Petit mot de l'auteure : J'étais pas inspirée au début du texte, puis finalement ce chapitre fait 2700 mots. Comme quoi.
Merci à Marina, Angelica et Lassa pour leurs reviews sur le chapitre précédent !
Réponse à la review anonyme (Lassa) : Merci de ton commentaire ! Pour ta commande, j'ai transmis l'information à l'auteure, qui en as pris bonne note ! Sinon oui, je trouve Rickon et Shireen mignons! Mais j'ai absolument pas pu parler d'eux donc ça sera pour les bonus / développements je pense. Et tu voulais voir Bran? Et bien voici 2700 mots d'introspection, en espérant ne pas t'assommer x) Bonne lecture!
Bran ouvrit les yeux.
C'était un geste banal, automatique, qu'il avait exécuté machinalement plus de fois qu'il ne pourrait jamais compter. Il n'aurait donc pas dû s'attarder sur cette action. Mais cette fois-ci, le fait d'ouvrir les yeux lui paraissait être totalement extraordinaire, comme s'il le faisait pour la première fois.
En un sens, il n'avait pas complètement tord. Il la première fois depuis longtemps, il ouvrait des yeux qui lui appartenaient et non plus à la Corneille.
Mais ça, il ne l'avait pas encore pleinement réalisé. Trop de choses de mélangeaient en lui pour qu'il puisse démêler de manière efficace les fils de sa conscience torturée.
- Bran Stark ? C'est à vous.
Bran leva ses yeux vers la femme qui venait de rentrer dans la petite pièce où il s'était réveillé.
- Je pensais que c'était le Début qui accueillait les âmes, se contenta de dire Bran.
- Tant que vous êtes ici, vous appartenez toujours au monde des vivants, répondit la Fin. La porte entre cette pièce et le bureau d'accueil marque la frontière avec l'Endroit. Je reste donc ici pour m'assurer que votre vie se termine bel et bien, et le Début vous accueille pour marquer le commencement de votre vie à l'Endroit. Je pensais que la Corneille le saurait.
- Je n'ai pas pu compléter ma formation. Je n'ai pas eu accès à certaines nuances.
- Je vois... j'imagine dans tous les cas que vous savez ce que vous avez à faire.
Bran hocha la tête et fit rouler son fauteuil vers le bureau. Derrière la grande table de bois l'attendais le Début qui, comme la Fin, n'avait pas cherché à masquer sa véritable identité. Cela aurait été inutile avec Bran : depuis qu'il était devenu la Corneille et qu'il avait entraperçu l'histoire du monde, il savait que les dieux n'existaient pas, mais n'étaient que de multiples formes que d'un seul et même tout.
Il ne connaissait en revanche pas les règles de l'Endroit et le Début les lui expliqua. Il termina sa phrase par ce qui devait être chez lui une habitude : « Et maintenant, je vais vous envoyer auprès de la personne que votre cœur a le plus besoin de revoir en ce moment. »
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Bran reprit conscience dans une vaste clairière. De la neige tombait abondamment, recouvrant les arbres et les environs d'une fine poudre blanche d'où seules quelques fleurs nivéales verdoyaient. Il resta quelques secondes, indécis : que faisait-il ici ? Qui était-il supposé retrouvé ? Puis des hurlements se fit entendre quelques mètres derrière lui et Bran sut.
C'était évident. Pourquoi ne l'avait-il pas compris dès le début ? Il voulait revoir Été. Son fidèle compagnon, avec qui il avait tout partagé, était mort à cause de lui, à cause de sa précipitation et de son orgueil. Il avait besoin de le revoir ne serait-ce qu'une seconde, pour s'assurer qu'il était heureux et comblé à l'Endroit. Il attendit alors que la meute se rapproche de lui et lorsque ce fut le cas, Bran reconnut immédiatement Été. Celui-ci vint s'approcher de lui timidement et lui lapa la main. Le contact réchauffa le cœur de Bran quelque peu – il se sentait toujours aussi vide, aussi privé d'émotions, mais cet échange qui ne dura que quelques minuscules secondes sembla raviver quelque chose en lui, comme le souvenir de la personne qu'il était avant.
Le garçon ne chercha ainsi pas à le retenir lorsqu'Eté rejoignit le restant de sa meute. Bran avait eu la confirmation que son ami se portait bien, et c'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.
Mais maintenant que cela était réglé, que faire désormais ? Il n'en avait aucune idée. Il lui semblait avoir mis toute sa conscience dans sa culpabilité envers Été et à vérifier s'il allait bien, tant et si bien que maintenant que ce but avait été atteint, il se sentait vide. Il avait l'impression que sa conscience venait d'être effacée une nouvelle fois. Dans sa vie sur Terre, il avait cessé d'être Bran Stark au moment où il avait pris la fuite, abandonnant Eté et Hodor – et il avait l'impression que la même chose venait de se produire de nouveau. Été était parti, et son âme avec lui.
