Petit mot de l'auteure : Oui, j'ai dix ans de retard! Désolée... En plus je suis pas trop satisfaite de ce chapitre, mais bon.

Merci à Coraline, Marina, Angelica et Lassa pour leurs reviews sur le dernier chapitre !

Réponse à la review anonyme (Lassa) : Merci pour ton commentaire ! Ta question sur la tourte me perturbe x) j'y avais jamais pensé ! J'avais oublié de te dire pour le comptoir, mais les publications se font les mardi et jeudi. Tu sais quels jours surveiller comme ça!


Lorsque le Dieu noyé avait expliqué à Theon où il se trouvait maintenant, celui-ci avait encaissé la nouvelle avec soulagement. Il avait vingt années à passer ici, ce qui signifiait que vingt années le séparaient de l'Enfer. Il savait qu'il ne pourrait pas y échapper, mais était heureux de ne pas y être confronté immédiatement. Il n'avait ainsi presque pas posé de questions et avait laissé ainsi le Dieu s'engager dans un quasi monologue.

Mais sa sérénité s'était étiolée complètement lorsque le Dieu Noyé lui avait dit « Et maintenant, je vais vous envoyer auprès de la personne que votre cœur a le plus besoin de revoir en ce moment ».

A cela, le cœur de Theon s'était arrêté. Il savait pertinemment qui son cœur – son être tout entier – avait besoin de revoir. Mais cela ne voulait pas dire pour autant qu'il était prêt pour cette confrontation ni s'il la voulait se voir dérouler un jour. Mais il imaginait qu'il n'avait pas le choix, non ? Le cœur ne trompe pas.

Lorsque Theon disparu de la salle d'accueil, le Dieu Noyé repris sa véritable forme, alors que la Fin entrait dans la pièce.

- Je déteste devoir prendre la forme du Dieu Noyé, grommela le Début. Il est beaucoup trop... humide.

- Tu ne ressens pas l'humidité, répondit placidement la Fin. Tu ne ressens rien, d'ailleurs. Contrairement à ce garçon, Theon... il ressent beaucoup trop de culpabilité et de souffrance. Ça me ferait presque mal à la tête.

- Ça ne risque pas de s'arranger avec le prochain. C'est Bran Stark.

- Celui qui devenu Corneille ?

- Oui.

- Tous les maux de l'humanité réunis en une seule personne... Mais voyons le bon côté des choses. Au moins, on n'aura pas à prendre une quelconque forme divine avec lui. Il sait déjà qui nous sommes réellement.

oOoOo

Comme il s'en doutait, Theon réapparu devant un château bien connu : Winterfell. La vue de la bâtisse lui fit l'effet d'un coup de poignard. Comment avait-il pu trahir les gens qui étaient devenus les siens ainsi ? Comment ? Pourquoi ? Pour un père qui s'était toujours fichu de lui ? Pour faire ses preuves ? Mais ses preuves de quoi au juste ?

C'est avec ces questions martelant son esprit que Theon compris qu'il ne pourrait pas faire face à Robb. Son cœur avait besoin de le revoir, de savoir qu'il allait bien, qu'il était heureux ici, mais il ne pouvait tout simplement pas toquer à cette porte. Il ne pouvait pas s'imposer à Robb et détruire une nouvelle fois sa vie.

Alors Theon fit demi-tour. Tant pis si personne ne venait jamais frapper à sa porte à lui – sa solitude allait être sa croix, et il la porterait avec pénitence.

.

Il passa trois jours enfermé chez lui, prostré, sans bouger ni rien faire – qu'aurait-il pu faire de toute manière ? Le Dieu Noyé lui avait dit qu'il pouvait avoir tout ce qu'il voulait ici, il lui suffisait de demander. Mais la seule chose que Theon voulait lui était impossible d'avoir : il voulait revenir en arrière, effacer sa trahison, choisir Robb. À défaut de remonter le temps, il voulait l'acérer, en finir avec ces vingt fausses années de liberté pour être enfin confronté à la réalité de sa punition. Être si près des Stark, pouvoir théoriquement les voir mais être dans l'impossibilité de le faire était la pire des choses.

