Je ne possède aucun des personnages de la série.

PRE SÉRIE : Après 4 ans de guerre dont une année de captivité, Stringfellow rentre enfin chez lui. Sur le tarmac de l'aéroport militaire, Dominic est là pour l'attendre, inquiet de l'état dans lequel il va le retrouver.

Il ne fait pas bon de se remettre à regarder de vieilles séries qui passent à la télé, surtout quand elles font parties des coups de cœur de votre jeunesse... Et surtout si elle parle de relation fraternelle et paternelle fortes...

Dans cette deuxième fic pré-série, j'avais envie de m'attacher à l'état d'esprit de Stringfellow alors qu'il est démobilisé et qu'il rentre de la guerre. Je pense qu'il lui a fallu du temps pour se remettre de tout ce qu'il a pu vivre là-bas.

En espérant que cela vous plaise

Bonne lecture

PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)


REVENIR DE L'ENFER

Dominic était à la fois impatient et nerveux. Le coup de téléphone de l'armée qu'il avait reçu deux jours plus tôt avait été à la fois un soulagement et une source d'angoisse. Stringfellow rentrait. En ce mois de juin 1972, son gamin rentrait à la maison après quatre ans passés dans cet enfer de vietnamien dont la dernière année comme prisonnier de guerre, malmené et déplacé pendant des mois pour que personne ne puisse le retrouver avec certains de ces compagnons. Saint John avait été porté disparu presque deux ans plus tôt et depuis ce jour tragique, Stringfellow voulait être de toutes les missions de sauvetages, même les plus dangereuses, espérant qu'elles lui ramèneraient son frère.

Le jour où il lui avait apprit la nouvelle par téléphone, bouleversé et en larmes, Dominic avait reprit contact avec ses amis de l'armée. Il leur avait demandé de trouver un moyen pour l'emmener là-bas pour qu'il le retrouve et le serre dans ses bras, mais personne n'avait voulu. Il n'y avait que les combattants qui se rendaient dans cet enfer. Alors Dominic avait dû se contenter des coups de téléphones, parfois espacés de plusieurs semaines et des lettres qu'il lui écrivait le soir quand il était au plus mal. Quatre ans de séparation… un an de pleurs et de détresse, un an d'angoisse à le savoir prisonnier, craignant qu'il ne meurt lui aussi, c'était lourd tout ça, mais il allait enfin rentrer…

Par trois fois il avait bien failli le perdre… La première quand son hélicoptère avait été abattu et qu'il avait été porté disparu deux semaines lui aussi. Dominic avait senti son cœur cesser de battre. Cette guerre ne pouvait pas lui prendre ces deux garçons… et puis Stringfellow avait été retrouvé, blessé, sans doute torturé, même s'ils ne lui avaient pas dit, mais vivant.

La deuxième fois c'était quand un gradé l'avait appelé pour lui annoncé d'une voix laconique qu'il était à nouveau prisonnier et la situation c'était aggravé, durant une année entière. Une année pendant laquelle l'armé parvint à avoir quelques traces de vie. Au moins, il n'était pas porté disparu comme Saint John, mais Dominic s'inquiétait chaque jour de ce qu'on pouvait lui faire subir. Les tortures, les privations, la maladie, tant de choses pouvaient lui arracher, mais il était toujours en vie.

La dernière fois c'était quelques semaines plus tôt. L'armée avait enfin localisé l'emplacement des prisonniers. Il y avait eu cette attaque pour les libérer qui avait mal tourné et il avait prit une balle… une saleté de balle qui avait transpercé son corps déjà éprouvé par plus d'un an de prison, le blessant grièvement. Il était resté dans le coma pendant cinq jours, sa vie suspendue à des machines sans qu'il ne puisse le rejoindre pour lui tenir la main et l'encourager. Dominic avait prié tous les jours, espérant qu'il survive, refusant de le perdre maintenant qu'il l'avait enfin retrouvé et Stringfellow avait tenu bon. Cela n'aurait pas dû l'étonner. C'était un survivant depuis qu'il était né, ce gosse… Quand il avait rouvert les yeux, les militaires lui avaient dît qu'il était démobilisé. La guerre se terminait lentement… Il avait servi quatre ans sans rentrer une seule fois au pays, il pouvait retourner chez lui… A cette nouvelle, Stringfellow n'avait pas pu attendre. A peine avait-il pu tenir sur ses jambes, qu'il était sorti, contre l'avis du médecin pour prendre cet avion. L'armée avait appelé Dominic et c'était pour ça qu'il était là, sur le tarmac de cette base militaire… Il venait le chercher.

