lui avait malgré tout menti.

Elle faisait tout pour éviter son regard.

Maintenant, c'était l'homme qui avait de l'amertume dans son cœur. Il avait pris la défense de ces enfants, et cette garce lui avait menti ! Elle avait de la chance de ne pas avoir été frappé, au final. Mais son frère avait payé pour elle.

La chasse des monstres était la priorité de tout chasseur. Comment ces gamins avaient pu oser leur empêcher de leur donner les informations dont ils avaient besoin ? Les humains qui prenaient la défense des monstres étaient des traitres à leur espèce !

A présent, l'homme éprouvait quelque peu du mépris à l'encontre de la petite belliloise. Et il était déçu.

Même si la fille ne pouvait évidemment pas savoir que l'homme que son frère et elle avaient tenté de protéger était un monstre, il ne pouvait lui pardonner et il ne souhaitait pas voir ce visage de traitre plus longtemps. A la suite de sa collègue, il quitta donc finalement la chambre, puis la maison.

A l'extérieur, la femme avait déjà averti tous les autres chasseurs présents. Ceux-ci avaient tous interrompu leurs fouilles et s'étaient rassemblés autour de la maison bleue au toit orange.

Sur les instructions de la femme, une quinzaine de tueurs professionnels étaient maintenant autour de la grande maison, l'encerclant complètement. Les quatre derniers chasseurs, eux, étaient ceux qui allaient pénétrer la maison et retourneraient chaque meuble, chaque tapis, chaque objet de la demeure jusqu'à retrouver leur proie, et le misérable vieillard qui avait osé lui venir en aide.

Ils étaient tous assoiffés de sang, à présent.

Ils savaient où était leur cible et ses heures, ses minutes même, étaient comptés. Aujourd'hui, un enfoiré de monstre allait mourir.

Du moins c'était ce qu'ils pensaient.


« Gael ? Gael ! Tu m'entends ? »

A l'intérieur de la maison que venaient de quitter les deux assassins, Justine était penché sur le corps ensanglanté de son frère.

« Ai mal… » expira le garçon.

Justine pleurait.

« J'ai cru qu'elle allait te tuer. »

« … »

« Pourquoi t'as fait ça, hein ? Pourquoi tu leur as dit tout ça ? »

« Je t'ai dit… je t'ai dit de pas leur parler, Justine. Ces types étaient dangereux. »

« Oui, mais pourquoi tu leur as dit que monsieur Bellamy se cachait chez toi ? Ils vont détruire ta maison, à fouiller partout… »

« Y'a personne à la maison, c'est pas grave… »

Justine pleurait. Gael était un héros, à ses yeux.

Elle, elle n'aurait jamais réussi à mentir aussi parfaitement à cette horrible femme, surtout si elle eût dû être maltraitée comme il l'avait été. Si Gael ne s'était pas manifesté tout à l'heure en sortant de sa cachette, c'est elle qui se serait faite violenter à ce point. En sortant de sa cachette, Gael avait protégé Justine du pire. Et si lui était capable d'endurer la souffrance infligée par cette femme et de lui cacher la vérité sur l'endroit où se cachait réellement l'étranger du continent, alors comment aurait-elle pu elle-même parler et tout révéler ?

Gael était à peine plus âgé qu'elle, mais il était vraiment courageux.

« Ils sont chez toi, maintenant, Gael. Qu'est-ce qu'on fait ? »

« Peux pas marcher… Va chercher grand-père, s'il-te-plait. »

Justine hocha la tête.

Elle se leva et courut jusqu'à la porte de la chambre, où elle se mit à descendre les escaliers de la maison quatre à quatre, laissant Gael et Clovis seuls à l'étage.

Elle arriva dans le salon et se dirigea en direction des toilettes. Elle les dépassa et arriva dans un angle mort de la maison. En face d'elle, il n'y avait rien, si ce n'est un immense coussin en forme de gros ballon mou. Elle le fit rouler sur le côté. Alors, apparu une trappe en bois dans le plancher en marbre de la maison.

Elle toqua trois fois d'affilée, fit une pause, puis frappa encore deux fois.

TOC TOC TOC

TOC TOC

Puis elle recula.

Quelques secondes plus tard, la trappe s'ouvrit d'elle-même.

Une tête apparut.

« Grand-père… » commença à pleurer Justine.

« Titine, qu'est-ce qu'il se passe ? » s'inquiéta le grand-père.

« Ils ont fait du mal à Gael. Beaucoup de mal. »

Elle se jeta dans les bras du vieil homme.

Une deuxième tête apparut, sortant du plancher par la même trappe.

Elle regarda le vieil homme et la petite fille.

« Du mal ? Où est Gael ? » demanda la personne, inquiète.

« Monsieur Bellamy, Gael est en haut ! Et il n'arrive pas à marcher ! »

C'était effectivement Bellamy qui venait de sortir du plancher de la maison, où il s'était caché avec le vieil homme qui l'avait accueilli quand tous les autres habitants du village l'avaient évité pour ne pas attirer les ennuis chez eux.

Bellamy regarda la fille, puis courut se précipiter à l'étage.

Il trouva le jeune Gael dans un état préoccupant.

« Gael ? » interrogea l'agent de la commission, inquiet de la santé de l'enfant.

« Pas crier. Mal à la tête… » protesta Gael.

« Le monsieur et la dame qui sont entrés. C'est eux qui ont fait ça. » prononça Justine qui venait de rejoindre les deux garçons, accompagnée de son grand-père.

« Gael ! » dit le vieil homme en voyant l'état de son petit-fils.

« Pas crier. » répéta le garçon.

Bellamy serra le poing à en saigner.

Une vive colère l'animait.

Quand il était entré dans cette maison, le vieil homme lui avaient présenté Justine et Gael.

Justine était la fille de la propriétaire de la maison, qui était elle-même la fille du vieil homme. Celui-ci étant veuf depuis des années, il vivait depuis un certain temps chez sa fille et sa petite fille. Gael, lui, était le fils de l'autre fille du vieil homme. Il était donc le cousin de Justine, et non son frère comme tous les deux l'avaient affirmé devant les assassins un moment encore auparavant. Sa mère était actuellement sur le continent pour affaires, et ce depuis deux semaines. Pour ne pas laisser son fils seul, la mère avait demandé à sa sœur, la mère de Justine, de bien vouloir garder son enfant.

Ainsi, la maison de Gael, celle aux murs bleue et au toit orange, avait portes et fenêtres fermées depuis deux semaines. Quant à Justine, elle vivait à présent avec son cousin, sa mère et son grand-père dans sa propre demeure. Seulement, la maman de Justine étant partie il y a trois heures chez une amie à elle, le vieil homme s'était donc retrouvé seul avec les deux enfants.

Les trois résidents de la maison, comme tous les autres du village, avaient vu Bellamy venir ici. Ils avaient également vu les autres chasseurs le poursuivre. Or, le vieil homme était encore plus vieux que son apparence ne le laissait suggérer, et il considérait comme une mauvaise action de ne pas venir en aide à quelqu'un se trouvant en difficulté. Les deux enfants n'étaient pas en désaccord avec lui sur ce sujet et par conséquent, tous trois avaient naturellement accepté de cacher Bellamy chez eux.

Au début, ils avaient tout simplement fermé les portes et les fenêtres de la maison. Mais ayant compris que les personnes dehors ne se contenteraient pas de fouiller l'extérieur du village et allaient bientôt se permettre de rentrer dans les bâtisses, ils abandonnèrent précipitamment les tasses de thé que Justine avait préparé pour Bellamy, Gael et elle-même. Bellamy et le vieil homme allèrent se cacher sous le plancher mais l'espace y étant restreint, les enfants ne purent les rejoindre. Ils cachèrent alors la trappe avec le coussin en forme de ballon, et montèrent eux-mêmes se cacher à l'étage.

En se cachant en bas, ni Bellamy ni le grand-père ne s'étaient attendus à ce qu'il arrive autant de problèmes aux enfants en haut. Et ils n'apprirent ce qui c'était passé à l'étage que quand ils y montèrent eux-mêmes, après que Justine soit venu les chercher et frappe le code leur permettant de comprendre que les assassins étaient partis : trois coups, une pause, puis deux autres coups.

A présent, Bellamy s'en voulait vraiment d'être entré dans cette maison.

« Monsieur Bellamy, qui sont ces gens ? Pourquoi est-ce qu'ils font tout ça ? » interrogea Justine.

Elle n'était pas habituée à vivre de telles injustices. Elle avait voulu se montrer aussi généreuse que son grand-père et aussi courageuse que son cousin, mais c'était vraiment beaucoup pour elle.

Bellamy regarda la petite fille innocente.

Il ne pouvait pas lui dire la vérité. Il ne pouvait pas lui dire que c'étaient des assassins professionnels qui tuaient des monstres, des vampires et des hommes-singes. Il ne pouvait pas lui dire qu'il y en avait des centaines d'autres attendant à quelques kilomètres d'ici, sur des bateaux, et qu'on cherchait à le tuer parce qu'il avait détruit la radio qui leur permettait de communiquer entre eux.

« Ce sont… des mafieux. »

Gael regarda Bellamy. Le garçon ne savait pas seulement mentir. Il savait voir quand on lui mentait.

« Des mafieux ? » s'exclama une Justine apeurée, « mais pourquoi ils veulent vous faire du mal ? Et pourquoi ils s'en prennent à nous ? »

Bellamy ne répondit pas. Il n'avait pas de réponses satisfaisantes en tête.

« Les mafieux s'en prennent à tout le monde, Justine. » intervint Gael.

« Mais… la police ? Ils n'ont pas peur de la police ? Il faut les appeler ! »

Bellamy pâlit.

En détruisant cette fameuse radio, il avait temporairement sauver la coalition, mais il avait mis en danger bien trop d'innocents. Il était évident qu'au moins une personne dans ce village avait déjà appeler la police. Et ils allaient venir à un moment ou à un autre. Mais contrairement aux villageois qui devaient penser que la police viendrait les secourir, Bellamy savait qu'il n'en serait rien.

On parlait de tueurs professionnels, là ! D'assassins équipés de fausses cartes d'identités, entrainés pour pourchasser, torturer et tuer. Des gens potentiellement équipés d'armes non conventionnelles, à qui on enseignait que purifier la planète de toute menace par le meurtre et le massacre était une bonne action.

Polices, lois, gouvernements… Les chasseurs de la commission ne se soumettaient à aucune autorité si ce n'est celle de leurs propres responsables supérieurs.

La police allait bientôt être là, oui. Mais Bellamy le savait, elle se ferait massacrée sans état d'âme.

« La police ne pourra rien faire. » soupira Bellamy.

Gael le crut sans difficulté. Il avait expérimenté dans sa chair et dans ses os la dangerosité d'avoir affaire à ces gens-là.

« Vous devez partir d'ici. » affirma-t-il.

Les trois autres autour de lui le regardèrent, estomaqués.

« Ils en ont après vous, non ? Vous ne devez pas rester, ou sinon ils vont vraiment vous tuer. Vous n'avez aucune chance si vous restez ici. »

Justine était dans une situation assez étrange. Elle était attirée par Bellamy. Pour le peu de temps qu'elle avait passée avec lui, elle l'avait vu comme un homme fiable, fort et digne de confiance. Il était pourchassé par des assassins sanguinaires, et était blessé lorsque son grand-père l'avait ramené chez elle. Pourtant, malgré tout ça, il s'était montré très gentil et tendre avec elle. Elle aurait été très heureuse s'il avait pu être son grand-frère. Mais en même temps, elle se sentait inférieure, vis-à-vis de son cousin et de son aïeul. Elle voulait en faire plus pour Bellamy mais en même temps, elle avait peur des conséquences. Les gens qui voulaient tuer Bellamy étaient effrayants. Elle avait cru, tout à l'heure, que l'homme, contrairement à la femme, pouvait être plus gentil mais en fait, il ne l'était pas au vu du dernier regard qu'il lui avait dédié. Elle ne voulait plus avoir affaire à eux.

Elle posa sa main sur celle de l'agent de la CIL.

« Monsieur Bellamy, tu dois partir. Sinon tu seras en danger. »

Elle était inquiète pour lui.

Bellamy était inquiet pour eux.

« Regarde-toi, Gael. Tu as besoin de soin ! Je ne peux pas partir. Et puis ils risquent de revenir s'ils ne me trouvent pas ailleurs dans le village. »

Gael sourit.

« Grand-père était docteur avant, et il a tout ce qu'il faut pour les premiers soins ici. J'ai envoyé les méchants chez moi, à l'autre bout du village. Au pire, s'ils ne te voient pas, ils penseront que tu as fui et quitté le village pendant qu'ils cherchaient du mauvais côté. Ils ne reviendront pas ici. »

Bellamy pesa le pour et le contre.

Gael disait vrai. S'ils ne l'avaient pas trouvé ici, ils ne reviendraient certainement pas l'y chercher une seconde fois. Et puis, le danger le suivait où qu'il aille. S'il partait ailleurs, il emmènerait le danger ailleurs et donc sauvait ces bellilois des ennuis qu'il leur avait causé.

Le choix était fait.

« Dans ce cas, j'accepte de partir… Mais tu me promets que ça ira pour toi, Gael ? »

« … »

Gael ne répondit pas.

« Chacun sera récompensé selon ses œuvres, jeune homme. » dit le grand-père, convaincu, « Gael ira mieux. Je prendrai soin de lui. »

Bellamy en fut rassuré.

