Précédemment : Dans un monde où vampires et autres monstres en tout genre existent, la haine règne. Sur la petite île française de Belle-Ile-en-mer, les troupes belliqueuses de l'humanité, la Commission, combattent celles résistantes des monstres, la coalition. Mais les frontières de l'humanité et de la monstruosité ne sont pas claires : tous sans exception commettent atrocités, cruautés et trahisons. Et, dans cette guerre, les soldats désertent ou changent parfois de camp aussi facilement que de chemises…
PDV Harper McIntyre, environ une heure avant que Dax et Sterling reçoivent un appel de Pascal leur demandant leur aide suite à l'engagement d'une fusillade aux abords de Sauzon.
Je suis actuellement assise sur un banc en bois, à l'intérieur d'une maison belliloise, tout proche de Sauzon. Enfin, c'est relatif. Disons à un peu moins d'un kilomètre…
A ma droite se tiennent messieurs Neulan et Donau, ainsi que Monty. Beaucoup de choses se sont passées ces derniers temps.
Je me souviens… Il y a deux jours encore, j'étais à Ottowa, sur la terrasse devant chez moi. Jouant de la guitare, chantant… Je n'aurais imaginé que la situation changerait à ce point pour moi en l'espace de quarante-huit heures seulement…
Je sers les dents, désespérée.
La France. Je vais aller en France ! Sur le continent !
En tant que prisonnière !
Monty a beau dire que c'est pour me protéger, je ne peux pas voir les choses autrement.
Je jette un coup d'œil vers mon "ami" vampire, mais je dévie le regard l'instant d'après.
Mon cœur fait des choses bizarres à chaque fois que mes yeux se posent sur cet homme. Stupide fille ! Tombée amoureuse d'un vampire… Tu n'avais vraiment rien à faire ?!
Cela m'exaspère.
« Fhhhh… »
Je souffle un bon coup et tente d'entamer une conversation avec Lucie, la petite rousse de treize ans qui sert de messagère et fille à tout faire pour les membres de la coalition.
« Tu vas rester ici alors, hein ? »
« Oui. » fait-elle en hochant la tête.
« … »
Elle me sourit, en petite fille courageuse. Mais je sais qu'elle se force. D'après ce que j'ai pu comprendre ces dernières heures, elle est métisse. Humaine, mais avec un aïeul qui fut vampire de la plèbe. Elle a donc aussi du sang vampire, au ratio d'un huitième. Pour les soldats de la coalition, elle n'est pas grand-chose, au fond. Elle est née et a grandi sur Belle-Ile mais quand elle a été informée qu'une guerre avec la CIL allait avoir lieu sur son île, elle a demandé à rejoindre les rangs de l'armée de monstres. Non pas parce qu'elle voulait se battre. Non pas parce qu'elle voulait tuer des humains. Mais parce qu'elle espérait qu'en aidant la coalition, même un tout petit peu plus, elle pourrait contribuer à ce que les chasseurs ne détruisent pas son île, même un tout petit peu moins.
En ce moment, la plupart des gens quittent pourtant cette île. Les bellilois ont clairement compris qu'il n'était pas bon de trainer ici et cherchent à tout prix à évacuer. Les monstres eux-mêmes désertent. Comme je l'ai dit, il s'est passé tellement de choses…
Explosions de bâtiments, chasses meurtrières, exécutions publiques… Ce qui est terrifiant, c'est que j'ai même entendu le mot "monstres" sortir de la bouche de bellilois humains. Si les insulaires se rendent sur le continent et vont raconter ce qu'ils ont vu ici, la Commission aura beaucoup de mal à faire taire des rumeurs comme quoi des êtres humanoïdes non humains pourraient exister.
Pour notre part, à Monty, le journaliste et moi, tout remonte à l'explosion d'un bâtiment.
Plus tôt, des membres de la coalition étaient parvenus à capturer plusieurs des miens. Mais contrairement à moi qui avait rapidement été libérée – non pas grâce à toi, Ubil- eux sont restés enfermés et interrogés pendant des heures par des hommes-singes. Ce qu'il s'est passé, c'est que certains des chasseurs prisonniers étaient secrètement armés d'explosifs ils se sont fait sauter : le bâtiment, leurs geôliers, et même eux sont partis en fumée.
Cette explosion a traumatisé de nombreux monstres, eux qui croyaient peu encore avant qu'ils étaient sur le point de gagner la guerre. La commandante des monstres s'est évanouie sous le choc. Plusieurs généraux de la coalition ainsi que des chefs de clan sont morts brûlés ou écrasés sous les décombres, pour ceux qui n'ont pas été balayés par le souffle de l'explosion…
Monty avait reçu pour consigne de m'éloigner des lieux afin d'éviter que les monstres n'essaient de se retourner contre moi pour venger la mort de leurs camarades mais après réflexion, il a fini par considérer qu'il était préférable de quitter l'île parce que, selon lui, les choses allaient probablement encore plus mal tourner par la suite. Il a donc chercher un moyen, comme bien d'autres, de pouvoir quitter cet endroit.
J'ai appris au cours de ces dernières heures qu'il existait, pour la coalition, plusieurs manières illicites mais discrètes de quitter Belle-Ile-en-mer. Monty nous a emmenés voir un groupe de monstres qui pourraient nous aider dans cet objectif.
A l'origine, nous ne devions partir que tous les deux. C'est ce qui avait été prévu. Mais monsieur Donau, le journaliste humain de la coalition, nous a appelé pour nous rejoindre parce que cela ne lui plaisait pas de rester dans un endroit voué à devenir de plus en plus dangereux. Ce fut ensuite au tour de monsieur Neulan, celui que les membres de la coalition appelle la taupe, de nous rejoindre. C'est lui qui avait fait croire aux soldats monstres qu'ils étaient proches de gagner la guerre mais qui a finalement provoqué la capture du major général ainsi que la mort de plusieurs autres monstres. En conséquence, lui et moi sommes aujourd'hui probablement les deux personnes que les monstres de la coalition cherchent le plus à tuer. Dans sa grande gentillesse, Monty a bien sûr accepté qu'il se joigne à nous et que nous l'accompagnons pour quitter l'île.
Ce qui veut dire que de nous quatre, je suis en fait la seule à ne pas avoir envie de partir. La France. Qu'irais-je faire là-bas ? Là où je ne connais personne, et en tant que prisonnière éternelle de ces monstres ?
Les miens sont ici, sur cette île. Monroe, ma meilleure amie. Et même Connor, que je déteste. Je ne veux pas partir toute seule là-bas, non. Mais Monty ne comprend rien. Il ne comprend pas, ça.
Ou alors il ne se soucie pas tant que ça de moi, finalement…
Je remarque que Lucie, la petite rousse humaine -mais pas totalement-, m'observe discrètement. Elle est intriguée par moi. Et moi par elle…
« Il y a quelque chose, Lucie ? Tu me regardes depuis tout à l'heure… »
Elle secoue la tête en signe de négation.
J'insiste.
« Tu peux me parler si tu veux, tu sais ? »
Elle me scrute, hésitante.
« Vous… » commence-t-elle finalement, « pourquoi vous faites tout ça ?
J'avoue ne pas comprendre sa question.
« Vous nous persécutez, ce n'est pas juste. »
« On vous… » demandé-je, perplexe.
« C'est ce qu'ils disent les autres, dehors. Vous vous acharnez contre nous, les monstres. Mais on est pas comme vous dites. Moi, je ne suis pas dangereuse. Je n'ai jamais fait de mal à personne. »
Oh, je vois…
Elle n'a effectivement encore jamais assisté à une scène de meurtre. Tout ce qu'elle sait de la CIL se résume à ce que lui racontent les monstres autour d'elle.
Mais les monstres ne nous connaissent pas si bien, j'ai l'impression.
« Je suis d'accord avec toi, Lucie. »
« Alors pourquoi est-ce que vous faites cette guerre ? Vous êtes venus tuer plein de gens sur mon île sans raison. »
« Il y en a une, d'une certaine manière. J'ai conscience que de ton point de vue, c'est une forme d'injustice. »
« Mais… »
« C'est… comment dire ? Parfois nécessaire, Lucie. Tu sais que les gens… en dehors de nous, les chasseurs, ou vous, les monstres, personne sur cette Terre n'est au courant de votre existence, n'est-ce pas ? Les gouvernements n'ont pas même conscience que vous existez. Ce que fait la CIL, c'est remplacer justement ce qui fait défaut. Nous faisons en sorte d'assurer la justice pour que les gouvernements n'aient pas à le faire, pour que le reste de l(humanité ne le fasse pas elle-même. Si les humains du monde entier venaient à tout découvrir et à vouloir agir par soi-même, ce serait pire, crois-moi. »
Elle me sourit avec amertume.
« Tout de même… »
« Tu penses que nous agissons mal, c'est cela ? »
Elle me regarde, surprise d'entendre ce que je viens de dire.
« C'est mal de tuer. » me répond-elle.
Je lui souris sincèrement.
« Je suis tout à fait d'accord. »
Elle me dévisage.
« Tu… mais… »
« Je suis une chasseuse, c'est vrai, Lucie. Mais je ne tue que les zombies, en les brûlant par le feu. Techniquement, eux, ils ne sont pas vraiment en vie, n'est-ce pas ? »
« Tu… Tu n'as jamais tué personne, ça veut dire ? »
« Et bien si, mais… à chaque fois, moi, c'était de la légitime défense, en tout cas. »
Elle me parait tout à fait interloquée.
« Alors… »
Je révèle un nouveau sourire. Est-ce que son opinion me concernant change un peu, alors ?
Je ne suis pas une monstre. Je ne tue pas de sang-froid. Je détesterais faire ça un jour ! Je suis tentée de lui en dire plus…
Je dépose ma main sur une de ses épaules.
« La CIL, c'est quoi pour toi, Lucie ? »
« Une bande de tueurs. »
« … »
« Des humains, mais des tueurs. »
Je vois…
« Et si je te disais que la plupart n'en sont pas ? »
« Hein ? Comment ? »
Je me redresse, prête à lui en expliquer davantage. Il faudra encore un moment avant qu'ils finissent d'imprimer nos nouvelles cartes d'identité, de toute façon…
« Le mot "chasseur", j'ai l'impression que vous, les membres de la coalition, vous l'utilisez à toutes les sauces, un peu. Pour parler de tous les membres de la Commission. Ce n'est pas le cas ? »
« Meu-… Mai-… euh… c'est vous qui l'utilisez pour vous appeler comme ça. »
Je lui tape sur l'épaule.
