Précédemment : La guerre entre les monstres et les humains, sur Belle-Ile, dure depuis un moment. La victoire semble sourire tantôt aux uns tantôt aux autres mais, dans les deux cas, la mort surprend tout le monde et n'épargne personne. Aucun, désormais, ne sait supporter les moindres signes d'échec et le désespoir couche aux portes des deux camps. Les rébellions, les désertions, les luttes internes… les civils comme les militaires… les insulaires comme les continentaux… les humains comme les monstres… partout et en tout le monde, les pires traits de l'être humain se révèlent. Et le pire semble arriver lorsque le plus grand secret de la tête dirigeante d'un des deux camps est sur le point d'être révélé…


PDV Clarke

S'il y a une chose que je regrette, c'est de ne pas avoir pris toute cette guerre plus au sérieux.

« … »

Je plonge ma tête entre mes bras.

MERDE ! QU'EST-CE QUE J'AI FAIT ?!

Comment ai-je pu penser une seule seconde que je pourrais tout régler juste en faisant des chasseurs des prisonniers ?

A cause de moi… à cause de moi, tellement d'entre eux…

« Les chasseurs se multiplient sur l'île, commandante. Ils ne restent plus regroupés sur leurs navires comme jusqu'à maintenant. Nous avons peut-être beaucoup souffert des précédentes batailles mais nous ne sommes pas encore vaincus. Et maintenant que vous êtes à nouveau parmi nous, je pense que c'est le meilleur moment pour changer de stratégie et se montrer plus impitoyable que jamais. » affirme Derrick, un chef de clan qui est également général de notre armée, à côté de moi.

Je jette à nouveau un coup d'œil sur la liste que m'a transmise Keenan Mykulak, ma toute dernière conseillère.

Lieutenant Jasper Jordan, porté disparu.

Général major des armées, capturé par l'ennemi.

Sire Neulan, présumé déserteur.

Sergent Maddyn, mort dans l'explosion avec les hommes-singes.

Sire Falwaan, déclaré avoir quitté l'armée et rejoint les forces russes (son altesse la reine Octavia).

Conseiller Bellamy Blake, porté disparu.

Il y a près d'une cinquantaine de noms sur cette liste. Et il s'agit-là seulement des membres illustres de notre coalition. Aucune liste de pertes n'a encore été dressée concernant les soldats ordinaires.

Mais il est évident que nous avons perdu beaucoup trop de membres…

« J'ai fini de vous examiner. » remarque Keenan, qui est aussi infirmière « vous n'avez gardé aucune séquelle de votre récent état d'inconscience. Vous êtes à nouveau tout à fait apte à diriger notre armée, commandante. »

Je regarde le général Derrick, à côté de moi, reconnaissante.

« Merci d'avoir assuré l'intérim pour moi en mon absence, Derrick, toi et les quelques autres. »

Il me dédie un hochement de tête, signe que ce n'est rien.

Si… en réalité, c'est beaucoup pour moi.

J'ai naïvement cru qu'en empêchant les troupes de la CIL de trop mettre les pieds sur l'île, et en gardant ceux qu'on avait capturé comme simples prisonniers, je pourrais garder le statu quo indéfiniment. Mais il a fallu que mon esprit s'affaiblisse encore une fois lorsque j'ai vu ce bâtiment exploser… et tous ces morts, d'un coup, brûlés…

Mon dernier évanouissement a duré encore plus longtemps que d'habitude, et parce que je ne me suis pas montré assez féroce quand j'étais en état de l'être, beaucoup sont morts, ont disparu ou encore désertés quand je me suis évanouie et que j'ai fini dans les vapes.

Je sers les poings de rage.

Mon peuple, merde ! Celui de Lexa, et le mien maintenant, était à deux doigts de finir anéanti !

Si nous perdons cette guerre, sur cette île, si nous finissons par mourir tous, ou à devoir fuir devant l'ennemi, alors il n'y aura plus rien pour arrêter Célia. Parce que je suis sûre que c'est elle qui est derrière tout ça.

Mais je ne laisserai pas ça arriver. Nous ne perdrons pas ! Il est hors de question que la CILCFO envahisse la France !

« Général Derrick, nous avons déjà rassemblé l'ensemble de notre armée pour empêcher les récentes tentatives de désertion. Mais nous devons aussi penser à combattre l'ennemi. Vous avez dit qu'ils se dispersaient sur l'île et n'avançaient pas ensemble, n'est-ce pas ? Et bien nous allons faire pareil. Je veux que nous établissions des groupes de combat pour localiser et anéantir les troupes ennemies. »

« Vous nous autorisez à tuer les chasseurs, commandante ? » fait un Derrick surpris de me voir changer de politique aussi rapidement.

« Tous les groupes de soldat que nous enverrons devrons d'abord proposer à l'ennemi de se rendre. Mais s'il n'obtiennent pas de réponse favorable dans les trois secondes, qu'ils tirent pour tuer. A partir de maintenant, nous continuerons cette guerre en renonçant à faire des prisonniers. »

Célia… Elle est la sœur de Wells. Quand j'étais petite, et qu'elle rentrait de missions, elle m'apportait souvent des cadeaux et des souvenirs de là où elle allait. Elle m'a appris beaucoup de choses.

Elle a toujours été très stricte avec moi, presqu'austère. Mais même si elle n'avait pas toujours du temps pour moi, elle s'est toujours réellement comportée comme un membre de ma famille. Bien plus que ma mère ! Au fond de moi, c'est un peu comme une cousine que je la vois.

Mais je connais Célia, et je sais que c'est elle que j'affronte en ce moment dans cette guerre. Elle tire les ficelles ! Elle est celle qui a fait exploser ce fameux bâtiment ! C'est elle qui avait initialement conçu cette mission, où je devais aller en France pour infiltrer et espionner l'armée de Lexa.

Et aujourd'hui, Lexa est la femme que j'aime. Elle me manque terriblement…

Plus encore que ma famille aux Etats-Unis et ailleurs.

Plus encore que tout le reste !

Je m'expliquerai avec Célia quand je la reverrai, mais pour l'instant je dois la combattre avant qu'elle ne tue tout notre peuple.

J'ignore mon pincement au cœur.

Pour protéger ce peuple, celui que Lexa m'a confié, je suis prête à tuer tous les chasseurs qui se dresseront contre moi !

« Keenan, écoute-moi. J'avais prévu des moyens, pour nos soldats, de quitter l'île en toute sécurité en cas de sérieuses nécessités. Mais au lieu de s'en servir à bon escient, nos troupes les utilisent pour déserter. Alors à partir de maintenant, plus personne de sain de corps n'est autorisé à quitter l'île. Si des gens veulent quitter le combat, ce sera sur des civières ou bien morts. Transmets l'ordre. »

« Entendu. » signale l'infirmière.

« Je vais commencer à préparer les troupes de combat. » remarque Derrick lorsqu'un soldat entre dans la tente sans même s'annoncer.

« Que veux-tu ? » interroge furieusement Derrick, n'appréciant pas qu'on nous manque de respect, à lui comme à moi.

« Chef de clan ! Commandante ! Deux individus appartenant à la coalition viennent d'arriver. »

« Oui, et alors ? »

« Ils ont survécu à un assaut de groupes de chasseurs très dangereux. Et l'un d'eux est apparemment votre ami, commandante. »

« Un de mes amis ? »

« Il s'agit du scribe des mémoires Monty Green, commandante. »

Monty ?!

Depuis combien de temps ne l'avais-je pas vu ?

Il va bien ? Il est toujours en vie ?

« Où est-il ? »

« Il est ici, commandante. Une de nos soldats l'a ramené avec un véhicule pour que vous puissiez le voir. D'ailleurs, le scribe a l'air pressé de vouloir vous dire quelque chose, lui aussi. »

Je regarde Derrick, stupéfaite.

« Vous voulez allez le voir, commandante ? »

« Evidemment. Vous ne me racontez que des histoires de morts ou de disparitions depuis tout à l'heure. Je retrouve enfin quelqu'un de vivant et que je connais. De plus, il est scribe et je lui avais donné un passe-droit pour circuler librement partout sur cette île, donc les informations qu'il a pour moi devraient probablement nous être utiles pour la suite de cette guerre. »

Derrick hoche la tête.

« Allons-y dans ce cas. »

Nous sortons rapidement à l'extérieur de la tente.

Quand je quitte la tente, quelque chose me frappe tout de suite.