L'avion avait un peu de retard, et le quinquagénaire trépignait d'impatience. Il était sorti sans être totalement soigné, sans avoir prit assez de repos après toutes les épreuves qu'il avait traversé, alors il avait peur de ce qu'il pourrait lui arriver pendant le trajet. Etre assis devait être particulièrement inconfortable et il n'avait pas pu prendre d'antidouleur… Bref, Dominic était à la fois impatient, heureux et inquiet.

Le cargo se posa sur la piste une demi-heure plus tard et l'impatience monta d'un cran. Une vingtaine de militaire rentrait chez eux aujourd'hui et les premiers retrouvèrent leurs familles. Quand ils furent presque tous descendus, Dominic se mit à craindre que la nouvelle soit fausse. Il n'était pas là… ou alors il s'était senti mal pendant le voyage, ce type d'avion étant encore plus inconfortable qu'un avion de ligne pour un blessé.

Mais au moment, où il commençait à sentir la panique le prendre, une longue silhouette en uniforme descendit de l'avion. Leurs yeux se croisèrent et Dominic s'élança dans sa direction. Stringfellow aurait voulu faire la même chose, mais son pas était lent et sa main restait plaquée sur sa poitrine. Il avait mal. Dominic le voyait bien, comme il voyait la pâleur de sa peau et l'amincissement trop prononcé du corps de ce gosse qu'il aimait. Il s'immobilisa face à lui une fraction de seconde, juste le temps de le voir se mettre à trembler, puis il se pencha pour le prendre dans ses bras. Stringfellow lâcha son sac et se laissa tomber dans ses bras en retour. Tout son corps tremblait et les larmes jaillir d'un coup.

- Dom…

Ses mains s'agrippèrent à lui avec une force insoupçonnée et il se blottit contre lui en tremblant de tous ses membres.

- Papa…

Il y avait une telle douleur dans ce mot, dans ses sanglots et ses tremblements… Dominic remonta une main pour la poser sur sa nuque.

- Mon petit, mon fils, murmura-t-il en retour au gamin de 22 ans prêt à s'effondrer. Mon fils… Tu es à la maison… C'est fini tu es à la maison.

- Je n'ai pas retrouvé Saint John, souffla Stringfellow toujours en larmes.

Dominic expira pour maîtriser ses propres larmes… Mon Dieu, dans quel état il était ce petit, maigre, affaibli, blessé et désespéré, voilà ce qu'il était devenu. C'était le moment de le faire rentrer.

- Je sais, mais nous allons le retrouver…

- Tu crois ?

- Oui… Avec la fin de la guerre, ils vont libérer les prisonniers, tu verras. Il va rentrer lui aussi, mais pour le moment, tu as besoin de repos, ajouta-t-il avec angoisse.

Oh oui, il en avait besoin. Il continuait de trembler et sous son uniforme, il sentait le large bandage autour de sa poitrine. Il n'avait plus qu'une envie maintenant, le ramener à la maison et prendre soin de lui, mais pour cela, il aurait fallu qu'il le lâche, ce qu'il ne semblait pas décidé à faire s'il en jugeait à la manière dont il s'accrochait à son cou. Ces quatre ans avaient été un enfer, un enfer qu'il traversait depuis deux ans tout seul, privé de son frère… Parce que Dominic le savait, Stringfellow avait toujours eu du mal à se faire des amis, c'était un gamin solitaire, perdu dans ses pensées. Oh, il avait bien dû se lier avec certains compagnons d'armes, surtout avec ceux qui avaient été prisonniers avec lui… peut-être même qu'avant la prison, il avait réussi à rire avec eux, mais fendre l'armure comme il était en train de le faire dans ses bras, non… Cet abandon total, cette vulnérabilité, il n'acceptait de les montrer qu'à deux personnes… lui… et Saint John… Saint John qu'il avait perdu là-bas… Il avait tant de douleur à évacuer… C'était pour ça qu'il était accroché solidement à son cou. Dominic le berça un peu plus tout en lui murmurant à l'oreille.