« C'est faux, Lucie. Les chasseurs, c'est le nom que l'on donne qu'à une toute petite partie des membres de la Commission. Vous nous appelez tous chasseurs, mais les chasseurs, en réalité, ne représentent pas plus de 5% des agents travaillant pour la CILCFO. »
Je tâche de répondre aux interrogations qui viennent d'apparaitre sur son visage sceptique.
« Tu sais combien il y a d'agents de la CIL à travers le monde, Lucie ? »
« Non. »
« Moi non plus. Je crois qu'il y en a des dizaines de millions. Probablement même des centaines… de millions. Seule la DEA doit être au courant de ce genre de choses. »
Elle me regarde sans comprendre.
« La DEA. La Division Exclusive d'Administration de la CIL. C'est eux qui recensent tout : les missions, les bases de données générales, les agents, tout ! Il n'y a qu'eux qui peuvent savoir ce genre de choses aussi précises que le nombre exact de combien nous sommes. »
« Vous… pourquoi des divisions ? »
« C'est lié à notre histoire. Notre organisation existe depuis quelques centaines d'années mais à l'époque, les premiers agents, nos directeurs, voulaient que la CIL fonctionne par bloc. On les a appelé les Divisions. Enfin bref ! Ces gens qui travaillent dans nos divisions, Lucie, ce sont presqu'exclusivement des gens qui travaillent dans des bureaux. Des gens qui passent leur journée à éplucher des dossiers, faire des rapports, délivrer des comptes-rendus… A fabriquer des machines, à faire des expériences… La plupart d'entre eux n'ont jamais vu le moindre monstre de leur vie, ils ne savent même pas à quoi vous ressemblez ! »
Elle fronce les sourcils, surprise.
« C'est la vérité ! Ce que je veux te dire c'est que nous ne sommes qu'une infime partie, quand on la compare au tout, à vous chasser et vous tuer. Les "chasseurs", nous on ne l'utilise pas pour parler des agents de la CIL mais plutôt, justement, ceux qui parmi ces agents-là font le "sale boulot", celui de vous espionner, de vous tuer, ou de nettoyer les scènes de crime derrière. Ce sont nous qui travaillons sur le terrain, qu'on appelle en réalité les "chasseurs". Et pour tout te dire, je pourrais te donner le nom d'un tas de personnes qui travaillent dans les bureaux des nombreuses divisons qui seraient horrifiés à l'idée de prendre une vie, même celle d'un monstre. »
« … »
« Laisse-moi te donner quelques exemples. J'ai un gars, un ami, Bruno, qui est archéologue. Et bien il est agent de la CIL, oui, mais ce n'est pas un chasseur. Il travaille pour la DRP, la Division de Recherche et de Prévention de la CIL. Il va sur les sites archéologiques dans différents pays et travaille sur des ossements de monstres vieux de milliers d'années. Les seuls monstres qu'il a vu de sa vie, lui, c'est ceux qui datent, genre, de Mathusalem. Et il vomit à chaque fois qu'il voit du sang humain, le pauvre. Il ne serait jamais capable de tuer qui que ce soit. Il travaille certes à l'extérieur, mais c'est un "agent de bureau", pas un "chasseur". Son travail est de mieux comprendre l'origine des monstres sur Terre, quand est-ce que vous êtes apparus, pourquoi est-ce que vous êtes si différents d'une espèce à l'autre, etc. Et rien d'autre ! Un autre exemple, ma camarade de classe au CP, Simone. Ba aujourd'hui, elle est technicienne pour la DIC, la Division Information Communication. Elle entretient les réseaux sécurisés de la CIL pour être sûre qu'ils fonctionnent bien. Elle n'a jamais traquer ni tuer personne, elle, tu vois ? »
Elle se met à réfléchir.
Ai-je changé son opinion nous concernant ?
« Bon, moi, je suis bel et bien une chasseuse, je te l'accorde. Et les chasseurs seront probablement les seuls agents de la CIL que tu verras de toute ta vie, d'ailleurs, parce que même s'ils sont minoritaires en nombre au sein de la CIL, 5% seulement je te l'ai dit, ils restent quand même les seuls à avoir l'habitude d'entrer directement en contact avec les monstres, justement. »
Maintenant que j'y pense, c'est peut-être pour ça que Lucie a une si mauvaise opinion de nous. On ne lui a jamais donné l'occasion de rencontrer des agents de la CIL qui ne tuaient pas. Les monstres sont destinés à toujours n'avoir affaire qu'aux agents de terrain, après tout…
« Je ne sais pas combien nous sommes au total, Lucie, mais on estime la plupart du temps que 95% des agents de la CIL travaillent dans les bureaux, au sein d'une des seize Divisions de la CIL. Les 5% restants sont ceux qui travaillent sur le terrain, en dehors de toute Division, les chasseurs en question. Il ne faut pas que tu réduises la CIL à une simple bande de tueurs, Lucie. Nous sommes tout sauf simplement ça. »
Bon, il y a quand même une exception. Les agents de la DSFI sont tous membres d'une Division, eux -cette fameuse DSFI en question- et en même temps des chasseurs. Ce sont les seuls chasseurs qu'on appelle à la fois agents de bureau et de terrain, du coup.
Ces fameux grades S et supérieurs… Ils sont terrifiants et d'une extrême dangerosité. La plupart des chasseurs aux grades inférieurs les craignent, même si certains comme Monroe les admire…
« Moi, pour ma part, je me contente de brûler les zombies, Lucie. Quant à mon amie, Monroe, que les hommes-singes ont capturé après avoir tué Diggs, elle, c'est une espionne. Elle parle aux fantômes pour récupérer des informations à droite à gauche. On n'est pas des obsédés du meurtre, tu comprends ? »
Son visage s'adoucit un peu.
« Mais vous êtes quand même venus en France pour nous tuer ! »
Je secoue la tête.
« Non. On voulait seulement tuer votre reine et son Etat-major pour neutraliser son autorité sur les autorités frontalières et intérieures de votre pays. Nous n'avons jamais eu l'intention de tuer l'ensemble des monstres de votre coalition. »
Honnêtement, si ce serait matériellement possible, je sais que Célia Djövkick se serait empressé de nous en donner l'ordre. Mais elle ne l'a pas fait parce que les monstres sont simplement trop nombreux pour être tous tués d'un coup sans que la population française ne se pose de questions.
« Je vois… » soupire Lucie.
Je lui souris. J'aimerais qu'elle ne nous en veuille pas pour avoir envahi son île. Nous faisons simplement ce qui est juste et nécessaire.
Lucie écarquille tout à coup les yeux.
« Mais toi, pourquoi est-ce que tu as choisi d'être une chasseuse ? Tu n'avais qu'à choisir de travailler dans les bureaux, comme tous les autres ! »
Héritage familial.
« Mon père était un chasseur. Et mes ancêtres avant lui. Je voulais suivre leurs traces… »
Même s'il est mort, j'aime mon père. Et je l'aimerai toujours. De faire comme lui en grandissant, cela m'a toujours semblé si naturel. Mais aujourd'hui, je…
Je ne sais plus.
Tout ce que je sais à l'heure actuelle, c'est que Monty, Donau et Neulan veulent aller en France. Qu'ils attendent ici qu'on leur fasse de nouvelles cartes d'identité parce qu'ils ont peur de se faire repérer par notre contact à Sauzon s'ils y vont comme ça.
Et que moi, je ne veux pas.
Je pourrais leur dire que je sais où se cache ce contact. D'après mon chef Chris qui m'avait initialement envoyé sur cette île en éclaireur, il serait sur un navire de fret nommé la Cabale…
Je pourrais éventuellement échanger cette information contre ma liberté.
Mais il est hors de question que je trahisse un membre de mon organisation !
« … »
J'aimerais tellement que Monroe vienne me chercher, là, maintenant.
Je ne veux pas rester avec ces monstres. Je ne veux pas aller en France avec eux.
J'aimerais pouvoir m'enfuir, là, tout de suite, si j'en avais le courage.
Mais je ne l'ai pas !
Dehors, il y a des monstres encore partout. Si je m'éloigne de Monty, je vais me faire tuer !
Je regarde à nouveau Lucie à côté de moi. Elle semble nerveuse.
Je ne sais pas pourquoi je me sens aussi proche d'elle.
Peut-être parce qu'elle a beau être une membre à part entière de la coalition, elle a toujours l'air embarrassée en leur compagnie. Elle est complètement différente de tous les autres, monstres ou humains de leurs armées, qui savent toujours ce qu'ils veulent et savent l'imposer pour l'obtenir.
« Lucie, je… »
« Voilà, vos papiers sont réglés. Excusez-nous du retard, mais nous n'avons pas l'habitude de fabriquer de fausses pièces d'identité pour autant de monde à la fois, d'ordinaire. »
Baylis le faune vient d'apparaitre dans la pièce.
Il nous distribue nos pièces respectives.
« Je vous prie de me suivre. Nous avons pu vous trouver une embarcation pour que vous puissiez rejoindre le continent. Et vous devriez passer suffisamment inaperçus, avec ça. »
Nous récupérons les cartes qu'il nous donne.
Euh…
« Bernadette ? »
Le faune acquiesce.
« Ce n'était pas possible de vous donner un prénom ressemblant au vôtre, comme vous l'aviez demandé. Harper est un prénom beaucoup trop étranger. Bernadette fait plus… européen. » fait-il en s'excusant.
Monsieur Donau examine à peine la carte qu'on lui tend. Il la range aussitôt dans sa poche.
Je m'approche de Monty qui ne prononce pas un mot.
Je laisse ma tête dépasser par-dessus son épaule pour regarder la carte qu'il tient dans sa main.
« Gilbert ? » lâché-je surprise.
« Gilbert. » répète Monty en se retournant vers le faune, « Mais… moi, je m'appelle Monty ! »
« Peu importe. » remarque Monsieur Donau, « l'important c'est que nous avons nos cartes et notre bateau. Nous pouvons y aller, maintenant. »
Je regarde en direction de la taupe.
