Précédemment : Cela fait maintenant deux ans que Clarke s'est rendue en France pour espionner le royaume coalisé de Lexa. Estimant le temps venu, la Commission Internationale a déclaré la guerre à la reine vampire mais s'est retrouvé à devoir faire face à des difficultés qu'elle n'avait pas prévu. Ayant décidé de prendre les choses en main, Célia Djövkick demande à un membre éminent de l'organisation criminelle de faire appel à la plus puissante armée au monde pour lui demander de rejoindre le combat : la DSFI…


PDV Callie Cartwig, chasseuse de grade SSS au sein de la commission (la troisième plus puissante membre de toute la DSFI), également agent de protection rapprochée (=garde du corps professionnelle) dans le monde visible.

« Sigismund, tu avais promis. »

« Oui, mais fallait pas mettre autant de temps à vous préparer. »

« M'en fous. Maman a dit que c'est celui là qu'on allait voir, déjà. »

« Ouai, mais c'est à moi que papa a donné l'argent. Et le film a déjà commencé vu que vous avez pris tout votre temps, Ilsa et toi, donc tant pis pour vous. Moi, je veux voir Mission impossible 6, comme ça, Tom Cruise il va défoncer tout le monde, comme tatie Cece quand elle fait avec les gens dangereux. »

Sigismund me fait trop sourire.

Parce que je défonce les gens, moi ?

« Mais dans les indestructibles 2 aussi, ils défoncent des gens. Toute façon, c'est maman qui décide, t'as pas le choix ! »

« Je veux voir le dessin animé, moi. » commence à pleurer Ilsa, la plus petite des trois, pendant que les deux ainés, Sigismund et Karoline, continuent de se disputer.

« T'as pas compris qu'il a déjà commencé, toi ? C'est ta faute, t'as mis trop de temps à finir ton repas, tout à l'heure. » lui répond le grand frère.

« Non, l'horaire indiqué par le cinéma indique une heure incluant les publicités d'avant film. Vu que nous sommes en retard de seulement un quart d'heure, le film n'a probablement pas encore commencé, mais il faut faire la queue rapidement, si vous voulez toujours le voir. » remarque ma collègue, Katariina Nylun.

« … »

Sigismund perd tout argument, à ces mots. Il n'a plus aucun moyen de forcer ses sœurs à choisir son film plutôt que celui que leur a imposé leur mère, maintenant.

Les deux sœurs en semblent ravies.

Pendant ce temps, j'étudie la foule autour de moi.

Katariina a eu raison de calmer les trois enfants. Avec cette foule de gens qui circule à l'intérieur de ce cinéma comme à l'extérieur dans les rues, il serait mal avisé de laisser ces trois enfants s'agiter ainsi.

Bon point pour elle.

« … »

Si je dis bon point pour elle, c'est que Katariina Nylun n'est pas ma collègue à proprement parler comme j'ai pu l'affirmer plutôt. Elle est plus, en réalité, mon élève. Et là, je le conçois bien, il faut que j'explique quelque chose.

Avant toutes choses, je m'appelle Callie Cartwig, c'est le nom sous lequel je suis née. Pour autant, pas mal de monde m'appelle tout aussi bien Cece, ou tatie Cartwig lorsqu'il s'agit d'enfants. Et ça me va parfaitement.

Résumer ma vie n'est pas simple à faire.

Dans celle-ci, je suis amenée à faire de tout, jamais de rien. Je parle couramment plus de dix-sept langues vivantes, et cinq mortes. Je maitrise au niveau expert plus d'une cinquantaine d'arts martiaux, tous aux pays d'origine différents. Ma culture générale surpasse grandement celle dont un homme septuagénaire ordinaire pourrait s'enorgueillir d'avoir. J'ai déjà voyagé et visité diverses fois la majorité des différents pays du monde, et survécu de longs mois seule dans des endroits tout à fait inhospitaliers, là où la nature se fait plus mortelle que l'homme lui-même, ainsi que des endroits dont vous ignorez jusqu'à l'existence même. Je suis professeure en biologie spécifique aux environnements hostiles, agrégée dans trois domaines de compétence différents.

Mais mon CV n'a rien d'intéressant dans ce que je peux vouloir vous raconter maintenant. Tout ce qu'il importe de savoir pour l'instant, c'est ce que signifie ces six lettres : l'OATRHP.

THE ORGANIZED ALLIANCE OF TECHNIQUES RELATING TO HUMAN PROTECTION.

Une société internationale privée dont l'objet est la formation et le prêt d'agents de protection rapprochée. La plus réputée, et la plus chère. La plus exigeante et difficile aussi. Tout enseignant formateur y justifie d'au moins vingt ans d'expérience dans le métier. Le recrutement des élèves est très sélect'. La formation, longue. De cinq à dix ans en fonction des éléments, et c'est intensif.

Toutefois, la difficulté de la formation est à la hauteur de ce que nous attendons : en ressortir équivaut à commencer le métier avec un niveau de compétence égal à celui de trois hommes ayant exercé toute leur vie chacun. Louer de tels agents à notre société est si chère que le président des Etats-Unis lui-même se verrait imposer la consultation du Congrès s'il l'envisageait pour sa protection rapprochée. Et combien même le Congrès y consentirait que le président ne pourrait louer un de nos agents que pour quelque jours seulement. La valeur mensuelle de la protection d'une personne par un seul de nos agents est égale à une somme à six chiffres.

Je suis la fondatrice de cette société, et également sa présidente. Malheureusement, le rythme de vie que je mène au quotidien fait que je suis incapable de m'occuper pleinement de cette société raison pour laquelle je suis assistée de cinq directeurs adjoints, tous aussi compétents que moi. Dans l'OATRHP, ils sont même plus compétents que moi.

Les règles internes de notre entreprise exigent que chacun de nos élèves, lors de sa formation, subisse un test en condition réelle à la conclusion de chaque quart de son apprentissage.

Katariina Nylun vient de terminer ses dix-huit premiers mois de formation au sein de notre agence, aussi est-il temps pour elle de passer son premier test.

Je ne m'occupe que des examens finaux d'habitude, mais un de mes amis et directeurs associés, Eke Waka, m'a conseillé de faire passer ce test à cette élève-ci. Pour ne pas perdre la main, a-t-il dit. Apparemment, il s'inquiétait pour moi depuis que j'ai passé deux mois seule dans la jungle amazonienne à enquêter sur une souche de virus nouvellement apparu.

Comme si je manquais d'expérience dans le domaine de l'enseignement. Je suis professeure, mon bon ami !

Quoi qu'il en soit, j'ai accepté de mettre Katariina à l'épreuve, et la voilà donc en train d'assurer la protection de ces trois enfants. Selon le scénario du test, nous sommes une équipe de deux gardes rapprochés pour assurer la sécurité des enfants. Katariina est ma chef, et doit me donner tous les ordres pour que nous protégions efficacement les enfants même si nous avons un agent en moins que nécessaire pour ces trois clients.

Sigismund, Karoline et Ilsa sont le fils et les filles de Carl et Angelika Ziegler. Angelika n'est qu'une simple artiste peintre mais Carl, lui, est le ministre fédéral du Travail et des Affaires sociales du gouvernement allemand. Je lui ai en quelque sorte "sauvé la mise" il y a quelques années de ça lors d'une histoire toute bête, et depuis nous sommes restés bons amis, nous entraidant l'un l'autre à l'occasion.

Comme il n'est pas idiot de considérer Carl comme un VIP dans son pays natal, nécessitant même parfois de mettre sa famille sous protection, il m'a gentiment "prêté" ses enfants pour la journée, pour que je puisse demander à Katariina de veiller à leur sécurité tout au long de la journée. Il n'est évidemment pas question de mettre volontairement les enfants en situation de véritable danger, mais nous avons bien sûr embauché quelques acteurs pour qu'ils tentent de s'en prendre à ces petits-là à un moment de la journée, en leur transmettant le programme -lieux et horaires- de la journée, décidé par Angelika.

Il ne s'est encore rien passé jusqu'ici donc Katariina se doute probablement que la tentative d'agression aura lieu ce soir, au cinéma, où nous sommes en ce moment.

La queue devant la caisse est un peu longue, ceci dit. Et avec l'agitation des enfants qui ne cessent de se disputer pour savoir quel film ils vont aller voir, ça risque d'être un peu compliqué à gérer.

J'observe l'éclairage de cette grande salle. Angelika n'a pas choisi d'envoyer ses enfants dans un cinéma de fréquentation populaire, très clairement. L'ambiance chic que veut donner la direction de cet établissement fait que la salle est peu éclairée. Quelques lampions trainent simplement ça et là. Si Katariina veut ne pas laisser les enfants se retrouver dans la pénombre -difficile d'assurer la sécurité des enfants quand on ne les voit pas- elle va devoir éviter de se tenir ainsi, à droite de Sigismund, comme elle le fait maintenant.

Passer à sa gauche, légèrement en arrière, à huit heures, serait la meilleure solution.

Mais va-t-elle y penser ?

« … »

Elle y a pensé !

« Pff… Comme vous voudrez, mais je suis sûr que ce sera nul ! Mission impossible aurait été beaucoup mieux ! » peste Sigismund avant de courir se réfugier plus loin.

Katariina s'empresse d'aborder une nouvelle position.

Sigismund la voir réagir et s'enfuit encore plus loin.

Je ne peux m'empêcher de sourire.

Ah, celui-là…

Ilsa tire sur le manteau de sa grande sœur.

