Je sais pas ce qui m'a pris. Bonne lecture quand même.
Mensonge, mensonge, mensonge, mensonge, mensonge, mensonge, mensonge, mensonge, mensonge. Tu mens. Tu dois forcément mentir.
Mensonge, mensonge, mensonge.
Qu'est-ce qu'un mensonge, dans le fond ? Un simple camouflage d'un secret ? Ou alors quelque chose de bien plus grave ?
Cela fait des années que tu mens à Arthur, à Gwen, aux chevaliers, aux amis. Ça te ronge.
Mais tu ne peux rien dire. La magie est toujours interdite à Camelot, tu te souviens ? Referme ta bouche, mon grand, et prend ton mal en patience. Je sais, chaque seconde qui passe rend ton Secret plus lourd et plus douloureux. Tu as parfois l'impression que ton dos va te lâcher, à force de porter ce poids donné à ta naissance. Ou ton cœur, celui-ci serré toujours plus fort à chaque mensonge.
Mais n'es-tu pas Emrys, le plus grand magicien au monde ? Celui qui amènera le Roi du Passé et du Présent sur le vieux trône d'Uther ? Celui qui, des siècles plus tard, sera appelé avec admiration « Merlin l'Enchanteur » ?
Le doute t'assaille, sans relâche. Tu ne sais pas si tu seras vraiment capable d'accomplir ce qu'annoncent les prophéties, si tu pourras continuer à protéger Arthur, si tu pourras repousser tous les dangers de plus en plus nombreux. Tu ne sais pas. Tu ne sais pas. Tu ne sais pas.
Le mensonge t'amène le doute, le doute t'amène à… à quoi ?
N'abandonne pas, Merlin. Par pitié, n'abandonne pas. Le futur d'Albion dépend de toi, et de toi seulement. Oh, quelle souffrance ça doit être, de ne pouvoir t'appuyer sur personne… Mais des centaines, que dis-je, des milliers de sorciers, magiciens et druides qui attendent et espèrent le retour de la magie ! Ils sont tous derrière toi. Ils ne t'encouragent pas tous, certes, mais tu sais que certains n'hésiteront pas à te secourir. Des cas exceptionnels, comme Altar, ne perdront pas à se sacrifier si cela peut permettre ta survie. Ça, tu le sais.
Tu le sais.
Ça ne t'empêche pas de douter.
Parce que, dans le fond, tu ne sais pas.
Tu sais, mais tu ne sais pas. Tu sais ne pas savoir ? Tout s'embrouille dans ta tête.
C'est un cercle vicieux, putain.
Tu n'as plus qu'une chose à faire. De toute façon, pourquoi continuer à te questionner, ça ne changera rien à ton Destin. Tu réveilleras Arthur, il te donnera tes taches toutes plus répugnantes les unes que les autres (tu ne t'es toujours pas remis de ce coup de patte donné par ce foutu cheval), tu discuteras avec tout le monde, tu soupçonneras le nouveau serviteur, les nouveaux invités, tu fileras l'un d'eux, tu te mettras en danger pour sauver Arthur, tes ennemis seront neutralisés, Arthur se moquera de toi en disant que tu n'as rien fait, et tu iras te coucher.
Tout cela, tu peux le résumer en une chose.
Tu vis.
Le Destin se ramènera bien de lui-même le moment venu.
