— Vous vouliez une réponse ? La voilà : allez vous faire foutre !

Les bras croisés sur sa poitrine gonflée autant de colère que d'angoisse, Bilbo détourna le regard pour être certain de ne pas se laisser intimider par celui qui lui faisait face. Assis devant un bureau sur lequel trônait un ordinateur dernière génération, sa tablette, ses livres et quelques photos d'un texte écrit en Khuzdul qu'il refusait d'étudier, il sursauta nerveusement lorsque Thorin sortit son arme qu'il posa sur la table d'un geste mesuré, en évidence.

— Vous allez coopérer, hobbit.
— Sinon quoi ? Me tuer ne vous avancera pas d'avantage !
— Plutôt que vous tuer, je pourrais... Vous contraindre sous la torture...
— Du bluff…

Bilbo avait murmuré du bout des lèvres, pas aussi assuré qu'il le montrait. Après tout, Thorin semblait prêt à utiliser tous les moyens imaginables pour le dompter et obtenir tout ce qu'il désirait de lui. Le torturer semblait dans ses cordes, si bien qu'il déglutit et jeta un regard au papier, faisant mine de céder :

— C'est du Khuzdul du troisième âge, je n'ai étudié que le quatrième et cinquième…
— Bien tenté, mais je sais que seule la Langue Commune a évolué drastiquement depuis sa création… La seule différence qu'il y a entre le Khudzul écrit du premier et deuxième temps sont les emplacements des shewa, le système vocalique et l'utilisation des matrices sectionnistes…

Ho diable, il fallait qu'il tombe sur un connaisseur… Intrigué, il leva son regard pour étudier discrètement le grand nain qui lui faisait face. Habillé avec goût et d'apparence soignée, il ne ressemblait en rien aux mercenaires nains crasseux et sans éducation avec qui l'historien était parfois amené à traiter. Il fut un instant troublé par son profil noble qui lui semblait familier, notamment dans sa manière de tourner les phrases et pencher la tête lorsqu'une petite contrariété s'annonçait, mais, sans parvenir à définir en quoi, il cracha avec véhémence :

— Si vous êtes si doué, pourquoi ne pas vous farcir vous même ces traductions qui n'ont certainement aucun intérêt ?

L'autre eu un rictus amusé et il s'appuya sur la table, faisant glisser la photo sous le nez de Bilbo :

— Je veux une traduction de ce texte avant la fin de la journée.
— Vous êtes fou ! Une journée, c'est le temps dont j'ai besoin pour déceler le thème d'un texte de vingt mots !

Thorin haussa un sourcil dédaigneux sur un sourire provoquant :

— Il est temps de vous améliorer…
— En quel honneur ?
— Essayez de nous donner une bonne raison de vous garder en vie…

Il récupéra son arme qui gisait sur la table, puis il sortit, verrouillant la porte derrière lui, et Bilbo retint une exclamation de rage. Il regarda ensuite la photo et un rictus cruel étira ses lèvres. Rien que le premier mot avait une double signification : le guerrier ou bien celui qui meurt par les armes. L'erreur était facile et le texte pouvait intégralement changer de sens si jamais Bilbo ne faisait pas attention…
Pris au jeu, il s'attela à la tâche, s'assurant à être le plus proche possible de la traduction vraisemblable, mais s'amusant à changer par-ci par-là quelques notions qui affirmaient le contraire que ce que l'auteur avait voulu dire, tout en s'assurant de rester cohérent. Toutefois, au bout de quelques heures de travail, il commença à s'intéresser au contenu du texte, qui se découvrait peu à peu, et sa gorge s'assécha.