Theon était donc bien décidé à rester dans sa petite maison qui tenait plus de la mansarde qu'autre chose, si trois jours après son arrivée des coups n'avaient pas été portés à sa porte. Le bruit, qui le fit sursauter rompant le silence profond qui s'était installé dans la pièce depuis son arrivée, se répéta plusieurs fois. Theon décida de maintenir sa stratégie de fuite – s'il ne se manifestait pas sûrement que l'intrus, quel qu'il soit, se lasserait et partirait ? Il se replia donc un peu plus sur lui-même, s'enfouissant toujours plus dans ses couvertures miteuses. Les coups reprirent mais cette fois-ci, une voix les accompagnaient :

- Theon ! Ouvre moi, je sais que tu es là !

Sansa. C'était Sansa l'intruse.

- S'il te plaît, ouvre moi, dit-elle, le suppliant presque.

Il se força à s'extirper de son coin et ouvrit la porte. Sansa profita de l'entrebâillement pour s'engouffrer à l'intérieur et le prendre dans ses bras. Theon lui rendit son étreinte – malgré ses bonnes résolutions, retrouver un peu de chaleur humaine était ravivant.

- Je suis soulagée... j'ai cru que tu étais perdu quelque part, murmura la rousse contre son oreille. Tu vas bien ?

C'était une question idiote. Sansa plus que quiconque savait qu'il n'allait pas bien et qu'il n'irait certainement plus jamais bien – plus jamais complètement du moins. Mais Sansa était dans le même cas que lui, alors il répondit par l'affirmative et lui demanda de même. Elle aussi lui dit qu'elle allait bien, et tout comme Theon, elle mentait. Mais entre les deux choses brisées qu'ils étaient, ils se comprenaient : ils allaient suffisamment bien pour avoir la force de prétendre que c'était le cas.

Cette question d'usage formulée, un silence s'installa entre les deux amis. Theon décida de le rompre en demandant :

- Comment tu m'as trouvé ?

- J'ai demandé au conducteur du train de me déposer chez toi, répondit Sansa comme s'il s'agissait d'une évidence.

Et à voir son air, il s'agissait d'une évidence. Voyant que Theon était perdu, elle demanda :

- Theon... tu n'as pas encore pris le train ?

Son rougissement lui fit comprendre que le problème ne se limitait pas au train.

- Theon... Tu es resté enfermé chez toi depuis ton arrivée ?

- Oui... souffla-t-il.

- Par les Sept... Je pensais que tu serais réapparu à Winterfell mais ne te voyant pas arriver j'en ai conclu que tu étais allé ailleurs. Et comme je n'avais toujours pas de tes nouvelles j'ai eu peur et je t'ai cherché, mais je n'imaginais pas que tu étais resté tout seul tout ce temps... Si j'avais su, je me serai inquiétée plus tôt !

- Ce n'est pas de ta faute, Sansa, murmura le Fer né. Je suis effectivement réapparu devant Winterfell mais je... je n'ai pas pu. La personne que j'avais besoin de revoir, c'était... c'était...

- Robb, compléta Sansa, un éclair de compréhension traversant son regard.

- Oui, Robb. Mais je n'ai pas eu le courage de lui faire face. J'ai tellement, tellement honte de ce que j'ai fait...

- Je sais Théon, dit Sansa en le prenant dans ses bras. Je le sais. Et je t'en ai voulu aussi pour ça. Longtemps. Mais je t'ai pardonné, alors pourquoi Robb ne pourrait-il pas le faire ? Et de toute manière, tu ne le sauras qu'en parlant avec lui. Car je ne voudrais pas que cette incertitude te ronge d'avantage de l'intérieur.