Ils sont nombreux…

Dehors, il y a encore plus de monde qu'il y en avait quand j'étais entrée dans la tente pour parler avec Derrick et Mykulak.

Notre armée se rassemble à nouveau… c'est super ! Je suis enchantée !

« Qu'est-ce que tu fais, misérable ? Tu oses porter la main sur notre commandante ? » grogne subitement la voix de Derrick derrière moi.

Je me retourne pour voir ce qu'il se passe.

Un homme est à terre, immobilisé par Derrick. L'homme me regarde d'un œil rempli de haine.

« Laissez-moi la tuer ! C'est une humaine ! Votre commandante est une humaine et une chasseuse, en plus ! »

Mon cœur rate un battement.

Qu'est-ce que…

Mais qui est ce gars ?!

Et qu'est-ce qu'il dit ? Est-ce de moi qu'il vient de parler ?

« Derrick. Qui est-il.. ? » demandé-je, abasourdie.

Derrick se retourne vers moi, interloqué.

« Commandante ? »

Il parle béatement, sans comprendre les accusations qu'on vient d'entendre.

« Je… je ne comprends pas… » lâché-je comme toute remarque face à ce que vient de dire le type à terre.

« Je suis Ubil. Dernier survivant des homme-singes que vous avez tous tué ! L'autre, Falwaan, m'a dit qui vous étiez vraiment ! » énonce le monstre toujours fermement plaqué contre le sol par Derrick.

La foule de soldats autour de nous se met à murmurer quand ils entendent ce monstre parler.

« Falwaan ? Vous avez vu Sire Falwaan ? » intervient Keenan.

« Elle a choisi de partir rejoindre l'autre reine, la sœur de la vôtre, Octavia. Mais elle m'a dit qui était vraiment votre commandante avant de partir ! »

« … »

Tous les soldats se mettent à me dévisager, surpris.

« C'est une traitresse ! » renchérit Ubil en me désignant du doigt.

« Clarke… » commence Monty en s'approchant.

Je lui fais signe de reculer.

Ce n'est pas le moment, Monty. Ce n'est définitivement pas le moment…

« Clarke, c'est ce que j'étais venue te dire ! Je me souviens, maintenant… »

Une fille à côté de Monty le retient tout à coup par le bras, le suppliant de se taire.

Il se souvient ? Mais de quoi ?

« De quoi est-ce que tu parles, Monty ? De quoi est-ce que tu te souviens ? »

« Je… non, commandante ! Il ne se souvient de rien… » objecte la fille à côté de lui.

Je la fusille du regard.

Elle baisse les yeux, intimidée -ou apeurée, je ne sais pas.

« Après le sommet de la coalition, l'an dernier. » reprend Monty, « En sortant des toilettes ! J'avais découvert que tu travaillais pour la Commission Internationale. Mais j'ai perdu la mémoire après m'être cognée la tête contre le rebord du lavabo. Je me souviens, à présent… »

Il savait ?!

Bom Badom Badom

Mon cœur bat la chamade.

Il savait pendant tout ce temps ?!

La mémoire lui avait fait oublié ?

J'ai passé tout ce temps à côté de quelqu'un qui savait pour moi ?!

« Monty… »

« Est-ce que c'est la vérité, Clarke ? C'est vraiment la vérité ? Parce que ça semblait très clair ce que je t'ai entendu dire à Bellamy, ce jour-là ! »

Un nouveau soubresaut parcourt les soldats rassemblés.

« Quoi ? Bellamy aussi était au courant ? Le conseiller Bellamy était dans le coup, lui aussi ? »

« Non, tu n'as pas compris ? C'est plus que ça ! Bellamy est un chasseur, lui aussi ! C'est ça, ce que vient de dire le scribe ! »

« Mais ce n'est pas possible. Le conseiller Bellamy est un héros du royaume vampire, lui aussi ! Les suce-sang ont dit qu'il avait tué un chasseur, une fois ! Et le chancelier du royaume vampire, Gustus, avait même été condamné à mort pour avoir ensuite tenté de s'en prendre à lui, il y a longtemps. »

« Gustus… »

« Mais Gustus n'avait pas déclaré soupçonner que des membres de la Commission humaine avaient infiltré leur royaume vampire, au fait ? »

« Attends, comment ça ? De quoi tu parles ? »

« C'est vrai, il … »

Les murmures se font de moins en moins discrets.

Ils parlent tous. Ils me dévisagent. Ils me pensent tous déjà coupables, et Bellamy aussi !

« Elle a trahi la reine ! Elle a trahi le royaume vampire et elle a trahi la coalition ! » recommence à déblatérer Ubil, « Vous m'entendez ? Il faut la tuer ! »

« De quoi tu parles ? Elle est la commandante ! Personne ne tue la commandante ! » s'énerve Derrick en plaquant une nouvelle fois Ubil au sol.

Derrick… il me croit toujours innocente ?

Mon cœur se serre.

Il est quelqu'un d'extrêmement loyal.

Et je suis en train de lui cacher la vérité.

Je suis en train de me servir de lui… et de lui mentir…

« C'est vrai ! Clarke est notre commandante ! » intervient Keenan, ma conseillère, « elle a été personnellement choisie par notre reine à tous ! Elle est la numéro trois du royaume et de la coalition ! Sa loyauté n'est plus à démontrer ! »

« Elle a tué les hommes-singes ! » hurle toujours Ubil.

« Ton désir de revanche personnelle ne marchera pas, soldat imbécile ! menace le général Derrick, en train de serrer sa prise sur le cou d'Ubil pour le tuer, « nous sommes en guerre ! Il est normal qu'il y ai des morts ! »

« Il dit la vérité ! Ce qu'il dit n'est pas juste personnel ! » surgit une nouvelle voix.

Tout le monde se tait aussitôt, stupéfié.

C'est un membre du royaume vampire qui vient de prendre la parole.

Et pas n'importe qui… c'est un noble ! Un vampire de sang noble !

Lui ! Oh non !

Celui-là me déteste…

Je prends de plus en plus peur.

Je me souviens de lui ! Je me souviens de ce visage !

« De quoi est-ce tu parles, Quint ? » furibonde Derrick.

Quint me regarde, des étincelles plein les yeux.

Il savoure sa vengeance approchante.

C'est vrai… Tout cela remonte à il y a longtemps…

Je ne connaissais rien du royaume vampire, à l'époque. Et je n'étais personne pour tous ces monstres. C'est Lexa qui m'a élevé.

C'est elle qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui.

Et qui nous a sauvé…

Une fois, Bellamy avait été proche de la mort. Très proche.

Gustus l'avait manipulé pour l'obliger à tuer des chasseurs, contre les ordres de Lexa.

Après cela, il l'avait accusé d'avoir volontairement tué ces chasseurs afin de susciter la colère de la Commission, et attisé la peur des vampires qui l'avaient appris. Il leur avait fait craindre d'éventuelles représailles de la part de la CIL.

Bellamy avait failli se faire lapider vivant par tous ces vampires apeurés, au bois de Boulogne. Mais Lexa était intervenue et avait sauvé Bellamy. Au final, c'est Gustus qui est mort à sa place, condamné à mort par elle.

Mais maintenant… maintenant…

« Il y a deux ans… » commence Quint, excité de me voir trembler de la tête aux pieds.

L'enfoiré ! ! !

Il veut souiller définitivement notre réputation, à Bellamy et moi, pendant que Lexa n'est pas là !

« Il y a deux ans, notre bien-aimé intendant du royaume, Gustus, est mort ! Il a été tué par son altesse Lexa après que ces deux chasseurs l'aient manipulé ! » déclare-t-il en me désignant du doigt.

Keenan serre les poings, enragée.

« C'est faux ! Menteur ! » crie-t-elle.

« Faux ? Menteur ? Qui es-tu pour savoir la vérité mieux que moi, qui suis un noble de premier ordre ? »

« Tu n'es qu'un bâtard qui déteste et jalouse notre commandante ! »

« Un bâtard ? » hurle Quint, furieux, « Tu n'es toi-même qu'une putain ! Une plébéienne dont le sang est souillé par celui des humains ! Comment oses-tu même me parler ? Être la chienne de Nyko Madera ne t'autorise pas à t'adresser à moi ! Dégage ! »

Je !

vais !

… … le !

… … … tuer !

« Elle est mon amie ! » hurlé-je avant de lui sauter au cou.

Mais Quint esquive, toujours haineux.