« Titine, reste avec Gael un instant. Je vais accompagner ce jeune homme pour qu'il quitte la maison discrètement. »

Justine hocha la tête et accepta, même si ce n'était pas ce qu'elle voulait le plus à cet instant.

Puis, les deux plus âgés de la maison descendirent l'escalier et retournèrent au niveau de la trappe.

« Il y a un passage, au fond. Quand mes filles étaient jeunes, elle l'avaient creusé pour s'enfuir de la maison sans que je ne les remarque. La mère de Justine l'aimait tellement que c'est ma femme et moi qui avons dû partir d'ici quand elle a été en âge de se marier. Je ne suis revenu ici qu'une fois veuf, ma femme étant partie… Il est un peu étroit pour vous, mais le tunnel s'étend sur une dizaine de mètres. Vous serez suffisamment loin de la maison quand vous sortirez pour que personne ne vous remarque. Vos ennemis ne vont retrouveront pas. »

Bellamy regarda le vieil homme. Il était impressionné.

Il était un inconnu pour cette famille mais ils faisaient pourtant tant d'effort pour lui. Il croyait et espérait de plus en plus dans les idéaux de Lexa. Si monstres et humains pouvaient se montrer aussi solidaires entre eux tous les jours que ces bellilois à ce moment… Les monstres n'auraient plus à se cacher à la vue des gouvernements, et la commission en tant qu'organisme de lutte -disons d'extermination- des monstres n'aurait plus lieu d'être.

Lexa… Si Bellamy parvenait à la revoir un jour, il ploierait définitivement le genou devant elle, et lui jurerait sa loyauté jusqu'à la mort. A ses yeux, c'était maintenant comme ça qu'un agent de la CIL réellement soucieux de l'avenir de l'humanité devait agir : se battre pour parvenir à vivre en paix avec les monstres. Et non pas chercher à les tuer.

Il remercia le vieil homme et se prépara à passer par la trappe quand une petit voix l'appela.

« Monsieur Bellamy ! »

Il se retourna.

Justine courut vers lui et s'arrêta à un pas, hésitante.

Il la regarda tout sourire. Il avait déjà compris que cette petite fille était intéressée par lui. Il s'approcha et la prit dans ses bras.

Justine fut surprise un instant, et s'apprêta à le repousser mais choisit finalement de ne pas s'enfuir et d'apprécier les bras du jeune adulte. Justine s'en voulait souvent de ne pas être aussi courageuse que son cousin. Quand elle avait rencontré Bellamy, un homme capable d'être aussi gentil avec les autres dans une situation où sa vie était manifestement en danger, elle l'avait tout de suite admiré. Elle se sentait moins indigne de lui qu'avec Gael parce que contrairement à Gael qui avait son âge, Bellamy était un adulte. Du point de vu de la jeune fille, les adultes étaient toujours plus courageux et plus forts que les enfants, donc cela ne la dérangeait pas qu'il soit aussi formidable quand elle l'était beaucoup moins.

Elle ne s'attendait pas du tout à cette marque d'affection, et l'accepta volontiers. Elle aurait tellement aimé que Bellamy puisse être son véritable grand frère. L'espace d'un instant, alors qu'elle se trouvait dans ses bras, elle se convainquit qu'elle était sa petite sœur. Elle crut réellement à ce lien filial avec cet étranger qu'elle venait de rencontrer, génial à ses yeux. Et elle en fut heureuse. Et savoir que son frère allait pouvoir s'enfuir sain et sauf du danger que représentaient les deux dizaines d'assassins situés à l'extérieur la soulagea.

Sentant que Bellamy était en train de relâcher son étreinte, elle embrassa rapidement sa joue. Et, toute rose, elle courut remonter à l'étage, veiller sur Gael.

Bellamy sourit.

Les bellilois étaient des gens charmants. Ils méritaient vraiment une si belle île. Cette pensée renouvela son désir ardent de partir, afin d'écarter ces gens innocents de tout danger.

Il descendit les marches du petit escabeau situé sous le plancher. Puis, pénétrant l'étroit tunnel, il commença à se faufiler, mètre par mètre, jusqu'à l'extérieur. Le grand-père referma la trappe.

Bellamy était parti.

Dix minutes plus tard, la porte de la maison s'ouvrit brusquement.

Une personne surgit dans la pièce. Puis une autre. Puis une troisième.

A présent, ils étaient quatre, et chacun affichait un visage rempli de colère et d'impatience.

Sans aucune hésitation, la première personne du groupe se dirigea vers l'escalier de la maison, et les quatre atteignirent la chambre de l'étage.

Dans cette chambre, un vieil homme et une jeune fille étaient assis autour d'un petit garçon. C'étaient Justine et son grand-père, qui soignaient Gael. Ils n'avaient pas encore remarqué qu'ils n'étaient plus seuls dans la maison.

L'un des quatre avança et se dirigea en direction des bellilois.

Justine fut la première à le remarquer. Elle hurla.

« Titine ? » demanda le grand-père qui ne pouvait voir le nouveau venu situé dans son dos.

Celle-ci ne dit rien mais pointait la personne du doigt, tremblante.

Le vieil homme se retourna et vit ce que sa fille désignait du doigt. C'était un homme qu'il ne reconnaissait pas.

« C'est eux… c'est eux… » prononça Justine avec crainte.

Le grand-père regarda sa petite fille sans comprendre.

Une nouvelle personne apparut dans le dos du premier.

« C'est elle… » dit Justine, « elle a fait du mal à Gael. »

Gael, qui était presqu'inconscient jusqu'ici, ouvrit soudainement les yeux. Il reconnut le visage de sa tortionnaire, et de l'homme qui l'avait accompagné tout à l'heure. Derrière eux, se tenaient un autre homme et une autre femme.

Gael crut entendre son cœur hurler au désespoir.

Qu'est-ce qu'il faisaient là ?!

La femme assassin leva la main gauche et montra une photo aux trois bellilois. Gael et Justine pâlirent.

Sur la photographie, on voyait Gael, plus jeune, assis sur les genoux de sa mère. Cette photo, Gael l'avait oublié mais elle devait être accrochée au mur, dans un cadre, dans sa chambre, dans la maison bleue au toit orange, là où il habitait réellement.

La femme regarda les deux enfants avec une colère non dissimulée.

« Vous m'expliquez comment un frère et sa sœur vivent dans deux maisons différentes ? »


Cela faisait plusieurs dizaines de minutes environ que Bellamy avait quitté le village où il avait été accueilli par un vieil homme et ses deux enfants.

Il marchait le long de la route sans savoir où il allait. Il avait un but, au départ. Retrouver les membres de la coalition ainsi que Clarke. Elle était l'actuelle chef de l'alliance des monstres dans toute l'Europe occidentale. Et il voulait l'aider, retourner auprès d'elle pour l'assister et la conseiller dans ses fonctions.

Mais depuis quelques minutes, il n'arrivait pas à sortir une image de son esprit.

Gael.

Ce jeune garçon très courageux qui était couché sur le sol, baignant dans son sang dans sa propre maison.

Bellamy ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui. Allait-il bien ? Et sa cousine, Justine, allait-elle bien elle aussi ?

Quant au vieil homme…

Bellamy s'arrêta subitement de marcher.

Il était partagé entre se rendre aux côtés de Clarke et s'en aller s'assurer de la sécurité des bellilois.

Il n'y avait aucun chasseur à ses trousses. Que se passait-il ?

Il ferma les yeux.

Le silence régnait autour de lui.

Mais ce n'était pas le cas partout sur l'île. D'un côté, avec cette folle de Djvökick s'en prenant à la coalition, l'armée de Lexa pouvait être en danger. Et de l'autre, avec ces impitoyables chasseurs, les bellilois n'étaient pas plus en sécurité.

Rejoindre Clarke ? Retourner au village ?

Ne sachant quoi décider, Bellamy choisit de s'en remettre à un choix mathématique.

Qui était le plus proche ? Clarke, ou le village ?

Bellamy connaissait la réponse. Il choisit de revenir sur ses pas.

Maintenant, il fallait prier pour qu'il ai fait le bon choix.


Dans le petit village bellilois, la confusion régnait.

Les habitants étaient à genoux, tous regroupés et agenouillés par rangée face aux agents de la CILCFO, dont quelques un les tenaient en joue. Aucun n'osait parler : devant eux, debouts, cinq agents de police ainsi qu'un homme étaient menacés par des armes. Trois autres avaient leurs corps étendus au sol, une balle logée dans la tête.

Justine étaient à genoux avec le reste des villageois. Son cousin, Gael, se tenait à côté d'elle mais n'ayant pas la force de rester agenouillé, il était simplement allongé par terre, sur le ventre.

Les deux enfants regardaient leur grand-père aux côtés des agents de police.

BANG

Presqu'instantanément au coup de feu, un nouvel agent de police tomba au sol, mort.

Justine ne cessait de pleurer. Gael, lui, maudissait dans son cœur ces assassins au cœur immonde. Ils réclamaient depuis une vingtaine de minutes qu'on leur livre un étranger, promettant qu'ils partiraient dès qu'ils parviendraient à mettre la main sur lui. Mais là, ils assassinaient sans remord des policiers devant les yeux de tous. Et les villageois ne pouvaient rien y faire : ils savaient que si l'un d'entre eux bougeait, il finirait lui aussi avec une balle dans la tête.

« Prévenir la police ? Prévenir la police ? » répétait une des assassins. C'était celle qui violentait Gael il y a moins d'une heure encore.

« Prévenir la police ? On vous dit qu'on veut récupérer un homme dangereux, qui est susceptible de vous faire du mal à vous, ou à n'importe qui d'autre sur cette île. Et vous au lieu de nous dire où il se trouve, vous appelez la police ? »

Elle faisait les cent pas, furieuse, marchant devant les villageois terrorisés. Elle les observait tous avec attention, attendant que l'un finisse par s'effondrer et déballer tout ce qu'il savait. Mais cette fois, elle serait sans pitié. Elle ne laisserait pas quelqu'un ouvrir la bouche pour dire quelque chose qui lui ferait perdre son temps. Elle avait déjà été dupée une fois par un enfant. On ne l'y reprendrait plus.

Elle ne savait pas où se trouvait sa cible à l'heure actuelle. Mais elle avait le sentiment que Gael et Justine le savaient. Cependant, ces deux-là restaient muets comme des tombes. Depuis sa première expérience avec eux, elle avait déjà compris que les rouer de coups jusqu'à ce qu'ils en meurent ne servirait à rien. Elle avait donc envisagé une nouvelle approche : utiliser le vieil homme qu'elle avait surpris avec eux lorsqu'elle était retournée dans la maison. Peut-être qu'ils seraient capables de dire quelque chose d'intéressant pour sauver la vie de ce vieil homme. Elle avait eu l'intention de s'en prendre à lui dès le départ, mais plusieurs voitures de police étant arrivés au même moment, elle avait choisi de s'en servir comme exemple afin de donner davantage de poids encore à ses menaces.

Malheureusement pour elle, elle voyait de la douleur et de la colère dans les yeux des enfants, mais aucun signe de faiblesse ni d'intention de parler.

La tueuse se retourna vers un de ses collègues et fit un simple signe de la main.

BANG

Un nouveau corps tomba au sol.

Il n'y avait plus que trois agents de police en vie, à présent. Après cela, viendrait le tour du grand-père.

La femme pestait.

Ces enfants avaient un problème ? Ils ne voulaient vraiment pas parler alors que des agents de police venus spécialement pour les aider se faisaient abattre les uns après les autres devant eux ? Qu'est-ce que ce maudit monstre avait de spécial pour qu'un village entier préfère mourir plutôt que de le dénoncer ?

Ce qu'elle ignorait, c'est qu'en dehors de Gael, Justine et le grand-père lui-même, aucun autre villageois n'avait la moindre idée d'où pouvait se trouver l'homme que recherchaient les tueurs. Et puisqu'il était déjà manifeste que la femme assassin soupçonnait ces trois-là plus que tout autre, les villageois n'avaient aucun intérêt à les dénoncer davantage.

Pendant que la femme ruminait sa colère, plusieurs assassins de la CIL discutaient entre eux. L'un d'eux s'approcha de la tueuse et vint lui murmurer quelque chose à l'oreille.

La femme fronça les sourcils en écoutant ce que l'homme lui disait. Elle ferma les yeux et se mit à réfléchir.

La situation dans laquelle elle se trouvait l'énervait vraiment. Elle était en train d'opérer sur le continent européen, où devait avoir lieu une guerre tout à fait vitale pour la CIL. Il existait une monstre en ce monde qui contrôlait la moitié d'un continent, contrôlait une partie du gouvernement d'un pays, bloquait les frontières, empêchait quiconque de circuler, et régnait comme cela lui chantait. Cette reine était si dangereuse qu'il avait fallu envoyer une agent d'élite l'espionner pendant deux ans pour recueillir les informations nécessaires à la préparation de son élimination. Et là, alors qu'elle avait été envoyée ici pour que l'invasion des troupes aboutisse, de fichus villageois bellilois s'interposaient et venaient en aide à un monstre qui avaient détruit son moyen de communication avec les troupes situées plus loin.

Ces villageois avaient beau ignorer l'existence des monstres et de la CIL, pour la tueuse de la commission, ce n'était rien de plus que de l'obstruction, de la résistance bornée et stupide. Elle considérait la mission qui lui avait été confiée comme la plus importante de sa carrière mais malgré tout, elle ne réduisait pas l'importance de celle-ci à la seule traduction de son intérêt dans sa vie professionnelle elle la concevait comme fondamentale pour l'ensemble de l'espèce humaine, quelque chose qui la dépassait : assurer le passage des troupes sur l'île pour envahir la France et tuer la reine vampire relevait de l'intérêt supérieur de l'humanité. Rien n'était plus important. Dès lors, voir des gens s'opposer à elle la poussait dans une rage et une incompréhension folles. Des humains qui l'empêchaient d'accomplir sa mission étaient des traitres et ces traitres, elle mourrait d'envie de les exterminer.

