Le Vulcain avait besoin de se détendre. Et ça pourrait être sympa aussi s'il arrêtait de regarder Jim comme s'il était une sorte d'énigme qui n'attendait que d'être résolue. En fait, Jim se sentait beaucoup trop transparent.
IMPROBABILITÉ
Improbability by Jaylee1
Jim Kirk se sentait plus qu'un peu embarrassé.
Non pas qu'il l'admettrait à voix haute, peu importe à qui. Il préférerait voir toutes les molécules de son corps se consumer spontanément dans un accident de téléportation plutôt qu'admettre que ce défaut puisse être présent, chez lui, à un seul être doué de conscience.
Mais c'était là. Malgré ce que son nouvellement nommé premier officier pensait probablement, Jim n'était pas un idiot. Il savait. Il avait pleinement conscience qu'être le plus jeune capitaine de l'histoire de Starfleet venait avec plus de d'inconvénients que d'avantages. La plupart des membres de son équipage avaient été ses pairs quelques semaines plus tôt à l'Académie de Starfleet, et la plupart d'entre eux ne l'appréciaient même pas. Il réalisait que la majeure partie d'entre eux le trouvait imprudent, et effronté, et suffisant, et que Starfleet avait indubitablement fait un choix étrange en le nommant Capitaine. Et, que Néro se soit pris une raclée de sa part, ou que la Terre ait été sauvée, ne comptait pas.
Il soupçonnait en fin de compte que son attitude était ce pourquoi il avait été promu. Pike lui avait dit lors de leur première rencontre que Starfleet était trop bureaucratique, trop réglementée, et qu'ils avaient besoin de quelqu'un pour foncer et faire bouger les choses. Quelqu'un qui s'en remette à son instinct, plutôt qu'à un comportement d'automate endoctriné. Mais soupçonner de telles motivations de la part de Starfleet ne l'aidait en rien pour savoir comment se comporter avec son second ou, à moindre mesure, avec son équipage.
Il était responsable maintenant. Le grand patron – le big boss. Son équipage avait besoin de le respecter, putain. Ils avaient besoin de le regarder et de ne pas voir le petit merdeux déséquilibré de l'Iowa, mais le capitaine du plus impressionnant vaisseau de la galaxie.
Ce qui ne l'aidait pas non plus, c'était que malgré tout ce qu'ils avaient traversé ensemble récemment, Spock agissait toujours comme s'il avait un balai planté si profondément dans son cul que même Bones et la totalité du personnel médical de l'Enterprise ne pourraient pas le retirer sans une longue et fastidieuse intervention chirurgicale.
Bon Dieu, ce Vulcain avait vraiment besoin de se détendre ! Et ça pourrait être bien aussi qu'il arrête de le regarder comme s'il était une énigme attendant d'être résolue. Jim pensait qu'il était assez transparent : fais ce que je veux, quand je le veux, fais-le rapidement et avec de l'audace, nourris-moi d'idées pas très catholiques (parce que le catholicisme est ennuyant), sort des sentiers battus et nous nous entendrons très bien. Malheureusement, déballer carrément son sac devant lui, Jim sentait que tout ce qu'il disait d'autre à son premier officier était perdu dans la traduction, comme s'ils ne parlaient pas seulement une langue différente, mais que leur être tout entier étaient incompréhensibles aux yeux de l'autre.
C'était supposé être son âme sœur ? Son seul vrai amour ? Son tralala, ou quel que soit le mot par lequel Spock et son autre lui, s'appelaient dans les différentes images et sentiments qu'il avait entrevu dans l'esprit de l'autre Spock ? C'était incompréhensible.
Non pas que ce genre de lien le dérangeait, ni qu'il ne souhaitait pas secrètement partager une telle connexion avec quelqu'un d'autre. Surtout qu'il n'avait jamais ressenti de connexion avec quoi que ce soit. Et en particulier parce qu'il n'avait jamais vraiment été aimé comme ça, ou de quelque manière que ce soit, vraiment, dans toute sa vie. Il aimerait pouvoir se connecter à quelqu'un de manière si absolue qu'ils partageraient l'esprit l'un de l'autre, il aimerait se sentir à sa place, mais il préférerait que ce soit avec quelqu'un capable de l'aimer en retour. Quelqu'un qui verrait sa valeur en tant que personne, et dirait : « Tu sais quoi Jim ? L'univers est meilleur rien que parce tu en fait partie.", comme personne ne l'avait jamais dit avant.
Son second était amoureux d'une autre personne, et au mieux, tolérait Jim. Au pire, il le haïssait. Les chances qu'il soit la bonne personne pour Jim étaient nulles. Et c'était une de ces situations perdues d'avance exceptionnelle dont Jim n'allait pas essayer de se tirer.