« Regardez l'humaine et la plébéienne se couvrir l'une l'autre ! Vous ne trouvez pas ça étonnant ? Regardez tous ceux qui ont conseillé votre prétendue commandante jusqu'ici ! Bellamy ? Chasseur ! Sire Falwaan ? Déserteuse ! Et maintenant l'infirmière Mykulak ! Vous ne trouvez pas bizarre que votre commandante s'entoure uniquement de traitres ? Il n'y a qu'une seule explication possible, c'est qu'elle aussi est une traitresse ! »

« Tu parles de ta commandante aussi. » lâche Derrick, révolté à l'idée d'entendre sa chef ainsi calomniée.

« Non ! Je ne la reconnaitrai jamais comme ma commandante ! Notre reine a été abusée par cette femme ! Elle est notre ennemie ! Elle ne l'aurait jamais nommée commandante, autrement ! »

« C'est toi le traitre ! Le seul bâtard ! Enfoiré ! Tu cherches juste à prendre le pouvoir pendant que Lexa n'est pas là ! »

« Lexa ? Qui es-tu pour appeler notre souveraine par son prénom ? Je te rappelle que tu es une humaine ! »

« Tu m'accuses d'être une humaine mais tu ne peux même pas le prouver ! » me défendé-je.

« C'est vrai ! » rebondit Mykulak, « je suis infirmière. J'ai examiné Clarke pendant qu'elle était inconsciente ! Elle n'est pas une humaine, je peux l'affirmer ! »

« Hein ?! »

Que ?

Quoi ?!

Mais… je suis une humaine !

Elle est en train de mentir, là !

Je dévisage Keenan.

Elle me couvre ! Elle ment à toute notre armée !

Pourquoi ?!

« Hmpff ! Tu es entourée de gens loyaux, l'humaine ! » dit Quint avec un air de mépris, « pas étonnant que notre reine elle-même ai été trompée. Mais Gustus avait vu juste dans ton jeu ! Et dans celui de ton ami, Bellamy ! Il avait découvert qui vous étiez vraiment ! C'est pourquoi il a monté une stratégie pour pouvoir vous démasquer et vous tuer ! Mais vous avez retourné sa machination contre lui et l'avez accusé de traitrise devant notre reine ! »

Les soldats parlent sans même plus se soucier d'être entendu à côté de nous.

« Hé ! Il y a un vampire qui a assisté à la mort du chancelier Gustus, ici ? C'est vrai ce qu'est en train de dire ce noble ? »

« Oui, c'est vrai ! En partie ! Si je me rappelle bien, avant de mourir, Gustus avait déclaré avoir découvert que des chasseurs avaient infiltré le royaume. Mais il n'a pas accusé directement le conseiller Bellamy ni la commandante. Il avait seulement avoué avoir manipulé Bellamy pour protéger la reine et qu'elle ne fasse pas trop confiance à nos ennemis ».

« Oui, c'est la vérité ! » continue Quint, « Gustus n'a pas eu le courage d'accuser les deux traitres devant son altesse parce qu'il savait que l'humaine avait déjà réussi à gagner l'entière confiance de notre souveraine, et il savait que ça jouerait contre lui s'il l'accusait directement. Mais il avait fait part de ses soupçons à quelques nobles et à moi. Quand son altesse a condamné notre intendant à mort, je suis intervenu pour prendre la défense de Gustus. J'ai essayé de le sauver mais je n'ai pas réussi. Le coup de cette humaine était trop bien fait ! »

J'ai vraiment envie de le tuer !

C'est lui qui a voulu tuer Bellamy, avec Gustus !

Quand Lexa a donné l'ordre qu'on attache Gustus à un arbre, Quint s'est placé à côté de lui et a intercédé pour lui en s'agenouillant devant Lexa.

Il n'a pas renoncé à vouloir venger Gustus, même après deux ans.

Je le hais ! Je le hais tellement !

« Ce sont des accusations calomnieuses ! C'est absolument n'importe quoi ! » proteste Keenan.

Sauf qu'il a raison. Tout ce qu'il dit est la vérité…

La putain de vérité !

J'ai trahi Lexa !

« Qu'est-ce que j'ai fait… » pensé-je, dévastée.

« Ca suffit Keenan. C'est bon. »

« Je… euh… quoi ? » lâche-t-elle, confuse.

« C'est vrai. J'ai trahi Lexa. Je le reconnais. » avoué-je.

« … »

Les gens dirigent tous leurs regards vers moi. Ils sont incrédules.

Derrick écarquille les yeux, bouleversé par mes aveux.

« Commandante ? » demande une monstre ahurie à côté de Monty.

« Agent Griffin ? » » demande ensuite une autre fille stupéfaite, également à côté de mon ami.

« Ella a avoué… » se réjouit Quint, satisfait.

« Il faut la tuer ! » s'époumone Ubil.

« … »

« … »

Plus personne n'ose parler au sein de la foule.

L'armée, sans exception, est anéantie par la nouvelle.

La vampire étrangère que je suis, garde du corps de la reine, héros du peuple, guerrière quasi-invaincue, numéro trois du royaume et commandante en chef de l'armée coalisée, celle qui devait diriger l'entièreté de la bataille pendant tout le déroulement de la guerre en l'absence des numéros une et deux, vient de reconnaitre publiquement être une agent à la solde de l'ennemi.

Je ferme les yeux, rongée par le remord.

Pourquoi ai-je attendu aussi longtemps pour l'avouer ?

Pourquoi n'ai-je pas eu le courage de tout leur révéler plus tôt ?

J'ai mis le peuple, la coalition de Lexa, de la femme que j'aime, en danger à cause de moi !

« Je vous demande pardon… » lâché-je au bord des larmes.

C'est horrible. Je ne suis plus du tout la même depuis que je suis venue en France.

J'ai trahi des monstres ! J'ai trahi la reine des monstres !

Je suis tombée amoureuse de la reine des monstres, putain !

« … »

Et le pire, c'est que je ne regrette rien. Je veux la servir ! Je veux la protéger ! Je veux protéger son peuple !

« Je veux vous protéger. Je sais ce que j'ai fait, mais je veux vraiment être votre commandante, dorénavant. Je vous le jure ! »

« … »

Plus le silence demeure autour de moi, plus j'ai le sentiment de mourir.

J'ai l'impression de mourir à petit feu, comme si un poignard pénétrait mon cœur.

Pas un poignard douloureux, mais pire !

Un poignard d'amertume, qui me ronge les entrailles.

J'ai trahi mon peuple, celui de Lexa, et je le regrette tellement.

J'aurais dû le leur révéler dès le début…

« Elle a avoué… »

« Elle nous a trahi. Elle l'a dit, elle nous a trahi. »

« C'est vraiment une traitresse, alors ? Une chienne d'humaine ?! »

« L'infirmière était dans le coup ! Et le chef de clan aussi ! »

Je lève les yeux aussitôt, apeurée pour Keenan et Derrick.

« Non, ils n'en savaient rien ! » fais-je en me précipitant pour m'interposer.

« Lapidez-les ! Lapidez-les ! Ils ont trahi notre coalition ! Ils ont trahi la reine Lexa ! »

« Non, je vous en supplie ! Ils ne savaient pas ! Ils n'étaient pas au courant ! »

« Vous nous avez trahi ?! » hurle Derrick, rouge de colère, avant de me saisir par le bras.

« Ouai, Derrick ! Tue-la ! Tue-la ! Prouve que t'es toujours un des nôtres ! » crie un gars.

« Clarke ! » hurle Monty, inquiet pour moi.

« Va-t'en, Monty ! Sauve-toi ! Sauve ta vie ! » lâché-je, morte de peur pour lui.

Je ne veux pas mourir avec lui à mes côtés ! Il est innocent ! Il doit vivre !

« Pas sans toi ! » énonce-t-il en se précipitant vers moi.

Pourquoi est-il aussi courageux dans les moments où je sera prête à prier le ciel qu'il soit plus lâche ?!

Jasper et lui sont vraiment stupides, nom de Dieu !

Derrick me plaque au sol, prêt à pleurer lui aussi d'avoir été trahi pendant tout ce temps.

Quint sort un poignard.

Un vrai poignard ! Le genre à tuer en un coup !

Il se précipite dans la direction de Monty, qui court vers moi.

« Monty, non ! » hurle une fille en se jetant entre les deux.

La fille dévie l'arme de Quint et lui mord le bras.

« Raah ! » hurle Quint sous la douleur.