Malgré tout, elle devait se rendre à l'évidence : elle ne parvenait à aucun résultat. Elle ne savait toujours pas où se cachait le monstre.

Son collègue venait de lui suggérer de se repencher sur l'essentiel : prévenir les troupes sur les navires, près des falaises de Kouar Huédé, que leur contact de Sauzon était en sécurité et qu'ils pouvaient maintenant avancer sereinement sur l'île pour rejoindre le port afin d'embarquer sur les bateaux prêts à les emmener sur le continent. Sans radio, le seul choix restant était d'aller prévenir les troupes en traversant l'île à pied. Jusqu'ici, la femme avait refusé de choisir cette option parce qu'elle ignorait les positions des troupes de la coalition sur l'île et qu'il y avait de grandes chances qu'en se rendant jusqu'aux falaises où se trouvaient leurs alliés, ils tombent sur des monstres et ne se fassent tuer, ce qui les empêcherait définitivement de faire parvenir le message souhaité. C'était pour cela qu'elle avait privilégié la capture du monstre : il souffrirait pour la destruction de la radio, et il informerait les chasseurs des positions de la coalition sur l'île pour qu'ils puissent ensuite aller rejoindre leurs alliés sur les falaises sans risque. Mais comme venait de lui faire remarquer son collègue, en ce moment, ils ne faisaient que perdre du temps.

Elle accepta finalement de prendre le risque.

« Très bien. Prends une dizaine d'hommes avec toi, récupère la voiture des policiers, et tente de te rendre jusqu'aux falaises. »

L'homme acquiesça et se prépara à appeler du monde avec lui, lorsque la femme le rattrapa par l'épaule.

« Il y a trois voitures. Prends-en deux, laisse nous la troisième. S'il y a quoi que ce soit dont tu aurais besoin de nous contacter, utilise la radio qu'ils ont dans leur voiture. Et sois prudent. »

L'homme hocha la tête, prit onze autre chasseurs avec lui, et avec les deux voitures, partit à la recherche des falaises.

La femme lâcha un soupir.

Elle se retourna vers les agents de police encore vivants, toujours en joue.

Elle s'approcha de l'une d'eux, passa derrière elle et, lui saisissant la nuque, elle l'étrangla violemment. La policière posa rapidement une main sur son cou, essayant de repousser celle de la tueuse qui l'étranglait. Mais sa force était loin d'être suffisante. Elle commença à se contorsionner et se débattre, les yeux grossissant à l'œil nu. Elle étouffait. La femme derrière elle continuait à maintenir son emprise, un air résolu sur le visage.

La policière souleva le bras droit et tendit sa main dans le vide, comme si elle voulait saisir quelque chose. Puis le bras retomba. Les jambes s'affaissèrent. Elle tomba au sol.

Elle était morte.

Les deux autres policiers et le vieil homme fermèrent les yeux, choqués.

La tueuse se retourna vers l'agent qui les tenait en joue.

Ces gens-là ne parlaient pas ? Tant pis pour eux !

« Une balle dans la tête. Les trois. »

« Grand-père ! » hurla Justine.

La femme se retourna en direction de la voix. Remarquant Justine, elle se dirigea vers elle.

« Justine ! » hurla le grand-père apeuré, lorsqu'il vit la meurtrière approchée de l'enfant.

BANG

Justine couvrit sa bouche de ses mains, horrifiée. Elle n'en croyait pas ses yeux.

Le tueur armé venait de faire feu sur son grand-père.

Le corps du vieil homme s'effondra au sol.

« Grand-père ! »

Gael était en larmes.

La femme souleva Justine et plongea ses yeux dans les siens.

« Où est le monstre que je cherche ?! » demanda-t-elle à la petite fille anéantie.

Elle ne s'en était pas rendue compte, mais elle venait d'employer le mot "monstre" devant des personnes extérieures à la CIL.

BANG

Un nouvel agent de police tomba au sol.

« Où est-il ?! » hurla la femme aux oreilles de la petite belliloise, « où es-… »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Une force venait de se jeter sur elle et de la projeter au sol.

Justine retomba sur les fesses.

L'assassin qui tenait le dernier policier en joue se retourna en voyant sa collègue poussée par une force inconnue.

Voyant que l'agent détournait le regard, le policier se jeta sur le tueur et le roua de coups, l'insultant de tous les noms.

Justine se releva et courut en direction de son grand-père.

« Grand-père ! Grand-père ! Relève-toi ! »

Juste à côté d'elle, l'assassin jurait. Il venait de se faire avoir comme un débutant, et maintenant il devait se battre contre un agent de police rempli de haine à son encontre.

L'un comme l'autre désirait tuer leur adversaire.

Le seul fait de se tenir à côté de ces deux hommes, se bagarrant et se disputant pour la possession d'une unique arme actuellement aux mains de l'assassin de la CIL, était dangereux. Seulement, Justine n'en avait pas conscience. Elle ne pensait qu'à une seule chose, et cette chose, c'était son grand-père qu'elle voulait voir se relever.

« Grand-père ! Relève-toi ! »

Les cinq autres assassins qui jusque-là entouraient les villageois et les menaçaient de leurs armes commencèrent à réagir.

Deux d'entre eux coururent vers le policier et l'assassin. Un autre s'empressa de rejoindre leur collègue féminine qui s'était faite projetée. Les deux autres choisirent de rester sur leurs positions et gardèrent les villageois en joue, qui ne cessaient plus d'hurler de peur.

Le chasseur arriva au niveau de la femme assassin.

« Rachel ! »

La femme repoussa l'homme qui s'était jeté sur elle mais celui-ci lui bondit à nouveau dessus, posa une main ferme contre la bouche de celle-ci et, passant derrière elle, tenta de l'étouffer.

Tout à coup, l'homme interrompit sa course en voyant le visage de l'assaillant qui venait juste de passer dans le dos de Rachel.

Il était stupéfié.

Le monstre !

Le monstre qu'ils s'efforçaient depuis des heures de trouver et de tuer !

Il était là, et il s'en prenait directement à l'une d'eux.

Son visage se renfrogna.

Puisqu'ils l'avaient trouvé, il était temps de le tuer. Ensuite viendrait le tour des villageois rebelles !

Le tueur se précipita pour se jeter en direction de Bellamy.

Voyant un adversaire arrivé, Bellamy arqua son dos en forme de pont et posa un pied sous l'arrière de la femme qu'il tentait d'étrangler. Au moment où l'assassin ne se tint plus qu'à un mètre de lui, il poussa sur son pied et envoya la femme voler sur l'homme. Elle retomba sur lui.

Bellamy se releva d'un bond et courut en direction de Justine.

Les deux chasseurs partis interrompre l'affrontement entre le policier et leur collègue firent feu sur lui. Une des balles l'atteint à l'épaule.

Il ignora la douleur, sauta sur Justine et la recouvrit de son corps.

Les chasseurs tirèrent à nouveau. Une nouvelle balle l'atteint.

« Justine » cria Bellamy entre deux coups de feu, « tu ne peux pas rester ici. »

Une troisième balle l'atteint.

Les chasseurs arrivèrent au niveau de Bellamy.

Mais celui-ci, voyant qu'ils étaient maintenant suffisamment proches, se releva et se jeta sur eux.

Il attrapa le bras de l'un des deux assassins et, par une surprenante agilité, parvint à lui faire perdre équilibre et à tomber au sol.

Il roula derrière le corps du tueur qui venait de tomber et plia le bras de celui-ci vers l'arrière.

Le deuxième homme, qui était aussi tombé, braqua son arme vers Bellamy. Mais il ne pouvait tirer. Celui qu'il prenait pour un monstre se servait de son collègue comme bouclier.

« Tuez-le ! Tuez-le ! » hurla la femme assassin à ses semblables.

L'assassin qui se mesurait au policier dirigea subitement le regard en direction de Bellamy. Voyant qu'il avait un angle de tir, il abattit son poing sur le visage du policier qui en fut légèrement sonné.

Il visa Bellamy avec son arme et tira.

La balle atteignit Bellamy et perça son dos.

Bellamy, sentant la douleur, transforma involontairement celle-ci en force, et l'employa à briser le bras du chasseur qu'il gardait prisonnier contre lui.

Il tourna sa tête en direction de l'endroit d'où la balle qui avait atteint son dos avait dû être tirée et remarqua le chasseur armé qui se préparait à tirer une seconde fois.

Bellamy observa le bras qu'il venait de briser. Dans la main se trouvait une arme. Il la saisit et tira sur le chasseur. Celui-ci fut touché à l'avant-bras.

COUTCH

Bellamy venait de recevoir un violent coup à la tête.

C'était le chasseur précédemment tombé à terre qui s'était rapproché et l'avait frappé d'un coup de pied.

« Monsieur Bellamy ! » hurla Justine.

Celui-ci entendit la voix et repéra la fille qui hurlait de peur pour lui.

Lui s'inquiétait pour elle. Elle allait se faire tuer si elle restait au milieu de cette violente mêlée.

Bellamy regarda en direction des villageois. Les deux derniers chasseurs qui les menaçaient de leurs armes empêchaient ceux-ci de pouvoir fuir.

Bellamy s'emplit de fureur. Il se releva précipitamment et vint frapper au niveau du thorax du chasseur qui lui avait donné un coup de pied. Celui-ci s'écroula sous la violence du choc.

Bellamy se pencha brièvement, récupéra l'arme de celui qui tombait à terre et sans prendre le temps de viser réellement, tira en direction de l'un des chasseurs menaçant les villageois. La balle passa à deux millimètres de l'oreille de sa cible. Cette dernière fut prise d'une colère immense et dirigea son arme en direction de Bellamy. Il tira mais Bellamy n'eut pas de peine à éviter de se faire toucher.

A présent, trois chasseurs, celui qui affrontait auparavant le policier, ainsi que les deux autres qui avaient voulu le rejoindre, se ruaient sur Bellamy.

Bellamy était entre deux feux : les trois chasseurs qui venaient se ruer vers lui, et les deux chasseurs menaçant les villageois qui lui tiraient dessus.

Il plongea à terre.

Les balles passèrent au-dessus de lui.

Les trois assassins parvinrent à son niveau, mais Bellamy avait eu le temps de se mettre sur le dos, et quand les tueurs se trouvèrent juste au-dessus de lui, il frappa rapidement leurs abdomens et les repoussa avec ses pieds.

Avec une grande furtivité, il ramassa une nouvelle arme et fit une nouvelle fois feu sur les chasseurs contenant les bellilois.

Ceux-ci n'en purent plus de se faire tirer dessus et décidèrent de rejoindre directement le combat.

A présent, il y avait sept assassins qui affrontaient Bellamy. Mais plus aucun ne menaçait les bellilois de leurs armes. Bellamy en fut soulagé. Il regarda alors Justine qui se tenait non trop loin de lui. Tant qu'il se montrerait dangereux, les assassins ne se préoccuperaient pas d'elle. En revanche, elle risquait toujours de se prendre une balle perdue.

Bellamy n'était pas un agent d'élite de la commission. Ses capacités physiques étaient loin d'équivaloir celle d'un grade S. Aussi, pour lui et contrairement à Clarke, affronter sept autres agents de la commission à lui seul était du suicide. Malgré tout il se battait. Il avait déjà renoncé à sa propre survie tout ce qui l'intéressait c'était de sauver ces villageois.

Il avait déjà été touché par quatre balles qui l'avaient atteint à différents endroits du corps. Il hurla et plongea sur les chasseurs qui étaient derrière lui, surprenant ceux-ci qui ne s'attendaient pas à une telle réaction.

Aux fonds d'eux, ils pestèrent tous machinalement de l'état de berserk de leur adversaire…

Belle-île-en-mer n'avait jamais été aussi animée que le jour où des anthropomorphes non-humains y affrontèrent des humains monstrueux.

Un spectacle de sang, de violence et de haine sans pareille.

Dans un village ordinaire de l'île, sept hommes et femmes affrontaient actuellement de toute leur force un adversaire dont ils désiraient la mort.

Cet adversaire, obnubilé plus que tout par la sécurité d'une enfant qui se trouvait juste derrière lui, avait déjà huit balles logés dans le corps.

« Monsieur Bellamy ! » hurlait la fille qui versait autant de larmes que son protecteur versait de sang.

Au moment où un des nombreux assassins sauta pour attraper sa cible, Bellamy se jeta au sol et saisit la cheville de son opposant, puis frappa puissamment sous le genou. L'homme perdit l'équilibre et commença à tomber.

Les six autres, dont la majorité étaient encore armés, se figèrent une seconde. Il ne fallait pas qu'ils fassent feu sur un des leurs.

Bellamy profita de ce moment d'hésitation et tira sur l'un d'eux qui s'écroula, blessé.

Les cinq autres se retournèrent pour constater que leur ami avait été touché à la poitrine. Leur rage était immense.

Ils braquèrent tous leurs armes et bombardèrent leur cible qui resta couché, planqué derrière l'assassin qu'il maintenait au sol en guise de bouclier.

L'arme de Rachel vide, cette dernière jeta son arme qui lui était désormais inutile.