L'autre Jim Kirk avait peut-être trouvé cet amour, mais l'autre Jim Kirk avait eu un père en vie pour l'aimer, et une mère qui ne voyait pas un fantôme à chaque fois qu'elle posait les yeux sur lui. Ce Jim Kirk ne saurait pas quoi faire d'un tel lien s'il en avait fait l'expérience.
Et même si c'était super et tout que l'autre Jim Kirk ait eu une belle vie, l'univers dans lequel il se trouvait avait une dent contre lui. Le mieux qu'il pouvait faire, c'était son job et bien… montrer à son équipage qu'il était bon à quelque chose.
Et il se contenterait de faire en sorte que lui et son premier officier s'entendent suffisamment bien pour former une bonne équipe quand il s'agissait de faire tourner le vaisseau. Il n'attendait rien de plus que cela.
— O —
Il avait pensé que c'était un bon plan. Inviter Spock à dîner pour une discussion en dehors de leurs heures de service, et ainsi leur permettre de mieux se connaître l'un l'autre. Et Bones sera là aussi, pour servir de pare-chocs. Après tout, Leonard avait fait un serment d'Hippocrate qui lui interdisait de tuer quiconque, ou de laisser un meurtre se dérouler devant lui : par conséquent, il était un bon choix pour éviter que Spock n'étrangle encore Jim si accidentellement (ou intentionnellement) il disait quelque chose qui faisait chier le Vulcain... Enfin, ça, c'était la théorie.
Ce qu'il n'avait pas pris en compte, c'est que Bones était encore moins adapté à la personnalité de Spock que Jim ne l'était lui-même, et ils s'envoyèrent tous les deux des piques sur l'intelligence de l'autre. Bien que Spock le faisait froidement et sans aucune émotion de sa part, ils se comportaient tous les deux comme des enfants se battant pour le dernier bol de pudding dans la queue d'une cantine.
« Une réponse émotionnelle élevée peut élever le pouls et la pression artérielle, ce qui conduit souvent à des maladies chroniques et au stress sur le corps humain. Donc, il apparaît logique de prévenir certaines des plus puissantes réactions de se produire, informa Spock à Bones. » Ses bras étaient soigneusement croisés sur sa poitrine, et il haussait stoïquement un sourcil. En quelque sorte, sans aucune émotion, il transmettant le message clair selon lequel il pensait que son capitaine et le chef médical étaient des imbéciles pour se laisser aller à quelque chose d'aussi bas que des émotions, plus souvent qu'ils ne le devraient.
Un challenge que Bones avait saisi, et Jim connaissait suffisamment bien son ami de longue date pour savoir qu'il préférerait se faire castrer que de laisser passer l'opportunité de réfuter la théorie d'un Vulcain, et tout ce qu'il pourrait encore ajouter par la suite.
« Le corps humain devrait subir un stress constant, sur des périodes de temps prolongées, pour qu'une réponse émotionnelle ait de tels effets sur notre santé, annonça Bones comme s'il parlait à un enfant plutôt réticent. Et vous oubliez ce que ressentir librement et profondément peu accomplir. Ça nous inspire, nous réchauffe. L'amour et l'attraction sont toutes deux des réponses émotionnelles très intenses, certes, elles élèvent notre rythme cardiaque et augmentent notre pouls, mais sans aucune d'elles, la qualité de nos vies serait plutôt merdique. »
Jim pensait qu'ils avaient tous les deux marqué un point. Mais même son amour pour Bones –et il l'aimait, le médecin étant son premier, et seul ami– ne parvenait à surpasser le fait qu'ils étaient aussi ennuyants l'un que l'autre,en fin de compte. Ils étaient aussi en train de lui donner une putain de migraine – et c'était de loin le pire de leurs crimes. L'opération "apprendre à connaître mieux son second pour qu'il ne vous voit plus comme un capitaine incompétent, niveau un" était un échec lamentable. Il avait accepté sa défaite. Mais il ne laisserait pas cette défaite détériorer davantage leur relation.