Erebor ! L'intégralité du texte ne parlait que d'Erebor !
Il en sauta sur ses pieds.
Comment diable ce groupe de voleurs avaient-il mis la main sur un tel document aussi détaillé ? Et que comptaient-ils en faire ? Ils n'étaient tout de même pas à la recherche de cette légende oublié, si ?
Ho… Par tous les dieux de l'ancien temps, il devait prévenir Vidalinn et les dix au plus tôt…

Son cœur s'était emballé significativement et il eut besoin d'un petit moment, le relisant plusieurs fois avec attention avant de se calmer un peu, puis il se rassit en l'étudiant très attentivement, reprenant, cette fois-ci, la traduction la plus fidèle possible.
Il ne pouvait dire de quand datait le document, ni son origine, mais ça concernait cette mine mythique, le nom revenait souvent, et il s'agissait certainement d'un poème ou d'un chant qui détaillait avec précision des choses qui pourraient paraître simples, tels le levé du Soleil, la taille des ombres ou bien l'agencement des étoiles dans le ciel. Simples… Mais ô combien révélatrices pour qui savait lire ce genre de choses...

Fébrile, Bilbo abandonna son travail pour attraper sa tablette et lancer sur internet une petite recherche insignifiante sur les horaires du levé du Soleil selon la latitude et la période de l'année, puis il téléchargea plusieurs cartes du ciel selon différents emplacements pour comparer avec les descriptions qu'il avait déjà déchiffrées. Son accès à internet était trop restreint pour qu'il cherche à contacter qui que ce soit à l'extérieur, mais largement suffisant pour ce genre de chose.

Erebor était un mythe pour beaucoup, des histoires que l'on racontait aux enfants pour les faire rêver. Mais Bilbo avait déjà été amené à manier des documents qui en parlaient explicitement et il savait que la Montagne Solitaire était là, qu'elle existait quelque part et en son ventre sommeillaient des richesses, autant matérielles que culturelles, inimaginables.
La carte que Fili leur avait dérobée en était la preuve idéale, mais la GITM avait tenté pendant quelques temps de localiser son emplacement, sans succès, et elle s'était ensuite concentrée sur des choses plus concrètes, telle la Moria.

Bilbo piailla : 58° Nord. Les plans des étoiles et le fuseau horaire concordaient et, excité par sa découverte, il voulu lancer une recherche satellite, mais le cliquetis de la serrure magnétique se fit entendre et il retint un couinement peu viril avant de fermer internet et se jeter sur ses notes, faisant mine de travailler d'arrache-pied.

— Si vous venez voir l'avancée des travaux, vous aurez plus vite fait de charger votre arme et me descendre sur le champ. Pardonnez moi, mais je ne me suis pas découvert des ailes grâce à vos délicieuses menaces…

La remarque acerbe amusa Thorin qui attrapa un fauteuil pour s'asseoir en face de lui, posant ses pieds sur son bureau de marbre malgré son regard noir.

— Où en êtes-vous ?
— Il s'agit d'un poème insipide sur le temps qui s'écoule… A croire qu'en quelques millénaire, ce n'est pas dans le lyrisme que les nains ont le plus évolué…
— Un hobbit incisif et malpoli… Votre race a fait de grand progrès elle aussi…

Bilbo fit la moue et, pour échapper à ce regard qui le sondait, il se concentra à nouveau sur sa tâche, ne se gênant pas de la présence du plus grand pour modifier avec application les données essentielles tout en réfléchissant à un moyen discret et efficace qu'il pourrait utiliser pour communiquer ce qu'il venait d'apprendre à la GITM. Mais Thorin se leva pour contourner le bureau et se pencher sur ses notes, attrapant une feuille pour l'étudier avec intérêt.

— Vous savez, ce n'est pas comme ça que je vais aller plus vite…

Le nain ne répondit pas et, sans s'occuper du hobbit qui pestait, il posa la feuille sur le bureau avant d'en prendre une deuxième en demandant distraitement :

— Qui donc vous a appris cette langue ? Même nos meilleurs érudits parviennent à peine à en déchiffrer l'alphabet…
— Dites moi d'abord d'où vient ce document.
— Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
— Ça m'aide à replacer le contexte, et à le dater aussi. C'est pratique de connaître la date et l'emplacement, dans la mesure où le système vocalique diffère selon le clan ou l'époque…

Il avait répondu d'un ton condescendant mais, n'appréciant pas d'être pris de haut, Thorin reposa sèchement la feuille qu'il avait dans les mains avant de se pencher sur le hobbit.

— Et vous êtes suffisamment savant pour être capable de replacer le système vocalique selon le contexte ?