Il resta donc figé dans la clairière, perdu, laissant la neige s'accumuler sur lui.
Au bout de trois heures, un traîneau s'arrêta devant lui.
- Ca va, mon p'tit gars ? demanda l'homme qui le conduisait.
Il fallu quelques instants à Bran pour comprendre qu'on venait de lui parler. Son interlocuteur était un homme bien en chair et dont la grosse barbe blanche trahissait son âge avancé. Dans ce paysage d'une blancheur étincelante son costume rouge tranchait, tout comme sa voix joviale dans cet univers silencieux. Bran se força à reprendre ses esprits et à répondre à l'homme qui attendait toujours qu'il dise quelque chose :
- Je... je oui, ça va, merci.
- Qu'est-ce que tu fais là tout seul ?
- Je viens d'arriver à l'Endroit, expliqua-t-il. Je suis réapparu ici. J'avais besoin de voir qu'un ancien compagnon allait bien.
- Je vois. Je rentrais chez moi, mais je peux faire un détour pour te ramener vers la civilisation si tu veux. Le train passe partout mais son conducteur n'aime pas trop la neige, donc le connaissant tu t'attirerais ses foudres en le faisant venir jusqu'ici.
Bran ne comprit pas tout le discours – un train ? - mais retint une seule chose : l'homme lui proposait de l'aider. Il accepta donc l'aide de...
- Comment vous appelez-vous, Ser ?
- Noël, gamin. Et toi ?
- Bran Stark. Merci, Ser Noël.
Le trajet fut de manière surprenante agréable, Noël parlant beaucoup, ce qui laissait à Bran tout le loisir de rester silencieux et de réfléchir à ce qu'il pourrait bien faire maintenant. Lorsque Noël le déposa dans ce qu'il qualifia « zone de sécurité pas trop neigeuse pour le grincheux du train », Bran avait enfin pris sa décision, qui était somme toute très simple. Il irait à Winterfell, retrouver sa famille. Même si il lui semblait être toujours aussi mort de l'intérieur – ce qui n'était pas entièrement faux si l'on jouait sur les mots – il n'en demeurait pas moins un Stark. Il devait être réunis avec les siens.
Et puis avec un peu de chance, le fait de retrouver sa famille au complet lui permettrait d'avoir un déblocage ?
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Il n'y eut pas de déblocage. De la même manière que ses retrouvailles avec Sansa, Arya ou Jon lui avait paru lointaines, l'étreinte Rickon, Robb ou de son père ne lui fit que peu d'effet. Lorsque sa mère le prit dans ses bras en pleurant, il l'étreignit en retour mais sans éprouver d'autre émotion que l'agacement que lui procuraient la froideur des larmes sur sa peau.
Agacement, et culpabilité.
Pourquoi était-il ainsi ? Pourquoi n'arrivait-il pas à ressentir quelque chose ? Il avait désiré pendant si longtemps retrouver ses parents, et maintenant que son souhait s'était enfin réalisé, pourquoi ne ressentait-il rien ? Pourquoi tout lui paraissait si distant, impersonnel ?
Il n'était plus la Corneille. Il n'avait plus ce poids sur ces épaules, ce savoir implacable qui avait planté ses griffes dans son âmes pour prendre le pas sur son être – c'était terminé. Il n'était plus cela, juste Bran. Il aurait dû redevenir Bran, Bran Stark, mais il n'y arrivait pas.
Et cela le tuait de culpabilité.
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- Et là, le saladier lui est arrivé pile sur la tête !
- Nooooon, s'exclama Rickon. Tu exagères !
- Mais pas du tout, gamin ! La vérité vraie ! Tywin Lannister avait le crâne recouvert d'un saladier... et de son contenu. Bien évidemment on a tous arrêté notre bagarre pour regarder, et c'était à la fois terrifiant et amusant. Je dois bien avouer que la manière dont il a demandé qui était responsable de ça m'a vraiment fait peur... Mais en même temps, je n'avais qu'une envie, rigoler. Il avait un bout de carotte sur le nez !
Les Stark ne se privèrent pas de rigoler au récit de Yara. L'image de Tywin Lannister agressé par un couscous était beaucoup trop hilarante pour qu'ils puissent retenir leur rire. Catelyn en avait les joues rouges, et Sansa versait des larmes de rire – Yara était de plus une très bonne conteuse et retransmettait le déroulé des événements avec un tel talent qu'ils avaient l'impression d'avoir assisté à la scène.
- Et là, Tyrion, qui était complètement ivre, lui a demandé s'il avait remarqué qu'il avait un pois chiche sur le sourcil...