« Karoline, on pourra aller voir le film de Sigismund s'il est bien, après ? »

« Non, c'est pour les grands a dit maman. On ne peut pas. »

« Et tu seras trop fatiguée pour voir les deux films, de toute façon, ma puce. » remarqué-je pour rajouter aux propos de Karo.

« Je suis grand, moi ! Je peux le voir ! » intervient Sigismund.

« Ah oui, et qui va le payer, ton second film ? Votre mère ne t'a donné de l'argent que pour un seul film. » argué-je.

« Tu peux payer, toi, tatie. »

Ben tiens !

« Obéis à ta mère, Gis', tu veux ? Tu ne veux pas lui faire plaisir ? »

« Si si… »

Je ne suis pas pressé qu'il devienne adolescent, celui-là.

Je t'aime, Angelika, mais tu ne me verras pas dans le coin quand il aura atteint la puberté, je tiens à ce que tu le saches !

Arrive notre tour, à la caisse.

Sigismund sort plusieurs billets de sa poche.

« Bonjour, cinq places pour Mission Imp-… »

« Les indestructibles ! » le coupe Karoline en tapant du poing sur le comptoir.

« Ouai, pardon, les indestructibles… » se plie Sigismund avant de commencer à marmonner dans sa barbe.

Il paie les trois places enfants ainsi que les deux adultes, puis nous montons l'escalier menant à la salle correspondant au film des indestructibles 2.

Conformément aux instructions de ma "chef", c'est Katariina qui passe devant les enfants et pousse la double porte. Je suis en queue de peloton.

Bien.

Viens le temps de voir où elle va se placer dans la salle.

« On s'assied où ? » demande Karoline à son frère ainé.

« Au milieu, j'aime pas le côté. Après le reste, je m'en moque. »

« Tout devant ! » réclame Ilsa.

« Comme tu veux. » répond le grand frère en haussant les épaules.

Les trois enfants s'installent.

J'attends les consignes de Katariina pour voir où elle décide de nous positionner par rapport aux sièges de nos trois protégés.

Elle me désigne deux places juste derrière leurs sièges.

Elle n'a pas choisi les sièges d'à côté, ni d'autres plus haut.

Sans doute privilégie-t-elle un point de vu légèrement périphérique et en même temps suffisamment proche pour pouvoir intervenir à tout moment.

Ce n'est pas mauvais.

Nous nous asseyons tous.

Je me penche vers le jeune garçon et lui chuchote à l'oreille :

« Je sais que ce n'est pas ce que tu voulais voir, mon grand, mais essaie d'apprécier, d'accord ? Ta mère a payé ces places pour que tu puisses t'amuser avec tes sœurs. Fais-le pour elles et pour moi, ok ? »

Je vois Sigismund rougir un peu et hocher la tête en signe d'accord.

Je pose un léger baiser sur son front et me lève discrètement pour m'éclipser.

« … »

Quand je reviens, les publicités sont finies et le film a déjà commencer.

Ilsa est complètement plongé dans l'animation, mais je me permets quand même de lui tendre ce que je viens d'acheter pour elle, en lui demandant de partager avec son frère et sa sœur.

Elle pioche à peine une poignée, puis tend le pot à Karoline.

Je remarque que Katariina affiche une tête surprise quand elle me voit lui avoir donné la nourriture.

Elle ne m'avait donc pas vu partir, plus tôt…

Je soupire en mon for intérieur. Si peu attentive à ses propres collègues…

« … »

Le film est bien entamé. Je ne cesse de faire attention à mon élève, pendant que les enfants restent accaparés par le film.

J'ignore moi-même quand les acteurs que nous avons embauché interviendrons, ce soir. Je ne leur avais donné aucune consigne particulière après tout. Je suis satisfaite de voir que Katariina n'ai pas l'air particulièrement anxieuse. L'anxiété est quelque chose qui se transmet rapidement à d'autres, surtout à des enfants. Et puis ça ne rend pas performant un agent de protection rapprochée, de surcroît.

Je sens une main douce et enfantine se poser sur moi.

« Tatie ? »

Karoline s'est retournée de son siège pour me parler.

« Oui, ma chérie, qu'est-ce qui ne va pas ? »

Elle s'approche de mon visage pour éviter de parler trop fort pendant la projection du film.

« Ilsa s'est endormie. Elle bave sur moi. »

« Oh, ma pauvre. Attends, passe la moi. »

La grande sœur s'écarte un peu, tandis que je me lève pour saisir Ilsa, assise sur le siège de devant, par les aisselles et la porter jusqu'à moi. Je l'assois sur mes genoux.

« Je t'avais dit que tu serais trop fatiguée, trésor. Tu as été dehors toute la journée avec Sigismund et Karoline, tu n'as pas l'habitude. » dis-je à la fille endormie.

Je caresse la tête de ma petite allemande adorée.

Comment je vais faire pour être opérationnelle en tant que garde du corps avec un enfant sur les bras, moi maintenant ?

« … »

Heureusement, des vingt dernières minutes qu'il manquait avant que le film ne se termine, rien de particulier ne s'est passé. Le film est terminé. Je demande aux deux plus grands ce qu'ils ont pensé du film, la plus petite étant toujours endormie.

« Je veux pas que papa devienne comme ça un jour » dis Karoline, « je crois que même maman ne le supporterait pas. »

« Tu crois que je pourrai avoir la même moto qu'Hélène, tatie ? Si papa me l'achète, plus tard ? »

« C'est une moto de super-héros. Tu es un super-héros, Sigismund ? »

« Bah oui. Bientôt j'en serai un. »

« Bon ba tu n'es pas indestructible, alors. Il faut être un super-héros ET indestructible. »

Je surprends Katariina en train de sourire en entendant l'étrange manière dont je m'en suis sortie.

Le générique du dessin-animé est sur le point d'être terminé lui aussi.

« Allons-y, les enfants. Il est tard. On va rentrer à la maison. »

« Comment va Ilsa ? » demande Sigismund en me voyant me lever de mon siège en portant sa sœur sur le bras.

« Elle dort profondément. Mais je vais devoir la réveiller malheureusement. Je ne pourrai pas la porter tout le long. »

« Elle se rendormira dans la voiture de toute façon. Au fait, merci pour les pop-corns, tatie. »

« Mais de rien. » fais-je en souriant.

Katariina prend la tête et se dirige vers la sortie de la salle. Les deux ainés suivent, puis enfin moi, avec Ilsa dans les bras.

« Ilsa, mon cœur ? » appelé-je à la sortie de la salle, « Mon cœur, il faut que tu te réveilles. On va rentrer à la maison. »

Ilsa se réveille doucement et se masse les yeux.

« Tatie ? On est où, tatie ? »

« Toujours dehors, mais on va rentrer là. Tu te sens capable de marcher ? »

Elle me fait oui de la tête.

J'observe avec amour les yeux bouffis de ma petite Ziegler lui déformer le visage.

« Katariina va appeler la voiture. Tu veux aller aux toilettes, avant ? Je pense que ce serait mieux pour toi, non ? »

Nouvel hochement de tête de sa part.

Je lui prends la main et l'emmène aux toilettes des femmes, pendant que les trois autres restent à nous attendre.

Dans les toilettes, je laisse Ilsa faire ses besoins tranquillement. Cela prend une bonne petite minute avant qu'elle ressorte de sa cabine. Elle se dirige vers les lavabos pour se laver les mains. Je ne me donne pas la peine de lui laver le visage vu que je sais qu'elle se rendormira très bientôt. Nous quittons finalement les sanitaires.

« Il s'est passé quoi à la fin du film ? » demande Ilsa à sa grande sœur en sortant.

« C'était bien. Les gens aiment bien les super-héros, maintenant. »

« Et le bébé avait beaucoup trop de pouvoir. On dirait c'était le plus fort de la famille ! » rajoute Sigismund, « euh… tatie ? »

« Hmm ? Oui ? »

« Euh… » fait-il en tenant son entre-jambe.

Oh. Bien sûr. C'est vrai qu'il n'y est pas allé de la journée lui, maintenant que j'y pense.

« Bien, va aux toilettes toi aussi. On t'attend. Karoline ? » demandé-je au cas où elle voudrait y aller elle aussi. Que chacun n'y aille pas son tour, quand même…

« Pas envie. » fait-elle en remuant la tête.

Sigismund se rend alors seul en direction des toilettes des hommes. Je le regarde y aller quand quelque chose m'interpelle.

Un des acteurs !

Pas de doute, c'en est bien un ! Il suit Sigismund dans les toilettes.

Je tourne le regard, sec, en direction de Katariina pour voir comment elle va réagir. Elle ne connait pas le visage des comédiens, alors va-t-elle comprendre à temps que l'agression est sur le point d'avoir lieu ?

A ma grande surprise, je la vois froncer les sourcils lorsque le garçon et l'homme qui le suit rejoignent les cabinets réservés aux messieurs. Elle se dirige d'un pas lent mais ferme vers les toilettes. Une fois face à la porte, elle dirige son regard à gauche, puis à droite, avant de se retourner et se positionner contre la porte, sans essayer d'entrer.

Que fait-elle ?

Elle semble avoir remarqué quelque chose mais elle n'essaie quand même pas d'entrer ?

Trois minutes plus tard, la porte s'ouvre, forçant Katariina à se déplacer sur le côté. Sigismund apparait suivi peu après par le fameux acteur.

Katariina s'attarde sur Sigismund mais voyant qu'il n'a rien, soupire de soulagement.