« Monty, enfuis-toi ! » crie la fille.

« Pas sans Clarke ! » répond celui-ci.

« Monty… » supplie encore la fille.

Quint soulève la fille qui lui a mordu le bras et lui frappe puissamment dans l'abdomen.

Elle s'écroule au sol.

« Harper ! » hurle Monty, qui se retrouve à devoir choisir entre elle et moi.

« Sauve-la ! Je t'en supplie, sauve-la ! » m'écrié-je à Monty, tandis que je vois Quint récupérer son couteau tombé au sol.

Putain ! Mes amis… Mes amis ne peuvent pas mourir à cause de moi !

Monty se précipite vers Quint mais celui-ci sourit en le voyant venir et gifle mon ami lorsqu'il arrive suffisamment proche de lui.

Monty s'envole à plusieurs mètres.

Seigneur ! Pitié !

Je pleure d'inquiétude.

Ils ne peuvent pas lutter !

Monty n'est qu'un plébéien, et Harper n'a pas l'air très forte non plus. Pas au point de pouvoir lutter contre un vampire au sang noble !

Les nobles ont le sang à moitié pur !

Ils sont beaucoup plus forts que les plébéiens !

« Derrick ! Je t'en supplie ! Tu pourras me tuer mais sauve Monty et son amie ! Ils n'étaient pas au courant ! Ils ne t'ont pas trahi ! »

Mais Derrick ne réagit pas.

Curieusement, il ne semble même pas vouloir me tuer. Il pleure toujours d'avoir servi sous les ordres d'une humaine ! Il a l'impression d'avoir lui-même trahi la coalition.

Je m'en veux terriblement de lui avoir fait ce mal.

« Tuez-les tous ! » hurle Ubil.

Mais je dois sauver mes amis, pour l'instant.

Les soldats sont de plus en plus nombreux à rejoindre la fureur de Quint et Ubil. Mais certains hésitent encore…

« Bande d'abrutis ! » hurle toujours Ubil, « vous ne vous êtes toujours pas demandé pourquoi votre reine avait disparu pendant tout ce temps ? A votre avis, qu'est-ce qui se passe quand vous confiez les clés du pouvoir à une humaine ? Ces humains sont tous des traitres ! Ils ont probablement déjà tué votre reine depuis longtemps ! Ils l'ont tué avant même que cette guerre commence ! Et ensuite ils ont fait en sorte que vous les choisissiez comme votre nouvelle commandante à la place d'Anya qu'ils ont tué aussi ! Ils ont pris le contrôle de l'armée et ont fait exprès de tuer les hommes-singes ! Et ensuite ce sera vous tous ! Ils vont tous vous tuer, ces chasseurs ! Mais ça n'arrivera pas si vous les tuez avant ! Vous devez les tuer maintenant ! »

Une nouvelle marée de soldats se jette dans le tas.

Il soulèvent Derrick et le repoussent en arrière.

Ils se jettent sur moi. Ils me lacèrent le visage. Ils me broient les os. Ils me rouent de coup à n'en plus finir.

Je ne peux rien faire. Ils sont trop nombreux…

« Il faudra retrouver ce Bellamy, ensuite ! » s'époumone toujours Ubil, exulté à l'idée de voir sa vengeance s'accomplir, « il s'est enfui de l'île. Il a déjà rejoint les siens, les chasseurs ! Il se cache quelque part ! Il a tué la reine Lexa et la commandante Anya avec sa complice et maintenant il se terre quelque part en attendant qu'elle la rejoigne ! Tuez-la et ensuite nous irons le trouver pour le tuer lui aussi ! »

Plus loin, je vois Quint planté un coup de poignard dans le ventre de Harper !

NON!

J'ai l'impression de mourir moi-même.

Pourquoi ?! Pourquoi ?! Pourquoi ?!

Quint laisse le corps de Harper s'écrouler au sol, pressé de passer à autre chose.

Il se dirige vers moi, mais quand il voit que je suis déjà proche de me faire tuer par près d'une trentaine d'assaillants tous pressés d'en finir avec moi, il choisit de se rendre vers Keenan.

Je prends peur à nouveau.

Pas elle ! Pas elle !

Elle m'a protégé ! Elle a menti aux autres alors qu'elle devait probablement déjà savoir qui j'étais vraiment !

J'ignore pourquoi elle a fait ça mais je ne peux pas la laisser mourir !

Pitié seigneur !

Sauvez-la !

Sauvez Monty !

Sauvez les gens que j'aime ! Sauvez mes amis !

BRAOOUMMMM

« Ahh ! »

Plusieurs corps se font tout à coup pulvérisés devant mes yeux.

BRAOOUMMMM

« Ahhh ! »

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » hurle une monstre.

« Les chasseurs ! Ils sont arrivés ! »

« On est attaqué ! »

« Fuyez ! »

BRAOOUMMMM

Je sens tout à coup mon corps se faire plus léger, comme si le nombre de monstres qui m'écrasaient au sol de leurs poids venait de diminuer.

Ils se sont fait désintégrer.

Il n'en reste plus que quatre au-dessus de moi.

Je suis blessée, considérablement blessée, et j'ai deux côtés cassées, mais je peux me battre maintenant !

Je suis une chasseuse !

Oui, je suis une tueuse !

J'ai tué des monstres pendant toute ma vie !

Et putain je vais vous tuer, vous tous, qui avez osé toucher à mes amis !

« Ubil ! ! ! » hurlé-je d'une haine profonde.

Je place une main derrière mon dos et attrape aveuglément le bras d'un des quatre monstres encore sur moi. Je le sers de toute mes forces.

« Ahh ! » hurle celui-ci.

Tuer !

Je déchire le bras.

Il est immédiatement arraché du reste de son corps !

« Merde ! » hurle le monstre.

Tuer !

Je m'arrange pour placer un genou au-dessous de mon ventre, puis appuie sur celui-ci tel un ressort. Mon corps se redresse.

Je saisis à la gorge un nouvel assaillant et lui déchire la nuque.

Je me retourne ensuite vers celui dont je venais d'arracher le bras.

Je place ma jambe sur son ventre et appuie de toutes mes forces.

Il meurt les organes écrasés.

Tuer !

« Ubil ! »

« Tuez-la ! » hurle Ubil avant de lui-même se précipiter dans ma direction.

BRAOOUMMMM

La nouvelle explosion retentit à quelques mètres de nous.

Nous nous faisons tous les deux propulsés à des dizaines de mètres encore.

J'ai la jambe en sang.

Mais je ne m'en soucie guère.

Tuer !

« Ubil ! Quint ! »

« Je suis là ! » crie Quint avant de se jeter sur moi.

Je recule, surprise.

Il était aussi près ?!

Il a failli me tuer !

Je me penche, prenant mon élan, pour contre-attaquer après avoir juste esquivé son attaque.

J'attrape son genou.

Je tire.

Mais impossible de déchirer le membre.

La constitution biologique des sang-nobles est largement supérieur à celle des humains ou des monstres ordinaires.

Il se retourne précipitamment vers moi lorsqu'il me sent lui saisir la jambe et me gifle violemment.

Je valdingue en arrière, meurtrie.

« C'est moi qui dois la tuer. » dit Ubil, apparaissant à côté de Quint.

« Non ! Tu peux tuer tous les autres mais pas elle. Elle, c'est par la main d'un vampire qu'elle doit mourir. »

« Elle a tué mes amis ! »

« Qu'est-ce que j'en ai à foutre ?! Dégage de mon chemin ! »

Tuer !

Le poignard de Quint.

Je viens de le trouver.

Je m'en empare.

« Dans ce cas, je veux que ce soit moi qui tue Bellamy lorsqu'on l'aura ret-… »

« Yaah ! »

Pendant qu'Ubil parlait, je bondis sur lui et lui plante le poignard dans la gorge.

Il place aussitôt sa main sur celle-ci, sidéré.

« Tu m'as… tu-… é… » lâche-t-il, incrédule, avant de s'écrouler.

Je saisis son visage, ressort le couteau et le replante à nouveau entre les deux yeux de l'homme-singe.

Tuer !

Tuer !

Tuer !

Le corps du monstre n'arrête pas de rebondir sur le sol au fur et à mesure qu'il se fait transpercer par mes coups.

Boum !

Je me prends un violent coup dans le ventre.

BRAOOUMMMM

Lees explosions continuent. Des monstres se font continuellement exploser autour de nous.