Intimidé par la proximité, Bilbo déglutit et il désigna son ouvrage sindarin-khudzul du menton :

— Moi non, mais lui, il le peut.

Thorin haussa un sourcil et il s'empara de l'ouvrage, déchiffrant quelques mots de sindarin, avant de susurrer cruellement :

— Dans ce cas, situer le contexte d'après un système vocalique ne devrait pas vous poser trop de problèmes…
— Ça me demandera seulement plus de temps.

Marmonnant, la mâchoire crispée, Bilbo récupéra le livre que lui donna Thorin et il jugula la colère qui fluctuait en lui. Le plus grand étudia ses notes encore un instant, sa présence n'aidait pas le hobbit à se concentrer, puis il se dirigea vers la sortie :

— Combien de temps vous faut-il encore avant une traduction définitive ?
— Une petite dizaine d'heure.

Bilbo avait répondu en regardant l'heure affichée sur l'écran de l'ordinateur. Cela faisait six heures qu'il était dessus et il s'approchait de la moitié. Thorin ne répondit pas, il se contenta de s'en aller après un dernier regard et l'historien s'avachit sur son siège en soupirant.

Le nain n'avait rien dit, mais le hobbit avait compris qu'il était bon pour passer la nuit ici et qu'il n'aurait le droit au repos qu'une fois sa tâche accomplie.
Dépité, il eut tout de même un sourire creux lorsque, laissant son regard tomber sur le texte, le premier mot qui lui sauta aux yeux fut Dævodah, Travail, esclave, labeur… Furieux, il le traduisit par « maitre », puis continua son ouvrage.

Toutefois, moins d'une demi-heure plus tard, la porte s'ouvrit à nouveau et il poussa un soupir exaspéré :

— Vous savez quoi ? Allez vous faire foutre.
— Je voulais simplement vous proposer du thé, en fait.

Ça, ça n'était pas la voix de Thorin.

Surpris, Bilbo leva le regard pour accrocher celui de Kili qui eut un sourire gentil en lui montrant un thermos vert pomme ainsi que deux tasses de céramique sur lesquelles était dessiné l'arbre emblématique de Minas Tirith, bleu sur fond beige. Touché à la corde sensible, le hobbit n'eut pas le courage de refuser, quand bien même ça venait d'un ennemi qui avait voulu le tuer, et il se contenta d'exprimer son mécontentement d'une moue agacée lorsque, après lui avoir mis une tasse fumante dans les mains, le jeune nain s'assit en face de lui pour regarder son travail, s'emparant sans gêne d'une feuille.

Il l'étudia en silence, si bien que, au bout d'un moment, concentré sur sa tâche, Bilbo oublia sa présence, jusqu'à ce que la porte de la salle s'ouvrit à nouveau et il retint un juron exaspéré, peu désireux de contrarier Fili qui arrivait à son tour. Le souvenir qu'il avait de son poing était trop douloureux pour qu'il cherche à le provoquer, celui-là. Le blond se contenta de rester à l'entrée en regardant Kili dans les yeux :

— Le cinéma l'Omnia propose une diffusion de la trilogie du cycle deux du Silmarillon ce soir. Une soirée unique, sur bobine avec les dialogues originaux, pas ceux qui ont été collés lorsque c'est passé au numérique… Ça te tente ?

Kili écarquilla les yeux. Les neuf films qui retraçaient en trois cycles la légende du Silmarillon, du moins, les bribes qu'ils en avaient, étaient mythiques dans l'histoire du cinéma et, malgré leur âge honorable, ils restaient un classique indétrônable. Il serra les mains, chiffonnant la feuille qu'elles tenaient et, la mâchoire crispée, il soutint le regard de Fili en secouant la tête de gauche à droite. Participer à cette séance, oui. Mais y aller avec Fili… C'était autre chose.

— Je connais le deuxième cycle par cœur….
— Parce que c'est ton préféré.

Toutefois, le blond avait sentit sa réticence et, ne voulant pas forcer ou insister, il se détourna en haussant les épaules.

— Le cycle trois passe la semaine prochaine, si tu veux.