Tout à coup, elle hausse un sourcil en regardant les fesses de l'homme.

Mais comme si de rien n'était, elle presse le pas vers Karoline et dit d'une voix forte : « appelons le taxi, ce sera mieux pour rentrer. »

Le taxi ? Nous avons déjà appeler la voiture !

Je n'ai pas le temps d'essayer de comprendre la manœuvre de ma collègue, car sitôt la phrase du taxi prononcée, elle se met à fouiller dans les poches de sa veste, puis d'un air dépité, va s'adresser à l'homme de tout à l'heure :

« Excusez-moi monsieur, auriez-vous un portable à me prêter, s'il-vous-plait ? Je ne trouve plus le mien… »

Son ton faussement navré doit convaincre l'acteur puisqu'il lui tend son portable d'un sourire charmé.

Elle le récupère et s'écarte du bonhomme avant de s'affairer à appeler le taxi.

Mais pourquoi ?!

Après deux minutes où elle reste scotchée sur le portable qui n'est pas le sien sans faire mine de vouloir appeler qui que ce soit, l'homme se redirige vers elle pour tenter de récupérer ce qui lui appartient.

Tout à coup, une sonnerie retentit dans la veste de Katariina.

Celle-ci sursaute et regarde à l'intérieur de sa veste.

« La poche intérieure ! C'est là qu'il était » dit-elle en récupérant son portable de sa poche, « quelle idiote ! Je suis vraiment désolé, monsieur, je n'ai même pas pensé à regarder à l'intérieur… »

L'homme a l'air un peu perturbé mais répond quand même :

« Oui, bien sûr, bien sûr. C'est bien pour vous, vous allez pouvoir appeler le taxi vous-même, maintenant. »

« Oui, merci. Vraiment désolé ! »

Elle pianote encore deux trois fois sur le portable du monsieur avant de le lui rendre.

Puis elle prend les deux enfants chacun d'une main et les tire jusqu'à l'extérieur du bâtiment.

Karoline et Sigismund, se plaignent sans surprise.

Après tout, Katariina n'est pas aussi proche d'eux que je le suis. C'est même la première fois qu'elle a affaire à eux puisque je ne les lui ai présenté que comme les clients à protéger pour son test.

Malgré tout, je laisse faire.

Je prends moi-même Ilsa par la main et l'emmène à la suite des trois autres.

La voiture nous attendait déjà, dehors. Nous montons tous dedans et celle-ci démarre.

« Ca fait mal ! Je veux pas qu'on me tire par le bras ! » gémit Sigismund une fois assis dans la voiture.

« Sincèrement désolé, monsieur. Je vous prie de m'excuser. » répond Katariina.

« Je veux plus que vous fassiez ça. » rétorque-t-il avant de se retourner, inquiet, vers sa sœur pour vérifier si elle n'a pas mal.

Karoline ne dit rien mais n'a pas l'air très contente, elle non plus.

« Sigismund, « il ne s'est rien passé de particulier, aux toilettes tout à l'heure ? » demandé-je pour changer de sujet et m'informer sur ce qui me préoccupe vraiment.

« Hein, non, pourquoi ? »

« … »

Il faudra que j'interroge Katariina à ce propos quand on aura déposé les enfants, alors.

Quelques dizaines de minutes plus tard, nous arrivons devant le seuil de la maison des Ziegler.

Les enfants descendent à la suite de Katariina.

Sauf Ilsa, bien entendu, qui s'est rendormie et que je porte moi-même jusqu'à la maison.

C'est Carl qui nous ouvre la porte.

« Bonsoir papa ! » disent les ainés en chœur.

« Bonsoir, mes brigands ! Alors, cette journée ? »

« Trop bien ! C'était super ! Le restaurant était super chouette ce midi ! »

« Ouai la piscine aussi, mais par contre ils avaient fermé le toboggan, ça s'était nul ! »

« Ha ha ! Ca arrive, malheureusement. Mais vous vous êtes amusé au moins, ça a été ? »

« Oui, super ! Grâce à tatie Cece. Elle nous a même offert des pop-corns au cinéma. J'ai tout mangé parce que Ilsa et Sigismund n'avaient plus trop faim. Sigismund a mangé comme s'il avait quatre estomacs, au restau ! » affirme Karoline.

« C'était trop bon… » se justifie le grand-frère, une main caressant son petit ventre.

« Ce n'est pas grave. Je vois qu'Ilsa dort. Sigismund, tu as bien pris soin de tes sœurs, hein ? »

« Oui, je confirme, il a été gentil. Sauf pour le ciné, mais j'en parlerai pas. » l'épargne Karoline.

Sigismund fait la moue devant la gentillesse de sa sœur qui choisit de ne pas le dénoncer pour avoir tenté de désobéir à sa mère concernant le choix du film.

D'ailleurs…

« Angele n'est pas là ? » demandé-je, curieuse.

« Elle est au lit, un peu malade, subitement. Le médecin passera la voir demain. » répond le père.

« Maman est malade ? » s'inquiète Karo.

« Oui mais rien de grave. Allez, entrez les enfants. Vous allez vous brosser les dents, en pyjama et au lit. »

Le garçon et la fille entrent et courent jusqu'à leur chambre.

Carl récupère Ilsa de dans mes bras.

« Je peux monter voir comment va Angelika, Carl ? »

« Je t'en prie, entre. » me répond mon ami.

Et je me rend dans la chambre de mon amie en laissant Katariina m'attendre à l'entrée.

Je ne serais pas longue.

Quand j'entre dans la chambre, je découvre Angelika à demi-endormie sous les draps de son lit.

Je m'approche discrètement.

« Chéri, les enfants vont bien ? » demande une voix tremblotante.

« Oui, oui. Ils sont encore vivants. Callie a fait du bon travail. » dis-je d'une voix masculine.

« … »

« … »

« Qui est là ? » s'écrie Angelika en repoussant les draps de dessus elle, inquiète.

« Juste moi, Ange. Ne t'inquiète pas. »

Elle reste ébahie deux secondes lorsqu'elle me voit se tenir devant elle et lui sourire.

« Cece ? C'est toi ? »

J'acquiesce.

« Idiote ! Tu imites la voix de Carl tellement mal ! »

« Non ! C'est faux ! Mon imitation était parfaite. C'est toi qui a un sixième sens bien trop bizarre ! »

« C'est mon mari. Je le reconnaitrai entre mille. » se vante-elle tout sourire.

« Bon ba la mille-et-unième fois sera la bonne alors. »

« Dans tes rêves. » fait-elle en me tirant la langue.

Je m'assied à côté d'elle.

« Comment vas-tu, ma chérie ? Carl m'a dit que tu ne te sentais pas trop bien… »

« Oh, rien de grave. Une petite maladie qui veut me faire la peau, mais elle s'en ai pris à la mauvaise personne, parce que je vais rapidement m'en remettre. Comme si j'avais de la peau à céder comme ça, moi. »

« Ha ha ! »

Elle va bien, je suis rassurée.

« Comment ça s'est passé, aujourd'hui, Callie ? » me demande-t-elle d'un ton plus sérieux.

« Bien. Je me suis beaucoup amusée avec tes enfants. »

« Et ton élève ? Son test ? »

« Secret professionnel, ma chérie. »

« Il y a des secrets entre nous, maintenant ? Hé, on t'a prêté nos enfants gratuitement pour la journée entière, on a le droit de savoir ! »

« C'était pas terrible. Pas catastrophique, mais loin d'être parfait non plus. Et puis il y a quelques petites choses dans son comportement que je n'ai pas compris, par moment. Mais j'aurai un entretien avec elle, on verra ça. Toi, tu es officiellement malade, que tu le veuilles ou non. Donc repose-toi ! »

« Hmm. Quand mon homme sera là, je me rendormirai. »

« Il couche les enfants. Il te rejoint tout de suite après. »

« Très bien. Bonne soirée, Callie. »

« Bonne soirée, Angelika. Je t'aime, à la prochaine. »

« Prochaine… » lâche-t-elle déjà endormie.

Je la recouvre avec les draps et quitte la chambre.

Je salue Carl une dernière fois en descendant jusqu'aux chambres des enfants, puis quitte la maison.

Katariina n'a pas bougé.

Elle m'attendait, comme prévu.

« Allons-y. » lui dis-je simplement.

« … »

Quatre heures plus tard, je me trouve dans un bureau de police, à Berlin, un café chaud à la main.

C'est la pleine nuit, il n'y a pas grand monde à fréquenter ces bureaux à cette heure-ci, et les policiers de garde, des connaissances, me laisse tranquillement me reposer ici.

Un homme d'âge légèrement en dessous de la moyenne, à la belle peau métissée, apparait derrière moi.

« Cece. Tu me paies mon café ? »

« Et toi, tu me paies mon hôtel ? »

« Tu peux bien te le payer toi-même, pourquoi tu n'y va pas ? Tu préfères rester ici ? »

« Je quitterai l'Allemagne dès que j'aurai eu mon entretien de fin de test avec la fille que tu voulais que je mette à l'épreuve. Pourquoi prendre une chambre d'hôtel si c'est pour rester y dormir seulement trois heures ? »

« Ah, oui. Ce fameux test… C'était comment ? »

« Tu n'avais qu'à le faire toi-même, si tu tiens à le savoir. »

« Je vois. Pas terrible, ok. Bon, ce n'est pas grave. Tu pars où ensuite, du coup, si tu quittes l'Allemagne ? Ca ne fait que quatre jours que tu es là, après tout. »

« J'ai une conférence sur le domaine de la protection de l'environnement à Monaco, dans une douzaine d'heures. On m'a appelé il y a trois jours pour me demander d'y participer. Vingt-quatre heures seulement après être revenue d'Amazonie, tu te rends compte ? A croire que ça plait à certains de se jeter sur moi dès que je remets un pas dans le monde civilisé. Enfin bon, j'ai quand même accepté. »

« Très honorable de ta part. D'ailleurs, je t'informe que l'OATRHP aurait besoin de toi dans deux jours. »

« Où ça ? »

« Au Moyen-Orient. Des princesses du monde arabe voudraient solliciter les services de quelques-uns de nos agents de protection pour l'histoire d'une semaine. Elles m'ont expliqué pourquoi mais je ne m'en souviens plus trop bien… ».