« Est-ce que vous n'avez pas bientôt fini ? s'exclama Jim, frottant ses tempes pour conjurer la douleur. Seigneur, c'était un concours de celui qui pisse le plus loin ? Vous avez oublié ce qui est un principe de base même de la Fédération ? La tolérance ! Nous explorons l'espace vers de nouveaux mondes. Nous acquérons de nouvelles connaissances et de nouvelles aptitudes techniques, et tout ça pour quoi ? Pour que vous puissiez vous chamailler comme des petites vieilles pour savoir quelle culture est la plus saine en raison sa capacité à gérer les réponses émotionnelles ? C'est des conneries ! Respectez-vous les uns les autres ! Je me souviens vaguement de l'avoir lu quelque part dans le règlement, article numéro peu importe. »
À leur crédit, ses deux officiers étaient devenus instantanément calmes après son accès de colère. Bones le regardait comme si une deuxième (et une troisième) tête étaient en train de lui pousser, et Spock le regardait avec une toute autre chose : quelque chose d'évaluatif, quelque chose de contemplatif, presque de... l'approbation.
Jim était sûr qu'il l'avait imaginé.
— O —
Il n'y avait pas un an de ça, Jim ne se sentait pas responsable de quoique ce soit dans sa vie. En fait, avant de rejoindre Starfleet, il rejetait activement toute forme de responsabilité. Ça rendait la vie plus facile. Aucune responsabilité, aucune attente.
Donc c'était un sentiment étrange qu'il se sente responsable de son équipage avec une telle intensité.
Ils avaient trouvé le chemin vers son cœur.
Bones était son ami le plus proche, la première personne à avoir regardé au-delà de sa façade défensive d'un fanfaron, et à voir l'âme qu'il essayait de cacher. Scotty était tout aussi brillant que fou, un esprit pur, d'après Jim ils partageaient l'amour de l'ingénierie et un profond amour pour l'Enterprise. Sulu lui avait sauvé la vie, et Jim avait essayé de sauver la sienne, et en quelque sorte, même si leurs personnalités étaient presque aussi opposées que la sienne et celle de Spock, ils s'étaient liés grâce à cela. Sulu avait un important sens de l'honneur. Uhura était la dame la plus forte qu'il n'avait jamais rencontré, et même s'il avait souvent voulu l'envoyer dans l'espace par un sas quand elle était si pleine de sa putain de condescendance, il l'admirait. De plus ça ne lui posait pas de problème qu'elle soit un délice pour les yeux. Chekov… Jim se sentait presque paternel à son égard, et il pensait que le jeune enseigne était ce qui se rapprochait plus d'un fils pour lui… Et pourtant, ce n'était pas du tout son genre, d'habitude.
Et puis il y avait Spock.
Pour une raison inexplicable, l'attention et l'approbation de Spock étaient ce qu'il recherchait le plus. Ça n'avait pas de sens pour Jim. Comment en était-il arrivé là ? Comment le Vulcain avait-il réussi à avoir une telle influence sur lui ? Mais il l'avait fait et il l'avait eu. Pour des raisons qu'il ne connaissait pas lui-même, Jim voulait vraiment recevoir l'approbation de Spock. Il se demandait si ça avait un rapport avec le fait que le Vulcain le haïssait autant dès leur rencontre, ou parce que Spock était la personne la plus intelligente et le plus stimulante qu'il connaissait, ou peut-être que ça avait quelque chose à voir avec les faibles empreintes laissées dans son esprit par une autre vie, que Jim essayait sans relâche de réprimer, mais quelle qu'en soit la raison, la situation était ce qu'elle était.
Il aimait son équipage.
Ils étaient à lui, clairement et simplement. Ils étaient tous brillants dans leur domaine, et il préférerait mourir plutôt que de volontairement laisser quelqu'un leur nuire.
Et c'était exactement ce qu'il avait proposé de faire. Un capitaine qui agissait pour que les équipes envoyées au loin puissent revenir en toute sécurité, c'étaient les termes que leur nouvelle et étrange communauté s'étaient fixés. Parce que s'ils devaient faire avec la puissante Fédération, ils voulaient agir en roi et non en pions, et Jim était plus que disposé à aller dans ce sens.
Son merveilleux équipage avait une brillante carrière devant lui, et des familles chez eux qui les aimaient, et Jim les avait, eux. C'était le moins qu'il puisse faire.
Et après, quand il on venait le sauver, et que la Directive Première était soigneusement détournée, manipulée et logiquée par Spock jusqu'à ce que le sauvetage effronté de son capitaine semble casher aux yeux de Starfleet, avec Jim assis sur un lit médical, Bones d'un côté, et Spock de l'autre… il ressentait un bref éclair de contentement absolu. Il était à la maison, et ses hommes étaient à ses côtés.
Et à travers tout ça Spock le regardait, fixement, comme s'il ne pouvait pas détourner le regard...
— O —
Apparemment, Spock et Uhura avaient rompu. Ce qui en fait excitait un peu Jim pour une raison étrange. En tant qu'ami, il savait que c'était plutôt grossier de sa part d'être excité par l'échec d'une liaison entre ses subordonnés, mais Jim Kirk était grossier. Il s'en donnait à cœur joie.