- Par les Sept, rigola Arya. Je me demande comment vous avez fait pour ne pas exploser de rire devant lui !
- Et bien figure toi qu'on se contrôlait plutôt bien... mais ce fourbe de Jaime Lannister – et je dis bien fourbe car lui n'était pas du tout ivre et savait pertinemment ce qu'il faisait – lui a répondu « je ne pense pas qu'il ait remarqué. Le morceau de carotte qu'il a sur le nez doit lui obstruer la vue ». Et là, c'était la fin, on a explosé de rire.
Ce fut la fin aussi pour les Stark qui explosèrent également de rire devant le dialogue et la situation. Même les si sérieux Jon et Ned riaient franchement : la bonne humeur était générale.
Enfin, presque.
Bran, lui, ne riait pas. Il aurait voulu rire, sincèrement, mais il n'y arrivait pas. La situation lui paraissait objectivement drôle et quelques années auparavant il se serait esclaffé aux côtés de sa famille. Mais actuellement, il n'y arrivait absolument pas. Il avait l'impression d'assister à la scène sans y être vraiment.
Alors il se contenta de faire un sourire de façade, espérant que cela suffise à donner le change, tout en sachant pertinemment que cela n'y parviendrait pas. Il vit ainsi nettement le regard inquiet et triste qu'échangèrent ses parents en constatant que leur fils ne semblait toujours pas faire preuve d'émotion.
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- Pourquoi es-tu si triste ?
Bran sursauta. Plongé dans ses pensées, il n'avait pas remarqué que quelqu'un s'était assis sur le banc à côté de lui. Il s'agissait d'un jeune homme, qui le regardait avec une inquiétude sincère dans les yeux.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il. J'attends que ma femme ait terminé d'essayer un robe et je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que tu avais l'air vraiment triste. J'espère que ça va ?
- Oui ça va, merci, menti Bran. J'étais simplement perdu dans mes pensées.
- Ça, c'est un mensonge. J'ai suffisamment joué la comédie et prétendu que j'allais bien dans ma vie pour savoir reconnaître quelqu'un qui ment à ce sujet. Ma question était plus un prétexte pour que tu te confies parce que tu as l'air d'en avoir pas mal sur le moral.
- Pourquoi est-ce que je me confierai à un inconnu ?
- Premièrement, mon psy prétend que je ne dois pas retenir ce que je pense. Ça fait partie de ma thérapie apparemment. Et il est plutôt de bon conseil. Donc je me dis que si c'est valable pour moi, ça doit être valable pour toi. Et deuxièmement, je ne suis pas vraiment un inconnu. On s'est déjà croisé, il y a longtemps.
Bran resta un instant indécis avant de demander :
- Tommen Baratheon ?
- Oui, confirma le blond. Et toi tu es Bran Stark. Vu le passif de nos familles je n'aurais peut-être pas du présenter ça comme un avantage, mais du coup je ne suis pas vraiment un inconnu. Mais je le suis suffisamment pour que tu puisses te confier sans que je te juge.
Il se dégageait tellement de sincérité et d'intérêt chez le jeune homme que Bran commença à s'expliquer sans réellement s'en rendre compte :
- Lorsque j'étais encore sur Terre, je suis devenu ce qu'on appelle la Corneille aux trois yeux. J'avais ainsi le pouvoir de projeter ma conscience dans les êtres vivants et de manipuler leurs esprits suivant nos forces respectives. Je pouvais également voir tout ce qui se passait dans le monde en temps réel, mais également tout ce qui s'était passé. Et je... c'est un poids que j'étais enthousiaste de recevoir. Au début. Ensuite, j'étais devenu indifférent. J'étais comme... écrasé par des souvenirs et des consciences qui n'étaient pas les miennes, si bien que mon âme n'était plus vraiment à moi. Je n'étais plus moi, simplement un réceptacle d'un savoir millénaire.
Il reprit son souffle – se confier, poser des mots qu'ils n'avaient jamais réellement formulés par avant était terriblement éprouvant. À côté de lui, Tommen écoutait avec un silence respectueux.
- Maintenant que je suis à l'Endroit, ce poids est parti. Je devrais en être soulagé mais c'est tout l'inverse. Je... j'ai l'impression d'avoir le cœur brisé, sans toutefois avoir de cœur.
- Tu as un cœur, le rassura Tommen.
- Non. Je n'en ai plus, le contredit tristement Bran. J'ai l'impression que ma vie se déroule sans moi. Je regarde les gens rire ou se montrer en colère autour de moi sans rien ressentir. Je me sens... vide.