« C'est quoi cette histoire ? Tu es directeur associé, Eke. Quoi que ce soit, tu peux bien t'en occuper toi-même ! »

« Je pourrais… »

« Minute ! Le test de Katariina d'aujourd'hui, et maintenant cette rencontre avec les princesses arabes… Tu ne serais pas en train de me refourguer tes obligations professionnelles, par hasard ? »

« Je vais me marier dans quelques semaines, Cece… Tu peux bien m'aider un peu, tu sais que ça demande beaucoup de préparations, un mariage. »

Je tends ma main gauche juste devant son visage. Je n'ai pas de bague au doigt, moi.

« Oh, et puis j'attends de mon amie le plus beau cadeau qui soit, n'est-ce-pas ? »

Te casse pas la tête, je sais ce que tu entends par là, Eke. Tu veux que je fasse en sorte de laisser ta future femme bouche bée le jour J, c'est ça ?

« Il n'y a pas écrit "Crésus" sur mon front, hein ? »

« Non mais j'ai cru y distinguer quelque chose comme "Callie Cartwig, précieuse amie et multimillionnaire", un jour. »

« C'est drôle, moi un jour c'est "Eke Waka, bel hawaïen gros profiteur et pas moins riche" que j'ai cru voir écrit sur le tien. »

« Je t'en serai vraiment reconnaissant, Cece. Merci d'avance. »

« Oui, c'est ça. Je suis trop bonne avec toi. »

Il me sourit et vient se repositionner derrière moi pour me masser les épaules.

« Un café, c'est bien, mais un ami attentionné, c'est encore mieux la plupart du temps. »

Hmm… L'OATRHP…

Pff… Cette entreprise me rapporte vraiment beaucoup trop d'argent…

Ca se retourne contre moi !

« Présidente Cartwig ? »

Eke sursaute en entendant la voix. Moi pas, je m'attendais à ce qu'elle apparaisse.

« Mademoiselle Nylun. Vous avez fini votre auto-évaluation ? » demandé-je.

« A l'instant. »

« Bien. Inutile de me la présenter, c'est moi qui vais vous présenter ma propre évaluation vous concernant, à présent. »

Eke comprend qu'il est de trop.

Il finit de me masser les épaules, débarrasse la table de ma tasse de café bue et s'en va.

Je propose à l'élève de s'asseoir mais elle refuse poliment.

« Bon, je serai courte. Globalement, le rôle d'un agent de protection est maitrisé. Vous avez parfaitement intégré les avantages d'être une femme dans ce métier : vous êtes habillée d'une manière où il serait impossible de se douter que vous sortez dans la rue pour assurer la sécurité de quelqu'un. Choisir un style à la mode pour vous vêtir aujourd'hui était donc très pertinent, d'autant plus qu'avec la veste et les chaussures que vous portiez vous pouviez faire des mouvements amples sans problèmes. C'est très bien de ce côté-là. »

Je la vois écouter ce que je lui dis sans sourciller. Elle avait déjà probablement pensé à tout ça dans son évaluation personnelle. C'est la base, après tout.

« Néanmoins, vous devriez faire attention à votre posture. Il semble qu'après dix-huit mois passés dans l'agence, vous ayez pris comme automatisme de vous tenir le dos droit, épaules inclinées vers l'intérieur et genoux fléchis. C'est effectivement ce que recommandent les instructeurs lorsqu'il faut passer plusieurs heures debout pour attendre le client, mais ça n'est définitivement pas ce qu'il faut faire dans le cas où vous ne voulez PAS que les gens sachent que vous attendez un client à protéger. Vos clients sont des enfants, et vous êtes vous-même une femme au visage quelconque et inconnu. C'est à exploiter. N'allez donc pas prendre une posture qui attirerait l'attention de quelques curieux et les faire envisager qu'une personne importante est dans le coin s'ils n'ont pas été capables de le deviner par eux-mêmes. »

Elle hoche la tête. C'est une simple remarque, malgré tout je ne peux pas lui en vouloir pour ça. Il est difficile pour beaucoup d'agents de protection de savoir quand il faut se montrer sur le qui-vive et quand paraitre tout à fait serein vis-à-vis des gens circulant dans la rue.

« Par ailleurs, vos positionnements n'étaient pas mauvais dans l'ensemble. Vous prêtez attention aux angles morts, aux intersections, à l'éclairage… Faites néanmoins attention, on ne protège pas une personne de la même manière selon son âge. Le comportement et les déplacements d'un adulte sont prévisibles ceux d'un enfant ne le sont pas. Ce n'est pas parce que votre positionnement est soudainement devenu mauvais qu'il faut se précipiter pour le rectifier. Vous auriez pu éviter cette erreur, ce soir, au cinéma. »

Nouvel hochement de tête.

« Même chose pour vos regards circulaires. Trop voyants. Nécessaires dans la salle où le film a été projeté, ce soir, étant donné que la plupart des spectateurs étaient déjà assis : il faisait sombre et vous avez dû vouloir les observer tous avant d'aller vous asseoir vous-même. Soit, mais tâchez d'être plus discrète quand vous le faites. Et vous paraissiez tout de même bien trop anxieuse par moment. Ce n'est pas bon devant des enfants, et ça pourrait amener à faire croire, même à un adulte, que vous inquiète, soit pas en mesure d'assurer pleinement sa protection. Montrez-vous confiante. En permanence. »

« Très bien. »

« Pour le reste, dans l'ensemble, il y avait de bonnes choses. Ha ! Les publicités avant le film, très bien pour éviter que la dispute des enfants grossisse et que ça n'empire dans quelque chose que vous n'auriez pas pu gérer. Mais pour les disputes entre adultes, évitez, n'oubliez pas. Vous n'êtes pas un arbitre, pas partie dans l'affaire. Neutre, et invisible sauf si le client en vient à se faire agresser, bien entendu. C'est le mot d'ordre, nous sommes d'accord ? »

« Bien entendu. »

« Il y a quand même des choses très déplaisantes. Vous n'avez pas du tout remarquer quand je suis parti aller acheter des pop-corns au début du film. Si vous dirigez l'équipe de protection, vous devez avoir un œil sur le client ET sur vos collègues. Bon, et on ne maltraite jamais le client. Vous les avez saisi par les poignets. Ils l'ont dit, c'était douloureux. D'ailleurs, expliquez-moi, c'était quoi toute cette affaire, aux toilettes ? »

« Un pervers, madame. »

« Un pervers ? »

« Quand Sigismund est entré aux toilettes, j'ai vu que l'homme l'avait suivi volontairement. Je me suis donc approché de la porte des toilettes, mais n'étant pas homme moi-même je suis restée devant, en tentant de paraitre innocemment accolée contre celle-ci. J'ai tendu les oreilles pour essayer d'entendre ce qui pouvait se passer à l'intérieur au cas où, pour intervenir quand même si nécessaire. Il n'y a eu aucun bruit suspect jusqu'à ce que Sigismund ressorte, mais quand l'homme est ressorti après lui, j'ai remarqué une protubérance sur sa fesse droite. J'ai deviné que c'était son portable, qui était dans la poche arrière de son jean. Sauf que quand il était rentré dans les toilettes, la protubérance était sur la fesse gauche, et non la droite. »

« Oh ? C'est ça qui vous a alerté ? »

« Oui. J'ai donc trouvé un prétexte pour pouvoir jeter un œil sur son portable, pour savoir ce qu'il avait pu faire avec dans les toilettes. »

« Et ? »

« J'y ai trouvé des photos et vidéos du garçon en train de faire ses besoins. »

Si j'avais un miroir à ce moment, j'y verrais probablement mes yeux s'agrandir jusqu'à la défiguration.

« Et… » cherché-je à savoir.

« J'ai fait ce qu'il y avait à faire. J'ai tout supprimé. Puis j'ai fait sonné mon propre portable pour justifier de lui avoir emprunter le sien. J'ai préféré ça à appeler un véritable taxi. Et j'ai évidemment effacer mon numéro sur l'historique avant de lui rendre son téléphone. »

J'imagine l'acteur que j'ai embauché en train de grimper sur une cuvette de toilettes pour pouvoir aller filmer le pauvre Sigismund dans la cabine d'à côté.

Erg… J'aurais définitivement dû lui donner quelques consignes quand même !

Mais à quels points sont lâches les agresseurs de nos jours pour attendre toute une journée que le client soit séparé de sa garde du corps ?

« Je… Ok, d'accord. Vous avez très bien fait, Katariina. Et merci, pour Sigismund ! »

« C'est mon travail. Ce pourquoi je me suis engagé, présidente Cartwig. »

« Oui… On va s'arrêter là. Je transmettrai mes observations à vos formateurs réguliers, pour qu'ils sachent sur quoi insister cette prochaine année, dans votre enseignement. Et je vais vous laisser, d'accord ? »

Elle devine aisément que c'était une question n'attendant pas de réponse puisqu'elle se retient de tout commentaire.

