Caroline passa toute une nuit blanche. Sa peur avait complètement disparue. Elle se sentait soulagée de lui avoir flanqué plusieurs claques. Elle avait eu l'occasion de le faire pour tous ceux qu'il a tués et ça fait du bien. Elle ignore s'il lui fera le coup du trou de mémoire mais elle a confiance. Dès que le soleil fut levé, elle entendit des sirènes de police. Le massacre de ses voisins venait d'être découvert. Elle laissa échapper ses larmes en silence. Même si elle avait laissé un souvenir d'elle au meurtrier, cela ne les ramènera pas. Elle mit ses pantoufles, sa robe de chambre. En descendant, elle essuya les traces de sang sur son visage. Elle avait passé tellement de temps à vérifier si Jeff avait laissé des traces de sang qu'elle avait oublié celles sur son visage. Elle sortit en cachant ses larmes du mieux qu'elle pouvait. Elle s'approcha d'un policier.
"- Bonjour messieurs que ce passe-t-il ?
- Une pauvre famille qui eut le malheur de se trouver sur la liste de Jeff the Killer cette nuit, dont une gamine. Il faut vraiment être le diable pour faire ça.
- Non non pas Charlotte, sanglota Caroline en se précipitant dans la maison !
- Non madame vous ne pouvez pas entrer !"
Le policier essaya de la retenir mais elle fut plus rapide. Elle avait fait preuve d'une telle indifférence la nuit dernière qu'elle tenait à le voir avec un autre visage. Pas question de leur laisser l'image d'une fille enragée qui n'a même pas pu appeler la police plus tôt. En revoyant le corps défiguré et éventré de celle qui fut sa petite sœur hier encore, elle se laissa tomber à genoux dans la flaque de sang. Elle ramassa son cadavre qu'elle serra contre elle. Ses vêtements furent bientôt tâcher de sang mais peu importe.
"- Madame nous sommes désolés mais vous ne pouvez pas rester ici. C'est une scène de crime.
- QUAND VOUS RÉUSSIREZ A LE METTRE DERRIÈRE LES BARREAUX VOUS POURREZ L'OUVRIR ! COMBIEN DE MORTS ENCORE IL VOUS FAUDRA POUR MONTRER LE BOUT DE VOTRE NEZ ? ÇA FAIT TROIS ANS QUE VOUS ATTENDEZ LE DÉGEL ! TROIS ANS QUE DES FAMILLES ENTIÈRES PLEURENT PENDANT QUE VOUS ATTENDEZ LE PROCHAIN MEURTRE ! QUAND C'EST POUR NETTOYER DERRIÈRE LUI VOUS ÊTES DISPOS MAIS QUAND FAUT L'ARRÊTER Y A PLUS PERSONNE !"
Ses cris insultants devinrent vite inaudibles alors qu'elle sanglotait. Ce n'était pas pour qu'ils ne la soupçonnent pas de couvrir un meurtrier mais parce que sa colère a fini par s'apaiser pour faire place au chagrin. Un des policiers s'approcha et la serra contre lui pendant que les corps furent emportés dans un camion. Caroline passa la journée à l'hôpital auprès d'une psychologue, une cellule de crise ayant été mise en place pour les voisins touchés par ce massacre. Elle ne rentra que le soir-même, ramenée par une voiture de police. Avant de rentrer, elle resta longtemps à l'extérieur en regardant les étoiles avec un regard vide.
"Est-ce que j'ai fait le bon choix Charlotte, demanda-t-elle d'une voix timide et triste ? Est-ce que tu sais si mes parents sont déçus que je l'ai laissé filer au lieu de mettre fin à ses massacres ?"
Elle rentra, tête baissée. Elle alluma un feu dans le salon pour se soulager. Elle regarda les flammes dévorer le bois en pensant à ses parents, assise les jambes croisées. Que doivent-ils penser d'elle là où ils sont ? Elle leva les yeux et vit une photo d'elle à 10 ans avec ses parents dans un parc. Elle la prit et la tint dans ses mains en la regardant avec un sourire. Elle se souvient de ce jour comme si c'était hier. Ils l'avaient emmenée à Disneyland pour fêter son anniversaire. C'était leur plus beau moment passé en famille. Son visage redevint triste et revint vers les flammes. Ses sourcils se froncèrent en voyant une image de celui qui aurait pu être son meurtrier. Elle se leva droite sur ses jambes en regardant la photo.