« Tu m'as oublié ? » s'écrie Quint, s'approchant à nouveau de moi après m'avoir frappé au ventre, tandis que nous sommes toujours au milieu de tout ce champ de bataille et ces morts.

T'oublier ? Jamais.

Je resserre ma poigne autour de la lame.

« Deux ans ! » commence à remarque Quint, « Deux ans que j'ai attendu ce moment ! On vivait bien avant vous, nous ! Notre société, notre monde, à nous les vampires ! Tout marchait bien ! La reine suivait les conseils des nobles, et savait quand même un peu, de temps en temps, faire ami-ami avec ces chiens de prolétaires, ces plébéiens, pour leur faire croire qu'on s'intéressait un tant soit peu à leurs vies misérables. Mais il a fallu que vous, les chasseurs, rameniez vos culs et trouviez le moyen de rentrer dans les bonnes grâces de notre reine. Au final, son altesse a commencé à passer plus de temps avec vous autres humains, qu'avec nous, les nobles, qui étions de son propre sang ! Et ensuite est apparue Anya, cette merde répugnante venue d'on-ne-sait-où, et qui s'est mis à faire tout le contraire de ce que voulait Gustus pour notre royaume ! C'est vous qui avez amené la zizanie dans notre paisible royaume ! »

Q… Quoi ?!

Mais quel…

« … »

demeuré !

La paix ? Parce qu'il pensait vivre dans un royaume de paix ?

« Les plébéiens ne sont peut-être pas aussi forts, et n'ont peut-être pas la même espérance de vie que vous. Ils n'ont peut-être pas le sang aussi pur que le vôtre. Mais vous ne les égalerez jamais. Ils sont clairement meilleurs que vous ! »

Je deviendrai reine du royaume vampire ! Aux côtés de Lexa ! Et moi j'amènerai la véritable paix dans votre royaume ! Et dans ce monde ! Comme Lexa le désire !

« Tu aurais tué notre reine, à ce qu'il parait ? Je comprends mieux pourquoi elle a disparu sans que personne ne sache comment. » poursuit Quint, « tu es encore plus machiavélique que je ne le pensais. Tu as commis tellement de crimes pendant ces deux années passées dans notre royaume que je ne sais même plus pour lequel j'ai le plus envie de te tuer. Mais le pire des crimes que tu pouvais commettre, c'était le régicide de notre reine. Alors dis-toi que c'est pour ce crime-là que je vais te tuer aujourd'hui. »

Non, Lexa est vivante.

J'en suis persuadée !

Une fois cette guerre finie, je la retrouverai et je l'épouserai !

Je ferai d'elle ma femme, si elle est prête à me pardonner. Et j'enverrai chier ma mère, et Célia, et Wells, et tous les autres qui s'opposeront à ça, si nécessaire !

« Lexa est vivante. » lâché-je.

« Ah ! Ah ! Ah ! « s'amuse Quint, « Je n'espère pas pour toi, sale humaine ! Parce que si elle apprend tout ce que tu as fait, et comment tu l'as manipulé pour la pousser à tuer Gustus alors qu'il a toujours été fidèle envers elle… je n'ose même pas imaginer quel supplice cruel elle inventera pour toi. Oh, mais oui…tu ne sais pas ça… Son altesse t'a peut-être paru douce et compatissante pendant ces deux années passées avec elle, mais tu n'as aucune idée de ses origines. Tu ne sais rien du sang qui coule en elle. Celui de la reine Prama, l'une des plus cruelles femmes vampires de notre Histoire. Elle était la monstre la plus redoutable que nous, les nobles, n'auront jamais eu à connaitre de toute notre vie. Andréanne a grandi à l'image d'elle, et les sœurs cadettes Octavia et Lexa ont échappé à cette sanguinarité, mais si elles sont si craintes aujourd'hui, si les nobles n'ont jamais pris le risque de les renverser et de prendre le trône à leur place, c'est pour éviter que leur sang obscur ne se réveille. Tu entends ? Elle te tuera quand elle apprendra ce que tu as fait ! »

Ce qui se passe sous mes yeux me dégoûte.

C'est comme si Quint jouissait en imaginant le destin que Lexa pourrait me réserver si elle était encore vivante et qu'elle découvrait ma trahison.

Non, je n'y crois pas.

Ça n'arrivera jamais.

Aucunement.

« … »

J'ai confiance en Lexa.

Je sais qui elle est.

Elle n'est pas comme toute ses nobles le pensent…

Oui, je suis peut-être lente sur plusieurs points. Je suis peut-être une monstre qui dans son enfance aura été capable de tuer à peu près n'importe qui ou quoi sans éprouver le moindre remord. Je suis peut-être une mauvaise personne, ou même le diable incarné, qui finira très probablement aux enfers dans le cas où un Dieu céleste existerait vraiment.

Mais je suis amoureuse de Lexa. Et Lexa, elle, se croit maudite encore plus que moi. Elle est convaincue d'être une monstre effroyable alors qu'elle est une fille au cœur admirable à mes yeux.

Si elle est maudite, je le suis aussi !

Si elle est une monstre, je le suis aussi !

Si elle est capable de s'accepter elle, elle nous acceptera elle et moi.

Et si elle ne peut pas, alors quand même, je n'aurai aucun problème à mourir de sa main.

Mon cœur n'aurait jamais accepté de tomber amoureux d'un véritable monstre, j'en suis persuadée. Lexa n'en est pas un, même si la nature et le reste de l'humanité voudront affirmer le contraire. Et si Lexa doit vouloir me torturer pour ce que j'ai fait, pour l'avoir trahi, je l'accepterai volontiers. Je mourrais pour elle. Encore. Et encore. Jusqu'à ce que j'obtienne son pardon.

« Mais ça ce ne sera pas dans un monde où tu seras vivant, Quint ! Parce que toi je vais te tuer ! »

« Comme si une humaine pouvait vaincre un sang-noble ! Tu n'as jamais combattu de sang-noble par le passé, je me trompe ? Nous avons du sang pur en nous, nous aussi, même s'il est atténué ! Tu ne pourras jamais me vaincre ! »

Ton sang n'a rien de pur, sale fils de pute !

Tu n'es qu'une crapule ! Une merde !

« Meurs ! » lâché-je avant de lancer le poignard dans la direction de Quint.

Il est surpris, mais esquive facilement.

Mais je suis déjà en-dessous de lui. Le poignard n'était qu'une diversion.

Je saisis ses jambes, chacun d'une main, et le soulève du sol.

Il est peut-être plus résistant que les autres, mais pas plus lourd.

« A quoi tu joues, humaine ? »

BRAOOUMMMM

Une nouvelle explosion détonne à côté de nous.

Nous sommes envoyés encore plus loin.

Mais je n'ai pas lâché Quint pour autant.

« Tu veux nous faire mourir tous les deux, c'est ça ? » demande Quint, sidéré par mon comportement suicidaire.

Non. J'ai encore beaucoup d'autres gens à tuer après toi. Je ne peux pas mourir ici.

Keenan ! Monty ! Harper ! Je tuerai tous ceux qui s'en prendront à eux !

Je lâche les pieds de Quint mais ne lui laisse pas le temps de réagir et place immédiatement mes doigts sur ses yeux.

« Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce tu f-… »

Il hurle.

« Ahhhhhhh ! »

Je viens de lui percer les deux globes.

« Salope ! » hurle-t-il.

J'ignore ses insultes. Comme si les mots d'un futur cadavre pouvaient avoir de l'importance pour moi !

Je saisis une roche à côté de moi et commence à marteler la gueule du vampire.

Je frappe continuellement.

Ils voulaient nous lapider ?! Ils voulaient nous tuer ?!

Je suis une tueuse d'élite de la CIL ! L'organisation criminelle qui traque et assassine les inhumains ! Je vis dans le sang depuis ma naissance ! Je suis une monstre depuis ma naissance ! Je TUE depuis ma naissance !

PRAAH

PRAAH

BRAOOUMMM

PRAAH

Seules les explosions qui continuent parviennent à couvrir les bruits que font les os martelés de Quint.

Au bout de quelques minutes, le visage de mon ennemi est complètement écrasé. Des bouts de cervelle s'échappent du crâne pour s'étaler au sol.

Je m'essuie la joue.

« Pfffff... HHHH... Pffffff...HHHHH... Pffffffffff... »

Je suis en nage, je transpire de partout.

Et je suis recouverte de sang. Celui de Quint et le mien.

Quint est mort.