Il se demandait si ça avait un rapport avec le fait que la relation entre Spock et Uhura avait duré plus de temps qu'aucune des relations qu'il avait pu avoir, lui… pendant des mois, ce qui devait être un record comparé à son échelle personnelle, depuis qu'il avait atteint la puberté et découvert ce qu'était le sexe.
S'il avait une autre raison d'être excité parce que son premier officier devenait célibataire, eh bien Jim ne voulait pas y penser. Parce qu'il le réprimait, putain, ré-pri-mait. Il y avait certains rocher qu'on ne pouvait pas retourner. Tra la la n'était pas fait pour lui.
C'était mal de vouloir Spock, parce que Spock ne voulait pas de lui. Et c'était tout.
Mais même le déni ne pouvait pas effacer l'instinct de protection particulièrement vif qu'il ressentait envers son premier officier.
« Attendez, annonça-t-il au groupe de commères bavardant dans le mess. On a tous étés diplômés de l'académie ? Pourquoi on est tous debout là à parler, comme une bande de cadets adolescents qui n'ont rien de mieux à faire de leur temps qu'à échanger des potins à propos de qui s'envoie quel professeur, dans le dos de qui ? Les aléas romantiques du commandant en second et de l'officier de communication ne sont les affaires de personnes. Grandissez un peu. Hm, ne voyez là aucune offense avec la remarque sur les adolescents, Chekov. »
Et juste alors qu'il allait se retourner, dans l'intention de faire une sortie dramatique, parce qu'il était le capitaine après tout, et qu'il venait juste de faire un discours châtier et que ce genre choses devait être suivi d'une sortie dramatique, il croisa le regard profondément perplexe de Spock.
Il ne savait pas quand le Vulcain était arrivé, ni ce qu'il avait entendu, mais quand les yeux interrogateurs de Spock rencontrèrent les siens, il s'en fichait.
L'expression dans le regard du Vulcain le dévorait entièrement et Jim était trop perdu et confus pour se demander pourquoi il était aussi dévorant.
— O —
Jim ne savait pas comment parler à sa mère. C'était une constante dans sa vie. Elle avait rarement été là pour lui lorsqu'il était enfant, laissant Jim et son frère aux mains de leur trou du cul de beau-père, et pendant les rares occasions où elle était là, elle le regardait comme s'il n'était qu'un fantôme. Franchement, tout ça lui donnait la chair de poule.
Ce n'était pas sa faute s'il ressemblait à son père décédé. Ce n'était pas sa faute s'il avait apparemment hérité de sa personnalité par la même occasion. Si tout ce que sa mère pouvait faire était de les comparer tous les deux en permanence, eh bien, c'était son problème à elle, pas à lui.
Il avait cessé d'avoir besoin de sa mère depuis longtemps.
Ce qui était étrange c'est qu'elle lui envoie une communication à bord de l'Enterprise, d'autant plus qu'il ne lui avait pas dit qu'il avait rejoint Starfleet, et ne lui avait donc pas parlé de sa promotion en tant que Capitaine. Il supposait qu'elle avait appris la nouvelle par la presse, comme tout le reste de la Terre.
Ce n'est pas qu'il essayait de la faire sortir de sa vie, c'est juste qu'il avait pris l'habitude de ne pas la consulter. Il ne pensait pas trop à elle, vraiment. C'est mieux comme ça.
Il ressentait un peu de honte au fait que Spock se soit trouvé avec lui quand elle l'avait appelé, alors qu'ils évaluaient tous les deux l'équipage, et qu'il se retrouve exposé à la plus étrange conversation mère/fils que le Vulcain ait jamais entendu.
« Comment ça va, Jim, tu vas bien ?
— Ouais, tout va bien. Merci. Et toi ?
— Je vais bien. Est-ce que tu sais quand tu pourras revenir sur Terre la prochaine fois ? J'aimerais te voir.
— Pourquoi maintenant ? Pourquoi tu veux me voir maintenant ?
— Parce que tu es mon fils et qu'il est grand temps que j'apprenne à te connaître. J'ai été une mauvaise mère, Jim, je sais cela. Et je ne te blâmerais pas si tu ne voulais plus me voir. Mais j'aimerais essayer d'apprendre à te connaître. Je veux rencontrer ce jeune homme courageux dont j'entends parler et j'aimerais en savoir plus sur toi.
— On verra. Je te tiens au courant. »
Et c'était tout.
Mais ensuite Spock l'avait regardé d'une manière qui indiquait qu'il avait compris Jim, et comprenait mieux les choses que Jim lui-même.