La porte claqua sans bruit derrière lui et Kili la regarda un instant d'un air absent avant de se retourner pour faire face à Bilbo qui le sondait avec curiosité. La tension entre les deux était palpable, même pour quelqu'un qui ne les connaissait pas, et le hobbit en était troublé. Il ne parvenait absolument pas à cerner le lien entre les deux, entre les trois, même, incluant Thorin dans le trio. Au début, il avait simplement pensé qu'ils étaient en famille, père et fils. Mais ceux qu'il avait prit pour des frères entretenaient une relation qui s'approchait plus d'un couple en instance de divorce et qui cherchait à sauver les meubles face aux enfants qu'autre chose. Et, même s'il était flagrant que Thorin les aimait et les considéraient comme membres de sa famille, il y avait quelque chose, une certaine retenue, une courtoisie latente et un désir de prouver son attachement qu'un père n'avait pas besoin de démontrer.
Et il ne put s'empêcher de demander en détournant les yeux :

— Qu'est-ce que… Vous êtes, au juste ? Une famille ou un clan ?
— Un peu des deux…

Maussade, luttant contre le désir de sortir de cette pièce en courant pour rejoindre Fili et accepter sa proposition, Kili soupira et, avisant le regard curieux du hobbit, il haussa les épaules, ressentant soudainement le besoin de parler :

— Fili est le neveu de Thorin, mais ses parents sont morts à sa naissance et c'est lui qui l'a recueilli et éduqué.
— Et toi ?
— Moi… Je ne sais pas qui sont mes parents, je n'ai pas beaucoup de souvenir d'eux et pratiquement aucun de mon enfance. Thorin m'a adopté et a fait de moi son deuxième héritier il y a une petite trentaine d'année, j'avais trente-huit ans. Il nous a élevé tout les deux également sans faire aucune distinction, comme si nous étions ses fils.

Même si tenter de comparer les nains et les humains de ce côté-là était vain, Bilbo savait que trente-huit ans pour un nain, ça valait à peu près à dix-neuf ans pour un hobbit, et un peu moins de dix pour un humain, donc jeune, un enfant encore.

La croissance des nains étant très lente, ils n'atteignaient leur majorité qu'à soixante-dix ans. Il en allait de même pour la construction de leur esprit et la gestion de leurs émotions qui nécessitaient de longues années avant de se montrer stable et équilibré. Toutefois, à l'inverse, leur capacité d'apprentissage et de compréhension était supérieure à la moyenne très tôt et il n'était pas rare de voir des enfants nains de trente ans posséder un savoir, tant historique, scientifique ou linguistique, équivalent d'un humain de vingt ans, mais sans qu'ils aient le recul et la maturité nécessaire pour le traiter.

— Et… Avec Fili, vous…
— Il n'y a rien entre nous.

Le ton était catégorique et Bilbo n'osa pas en demander plus. Il déglutit et se concentra à nouveau sur ses notes tandis que Kili gardait un silence nerveux. Puis il poussa un juron et, sans ajouter un mot, il sortit de la salle d'un pas précipité. Avant que la porte ne se referme, le hobbit put l'entendre appeler son… Cousin adoptif ? Puis le silence se fit à nouveau et il ne tint que quelques minutes avant de rallumer sa tablette, qui s'était mis en veille, pour continuer ses recherches sur l'emplacement d'Erebor.

oOo

— Thorin… Ce poème pourrait être la clé de la localisation de la Montagne !

Face à Bilbo, qui avait terminé, tard dans la nuit ou tôt dans la matinée, c'est selon, la traduction du texte, Dwalin et Thorin étudiaient la version qu'il leur avait fourni en cachant son petit sourire satisfait, même s'il restait attentif à l'échange. Ces nains en avaient bel et bien après Erebor, ils ne le cachaient même pas… Mais, surtout, ils étaient bien plus avancés que la GITM sur le sujet et possédaient des documents d'une précision que Bilbo n'avait encore jamais étudié...