Elle courut, dégagea le corps de son collègue capturé par son ennemi et le saisit par le bras. Elle s'apprêtait à le tuer quand une balle surgit de nul part et toucha son front. Elle recula d'instinct, lâchant Bellamy.

Le policier, le dernier vivant des huit venus au départ en réponse à l'appel des villageois, était celui qui venait de tirer sur la tueuse. Il avait retrouvé conscience depuis le violent coup de poing qu'il avait subi plus tôt de la part d'un des assassins, et avait compris que s'il voulait venger les siens morts exécutés, il avait tout intérêt à venir en aide au seul homme dans ce village actuellement assez courageux pour affronter ces sauvages de tueurs sans pitié.

Rachel avait bondit en arrière lorsqu'elle avait été touché au visage. Par conséquent, il venait de sauver Bellamy. Il ne s'arrêta pas là. Les autres tueurs un peu derrière avaient tous vidé leurs chargeurs sur Bellamy c'était maintenant le moment des représailles.

Il hurla de toutes ses forces et tira à l'aveugle sur les assassins de la CIL. Les balles se jetèrent sur leurs cibles comme si elles avaient héritées de la rage irascible du tireur et, à l'impact des corps, pénétrèrent et déchirèrent la chair des agents de la commission. Deux d'entre eux moururent sur le coup.

Les autres furent outrés. Comment un simple agent de police osait s'opposer à eux ?

Mais, sur le champ de bataille, se poser ce genre de questions n'était pas une bonne idée. C'était oublier qu'ils affrontaient sur le moment un adversaire encore bien plus dangereux que ce policier : Bellamy.

Bellamy, même si ses adversaires l'ignoraient, était lui aussi un agent de la CIL. Il était lui aussi un tueur, un chasseur, un assassin.

Il avait lui aussi été formé pour cela, pour tuer.

Et contrairement aux agents en face de lui, Bellamy avait eu une enfance vraiment très difficile.

Enfant, il avait été rejeté socialement par les jeunes de son âge alors qu'il était encore tout petit. Enfant, il avait vu sa mère le quitter en mourant sans qu'il ne puisse rien y faire. Enfant, il avait été enlevé par des criminels et des trafiquants de traitre humaine. Enfant, il avait vu la mort bien trop de fois et il avait dû apprendre à la donner pour survivre.

Toutes ces expériences lui avaient conféré une force de caractère immense, un esprit perspicace et pragmatique. Des atouts, qui, entre les mains d'un assassin professionnel tel que lui, faisait qu'il était absolument impossible que sa concentration, dans une situation de vie ou de mort, s'attarde sur autre chose que l'élimination de la menace qui se manifestait devant lui.

Lorsque les agents de la commission internationale subirent les tirs de l'agent de police et virent deux des leurs en mourir, ils oublièrent momentanément Bellamy.

Une erreur fatale.

Bellamy ne se préoccupa ni du policier, ni des deux assassins morts il se préoccupa uniquement de ceux qui étaient en vie.

Les quatre assassins regardaient tous, à ce moment-là, celui qui autrefois portait le nom d'agent de la paix -c'était avant qu'il ne voit ses amis se faire assassiner sous ses yeux.

Bellamy en profita et se jeta sur Rachel.

Il positionna son pouce au-dessus de sa gorge, le reste de sa poigne enserrant son cou. Il appuya.

Les yeux de la femme assassin virèrent au blanc.

Ce monstre allait vraiment essayer de la tuer ?

Insupportable ! C'est lui qui était censé mourir ! Pas elle !

Elle souleva ses mains et les pressa à son tour autour du cou de son agresseur.

Il serait celui qui mourrait ! Pas elle !

Les quatre autres tueurs se rendirent alors compte de ce qui était en train de se passer.

Ils coururent soutenir leur collègue.

Celle-ci mourrait d'humiliation. Elle s'était acharnée à débusquer son ennemi, et maintenant qu'elle l'avait trouvée, elle allait mourir de ses mains. Elle ne supportait pas l'idée de devoir être sauvée par ses homologues, qui étaient des hommes. C'était à elle de le tuer !

Et elle allait le faire maintenant.

Elle convergea toutes ses forces dans les muscles de ses doigts son visage s'en crispait sous l'effort.

Ce qu'elle ignorait, c'est que Bellamy aurait déjà pu la tuer s'il l'avait voulu. Il était physiquement plus puissant qu'elle et la force de sa poigne aurait pu l'achever en moins de trois secondes. Mais Bellamy n'avait pas mis toute sa force pour une raison toute simple : il était en train d'affronter les siens. Des humains. Des agents de la CIL, comme lui.

Bellamy savait tuer mieux que quiconque mais il n'aimait pas le faire.

Les quatre tueurs étaient juste à côté de lui, l'ayant rejoint pour secourir leur camarade.

Les voyant, Bellamy relâcha son étreinte et jeta la femme sur les quatre hommes qui tombèrent au sol.

Le policier, lui, avait couru récupérer une autre arme par terre. Il n'était pas fou comme ces huit assassins désespérés sans arme, il savait qu'il n'avait aucune chance.

Il braqua son arme et tira.

Un nouveau chasseur fut touché.

Les tueurs jurèrent. C'était vraiment top déroutant d'affronter ces deux-là : l'un était blessé à de multiples endroits, perdant des litres de sang, et l'autre n'était qu'un simple agent de maintien de l'ordre, étranger à leur guerre et n'ayant certainement jamais appris à tuer. Et pourtant, ils les affrontaient avec une grande vigueur, les blessaient et même les tuaient.

Un des chasseurs, dissimulés derrière ses partenaires qui se courbaient et se protégeaient mutuellement des tirs du policier, profita d'un moment d'inattention de leurs deux ennemis pour s'éclipser du combat. Il rejoignit la voiture de police garée plus loin et passa un appel de détresse sur une certaine radio…

Pendant ce temps, les autres chasseurs devaient faire un choix. L'homme qu'ils prenaient pour un monstre, bien que grandement blessé, semblait encore très agile et puissant l'autre, le policier, était désormais le seul homme armé. Ils ne pouvaient se disperser et aller affronter quelqu'un chacun de leur côté.

Le choix était : qui éliminer en premier ?

La réponse leur vint naturellement : le monstre paraissait être le plus dangereux. Il savait vraiment se battre. A l'opposé, le policier avait une arme dont les munitions n'étaient pas inépuisables. De plus, il était complètement étranger à leur guerre… Son sang allait couler le premier !

Ils chargèrent tous le policier. Celui-ci fut surpris d'être attaqué par autant de monde mais il ne lâcha pas son arme et attaqua de plus belle. Ses cris couvraient même le bruit des détonations produites par les tirs.

Trois balles atteignirent encore les chasseurs, mais aucun ne tomba au sol. Puis, le chargeur se tût.

Le policier fut circonspect une seconde.

Il avait beau appuyer sur la gâchette, plus rien ne sortait.

Il pâlit.

Il jeta son arme et tenta de courir pour s'échapper, mais les assassins le rattrapèrent et lui sautèrent dessus. Deux d'entre eux lui saisirent les bras pour l'immobiliser, un autre se jeta pour écraser et bloquer ses jambes afin de l'empêcher de fuir encore. Rachel, la femme, atterrit sur la poitrine de la pauvre victime et, plaçant ses pouces sur les yeux du policier, elle commença à presser. Dans son esprit, elle enfoncerait ses doigts jusqu'à ce que ces yeux se retrouvent à l'arrière du crâne : c'est ainsi qu'allait mourir cet homme, le crâne et le cerveau creusés par le passage de ses propres globes oculaires.

Tout à coup, la femme fut soulevée dans les airs, portée à bout de bras par une force énorme. Les chasseurs levèrent les yeux et, stupéfiés, remarquèrent Bellamy venu au secours de l'agent de police.

Il soulevait Rachel qui se trouvait ainsi à près de trois mètres au-dessus du sol.

Un chasseur tenta de saisir Bellamy et de le plaquer au sol mais celui-ci ne réagit même pas à cet assaut. Son corps tint fermement debout.

Il serra sa prise et, de toutes ses forces, écrasa le corps féminin sur le sol.

Les os de la femme vinrent se briser au contact du sol. La force de l'impact fut totalement destructrice pour elle. Sa colonne était brisée, et se fut son propre crâne qui finit anéanti.

« Rachel ! » hurla un chasseur.

Le cœur de Bellamy faiblit lorsqu'il constata ce qu'il avait fait.

Il n'avait pas souhaité que la femme meurt. Son désir de sauver le policier avait été tel que, dans sa précipitation à tirer Rachel d'où elle était, il ne parvint pas à contrôler sa force correctement lorsqu'il décida de la relâcher.

Son esprit quitta alors un instant le combat, désemparé.

Un chasseur, furieux, se jeta sur Bellamy et commença à l'étrangler.

Les autres, eux, restèrent sur le corps du policier et se mirent à l'écarteler vivant.

Sentant son souffle le quitter, Bellamy revint à lui et constata la mort imminente du policier. Son cœur cria. Il était hors de question que cela arrive. Il ne voulait pas que quelqu'un d'autre meure à cause de lui. Il n'en pouvait plus de toutes ses morts.

Il rugit à l'intérieur de lui-même.

Son esprit combatif se renforça encore, et il dirigea sa tête vers celle du chasseur qui l'étranglait. Le choc violent secoua les deux hommes mais Bellamy fut le plus rapide à s'en remettre. Il se remit sur ses pieds et frappa à mort son adversaire qui, encore sonné, ne put absolument pas résister. Le tueur s'écroula, vaincu.

Bellamy courut pour franchir les quelques mètres qui le séparait des trois assassins menaçant la vie du policier. Ceux-ci, qui étaient pleinement concentrés à tuer leur proie, remarquèrent l'assaut tardivement. Un nouvel assassin mourut sur le coup.

Les deux derniers assassins pâlirent. Le policier était au bord de la mort mais il était encore vivant. Pourtant, il fallait qu'ils le libèrent s'ils voulaient pouvoir se défendre contre ce danger qui se précipitait vers eux. L'un d'entre eux décida finalement de lâcher le policier et frappa Bellamy au genou. Celui-ci tomba et se cogna violemment.

Le tueur bondit sur lui et le roua de coups continus.

L'autre chasseur, qui avait dû renoncer à tuer le policer par l'écartèlement après s'être retrouvé seul, fit de même sur sa propre cible.

A présent, c'étaient deux hommes qui en frappaient deux autres. Et les vies des deux victimes allaient bientôt disparaitre à leur tour.

Bellamy était épuisé. Ces dernières heures, il avait couru, grimpé, sauté, esquivé des projectiles mortels… Il était en sang et en nage. Son esprit était brouillé, confus sous la fatigue omniprésente.

Les coups que lui infligeaient le chasseur ne lui faisaient même plus d'effet. Il était déjà à l'article de la mort, à l'agonie.

Tout à coup, une voix s'écria.

« Monsieur Bellamy ! »

C'était Justine, cette petite belliloise, qui hurlait son nom.

Justine mourrait. Elle mourrait parce que le grand-frère qu'elle aimait mourrait. Ce cri, c'était son cri d'agonie à elle.

Elle se précipita sur le chasseur qui frappait l'adulte qu'elle ne connaissait que depuis peu et commença à son tour à taper.

« Monsieur Bellamy ! Monsieur Bellamy ! » hurlait-elle.

Plus loin, Gael criait également.

« Justine ! Va-t-en ! »

Son cœur à lui était en train de lâcher. Comment pourrait-il voir sa cousine mourir, alors que son grand-père venait déjà de les quitter.

Malheureusement pour lui, Gael était toujours couché par terre et incapable de faire un mouvement depuis que Rachel s'en était pris à lui dans la maison.

Ne voyant pas sa cousine réagir, ni même le reste des villageois qui, même s'ils n'étaient plus menacés par les armes, étaient tous traumatisés au fond d'eux et ne bougeraient pas à moins que l'ensemble des assassins professionnels qui les avaient obligés à sortir de leur maison et les avaient menacés plus tôt ne meurent, il se mit à prier dans son cœur.

Prier.

Prier pour que Bellamy se relève. Pour qu'ils tuent ces assassins. Pour qu'il sauve sa cousine.

L'assassin assis sur Bellamy et qui jusqu'ici le rouait de coups, se retourna subitement après avoir senti que quelqu'un le frappait.

Il laissa apparaitre une haine intense sur son visage quand il vit la fille devant lui.

Cette traitre à l'humanité n'était pas encore morte ?! Elle et son frère étaient des plaies. Il la maudit en son cœur, et d'une main, l'attrapa par les cheveux et l'écrasa au sol.

Couchée, Justine se retrouva le visage écrasé juste en face de celui de Bellamy.

Elle était dévastée. Mais pas pour la souffrance que venait de lui infliger le chasseur en la jetant par terre, non. Elle était dévastée de l'état ensanglanté de Bellamy. Jamais, de toute sa vie, elle n'avait vu autant de sang.

Elle se demanda ce qu'elle avait fait pour mériter de vivre une journée aussi horrible.

« Monsieur Bellamy… » pleurait-elle.

Le chasseur au-dessus des deux corps grimaça. Il leva son poing, et l'abattit violement sur le visage de la fille. Et il recommença.

Gael croyait mourir.

Justine croyait mourir.

Bellamy était en train de mourir.

Tout à coup, une voix atteint le plus profond de son âme.

« … 'my ! »

Bellamy ne distinguait pas très clairement la voix.

« …ieu… amy ! »

Cette voix… Il la connaissait. Où l'avait-il déjà entendu ?

Il distingua alors des pleurs et de l'angoisse, au milieu de ces appels.