« Il n'y a pas un jour qui passe sans que je ne souhaite pouvoir toujours converser avec ma mère, annonça-t-il, maintenant toujours le contact visuel avec Jim. » Ses yeux ne traduisant ni jugement ni pitié ; Jim aimait cela chez lui.
« Eh bien, c'est assez différent. Votre mère vous aimait. Ma mère ne m'aimait pas beaucoup, répondit-il, essayant désespérément de retenir l'amertume dans sa voix.
— Je pense que ceci est une impossibilité, annonça Spock, le fixant toujours, le jugeant toujours.
— Pourquoi ? Parce que toutes les mères sont supposées aimer leurs fils ? demanda Jim, plus que définitivement amer. » Alors qu'était-il arrivé à son instinct maternel quand il avait grandi ?
« Non, parce qu'après avoir appris à vous connaître, je trouve qu'il y a peu de chose en vous qui soient détestables, répondit Spock, son ton comme sa posture ne vacillant jamais. »
Jim se demandait quand l'univers autour de lui avait décidé de devenir dingue, mais il apprécia néanmoins la chaleur étourdissante qui se propageait dans tout son corps suite à la déclaration de Spock.
— O —
Jim pensait que les Vulcains n'aimaient pas toucher, et il ne pouvait vraiment pas les blâmer pour ça. S'il avait été télépathe par le toucher, il n'aurait pas aimé toucher d'autres personnes, parce que s'il se basait sur le nombre de fois où ses pensées déviaient, ou devenaient confuses, il y avait peu de personnes dont il voudrait connaître les pensées, et avoir à faire avec leur confusion et leurs dérivations en plus des siennes.
Peu importe ce que l'entière population Vulcaine ressentait par le toucher en général, cependant, son Vulcain l'avait fréquemment touché ces derniers temps. Une tape sur le bras, un frottement dans le dos, et une fois, même une légère étreinte. Et chaque fois que Spock le faisait, l'air crépitait autour d'eux, et Jim sentait un bourdonnement dans son esprit, comme si quelque chose frappait à la porte pour essayer d'entrer.
Cela rendait Jim fou, mais de la bonne manière. Quand Spock le touchait, il sentait une part de quelque chose de plus grand que lui, à ses côtés.
Et puis, un jour, dans l'intimité de ses quartiers, après avoir travaillé tous les deux sur un rapport particulièrement éprouvant, ils se levèrent ensemble, et au lieu de se tourner pour partir, Spock saisit et enferma les mains de Jim dans les siennes, et rapprocha leurs corps ensemble. Il rougit, et pressa ses lèvres contre celles de Jim avec tant de force que Jim pensait qu'il aurait pu tomber si son second ne l'avait pas serré contre lui à ce moment-là.
Ce fut l'instant le plus bouleversant dans la vie de Jim. Il se sentait comme s'il était tombé dans un océan, avec de l'eau au-dessus de lui, plus aucun son, et le temps et les mouvements devenant peu à peu ralentis et langoureux.
Il n'y eut pas de bourdonnement cette fois-ci, parce que Spock était partout autour de lui. Il sentait le Vulcain contre son corps, sous sa peau, se ruant dans son sang à travers ses veines et, plus poignant, dans sa tête : l'aimant, l'adorant, le voulant. L'esprit de Spock lui disait qu'il pouvait arrêter de se réprimer maintenant, que Spock ne permettrait plus que des choses telles que le déni, la solitude, et la répression continuent. Ils étaient faits pour être ainsi, ensemble, et il était logique que ceux qui soient faits pour être ensemble soient réunis.
Jim n'avait jamais réalisé, jusqu'à cet instant, à quel point il avait été seul toute sa vie, jusque-là.
Il n'avait jamais réalisé non plus qu'une personne, n'importe laquelle, pouvait être aussi complète qu'il se sentait à cet instant, avec Spock à l'intérieur de lui, hors de lui et l'enveloppant tout entier.
C'était la chose la plus impressionnante qu'il ait jamais vécue, meilleure même que de voyager dans l'espace, et de traverser l'immensité de l'univers grâce à la distorsion, tout en regardant les étoiles se transformer en lignes de lumière blanche.
T'hy'la, l'appela Spock, dans son esprit, et Jim pensa que peut-être cet univers ne l'avait pas pris en grippe, après tout.
À suivre…
Note du traducteur (14 mars 2020) : C'est l'une des premières traductions que j'ai faite quand j'étais encore au lycée, et je dois avouer qu'elle piquait un peu les yeux ! J'en ai donc fait une petite bêta à l'occasion de la publication de la suite !