Je me lève et lui tend une main professionnelle, qu'elle serre respectueusement.

Et je quitte le bureau.

« … »

Il fait froid, dehors.

Une sensation que j'aime.

Sentir l'air réfrigéré au contact de sa peau, et le corps réagir à cette sensation, cherchant à se réfugier dans la chaleur des vêtements, ou de sa couette si on est à la maison.

Mais moi je ne la cherche pas.

C'est dans ces moments-là qu'on se rend compte à quel point on est insignifiant, nous, êtres humains. Face à l'immensité de la nature, et sa force indomptable, incontrôlable.

Je me sens isolée dans le froid, et j'adore ça.

Je lève les yeux vers le ciel, admirant les étoiles qui scintillent dans l'obscurité de la nuit. Le silence règne.

C'est tellement magnifique.

Une étoile filante apparait, trace sa route dans les voûtes célestes. Elle disparait.

Je souris. Pour moi, pas besoin de faire un rêve. J'en fais un tous les jours, chaque matin, quand je me lève en sachant que des gens passeront leur journée en pensant à moi, et que moi, comme chaque jour, mon cœur battra pour certains.

L'amour.

L'amitié, la compassion. Pour tous ceux que nous côtoyons au quotidien, nos frères, nos sœurs, nos amis. Notre famille. Il n'y a que ça de vrai.

Un soupçon de tristesse se dessine sur mon visage tout à coup.

Quel dommage que dans ce monde, tout le monde ne pense pas pareil…

BIP BIP

« … »

Retour à la réalité. Mon portable vient de biper.

Il est temps de redescendre de tes nuages, Callie Carwig ! Même la nuit, le monde viendra te déranger, tu le sais !

Je soupire et sors mon téléphone pour voir qui peut avoir quelque chose à me dire à cette heure.

Exp : Mrs Djövkick.

Je soupire une nouvelle fois, mais bien plus longtemps.

Célia Djövkick... Cela fait bien huit mois que je n'avais plus vu ce nom-là nul part.

Je n'ai définitivement pas envie de lire son message !

Allez hop, supprimé !

C'est ce que je fais à chaque fois que je reçois un message d'elle.

Ca ne devait pas être très important, de toute façon. Si ça l'était, elle aurait demandé à Thelonious de m'envoyer le message pour elle. Elle sait bien que je ne les lis jamais quand ça vient d'elle.

« … »

En même temps, ça fait quand même deux mois où j'ai été absente de toute communication avec la CIL, avec ces recherches en Amazonie…

« … »

Oui, mais hors de question que je la rappelle pour savoir ce qu'elle voulait me dire !

Je dévale quelques rues de la ville.

Un cyber-café !

Entrons.

Je paie d'avance pour un ordinateur muni de connexion internet et me connecte au réseau. Je me rends sur le deep web et navigue quelques temps en enchainant les passerelles jusqu'à tomber sur ce que je cherche.

Le réseau intranet secret de la CILFCO, l'organisation illégale secrète la plus puissante au monde !

Je me dirige vers mon serveur privé, à la recherche d'informations fraiches pour moi.

Je fais défiler toutes les annonces qui apparaissent à l'écran.

Le désavantage d'être membre de l'élite de la CIL : la DIC fait en sorte de nous surcharger en informations en pensant qu'il est nécessaire pour les meilleurs agents de toujours être au courant de tout dans l'organisation. Sauf que j'ai une vie, papa Maol, moi !

Tout à coup, une annonce particulière attire mon attention. Je clique dessus.

De Denby Maol, parlant au nom de Célia Djvökick. A tout membre de la DSFI. Guerre en France. Pénétration du territoire impossible. Attaque armée à Belle-Ile-en-mer. Résistance des monstres sur place. Nécessite force conséquente. SVP retour en cas d'acceptation à rejoindre l'île et aider chasseurs sur place.

J'hallucine.

C'est l'annonce la plus récente provenant de cette gamine. Une annonce de guerre ! C'est pour ça le message sur mon portable ? Parce que je n'avais pas fait de retour à cette demande ? Je n'espère pas !

Je fulmine.

Cette gamine ne peut pas quitter le pouvoir, sérieux ? Il est temps qu'elle quitte les bureaux de la CIL ! On n'est pas une armée à ton service, Célia ! Ce n'est pas comme ça que je vois la CIL !

Je serre mes poings à en saigner.

La Commission internationale… Cela m'écœure mais je me sens de moins en moins à ma place dedans.

A l'époque, quand je l'avais rejointe… Je me disais vraiment pourvoir changer les choses, rendre le monde meilleur. Toutes ces choses que le monde ne peut pas faire aux yeux de tous parce que les gouvernements ne s'en sentent pas le pouvoir, le faire avec mes amis et faire des choses dont je pourrais être fière étant vieille, c'est ce dont je rêvais !

Les monstres. Je le savais déjà à cette époque-là, c'est ce sur quoi se penchait surtout l'organisation. Cela ne me dérangeait pas. Si les monstres étaient un problème, j'étais prête à les éliminer.

Quelle blague !

Les monstres ne sont ni pires ni meilleurs que les humains. La CIL se voile la face. "Tuer tous ces monstres qui sont une menace pour l'humanité". Pauvres monstres, considérés comme le fléau de l'humanité.

C'est tellement détestable. Quand un homme tue un homme, on appelle ça un assassinat. Il y en a tous les jours, dans tous les pays du monde. Des meurtres, des massacres, des génocides… En faisant croire que les monstres sont plus dangereux que les hommes, la CIL se ment à elle-même. Si les monstres sont dangereux, les hommes le sont aussi.

Statistiquement parlant, les hommes sont même plus dangereux ! Mais ça c'est peut-être parce qu'ils sont plus nombreux…

Quoi qu'il en soit, si la Commission se voulait vraiment salvatrice pour l'humanité, elle devrait commencer à aider les gouvernements à mettre fin à toutes les injustices dans ce monde.

Ou sinon…

Commission Internationale de Lutte Contre les Forces Obscures. A quel moment est-il explicitement fait mention des monstres, là-dedans ?

La CIL pourrait servir à bien d'autres choses ! J'ai découvert un nouveau virus aux caractéristiques géniques potentiellement létales, récemment, en Amazonie. La CIL pourrait se pencher sur des choses comme celles-là.

Alors, elle serait vraiment utile au monde !

Je ne supporte définitivement pas cette fille, cette Célia.

Stupidement bornée à faire d'êtres aussi futiles que les monstres un danger pour l'humanité.

Mais convaincre Thelonious de la faire changer d'avis… Guérir le monde du SIDA par l'abstinence serait plus facile !

Tout à coup, une pensée affreuse me surgit en esprit.

Clarke ! Ma Clarke ! Envoyée en France !

Je saisis mon portable et appelle tout de suite le numéro d'Abby, ma meilleure amie, ma sœur, sa mère.

Driing Driiing

« … »

Driing Drii

« … »

« … »

Mince ! L'antarctique ! J'ai oublié qu'elle y était partie !

Bon ! Elle ne serait jamais partie si elle s'inquiétait pour sa fille.

« … »

En fait, si ! Elle serait définitivement partie même si elle s'inquiétait pour sa fille.

C'est pas pour rien que Clarke déteste sa mère, après tout. Abby aime sa fille, mais elle ne sait pas le montrer.

Bon allez ! Clarke est grande, Callie. Tout va bien pour elle, elle sait se débrouiller. Reste tranquille.

« … »

Non ! Facile à dire, ça !

Célia est en train d'envoyer des assassins professionnels, hautement qualifiés comme ceux de la DSFI, se rendre là où se trouve ma petite chérie. Hors de question que je me calme avant d'être certaine qu'elle va bien !

Je dois à tout prix empêcher les chasseurs d'élite que Célia a pu appeler d'aller là-bas. Mais impossible de le faire d'ici. Pas depuis ce cyber-café amateur. Pas depuis l'Allemagne.

Je regarde rapidement ma montre.

Je calcule environ seize heures de vol pour l'Australie…

Je ne réfléchis pas longtemps.

Au diable, Monaco !

Je me déconnecte du réseau de la CILFCO, éteins l'ordinateur et quitte l'établissement.

Deux heures plus tard, je suis dans l'avion pour Sydney, là où se trouve le QG principal de l'organisation, et l'endroit d'où je pourrais faire quelque chose pour neutraliser les plans fous de la première secrétaire de la DEA.

Aurevoir, mon cher pays d'Allemagne.

Et bonjour à toi, grande et belle Australie.

Seize heures plus tard, je descends de l'avion, quitte Kingsford-Smith, et réclame tout de suite un taxi.

Quarante nouvelles minutes plus tard, alors que nous sommes en plein milieu de la nuit -décalage horaire avec l'Allemagne oblige-, j'arrive devant un immense bâtiment de la ville. C'est un des opérateurs externes subsidiaires du Quartier de la Commission à Sydney.

J'y entre et me dirige vers l'accueil.

Jusqu'à il y a une quinzaine d'année, cette tour n'était qu'un site de dernière importance pour la CIL. Aucun étage parmi les vingt premiers ne nous appartenaient, d'ailleurs. Mais mon amie Li Na, qui a la main mise sur tout ce qui a trait à la CIL en Australie, a développé l'envie de faire de son pays le véritable fort de guerre de notre organisation, et a tout racheté, rendant chaque immeuble, chaque localisation de la CIL comme un local d'importance capitale pour elle.