- Allez, il est temps de rentrer, tu ne crois pas ?

La tête toujours dans son cou, les larmes le faisant toujours trembler, Stringellow hocha la tête sans le lâcher. Dominic soupira et lui pressa la nuque avant de déposer un baiser paternel sur sa tempe.

- Allez fils, tu as besoin de repos.

Dominic le sentit trembler plus fort, avant d'hocher une nouvelle fois la tête.

- Tu sais que je ne vais nulle part. Mes bras te seront toujours ouverts String.

Le jeune homme lui murmura un « merci » à peine audible avant de se redresser. Dominic lui donna une petite tape sur la joue et se baissa pour ramasser son sac.

- Non, laisse, tenta de l'arrêter Stringfellow, mais le geste brusque qu'il fit pour se baisser lui entraîna un vertige.

Il chancela et Dominic l'attrapa par le bras.

- Chut… Doucement, laisse-moi faire, petit.

Le jeune homme ne dit rien et Dominic le prit par les épaules pour le ramener en direction de son hélicoptère, posé au fond de la piste. Pour la première fois, il vit Stringfellow esquisser un sourire en le découvrant. Il lui pressa l'épaule avec douceur. Il était vraiment de retour. Cette saleté de guerre, ne lui avait pas pris son gamin.

...

Stringfellow monta d'un pas alerte dans l'hélicoptère pendant que tous ses souvenirs de gosse lui revenaient en mémoire. Là-bas, il avait toujours une boule au ventre quand il prenait les commandes du sien, mais celui-là c'était différent. C'était avec cet appareil qu'il avait apprit à piloter. Tout lui paraissait si idyllique en ce temps. Il laissa ses doigts effleurer le manche en face de lui et Dominic lui demanda.

- Tu veux piloter ?

- Non, je suis trop fatigué…

Son ami hocha la tête. Ça, il n'avait pas besoin de lui dire. Alors il décolla, l'observant regarder le paysage comme s'il le découvrait pour la première fois. Lorsque l'appareil piqua en direction des montagnes, Stringfellow fronça les sourcils.

- On ne va pas à la maison ?

- Si… Mais à la tienne. J'ai préparé la cabane.

A la mention de cette dernière, Stringfellow frissonna avant de se remettre à pleurer. La cabane, il avait tellement cru qu'il ne reverrait plus cet endroit. Dominic ne dit rien. Il savait bien qu'il n'avait pas fini de pleurer, mais cela avait l'avantage de lui faire évacuer ses douleurs.

OoooO

Quand il posa son appareil sur le ponton, Dominic, tourna la tête en direction de Stringfellow. Ses yeux étaient braqués sur les eaux claires du lac et il pleurait toujours silencieusement. Il lui effleura l'épaule de la main pour le tirer de ses pensées. Il aimait ce lac, même s'il n'y avait pas que des bons souvenirs.

- Tu viens ?

Le jeune homme hocha la tête et se laissa glisser de l'appareil. Ses jambes se dérobèrent et il se serait écrouler si Dominic ne l'avait pas rattrapé par la taille.

- Je crois que tu as vraiment besoin de repos.

...