Si ces deux glandus étaient un minimum dégourdis, ils allaient tirer les mêmes conclusions que lui à propos de l'emplacement d'Erebor, et ils allaient eux aussi faire des recherches, qui les emmèneraient en plein dans la gueule du loup.
Bilbo avait fait en sorte de modifier les données pour que les coordonnées tombent sur une importante et secrète zone de fouilles archéologique, surprotégée par la GITM. Il n'en éprouvait aucune culpabilité et il croisa les bras sur sa poitrine en retenant un une grimace narquoise lorsqu'il vit Dwalin sortir son Smartphone pour lancer exactement les mêmes recherches que lui.
Toutefois, il sentit son cœur se geler lorsque Thorin posa la main sur le poignet du chauve avec un sourire supérieur, avant de regarder le hobbit dans les yeux.

— Ne perds pas ton temps, Dwalin, rien n'est exact.

L'autre écarquilla les yeux, sans comprendre :

— Comment peux-tu en être certain ? C'est tellement cohérent…

Mais, sans répondre, Thorin déchira la feuille, ne manquant pas l'air déconfit du hobbit, toujours assis à son bureau, qui resta pétrifié lorsqu'il s'approcha de lui d'une démarche féline. Sans pitié, il le couvrit de son corps, posant ses mains sur la table, de chaque côté du plus petit qui, après une unique bouffé de son parfum suave et envoutant, certainement une eau de toilette hors de prix et enivrante, retint sa respiration, se sentant prêt à trembler, et il susurra à son oreille :

— Et si l'agent de la GITM cherchait en réalité à nous doubler ?

Court-circuité, Bilbo eut du mal à retrouver l'usage de la parole, toutefois, il parvint à rester stoïque pour se défendre d'une voix blanche :

— Je n'ai fait que vous traduire les divagations d'un vagabond, j'y ai passé la nuit, que vous faut-il de plus ?
— Votre tablette…

Bilbo déglutit et il ne fit pas un geste lorsque Thorin tendit le bras pour attraper l'écran tactile sur la table, qu'il alluma avant de la mettre dans les mains du hobbit :

— Je vous en pris…

Lourdement et en silence, Bilbo la déverrouilla avant que le nain ne s'en empare à nouveau pour étudier l'historique des recherches. Bien entendu, il l'avait effacé, mais quiconque était suffisamment doué en informatique avait le pouvoir de retrouver les dernières pages étudiées. Thorin n'eut besoin que de dix minutes. Dix minutes affreusement longues pour Bilbo qui se vit mourir une dizaine de fois.

Puis le plus grand haussa un sourcil en parcourant les sites que l'historien avait visité, et un souffle ravi se bloqua dans sa gorge.

Enfin. Après toutes ces années, toutes ces recherches… Il n'avait fallu que l'apparition d'un petit hobbit tout à fait inattendue pour qu'ils parviennent enfin à mener leurs travaux à terme. Lui qui s'était résigné à attendre quelques années pour obtenir ce qu'ils venaient de recevoir en une nuit... C'était un cadeau tombé du ciel que leur avait ramené Fili.
Sans s'occuper du cri de protestation de Bilbo, Thorin envoya la tablette à Dwalin, un sourire rayonnant étirait ses lèvres :

— On a de quoi cibler nos recherches. C'est au Nord, de l'autre côté des Monts Brumeux…
— Ça reste vague.
— Moins vague que la Terre du Milieu toute entière…

Furieux de voir sa si précieuse tablette ainsi molestée, Bilbo s'était jeté sur ses pieds, une lueur dangereuse dans le regard.
Mais Thorin posa sa main sur son épaule pour le forcer à se rasseoir, et il lui mit une nouvelle feuille dans les mains en lui parlant d'un ton envoutant :

— Maintenant, Monsieur Sacquet, vous allez nous traduire exactement les mots de ce texte.
— Sacquet ? D'où vous vient ce nom ?