« Monsieur Bellamy ! »

Son cœur, qui était mourant, se ranima subitement.

Une impulsion cardiaque divine venait de le frapper.

Le souffle, la force, la puissance… tout était en train de lui revenir.

Il ouvrit les yeux.

Ceux-ci se firent gros lorsqu'il remarqua le visage de la petite Justine écrasée à quelques centimètres de lui.

Il redressa ses épaules. Posa les poings sur le sol et poussa dans le but de se relever.

Le chasseur qui jusqu'ici frappait un homme qu'il pensait déjà mort, prit soudainement peur.

Ce fumier avait combien de vies ?!

Il retourna à la charge et recommença à frapper, avec plus de vigueur, laissant la fille belliloise pour plus tard.

Il frappa. Frappa. Il frappa encore.

Ils étaient sept auparavant pour tuer cet homme seul. Ils n'étaient à présent plus que deux. Cet homme, qu'il frappait, c'était un monstre. Il avait assurément peur de lui. A présent, il ne voulait plus le tuer pour le bien de l'humanité. Il voulait le tuer pour son bien à lui, parce qu'il savait que s'il ne l'achevait pas maintenant, il allait définitivement mourir.

Il hurla et frappa de toutes ses forces.

Mais ce fut peine perdu.

Bellamy venait de se relever.

Il regarda l'homme terrifié face à lui.

Il tourna la tête à sa gauche.

Le deuxième chasseur avait cessé de frapper le policier. Il le regardait, lui aussi. Stupéfié.

Il n'était pas mort, celui-là ?!

« Tue-le ! » ordonna-t-il à son homologue.

Mais celui-ci ne bougeait pas. Il était bien trop choqué.

L'autre homme se leva alors, se débarrassant du corps du policier, et courut en direction de Bellamy.

Bellamy le frappa au visage lorsqu'il fut sur lui, et celui-ci tomba.

« Rendez-vous. » dit-il, « arrêtons-là ces morts inutiles. Rendez-vous. »

Une aberration.

Une véritable aberration ! Et une abomination !

Un monstre qui leur disait à eux, les garants de la survie de l'espèce humaine sur Terre, de se rendre ?!

Plutôt mourir !

Voyant qu'il n'avait aucune chance contre Bellamy, le chasseur se précipita et se rua vers Justine dans l'intention de la tuer au moins elle, cette traitresse.

Bellamy se coucha rapidement au sol.

Il saisit le chasseur par la nuque, le regarda et répéta une nouvelle fois, sur un ton suppliant.

« Rends-toi. S'il-te-plait, arrête. Ça suffit. Rends-toi. »

Le chasseur était paralysé, la nuque bloquée. Mais il continuait de tendre ses mains vers la petite fille, voulant plus que tout la tuer.

Bellamy répéta sur le ton de l'insistance.

« Arrête. Je t'en prie, arrête. »

Maintenant qu'il avait le chasseur entre ses mains, celui-ci n'avait plus aucune chance de tuer Justine. Malgré tout, il voulait que le chasseur arrête de lui-même de vouloir s'en prendre à la petite fille.

Il en avait marre des combats. De ces morts stupides, de ces affrontements fratricides.

Il répéta encore.

« Arrête. Je t'en conjure, arrête. Rends-toi. »

« Je vais vous tuer. Je vais vous tuer. » répétait le chasseur, avec toute la force qui lui restait dans la gorge, totalement obsédé et aveuglé par son désir de tuer la fille.

Bellamy répéta une dernière fois.

« S'il-te-plait, arrête. Rends-toi. »

« Je vais la tuer. Oh oui, je vais la tuer. »

Le cœur de Bellamy se fissura définitivement à l'entente de ces mots.

Il n'avait aucun moyen de sauver son frère humain de la mort.

Il leva les yeux au ciel.

Presqu'en même temps que la pluie commença à tomber, il pleura.

Son cœur était détruit.

Il venait de tuer l'un des siens. Une nouvelle fois.

Mais cette fois c'était différent. Contrairement à la fois où il avait dû tuer un chasseur avec Gustus, où il ignorait que sa victime était un agent de la commission comme lui. Contrairement à aujourd'hui, plus tôt, où il avait dû le faire en tuant la femme assassin au cours d'un combat à mort pour sauver la vie d'un innocent. Là, oui là, il avait eu le choix.

Et il l'avait une nouvelle fois fait. Parce que le cœur de cet assassin était devenu à ses yeux irrécupérables, ne cherchant plus qu'à donner la mort aux autres autour de lui.

Alors Bellamy l'avait fait. Il l'avait tué.

La nuque du chasseur brisée, Bellamy relâcha son étreinte, et se laissa retomber au sol.

Quelques minutes se passèrent ainsi, sans que personne dans ce village n'émette un son. Personne ne bougeant ni ne parlant. Seule la pluie se faisait attendre, frappant sans distinction. Les morts, les vivants. Les habitants de l'île, les étrangers. Les assassins, les innocents. La pluie, impartiale, frappait dorénavant, seule, tout le monde.

Puis, un premier villageois se leva, sorti de sa frayeur. Il alla voir comment se portait Bellamy et le policier. Curieusement, les deux étaient encore vivants, bien que dans des états misérables. Leur survie, en réalité, relevait du miracle.

Il s'approcha ensuite de Justine.

Elle était vivante, elle aussi.

Son cœur en fut soulagé. Elle était sa voisine après tout. Et même si elle et sa famille avaient attiré le malheur dans son village en acceptant chez eux cet étranger, il ne souhaitait nullement sa mort.

Il s'assit et pleura à son tour. Il était émotionnellement épuisé.

« Ma cousine ! Ma cousine ! Allez la voir, s'il-vous-plait ! » supplia une voix.

C'est par ces supplications sans fin répétées que Gael, en l'espace de dix minutes, parvint à ramener la conscience de tous les villageois. Ceux-ci se levèrent les uns après les autres.

L'un d'eux s'approcha de l'agent de police et l'aida à se relever.

Le policier revint peu à peu à lui.

Il avait quelques os cassés et saignait, mais il était encore capable de marcher.

Il soupira et regarda Bellamy toujours couché.

S'il y avait un héros dans ce village, à ses yeux, c'était lui : Bellamy.

Il sourit au villageois, se voulant rassurant.

Tout à coup, il remarqua quelque chose qui le perturba fortement. Un des chasseurs était encore à genoux, en vie !

Il sua à grosses gouttes.

Il n'aurait pas la force de l'affronter.

Il cria aux villageois :

« Allez-vous en ! Reculez ! »

Les villageois prirent peur. Aucun n'avait remarquer que l'assassin qui s'en était pris à Bellamy et Justine était encore en vie.

« Je me rends… » prononça le chasseur.

Le policier hésita une seconde.

Avait-il bien entendu ?

« Je me rends… » répéta le chasseur.

Le policier était sidéré.

De ce qu'il avait vu, tous ces gens-là étaient des extrémistes convaincus par une cause inconnue et souhaitant infliger la mort et la destruction plus que tout. Il n'aurait jamais cru entendre l'un d'eux dire qu'il voulait se rendre.

Il doutait.

Il alla se rendre du côté de Bellamy et voyant que celui-ci était conscient, il lui demanda ce qu'il en pensait.

« Arrêtez-le. » répondit l'interrogé.

Si le chasseur voulait se rendre, alors il fallait l'arrêter. C'était ce que voulait Bellamy.

Il soupira. Il avait au moins réussi à en sauver un.

Le policier s'approcha du chasseur et lui cita ses droits.

Pendant ce temps, le villageois qui habitait juste en face de Justine se rapprocha d'elle et la releva. Elle avait un visage bien triste, entre le sang et la boue.

Elle pleurait toujours. Il essaya de la réconforter, sans grand succès.

Elle repoussa les bras de son voisin et courut vers Bellamy, et pleura devant lui. Bellamy sourit. Elle était maintenant en sécurité. Il avait fait le bon choix de revenir au village, finalement. Il tendit sa main et lui caressa la joue. Justine posa sa propre main sur celle de Bellamy. Il était hors de question qu'il enlève cette main de là où elle était. Elle était tellement soulagée de le savoir en vie !

« Comment vas-tu, petite fille ? » demanda Bellamy.

« Sniff… » fut sa seule réponse.

Il sourit de plus belle.

Il était rassuré.

Le danger était écarté, et la pluie était en train de livrer ses dernières gouttes. Le soleil allait bientôt reprendre sa place alors que la nuit n'allait pas tarder à tomber.

« Bon. Je vais emmener celui-là au poste. » entendit Bellamy tout à coup.

« Monsieur, vous ne voulez pas qu'on vous soigne vos blessures avant ? » demanda une femme inquiète, au policier.

Celui-ci rejeta l'offre. Il était bien trop pressé de dresser le procès-verbal de l'homme qui s'était rendu complice de l'exécution de ses collègues. Cet assassin avait déjà bien de la chance d'être dans une situation où il n'était plus possible pour l'agent de police de le tuer en invoquant la défense légitime…

« Monsieur Bellamy, tu veux qu'on te soigne ? » interrogea Justine en partant du principe que tout le monde dans le village serait d'accord pour soigner l'homme qui avait attiré le malheur chez eux.

Bellamy sourit. Cette enfant était définitivement trop naïve. Il suffisait de voir l'expression sur les visages des bellilois pour savoir qu'ils ne le toléreraient pas chez eux plus longtemps.

Il sourit.

« Non, Justine. J'ai une amie quelque part sur cette île qui a besoin de mon aide. Je dois aller la retrouver, maintenant. »

« Mais elle peut attendre, ton amie. Tu es blessé ! » protesta Justine.

« Non, je vais bien. Je t'assure. Il faut vraiment que j'y aille. »

Justine ne voulait pas lâcher la main de Bellamy.

Gael, qui était porté par deux villageois pour être rapproché de sa cousine, intervint.

« Il a raison, Justine. Si son amie a autant de problèmes que nous en avons eu aujourd'hui, il faut qu'il aille la rejoindre. Nous ne devons pas être égoïste comme ça. »

Justine soupira. Son cousin avait fatalement raison.

Bellamy fut reconnaissant envers le petit garçon.

Il se releva, aidé par quelques villageois.

Il souffrait mais il pouvait encore marcher.

Il se dirigea vers le policier et son prisonnier menotté pour lui indiquer quelques mesures de sécurité dans le transport de l'assassin jusqu'au poste de police.

Le policier acquiesça à l'entente de ses conseils.

Bellamy alla ensuite embrasser Justine et Gael. Ces enfants avaient autant combattu dans leurs consciences que lui dans son corps.

Il jeta une dernière fois un regard sur les bellilois rassemblés pour le regarder partir.

La plupart d'entre eux étaient encore vivants, et cela suffisait pour lui. Il partit.

Les bellilois soufflèrent. Leurs malheurs étaient enfin terminés.

Dix minutes plus tard, le policier était sur le point de partir, lui aussi. Les villageois avaient insisté pour qu'il rentre chez eux et boive un verre d'eau au moins avant de repartir. Il prévint qu'il reviendrait plus tard, accompagné, pour récupérer les corps des autres agents de police assassinés, qui gisaient encore au sol.

Le chasseur qui s'était rendu était assis à l'arrière de son véhicule. Le policier, assis devant, alluma le moteur de la voiture. Il appuya sur la pédale d'accélération mais, au moment où il allait passer la seconde, une sirène de police résonna fortement.

Le policier s'étonna : il n'avait appelé aucun renfort.

Il sauta en dehors de la voiture pour voir qui arrivait.

Les villageois, qui avaient également entendu les sirènes, sortirent de leur maison et rejoignirent l'agent de police pour accueillir les nouveaux arrivants. Ils allaient pouvoir leur confier les corps des policiers décédés pour qu'ils soient enterrés dignement.

Tout à coup, le premier bellilois se figea. Une femme venait de descendre d'une des deux voitures fraichement arrivées. Il n'y avait aucun uniforme sur elle.

Puis, un homme sortit à son tour.

Puis encore un.

Douze hommes et femmes sortirent des véhicules, au final.

Les villageois s'effondrèrent lorsqu'ils les reconnurent.

Ces hommes et femmes, c'étaient les douze chasseurs partis plus tôt.

Ils étaient revenus.


Les chasseurs étaient revenus.

Devant eux, un policier bellilois se tenait là, debout, vivant, à côté de plusieurs dizaines d'autres villageois. Leurs collègues chasseurs, eux, étaient tous morts.

Les assassins n'en revenaient pas.

Il y avait encore quelques dizaines de minutes, il avaient reçu un appel de détresse au travers de la radio de leurs voitures. Ils avaient tout de suite fait demi-tour mais ne s'attendaient pas à tomber sur un tel carnage en arrivant sur les lieux.

Que s'était-il passé, ici ?

La tueuse avança au milieu des villageois et tomba sur sa collègue qui était morte.

Elle se retourna aussitôt.

« Gérard ! » appela-t-elle.

Un chasseur arriva à son côté. C'était le chasseur qui était entré dans la maison de Justine et Gael au niveau de la chasse à Bellamy. Il avait, devant lui, le corps inerte de son ex-femme. Rachel, la mère de son enfant.

Son cœur en fut ébranlé.

Comment avaient-ils osé ?!

Il se retourna, scandalisé, vers les villageois.

« Qui a fait ça ?! »

Les bellilois baissèrent tous la tête.

Contrairement à ce que pensaient ces derniers, leurs malheurs étaient loin d'être terminés. De nouveau, la peur s'était logée en eux.