Son visage est naturellement déformé alors impossible de savoir s'il est plus satisfait que nous de son nouveau nom.
« Ce sont de beaux prénoms, Bernadette et Gilbert, je trouve. » surgit une voix, « Moi j'aime bien. Ça va bien ensemble. »
Monty et moi nous retournons simultanément pour constater que c'est Lucie qui vient de parler.
« Tu… Tu aimes bien, Lucie ? » demandé-je.
« Oui. Toi tu n'aimes pas ? » fait-elle en souriant.
Monty me regarde, amusé.
« On va te faire confiance, dans ce cas. Va pour Bernadette et Gilbert. » dit-il.
Je fronce les sourcils, ce qui le fait sourire de plus belle.
« On peut bien garder ces prénoms pendant un temps, non ? N'est-ce pas, Bernadette ? »
C'est complètement ridicule !
Harper est le nom que mon père m'a donné. Je n'ai aucune envie de le changer et je ne l'ai jamais fait, même quand la CIL voulait me donner de fausses identités pour opérer sur le terrain.
Et j'aime bien le prénom de Monty, je n'apprécie pas non plus qu'il veuille le changer.
Ça va faire bizarre…
« Vous êtes prêt à me suivre ? » interroge l'escroc professionnel, « Nous avons encore beaucoup de monstres après vous qui veulent quitter l'île, vous savez ? »
Les trois garçons acquiescent. Ils ont tous hâte de partir…
Moi pas ! Je veux rester ici. Et retrouver Zoe.
Mais comment faire pour les empêcher de partir ?
« On vous suit, allez ! »
Monsieur Donau nous pousse tous pour qu'on parte à la suite du monstre qui nous a donné les pièces d'identité.
Seule reste Lucie dans cette pièce. Je la vois me dédier un salut amical de la main.
Mon cœur se serre.
J'aimerais tellement pouvoir être à sa place et rester ici.
Mais c'est elle qui restera et moi qui partirai.
« Très bien, » reprend le faune, « vous monterez à bord d'un bateau-mouche. Son nom est la petite Cerise. Il est suffisamment loin de la plupart des vaisseaux accostés à Sauzon pour que vous puissiez partir sans trop de chance d'être remarqués. Une fois arrivés sur le continent, vous devrez faire attention. Comme vous le savez, il n'est pas exclu que des chasseurs vous attendent là-bas. Mais nous avons aussi du monde de notre côté. Vous devrez leur montrer vos nouvelles cartes d'identité. Nous les avons déjà prévenus de vos nouveaux prénoms. C'est seulement avec cela qu'ils pourront vous aider. Il y a malheureusement beaucoup trop de monde qui demande notre aide, et nous n'avons pas d'autres choix que sélectionner les personnes à qui nous pourrons la dispenser. Mais étant donné que vous êtes des agents agissant directement sous les ordres de la commandante, vous avez cette chance. »
« Attendez ! Un bateau-mouche ? Vous voulez qu'on prenne la mer pour rejoindre le continent avec un simple bateau-mouche ?! » s'inquiète Monsieur Donau.
« Il est tout à fait apte à effectuer la traversée, monsieur. Et il est quelconque. Il n'attirera pas facilement les regards. Je vous assure que c'est un bon choix pour vous. »
« Bien sûr. Ce n'est pas vos vies qui seront en jeu, une fois que nous serons à bord. »
L'escroc se retourne, mécontent.
« Je n'étais qu'un simple faussaire, à une époque moi, monsieur. Mais c'est votre commandante de la mort qui est venu me voir. Elle n'était pas encore connue à ces temps-là, elle n'était encore qu'une simple membre des troupes de lutte contre les monstres anti-coalition. Et elle m'a menacé. Elle a dit que si je ne m'empressais pas de rejoindre votre coalition, elle déposerait les preuves de mes différentes infractions à la police pour que je termine en prison. Et une fois devenue commandante, elle a continué d'en attendre plus encore de moi. Nous voilà forcés, moi et mon équipe, de produire des pièces d'identité pour vous. De vous fournir des navires, des voitures, et toutes sortes de choses ! Pour vous sauver d'une guerre dont nous ne voulions même pas ! Une coalition de monstres, bon dieu de bon soir ! Les choses étaient bien plus simples lorsque chaque clan de monstres vivaient chacun de son côté. A vouloir s'associer tous ensemble, on s'est attisé les foudres de cette satanée CILCFO. »
Nous descendons les marches de l'escalier et saluons les associés de Baylis occupés à fabriquer de fausses cartes d'identité, sans doute pour de futurs clients après nous.
Les propos de notre guide, tout à l'heure, ont au moins eu le mérite de faire taire notre journaliste. Mais c'est ce même guide qui ne cesse de rouspéter, maintenant.
« Ils provoquent une guerre. On les aide à s'enfuir quand ils la perdent, et ils osent quand même se plaindre au lieu de dire merci. Nom de Dieu, saleté de monstres ! »
Nous quittons la maison et marchons pendant quelques instants.
Une vieille voiture nous attend le long de la route.
« Bon, Sauzon est tout proche. » annonce le faussaire, « Voici les clés de la voiture. Quelqu'un vous attend déjà à bord de la petite Cerise. Vous laisserez le véhicule dans la ville, dans le premier aire de stationnement que vous trouverez. Nous viendrons nous-même la récupérer ultérieurement. Bonne chance. »
« Merci. » prononce Monty.
Le faune hoche de la tête, puis fait mine de vouloir repartir d'où il vient.
Je vois déjà Monty, Monsieur Donau et Monsieur Neulan se diriger vers la voiture.
Mais moi, quelque chose m'en empêche.
Si je pars, quand reverrais-je mon pays natal ?
Je…
BANG
Nous nous retournons tous instinctivement vers la maison, où le coup de feu vient de retentir.
PAN BANG
Taratatataaaa ! ! !
BANG
Je vois Baylis prendre un air paniqué.
« Les gars, les gars ! » lâche-t-il inquiet, sans comprendre pourquoi des bruits d'arme à feu se sont répétés dans la maison où se trouvent ses associés.
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Derrière moi, Monty, Donau et Neulan sont immobiles, encore surpris par le bruit de ce qu'ils viennent d'entendre.
Je me précipite vers la maison.
Lucie ! Pourvu que…
« Han ! Han ! »
J'atteins la maison et repousse la porte sans ménagement.
Personne ici ?
Je monte à l'étage.
Qui a tiré ?!
Il faut que j-…
Je…
Des corps sont étendus au sol.
Les associés de Baylis.
Je m'approche discrètement.
Du sang…
Il y en a toute une trainée.
Je pose un doigt sur le cou de l'un des faunes.
Son cœur ne bat pas. Il est mort.
Quatre. Ils sont quatre, et tous morts.
Mais ils étaient cinq tout à l'heure. Où est le dernier ?
Des bruits de pas !
Quelqu'un arrive.
Je me précipite derrière un canapé.
Qui est-ce ?
Est-ce le faune qui a tué ses camarades ?
Je sers les poings.
Je déteste les traitres !
« Harper ? » chuchote une voix à demi terrorisée, à côté de moi.
Je n'en reviens pas.
« Lucie ? »
Elle est en vie ! Elle se cache, comme moi.
« Tu vas bien ? »
Elle me fait signe que non.
Mince ! Ca doit être la première fois qu'elle assiste à un meurtre directement.
J'enrage !
Tuer ses propres camarades de ses mains ! Ce faune, si je…
La porte de la pièce du fond s'ouvre.
Une jolie jeune fille en sort.
Brune, aux cheveux longs. Elle porte une veste de l'US Navy sur elle.
Elle est très belle.
Je la reconnais immédiatement.
Le mur de la chambre de Monroe est couvert de photos de cette fille !
Fox Cyento ! Une grade S de la Commission.
Je couvre ma bouche de ma main.
Une agent d'élite ! Qu'est-ce qu'une agent d'élite fait sur cette île ? Je pensais qu'en dehors de Clarke Griffin, il n'y av-…
« … »
Clar… ke… Griffin ?
C'est ce que je viens de dire ?
Une image m'apparait soudainement à l'esprit.
La commandante !
Cette fille blonde que j'avais vu lorsque le bâtiment avait explosé, tuant des chasseurs et des hommes-singes au passage ! C'était la commandante de leurs armées. Comment…
Comment est-ce que leur commandante peut avoir la même tête qu'une agent d'élite de notre organisation ?
Je savais bien que j'avais déjà vu cette tête quelque part !
Clarke Griffin a réussi à devenir la commandante des monstres ?!
Mon cœur palpite.
Une humaine… qui devient chef de l'armée des monstres que nous combattons…
A quel point est-elle douée ?
Elle devait réussir à infiltrer le monde vampire mais elle a réussi à faire beaucoup mieux ! Une génie…
J'admire Clarke Griffin plus que jamais.
Dire qu'elle a été juste en face de moi. Que je l'ai vu de mes deux yeux !
Si j'avais su…
« … »
Non ! Ce n'est pas le moment !
Il y a une autre agent d'élite sur cette île, en ce moment.
Fox est au-dessus des corps des quatre faunes que j'ai examiné tout à l'heure. On dirait qu'elle leur fait les poches.
Dois-je aller lui parler ?
Je regarde Lucie à côté de moi.
Elle semble si terrorisée.
Ce serait elle qui aurait tué les faunes. Fox ?
Ca se tient, c'est plus logique qu'un faune qui se retournerait contre les siens. Mais dans ce cas, où se cache le dernier ? La pièce du fond, celle d'où sort Fox ?
Je n'en sais rien. Impossible à savoir.
Fox Cyento… Je ne sais pas grand-chose sur elle. Elle est née au Canada, tout comme Monroe et moi. C'est d'ailleurs pour ça que mon amie l'apprécie autant. Elle a acquis le grade S il y a deux ans mais elle est restée discrète depuis. Contrairement à la plupart des grades S de la DSFI qui cherchent constamment la célébrité, Fox ne fait que très peu parler d'elle, il faut dire.
Je ne sais pas comment elle réagira si je me montre.
« … »
Mais je maintiens ce que j'ai dit. Je ne veux pas partir en France avec Monty et les autres.