Aujourd'hui, tout le bâtiment nous appartient. Ce qui fait que je peux librement me rendre à l'accueil et parler sans crainte d'être mal comprise par une personne tierce à l'organisation.

« Bonjour, mademoiselle. J'aimerais un bureau réservé à la direction de la DSFI, s'il y en a un de disponible, s'il-vous-plait. »

« Bonjour, madame Cartwig. Les deux bureaux de votre division sont disponibles. Voulez-vous que je vous donne les clés des deux en question ? »

Ne vous étonnez pas si elle s'adresse à moi par mon nom sans même que je ne me sois présentée. Je suis connue partout où je vais, au sein de la CIL.

« Non. Une seule clé suffira, merci. »

Je récupère ce qu'elle me tend, et me dirige vers l'ascenseur. Etage 41, charmant. Montons.

En attendant que les portes de l'ascenseur se referment, je lis les discutions qui se forment sur les lèvres des filles de l'accueil.

« Tu as vu ? » fait, hystérique, la collègue de celle qui m'avait donné les clés, « c'était Callie Cartwig ! La "professeure" de la DSFI ! Cela faisait combien de temps qu'elle n'avait plus mis les pieds dans un bureau de la commission ? »

« Très longtemps. Mais elle avait l'air pressée, je pense qu'elle est juste venue faire une course ou deux et qu'elle repartira juste après. »

« C'est trop bizarre. Ils sont vraiment mystérieux, les trois seigneurs de cette division. J'ai entendu dire que cette femme avait formé plus de soixante-dix pour cent des agents actuels de la DSFI. Techniques de combat modérées comme brutales, techniques de survie en milieu hostile, connaissance des cultures des peuples de monstres… Elle est incroyable, alors qu'elle n'a seulement que 41 ans. En plus, elle n'est même pas fille de membres de la commission. Apparemment, ses parents et grands-parents connaissaient déjà l'existence des monstres mais n'avaient jamais été remarqués par la CIL. Ce serait elle qui aurait choisi de rejoindre l'organisation, d'elle-même, à l'âge de quinze ans. Alors que la CIL ne recrute même pas avant l'âge de seize ans, normalement ! »

« Tais-toi. On est là pour bosser, pas pour commérer. Moi je vais aux toilettes... »

Les portes de l'ascenseur se referment.

Une seigneur ? Marcus, Jacopo et moi serions les seigneurs de la DSFI ? Non, certainement pas ! Au cours de l'histoire de la commission, je n'ai connu qu'un seul seigneur. C'était Jake Griffin. Et même lui, il a fini par mal tourner… Jusqu'à ce qu'il se fasse tuer !

J'arrive au quarante-et-unième étage en question.

Je sors les clés et déverrouille la serrure de la porte.

Je m'assieds au bureau et me connecte au réseau. Mais cette fois-ci, c'est sur les serveurs à accès restreints, réservés en principe au directeur ou au secrétaire, que je me rends. C'aurait été trop dangereux d'y avoir accès depuis l'Allemagne…

Je consulte l'historique des appels de mission lancés par la DIC, et plus spécifiquement Célia, et vérifie si des agents membres de la DSFI y auraient répondu.

Un premier nom s'affiche.

« Trina… »

Une gradée S de la commission. Une simple gradée S ne devrait pas poser problème, en principe. Des gradés SS auraient été bien pires. Le problème, c'est que Trina affectionne particulièrement les missions exécutées en équipe. Ca ne m'étonnerait qu'elle ai fait appel à son petit copain pour l'accompagner.

Bingo !

Pascal a également répondu à la demande de Célia. Et c'est aussi une réponse positive. Les choses sont largement moins favorables.

« … »

Je continue ma consultation.

Quinze ! Quinze réponses positives dans les six heures suivant la demande de Célia.

C'est pas possible ! Trina a convaincu tout un régiment, ou quoi ?

Après Trina et Pascal, ce sont Dax et Sterling les deux suivants à avoir répondu. Ils sont plutôt bien appréciés par leurs collègues, ces quatre-là. Surtout Sterling, qui est de nature très amicale et sympathique. Si ces quatre-là ont tous fait appel à leurs amis pour les suivre en France, ça va être bien trop difficile à gérer.

Déjà quinze agents S ayant répondu à l'appel… Et il y en aura encore d'autres qui vont continuer de s'y rendre, très probablement…

Il est trop tard pour Trina et les quatorze autres, ils sont certainement déjà en route. Peut-être déjà même sur place !

Je rage en tapant du poing sur la table.

Satanée Célia ! Il ne manquerait plus qu'elle convainc un SS de s'y rendre également !

Je me déconnecte et ferme l'écran. Je passe une main sur mon front, fatiguée de ces mauvaises nouvelles.

« Trina, s'il-te-plait… Ne rentre pas dans le jeu de Célia, cette fille est folle… »

En ce moment, Clarke est en France, où se déroule une guerre ! Quelque soit ce qu'elle a pu devenir pendant ces deux ans où je ne l'ai pas vu, elle ne peut être complètement à l'abri de tout danger. Pendant des années, je lui ai appris à survivre et s'adapter à de nombreux dangers et situations périlleuses, mais elle n'est pas encore une grade S au sens formel du terme. Nous n'avons toujours pas procédé à sa cérémonie officielle, et elle n'a même pas vraiment le niveau pour faire partie de l'élite, en réalité. C'est Abby qui a tant insisté devant Thelonious…

Mon cœur se serre.

Trina est une bonne fille, mais c'est aussi et avant tout une bonne agent. Si elle voit un monstre devant elle, elle n'hésitera pas à tuer le tas dans la foulée. Et si ma petite chérie devait en faire partie…

Clarke, tu n'as pas encore le niveau pour survivre à une attaque d'un véritable agent S, et encore moins s'il viennent attaquer par quinzaine !

« … »

Abigaïl, comment fais-tu pour ne pas t'inquiéter plus que cela pour ta fille ?

Je ferme les yeux quelques instants.

« Fiuu… »

« … »

Li Na, qu'est-ce que tu en penses, toi ?

Je pense à mon amie. Elle doit dormir à l'heure qu'il est, il est tard.

Elle n'est pas loin d'ici, ceci dit.

Je me lève de mon siège. Rester ici ne m'apportera rien de toute façon.

Je quitte la pièce, referme derrière moi et reprend l'ascenseur.

En arrivant au rez-de-chaussée, je ne vois qu'une seule des deux filles de l'accueil.

L'autre est toujours aux toilettes ?

Je suis sur le point de quitter le bâtiment quand l'autre fille réapparait.

« Tu vois ? Je te l'avais dit qu'elle ne resterait pas longtemps. » lis-je sur ses lèvres lorsqu'elle me voit m'en aller.

Peu importe.

Me voilà dehors.

Sydney, de nuit. C'est joli. Il y a beaucoup de luminaires. C'est très éclairé.

Je marche un peu. Mon esprit ne cesse de penser.

Mes amis sont ce que j'ai de plus cher au monde. Et Clarke est plus qu'une amie. C'est ma famille. A mes yeux, un enfant ne devrait jamais quitter ce monde avant son parent. Elle n'a pas eu la plus belle des enfances, mais elle a toujours aimer la vie. Elle n'a jamais été réellement malheureuse. Elle était heureuse le jour où elle est venue m'annoncer que son responsable, John Murphy, lui avait chargé d'une mission en France classée de niveau S. Elle était si excitée, si pétillante… satisfaite d'être reconnue comme une agent d'élite. Je n'ai pas eu le cœur de lui dire que c'était surtout grâce à sa mère qui avait intercédé en sa faveur…

Je veux la revoir avec le même sourire lorsque je la reverrai.

Je sais qu'elle ne mourra pas, au fond de moi. J'en suis convaincue. Il m'est impossible d'imaginer ma pauvre petite fille mourir avant moi. Mais la retrouverai-je avec le même sourire qu'à l'époque ?

Une mission de niveau S ! Elle a dû vivre des choses difficiles en France…

« Fiuu… »

Je soupire beaucoup, ce soir.

J'appelle un taxi.

Il m'emmène à quelques dizaines de kilomètres de là où j'étais encore tout à l'heure. En en descendant, je tombe face à un immense domaine, de plusieurs hectares.

J'appuie à la sonnette, à l'entrée, au niveau du portail.

« Oui ? » prononce une voix.

« C'est moi. Callie. Veuillez ouvrir, s'il-vous-plait. »

« Un instant. » répond la voix.

Quelques secondes plus tard, le portail s'ouvre, me laissant passer.

Je parcoure, le long de l'allée, le presque demi-kilomètre de distance qui sépare le portail de la porte de l'imposante propriété.

On m'ouvre la porte.

« Bonjour à vous, madame Cartwig. » s'incline une majordome.

« Bonjour, Meredith. Comment allez-vous ? »

« Très bien, je vous remercie. Et vous-même ? »

« On pourrait faire mieux. Je passe à l'improviste. La maitresse est-elle ici ? »

« Elle l'est, mais en plein sommeil. Voulez-vous que je vous prépare une chambre pour que vous y dormiez et puissiez lui parler demain ? »

« Non. Allez-vous reposer, merci. Je vais monter la voir. »

« Si vous permettez, je peux aller le faire pour vous. J'ai reçu l'ordre de la réveiller si le jeune maitre Bai se montrait problématique, cette nuit. »

« Qu'a-t-il fait ? » demandé-je étonnée.