Mon corps s'affale sur le sien, épuisé.

BRAOOUMMM

Une larme perle.

« … »

S'il-te-plait…

Pardonne-moi…

« … »

Je ne te mérite pas, Lexa…

« … »

Le visage de la reine vampire apparait dans ma tête.

C'est elle… ma reine…

Comment ai-je pu la trahir à ce point ?

Je sui-…

« … »

Je t'aime.

Oui je t'aime, Lexa.

Je ressers mes poings.

Elle est vivante.

Quelque part, au fond de moi, j'en suis persuadée. Elle est vivante.

Elle m'attend. On va se retrouver.

« … »

Je dois protéger son peuple. NOTRE peuple.

Je sers les poings. Plus fort.

J'appuie sur mes genoux.

J'appuie sur mes chevilles.

J'appuie sur mes poignets.

Tous ces soldats…

BRAOOUMMM

« Aah… »

Les cris et les râles continuent de fuser partout autour de moi.

Il y a des soldats morts ou tétanisés, là-bas.

Je m'approche de l'un d'eux.

C'est une femme soldat. Elle est agenouillée à terre, tremblante et se bouchant les oreilles.

« Hey ! »

« Au secours ! Aidez-moi ! » hurle la monstre, apeurée.

« Hé ! Arrête de crier ! » dis-je en lui tirant le bras.

« Ahh ! A moi ! A l'aid-… Hein ? Heu… Commandante ? »

« Relèves-toi, vite, on doit… »

« Non ! » hurle-t-elle jusqu'à s'égosiller avant de taper fort de sa jambe contre mon propre tibia, ce qui me déstabilise et me force à lui lâcher la prise.

« Au secours ! » hurle-t-elle pendant qu'elle s'enfuit.

Je la regarde s'enfuir sans comprendre.

Elle m'a reconnu, pourtant ! Mais alors pourquoi a-t-elle fui ?

BRAOOUMMM

La nouvelle explosion m'attire ailleurs.

Je cours jusqu'à retrouver de nouvelles victimes.

C'est horrible… la moitié basse de son corps a été arraché !

Il est mort…

Pourquoi ? Pourquoi cette guerre ?

Célia ! Ils sont mon peuple !

« ILS SONT MON PEUPLE ! ! ! » hurlé-je, désespérée.

« Hum-… »

Je baisse aussitôt les yeux.

Quoi ?! Il peut parler ?

Ce soldat a la moitié du corps arraché et il peut tout de même parler ?

Mon dieu… Ces monstres sont hors du commun !

« Oui, je t'écoute ! Qu'est-ce q-… »

« Humai-… »

Hein ?

« Sale humaine… » soupire le monstre.

Ses yeux se closent, définitivement.

Il est mort.

« … »

Mes yeux regardent.

Ce cadavre…

Il est mort en me haïssant.

Je…

Je regrette tellement…

« Non ! André ! »

Une jeune femme, d'une vingtaine d'années, se précipite et se jette sur le cadavre du monstre qui vient de mourir.

Quelque chose me frappe.

Son alliance.

Son doigt !

Son mari est mort ! Son mari est mort !

« André ! » hurle la toute nouvelle veuve comme si on venait de lui arracher ses propres entrailles.

Son cri me déchire.

« Je… » commencé-je à prononcer.

Elle lève les yeux aussitôt lorsqu'elle voit que j'essaie de lui parler.

Elle a les yeux embués par les larmes. Elle pleure avec tant d'abondance qu'elle n'a même plus la force de me haïr dans son regard.

« Je suis tellement désolée. » dis-je avec sanglot.

« Si seulement c'était vous… » lâche la femme en train de mourir en imaginant vivre le reste de ses jours sans son mari.

« Si seulement c'était vous qui étiez morte ce jour-là. »

Mon cœur se brise.

Ils regrettent Gustus.

Ils regrettent tous la mort de Gustus.

C'est pour cela que la femme soldat a fui en me voyant tout à l'heure.

Gustus ! Il est mort en tentant de les prévenir. Et moi… j'ai souillé sa mémoire en le faisant condamner à mort pour avoir tenté de tuer Bellamy ce jour-là.

Alors que c'était nous les traitres !

Qu'est-ce qu'on a fait ? Bellamy et moi, qu'est-ce que nous avons fait ?

Je ferme les yeux, dévastée.

Je n'aurais jamais dû… On n'aurait jamais dû !

On n'aurait jamais dû venir en France. On n'aurait… pas dû laisser Gustus mourir.

J'aurais dû parler à Lexa et lui dire de ne pas tuer Gustus !

« Je veux que vous mourriez. »

Hein ?

« JE VEUX QUE VOUS MOURRIEZ ! ! ! » s'écrie la femme avant de saisir un couteau.

Hein ? Att-… Elle va m-…

D'un geste vif, et les yeux rouges de désespoir, elle plante le couteau dans sa propre gorge.

Quoi ?!

La lame sectionne les artères et perce la trachée.

Elle ne parle plus. Elle est prise de spasmes pendant que le sang coule en dehors de sa gorge.

Finalement, elle s'effondre sur le reste du buste de son mari. Morte, tout comme lui.

Je déglutis.

J'en ai marre.

Non !

Je n'en peux plus !

Ce n'est pas ce qui était prévu !

CE N'EST PAS CE QUI ETAIT PREVU !

Tous ces morts, mon dieu !

STOP ! STOP ! STOP !

BRAOOUMMM

Une nouvelle explosion détonne à un peu moins d'une quinzaine de mètres de moi.

Des éclats de chair tombent à terre.

« … »

Sous mes yeux, il y a des corps ouverts, et encore plus de gens qui hurlent.

J'entends tous ces cris d'agonie, ces visages horrifiés, apeurés et inquiets.

Je suis responsable d'eux, je…

Je n'y arriverai pas.

C'est la vérité, je n'y arriverai pas.

Je n'arriverai pas à sauver tous ces gens. Je n'arriverai même pas à gagner cette guerre. Célia a gagné. Elle va tous nous tuer. Elle va détruire notre armée. Et le rêve de Lexa…

Il est détruit !

« Il faut fuir… » constaté-je.

Nous avons perdu cette guerre.

Il nous faut fuir !

Nous devons nous réfugier en France !

« … »

Keenan…

Je regarde dans une direction, au loin.

La tente… la tente où on était, Derrick, Keenan et moi. Elle est là-bas.

Je fais un pas en avant.

BRAOOUMMM

Le sol tremble.

Les explosions sont tellement puissantes qu'elles pulvérisent le paysage.

Mon cœur s'emballe de plus en plus.

Je dois retrouver Keenan.

Je lui avais donné l'ordre. J'avais interdit à tout le monde de quitter cette île. Les ordres doivent changer. Tout de suite !

IL FAUT FUIR ET VITE !

« Fuyez ! ! ! » hurlé-je à plein poumon et sans interruption.

Mais les gens n'ont pas vraiment attendu mon ordre.

Il y a des mouvements de foule dans tous les sens.

Nous nous faisons massacrer. C'est unilatéral. Nous n'avons aucun moyen d'opposer une résistance digne de ce nom à l'ennemi.

Je me faufile comme je peux au milieu de tout ce monde apeuré.

« Keenan. » lâché-je lorsque j'aperçois ma conseillère étendue sur le sol.

Je me penche au-dessus d'elle et l'examine.

Elle est inconsciente.

Une explosion a dû retentir à côté d'elle et l'a sonné. Mais son corps n'est pas atteint. Elle a eu de la chance d'y réchapper…

« Keenan ! Réveille-toi ! » fais-je en même temps que de la secouer.

Ses paupières s'ouvrent peu à peu.

« Commandante ? Que se passe-t-il ? »

« Les chasseurs, voilà ce qui se passe ! »

Elle prend tout à coup un visage paniqué.

« On doit fuir, Keenan ! Il faut quitter l'île ! Tout de suite ! »

« Quoi ? Mais ? Et la guerre ?! »

« On l'a perdu, Keenan ! C'est fini ! »

Elle écarquille les yeux.

« On a… perdu ..? La coalition a perdu ..? »

Dans son regard, c'est comme si elle venait d'apprendre que la fin était du monde était venue.

C'est qu'elle imagine bien mieux que moi les conséquences de cette défaite et la tragédie que cela constituera pour l'avenir des monstres d'Europe…

A ce moment-là, je l'ignorais. Mais Keenan, elle, le savait. Notre défaite signifiait un profond bouleversement pour le monde obscur. Avec elle, le monde allait changer.