"Je vous promets que moi vivante il ne m'aura pas. Je vais rester en vie pour tous ceux qu'il a privé de leurs vies, pour ce garçon qu'il a traumatisé, pour vous, pour Charlotte, pour ses parents. La partie n'est pas finie mon coco, t'es même loin de l'avoir gagnée."
Elle remit la photo sur la cheminée. Dans la cave, elle trouva des cartons remplis de caméras de surveillance, des outils de bricolage ainsi que du matériel électronique dont une alarme usagée. Elle passa la nuit à bricoler une alarme qui se déclenchait en faisant un boucan du diable. S'il remet les pieds ici, il deviendra tellement sourd qu'elle aura l'occasion de le mettre hors-jeu. Ensuite, un joli bûcher l'attendra bien sagement au fond du jardin. Elle le fabriqua avec le bois lui permettant de se chauffer en hiver. Pour le jour venu, elle remonta plusieurs bouteilles de vin oubliées depuis longtemps, de quoi faire un beau barbecue. Elle truffa sa maison de caméras de surveillance discrètes à l'intérieur et à l'extérieur. Il a peut-être réussi à filer entre les doigts de la police pendant trois ans, mais à elle il ne lui échappera pas. Elle le jure sur la tombe de ses parents, Charlotte et sa famille.
Une semaine après son périmètre de défense installé, elle resta à l'affût du moindre bruit dans sa maison et de la moindre présence. En cas d'attaque, un couteau et une bouteille pour lui exploser le crâne près de son lit. Elle attendait avec impatience le jour qu'il revienne, c'était trop rapide la dernière fois. La nuit du septième jour depuis la mort de ses voisins, alors qu'elle était dans son lit à la recherche du sommeil, elle sursauta en entendant un bruit au rez-de-chaussé. Elle saisit son couteau et la bouteille en éteignant la lumière. Dans le noir, elle descendit les escaliers pieds nus avec la discrétion d'une souris et la grâce d'une ballerine. Les bruits provenaient de la cuisine. Elle s'approcha doucement et alluma la lumière. L'intrus se retourna en la regardant de ses yeux noirs. Furieuse de l'avoir laissé prendre ses menaces à la légère, elle frappa la bouteille sur le mur.
"NON MAIS OH TU M'AS VRAIMENT PRISE POUR UNE BLONDE LÀ ! EST-CE QUE J'AI L'AIR SI CONNE QUE ÇA ? Puisque t'en as marre de vivre je vais réaliser ton souhait ! Fais de beaux rêves !"
Elle se précipita sur lui, son couteau levé en l'air. Il attrapa son poignet. Il lutta contre la jeune femme grimaçant de colère qui tentait de lui enfoncer son couteau maintenu au-dessus de sa tête.
"- Dis donc qu'est-ce que t'es coriace, remarqua Caroline !
- T'es pas mal non plus ! T'aurais fait une bonne psychopathe ! Déjà que tu utilises la menace plutôt que la mort pour te venger. T'es une belle garce !
- Merci du compliment beau brun ténébreux !
- Ah bon je te plais pour finir, demanda-t-il d'un sourire narquois ?"
Elle leva une jambe et appuya avec son pied dans son estomac. Jeff fut projeté en arrière et heurta un placard. Il glissa sur le sol à demi-assommé en gémissant de douleur. Caroline le regarda les poings sur les hanches, un regard ironique.
"- Quelle mauviette tu fais ! T'as fait en plus l'erreur fatale de venir sans arme. Finalement les choses tournent à mon avantage. Et pour mon compliment c'était de l'ironie mocheté.
- Parle pour toi, tu passerais pour une sorcière à côté de moi.
- Pas de doute ton cerveau s'est décollé après ton accident.
- Hé !
- Allez fini les scènes de ménages ! Bon qu'est-ce que tu choisis ? Je te fais cramer direct ou je me fais d'abord une écharpe avec tes intestins ? A toi de voir.
- Tu vas d'abord commencer par te calmer la belle, ordonna une voix féminine !"