« Il a… Sa vessie n'a pas tenu, madame. Sa sœur ne supporte pas l'odeur et m'a demandé de changer immédiatement les draps, mais le jeune maitre refuse. »

« Celui-là… »

« Je vais aller réveiller la maitresse. Vous pouvez attendre ici, si vous le désirez. »

« Non, je vais aller voir le garnement. Dites à votre maitresse de me retrouver dans sa chambre, d'ailleurs. »

« Très bien. »

Je monte dans la chambre de Bai et Qing Yun, le fils et la fille de Li Na.

En entrant, je trouve La jeune fille en train de frapper la couverture du lit de son frère avec un coussin.

« Qing Yun ! Qu'est-ce que tu fais ? » m'alarmé-je.

« Tatie ! Dis à Bai Ane de sortit de là, il veut pas changer de draps ! »

« Attends ! Ton frère est là-dessous ? Mais arrête ! »

« Nan ! Dis-lui de sortir ! Meredith peut pas changer son lit à cause de lui ! »

« Ba si tu le martèles de coups comme ça, il ne sortira jamais d'ici, sauf pour t'étrangler. » fais-je en lui saisissant le bras, « allez, arrête, Yun. Je vais le sortir de là. »

« Bai ! Tu m'énerves ! » crie la sœur avant de lâcher le coussin et courir sortir de la chambre.

Je la laisse faire et regarde en direction de la couverture de Bai Ane.

« Bai, tu m'entends ? Tu veux bien sortir de ton lit, s'il-te-plait ? »

« … »

« Bai ? Tu m'entends ? »

« Je veux pas sortir ! »

« Pourquoi, mon grand ? »

« Qing Yun dit que je sens mauvais ! »

« Moi aussi je sens mauvais, et j'en fais pas tout un plat. » lâché-je en haussant les épaules.

La tête de Bai sort subitement.

« Toi aussi tu sens mauvais, tata ? » demande-t-il incrédule.

« Je t'ai eu ! » nargué-je.

Le jeune garçon devine qu'il a été piégé et que je suis parvenu à le faire sortir.

« Pff… Tatie est trop menteuse. »

« Quoi, t'aurais préféré avoir une tata qui sente vraiment mauvais ? »

« C'est Yun qui m'énerve ! Elle pisse jamais au lit, elle ! »

Ba encore heureux !

« Mais ce n'est pas important, ça. Elle aussi elle peut faire des trucs qui t'embêtent parfois. Peut-être pas la nuit, mais le jour, non ? »

« Tout le temps ! » acquiesce le garçon.

« Ah, tu vois ! »

Il soupire.

« Je veux pas que Meredith me voit avec du pipi sur moi… »

« Pourquoi ? Ce n'est pas la première fois qu'elle fait ça. Ca ne t'avait jamais dérangé, avant. »

« Mais mes copains à l'école, ils disent que c'est naze de faire ça devant une fille. Que les filles, elles aiment pas ! »

« Ah, mais mon grand. Les filles n'aiment pas quand c'est des garçons adultes qui font ça. Mais si c'est des enfants, ça va. Elles pardonnent. »

Il a l'air sceptique.

« C'est pas un autre mensonge, ça ? »

« Non, c'est vrai. D'ailleurs, les filles sont pas mieux que les garçons tu sais ? »

« Ouai, je sais ! »

Je me retiens de rigoler.

« Ecoute-moi. Hier, j'étais en Allemagne, très loin d'ici ! Et devine quoi, j'ai tenu une fille dans mes bras. Et la nuit, elle bave. J'en avais plein sur moi ! »

Bai a l'air fasciné. Puis il soupire encore.

« Pfiuu… J'aimerai bien que Qing Yun, elle fasse ça aussi. Comme ça je serai pas tout seul… »

« Mais non, mais non. Tu devrais plutôt te vanter d'avoir une sœur qui ne fasse pas pipi sur elle ou qui ne bave pas. En plus, le pipi des filles, ça sent beaucoup plus fort que celui des garçons ! Il faudrait porter un masque à oxygène si ta sœur était comme ça ! »

« Ahh ! C'est dégoûtant ! Je veux pas que ma sœur fasse pipi au lit ! »

Désolé de mentir autant à ton fils, Li Na…

« Et j'ai un autre secret pour toi, Bai Ane ! Tu veux l'entendre ? »

Il a subitement l'air très intéressé.

Je lui fais signe d'approcher son oreille. Il la tend et je lui chuchote :

« Tatie aussi elle sent mauvais parfois. Juste après avoir fait caca aux toilettes, par exemple. »

Il recule aussitôt la tête.

« Pourtant tu l'aimes bien tatie, non ? »

« Je l'adore ! » répond-il du tac au tac.

« Et bien tatie, elle a une astuce ! Chaque fois qu'elle sort des toilettes, elle s'essuie les fesses avec du papier toilette ! Comme ça personne devine qu'elle sent mauvais une fois qu'elle a fini de faire caca. »

« Je fais ça aussi, moi… »

« Oui, et bien tu peux faire la même chose avec le pipi au lit, tu sais ? Mais au lieu d'essuyer ton zizi, il faut changer les draps. Ca veut dire que tu enlèves ceux-là, tu les mets dans la machine à laver, et tu mets de nouveaux draps à la place. Tu veux essayer avec tatie ? »

Il hoche la tête.

« Viens. On va enlever les draps, alors. »

« D'accord. » fait-il, enjoué.

Et nous enlevons les draps de son lit, tous les deux.

Je les porte pour lui vu qu'ils sont un peu trop grands pour sa taille.

Nous allons les déposer dans la machine à laver. Nous en récupérons des propres, et refaisons un nouveau lit bien fait.

« Alors, qu'est-ce que tu en penses, Bai ? »

« C'est pas mal… »

« Tu sauras faire tout seul, la prochaine fois ? »

« Je peux peut-être essayer. Je te dirai. »

« D'accord. Si tu arrives à faire ça tout seul, la prochaine fois, je serai fier de toi ! Ca aiderait beaucoup Meredith parce qu'elle n'aurait plus à le faire elle-même. »

« Je préfère porter mon pipi à la machine à laver tout seul ! » affirme-t-il.

« C'est bien. »

« Bon, prêt à retourner te coucher ? »

« Ben ? Et ma sœur ? » fait-il, stupéfait.

« Qing Yun est en bas. » dit quelqu'un, « elle refusait de retourner dormir tant que tatie est là. Elle est en train de regarder la télé. »

Je me retourne vers la voix.

« Li Na. » constaté-je en souriant.

« Bonjour Callie. » me sourit-elle en retour, « tu voles le travail de ma domestique, maintenant ? »

« J'apprends à ton fils à être un gentleman, c'est différent. Je ne suis pas en faveur des emplois fictifs, tu sais ? »

Elle me sourit et vient me serrer dans ses bras.

« Je suis contente de te voir. »

« Moi aussi, Li Na. Tu m'as manqué… »

« Alors, tes recherches en Amazonie ? »

« Déposées en laboratoire, à Berlin. On me préviendra des résultats des laborantins. »

« Très bien. On descend ? Je vais nous faire un peu de café. »

« Je te suis. »

« Si tu n'as pas envie de dormir, tu peux descendre, Bai Ane Xong. » dit sa mère, « Je ne vais pas te faire le supplice de t'obliger à rester au lit alors que Callie est à la maison. »

« Génial ! Je vais regarder la télé alors ! »

« DVD, on est d'accord ?! Hors de question de vous laisser regarder les programmes du soir ! »

« Oui, maman ! »

Li Na et moi allons dans la salle de cuisine.

« Alors, Cece. Pourquoi venir me voir en pleine nuit ? » m'interroge ma meilleure amie.

« Tu es au courant de ce qu'il se passe en France ? »

« Je le suis. Comment pourrais-je ne pas l'être ? »

« Ca ne t'énerve pas, toi ? Cette situation ? »

« Nous sommes une organisation à plusieurs têtes, Callie. Il y a autant de têtes qu'il y a de divisions, voire de secrétaires. C'est ce qui nous permet d'être aussi performant. Se référer à un seul centre de commandement ne nous permettrait pas d'être actif sur autant de fronts à la fois, comme nous pouvons le faire à l'heure actuelle. »

« Mais Célia… »

« Tu n'apprécies pas sa façon de diriger la CIL, je le sais. Ca ne date pas d'hier. Alors qu'est-ce qui te préoccupe, là ? »

« Elle m'a envoyé un message ou elle me demande de bien vouloir aller me rendre là-bas pour me battre, moi aussi. »

« Une vaine tentative, quand on connait vos différents. »

« Oui… »

« A ce qu'il parait, elle est sous pression. Thelonious l'a menacé. »

« Comment ça ? »

« Je suis la confidente de Thelonious, alors je suis au courant de certaines choses. Sa fille avait découvert un traitre dans l'organisation. Isbrea Sienne, tu vois qui c'est… »

« La deuxième secrétaire de la DIC, oui. Comment ça, « traitre » ? »

« Elle informait la reine vampire, en France, de toutes les décisions importantes que pouvait prendre le Haut Conseil. Thelonious ne la croyait pas vraiment, alors il a dit que si Célia n'arrivait pas à trouver le traitre, c'est elle qui serait punie à sa place. De la manière dont le traitre supposé aurait dû être puni. Heureusement pour Célia, elle l'a trouvé, le traitre. C'était la deuxième secrétaire de la DIC, comme tu l'as dit. Bien qu'on n'ai pas pu découvrir comment la reine vampire s'y est pris pour convaincre l'une des nôtres de passer de l'autre côté… Quoi qu'il en soit, la menace de Thelonious est toujours d'actualité puisqu'il a exigé qu'elle se dépêche de mettre fin à cette guerre en France. »