Je jette un coup d'œil vers Lucie.
Je lui fais quelques signes du doigt pour lui indiquer qu'elle pourra s'enfuir pendant que je parlerai avec Fox. Elle ne mérite pas de mourir avec ces faunes. Lui sauver la vie sera mon dernier geste avant de quitter cette île.
Elle me fait signe qu'elle a compris.
Je ferme les yeux.
Je sens mon cœur battre si fort…
Mourir ? Quitter cette île en vie, sauve ? A partir de maintenant, tout peut arriver. Les agents de la DSFI sont tous si imprévisibles…
Lucie, c'est pour toi que je le fais.
Et aussi parce que je préfère mourir plutôt que de partir en France et être condamnée à ne plus jamais revoir mes amis…
Mes yeux s'ouvrent.
Il me faut quelques secondes avant de me rendre compte que je suis déjà debout.
La grade S est toujours penchée au-dessus des corps.
Je m'approche aussi silencieusement que possible.
Trois mètres…
Deux mètres…
Un mèt-…
Subitement, une ombre se dresse devant moi.
Fox est debout, face à moi, le canon d'une arme posée sur mon front.
« Qui es-tu ? »
« ! »
J'ai cru que j'allais mourir !
« Harper ! Ne tirez pas ! Je m'appelle Harper ! Je vous en supplie ! »
Fox m'examine du regard.
« Que fais-tu ici, Harper ? »
« Je suis venue pour vous voir. »
Elle fronce les sourcils.
Je me dépêche de m'expliquer.
Ma vie dépend de sa seule volonté, là !
« J'ai été faite prisonnière par les monstres. Je suis une agent de la CIL, tout comme vous ! »
Fox réfléchit.
« Alors Trina avait vu juste, il y a des survivants… »
Trina ? Quelle Trina ? Pas Trina de la DSFI, quand même ? Il n'y a pas d'autres grades S en plus de Fox sur cette île, rassurez-moi ?!
« Montre-moi ta carte d'identification, Harper, s'il-te-plait. »
Uh ? S'il-te-plait ?
Si elle me parle comme ça, j'ai le maigre espoir qu'elle n'a pas l'intention de me tuer.
Je lui tends ma carte.
Elle la lit, puis me dévisage de nouveau.
« Je… je vous assure, je ne mens pas. Je travaille vraiment pour la CIL, c'est juste que… »
« Tu es toute seule, ici, Harper ? »
Je hoche de la tête.
Je n'ai pas entendu de bruit derrière moi depuis tout à l'heure mais j'espère que Lucie n'est pas restée et qu'elle a eu le temps de partir.
« Oui, je suis seule. »
« Très bien. Récupère ta carte. »
Je la récupère.
Elle me croit. C'était tendu, mais je vais vivre.
Quel soulagement…
Fox se retourne vers les faunes derrière elle.
« Ces monstres-là possédaient dans leurs poches plusieurs cartes d'identité aux motifs de la République Française. Il y a des noms mais pas de photos sur ces cartes, tu sais pourquoi ? »
« C'est parce qu'elles n'étaient pas terminées. Ils fabriquent de fausses cartes d'identité pour permettre aux monstres de fuir l'île. »
« Donc, les monstres sont en train de quitter Belle-Ile ? Je vois… »
« Non, l'armée connait quelques déserteurs, mais il y a encore le gros des troupes de la coalition qui sont quelque part sur l'île. Ils sont dirigés par leur commandante… »
… qui est en fait une des nôtres.
Mais ça, je ne sais pas si je dois le lui dire.
« Une commandante ? » s'interroge Fox, surprise, « Mais leur reine, où est-elle ? »
« Je… Les monstres eux-mêmes ne savent pas où se trouvent leur reine. Je suis désolée… »
Elle se met alors à me regarder avec amusement.
« Tu es faite prisonnière, tu survis aux folies de la secrétaire Djövkick, et tu parviens même à récupérer des informations et me les donner. De quoi veux-tu t'excuser, exactement ? Je vois que les McIntyre en ont encore sous le pied, nan ? Il semble qu'on vous ai jugé un peu vite à la CIL, dis-moi ? »
Je la vois me sourire quand elle me dit ça.
Une larme coule de ma joue. Je fais un effort surhumain pour tenter de la retenir.
« Un problème ? » s'inquiète Fox.
Non. C'est que… je suis juste tellement heureuse qu'on dise du bien de ma famille.
Tu as raison, Monroe. Fox… est une fille cool.
« Non ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? » prononce tout d'un coup une voix derrière nous.
Fox et moi nous retournons d'un coup sec.
Baylis ! Il est ici !
Et les autres derrière lui… Je les avais complètement oubliés !
Tout à coup, presqu'au même moment de l'apparition de Baylis, une autre sombre surgit, mais de l'autre côté de la pièce, là d'où était sortie Fox plus tôt.
L'ombre disparait presqu'aussi qu'elle était apparue, plongeant furtivement sur Baylis qui n'a pas le temps de réagir.
A ce moment-là, dans la pièce, nous sommes tous impuissants. Et c'est comme tel, qu'en un quart de seconde, nous voyons le corps de l'escroc professionnel s'écrouler au sol, une balle ayant traversé son crâne de bas en haut.
Son assassin repousse Neulan, qui était juste à côté du faussaire fraichement décédé et, l'instant suivant, braque maintenant son arme sur lui.
« Monsieur Neulan ! » hurle Monty qui tente de se précipiter à la rescousse de la taupe.
Non ! Monty !
Mon cœur ne fait qu'un bond. Pas lui !
Je vois l'assassin du faune changer de cible avec son arme lorsqu'il entend la voix de mon vampire.
Il va le tuer !
Je panique plus que jamais.
« Nan ! »
Je cours sans réfléchir, désespérée à l'idée de voir Monty mourir sous mes yeux.
Je suis sur le point d'atteindre le tueur et de l'empêcher de tirer lorsqu'une nouvelle ombre apparait sans prévenir de ma gauche. Elle tend, aussi rapidement qu'une flèche, une main qui se saisit de mon cou et, sans hésitation, lâche une nouvelle main qui apparait, elle, depuis mon dos.
Les choses se passent très vite.
Baylis qui apparait dans la pièce pour mourir tout de suite après, la première ombre qui se prépare à tuer Monty pendant que la deuxième apparait à son tour pour m'étranger moi…
Les choses se passent beaucoup trop vite.
Ma conscience est dépassée mais mon instinct, lui, perçoit des choses qui n'ont pas besoin d'être vues. Cette main autour de mon cou, cette rapidité… Ce sont celles de tueurs aguerris. Ce sont celles d'un agent d'élite !
Je vais mourir.
Tout à coup, la poigne se desserre autour de ma gorge. Mon assaillante recule, et mon élan faisant le reste, je tombe lourdement sur le corps de celui qui voulait tuer Monty.
Trina, la grade S qui avait été sur le point de m'étouffer vivante et à la vitesse du son, se relève, confuse. Elle passe une main sur son arcane sourcilière droit, ensanglanté.
Elle observe une Fox très sereine, toujours positionnée au même endroit depuis tout à l'heure.
Je n'ai pas eu le temps de comprendre ce qu'ils s'est passé. Tout est arrivé beaucoup trop vite.
Mais je comprends que je suis vivante. Fox a dû faire quelque chose… elle est probablement intervenue en ma faveur parce qu'il n'y avait aucune chance que je survive à une attaque de Trina. C'est une pro qu'une tueuse amateure comme moi ne pourrait éviter, alors encore moins y survivre.
Je m'empare de la main de Monty, qui est à côté de moi.
« Fuyez ! » crié-je aux monstres.
C'est mon instinct qui parle.
Il faut être stupide pour rester ici !
Fox, Trina, et un troisième dont je n'ai pas vu le visage -et je ne veux de toute façon pas le voir… Trois agents gradés S de la Commission au même endroit ! Si nous restons ici plus longtemps nous mourrons. Et ça, qu'on soit monstres, humains ou même chasseurs n'y changera rien. Je viens d'en vivre la preuve en ayant failli mourir aujourd'hui !
Je suis plutôt rapide pour fuir… Ma lâcheté me ferait honte dans une autre situation, mais elle est toute expliquée pour l'instant. Je tire Monty jusqu'à moi et nous quittons l'étage sans perdre de temps, Neulan nous suivant de près. Je suis ravie de voir qu'il y a des couards aussi du côté de la coalition.
Ce sera seulement lorsque nous aurons quitté la maison, à quelques centaines de mètres de celle-ci, que nous nous apercevrons que monsieur Donau ne nous a pas suivis…
A l'intérieur de la maison, à l'étage, deux des trois chasseurs d'élite de la Commission sont encore abasourdis par ce qu'il vient de se passer.
Pascal se relève, frustré d'avoir échoué à tuer sa cible et de s'être fait avoir comme un bleu. C'est moi qui l'ai fait tombé en m'écroulant sur lui, l'empêchant de tuer le garçon que j'aime au passage. Mais je ne m'en vanterais jamais.
Trina, elle, observe toujours Fox.
Pascal et Trina étaient, pendant que Fox et moi parlions, dans la pièce du fond, où ni l'un ni l'autre ne pouvaient nous entendre.
Ils venaient de finir d'interroger le cinquième faune, qu'ils avaient épargné contrairement aux quatre premiers. Ayant fini leur interrogatoire -appelez ça torture- ils avaient quitté la pièce pour rejoindre Fox, qu'ils savaient en train de fouiller les poches des quatre autres monstres pour essayer de comprendre ce que des faunes pouvaient bien faire à vivre dans une maison isolée. Cependant, lorsque Pascal avait le premier franchi la porte séparant les deux pièces, il avait aussitôt vu un homme ressemblant fortement aux quatre monstres qu'ils venaient de tuer se trouver là au-dessus de ces quatre derniers. Il en déduisit instantanément qu'il devait s'agir d'un autre monstre et, en parfait tueur, se dépêcha d'ôter la vie à Baylis.