Caroline détourna les yeux vers la source de la voix. Trois créatures ont réussi à déjouer son système de sécurité. Un homme blanc grand et mince en costard sans visage, un elfe vêtu de vert, les yeux rouges et noirs saignants et une jeune femme à peine plus âgée qu'elle. Un masque blanc avec des yeux et une bouche noirs dessinés cachait son visage. Elle était vêtue d'une longue robe noire avec des bottes et des gants noirs. De belles boucles ébènes entouraient son visage.
"Mais je rêve ! Tu oses remettre les pieds chez moi et tu reviens accompagné ! Mais tu vas quand même pas me dire que t'es devenu complètement con en plus d'être devenu sadique ? Donne-moi une bonne raison de ne pas te planter ce couteau dans le bide !"
Avant d'en dire plus, quatre tentacules lui saisirent les bras et les jambes. Elle se fit coller zu mur par l'homme sans visage. Un cinquième tentacule sortant de son dos lui prit le couteau et le bout de la bouteille brisée des mains.
"- Bon maintenant tu vas te calmer et m'écouter, ordonna la créature d'une voix rauque ! On sait ce qu'il t'a fait et on comprend que tu veux sa peau. Mais peux-tu au moins nous laisser nous expliquer ? D'accord tu as raison de ne pas nous faire confiance, déjà qu'on n'a pas des bonnes têtes.
- Hé, rétorquèrent les trois autres !
- C'est plutôt toi qui n'as pas une tête rassurante, protesta la jeune femme ! Je suis sûre que tu lui fais peur à la pauvre petite ! Commence par la relâcher si tu veux qu'elle nous fasse confiance. Tu n'as rien à craindre ma jolie, on est même pas armés. Moi je ne tue pas mes frères et mes sœurs de lutte.
- Quoi, demanda Caroline surprise pendant que l'homme la reposait au sol ?
- Une chose à la fois, répondit l'elfe d'une voix informatisée. D'abord présentons-nous. Moi c'est BEN, elle c'est Jane et lui c'est Slenderman.
- Jane ?"
Ce nom lui fit vaguement penser à une personne décédée. Elle regarda la jeune femme d'un regard rempli de curiosité.
"- Oui c'est moi.
- Puis-je voir ton visage ?
- Tu es sûre ?
- Oui s'il te plaît.
- Je te préviens j'espère que tu n'es pas sensible en voyant un visage défiguré.
- Peu importe enlève ton masque s'il te plaît.
- Bon je t'aurais prévenue."
La jeune femme ôta son masque, révélant ce dont elle voulait protéger Caroline. La peau de son visage était dure et blanche avec des traces de brûlures. Elle n'avait ni sourcils ni cils. Ses lèvres étaient d'un rouge cramoisi très sombre. On voyait qu'elle avait souffert. Caroline recula jusqu'à heurter la table, figée de stupeur, comme si elle avait un fantôme devant elle. C'était bien la jeune Jane Arkensaw pourtant morte depuis 3 ans. Certes elle ne ressemblait plus à la jolie jeune fille que Caroline avait vu sur le site mais quand même bien conservée. Jane soupira en remettant son masque.
"- Je t'avais pourtant prévenue ! C'est dingue ça cette manie de ne jamais écouter !
- Non ce n'est pas à cause de ton visage. C'est que tu ne peux pas être Jane Arkensaw. Elle est morte il y a trois ans, brûlée vive par Jeff.
- Décidément les journalistes savent faire gober tout et n'importe quoi.
- Quoi ? Mais si tu es cette Jane, comment as-tu survécu à cet incendie ?
- Disons que Jeff a réussi à me tuer à 50 %. Dommage pour toi mon chou.
- Oui oh ta gueule Jane j'aurais pu aussi te regarder cramer en bouffant du pop-corn ! Là je serais passé pour un salopard !
- Les pompiers sont arrivés à temps pour me sauver mais je m'en suis sortie carbonisée. J'ai failli perdre toute ma peau mais une couche a tenu le coup. Tous mes cheveux et toute ma pilosité ont disparu. Ça n'a jamais repoussé, les bulbes ont été brûlés. Mais au lieu de dire que j'avais survécu, les médecins ont raconté à la presse que j'étais morte pour qu'ils me laissent tranquille. La police l'avait souhaité pour je les aide dans l'enquête et pour ma sécurité. Si Jeff apprenait que j'avais survécu, il pouvait revenir achever son travail pour m'empêcher de parler. Mais on peut dire que ça n'a pas suffi car il m'a retrouvée par je ne sais quel miracle. Il m'a alors envoyé un paquet qui contenait ce masque, cette perruque, la tenue que je porte, des roses noires, un couteau et un mot m'expliquant qu'il était désolé d'avoir raté son coup. Il m'a envoyé tout ça en espérant se faire pardonner.