« Qui a fait ça ?! »

Les tueurs examinaient les visages des bellilois. Ceux-ci étaient tous terrorisés, incapables de prononcer un traitre mot.

La tueuse remarqua alors une ombre frapper à travers la vitre de la voiture de police restée sur place. Elle se dirigea à son encontre.

Elle fut choquée lorsqu'elle vit qui se tenait à l'intérieur du véhicule. Elle ouvrit aussitôt la porte et aida son collègue à sortir.

« Que s'est-il passé ? » lui demanda-t-elle sans attendre.

« Le monstre. Celui qu'on cherchait tous. Il est revenu et il a tué tous les autres. »

« C'est lui qui a fait ça ? » demanda-t-elle, choquée.

Il hocha la tête.

« Lui, et le policier qui est là-bas. »

La femme regarda l'agent en question.

Ce n'était pas concevable… Ses confrères et elle étaient tous en danger permanent sur cette île. Ils affrontaient une armée de monstres, après tout. Ils avaient besoin de s'entraider, de veiller les uns sur les autres pour survivre. Et là, plusieurs d'entre eux venaient de mourir des mains de deux hommes isolés ?

Elle s'en voulut d'avoir fait le choix d'abandonner son amie Rachel et le reste de ses camarades. Si elle était restée, ils seraient encore vivants à l'heure actuelle.

Elle sortit son arme et se dirigea vers le policier.

Celui-ci commença à paniquer.

Il n'était plus armé, là. Et surtout il était seul. L'homme qui l'avait aidé à affronter les sept autres assassins plus tôt étaient déjà partis.

Il chercha à s'enfuir.

Plusieurs tueurs se précipitèrent, lui saisissant les bras, et l'immobilisèrent.

Il paniqua de plus belle.

« Au secours ! A l'ai-… »

BANG

Les assassins lâchèrent le corps.

Il était mort.

Les bellilois sursautèrent. C'était vraiment difficile à supporter, que tout cela !

La tueuse se rapprocha encore du cadavre. Elle tira une deuxième balle.

BANG

Les villageois pleurèrent.

Celui qui s'était fait appeler Gérard, l'ancien compagnon de Rachel, marcha en direction de Gael.

« L'autre gars, où est-il ? »

Le garçon serra les dents.

Y avait-il autre chose que la violence dans l'esprit de ces gens-là ?

Le tueur se pencha, plus proche encore au-dessus de Gael.

« Où est-il ?! »

Son collègue, qui avait été fait prisonnier par le policier décédé, intervint.

« Il est parti il y a une quinzaine de minutes. Il est très mal en point, il ne marchera pas vite. On peut le rattraper facilement. »

L'homme le regarda.

« Dis-moi quelle direction il a prit. C'est personnel entre lui et moi, à présent. »

L'homme réfléchit, puis hocha la tête.

Leur ennemi n'avait pu tenir jusqu'ici que par la force de son esprit. Son corps était mourant. Les forces qu'il avait pu récupérer pour sauver Justine et le policier plus tôt allait bientôt le quitter. Il n'y avait aucun risque que Gérard, en parfaite santé et armé, aie quelque chose à craindre de lui. Il accepta donc de répondre et indiqua une direction à son collègue.

Celui-ci le remercia, et alla embarquer dans une voiture sous les regards approbateurs de ses frères assassins. Il était temps que leur cible meure. Et pour de bon.

Gérard quitta le village et partit à la poursuite de Bellamy.

Dans le village, pendant ce temps, les chasseurs avaient réussi, sans même avoir besoin de se consulter, à être unanime sur un point : la mort de tous les habitants présents dans ce village. Ceux-ci en avaient vu beaucoup trop. Il était impératif de les éliminer.

La tueuse s'approcha d'un bellilois, arme à la main. Elle visa la tête du pauvre homme.

Un de ses collègues se figea soudainement.

« Attends ! »

La femme se retourna aussitôt.

Elle dévisagea celui qui venait de l'interrompre mais ce dernier ne s'expliqua pas.

« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-elle.

L'homme ne répondit toujours rien, mais leva un bras et désigna le ciel lointain du doigt.

La femme leva sa tête en direction du ciel. Ou plutôt… du toit d'une des maisons du village.

Elle fut surprise lorsqu'elle remarqua une silhouette se tenant debout sur le toit.

C'était une silhouette féminine.

Le soleil, qui se couchait derrière elle, empêchait de bien distinguer la figure de l'inconnue mais les chasseurs, tous expérimentés, n'avaient pas besoin d'autant pour comprendre à quel type de menace ils se trouvaient actuellement confrontés.

Une puissance insondable se dégageait de la personne mystérieuse. C'était comme si le soleil, le ciel, et l'ensemble de l'atmosphère environnante étaient soumis à cette autorité. La femme dont il était impossible de discerner le visage était une menace pure. Assurément.

Dans le dos de la silhouette, une paire d'aile trônait au regard de tous. C'étaient des ailes puissantes, gigantesques, mesurant à elles deux aux alentours de cinq mètres de long. Elles étaient brunes, sombres et royales. Imposantes et majestueuses.

Les tueurs pâlirent. C'était la première fois qu'ils voyaient de leurs yeux un être ailé. De pareilles créatures, capables de voler, ça n'existait que dans les mythes et les légendes pas dans la réalité.

« Qui… Qu'est-ce que c'est ? » s'interrogea la femme assassin.

Mais comme elle, ses camarades n'en avaient aucune idée.

Ils ne savaient pas à quoi ils faisaient face. Ils devinaient seulement que cette existence était extraordinairement dangereuse.

La silhouette fit mine de vouloir faire un pas en avant. Cependant, elle était à la limite de la toiture. Si elle avançait, elle tomberait.

Son corps se retrouva dans le vide et tomba. Néanmoins le corps paraissait flotter dans le vent léger, atterrissant tout doucement. Lorsqu'il fut sur le point de toucher le sol, les pieds se posèrent tranquillement, sans la moindre difficulté.

Un chasseur déglutit.

La silhouette avança pour se diriger dans leur direction.

Le visage de la nouvelle arrivée se dessina plus précisément. Elle avait une figure assez quelconque mais un regard profond, inquisiteur, accentué par des yeux couleur ébène. Ses cheveux longs arboraient une coloration identique à celle de ses ailes repliées : brunes, avec quelques rares mèches blondes.

Les tueurs fixaient la monstre en restant sur leurs gardes.

Celle-ci les dépassa pour ne s'arrêter qu'en face d'une enfant belliloise.

« Petite fille, tu sens l'odeur de mon homme. Où est-il ? »

La voix de la créature à la forme humaine était douce, et sereine. Elle n'était ni agressive, ni joviale, mais placide.

Justine, à qui l'inconnue venait de poser la question, était complètement tétanisée. Non pas par la peur, mais par la surprise que provoquait l'apparition devant elle d'une forme d'existence qu'elle n'aurait jamais cru possible de toute sa vie. Ce qu'elle avait devant ses yeux n'était ni un ange, ni un oiseau, ni un être humain. Ce qu'elle avait devant elle était autre chose.

Les enfants possédaient souvent une grande imagination. Mais l'être qui venait de lui poser une question, elle n'avait jamais imaginé qu'il puisse exister.

Gael, lui, était sceptique.

Cette créature ne semblait pas vouloir faire de mal à sa cousine. Ce qui le préoccupait, c'était les mots que venait de prononcer la femme ailée. L'odeur d'un homme ? De quel homme parlait-elle ?

La femme chasseuse se posa la même question.

« Un homme ? Qui donc ? »

Visiblement, cette créature était un monstre. Les monstres devant se trouver actuellement sur l'île étaient tous, en théorie, des membres de l'armée de la reine vampire. Et là, elle prétendait chercher un homme qui, donc, avait de grandes chances d'en faire partie lui aussi.

La chasseuse était assez embarrassée. Devait-elle s'en prendre à la créature ? Après tout, c'était une monstre. Le problème, c'est que de toutes les listes de la commission répertoriant les créatures non-humaines vivants sur Terre, aucune ne décrivait d'existences comparables à celle à laquelle elle faisait face à l'heure actuelle.

La monstre se retourna vers celle qui venait de l'interroger.

« Bellamy Blake. Vous le connaissez ? »

La chasseuse hésita une seconde, puis secoua la tête.

Non, elle ne connaissait personne de ce nom-là.

Mais un autre assassin réagit différemment.

« C'est ce monstre ! »

Tous se retournèrent vers lui.

Il fut surpris lorsqu'il réalisa qu'il venait de parler à haute voix.

« Ce monstre ? » interrogea la femme ailée.

Le chasseur ne savait pas quelle relation il y avait entre leur cible et la nouvelle arrivée. Aussi choisit-il de ne pas lui répondre.

Il se dirigea vers un de ses camarades et lui murmura à l'oreille que "monsieur Bellamy" était le nom que la petite belliloise avait utilisé pour s'adresser au monstre qu'il avait combattu plus tôt.

Gael et Justine, eux, surveillant la réaction des assassins, avaient deviné que les chasseurs venaient maintenant de comprendre. Ils s'inquiétaient : la femme ailée allait-elle aider ces tueurs à reprendre la traque de leur héros ?

Un des chasseurs demanda à la monstre devant lui :

« Vous êtes un ami de ce Bellamy ? »

Celle-ci répondit d'un ton neutre :

« Non. Je suis sa femme. »

Les chasseurs en furent tous étonnés.

Cette créature était l'épouse de leur cible ?!

Justine baissa les yeux.

Bellamy avait donc une femme…

Gael plissa ses sourcils.

Si cette femme disait vrai, c'était qu'elle était digne de confiance.

« Ces gens veulent tuer votre mari ! » dit-il précipitamment à l'attention de la créature, en désignant les agents de la CIL en face de lui.

Les chasseurs sursautèrent. Que racontait ce maudit gamin ?

La monstre dévisagea les tueurs. Puis, seulement, elle s'attarda sur le paysage autour d'elle. Elle remarqua les nombreux morts couchés au sol, les abondantes flaques de sang et les diverses armes à feu qui trainaient çà et là.

Elle resta muette quelques secondes puis soupira.

« Est-il en vie ? » demanda-t-elle à Gael.

Celui-ci acquiesça.

« Où est-il ? »

Il hésita à répondre mais choisit finalement de lui indiquer la route. Si elle était sa femme, il ne devait y avoir aucun problème à l'aider à retrouver son mari.

La femme regarda tranquillement la route indiquée. Elle ne semblait pas plus choquée que cela de tout ce qu'elle découvrait dans ce village.

Elle remercia Gael et, sur le point de redécoller, elle s'arrêta finalement.

Elle examina les chasseurs du regard puis regarda les villageois, fière.

« Je vois que mon homme a prit le temps de se défouler un peu ici. »

Et sur ses mots, elle déploya ses ailes qui frappèrent jusqu'à faire vibrer l'air environnant. Elle s'éleva dans le ciel et, un instant plus tard, elle était partie.

Les chasseurs sortirent de leur stupéfaction.

Cette monstre allait rejoindre son mari ?

Gérard était seul là-bas. Il fallait aller l'y rejoindre tout de suite !

Ils coururent embarquer dans les véhicules de police. Les sirènes retentirent. Les chasseurs quittèrent les lieux.

Désormais, il n'y avait plus ni policier, ni monstre, ni assassin dans le village. Juste des villageois. Mais ils étaient tous traumatisés à vie.


Dans les plaines de Belle-Ile-en-mer, un homme presqu'à l'agonie errait sans but.

La fatigue dominait toutes les parties de son corps. Derrière lui, des trainées de sang indiquait très clairement à qui voulait le suivre le chemin dans lequel il s'engageait. Il marchait, là, sans vraiment faire attention, espérant finir par rejoindre des alliés de la coalition et peut-être, retrouver son amie Clarke Griffin qui était l'actuelle commandante de tout un peuple.

Ses yeux étaient mi-clos.

La force de la volonté le soutenait.

En même temps, il pensait à beaucoup de choses.

Dans une autre vie il avait eu de bons amis, bien que ceux-ci fussent rares, lorsqu'il vivait encore sur les terres nord-américaines. Le fait d'être proche d'une fille dont la mère était l'une des personnes les plus importantes dans une organisation au pouvoir surpuissant payait, après tout. Clarke, Wells… Il avait passé de bons moments avec eux. Leurs sourires s'affichaient dans son esprit.

« Bellamy. » prononça le fils de Thelonious Jaha, le directeur de la CILCFO.

« Bellamy. » appela la fille de Jake Griffin, le plus puissant chasseur de l'histoire.

Entendre ces deux-là lui réchauffa le cœur.

« Où êtes-vous ? » lâcha-t-il avec la hâte de les retrouver.

« Où êtes-vous… »

Ses amis lui manquaient…

A Sydney, le Quartier Général officiel de la commission, il avait rencontré du monde aussi. Y compris Li Na Ane Xong, une des personnalités les plus influentes de ce monde, la femme qui dînait avec une vingtaine de chefs d'Etat de pays différents lorsque l'envie lui en prenait.

Bellamy était bien connu et apprécié dans son milieu : il avait la "tchatche", comme disaient certains jeunes qu'il connaissait.

Il grimaça. Celles qui lui manquaient le plus, c'était sa mère et sa sœur -qu'il n'avait jamais pu connaitre, d'ailleurs. Pourquoi étaient-elles parties si tôt ?

Il ralentit le pas de sa marche.

Tout ceux qu'il aimait… c'était là la chose la plus importante. L'amitié. L'amour.

Il laissa ses pensées dériver vers l'amour de sa vie. Echo.