Ensemble ils remontèrent en direction de la « cabane ». C'était un vaste chalet, construit pas son grand-père, un petit nid douillet, retiré de la ville, qu'il partageait avec sa grand-mère. Il y avait installé sa collection d'œuvre d'art, acheté pour elle, dont un autoportrait de Van Gogh sur lequel se braquèrent les yeux de Stringfellow en passant la porte. Grâce à son grand-père, le jeune homme avait toujours eu la passion de l'art… Il était heureux de revoir ses toiles. Il se détacha des bras de Dominic et fit le tour de la pièce. Le long du mur en face du canapé, un violoncelle était posé sur son trépied… c'était le stradivarius de sa mère, celui sur lequel elle lui avait apprit à jouer. Les doigts du jeune homme l'effleurèrent, se demandant bêtement s'il savait encore en jouer. Il avait l'impression d'avoir tellement perdu pendant ces quatre années.

- Je l'ai emmené chez un luthier pour le faire accorder. Tu veux me jouer un morceau pendant que je te prépare à manger ?

- Je… Je ne sais pas si…

Dominic prit un air triste, comme il ne connaissait que trop bien cette impression de ne plus être soi-même. La guerre n'affectait pas que les corps, surtout si elle ressemblait plus à une boucherie qu'à une guerre.

- Ça ne s'oublie pas ce genre de chose, fait confiance à tes doigts.

Stringfellow hocha la tête. Il retira la veste de son uniforme et sa casquette qu'il posa sur le canapé avant de prendre l'instrument. Il fit glisser ses doigts sur la courbure du bois avant de s'asseoir sur le tabouret et de le caler contre son épaule. Un léger frisson fit remonter en lui tout un ensemble d'émotions pendant qu'il posa l'archet sur les cordes, amorçant les premières notes de la « Sérénade des Aigles » de Prokofiev. Elles furent d'abord hésitantes, puis la musique coula naturellement et Dominic sourit. Oui, il était revenu… profondément changé, mais il était là et c'était bien le principal.

...

Lorsque les dernières notes résonnèrent, Stringfellow frissonna. Il caressa l'instrument et le reposa avec précaution sur son trépied avant de se lever. Sauf que les émotions d'avoir joué ce morceau et dans ce lieu, le terrassèrent et que cette fois, il s'écroula brutalement sur le sol, Dominic n'étant pas là pour le rattraper.

En le voyant chuter, ce dernier se précipita vers lui, inquiet. Il le rejoignit lorsque Stringfellow tentait maladroitement de s'asseoir, les yeux posés sur deux petites tâches sombres sur sa chemise d'uniforme. Il y porta les doigts et ils se recouvrirent de rouge. Du sang ?

Dominic le comprit et posa une main sur son épaule.

- Bon, je crois qu'on va commencer par t'allonger que je regarde cette blessure. Tu as dû faire sauter un point.

Stringfellow hocha la tête tout en plaquant la main sur son torse.

- J'ai des médicaments dans mon sac.

- Je vais te monter au lit et te refaire ce pansement, allez viens !

Il glissa sa main sous son bras et le remit sur pied, l'entraînant en direction de l'escalier pour gagner la mezzanine où était installé le lit. Le jeune homme se laissa faire et s'écroula sur son lit. Il ferma les yeux quelques secondes, profitant de cet instant pour se dire que tout était fini, qu'il ne rêvait pas cette fois et qu'il était bien chez lui, dans son lit. Dominic lui tapota la joue.

- Je vais chercher tes médicaments, je te laisse te déshabiller.

Stringfellow sourit et hocha la tête.

...

Quand Dominic remonta, il était torse nu et lui tournait le dos. Le vieux pilote frissonna en découvrant des cicatrices sur sa peau… des cicatrices qui répondirent à une partie de ses questions. Oui, il avait été torturé… Stringfellow l'entendit et se retourna vers lui. Son pansement était tâché de sang au niveau de son côté gauche. Son inquiétude monta d'un cran.

- Dis donc ça a l'air de saigner beaucoup, tu es sûr que tu n'es pas parti trop tôt.

- Je ne voulais plus rester là-bas, répondit le jeune homme en tremblant pendant que les larmes revenaient.

- D'accord, allonge-toi, fils.