- Si t'as pas aimé ce que je t'ai envoyé pourquoi tu les portes encore ?
- Parce que j'avais plus rien à me mettre ! J'allais quand même pas me barrer de cet hôpital à poils non plus ? Bref et donc ça n'a pas suffi à me calmer et je me suis enfuie avec un seul but. Lui faire payer ce qu'il m'avait fait à moi, mes parents et sa famille. J'aurais réussi si cette tafiole ne se cachait pas toujours derrière les tentacules de Slender.
- Moi une tafiole, gronda Jeff en se relevant !
- Parfaitement déjà que tu t'es fait mettre KO par une fille tu te prends encore pour le roi du crime avec ta tronche ! Tu pensais te transformer en dieu en te bousillant la gueule, t'as fait pire que mieux !
- Hé oh j'ai été gentil ! Je t'ai offert une chirurgie esthétique gratuite, simple, rapide et pratique et tu te plains encore !
- Ouais bah heureusement que tu voulais pas faire chirurgien ! Sinon je te raconte pas le nombre de plaintes que t'aurais reçu après avoir arnaqué tes clients ! Enculé !
- C'est ça sale pute !
- Pauvre con !
- Mal baisée !
- Mieux que toi en tout cas !
- Ça suffit vous et vos jérémiades, ordonna Slenderman les mains sur ses oreilles invisibles !"
La créature tentaculaire les calma net en les menaçant de ses membres.
"- Ouh là il pète le feu, murmura Jeff à Jane !
- À qui la faute ?
- C'est pas moi qui a commencé à la ramener en tout cas.
- Et si on en venait aux faits sur ce pourquoi on est venus, supplia-t-il !
- Oui aux faits, approuva BEN. Donc rappelle-moi ton nom ?
- Caroline. Mais comment vous êtes entrés malgré l'alarme ?
- Oh ça c'est grâce à moi ! Vois-tu je suis on va dire le geek de la famille, du coup rien de plus simple pour moi que de couper une alarme avec un logiciel que j'ai crée moi-même.
- Très ingénieux.
- Merci. Alors il y a tout juste une semaine en pleine nuit, tu nous as rendu Jeff traumatisé. C'était la première fois qu'il se faisait remballer par une fille. Ça l'a empêché de dormir pendant sept jours non stop. On a jamais été aussi tranquilles.
- Excuse-moi ?
- En l'entendant nous raconter, on n'en a pas cru nos oreilles. Une fille qui lui botte le cul et nous le renvoie dans cet état, on était largués. C'est la deuxième fois qu'une de ses victimes lui échappe. De plus en voyant que tu l'avais traumatisé comme s'il avait vu une deuxième fois la mort, on s'est dit que ce serait envisageable de t'intégrer dans la famille.
- Vous êtes une famille ?
- Oui enfin on n'est absolument pas du même sang mais comme on est tous des tueurs, on a formé une famille, The Killer Family. Ça claque non ?
- Ah oui original.
- Et c'est moi la petite dernière, dit une petite voix."
Tous regardèrent avec étonnement vers la porte menant à la cave, une petite fille de 8 ans brune aux yeux verts, vêtue d'une robe rose et tenant un ours en peluche. Son visage et sa robe étaient couverts de sang, peut-être le sien ou celui de ses victimes.
"- Sally qu'est-ce que tu fais là, gronda Slenderman ? Et moi qui te croyais au lit depuis deux heures !
- Comment t'es arrivée ici, demanda Jane ?
- Je me suis cachée dans le coffre. Je voulais venir parce que j'arrivais pas à dormir.
- Si tu continues à n'en faire qu'à ta tête je vais devoir demander à Smile de te surveiller, menaça Jeff !
- Smile, demanda Caroline ?
- Mon chien si tu préfères.
- Original comme prénom pour un chien.
- Et je voulais voir la jolie dame que vous partez voir.
- D'ailleurs tu ne nous as pas dit ce que tu décidais, remarqua BEN. Alors veux-tu faire partie de notre famille ?
- Dis-nous oui, supplia Sally avec un regard adorable !"