Ahh… qu'est-ce qu'il l'aimait !

Echo était une femme maudite. Son existence était si particulière que, pour elle, le mot tourment devait prendre une autre signification que les autres ne pouvaient pas connaitre. Malgré tout, elle était très courageuse de vivre comme elle le faisait. Bellamy l'avait admiré pour ça. Et il en était tombé amoureux. Après avoir longtemps essayé de la tuer, il est vrai. Car Echo était une monstre !

Bellamy sourit.

Il y a deux ans, quand il était venu en France avec son amie, il avait espéré de tout son cœur que Clarke tombe amoureuse d'un monstre qu'elle rencontrerait ici. Il n'y croyait pas trop à l'époque : Clarke n'était pas une aficionados des sentiments. Mais il espérait. Parce que cela lui aurait permis de ne plus se sentir seul, de ne plus être l'unique traitre à avoir fini par éprouver des sentiments pour des personnes qu'ils étaient non pas censés aimer, mais plutôt censés chasser et tuer.

Il était tombé des nues quand Clarke vint lui confesser son amour pour Lexa !

Echo… Lexa… Des femmes qui s'estimaient toutes deux maudites mais avaient un courage immense. Comment ne pas les admirer toutes deux ?

Bellamy était vraiment ravi que ce soit d'elle que Clarke aie fini par s'éprendre. Lexa était la meilleure femme pour elle. Et peut-être… pour le monde entier. Mais ce qui était certain, c'est que Lexa ne parviendrait pas à changer le monde et unifier les peuples sans aide il fallait que des humains, des chasseurs comme eux, soient prêts à se battre à ses côtés pour que ce rêve, un jour, se réalise.

PIN PON

Bellamy fut tiré de ses pensées lorsqu'il entendit un long bruit de sirène derrière lui.

Il prit la peine de regarder en arrière.

La police…

Etait-ce cet agent avec lequel il avait combattu les nombreux assassins tout à l'heure ? Pourquoi revenait-il vers lui ? Y avait-il un problème ?

PIN PON PIN PON

Bellamy soupira. Il n'avait pas envie de revoir cet homme. Le voir lui rappellerait qu'il avait dû tuer des personnes, des humains et des chasseurs comme lui, pour le sauver.

Il s'arrêta malgré tout. Si cet homme avait un problème qu'il lui était possible d'aider à régler, il était normal qu'il l'assiste.

Il regarda et attendit simplement que la voiture de police arrive.

Vingt secondes plus tard, le véhicule était pratiquement à son niveau.

Bellamy s'approcha pour aller voir ce que voulait l'agent de police.

La porte de la voiture s'ouvrit…

Tout à coup, Bellamy fronça les sourcils. Son esprit l'avertissait : quelque chose n'allait pas, dans cette histoire…

Pendant que Bellamy s'efforçait de discerner ce qui provoquait en lui ce sentiment naissant de danger, un bras se mit à s'étendre depuis le derrière de la porte ouverte. A l'instant où une arme pointa et s'apprêta à faire feu, Bellamy réalisa :

L'immatriculation !

La plaque d'immatriculation n'était plus la même !

Bellamy releva instinctivement la tête pour chercher à savoir qui pouvait être le conducteur du véhicule. Les vitres étaient teintées, mais l'homme ensanglanté ne manqua pas d'apercevoir l'arme qui pointait vers lui. Il se courba instantanément, pour éviter le tir.

BANG

C'est de justesse qu'il évita d'être abattu.

Ses battements cardiaques augmentèrent.

Ce n'était pas l'agent de police ! Qui que soit celui qui conduisait la voiture, il ne lui voulait pas du bien.

Bellamy se retourna et se mit à courir. Il boitait, l'une de ses jambes étant trop abimées pour servir de bons appuis, mais il courrait.

BANG

La balle atteint Bellamy dans la fesse.

Celui-ci gémit.

La voiture accéléra, et commençait à se rapprocher dangereusement du pauvre américain.

Celui-ci crut distinguer une lueur d'espoir lorsqu'il vit, au loin, un vieux moulin abandonné.

Il redoubla d'effort. C'était là sa seule chance de salut !

BANG

La nouvelle balle frôla son épaule.

Bellamy grimaça pour retenir un cri.

Courir… courir… courir…

Il était à cent mètres du moulin.

La voiture était juste derrière lui. Son conducteur pesta lorsqu'il comprit ce que sa cible avait l'intention de faire. Depuis l'intérieur du véhicule, il était difficile de viser correctement.

Il sauta du véhicule et courut à la suite de l'homme qu'il voulait tuer.

BANG

Heureusement, le projectile ne parvint pas à atteindre sa cible.

Bellamy voyait le bâtiment juste devant lui.

Il se rua à l'intérieur et courut au pied de l'unique escalier.

Le chasseur derrière lui enragea.

Il atteignit finalement à son tour le pied du moulin et entra.

A l'intérieur, il y avait des traces de sang qui indiquait l'ascension d'un escalier.

Le tueur sourit. En ayant rejoint l'étage, et sans issue de secours, sa proie venait de se piéger elle-même.

…...…..

…..

….

PDV Bellamy

« Pfffff… HHHH… Pffffff… HHHHH… Pfffffff… »

Boum Baboum Baboum

Je m'écroule contre le mur derrière moi, exténué et haletant, tout en m'accrochant à l'ébrasement de sa porte.

Il y a du sang partout où je vais. Il va tout de suite comprendre que j'ai monté l'escalier.

« Pfffff… HHHH… Pffffff… »

J'ai l'impression que mon cœur va exploser. J'ai trop mal !

C'est insupportable. Je veux que ça s'arrête.

« … »

C'est impossible !

Ils sont partout !

Je croyais m'être débarrassé d'eux… alors pourquoi il y en a un ici, à mes trousses ?!

« … »

J'entends des pas monter.

C'est lui, c'est cet homme.

Il arrive pour me tuer !

Je ferme les yeux.

Comment j'ai fait pour en arriver là ?

Je n'ai plus la force, plus la force…

« … »

Se battre, toujours se battre… j'en ai marre, autant mourir !

Tant pis.

J'abandonne !

« … »

Mais c'est tellement injuste.

« … »

PLIC

Huh ?

PLIC PLIC PLOC

J'essaie d'essuyer mon visage avec mes mains mais mes larmes n'arrêtent pas de couler.

Je ne veux pas mourir. C'est trop tôt !

Maman ! C'est trop tôt ! Je ne veux pas te rejoindre maintenant ! Pourquoi ?! Pourquoi est-ce que mes semblables cherchent à me tuer ?

Je voulais aider le peuple de Lexa. Je voulais sauver ces villageois. Je n'ai rien fait de mal !

Et eux, ils veulent me tuer !

PLIC PLOC

PLIC PLOC

PLIC

J'en ai marre !

Je veux mourir !

Qu'est-ce que vous avez, à vouloir tuer des enfants et des innocents ?

Vous, les chasseurs ! On est sensé faire le bien, putain ! On est sensé faire le bien !

PLIC PLOC

« … »

Je vous en prie, je ne veux pas mourir ici. Ne me laissez pas seul.

Je ne veux pas mourir comme un inconnu !

« … »

Je suis un humain ! Un humain ! Bellamy Blake !

« Te voilà. »

Non ! Il est là…

Le voilà, il veut me tuer.

« Tu as tué la mère de mon enfant. »

PLOC PLIC PLOC

Je voulais sauver la fille, je ne voulais pas tuer cette femme.

Il pose le canon de son arme sur ma tempe.

« Meurs. »

BANG

« … »

« … »

« … »

BANG

BANG

« … »

BANG

« … »

Ni moi ni cet assassin au-dessus de moi ne bougeons.

Les coups de feu se succèdent à l'extérieur, au dehors.

Le chasseur fronce les sourcils.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Mon cœur s'emballe.

Il y a une fusillade dehors ?

C'est les villageois ? Ils sont en danger ?

Tout à coup, des cris se font entendre au milieu des coups de feu.

« Aargh ! »

BANG

« Au secours ! »

« Barrez-vous ! »

« C'est quoi ce démon ?! »

BANG

BANG

CRACK

« Urggh… »

« Vous êtes en vie ? »

« Pitié. Dites-moi que vous êtes vivants… »

CRACK

CRACK

« Urggh… »

L'agent et moi n'en revenons pas.

Les cris de souffrance viennent de s'arrêter.

Les coups de feu aussi…

Est-ce qu'ils sont tous morts ?

Le chasseur me regarde, non ravi. Il semble perdu, en proie à une grande confusion.

Il me menace de son arme.

« C'était qui dehors ? »

Je le regarde sans comprendre.

« C'était qui dehors ? Tu crois que je n'ai pas reconnu les cris de mes camarades ? Contre qui ils se battaient ? Tu as un autre allié avec toi ? »

Ses camarades ? C'étaient ses camarades ?

« … »

Un allié ? Qui ça pourrait être ? Clarke ? Non, elle ne doit pas savoir que je suis ici. Mais alors qui ?

L'homme écrase son arme contre ma joue.

« Qui est dehors, bordel ? Qui est-ce que tu as amené avec toi ? Je te jure que si ton allié a tué mes compagnons, je v-… »

Il parle trop. J'en profite. Je recule ma tête et mords d'emblée le poignet de sa main tenant l'arme.

« Aargh ! »

Il recule, lâchant son arme et couvrant son poignet douloureux avec la paume de son autre main.

J'essaie de récupérer l'arme mais l'assassin me voit faire et frappe du pied dans le pistolet qui va voler plus loin.

Il me dévisage avec haine, et sans prévenir, frappe avec le même pied au creux de mon estomac.

« Ourgfhh ! »

« Enfoiré ! »

Il frappe de nouveau.

« Tu crois ne pas déjà en avoir assez fait, hein ? Jusqu'au bout, c'est ça ? Tu crois que tu peux tout me prendre comme ça ? Ma femme ? Mes compagnons ? Ma mission ? Enfoiré ! Enfoiré ! Enfoiré ! »

Mes larmes abondent à n'en plus finir.

« Ourgfhh ! »

« Enfoiré ! Enfoiré ! »

A chaque nouvelle insulte, c'est trois ou quatre coups de pied supplémentaires qui viennent achever de détruire mes côtes.

« Ourgfhh ! Ourgfhh ! »

« Enfoiré ! »

« … »

« Huh huh… »

« … »

Je me tords de douleur, tenant mes côtes victimes de ses nombreux coups de pied. Soudain, je l'entends larmoyer au-dessus de moi.

« Enfoirés de monstres… Sales enfoirés de monstres… »

Je sers mes poings. Pourquoi ? Pourquoi ?!

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?

Je ne suis même pas un monstre, moi !

Venir me traquer pour me tuer jusqu'ici pour avoir simplement détruit une radio !

Qu'est-ce que… Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça, BORDEL ?!

Comment peut-il se tenir au-dessus de moi et se lamenter, après ce qu'il m'a fait ?

Je ne contrôle plus mes pleurs.

Mes côtes… J'ai vraiment trop mal aux côtes.

« Huh… huh… »

Le chasseur s'interrompt tout à coup.

Me voyant pleurer comme lui, il me regarde avec encore plus de haine.

Il se dirige vers le coin de la pièce pour ramasser son arme.

Il revient vers moi et se met à genoux à mes côtés, attrapant fermement mon visage.

« Tu vois, ce que je veux par-dessus tout, là » me dit-il, « c'est te voir subir d'atroces souffrances. Mais je suis sûr que de là où elle est, Rachel est impatiente que tu la rejoignes. Alors je vais juste faire en sorte que tu meurs lentement, très lentement. »

Il pose son arme sur mon abdomen.

« Tu diras à la femme que tu as tué qu'elle n'a pas à s'inquiéter. Je veillerai sur notre fille. Pour qu'elle n'ai jamais à croiser la route de monstres abominables comme toi. »

PAN

! ! !

Raaaaaaaah !

Un torrent de larmes surgit de moi sous le coup de la douleur.

« Va pourrir en enfer, créature. » dit-il en se relevant.

Je pleure toutes les larmes de mon corps.

Assassiner. Il vient de m'assassiner !

Je pose la main sur mon ventre et essaie d'empêcher le sang de se répandre davantage.

Ma main tremble lorsque je constate les dommages de mon organe percé.

Mon assassin n'a aucune pitié pour moi. Il ne me manifeste que du mépris.

BANG

« … »

Un nouveau coup de feu vient de se faire entendre depuis l'extérieur mais je suis trop faible pour y prêter garde.

L'assassin, lui, relève subitement la tête.

Il semble excité.

« Ils ont tiré ! Est-ce que ça veut dire que l'un d'eux a survécu ? » demande-t-il avec espoir.

Mais il se rappelle alors que je me trouve encore sous ses pieds.

Il se rabaisse, passe un bras autour de ma taille et me soulève le haut du corps pendant que le reste traine au sol.

Il traverse la porte de l'étage et commence à redescendre les escaliers.

« Tu vas venir avec moi voir qui est ton ami à l'extérieur. Et je t'assure que je trouverai le moyen de lui faire payer à lui aussi la mort de mes camarades. » dit le chasseur.

Je le supplie en moi-même de me laisser là où je suis. Chaque pas qu'il fait en me tenant dans ses bras permet à la balle de progresser encore un peu plus profondément la perforation de mes entrailles.

Cependant, aucun mot n'arrive à quitter mes lèvres.

La douleur ne signifie désormais plus rien pour moi.

Lentement, mes yeux se closent. Malgré moi…

Je vis mes derniers instants.