« On ne pourra jamais faire évacuer autant de monde, commandante. On n'a pas prévu suffisamment de navires pour ça ! »

« Ca m'est égal ! On doit sauver tout le monde ! Tous ceux qui sont encore en vie, tu m'entends ? Je n'abandonnerai personne ! »

Keenan attrape soudainement mon bras, préoccupée.

« Le scribe ? Monty Green ? Où est-il ? » m'interroge-t-elle.

« Je… ne sais pas. » répondis-je.

Elle semble fouiller rapidement dans sa mémoire.

Elle réfléchit un peu moins d'une quinzaine de secondes, puis se lève d'un pas assuré.

« Par là. Suivez-moi ! »

Je la suis sur quelques dizaines de mètres avant que je ne parvienne à voir mon ami. Il est à genoux, penché aux côtés d'une fille d'à peu près notre âge.

C'était la fille de tout à l'heure…

Elle avait sauvé Monty en mordant Quint mais à présent, son abdomen est entièrement recouvert d'une immense flaque rougeâtre.

Je sers les poings, furieuse.

Quint ! Il l'avait poignardé !

Ce qui signifie…

« Je suis désolée. Elle va mourir, monsieur Green... » ne peut s'empêcher d'admettre Keenan.

« Elle… elle voulait juste me protéger. Elle est intervenue pour moi. Elle ne mérite pas de mourir… » se lamente mon ami, effondré.

« Je suis sincèrement désolée. »

« Elle ne devait pas prendre part à cette guerre. Se battre ne l'intéressait même pas. Tout ce qu'elle voulait, c'était suivre les traces de son père. Elle voulait prouver à tout le monde que sa famille n'était pas une famille de "perdants". Et maintenant… »

Keenan pose une main compatissante bien que pressée sur l'épaule de notre scribe des mémoires.

« Monty, je suis désolée pour toi. Vraiment ! Mais nous avons encore beaucoup d'autre soldats qui sont en vie et c'est à eux que nous devons penser. Nous devons les évacuer tout de suite. Tu en fais partie. » dis-je pour aider ma conseillère à le convaincre de se lever et de nous suivre.

« Non… »

« Monty, si tu ne nous suis pas tout de suite nous allons tout mourir ! » laché-je, furibonde.

« Elle était la dernière des McIntyre. Ca avait l'air d'être importante pour elle, même si je ne sais pas ce que ça veut dire. » continue Monty.

Qu-… Quoi ?!

« … »

Une McIntyre ?

Comment est-ce possible ?!

Nan… je ne peux pas y croire.

Ca ne serait quand même pas…

« Monty ? » commencé-je.

« Il faut y aller, Monty, je suis désolée. » supplie Keenan.

« Attends, Keenan ! » fais-je sur un ton impératif, « Monty, dis-moi, cette fille… Ce n'était quand même pas une chasseuse ? »

Monty me regarde, interloqué.

« Si. Ubil l'avait capturé et mise en prison. C'était tes ordres. »

« Elle a survécu à l'explosion du bâtiment où étaient les autres prisonniers et les hommes-singes ? Comment ? »

« Elle n'était pas dedans. Jasper l'avait fait libéré. »

Je n'y crois pas…

Une McIntyre !

« … »

C'est une McIntyre et elle est en vie !

Enfin… plus pour longtemps…

Non ! C'est une McIntyre ! Une de ses descendantes ! Je dois absolument la sauver !

« Keenan. Il faut emmener cette fille avec nous. »

« Elle est morte, Clarke ! Nous ne pourrons rien faire pour elle. Elle se vide de son sang. Elle ne survivra même pas à la traversée sur le bat-… »

« Tu dois tout faire pour elle, tu m'entends ?! » hurlé-je.

Keenan déglutit.

Elle n'a pas l'habitude que je lui parle sur ce ton.

« Je… je te demande pardon, Keenan. Désolée. Mais il faut vraiment que tu fasses tout ton possible pour la sauver. Je t'en supplie. C'est important. »

« Je… je ne peux rien faire, Clarke. De ce que je vois là… la médecine ne peut pas guérir ça ! C'est impossible ! »

« Clarke ? » m'interroge Monty, se demandant pourquoi j'insiste aussi subitement à ce qu'on tente de la sauver.

Je l'observe, profondément navrée.

Ils ne peuvent pas comprendre à quel point cette fille aurait pu être importante pour moi si elle avait survécu.

« Nous l'enterrerons comme une soldat à part entière, Monty. Peu importe si elle était une monstre ou une chasseuse. Elle aura droit aux honneurs, je te le promets. »

Mon scribe baisse les yeux, meurtri de devoir admettre la réalité.

« Je l'aimais… » murmure-t-il au bord des larmes.

Ce qu'il dit fait se serrer mon cœur.

Trop de gens meurent. Des personnes qui s'aiment…

« Vous êtes encore là ?! »

Je sens tout à coup une force me soulever du sol et me soutenir fermement.

Qu'est-ce que ?..

« Général Derrick ! »

Derrick ?

« Pourquoi ne devrais-je pas vous tuer ici et maintenant, moi-même ? Vous nous avez tous trahis ! Je devrais rende justice pour notre peuple pendant que je le peux encore ! » lâche le chef de clan furieux alors qu'il me tient par le col.

« Derrick, je… » tenté-je.

« Général ! C'est une chasseuse et elle est avec nous ! Ne voyez-vous pas ce que ça veut dire ?! » intervient Keenan, préoccupée.

Derrick dévie son regard de mon visage pour écouter notre infirmière.

« Elle a trahi la CIL ! Pas nous, la CIL ! Ne le voyez-vous pas ? Si ce n'était pas le cas, elle n'aurait aucune raison d'être encore avec nous à l'heure actuelle ! »

Derrick écarquille les yeux, stupéfaits.

« Cela ne veut rien dire ! Elle peut très bien avoir un tout autre plan qui l'oblige à rester ici. Ou peut-être es-tu avec elle et l'aides-tu ? »

« Je suis la femme de confiance du docteur ! Je suis là pour le représenter ici, dans cette guerre ! Vous l'avez oublié, ça ? Parce que si c'est le cas, je me permets de vous rappeler qu'en mettant ma loyauté en doute, c'est la sienne que vous défiez. »

Derrick fait un mouvement de recul, surpris.

« Je… je… » dit-il, commençant à ne plus savoir que dire.

« Notre commandante » poursuit Keenan, « parce qu'elle l'est toujours, est encore avec nous alors que nous connaissons à présent tous son secret. Elle pourrait fuir ! Elle pourrait chercher à rejoindre les siens et nous éliminer ! Mais elle ne le fera pas ! »

Derrick me tient toujours par le col, mais beaucoup moins fermement. J'observe ma brave conseillère, médusée.

Elle est si discrète et servile, d'habitude.

« Le docteur Madera tient cette femme, chasseuse ou commandante qu'elle soit, en haute estime ! Ne l'obligez pas à choisir entre elle et vous ! » menace-t-elle encore mon agresseur.

Le chef de clan semble pétrifié.

« Le docteur Nyko Madera… approuve cette fille même en sachant que c'est une de nos ennemis ? » demande-t-il incrédule.

« Relâchez-là. C'est tout. » injoncte Keenan.

Derrick me relâche aussitôt et mes pieds retrouvent le contact du sol.

« Mykulak… » fais-je sans trop y croire.

« Depuis quand le docteur Madera est-il au courant pour elle ? » interroge Derrick.

« Les ursianthropes, votre clan, général, n'avaient pas rejoint la coalition depuis longtemps à ce moment-là. »

« Bien plus d'un an, alors… » lâche-t-il, circonspect.

Je regarde le général, surprise.

Il vient de découvrir que Nyko Madera, un noble vampire de la coalition, était au courant pour moi depuis longtemps et il ne se sent pas trahi du tout ?

Attends ! Mais… ce noble barbu savait pour moi ? Depuis tout ce temps ?!

Et Keenan aussi, du coup, fatalement !

Tout le monde était au courant, ou quoi ?!

« Le docteur Nyko Madera est le sauveur des homme-ours. La dette que j'ai envers lui, je ne pourrais jamais l'effacer… » constate Derrick.

« Commandante, vous allez bien ? » me demande Keenan.

« Je vais bien, merci, Keenan. »

Elle acquiesce.