Il y avait d'autres hommes à côté de sa plus récente victime : Monty, Neulan et Donau. Aucun de ces trois-là ne ressemblaient aux victimes précédentes contrairement à Baylis, mais puisqu'ils accompagnaient un monstre, dans la logique de Pascal, ils devaient en être eux aussi. Pascal voulut donc faire de Neulan -le plus hideux des trois- sa cible suivante. Mais Monty tenta de s'y interposer. Pascal fut évidemment surpris par la réaction rapide de Monty puisque Neulan, sa cible, n'avait pas encore bougé d'un poil. Si Monty était plus rapide que Neulan, c'était que Monty était plus dangereux, et donc celui qu'il fallait tuer en premier. Pascal décida donc de tuer Monty avant Neulan, ce qui entraina la suite…
Initialement, Trina pensait que Pascal pourrait tuer sans problème les trois garçons mais quand elle vit une fille -moi- qu'elle n'avait pas remarqué plus tôt -Fox et moi étions dans l'angle mort du champ de vision de Pascal et Trina-, elle réagit au quart de tour et se précipita dans l'intention de me tuer afin de permettre à son compagnon de pouvoir assassiner Monty tranquillement. Trina était d'ailleurs sur le point d'en terminer avec moi, et ce en moins d'une demi-seconde tellement il était facile pour elle de me tuer. Mais alors qu'elle était sur le point de le faire, son propre instinct l'avertit d'un danger venant par sa droite. Elle remarqua de justesse une arme incisive se diriger dans sa direction. Elle recula aussi rapidement qu'elle put, mais la carte d'identification que lui avait lancé Fox parvint quand même à lui ouvrir l'arcane ainsi qu'une partie de la paupière. Aurait-elle reculé une fraction de seconde plus tard qu'elle y aurait perdu un œil. Comme je l'avais imaginé, Fox m'avait bel et bien sauvé la vie.
Mais je n'en étais pas certaine à ce moment-là, et tout ce qui m'intéressait, c'était de survivre avec Monty. Lui, Neulan et moi nous échappâmes, sans savoir que Donau et Lucie se trouvaient toujours dans la pièce…
« Je peux savoir à quoi tu joues, Fox ? » demande une Trina légèrement en colère à sa collègue.
« Ne sois pas aussi hâtive, Tri'. La carte d'identification de la CIL que je viens de t'envoyer, lis-la. »
« Une carte d'identification ? » s'étonne Trina.
Pascal a l'air éberlué.
Il y a effectivement une carte rouge et noire enfoncée dans le mur au-dessus de sa tête. Mais de là à dire qu'il s'agirait d'une carte d'identification…
Il saisit la carte de la main et tire fortement dessus afin de faire retirer les quelques centimètres de celle-ci du mur qu'elle a pénétré. Il la tend à Trina.
Celle-ci est choquée lorsqu'elle lit la carte.
« C'est bien une carte d'identification. » confirme-t-elle.
« Effectivement. Tu as failli tuer une des nôtres. » remarque Fox.
« Attends, pas de précipitation. » intervient Pascal, « ça pourrait très bien être une fausse. Regarde ces machines autour de nous. Ces monstres étaient des faussaires, ils ont très bien pu copier nos cartes. »
« Négatif. » corrige Fox, « celle-là est bien authentique, je te l'assure. »
« Regarde la carte, Pascal. » continue Trina, « c'était une McIntyre. »
« Une.. ? Oh, shit ! » soupire Pascal.
« Je ne te le fais pas dire. » reprend sa petite amie, « il est vrai que faire couler le sang d'une descendante des "dix premiers" n'aurait pas été la chose la plus intelligente à faire. »
« Il y avait quand même de quoi se méprendre, tout de même. On n'entre pas naturellement comme ça dans le repère d'une bande d'escrocs, et monstres de surcroît. Alors quoi ? Ils étaient tous des chasseurs comme nous, ces types-là ? »
« J'en doute. L'un d'eux était quand même particulièrement laid. Fox, qu'est-ce que tu faisais avec la McIntyre, du coup ? »
« Elle m'a dit qu'elle avait été faite prisonnière, mais je n'ai pas bien compris non plus. »
« Donc les autres devaient être des monstres, finalement. Mais elle a quand même sauté pour en sauver un et elle s'est enfuie avec eux. C'est à n'y rien comprendre. » souffle Trina.
Pascal jette ensuite un coup d'œil à un homme qui se tient à ses pieds, blessé.
C'est Donau, qui a pris dans l'épaule la balle qu'avait tiré Pascal lorsque j'étais tombée sur lui, faisant son tir dévier de Monty.
« Et toi, qui es-tu ? » demande Pascal au journaliste humain, « tu as une carte d'identification, aussi ? »
Les trois chasseurs professionnels observent maintenant l'humain qui gît au sol à leurs pieds, sans espoir de leur échapper.
Tout comme moi quand je me trouvais en face de Fox, la vie de monsieur Donau dépend à présent de sa capacité à convaincre ces tueurs. S'il veut pouvoir leur survivre, il devra pour quelques instants prendre le rôle du meilleur menteur sur Terre, et les persuader d'être un agent de la CIL, ou tout du moins un humain étranger à cette guerre, qui se sera retrouvé ici par hasard. C'est sa seule chance de survie.
Monsieur Donau fronce les sourcils. Il défie du regard les trois tueurs.
« Ta carte ? » insiste Pascal.
« Je n'ai pas de carte. Je ne suis pas un des vôtres. Mon nom est Paul. Paul Donau. Je suis un humain et je sers la grande et invicible reine Lexa, reine des vampires et de la France. »
Trina s'approche de Pascal et par la même occasion du journaliste à terre.
« Un humain, tu dis ? Et pourtant tu travailles pour l'ennemie ? »
« Je ne travaille pas pour l'ennemie. Lexa est celle qui changera ce monde. Les humains et les monstres, mains dans la main. Nous y arriverons. C'est pour cela que j'ai rejoint la coalition. Je veux être de ceux qui rendront ce monde meill-… »
PAN
« Ah ! »
Une voix hurle de derrière un meuble au moment où Pascal exécute le journaliste à l'aide d'une balle dans la tête.
Fox, la plus proche du meuble en question, se retourne subitement et se dirige vers l'endroit d'où la voix a surgi.
Avant même qu'elle n'y parvienne, une petite fille rousse, aux traits délicats et charmants mais ravagés par l'effroi que lui inspirent les tueurs, bondit depuis le fameux meuble et se précipite en direction de l'escalier de la maison.
Fox la voit faire et court pour essayer de l'en empêcher.
Lucie est tellement horrifiée à l'idée que l'un de ces tueurs posent la main sur elle qu'elle recule vers le mur, sans se rendre compte que la fenêtre y est ouverte.
Fox se précipite, d'abord pour essayer d'attraper la petite avant qu'elle ne s'enfuit, puis pour l'empêcher de basculer mais…
Lucie ne comprend pas l'intention de la brune et recule sans ne plus faire attention à rien. Ses jambes se cognent contre le mur mais son élan pousse le haut de son dos encore plus loin, jusqu'à ce qu'elle se trouve à la renverse… et qu'elle passe de l'autre côté.
Fox est paniquée. Comment va cette gamine ? Elle vient de tomber par la fenêtre !
Elle n'hésite pas et bondit à son tour, agilement, à travers l'ouverture.
Elle tombe adroitement au sol, presque naturellement.
« Petite, comment v-… »
Lucie, en sang, n'entend rien. Seule une peur intense occupe son esprit.
Elle se saisit de petits cailloux mêlée à de la terre humide qu'elle trouve au sol et les jette à la figure de celle qui, le croit-elle, veut l'assassiner.
Fox est aveuglée. Lucie en profite pour s'enfuir. Plus loin, devant elle, elle voit encore les silhouettes de Monty, Neulan et moi-même. Les monstres qu'elle servait sont morts. Aussi sommes-nous la seule chose à laquelle elle peut se rattacher pour espérer vivre, à présent.
Une vingtaine de secondes plus tard, Fox est toujours là, debout, pile sous la fenêtre depuis laquelle elle a sauté. Elle s'est débarrassée de la terre sur son visage. Elle est perplexe. Tout cela n'a pas de sens… Une chasseuse qui lui dit avoir été faite prisonnière, un humain qui avoue travaillé pour le camp ennemi, une enfant d'environ à peine quinze ans qui s'enfuit à sa simple vue… Aurait-elle été abusée, dupée ? La chasseuse en était-elle bien une ? La carte d'identification était-elle bien vraie ? La McIntyre n'était-elle pas une traitresse elle aussi ?
Fox n'a plus aucune certitude. Mais elle est une agent professionnelle, et à ce titre, il lui faut faire disparaitre tout soupçon. Elle décide de vérifier si la chasseuse en était bien une, de comprendre pourquoi elle aurait fui avec les monstres qui l'auraient capturé.
Mais ceux-ci sont déjà loin. Leur courir après serait une perte de temps. Il existe une meilleure solution.
« Pascal, tu m'entends ? » crie-t-elle depuis le sol.
« Je suis juste au-dessus de toi et je ne suis pas sourd, Fox. »
Celle-ci lève les yeux vers la fenêtre et remarque qu'effectivement, son ami et collègue est bien présent.
« Envoie-moi un Tonneau 23, s'il-te-plait. »
Pascal fait un hochement de tête et dix secondes plus tard, des composantes de l'arme terrifiante créée par la DADT tombe aux pieds de Fox.
Celle-ci commence à monter l'arme…
Pendant ce temps, Monty, la taupe et moi avons repris une marche plus lente. J'étais terrifiée tout à l'heure à l'idée de voir Monty mourir et je mettais enfuie avec lui, sacrifiant au passage toute possibilité d'être secourue par la DSFI, de ne plus être la prisonnière de la coalition, ou même de retrouver un jour Monroe et rentrer chez moi. Mais je n'ai pas tout cela en tête pour l'instant. Dans le cas contraire, je serai aux tréfonds du désespoir.
Mais là, c'est Monty qui déprime à côté de moi.
« A ton avis, qu'est-ce qu'ils vont lui faire ? » me demande-t-il à propos de monsieur Neulan.
« Ils vont lui faire, euh… ils vont l'interroger et… quand ils vont voir qu'il n'est pas un danger pour eux, ils vont le relâcher, c'est tout. »
« Ah… »
Monty a l'air soulagé.