J'entends la porte du moulin s'ouvrir et je comprends qu'il nous a amené à l'extérieur lorsque je sens une légère brise parcourir ma peau.

Les dernières larmes que je suis encore capable de produire finissent de couler.

C'est donc ici que je mourrai…

« Les gars. Les gars… » prononce l'homme.

Il marche sans tenir compte de mon état.

Il semble que nous ayons parcouru une centaine de pas lorsqu'il s'arrête et s'agenouille. Il me laisse tomber au sol.

« Frédérick. Frédérick, je t'en prie. Tu m'entends ? » demande l'homme.

« Gé… Gérard, c'est toi ? »

« Frédérick » dit le chasseur ému, « tu es vivant ? »

Il sanglote.

Curieux, je puise dans des forces presqu'inexistantes le pouvoir d'ouvrir un œil.

Je le vois tenir la main de son ami.

« Bon, dieu, je croyais que vous étiez tous morts. » s'attriste le chasseur, « Il y avait des coups de feu, je vous entendais crier… Il y avait plein de bruits étranges… »

Le dénommé Frédérick empoigne la main de mon assassin.

« Gérard… »

Celui-ci plonge ses yeux dans les siens, interrogateur.

« Fuis… »

« … »

Gérard fronce les sourcils.

« Pourquoi, Fred ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qui vous est arrivé ? »

Mais il n'obtient aucune réponse.

La joue de Frédérick, que Gérard soulevait, retombe au sol, touchant l'herbe sur laquelle je suis également étendu.

« Fred… » murmure Gérard.

Il se penche sur le corps de son ami et recommence à pleurer.

Je n'ai plus de force…

Mes yeux se referment.

Combien de temps me reste-t-il ?

Une minute ? Deux, peut-être ?

Quand vais-je partir ?

« Bellamy. » annonce un peu plus loin de nous une douce voix que je reconnais.

J'entends Gérard se relever subitement à côté de moi.

« Qui es-tu ? » l'entends-je dire.

Echo ? C'est Echo ? C'est bien sa voix que j'ai entendu, n'est-ce pas ?

Qu'est-ce qu'elle fait ici ?!

« C'est toi la monstre qui s'en est pris à mes camarades ? Où sont passés les autres ?! » s'écrie le chasseur.

Mes yeux fermés m'empêchent de voir ce que ces deux-là ne disent pas.

Lorsque le chasseur, Gérard, avait posé sa question, Echo avait levé sa main en direction de la toiture du moulin duquel nous étions sortis lui et moi tout à l'heure.

Gérard est ébahi lorsqu'il voit les corps d'un homme et d'une femme plantés là-haut, sur le toit.

« Les autres sont un peu plus loin… » entends-je dire Echo.

Gérard brandit son arme et la tend vers ma chère et tendre.

« Tu… » fait-il enragé, « tu n'en as pas épargné un seul ! »

Echo fronce les sourcils et avance de quelques pas, ignorant l'arme qui pointe dans sa direction.

« Vous… toujours à ne jurer que par la haine et par la violence… Monstres… humains… faisant des différences entre vous là où il n'y en a pas. Vous êtes tellement aveuglés par votre stupidité que vous ne vous rendez pas compte que vous êtes tous les mêmes. Des pions placés là, sur cet échiquier immense qu'est la vie et dont la mort se joue en vous emportant quand ça lui chante… »

C'est au tour de Gérard de froncer les sourcils, ne saisissant pas les paroles de son interlocutrice.

Qu'est-ce que tu fiches ici, Echo ?

Je suis heureux que tu sois là, mais en même temps… est-ce que ça veut dire que les autres sont là, aussi ?

C'est trop dangereux pour eux de venir sur cette île !

« E-… Echo… » murmuré-je.

Pas bon… Je sens le sang jaillir depuis ma gorge.

Je ne peux presque plus parler.

Echo, je t'en prie. J'ai besoin de toi.

« Tes amis sont tous vivants, chasseur. Les deux là-haut sur le toit, les autres que j'ai envoyé voler plus loin, et aussi celui qui est à côté de toi. Frédérick, c'est ça ? Ils sont tous en vie… »

Gérard semble incrédule.

Il s'agenouille rapidement à côté de son ami à terre et n'attend pas pour prendre son pouls.

« Il… il est en vie… » fait Gérard, assailli par un soulagement inattendu.

Echo s'approche.

Elle s'agenouille à mon côté pendant que Gérard est toujours aux côtés de son ami.

« Bellamy ? » demande ma douce Echo.

« Echo… » réponds-je le cœur battant.

Je ne peux la voir, mais je reconnais la paume de la main qui vient se poser sur ma joue.

Que je suis heureux…

Je ne mourrai pas seul !

Je pleurerais si j'en avais encore la force.

« Que s'est-il passé, mon amour ? Comment as-tu fini dans cet état ? » m'interroge Echo.

« Les chas-… eurs… Ils m'ont… t-… »

« Pourquoi ? Pourquoi les avoir laissé en vie ? » me coupe Gérard, ne comprenant pas qu'Echo ai pu épargné les siens.

Echo s'empare de ma main et l'enserre dans la sienne.

Merci, Echo… Merci d'être là.

La mort est tellement moins douloureuse avec toi !

« Les mortels… Je ne vous comprendrai jamais. Votre vie est tellement courte. Quel intérêt y a-t-il à la raccourcir davantage ? » donne pour seule réponse Echo.

« Ec-… Echo, je… »

Je la sens serrer sa poigne.

C'est dingue comme mon cœur peut battre fort en sa présence.

Je souris, tentant de paraitre courageux devant l'amour de ma vie.

« Mon amour, je t'ai cherché partout. » remarque-t-elle.

« Chercher ? De quoi parles-tu ? Lexa a fait en sorte que vous quittiez tous le pays. Ben, Kevin, Nicole, toi, et tous les autres. Elle ne voulait pas que vous restiez en France alors qu'il allait y avoir une guerre. Pourquoi tu n'es pas partie ? Est-ce que les autres sont avec toi ? » demandé-je faiblement.

« Non, mon amour. Je suis venue seule. J'étais avec les garçons, on attendait en Allemagne que Nicole nous rejoigne comme Lexa nous l'avait promis mais elle n'est jamais arrivée. »

J-… ? Quoi ? Nicole n'est jamais arrivée ?!

Lexa voulait qu'elle quitte la France pour la protéger ! Comment est-ce possible ?

« J'ai attendu plusieurs jours mais au bout d'un moment je me suis inquiétée. J'ai cru qu'il s'était peut-être passé quelque chose, alors je suis venu voir. Tu m'as dit que la guerre allait certainement démarrer sur cette île alors je suis venue te chercher, je voulais que tu me dises ce qu'ils se passe. »

Ce qu'il se passe ? Mais je ne comprends pas ce qu'il se passe ! Pourquoi Nicole ne s'est jamais rendue en Allemagne ? C'est là que Lexa devait l'envoyer avant de nous rejoindre pour diriger cette guerre avec Anya. Qu'est-ce qu'il s'est passé sur le continent ? Et pourquoi Lexa ne nous a toujours pas rejoint ?

« Kouf ! Kouf ! »

Je crache du sang.

C'est la fin…

Il est temps…

Je m'apprête à disparaitre lorsque je sens un souffle humide se poser délicatement sur mes lèvres.

Echo m'embrasse.

Le dernier baiser de ma vie.

Ses tendres lèvres.

J'en suis amoureux.

Qu'est-ce que j'aurais fait pour toi, mon amour, dans cette vie.

Qu'est-ce que j'aurais fait…

Malheureusement, je n'aurais pas le temps de rester plus longtemps.

J'ai le foie perforé et je suis sur le point de me noyer dans mon propre sang.

« … »

Un poids se penche au-dessus de ma poitrine.

Sa tête repose sur moi. Je soulève ma main ensanglantée et vient câliner son front.

Je distingue ce qui ressemble à une larme quitter ma pupille.

Moi qui croyait ne plus avoir une seule goutte d'eau en moi…

« … »

« … »

« Ec-… Echo ? »

« Hmm ? Mon amour ? »

J'hésite à poser ma question.

« … »

« Tu pleureras pour moi ? »

Je sens sa tête se relever subitement.

« Tu… sais que j'en suis incapable, Bellamy. »

Oui… je le sais…

« Je ne peux plus pleurer la mort… »

Un sourire se dessine naturellement sur mes lèvres.

Après douze mille ans d'existence…

« N'em- Kouf ! Kouf ! N'empêche que… je suis le seul amant que tu aies eu ces centaines dernières années… »

« … »

« Ce Numerius Quintus, Hostus… Le dernier homme pour qui tu as pleuré… il a eu de la chance… »

« C'était il y a plus de vingt-huit siècles, Bellou… »

« … »

A cet instant, Echo et moi sommes seuls, dans notre monde. Nous avons complètement occulté le fait que Gérard se tient juste à côté de nous. Il ne dit rien, mais il écoute…

Un monstre immortel et un humain qui s'aiment et qui ne le cachent pas.

« Je t'aime, Bellamy. Et je t'aimerai toujours. J'ai aimé des centaures au cours de ma vie, des cyclopes, des tritons, des lycanthropes… mais tu auras été le deuxième humain dont je serai tombé amoureuse. Tu seras toujours important pour moi… »

« … »

« Et je t'aimerai toujours. »

Je t'aime Echo. Je t'aime tellement.

Mon esprit se vide…

Ca y est, je commence à partir.

« Echo ? »

« Bébé ? »

« Les humains méritent de vivre, tu sais ? »

« … »

« Et les monstres aussi. Je sais que de ton point de vu, on est… tous des abrutis à se faire la guerre en permanence alors qu'on mourra tous un jour de toute façon, mais… »

« Tu veux que je prenne soin du peuple de Lexa, c'est ça ? »

« … »

« Elle veut amener la paix dans ce monde, Echo. »

« Elle veut amener la paix, et elle fait la guerre pour l'obtenir. Tu crois que c'est la première fois que je vois quelqu'un prétendre à des idéaux et faire tout le contraire au final ? Douze mille ans. Douze mille ans que je vis sur cette Terre, Bell ! Les mortels ne savent pas ce qu'est la vraie paix. Ta Lexa ne vaut pas mieux que les autres, crois-moi. »

« … »

Même si je savais que c'est ce qu'elle allait me répondre, l'entendre de sa bouche me brise le cœur.

Echo est une défaitiste née.

Elle a vécu tellement de malheurs au cours de ses millénaires d'existence…

S'il-te-plait, Echo. S'il-te-plait…

« Clarke. Protège au moins Clarke… »

« … »

« Ton amie lunatique ? Humm ! Celle qui me méprise et ne vois en moins qu'une humaine qui ne connait même pas l'existence des monstres ? »

« Elle m'aimait ! Tu étais juste celle qui lui avait vo… lé… son meilleu… 'r am-…. »

« Bell ? »

« … »

« Bell ? »

« … »

Je t'aime, Echo.

Et si un jour je devais renaitre dans un autre corps, je t'aimerai encore.

« Bellou ?! »

Adieu.

« Bell ? Bellou ?! »

« C'était un humain ? » s'interroge, sceptique, un certain tueur professionnel à côté de ma femme adorée, « le deuxième humain que vous avez aimé… C'était un humain que j'ai tué ? J'ai tué un humain ? »

« Bellou ! »

Ca y est, mon heure est venue.

Enfin !

« … »

« Bell ! Réponds-moi ! »

Non, Echo, c'est fini.

Aurevoir.

Aurevoir, Clarke !

Aurevoir, Lexa.

Les amis…

Aurevoir.

« Bell ? »

« … »

Adieu.

« … »

« … »

« … »

Ca y est, maman. Me voilà, j'arrive.

Ton fils arrive.

« … »

A tout de suite.

« … »

A tout de suite, petite sœur que je vais enfin pouvoir rencontrer.


A suivre…

NA: Je tiens à m'excuser pour ce si long chapitre mais je pensais que c'était vraiment nécessaire. Ce personnage méritait vraiment une belle fin et je ne voulais pas simplement passer rapidement dessus. Ca m'a pris prêt de trois mois d'écriture. J'écrivais, j'effaçais, je réécrivais… J'étais jamais satisfait mais j'espère que son départ sera plus acceptable comme ça. Il meurt en héros.

Pour ceux qui l'aimaient bien, et je sais qu'il y en a, je suis désolé que ça soit arrivé sans prévenir mais je pense que c'était vraiment nécessaire. Clarke aura un rôle déterminant à jouer dans la suite. Elle va essayer de changer le monde et le rendre meilleur mais il faut avant ça que son personnage évolue pour la rendre apte à accomplir la mission qui lui est destinée. Et pour ça il faut que des évènements majeurs dans sa vie survienne et je pense que la mort de ceux qu'elle aime (certains, il y aura des survivants, heureusement!) en fait partie et est même indispensable.

Et si vous vouliez en savoir plus sur lui et notamment son passé, rassurez vous! On le reverra lorsqu'on découvrira l'enfance de Clarke (elle était avec lui lorsqu'il a été capturé par des trafiquants de traite humaine, ils ont été prisonniers ensemble) et son histoire d'amour avec Echo (comment ils se sont rencontré, qu'il a essayé de la tuer sans jamais y parvenir (faut vraiment le vouloir pour essayer de tuer une immortelle!) et qu'il a fini par devenir un traitre à la CIL) qui est un personnage secondaire mais capital dans cette fiction.

Bon et puis désolé d'avance, mais le prochain chapitre n'arrivera pas avant les vacances de décembre, je pense.

A la prochaine!