Thorin eut un sourire cruel, aussi cruel que le regard qu'il darda sur lui et que les mots qu'il susurra d'un ton velouté :

— Ça, Bilbo, ce n'est pas ce qui devrait vous inquiéter en premier…

Il était trop proche, c'était déstabilisant. Le hobbit déglutit, mal à l'aise, et il demanda d'une voix sourde :

— Par quoi devrai-je être inquiété ?
— De ce que nous pouvons décider de faire à vos parents adoptifs si jamais vous tentez une nouvelle fois de nous leurrer…

Bilbo ouvrit la bouche, catastrophé par le ton soudain dangereux, mortel et implacable, cloué par ces iris dont le paisible gris avait, encore, laissé place à un bleu furieux et déterminé. Il comprit que Thorin ne bluffait pas et qu'il pouvait réellement faire beaucoup de mal à sa famille d'accueil. Ce n'était pas comme s'il appréciait réellement ses parents, mais il y avait seulement un petit problème dans cette affaire et il fronça les sourcils, l'esprit grillé et le regard vide :

— Mes parents ad… ? Mais… Je ne suis pas adopté !

Thorin haussa un sourcil intrigué face au ton assuré du hobbit, et il lança un regard à Dwalin, qui sonda Bilbo d'un air curieux. Puis un sourire étrange vint fleurir sur ses lèvres et il se pencha sur l'historien qui semblait dérouté :

— Se peut-il que nous en sachions plus sur votre famille que vous-même ? C'est intéressant…

D'un doigt doux, louant les recherches pertinentes que lui avait fourni Gloïn, il caressa la joue pâle de Bilbo qui resta figé.

— Parce que c'est le cas, monsieur Sacquet, les personnes que vous considérez aujourd'hui comme vos parents sont en réalité votre oncle et votre tante…

Le hobbit eut un rire nerveux, puis il leva les yeux pour planter son regard dur dans celui de Thorin.

— Vous mentez.

Le nain soutint son regard, puis il sortit la clé USB que Gloïn lui avait fourni et il la brancha à la petite imprimante de la salle pour en faire sortir quelques papiers, dont sa déclaration de naissance, l'acte d'adoption et quelques articles de journaux locaux qui relataient l'accident de voiture qui avait pris la vie de Bungon Sacquet et Belladonna Touque -Ô ciel, si c'était vrai, il avait du sang Touque dans les veines, ce qui expliquait beaucoup de choses-. Accident dont le seul survivant était leur orphelin de quelques mois.

— Vous n'êtes pas sans savoir que la GITM numérise absolument toutes ses données, sur un serveur qui, si l'ont sait jouer avec les failles de ce genre de chose, n'est pas si hermétique… Retrouver votre identité et les informations qui vous concernent a été un jeu d'enfant pour notre spécialiste en la matière…

Mais Bilbo ne l'écoutait pas. Sous le choc de la révélation, il tentait de démêler ses pensées nouées et empêtrées dans l'incompréhension, un sentiment de vertige et de dénis lui prenait le cœur, mais il sentait, au fond de lui, que c'était la vérité. Et il parla du bout des lèvres :

— S'il vous plait, j'aimerai être seul un moment…

Thorin haussa un sourcil face à l'audace de la demande, mais, voyant sa mine blême et déconfite, il comprit que son prisonnier tombait de haut et qu'apprendre une telle chose de cette manière n'était peut-être pas si facile. Il soupira, hésita un instant, puis désigna la porte d'un signe de tête.

— Sentez-vous libre de retourner dans vos appartements, le troisième étage vous est aussi disponible si vous souhaitez avoir plus d'espace… Monsieur Sacquet-de-Besace

Avec un sourire horripilant, il avait appuyé sur son nom entier, ou, plutôt, celui de ses parents adoptifs, et le hobbit frémit, déboussolé.


oOo
Merci d'avoir lu !

Techniquement, je tiens simplement à indiquer que, si on veut comparer,
La version qu'ils ont du Silmarillon équivaut à notre Odyssée d'Ulysse : une histoire basée sur des faits peut-être réels, mais dont on ne peut avérer la véracité, et des personnages qui font plus partis du Folklore que de l'histoire.
Et Erebor serait un peu comme l'Atlandide : Tout le monde en a entendu parlé, certains l'ont cherché mais, avec le temps, on estime qu'il s'agit plus d'une histoire légendaire que d'un truc concret.

Et merci à tous pour vos reviews !

Les Guests, Une Revenante, Laura, Une Passante, Niobiu et 13, je ne peux pas vous répondre par MP, mais je vous remercie !