Disclaimer : The Lodgers est l'oeuvre de Brian O'Malley, cet écrit est un écrit de fan, je ne gagne rien, sinon des reviews et les reviews ne permettent pas d'acheter des spaghettis.

Résumé : L'avantage d'être vieux, c'est que l'on a énormément de souvenirs à transmettre ou qui permettent de réaliser tout le chemin parcouru.

Note de l'auteur : Ceci est une réponse au défi d'écriture n°83 de la page Facebook « Bibliothèque de fictions ». Les conditions étaient : Cent mots minimum, votre personnage a quatre-vingt ans et raconte à son petit-enfant un souvenir de son enfance.

Note de l'auteur bis: The Lodgers (UA, fin différente que celle du film).

Souvenirs

Assis sur un fauteuil de jardin sur sa terrasse, observant son petit-fils jouer tranquillement avec ses petites voitures, Sean ne put s'empêcher de sourire. En fait, depuis le sauvetage de Rachel à Loftus Hall il y avait déjà cinquante-neuf ans de cela, depuis cette fameuse nuit où il avait échappé de peu à la noyade, au meurtre par les ancêtres de celle qui allait devenir son épouse, il savourait la vie d'autant plus, profitant des petits moments simples, des petites joies. La guerre d'indépendance d'Irlande lui avait déjà fait comprendre cela. Mais cette nuit du 21 septembre 1920 avait fini de cimenter sa nouvelle philosophie de vie.

Après avoir réussi à briser la malédiction de Loftus Hall, Sean et Rachel avaient passé quelques jours au Nally's, le temps de préparer leurs affaires, un plan pour leur avenir. Ils étaient partis avec la bénédiction de sa mère. County Wexford ne voulait plus de Sean, qui s'était battu du mauvais côté selon ses habitants, et Rachel était vue comme l'étrangeté exotique. Elle n'était pas en sécurité. Le couple avait convenu d'aller en Angleterre, chez Alfred Hawkhurst, un jeune lord dont Sean avait sauvé la vie lors de la guerre, au prix de sa jambe droite. Le vétéran était certain que son ami l'accueillerait, le temps de trouver un endroit, un travail. Ils avaient été accueillis à bras ouverts et Sean avait pu rencontrer le troisième né de la famille, nommé en son honneur. Pendant leur séjour là-bas, il reçut une missive royale. George V avait appris que le jeune irlandais avait sauvé un pair d'Angleterre au prix d'un de ses membres, tout en ayant combattu pour le royaume, ce qui n'avait pas manqué de l'étonner. Aux dires de Sean, oui, son pays méritait bien mieux. Il se remettait à peine de la grande famine, il méritait plus de considération, mais cela ne justifiait pas de tuer ses voisins, de cracher sur son souverain. En remerciement pour sa loyauté et pour son héroïsme, Sean fut fait chevalier et on lui octroya des terres.

Lui, le jeune péquenot venant du fin fond de l'Eire, était devenu noble.

Il s'était demandé un instant si ça n'était pas un coup politique pour booster la popularité royale. Les irlandais étaient mal vus en Angleterre et l'inverse était tout aussi vraie. Pour autant, cette incroyable chance lui permettait de s'installer réellement avec Rachel. Il fit venir sa mère et sa sœur, qui vendirent le magasin familial. Enfin, en février 1921, Sean put enfin épouser sa jolie recluse, d'autant plus que le temps leur était compté : Rachel était enceinte d'un peu plus de deux mois. A dire vrai, Sean aurait été prêt à vivre avec elle et leur enfant sans même passer par l'église, il ne voyait pas vraiment l'intérêt du mariage, pour lui, ce qui comptait, c'était avant tout l'amour. Mais les conventions le voulaient. Et il avouait que cela avait été l'un des plus beaux jours de sa vie. Le 21 septembre 1921, leur fille Sarah venait au monde, suivie un an après par un petit frère, Roy. Une autre fille, Marina, et un garçon, Eugene, avaient pointé le bout de leur nez quelques années après.

Et aujourd'hui, il était là, Sir Sean Nally, quatre-vingt ans, dans son manoir, Rachel et lui vieillissant côte à côte, l'un de leurs nombreux petits-enfants étant en vacances scolaires et qui leur avait été confié car les parents étaient en voyage d'affaires. L'enfant lui ressemblait trait pour trait, c'était saisissant. Edward, surnommé Eddie par la famille, adorait passer du temps loin de Londres, qu'il estimait puante. Il était bien mieux chez Papy et Mamie, quoi qu'il aimait encore beaucoup Brancaster. Eddie était le fils de Roy Nally et de Marigold Pelham, la fille adoptive de Lors Herbert Pelham et de son épouse Edith, née Crawley. Dernier fils et enfant de ses parents, il avait été une surprise pour tout le monde, après tout, sa mère avait quarante-huit ans quand elle le mit au monde.

- Eddie, tu n'as pas beaucoup bu cet après-midi. Viens te servir un verre d'eau. Dit le patriarche à sa descendance

Le petit garçon obéit docilement et s'installa sous le parasol, un verre d'eau fraîche à la main.

- Papy, comment tu as rencontré Mamie ? Demanda l'enfant

- La première rencontre ou alors quand on s'est vraiment connus ? Parce que, tu sais, je l'avais déjà vue avant qu'on ne se parle des années après.

- La toute première fois.

Sean sourit. L'anecdote le faisait toujours sourire de toute façon. La vie était juste pleines de surprises.

- J'étais un tout petit garçon, plus jeune que toi encore. J'avais quatre ans et je vivais à County Wexford, un tout petit village à l'époque, en Irlande. Il y avait une forêt non loin du village et un manoir complètement isolé mais habité. Ton arrière grand-mère, ma maman, lavait le linge et les draps pour la famille qui vivait là-bas. Un jour, je l'ai accompagnée pour porter les paniers. Elle m'a averti que les gens là-bas n'étaient pas méchants mais un peu bizarres, avec des règles très strictes. En aucun cas nous ne pouvions rentrer dans la maison ! Il fallait laisser les paniers sur le perron après avoir été payés. J'ai obéi. Une dame a ouvert et derrière elle, il y avait une petite fille, qui devait avoir trois ans, qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eau. Je la regardais mais elle, elle regardait sa maman. Puis, nos regards se sont croisés avant de devoir partir. Quinze ans plus tard, je rentrais de la guerre et je la retrouvais au comptoir du magasin Nally's. C'est seulement ce jour-là que j'ai su qu'elle s'appelait Rachel et qu'elle était la fillette que j'avais vu alors. Et c'est ce jour-là qu'on s'est réellement présentés l'un à l'autre et qu'on a commencé à se parler.

- Et après, vous vous êtes mariés !

Le vieil homme eut un petit rire.

- Oh, il s'est passé un peu plus que cela avant qu'on ne se marie mais oui, en résumé, c'est bien cela.

Il observa, avec un doux sourire, son petit-fils qui buvait son verre avant d'aller chercher ses voitures pour revenir jouer mais à l'ombre. Rachel arriva à son tour, embrassa le garçon puis son époux avant se s'installer à leurs côtés, son panier de pelotes près d'elle, entamant la confection d'un pull pour un nouveau-né :

Ils allaient avoir leur premier arrière petit-enfant aux alentours de Noël.

FIN