- Si tu n'avais réellement pas de cœur, tu ne serais pas aussi triste et effrayé de faire ce constat. Je pense que tu as un cœur, Bran. Tu as simplement peur de l'utiliser après toutes ces années où il a été muselé. Tu as enfin récupéré ta conscience et ton autonomie de pensée, tu es enfin libre de toi-même. Et si la liberté est la plus belle chose du monde, elle n'en demeure pas moins effrayante.
- Tu... tu crois ?
- Oui. Je n'ai jamais rien eu à voir avec une Corneille, mais je me reconnais d'une certaine manière dans ce que tu dis.
Cela étonna franchement Bran. Tommen fit un sourire gêné en voyant la surprise dans ses yeux :
- Je suis le troisième enfant de la fratrie, et le deuxième garçon. Je suis toujours passé derrière. Ce n'est pas un caprice d'enfant jaloux de dire cela mais bien la vérité. L'on m'a bridé toute ma vie pour que je ne fasse pas d'ombre à Joffrey, qui lui deviendrait le roi. C'était lui qui devait recevoir la gloire, sans jamais se sentir menacé de moi. Je n'étais pas malheureux, ma mère et ma sœur m'aimaient, mes oncles aussi, mais... Je me sentais parfois inexistant. J'avais l'impression que je n'étais pas le personnage principal de ma propre vie, mais simplement un spectateur extérieur. Je... je rêvais parfois de prendre la place de Joffrey, ou qu'il soit emmené loin de moi. Et lorsque ce fut le cas, je me suis retrouvé avec une sensation de vide. J'étais libéré en quelque sorte, mais je ne savais que faire de cette liberté de mouvement.
Il poussa un soupir coupable :
- Et les Sept savent à quel point je n'ai pas su gérer. Mais même si ça m'a prit du temps, en arrivant ici, j'ai pu vivre par moi-même. C'était effrayant de prendre ses propres décisions, de s'autoriser à ressentir par soi et pour soi, mais lorsqu'on y arrive, c'est... magnifique. Alors je ne pense pas que ça soit différent pour toi, Bran.
Celui-ci resta quelques minutes silencieux, assimilant ce que venait de dire Tommen. Le jeune homme avait raison. Après tant de temps passé complètement bridé, il était effrayé de cette liberté nouvellement acquise, tant et si bien qu'inconsciemment, il s'était accroché à ce qui se rapprochait le plus de la sécurité émotionnelle pour lui : la Corneille.
Mais il ne pouvait pas continuer comme ça. Il ne pouvait pas laisser d'avantage sa vie défiler sous ses yeux, par peur du bonheur ou de la souffrance. Les deux étaient inévitables – pourquoi les fuir plus longtemps ?
- Ton psy... tu pourrais me donner son adresse ? Ou son nom ?
- Oui, bien sûr, répondit Tommen, un sourire sincère sur les lèvres. Il s'appelle Archie Hopper. Si tu donnes son nom au conducteur de train, il t'amènera chez lui. Et... ah, Margaery a terminé !
- Margaery Tyrell ? demanda Bran. Je ne savais pas que vous étiez restés mariés ici.
- Et bien... pour être précis, nous nous sommes remariés. D'un vrai mariage choisi, cette fois-ci.
Il se leva pour aller rejoindre sa dulcinée, mais glissa un dernier conseil à l'attention du jeune loup :
- Ici plus qu'ailleurs, il faut rester ouvert à tout. Parfois, on est surpris de nous même, et des autres. Je te souhaite bien du courage, Bran. Et si besoin, vient me trouver.
- Je n'hésiterai pas, remercia Bran.
Et il fut surpris de le penser sincèrement.
Note (de fin) : Cherchez pas une raison, un sens ou un symbolisme à la présence du Père Noël dans ce texte. J'avais juste envie de l'incruster parce que ça me faisait rire. Et puis aussi parce que c'est un calendrier de l'avent mais ya zéro référence à l'esprit Noël donc c'était l'occasion x)
En parlant de références, j'ai incrusté un personnage d'un univers que j'aime beaucoup. Le psy que conseil Tommen à Bran est en effet un personnage tiré d'un autre univers. Celui qui me dit quel univers aura le droit de commander un OS bonus !
Le couple du chapitre c'était Tommen x Margaery. Pour le prochain on continue avec Bran qui sera le couple du chapitre, mais avec qui ? Lassa a déjà proposé une hypothèse, les autres qu'en dites vous ? Aller bises !
Et voici pour les défis de la Gazette :
- CDR 33 : pourquoi est-tu si triste ?
- Collectionner les Pop Gollum : la perte de sa bipédie : écrire sur un personnage handicapé
- Two of Diamonds : écrire sur un personnage toujours second
- Citations Hunger Games : mon psy prétend que je ne dois pas retenir ce que je pense. Ça fait partie de ma thérapie
- Si tu l'oses 650 : cœur brisé
- Mille prompt 842 : Action – pleurer de rire