« Et donc elle se sert de la DSFI pour parvenir à ses fins, c'est ça ? »

« Oui, c'est ce qu'il semble. Entre nous, je sais que ça te peine, Callie, mais je préfère ça à ce qu'elle fasse appel aux « défectueux » de la famille Bolton. Ce n'est pas pour rien que les divisions « officieuses » de la CIL sont « officieuses », justement. Personne n'est sensé connaitre leur existence. »

« Les « défectueux » ? Si elle envisageait de les utiliser pour cette simple guerre en France, la majorité des directeurs de la CIL s'y opposeraient. Utiliser des armes d'une puissance pareille… Aux yeux de la quasi-totalité des agents de la commission, l'arme la plus puissante que nous ayons en main, ce sont les agents S à SSS+. Ils ne se doutent pas qu'il existe en secret des armes plus puissantes encore. »

« Thelonious est contre l'utilisation de telles armes de toute façon. Les Bolton ont justement pour fonction de taire tout ce qui a trait aux secrets les plus sombres de notre organisation. »

« Peut-être. Mais les armes envoyées en France par Célia sont déjà assez problématiques comme ça. »

« De quoi parles-tu ? » s'enquit Li Na.

« Elle n'a pas fait appel qu'à moi, pour la France. J'ai consulté les fichiers à accès restreints de la DSFI i peine deux heures. Quinze grades S sont en route pour la France. »

« Voilà pourquoi tu es là. » soupire Li Na, « tu t'inquiètes pour Clarke. »

« Ca fait deux ans que ni toi, ni moi, ni même sa mère l'avons vu, Li Na. »

« Oui, je sais… »

« Je ne sais pas comment elle va… »

« Moi non plus. Cette reine vampire est terrifiante. Elle avait placé un blocus tellement puissant sur toutes les frontières de son pays que les échanges avec la France devenaient impossibles. »

« Abigail est injoignable. Alors pour sa fille… »

« Tu veux dire que tu veux aller voir là-bas, en France, par toi-même ? »

« J'y songe. Si c'est le seul moyen. Clarke était là-bas pour espionner. Récupérer des informations. Or, si nous sommes en guerre avec leur reine, nous n'avons plus besoin d'espions là-bas, encore moins si cet espion est incapable de nous contacter et que nous ne sommes pas certain qu'il va bien. Alors, autant aller le récupérer. »

« Clarke a un problème ? » demande Qing Yun qui vient d'apparaitre dans la cuisine.

« Elle a quelques problèmes dans le pays où elle se trouve en ce moment, mais rien de grave. » répond sa mère.

« Tatie va partir la chercher ? » demande à son tour Bai Ane.

« Peut-être. On en discute. »

« Si les monstres veulent du mal à Clarke, il faut sauver Clarke. » affirme la petite Yun.

« La reine vampire est méchante avec cousine Clarke ? Tu vas la frapper ? » me demande le frère.

« Je ne sais pas, je ne l'ai jamais rencontrer… »

« On est en train de parler entre adultes, les enfants ! Retournez regarder la télé ou allez vous coucher ! » s'impatiente Li Na.

« On va regarder la télé ! »

Ils retournent dans le salon.

« Uniquement des S sont partis en France ? Ce sont les moins expérimentés de votre division d'élite. Ils doivent être attirés par ce genre de choses. Des SS n'auraient jamais jugés utiles de se déplacer pour si peu. Une simple petite guerre sur une simple petite île… » remarque Li Na.

« Peu m'importe. »

« Ca, je l'ai compris. Je suppose que tu as tenté d'empêcher les quinze de répondre à l'appel de Célia mais que tu t'y es pris trop tard. Je me connecterai au réseau de votre division demain, si tu me donnes les codes d'accès, et transmettrai que tu ne souhaites pas que des SS ou au-delà se rendent là-bas. »

« Je te donnerai les codes. Merci Li Na. »

« Ne me remercie pas. Le prestige de Célia est immense au sein des chasseurs jusqu'aux grades A+, mais au-delà, il n'en est rien. La plupart des grades SS et SSS de la commission te sont excessivement loyaux. Tu as toi-même enseigné à nombre d'entre eux et tu es une excellente dirigeante à leurs yeux, bien que tu ne sois ni leur directeur ni leur secrétaire. Ce n'est pas pour rien qu'on t'appelle l' »Alpha », la chef de meute, celle qui commande les plus puissants soldats tueurs de toute l'humanité. Célia peut bien leur avoir demander leur aide, mais un mot de toi et ils refuseront tous de bouger pour elle. Je dirai demain sur le réseau que tu n'es pas favorable à cette guerre. »

« Très bien. Merci quand même. »

« Pas de quoi. Abby, toi et moi, il n'y a peut-être aucun lien de sang entre nous trois, mais je vous ai toujours considéré comme mes sœurs, toutes les deux. Et regarde Bai et Qing Yun, ils considèrent Clarke comme leur propre cousine. »

Je souris. C'est tout à fait vrai. Mes amis, cette famille, c'est ce que j'ai de plus cher au monde.

Clarke n'est pas comme ma fille. C'EST ma fille, même si ce n'est pas par mon vagin qu'elle est venue au monde.

« Li Na ? »

« Oui ? »

« Je vais aller en France. »

Elle me dévisage un instant.

« Ce ne sera pas facile, toute seule. Tu n'auras aucun moyen de savoir où est Clarke. Elle n'est peut-être même pas sur cette île. Elle peut très bien être bloquée quelque part, n'importe où, en France. »

« Je sais. Je vais voir si du monde pourrait venir avec moi. Excuse-moi. »

Je quitte la cuisine et vais passer quelques coups de fil.

Dix minutes plus tard, je retrouve Li Na dans la cuisine.

« Alors ? » me demande-t-elle.

« C'est fait. J'ai trouvé un peu de monde qui était disponible. »

« Qui donc ? »

« Quatre grades SSS. »

« Ca devrait faire l'affaire. Tu pars quand ? »

« Tout de suite. Je ne souhaite pas perdre de temps. »

« Je vois. Bon. Je vais chercher les enfants. »

Elle revient avec eux.

« Tu t'en vas, tatie ? » boude ma petite Qing.

« Oui, je vais aller chercher Clarke. »

« Tu la ramènes, hein ? Je veux qu'elle me dise c'était comment la France ! Et un jour, j'irai avec elle, moi aussi ! » gémit Bai.

« Oui, promis. Tous les deux, je vous aime, d'accord ? Vous le savez, j'espère ? »

« Oui, nous aussi on t'aime, tata… »

Je les prends dans mes bras et les serre fort contre moi.

Mes chéris…

« Je vous aime tellement… »

« Nous aussi. »

Au bout de cinq minutes, où il m'est de plus en plus difficile de ne pas pleurer en sachant que je dois me séparer d'eux, leur mère intervient et les force à me laisser partir.

« Prends soin de notre fille, là-bas. » me supplie-t-elle.

Oui, promis, je prendrai soin de Clarke.

Je la prends à son tour dans mes bras, l'embrasse, regarde les enfants une dernière fois, et les quitte tous les trois.

Je suis fatiguée, mais je dormirai dans l'avion, tant pis.

Je quitte la demeure des Ane Xong.

Il est temps de se rendre sur cette fameuse île.

Attends-moi, Clarke. J'arrive !


A suivre…

Je tiens à préciser que le personnage de Callie Cartwig ne fait pas partie de ceux que j'ai créé au nombre des OC de cette fiction. Elle a effectivement bien existé dans la série télévisée, mais n'est apparue que dans un unique épisode, le pilote de la saison 1. C'était une femme de la quarantaine, officier sur l'arche, qui supplia Marcus Kane d'épargner Abby lorsque celle-ci fut condamnée à être éjectée dans l'espace. J. Rothenberg affirma ne pas l'avoir conservé dans la suite de la série pour raisons budgétaires, et l'a donc éjecté hors caméra.

Je l'ai repris dans cette fanfic parce que bien que n'étant apparue que dans un seul épisode, Kelly Hu (l'actrice qui interprète le personnage) m'a totalement conquéri et fait regretter qu'elle ne reste pas dans la série plus longtemps. Dans l'épisode 1x01, on ne voit sa relation de "sœur de cœur" que vis-à-vis d'Abby, et à aucun moment on ne la voit interagir avec Clarke. Pourtant, c'est bien cette relation que j'imaginais et que j'aurais voulu voir développée à l'écran. J'imaginais une Callie qui aurait été comme une tante pour Clarke, et de nature particulièrement attachante.

C'est ce que j'ai voulu montrer en réintroduisant le personnage dans cette fanfic. Comme vous le voyez, tous les membres de la commission ne sont pas des monstres sans cœur et Clarke est en réalité bien plus aimée par ses proches qu'elle n'a tendance à nous le laisser croire.

Clarke est effectivement une cachottière. On ne découvrira pas son passé (et son enfance) tout de suite mais au fil des chapitres qui suivront, on en découvrira plus sur ses différentes relations antérieures à son arrivée en France et sa famille…

J'espère que vous apprécierez le personnage de CeCe, même si elle restera mineure. Moi, je l'aime beaucoup en tout cas !