« Si le docteur veut que viviez, je n'ai pas d'autres choix que de vous laisser vivre, commandante. Mais cela ne veut pas dire que je vous fais toujours confiance. » me prévient Derrick.

« Derrick, je sais que je t'ai fait du mal. Et je ne saurai jamais m'excuser assez pour ça. Mais ce qu'a dit Keenan n'est pas faux. Je ne vous ai pas trahi. Je vous ai choisi… »

Il fronce les sourcils, méfiant.

« Je veux réellement protéger votre peuple. Les monstres de la coalition, quels qu'ils soient ! »

« Alors que tu es une humaine ? » demande Monty, qui nous observait depuis tout à l'heure.

« Alors que je suis une humaine, Monty, oui. »

« Alors tu ne faisais pas semblant quand tu disais être notre amie, pendant toute ces temps passés ensemble, avec Jasper, moi et les autres ? Tu étais sincère, n'est-ce pas ? »

« J'étais sincère Monty. Je l'étais vraiment. Tu es mon amie et tu le seras toujours ! »

« Alors… dans ce cas, tu es ma commandante ! Peu importe ce que les autres diront ! »

« Pour l'instant, elle l'est. Mais bientôt, ce ne sera plus le cas. Elle sera bientôt plus que votre commandante… » remarque Keenan.

« Qu'est-ce que cela veut dire? » demande Derrick, stupéfait.

« Humm… Rien d'important. Ne faites pas attention ! Pour l'instant, nous devons évacuer cette île et vite. »

Monty et Derrick se redressent et s'affairent à suivre les recommandations de l'infirmière.

Moi, je ne peux pas m'empêcher d'observer la jeune femme devant moi avec ébahissement.

Plus le temps passe, et plus elle me surprend. L'infirmière qui a su rejoindre les hautes sphères de la coalition, le bras-droit de Nyko Madera… Il semble que je l'ai un peu sous-estimé. Elle en sait clairement plus que moi concernant les sous-bassement de notre organisation et les plans de la reine.

En même temps, Madera a toujours semblé bien connaitre les objectifs à long terme de Lexa…

« Mademoiselle Mykulak, puis-je… » interroge Monty en jetant un œil avec incertitude sur le corps dorévanat presque sans vie de la chasseuse qu'il aimait -et aurait pu être importante pour moi.

Keenan, navrée pour lui, acquiesce.

« Elle sera enterrée avec honneur. Ce sont les ordres de la commandante, alors… » explique-t-elle pour justifier qu'elle accepte de s'embarrasser d'un poids qui pourrait nous gêner dans notre fuite.

Monty se penche pour ramasser le corps quan-…

« Les ordres de la commandante ! C'est une blague ?! »

Nous nous retournons aussitôt.

« Cette commandante, cette… » maugrée un homme, tentant de retenir ses injures, « cette… femme !.. qui nous a dirigé jusqu'ici est une humaine ! Elle travaille pour l'organisation des humains qui persécutent nos familles et nos peuples depuis des siècles ! Elle fait partie de ceux qui sont venus nous massacrés sur cette île aujourd'hui ! Et vous la considérez comme votre commandante encore ? Selon qui ?! Plus personne ne veut d'elle, ici ! »

« Dire que Gustus est mort en tentant de nous avertir ! Elle et son ami Bellamy étaient les traitres que nous cherchions depuis le début ! Ils étaient juste devant nous ! »

« Gustus ne sera pas mort en vain ! Il est temps que se repose dans sa tombe ! Nous allons le venger ! »

Une douzaine de monstres se tient devant nous. Ils nous bloquent le passage.

« Keenan Mykulak ! Tu es une infirmière de la coalition ! Beaucoup de gens importants ont de l'estime pour toi ! On ne veut pas te faire de mal mais tu vas devoir nous laisser cette humain si tu ne tiens pas à mourir aujourd'hui ! »

« Que… Vous êtes fous ?! » rugit Keenan, atterrée.

« La tuer est ce qu'elle mérite ! «

« Non ! Si nous la tuons, nous mourrons tous ! Prenons-la en otage ! Menaçons-la de la tuer et avertissons les chasseurs là-bas que nous n'hésiterons pas à le faire s'ils ne quittent pas cette île tout de suite ! Elle est l'une des leurs après tout, elle doit être une héroïne pour eux, ils partiront peut-être si on la garde en otage ! »

« Elle a tué Gustus ! Elle a laissé les homme-singes mourir dans ce bâtiment ! Elle aurait pu faire pareil avec chacun d'entre nous ! »

« Elle a tué Quint ! Et je l'ai vu faire pareil avec l'autre, Ubil ! Elle a tué ma femme, bordel ! »

« Tuons-la ! Nous n'avons pas besoin d'otage ! »

« Oui ! Tuons-la ! » hurle encore un monstre avant de se précipiter et d'attraper mon bras.

« Commandant-… » s'interpose Keenan lorsqu'elle le voit m-…

BRAOOUMMM

« Aaah ! »

« Aaaaah ! »

Celui qui venait de me prendre par le bras explose sous mes yeux. Le souffle, ensuite, se répand sur les côtés et me repousse violemment en arrière, dilacérant ma poitrine.

Je rebondis plusieurs mètres plus loin.

Raah…

Mes os…

Je suis vivante ? Merde ! Cette explosion a explosé à trente centimètres à peine de moi.

Aïe !

« … »

Je rouvre avec peine mes deux yeux.

« Tss… »

Ces chasseurs… ils vont finir par me tuer !

Uggh ! Ma poitrine !

Je pose soudain une main sur mon torse, et dans la seconde après, vomis du sang qui s'étale sur la terre.

Mon esprit s'embrumit… Je vois flou. Comme si…

Une main saisit ma poignée.

Un monstre ?! Ils veulent encore me tuer ?

Sauf que cette fois-ci, la CIL va s'en occuper…

« b-… om-… b-… »

La poigne d'une femme.

C'est la main d'une femme autour de mon bras. Elle n'a pas l'air très forte. Elle ne cherche pas à me tuer….

Je tourne la tête, à demi-inconsciente, proche de mourir, pour voir qui m'a réellement saisi le bras.

?!

Elle…

Elle est en vie…

Harper.

C'est elle qui me tient par le bras.

Ses lèvres bougent, mais…

Qu'essaie-t-elle de me dire ?

« B ? »

Et merde !

Je vais…

M'évanouir…

Hein ?

« Om ? »

Que veut-elle dire ?

Je n'ai plus la force de lire sur ses lèv-…

« be. »

Ah… Bombe… C'est ça qu'elle voulait dire…

D'accord…

« … »

Bombe ?! !

Je regarde tout à coup de l'autre côté de là où se tient Harper.

Une bombe ! Un missile ! Droit vers moi !

Trois ! Deux ! U-…

A l'instant mon cœur était sur le point de tonner son dernier battement, un visage familier apparait à ma vue, mais seulement en une fraction de seconde, et bien trop courte pour être comptée.

Je rêve…

BRAOOUMMM

« Aahhhhhh ! »

La nouvelle explosion est plus violent que tout, cependant, une force chaleureuse se presse contre ma poitrine et me plaque au sol.

Je suis tétanisée par la violence de l'impact.

La force qui s'accroche à ma poitrine se resserre encore, plus forte, jusqu'à ce que je me sente étouffée par elle.

Quinze secondes durent ainsi, durant lesquelles mon corps se bat lui-même contre la vie et la mort.

Au bout du compte, je suis dans un état lamentable. Mais encore vivante…

Mes oreilles bourdonnent.

Je lève un sourcil.

Cette dernière explosion était au-delà de tout. Une frayeur s'empare subitement de moi.

Y a t-il des survivants ?

Personne n'a pu survivre à ça !

Moi-même, je n'aurais pas dû survivre à ça !

« … »

Mon deuxième œil s'ouvre alors.

Et je comprends…

Cette force chaleureuse… Ce visage familier…

Ce sont ceux de la personne que j'aime le plus en ce monde.

Elle est là, juste devant moi… alors que je pisse le sang.

Ses lèvres remuent sans que je ne sois capable de deviner une seule seconde ce qu'elles essaient de me dire.

Ma tête est lourde mais… c'est bien elle, j'en suis sûre.

« Lexa ?! »


A suivre…

Navré pour les néologismes -si vous n'aimez pas- dans ce chapitre, mais si je les ai utilisé c'est que je ne me voyais pas utiliser d'autres mots à la place!

A la prochaine! (dans pas trop longtemps, j'espère)