Précédemment : Sur Belle-Ile, les chasseurs ordinaires s'avérent incapables de résister aux forces de la coalition, qu'ils sur-estiment grandement depuis la réception d'une fausse information selon laquelle un ange de la mort se battrait au côté des monstres. En réponse, les hautes autorités décisionnaires de la Commission décident de faire appel aux plus redoutables de leurs combattants, les assassins suprêmes. La DSFI est arrivée sur l'île…
PDV Monroe
Les grades S.
L'élite de la commission mais aussi de toute l'humanité.
Arts martiaux, techniques de survie, connaissances théoriques, maniement des armes, expertise des sciences thérianthropiques, capacités d'adaptation aux situations périlleuses… Ce sont les meilleurs partout. Vous ne trouverez jamais meilleurs agents qu'eux dans aucune des nombreuses armées gouvernementales ou privées que comptent ce monde.
Ils sont le pinacle, l'aboutissement, l'apogée, de ce que peut être un agent qualifié d'excellence.
Grandement respectés. Craints, plus encore. On les admire de loin, on les évite de près.
De nombreuses contraintes régissent le comportement des agents de terrain de la CIL : discrétion, efficacité, favorisation de la survie de l'agent par rapport à la conclusion de la mission, rapports obligatoires aux supérieurs une fois la mission effectuée…
Une chose que ne connaissent pas les agents S. Avec l'expérience, la démonstration de leurs capacités et de leur intérêt pour la cause que défend la CIL, il est admis qu'ils ne doivent avoir d'autres supérieurs qu'eux-mêmes.
Ils n'ont pas de chefs, ni de responsables. Ils vont où ils veulent, accomplissent les missions qu'ils s'attribuent eux-même, abandonnent ou poursuivent leurs missions à leur bon vouloir, mettent leurs vies en danger aussi librement qu'ils le désirent, et surtout ne rendent jamais de compte à personne.
Leurs cartes de crédit ne sont jamais épuisées. Ils ne nettoient pas après leurs meurtres, on le fait pour eux à leur simple demande. Ils exigent des divisions, et les divisions satisfont. Ils ont accès sans restriction à quasiment la totalité des bases de données que possèdent la commission.
Ils sont intouchables, "invirables".
Des légendes.
Pour toutes ces raisons, de nombreux agents de terrain de la commission rêvent d'obtenir ce grade un jour. Mais ils ne sont que quelques rares centaines, au final, disséminés sur l'ensemble de la planète.
Chacun d'eux a son visage et son nom connus par les autres agents de la commission, que ce soit du terrain ou bien des bureaux.
Un dicton célèbre au sein de la CIL dit : « Avec la DSFI, ça pète de partout. »
La DSFI, c'est la seule division non structurée de la commission. Elle est constituée exclusivement des agents d'élite de la CIL. Uniquement des agents de terrain, donc. A l'instant où vous acquérez le grade S, vous intégrez automatiquement les rangs de la DSFI.
Elle est dirigée par les trois chasseurs suprêmes de la commission, les trois plus puissants tueurs du monde entier.
Marcus Kane, surnommé "l'ermite fou", directeur de la DSFI et grade SSS+.
Jacopo Sinclair, le "Bon berger", unique secrétaire de la DSFI et grade SSS.
Callie Cartwig, la "professeure", ou encore, l'"Alpha", et grade SSS.
Ces trois-là, ce ne sont pas des légendes.
Ce sont des dieux.
Marcus Kane est une personne très énigmatique. A ma connaissance, aucun agent de la CIL ne l'aurait vu au cours de ces neuf dernières années. Certains pensent même qu'il est mort. Jacopo Sinclair est pleinement loyal à Marcus Kane. Il ne prendrait aucune décision majeure pour la CIL ou la DSFI sans l'accord de celui-ci. Quant à Callie Cartwig, c'est une fervente partisane de l'indépendance totale des agents d'élite face à toutes formes d'autorité que la CIL pourrait envisager d'avoir sur eux.
Puisque ces trois-là sont soit incapables, soit contre l'idée de limiter les libertés des grades S, qui le pourrait ?
Autrement dit, absolument personne ne peut contrôler ces agents-là. Par conséquent, ils n'ont pas seulement laa puissance de tout faire péter, ils en ont également le droit.
Ils ont tous les droits.
Célia Djövkick a beau être la numéro 2 de la commission internationale, elle n'aurait quand même absolument pas le pouvoir d'interdire à ces gars-là d'être ici et de se battre s'il en ont l'envie.
Je ne m'étonne donc pas du désenchantement de notre chef, quand il voit les agents S lui dire qu'ils vont prendre le relai.
« On va gagner la guerre, mais à quel prix… » entends-je dire Connor à côté de moi.
« Ils vont ravager l'île. » soupire un autre de mes collègues.