Je crois qu'il a combattu autant de chasseurs dans sa vie que moi de vampires au Canada. Autrement dit, aucun ! Il est outrageusement naïf à croire que les plus puissants assassins de la CIL puissent tomber sur un membre de la coalition et le laisser repartir vivant.
Mais je ne pouvais pas lui dire la vérité. Il aurait été capable de vouloir retourner là-bas, juste pour tenter de sauver monsieur Donau. Et ça, c'est hors de question !
Nous ne sommes plus que trois à présent. Neulan et moi marchons devant. Monty, un peu derrière, conserve une mine triste.
Je me retourne vers lui, préoccupée par son état.
Monty est quelqu'un de bien, et profondément pacifique. Il n'apprécie pas la guerre et les scènes de mort…
« Monty, je… »
Attends !
Il y a une silhouette derrière Monty. Oui ! A quelques centaines de mètres, dans son dos, il y a quelqu'un en train de courir et faire de grands gestes dans notre direction.
Je fronce les sourcils pour affiner ma vue.
« Lucie ? »
Qu'est-ce qu-…
Oh non ! Quelque chose vient vers nous !
BVUINNN
Le projectile dépasse l'épaule de Lucie. Il arrive sur nous !
« A plat ventre ! » hurlé-je immédiatement.
BRAOOUMMMM
Une décharge d'énergie immense explose à moins de cinq mètres devant nous.
Le souffle de l'explosion se répand en même temps qu'une énorme vague de feu se propage, embrasant l'air autour de nous.
Je vole plus loin, repoussée par la force de l'impact.
Lorsque je retombe au sol, ma tête cogne la première contre une roche, faisant ma nuque légèrement pivotée au passage. Mon bras cogne ensuite contre la terre, puis c'est le reste de mon corps qui s'écroule sur lui, l'écrasant.
« Ahh ! » fais-je, incapable de me retenir de gémir.
J'ai mal, saint-chrême !
« Harper ! » entends-je dire une voix s'approchant.
« Lucie ? C'est toi, Lucie ? » demandé-je, souffrante et paniquée.
« Harper ! Dis-moi, est-ce que ça va ? »
« Non ! J'ai trop mal ! »
Les larmes ne tardent pas à jaillir.
Mon cou me fait atrocement mal.
« Mon Dieu ! Ton bras ! » s'écrie Lucie.
Je me force à ouvrir les yeux pour voir ce qui l'inquiète comme ça.
Je pâlis lorsque je comprends la raison.
« Ton bras ! Il est brûlé ! »
Je pleure sans retenue, maintenant.
J'ai tellement mal au cou que je ne me suis même pas rendu compte des plaques de peau brûlées sur mon bras droit, encore écrasé par le reste de mon corps.
« Lucie. Comment vont les autres ? »
J'ai besoin de savoir si Monty va bien.
Pitié, mon Dieu ! Faites que Monty aille bien !
Lucie s'éloigne de moi. Elle va examiner l'état des autres.
Je ne peux même pas envisager de le perdre.
Ce n'est pas possible. Non ! Non !
Je puise dans mes forces.
Je ne vais pas attendre que Lucie vienne me dire ce que je veux savoir. Je dois aller m'en assurer par moi-même.
Je trouve la force de me remettre debout.
Devant moi, un gigantesque cratère d'environ quatorze mètres de diamètre creuse le sol.
Mais quel genre d'arme était-ce ?
Je marche aussi vite que je le peux.
C'est Neulan que je retrouve le premier.
Il traine au sol.
Il a perdu ses jambes mais ils est vivant. C'est un miracle qu'il soit encore en vie.
Je m'agenouille à côté de lui.
« Monsieur Neulan, je suis là. Tout va bien ne vous en faites pas. »
On dit toujours qu'il faut rassurer les personnes blessées, ne pas leur dire quand la situation est grave pour ne pas aggraver leur état mental. Mais cela m'écœure de devoir en faire ainsi dans l'immédiat.
Ses chances de survie sont faibles. Il est gravement blessé. S'il veut vivre, il va falloir que nous le tirions rapidement de là et que nous lui trouvions un docteur rapidement pour qu'il se fasse opérer.
Il y a une mare de sang, de son sang, derrière lui.
« Harper ? Fais-moi voir ton bras ! »
Pour de vrai ?
Est-ce la voix de Monty que je viens d'entendre ?
Je me retourne précipitamment.
Baptinse !
C'est l'émotion qui me submerge maintenant.
Il n'a rien ! Il n'a rien !
Je pleure sans m'arrêter.
Il me prend dans ses bras, se voulant rassurant.
« Harper… » murmure-t-il.
Ce qu'il ne sait pas, c'est que le simple fait de le savoir en vie me rassure.
Il avance sa main et, d'un geste, saisit mon bras brûlé.
« Tu dois avoir terriblement mal. Je suis désolé… »
Non. Mon bras… je ne sens rien. Il n'y a que mon cou qui me fait souffrir.
« Monsieur Neulan. Il faut qu'on l'emmène loin d'ici. » soulevé-je.
C'est alors que Monty remarque notre ami, étendu par terre et sans ses jambes.
« C'est affreux… »
Lucie, qui venait de s'approcher de l'estropié, se met à vomir. Ses tripes se vident au-dessus de la mare de sang.
« Blurggh ! »
« On va devoir le porter pour l'emmener loin de là. » remarqué-je.
« Dépêchons-nous, dans c-… »
BVUINNN
Jérusalem !
Je repousse aussitôt Monty loin de moi.
« Lucie, va-t-… »
BRAOOUMMMM
Mais ni Lucie, ni Monty, ni moi n'avons le temps de réagir.
Cette nouvelle explosion, elle est encore plus terrifiante que la première. Celle-ci explose en plein vol. Juste au-dessus de nos têtes, à environ six mètres de hauteur.
Lorsque la munition libère sa déflagration, peu de flammes surgissent contrairement à la première explosion. Mais le souffle d'air chaud, lui, est colossal. Au moins quatre fois plus puissant.
A cette puissance-là, l'air qui se propage en un souffle soudain est si condensé qu'il en devient presque physique. Je suis écrasée sous la pression, prise en étau entre le sol en-dessous de moi et le mur d'air libéré par l'explosion, au-dessus.
« Rahhh ! »
Je suis étalée, plaquée, oppressée par la force titanesque du vent qui s'abat et s'appesantit sur moi. Les cellules de ma peau s'effritent, se déchirent sous les cimeterres d'air et mes os sont compressés au point où je ne sais plus qu'est-ce qui, de la terre ou de mon corps, est le plus écrabouillé.
Et, pendant une vingtaine de secondes encore, absolument plus rien n'a de sens. La souffrance, l'espoir, l'humanité. Ce ne sont plus que des choses fictives pour moi.
Elle passent, les secondes. Longues, et mortellement douloureuses.
Puis, le souffle destructeur disparait.
Aucun mot ne parvient à sortir de ma bouche.
Je suis enfoncée dans le sol. J'ai presque fusionné avec lui tellement j'ai été écrasée.
Je suis toujours vivante ? Pour de vrai ?
« … »
Le simple fait de penser m'est difficile.
A quel point est-ce que mon cerveau est atteint ?
« Luc-… ie… Mont-… »
Sont-ils en vie ?
J'ai besoin de le savoir !
D'un doigt, je gratte la terre autour de ma main gauche. J'aimerais pouvoir me soulever mais je n'y arrive pas.
C'est… douloureux…
« Harp… Hap… »
Une voix ?
Elle est faible.
Faible, mais elle parle.
A qui est-elle ?
« Qui ? Qu-… »
« Ha'p… »
Lucie ?! C'est la voix de Lucie !
Elle est en vie.
« Luc… ie… »
J'aimerais lui demander son état mais les mots quittent si difficilement ma bouche.
J'ai peur. Peur qu'une fille innocente comme elle meure aujourd'hui, ici, dans ces conditions.
« Luc-… »
Ma gorge est sec et brûlante.
Je continue de gratter du doigt.
Tout à coup, j'entends du bruit un peu plus loin de moi.
De la terre qui meut.
Quelqu'un arrive. La personne doit ramper sur le sol…
Qui ?
« Harp… »
Lucie, c'est elle.
Elle a encore la force de bouger ?
J'en pleurerais de joie si je pouvais.
Elle aura peut-être la chance de survivre, elle.
Je l'entends, elle est juste derrière moi. Elle se traine !
Sa main se pose sur moi.
Je suis tellement soulagée.
Je l'aime. Je l'aime, cette petite. Je ne veux pas qu'elle meure !
« Hap… »
« Lu… »
« … »
Plus aucune de nous deux n'arrive à parler.
Mais je l'entends ! Sa respiration… elle est saccadée, mais elle respire.
Je lui devine se consacrer à concentrer ses forces. Elle tente de grimper sur moi.
Ouch !
Elle me fait mal.
Mais qu'importe…
« Harper… »
Sa tête s'écroule sur ma poitrine, vaincue.
Elle s'est évanouie.
Sur moi.
Lucie. Je ne te laisserai pas mourir, je te le promets.
Mon doigt se redresse fébrilement.
Petit à petit, le reste de la main suit.
Une joie immense m'envahit lorsque je m'aperçois que j'arrive même à soulever mon coude.
J'approche mon bras du visage de la petite fille rousse.
Je caresse ses cheveux. C'est un baume au cœur que de la sentir contre moi.
Comment faire pour la sortir de là, de cet enfer ?
Elle ne sera toujours pas sortie d'ffaire tant qu'elle restera sur cette île.
« C'est bon, tu as fini d'inspecter la maison ? Alors rejoins-moi ici, je viens de les rattraper. »
Une voix ?
« Non, ils sont tous à terre. Tonneau 23 les a tous empêché d'aller plus loin. »
Tonneau 23 ?
« Inutile. Mais à comprendre ce que faisaient les faunes dans la maison, il doit y avoir une bonne quantité de monstres qui cherchent à quitter cette île. Contacte autant de grades S que tu peux et dis-leur de venir du côté de Sauzon. C'est là que nous devons être si nous voulons empêcher les monstres de fuir. »
Je rêve ? Tonneau 23 ! Cette arme existe ?