Voyant qu'il restait silencieux, Sansa insista :

- J'ai déjà parlé de toi à Robb. Je t'ai défendu, et je lui ai expliqué beaucoup de choses. Je ne pense pas que tout le ressentiment qu'il peut ressentir face à toi se soit miraculeusement envolée, mais je peux te dire qu'une bonne partie si. Et il est disposé à écouter ce que tu as à dire. Tu peux aller le voir quand tu veux. Si tu ne veux vraiment pas lui parler, alors je respecterai ta décision. Et si tu décide en effet de le voir, je serai là pour te soutenir.

- Merci Sansa. Tu as raison. Je ne peux pas fuir.

.

Dire que ses retrouvailles avec Robb avaient été éprouvantes était un euphémisme. Lorsque le brun lui avait ouvert la porte, le cœur de Theon avait explosé de sentiments d'une diversité si extrême qu'il n'en arrivait que difficilement à les distinguer. Honte, regret, tristesse, envie de tout envoyer balader, envie de fuir, envie de mourir... toutes ces émotions qui avaient fini par devenir une extension de lui-même connaissaient ici une ampleur presque inégalée. Mais parmi ce bric à brac d'émotions négatives, se dégageait quelques notes plus douces, comme la joie de le revoir en bonne forme.

De le revoir, tout simplement.

Il se doutait que cela ne devait pas être simple non plus du côté de Robb. Mais celui-ci avait écouté ce que Theon avait à dire, à expliquer, à excuser. Et Robb étant Robb, il l'avait pardonné. Il ne lui avait pas offert son amitié, mais il lui avait serré la main dans un signe de réconciliation – et c'était plus que ce que Theon aurait pu espérer. Il était alors reparti de son côté, laissant Winterfell derrière lui.

Derrière, mais enfin en paix.

.

Une semaine après ces faits, Yara était réapparue devant sa porte. Theon avait serré longuement sa sœur dans ses bras en lui murmurant :

- J'ai prié tous les dieux que je connaissais pour que les îles de Fer restes épargnées... Je croyais que les Marcheurs Blancs ne pouvaient pas nager ?

- Ils ont gagné en puissance, répondit Yara. Ils ont gelés une petite portion de la mer, suffisamment pour pouvoir faire passer leur armée. Nous n'avons rien pu faire.

Elle ne décrit pas plus la scène – elle ne parla ni de la peur qu'elle avait ressenti, ni de sa culpabilité de ne pas l'avoir rejoint dans la bataille. Et elle ne parla encore moins du fait qu'elle avait vu un Marcheur Blanc qui avait son visage, ses traits – qui était lui, tout simplement.

Elle se contenta de faire une remarque désobligeante sur l'état de la mansarde de Theon, dont les murs tordus étaient fissurés de partout, et qui semblait être sur le point de s'écrouler à chaque instant. Mais son commentaire dépréciateur et méprisant de l'endroit ne l'empêcha pas de déclarer :

- Bon, c'est pas tout ça, mais il va falloir faire de la place ici. J'ai besoin d'une chambre.

- Une chambre ?

- Yep. Hors de question que je partage ton lit ou même ta... quoi que ce soit qui te serve de pièce.

Alors qu'une nouvelle pièce venait d'apparaître miraculeusement derrière une porte qui n'existait jusqu'alors pas, Yara planta un baiser sur la joue de Theon :

- Je viens de te retrouver. Ce n'est pas pour te laisser.

La semaine qui suivit, Yara le laissa une fois pour retrouver Tyerne Sand, et la semaine encore suivante, plusieurs fois. Mais elle revenait chaque soir près de lui, lui rappeler qu'il n'était plus seul.

Et Theon ne savait pas s'il rêvait, mais depuis son arrivée, il avait l'impression que quelques fissures sur les murs s'étaient résorbées. En tout cas, il avait moins froid.

.

- Il est comme ça depuis une heure ! Je suis désolée de t'avoir dérangée, mais je ne savais plus quoi faire.

Si Theon avait été conscient de la réalité, il aurait entendu Yara dire ces deux phrases avec une panique qui ne lui était pas habituelle. Il aurait également entendu Sansa lui répondre :

- Tu as bien fait. Theon ? Theon ? Ça va aller, d'accord. Je suis là.