Stringfellow se laissa doucement basculer sur le lit et ferma les yeux pendant que Dominic prenait soin de lui. Ce dernier garda pour lui le fait qu'il serait encore sans doute mieux dans un hôpital. Il recousu les trois points qui avaient lâché, désinfecta la plaie et lui fit un bandage propre. Pendant tout le temps, le jeune homme ne bougea pas et il lui tapota la joue.

- Tu es toujours avec moi ?

Deux fentes bleues s'entrouvrirent pendant qu'il lui murmura.

- Je suis tellement épuisé.

- Je le vois bien. Dors un peu.

Une grimace de douleur se dessina sur son visage pendant qu'il tenta de maîtriser ses larmes et son père adoptif comprit.

- Tu n'arrives pas à dormir ?

- J'ai tellement d'images dans la tête !

- Allons, je sais, mais c'est fini, tu es rentré…

- Oui, mais tout seul, murmura-t-il en se remettant à pleurer.

Dominic comprit l'allusion à Saint John et glissa sa main dans ses cheveux. La guerre était quelque chose d'atroce, surtout quand elle paraissait injustifiée comme celle-là… Il avait 22 ans ce gamin… Il observa ses larmes, ses yeux clos et caressa sa joue livide. Oui, il avait besoin de repos. Alors Dominic s'allongea à côté de lui et passa un bras sous son cou. Stringfellow rouvrit les yeux, intrigué.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Tu as besoin de dormir et…

Il n'eut pas vraiment besoin de finir sa phrase, Stringfellow se rapprocha pour se blottir dans ses bras et déposa sa tête dans son cou. Il tremblait à cause de ses émotions. Dominic lui caressa la joue.

- Voilà, dors, tout va bien.

- Tu vas rester là ?

- Bien sûr que je vais rester là. Dors, mon petit.

Cette demande-là, il n'eut pas besoin de la répéter, car il ne fallut que quelques secondes pour qu'il s'endorme dans ses bras, il était bien trop exténué pour résister. Dominic sourit et le serra un peu plus fort contre lui.

- Je suis là String, je te promets que tout ira bien maintenant, lui murmura-t-il avec tendresse.

...

A le tenir dans ses bras, à surveiller sa respiration et à s'assurer qu'il allait bien, Dominic finit par s'endormir à son tour. De toute façon, il en avait lui aussi du temps à rattraper. Il avait lui aussi passé des nuits sans dormir, se demandant comment il allait et pourquoi il ne l'avait pas rappelé depuis deux ou trois semaines... ce qui avait été pire encore pendant son année de captivité... Quand les cauchemars le prenaient, il l'imaginait blessé, seul et en train de se faire torturer… Il l'imaginait en train de mourir en l'appelant à l'aide et cela le réveillait toujours en sursaut… Oui, il avait des heures de sommeil à rattraper, lui aussi.

Pourtant, il ne dormit pas longtemps, parce qu'il le sentit s'agiter dans ses bras. Il gémissait et se débattait et il comprit qu'il était en proie à un cauchemar. Doucement, il posa une main sur sa joue pendant qu'il tenta de le réveiller.

- String ! Chut String, ce n'est rien… String !

Le jeune homme finit par se réveiller en sursaut et bondit pour se mettre assis. Il tremblait de tous ses membres et son regard se posa sur Dominic. Sans dire un mot, il s'effondra dans ses bras en continuant de trembler. Ce dernier le réceptionna avec bienveillance et le berça.

- C'est fini… Ce n'était qu'un rêve. Ce n'était qu'un rêve. Tu es en sécurité String, tu es rentré.

Il le sentit hocher la tête et se rallongea avec lui en murmurant.

- Est-ce que l'armée t'a prit un rendez-vous avec un médecin ? Que ce soit pour ta blessure ou pour raconter ce que tu as vécu ?

- Je ne veux pas voir de psy, souffla doucement le jeune homme.