Quelle monstruosité…
J'avais entendu une histoire, il y a cinq ans, comme quoi la DADT avait conçu une arme qu'ils avaient baptisé Tonneau 22. Une arme redoutable, d'après les bruits qui courraient. Mais ce n'était que des rumeurs !
Et là je suis en train d'entendre qu'il y a même un Tonneau 23 ? C'est ce qu'ils ont utilisé contre moi ? contre nous ?
La personne qui parlait s'approche de moi. Elle se penche, et fouille mes poches.
Ma tête n'est pas dirigée du bon côté, mais je devine bien de qui il s'agit.
Cette voix, cette habitude systématique de faire les poches de ses victimes…
Fox.
C'est elle qui est au-dessus de moi.
J'ai envie de pleurer.
J'avais réussi à la convaincre que j'appartenais à la Commission mais en m'enfuyant avec les autres, j'ai tout perdu et maintenant elle a essayé de me tuer.
Je la sens retirer quelque chose de ma poche.
« Je ne comprends pas. Il n'y a vraiment pas de doute, cette carte est authentique. »
« … »
« Oui, elle est devant moi, allongée par terre. Non, elle est vivante. »
« … »
« Je t'ai dit que je ne cherchais qu'à les ralentir ! J'aurais visé mieux que ça, si j'avais voulu les tuer ! »
Pour de vrai ?!
Ces deux salves de Tonneau 23, c'était pour nous "ralentir" ?!
J'ai cru y passer cent fois et elle dit qu'elle ne cherchait pas à nous tuer ?!
Mais j'hallucine !
« L'un d'eux est quand même mort, ses jambes ont disparu. Mais les trois autres ont l'air encore en vie. »
Ce n'est pas à moi qu'elle parle…
Fox avait ce qui ressemblait à une oreillette quand je lui avais parlé dans la maison, tout à l'heure. Elle doit parler au deux autres agents de la DSFI qui sont restés dans la maison.
Monsieur Neulan avait les jambes arrachées. Il est donc mort ?
« … »
Difficilement, je déglutis.
Mais Lucie et Monty sont encore en vie, eux !
Fox s'assied à côté de moi.
« Harper McIntyre, tu es vraiment l'une des nôtres ? »
J'ai l'impression que c'est à moi qu'elle parle maintenant.
« Tu m'avais dit que tu étais prisonnière des monstres. J'étais impressionnée que tu aies réussi à survivre en leur compagnie. J'étais même prête à te ramener jusqu'aux navires du chef Chris, en t'accompagnant personnellement. Pourquoi avoir finalement fui ? »
Ce sont de simples sanglots que je peux verser à ces mots. Je n'ai plus assez d'eau pour pleurer vraiment.
La vérité…
« Parce que… j'aime un vampire. »
« … »
Elle ne répond pas.
Le silence m'oppresse.
Va-t-elle m'étrangler ?
Les chances sont grandes. Tomber amoureuse d'un monstre, c'est commettre un acte de traitrise.
Mais je suis prête à mourir. Et je ne peux pas m'enfuir de toute façon…
Autant que ce soit rapide.
« Epargnez cette petite fille sur ma poitrine, s'il-vous-plait. C'est une humaine et elle ne fait pas partie de la coalition. C'est juste une innocente ! »
Ma gorge me fait atrocement mal, mais je dois parler. Avant de mourir, je veux pouvoir sauver Lucie.
Je dois intercéder pour elle.
« Tiens. Bois de l'eau. »
Quoi ?
J'entends quelque chose se dégoupiller au-dessus de moi. L'instant suivant, une main forte s'empare de ma joue et m'oblige à tourner la tête.
« Aïe ! »
« Désolée. »
Elle s'excuse ?
« Ne bois pas tout, je suis du genre à boire beaucoup. » continue-t-elle.
Elle rentre sa gourde entre mes lèvres, puis appuie sur le fond pour m'aider à boire.
« Gloups ! Gloups ! »
« C'est bon, ça suffit. »
Elle récupère sa gourde et boit à son tour.
Qu'est-ce qu'il se passe ? Elle ne veut plus me tuer ?
« Dites, pourquoi ? »
« Pourquoi quoi, Harper ? »
« Pourquoi est-ce que vous ne me tuez pas ? »
Elle soulève un sourcil puis range sa gourde avant de répondre.
« Parce que je ne tue pas les humains. »
Ah…
« Et aussi pour plaire à Alpha… » lâche-t-elle plus doucement.
Alpha ? Elle parle de la "professeure" ?
En quoi est-ce que m'épargner pourrait plaire à la plus puissante tueuse de la DSFI ?
« Je… Fox ? »
« Hmm ? »
« Est-ce que… le garçon à la tête asiatique… il est vivant ? »
Elle me regarde, curieuse.
« Il en a l'air. »
Oh, Merci…
« C'est le garçon que tu aimes ?
Je ne réponds pas, mais je crois que je rougis un peu.
« Je vois. Il est salement blessé à la tête, mais il devrait s'en sortir. »
« Salement ? » demandé-je, inquiète.
« Il aura sans doute un trauma. J'ai fait un stage à la DRP il y a quelques années, dans le secteur de la médecine vive sur le terrain. Il survivra. »
« Merci… »
Fox rigole.
« Tu as l'habitude de t'excuser et de remercier un peu trop souvent, toi… Je te rappelle que c'est moi qui ai failli vous tuer, et c'était parce que je préférais vous ralentir et marcher pour vous rattraper plutôt que de vous courir après. »
« … »
Elle fronce les sourcils et regarde derrière elle.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Mes collègues arrivent. »
« C'est grave ? »
« Trina, non. Mais Pascal, ne dis surtout pas que tu es amoureuse d'un vampire devant lui. Il te tuerait sans hésitation. »
Quelques minutes plus tard, les deux autres chasseurs d'élite nous ont rejoints.
Pascal prend la parole le premier.
« J'ai prévenu quelques autres d'où nous étions mais je ne suis pas certain que nous ayons besoin de plus de monde dans l'immédiat. Si c'est le cas, j'appellerai Dax et Sterling aussitôt. Ce sont les seuls que je n'ai pas encore prévenus. »
« Tu as pu vérifier, donc ? » interroge Trina.
« Oui, ce sont bien des humains. Tous les trois. Mais seule McIntyre est une des nôtres. Les autres étaient de simples bellilois qui avaient été faits prisonniers par le faune que tu as tué, Pascal. C'est pour ça que McIntyre est intervenue dans la maison, elle voulait nous empêcher de tuer des innocents. »
Mon cœur s'enflamme.
Fox est en train de mentir pour nous protéger !
« Les pauvres… dire qu'on a utilisé Terminator contre eux. » soupire Trina, « Et la McIntyre. Elle a risqué que je la tue pour sauver des bellilois. C'était assez héroïque de sa part. »
« Ton estime des McIntyre remonte un peu ? » plaisante Fox.
« Un petit peu. » répond son interlocutrice.
« Ne vous emballez pas, toutes les deux. Je vous rappelle qu'elle était sur le point de mourir bêtement, là. Et contrairement à nous, les chasseurs de grade inférieur ne sont pas maitres de leur vie, ils n'ont pas le droit de se sacrifier comme ils l'entendent. Elle a désobéi aux règles du protocole 19, là. »
Les deux chasseuses d'élite sont surprises lorsqu'elles l'entendent les contredire. Sauf qu'il n'a pas tort. Parmi les nombreuses règles de la CIL, il est complètement interdit pour un chasseur qui ne fait pas partie de l'élite de choisir la manière dont il va mourir. Surtout si c'est pour sauver de quelconques humains ordinaires.
« Et en plus de ça, ces humains ont beau avoir été des victimes et faits prisonniers par ce faune, maintenant ils connaissent notre existence ainsi que celle des monstres. Ce qui constitue un deuxième problème. »
Il a encore une fois raison.
« On ne peut pas laisser en vie des gens qui savent que les monstres existent et qui ne font pas partie de la Commission. »
Je déprime. Fox n'a rien sauvé du tout, finalement !
« Vu leur état, ils ne se relèveront pas de sitôt de toute façon. On épargne McIntyre et on tue les deux autres, je pense que c'est le mieux. »
Pascal pointe une arme dans la direction du visage de la petite Lucie.
Non !
PAN PAN
Taratatataaaaaa ! ! !
« Pascal ! » crie Trina en même temps qu'elle pousse du pied son petit ami pour s'assurer qu'il ne reçoivent pas les balles qui se précipitent sur lui.
Dans le même temps, Fox plonge sur le côté, libérant de sa main ma carte d'identification qu'elle avait l'intention de lancer sur la main de Pascal possédant l'arme.
PAN PAN
Pascal, qui était tombé à la renverse, se redresse et fait feu sur ses assaillants mais finit par abandonner : des dizaines de voitures roulent dans notre direction, mitraillant les trois agents de la DSFI.
Taratatataaaaaa ! ! !
« On bat en retraire ! » hurle Trina, essayant de se faire entendre par ses compagnons malgré le bruit des coups de feu.
Pascal se précipite vers sa copine et la saisit par la taille avant de courir se réfugier plus loin.
Fox en fait de même.
« … »
Je les vois s'enfuir, quittant mon champ de vision bien plus rapidement que je ne l'aurais cru.
Une dernière larme quitte mes pupilles.
Lucie est vivante…
Criiii
Plusieurs voitures dérapent à côté de moi, toujours enfoncée dans le sol.
Je m'efforce de tourner la tête vers elles.
Les grades S ont fuit mais je ne suis pas sereine pour autant. Les nouveaux venus sont peut-être bien pires…
Les portes s'ouvrent.
De nombreux hommes et femmes en sortent.
« Encore des chasseurs ? Ca commence à bien faire ! Ils envahissent toute l'île ! »
« Tafioles ! » lâche une femme à l'attention des fuyards déjà trop loin pour l'entendre.
« On a plusieurs blessés graves, par ici. Il faut les emmener au plus vite. »
Un homme se penche au-dessus de moi et m'examine, plongeant sa petite lampe au-dessus de mes yeux pour vérifier mes réactions oculaires.
Un médecin ?
« Qui… êtes-vous ? » demandé-je faiblement.