Mais Theon n'entendait rien de ce qu'elles disaient, pas plus qu'il ne sentait les bras de Sansa qui se voulaient rassurant autour de ses épaules, pas plus qu'il n'entendit un craquement énorme fissurer un peu plus les murs. Tout ce qu'il y avait pour l'instant, c'était Ramsay, son regard fou, son rire cruel. Ramsay, la croix, le sang.

La douleur.

La terreur.

Les supplications.

Ramsay et ses humiliations.

La souffrance.

Robb.

Robb ?

- Robb ?

- Oui, je suis là. Ça va aller. Je suis là.

Robb. Robb qui était effectivement là. Cela ramena Theon à la réalité : Ramsay n'était plus là. Il n'y avait maintenant que trois personnes qui étaient sincèrement soucieuses de sa santé et de son bien-être.

Alors Theon tenta tant bien que mal de les rassurer – plutôt mal que bien, puisqu'il s'effondra en pleurs en expliquant qu'en marchant un peu dans le quartier, il avait aperçu son ancien bourreau.

- J'ai fui si vite que je ne crois pas qu'il m'ait vu. Mais j'ai tellement peur qu'il vienne me chercher...

- Nous ne le laisseront pas faire, déclara Yara. Il ne te fera plus de mal, plus jamais. Il ne vous fera plus de mal, rectifia-t-elle en voyant Sansa se crisper aussi.

- Tu vas venir avec nous, dit Robb. Plus nous serons nombreux à pouvoir vous protéger, mieux cela sera.

Et ainsi, Theon retrouva sa place à Winterfell. Cela avait un point positif : il se sentait plus en sécurité.

Mais il était obligé de voir Robb tomber amoureux d'une autre, et cela détruisait son cœur un peu plus à chaque fois qu'il voyait Roslin Frey.

Ce fut cette dernière qui lui parla d'une association où les victimes de violence pouvaient parler et échanger sur leurs vécus. Et, parce qu'il sentait qu'il allait s'écrouler et que pour la première fois depuis longtemps il ne voulait pas que cela arrive, il se décida à aller à ces réunions.

.

Il ne savait pas bien à quoi s'attendre en entrant dans la salle de réunion, mais certainement pas à retrouver Ros. Il n'avait pas revu la prostituée depuis son départ vers le Sud mais reconnu immédiatement sa chevelure de feu. Les deux n'échangèrent pas un seul mot durant toute la séance.

Ce n'est qu'à la fin de la séance – durant laquelle Theon n'avait pas prononcé un seul mot excepté pour se présenter – que la rousse s'approcha de lui :

- On vient jouer les voyeurs ? lança-t-elle en le taquinant.

- Je... je... balbutia Theon, paniqué.

Ros se rendit immédiatement compte que quelque chose n'allait pas. Theon n'était plus le petit seigneur joueur qu'elle avait connu à Winterfell. Quelque chose en lui avait été brisé, si brisé qu'il ne parvenait plus à voir l'ironie dans sa voix. Si brisé qu'il Alors elle expliqua doucement :

- C'était une blague. Et si tu me racontais ce qui s'est passé pour que tu viennes ici ? Parler, ça soulage, justifia-t-elle. Je sais que c'est parfois difficile de se confier devant une foule d'inconnus, c'est bien de commencer petit.

- D'accord, accepta Theon. Si tu me racontes ce qui s'est passé pour toi.

Il se surprit lui-même de ce regain d'assurance. Il ne savait pas d'où il le tirait – mais il décida dans tous les cas de suivre cette petite étincelle de confiance et taquinerie qui venait de se rallumer en lui.


Note (de fin) : Pour le prochain chapitre on continue un peu avec Theon, car j'ai pas trop pu dire tout ce que je voulais. D'ailleurs je pense que je ferai la scène de retrouvaille Robb / Theon dans un bonus, si ça intéresse quelqu'un.

Défis de la Gazette :

- citations CDR : 148. « Et si tu me racontais ce qui s'est passé ? »

- Mille prompt 926: Religion - Le dieu noyé