Oui, à quel prix…
Je vois l'un de ces agents d'élite s'approcher de moi. Je le reconnais de suite. Cliff Sterling. C'est sur lui que j'ai tiré à de nombreuses reprises tout à l'heure, quand il descendait du ciel.
« Faut regarder où tu braques ton arme avant de tirer, gamine » fait-il en rigolant et me faisant une chiquenaude sur le front, « je suis chatouilleux, tu sais ? ».
Il essuie les impacts de balle que je vois sur son gilet.
Un gilet résistant aux impacts de balle, je vois. C'est pour ça que je ne l'avais pas tué. Il est humain, c'est rassurant…
« Dax, tu te lèves ? » demande une autre de ces légendes à celui qui avait fait la prise à notre collègue pour le maitriser et le plaquer au sol, après que celui-ci ait voulu se jeter sur lui en criant "pour la France".
Dax se relève et rejoint son pair.
Pascal. J'ai entendu quelques trucs sur lui. C'est le petit copain de Trina, celle qui a demandé à notre chef Chris que nous retournions sur nos navires.
Remarque, on dit qu'ils flirtent plutôt ensemble, ces deux-là. Et depuis des années, alors je ne sais pas trop où en est leur relation.
Quoi que je m'en fiche, au final…
Sterling se rapproche de ses amis.
« On a aucune idée du nombre exact ou ni même de la localisation précise de ces monstres en ce moment. Avancer en restant en groupe serait une perte de temps, à mon avis. »
« On est vingt-huit, au total. Un bon paquet. Je propose qu'on se sépare par groupes de deux, et avance en épluchant l'île. Dès qu'on trouve un monstre, on tue, et on continue. » lui répond Pascal.
« Quatorze groupes, donc ? Ca devrait le faire. Je marche. » dit Dax.
« Ok, les gars, on va faire comme vous dites ! Dax, avec Sterling. Pascal, avec moi. » annonce Trina, « les autres, arrangez-vous comme vous voulez. Gardez vos oreillettes branchées en permanence car on utilisera pas de walkie tant qu'on sera dans le territoire de leur puissant hacker. On ne sait pas comment ça sera là-bas, alors prenez chacun de quoi monter un Tonneau 23 pour abattre l'ennemi. On a peut-être encore des chasseurs retenus prisonniers là-bas. Célia n'est pas certaine que les monstres les gardaient prisonniers tous ensemble, donc tâchons d'épargner au moins la vie de ceux qui auraient pu avoir la chance de survivre. Et il y a peut-être encore des civils humains, donc prudence avant de tirer ! Entendu ? »
« Entendu. » répondent les autres S.
Et je les vois se mettre à ramasser les cubes et cylindres qui étaient tombés du ciel plutôt. Ceux-là même qui ont tué plusieurs des nôtres en les écrasant.
Ca a l'air vachement lourd…
« Euh… Monsieur Sterling ? » osé-je demander sans être certaine qu'il soit le genre de personne à tolérer que je me permette de lui adresser la parole.
« Oui, m'dame ? » me demande-t-il en même temps de soulever deux, puis trois de ces énormes choses pour les aprrocher de quelques-uns de ses collègues, « tenez, les gars. Faut un équipement complet par groupe de deux, au moins. »
« C'est ça, que vous appelez les Tonneaux 23 ? »
Il m'observe, comme surpris par la question.
« Non, ha ha ! Ca ce n'est que quelques petits jouets empruntés à la DADT, tout simplement. Tonneau 23, c'est seulement ce que deviennent ces jouets une fois montés et assemblés correctement. »
Il s'approche de moi et me chuchote à l'oreille.
« Mais quand les monstres verront à quel point Tonneau 23 peut faire mal, ils le rebaptiseront "Terminator", crois-moi. C'est comme ça qu'on l'appelle, nous. »
Chacun de ces gros trucs doit être super lourd, mais il faut encore les assembler pour que ça serve à quelque chose ? A quel point la machine finale doit être lourde, alors ?
Sterling prend lui-même deux de ces "jouets" et les accroche sur son dos comme si de rien n'était.
Des monstres…
Il n'a même pas l'air musclé, c'est ça le pire. Mais il porte ça si facilement !
« Prêt, Dax ? » demande Sterling à son coéquipier.
« Paré. » lui répond celui-ci.
« Alors allons tuer du monstre. »
Ils partent les premiers. Puis je vois Pascal s'approcher de sa copine pour l'aider à accrocher son troisième "jouet" sur le dos.
Trois… J'en porterais même pas un, moi !
Trina vérifie ensuite l'équipement de Pascal, puis ils partent.
Peu à peu, ce sont tous les grades S qui quittent notre champ de vision.
« Ils sont tous partis… » remarque Connor.
Ca y est.
La DSFI est partie à l'assaut de l'île.
Et nous, on reste ici.
A suivre…