« Ok, celle-ci peut parler. » lâche le docteur à l'attention des autres, « je vais vérifier les autres. »
« On prend les fuyards en chasse. On ne peut pas laisser des chasseurs tuer les nôtres et s'enfuir ensuite quand ils le veulent. »
« Hé ! Attendez ! J'en reconnais un ! C'est Monty Green, le scribe de la commandante de la mort. Il est très mal en point ! »
« Cas d'urgence, alors ! On l'emmène voir la commandante tout de suite. Il a peut-être des informations importantes à lui délivrer sur nos ennemis ! »
Tous ces gens s'activent autour de Lucie et moi.
Je vois le docteur soulever Lucie et la déposer sur le siège d'une voiture. Puis, c'est moi qu'il soulève.
Des membres de la coalition. Ils en sont !
Je déborde de joie.
J'ai été sauvée par des membres de la coalition ! Trente secondes de plus et je sais que Lucie et Monty seraient morts d'une balle dans la tête.
Ils vont pouvoir vivre, je suis tellement heureuse.
« C'est bon, ils ont embarqué dans la Peugeot. Nous, on va pourchasser les trois connards qui s'en sont pris à eux. »
Et je vois plusieurs monstres se lancer à la poursuite des trois assassins de la DSFI.
Ils ne reviendront probablement pas vivants. Des grades S fuient devant des mitraillettes, mais pas devant une demi-dizaine de monstres à peine.
Seulement, je n'ai pas la force de les prévenir.
La voiture démarre. Quel soulagement…
Lucie est à ma droite tandis que Monty est à ma gauche. Nous sommes tous les trois à l'arrière du véhicule, et en vie !
Seul monsieur Neulan est resté sur place. Mort, aux mains du docteur.
La femme qui conduit le véhicule est au téléphone. Quand elle raccroche, je lui pose les questions qui m'occupent l'esprit.
« Vous nous avez trouvés comment ? »
« Ce n'est pas vous que nous cherchions. On avait entendu que certains monstres utilisaient le réseau de Baylis pour déserter notre armée et s'enfuir sur le continent. La commandante avait initialement prévue que Baylis serve à faire évacuer les civils de l'île, pas nos soldats. Alors quand elle l'a apprise, elle a ordonné à toute l'armée de se rendre ici immédiatement pour empêcher les désertions. Et voilà que quand on arrive à moins d'un demi-kilomètre du repère de Baylis, on voit au loin des chasseurs persécuter les nôtres. On a canardé à vue. »
Alors c'était vraiment le hasard… Ils n'étaient pas là pour nous. Mais la chance nous a quand même sourit. De justesse !
« Je… vous dites que toute l'armée est ici ? »
« La quasi-totalité. Après la destruction du bâtiment qui avait tué les hommes-singes ainsi que les chasseurs eux-mêmes, notre commandante s'était évanouie. Mais elle est revenue à elle entretemps, a repris les commandes et elle le fait d'une main de fer, depuis. Nous avions tous peur au début quand nous avons vu que ni notre reine ni la première commandante Anya, n'étaient là pour commander d'autant plus que la seconde commandante ne semblait pas très encline à vouloir gagner cette guerre, à force de ne faire uniquement que des prisonniers. Mais maintenant, elle sévit. »
Clarke Griffin…
« Cette guerre, on va la gagner ! » s'écrie la conductrice, enthousiaste.
Non… quelque chose ne va pas. Elle n'est pas au courant, mais leur chef est du côté de la Commission. Elle va les trahir.
Mon Dieu, que dois-je faire ?
Ce sont ces monstres qui viennent de me sauver la vie.
Je devrais les prévenir que leur chef n'est pas de leur côté.
Attends !
Moi ? Trahir la Commission humaine ? Je peux vraiment faire ça ?
Je ne… qu'est-ce que je dois faire ?
Je suis plongée dans mes pensées quand une main douce mais ensanglantée s'empare de la mienne qui est tremblante.
« Tu l'as vu, son visage, n'est-ce pas ? »
Je regarde à ma gauche.
Monty…
C'est horrible, il a le crâne légèrement ouvert. Un os ressort. Une partie de sa tête a brûlé et le sang séché coule encore.
Son beau visage me manque.
Pourquoi lui avoir fait du mal ? Pourquoi à lui ? Il est si calme, si pacifique !
« Tu sais qui elle est, n'est-ce pas ? »
Quoi ? Mais de quoi parle-t-il ?
« Je t'avais vu faire une tête bizarre quand tu l'avais vu pour la première fois, après l'explosion du bâtiment. Tu as dû la reconnaitre. Elle est ta collègue, après tout. »
Attends… il parle de Clarke Griffin ?!
Mais comment peut-il être au courant ?!
« Dire que j'ai pu oublier une chose pareille… » soupire-t-il.
« Monty, de quoi est-ce que tu parles ? » m'alarmé-je.
« Il y a longtemps de cela. Une réunion extraordinaire a eu lieu, où se sont rassemblés de nombreux monstres importants de la coalition. La réunion s'est passé normalement, sans que rien de particulier ne se passe, mais… dans les toilettes, à l'issue de la réunion… »
De quoi parle-t-il, enfin ?
« Une conversation a eu lieu dans les toilettes. Quelqu'un parlait… C'était des agents de la Commission humaine. »
« Qu-… quoi ? Comment ? »
« Je me suis cogné la tête, ce jour-là. J'ai été emmené à l'hôpital et on m'a diagnostiqué une amnésie rétrograde passagère. Mais je ne me suis jamais souvenu de rien de ce qui a pu se passer ce jour-là. Jusqu'à aujourd'hui… »
« M-… Monty ? Tu es en train de dire que… »
« Cette bombe a failli me tuer mais au final… elle m'a rendu la mémoire. »
« Monty… »
« Notre commandante est une humaine, Harper. Bellamy Blake et elle, Clarke Griffin, sont tous les deux des agents de la Commission. Ils ne sont pas de notre côté. »
« De quoi ?! » s'époumone la monstre au volant.
« Cette guerre… » pleure maintenant Monty, « elle était aux mains de la CILCFO dès le début. Dès le départ, nous avions perdu…. »
Criiii
La voiture s'arrête subitement, la femme ayant appuyé fortement sur le frein.
Elle se retourne précipitamment, énervée.
Elle fusille Monty du regard.
« Tu oses insulter notre commandante en chef ? »
Non, il ne dit que la vérité…
Vous ne pouvez pas gagner cette guerre. La coalition va perdre, parce que celle qui dirige votre armée ne travaille pas pour vous.
Elle travaille contre vous !
La femme sort de la voiture, puis vient ouvrir la porte arrière, forçant Monty à descendre de la voiture. C'est ensuite moi qu'elle fait sortir. Seule reste Lucie dans la voiture, toujours inconsciente.
« La commandante de la mort est l'héroïne du peuple vampire. Je ne peux pas croire à ce que tu dis. » annonce la femme.
Elle nous pousse vers l'avant.
Devant nous, des centaines de monstres de la coalition vaquent à différents travaux.
Ils pensent tous qu'ils vont gagner la guerre maintenant que la commandante est revenue à elle…
« Oh, voilà le scribe des mémoires qu'avait choisi la commandante » sourit un monstre.
« Il doit avoir des informations utiles. J'ai hâte qu'il les amène à notre commandante ! »
« Et voilà l'humaine qui lui fait les yeux doux. Elle semble en avoir bavé, elle aussi. »
Les monstres se retournent tous les uns après les autres, et s'écartent sur notre passage, heureux de nous voir en vie et prêts à délivrer des informations qu'ils espèrent satisfaisantes.
J'ai l'impression d'être poussée vers l'échafaudage…
« La commandante est juste devant. Vous allez vous expliquer devant elle. » lâche la monstre qui nous a sorti de la voiture.
J'ai l'impression que je vais suffoquer.
Pourquoi est-ce que tu as dit tout ça, Monty ?!..
Clarke Griffin est une agent d'élite. Elle n'a aucun intérêt à ce que sa couverture d'agent infiltrée soit révélée maintenant ! Elle va nous tuer pour protéger son secret !
C'est trop bête ! Mourir comme ça après tout ce à quoi je viens de survivre ? Nan ! C'est beaucoup trop bête ! Je ne veux pas !
Ahh ! La voilà !
Clarke Griffin en personne !
Elle est là-bas, en train de parler avec un monstre, un général et chef de clan !
Je regarde Monty et le supplie du regard.
Il doit mentir ! Il faut qu'il mente !
Il faut dire que Clarke Griffin est une vampire ! Elle ne fait pas partie de la CIL !
Mais Monty a l'air complètement déterminé.
Non ! Idiot ! Tu veux nous tuer, c'est ça ?
Monty, je t'en supplie !
Tais-toi !
Nous avançons toujours et encore vers la grade S.
Quatre grades S en un jour... C'est trop pour moi !
Nous avançons vers une grade S ? Nous avançons vers la mort, plutôt, oui !
Des sueurs froides me prennent à la gorge.
Il devrait y avoir un temps pour mourir ! Et ce temps ne devrait pas être maintenant !
Dix mètres avant que Monty ne prenne la parole et nous fasse tuer.
Neuf mètres.
Huit mètres.
Ma vie sur terre est sur le point de s'arrêter.
La dernière des McIntyre voit ses derniers instants venir.
Sept mètres.
Six mètres.
Cinq mèt-…
Un monstre s'approche de la commandante en courant, un couteau à la main.
Il va poignarder Clarke Griffin.
Attends, mais ce monstre, c'est…
Ubil ? L'homme-singe qui avait tué Diggs et m'avait capturé ensuite ?
Qu'est-ce qu'il fait ici ?
Il se trouve à moins d'un mètre de la commandante quand le général de clan qui se trouvait encore à côté d'elle se précipite et s'empare de l'homme-singe pour le plaquer à terre.
Il maintient fermement Ubil au sol.
« Qu'est-ce que tu fais, misérable ? Tu oses porter la main sur notre commandante ? » interroge le général très en colère.
« Laissez-moi la tuer ! C'est une humaine ! Votre commandante de la mort est une humaine et une chasseuse, en plus ! »
Le général écarquille les yeux, décontenancé.
Tous les monstres se retournent aussitôt vers Clarke Griffin, surpris.
Moi, je suis obnubilée par Ubil.
Je rêve, là ?!
Ce crétin vient de me sauver la vie !
A suivre…