- String. Tu vas avoir besoin de parler à quelqu'un et…

- Je ne veux pas d'un psy qui n'a pas vécu ce que j'ai vécu et qui va me juger. Est-ce que je peux te parler à toi ? La Seconde Guerre, la Corée, je sais que tu vas me comprendre, mais si tu ne veux pas, je…

- Bien sûr que si gamin, parle-moi…

Comment il pourrait lui dire non ? C'était son fils… et il avait raison, en parler à quelqu'un qui comprendrait permettait de vraiment fendre la carapace… et puis c'était String, parler rendait vulnérable, être vulnérable était se montrer faible… A part devant lui, il ne le ferait pas. Alors, il lui caressa doucement l'arrière du crâne pour l'encourager.

- Je ne sais pas si c'était comme ça, mais la guerre ça rend les hommes fous, Dominic…

- Je sais…

- Je parle des nôtres aussi… Si tu savais… Je sais que les embuscades étaient violentes et que nous perdions beaucoup de compagnons, mais j'en ai vu massacrer des villages entiers… des villages de vieillards et d'enfants… J'ai vu un officier recouvrir une femme d'essence après l'avoir violé et lui mettre le feu…

Il frémit et se blottit dans les bras de Dominic qui le serra doucement.

- Et ils s'étonnaient des répliques… des séances de torture gratuite… Si tu savais ce qu'un humain peut faire à un autre…

Dominic frémit. Il avait été prisonnier de guerre, lui aussi, on l'avait interrogé durement, mais pour Stringfellow, à le sentir trembler de plus en plus dans ses bras, ce n'était pas un simple interrogatoire qu'il avait subi…

- Je suis tellement désolé pour toi mon petit…

- Comment il pourrait être encore en vie ? S'ils continuent à lui faire subir ça depuis deux ans… Comment il pourrait être encore en vie ?

Dominic sentit son cœur se pincer. Il venait d'évoquer à mots cachés l'horreur des tortures subies pendant sa captivité, mais ce n'était pas à lui qu'il pensait… C'était à Saint John… Saint John qu'il avait laissé derrière lui, dans cet enfer…

- Tu sais… Il est costaud ton frère. Alors tant qu'on ne nous ramène pas son corps, ne perds pas espoir. La guerre tire à sa fin, ils vont relâcher les prisonniers. Je suis sûr qu'il va rentrer.

- Tu crois ?

- En tous cas, je veux le croire String.

Le jeune homme hocha la tête et Dominic lui sourit.

- Qu'est-ce que tu dirais de manger un peu ? J'ai acheté le plus gros steak de la boucherie et…

- Non, le coupa Stringfellow en tremblant… Plus de viande s'il te plaît… J'ai vu assez de sang, de membres déchiquetés, de barbarie… Je ne suis plus sûr de pouvoir avaler un morceau de viande de ma vie… Rien que d'y penser j'ai l'estomac qui se retourne.

Dominic frémit… Oui, ça il pouvait le comprendre. Il aurait dû y penser… avec tous ces gosses qui rentraient amputés du front. Les mines et les bombes avaient pulvérisés des corps… et il avait vécu dans ce charnier pendant quatre ans… Sans compter le reste, tout ce qui pouvait être lié aux tortures, au sang, à la mort…

- Tu veux que j'aille te pêcher une truite ?

- Oui, ça se sera parfait.

- D'accord ! Lança Dominic en faisant mine de se lever, mais Stringfellow l'en empêcha, l'attrapa par un bras pour qu'il reste vers lui.

- Mais demain si tu veux bien. Je n'ai pas très faim pour le moment.

- Je voudrais que tu manges un peu, tu as la peau sur les os.

- Tu as bien du faire quelques légumes avec ton steak.

- Oui, mais…

- Alors demain… et je viendrais pêcher avec toi, murmura le jeune homme en fermant les yeux, s'endormant en une fraction de seconde.

Dominic ne dit rien, mais sa main caressa sa joue. Pêcher avec lui ? … Cette fois, il était bien de retour. Ça lui prendrait du temps pour évacuer tout ça, il ne pourrait sans doute jamais le faire entièrement, mais il était revenu et il allait l'aider à se reconstruire…