Une pluie fine s'écrasait contre l'immense baie vitrée et la totalité des champs du Pelennor était noyée dans une brume lourde, grisâtre et glacée. Beaucoup trainaient dans le hall K, nom donné à l'intégralité du troisième étage, dans un silence maussade.
Avachi dans l'un des canapés, Bilbo lisait un livre, sans s'intéresser aux autres. Il n'appréciait pas particulièrement leur présence, mais il adorait cette salle et, n'étant pas franchement solitaire, avoir la compagnie des nains lui semblait plus agréable que celle des gouttes qui tambourinaient contre la vitre de sa chambre ou de son bureau froid.
Il venait de rendre un texte de trois pages à Thorin, qu'il avait traduit intégralement en deux jours. Il était de plus en plus rapide et à l'aise avec le Khuzdul, en même temps, jamais il n'avait passé autant de temps dessus et la pratique restait le meilleur moyen d'améliorer une langue.
Le grand nain étant trop perspicace pour qu'il s'essaie à nouveau de le duper, il avait filé droit durant ces cinq derniers jours. Cinq jours qu'il n'avait pas vu passer, enfermé dans son bureau, à traduire des documents de plus en plus concis. Il se doutait que Thorin savait grossièrement de quoi traitaient ces textes qu'il lui confiait, mais qu'il avait besoin des traductions exactes que seul Bilbo était capable de lui fournir.
Thorin passait parfois du temps avec lui, surveillant son travail, le questionnant sur ce qu'il pensait de tel ou tel extrait ou bien cherchant à entamer la conversation pour en savoir plus sur lui, mais Bilbo faisait le moindre effort et restait le plus souvent muet, ne parlant que lorsque, excédé, Thorin sortait son arme pour lui coller sur la tempe avant de reprendre nonchalamment la conversation.
Balïn aussi passait le voir et, lui, Bilbo l'accueillait avec plaisir. Frère de l'autre grande brute, le vieux nain au sourire doux était arrivé des Montagnes Bleues deux jours après son enlèvement, lorsqu'il avait appris qu'une personne lisant le Khudzul était parmi eux.
Chimiste reconnu, il avait amené avec lui une jeune naine, Orianne, cousine éloignée de Nori et Dori, qu'il formait à sa science et qui montrait de belles dispositions pour créer des armes explosives et dévastatrices.
Mais, contre toute attente, celui qui passait le plus de temps avec lui était son premier agresseur, Kili, qui venait régulièrement trouver refuge dans son bureau lorsqu'il ne parvenait plus à supporter la présence corrosive du neveu de Thorin.
Pour l'instant, Kili était, lui aussi, dans le hall K et allongé en travers d'un fauteuil dans une position féline, il regardait distraitement la pluie tomber, un casque sur ses oreilles et le regard vague. Balïn et Dwalin discutaient de leur côté tandis que Bofur, Nori et Dori se disputaient dans le coin cuisine sur ce qui sera préparé pour le diner du soir.
Plus loin, Orianne discutait avec Bifur, sans doute sur la meilleure manière de faire exploser un truc, encore, ils s'étaient bien trouvé ces deux là. La jeune naine ne connaissait personne ici avant de venir, même ses cousins éloignés étaient des étrangers pour elle, mais elle avait été bien accueillie – et comment, les naines étaient tellement rares-.
Comme pour toutes les races, orc, hobbits, changeurs de peau… dont la tendance était d'évoluer vers une « humanisation » des standards durant ces derniers millénaires, les nains, si l'on pouvait encore les appeler ainsi, possédaient de moins en moins de différences avec les hommes. Et il en allait de même avec les naines pour les femmes. Les joues glabres, d'épais cheveux fournis, des courbes bien placées, une taille plutôt fine, Orianne aurait pu passer, pour qui ne cherchait pas à la détailler, pour une humaine adolescente bien en chair, bien qu'elle venait d'atteindre la majorité naine, soit les soixante-dix ans.
Pas vraiment concentré, Bilbo laissa son regard errer sur la salle, appréciant cette ambiance chaleureuse et familiale en se disant que, finalement, les nains n'étaient pas si odieux tant qu'ils ne vous tapaient pas dessus et ne vous réduisaient pas en esclavage. Surtout qu'il était maintenant pris au jeu dans cette étude d'Erebor et de sa localisation qui se profilait avec de plus en plus de précision. Ils savaient maintenant qu'elle était située quelque part dans les Terres du Nord, zone montagneuse et déserte, évitée depuis que les peuples orcs et gobelins y avaient élu domicile et que la Forêt Noire, maudite, y avait étendue son ombre.
Et Bilbo ne rechignait plus à la tâche, travaillant de plus en plus tard et commençant de plus en plus tôt, pressé de découvrir enfin où ce cachait ce mythe et mettant tout son cœur à l'ouvrage. Ouvrage qui lui permettait de ne pas penser à Vidalinn, dont le manque était douloureux et, surtout, à sa famille, du moins, à ce qu'il avait pensé être sa famille… Et l'une des raisons principales pour lesquelles il souhaitait partir d'ici au plus vite était, justement, retrouver ceux qui se faisaient passer pour ses parents et exiger des explications.
— Monsieur Sacquet, pouvez-vous venir, s'il vous plait ?
Quoique… Si, les nains étaient horripilants, du moins, un en particulier, et le hobbit leva les yeux au ciel avant de se tourner vers Thorin en retenant un soupir excédé. Le grand nain l'attendait devant l'ascenseur qu'il venait d'appeler et il n'avait certainement pas l'intention de réitérer son ordre, si bien que Bilbo, sans un mot, ferma son livre et se leva pour le rejoindre.
Thorin appuya sur le deuxième sous-sol, où Bilbo n'était encore jamais allé et il haussa un sourcil, intrigué, surtout quand le nain se mit à parler :
— Le traité que vous venez de traduire est certainement la clé qui nous manquait.
— Je ne vois pas en quoi…
— Parce que vous ne connaissez pas la géographie exacte de la région.
Le ton était dédaigneux et Bilbo leva les yeux au ciel. Merci bien, mais il n'était pas ignare sur le sujet non plus.
— Erebor est une Montagne censée se dresser de manière solitaire, loin de tout, or, il ne faut pas être un expert pour savoir qu'il n'y a rien de tel dans les terres du Nord…C'est pas faute d'avoir déjà fouillé entre les Gadolah, les Monts Brumeux ou même, si on cherche plus au Nord, les Montagnes Grises… Aucune Montagne Solitaire n'existe là-bas…
L'ascenseur s'immobilisa et Thorin invita Bilbo à en sortir en continuant avec un sourire indulgent :
— Parce que la géographie aussi a une histoire, monsieur Sacquet… Si vous ne prenez pas en compte la brusque montée de la chaine des Gadolah au quatrième âge, et le tremblement de terre qui a marqué la naissance du deuxième temps, vous serez certain de ne jamais trouver la Montagne Solitaire…
Bilbo écarquilla les yeux et se figea. C'était tellement évident, comment avait-il pu ne pas prendre ce facteur en compte ? Quel abruti !
La où lui cherchait assidument une Montagne Solitaire, loin de tout, Thorin, lui, cherchait à localiser La Montagne noyée dans une chaine qui avait jailli violement au grés des mouvements tectoniques et il avait ainsi balayé les découvertes qui décrivaient le lieu pour ne se concentrer que sur celles qui indiquaient clairement la localisation géographique.
Et le texte que Bilbo venait de traduire était un traité marchand qui concernait aussi une cité humaine, maintenant oubliée, Dale, ainsi que les biens des elfes de Mirkwood, dont le royaume se trouvait plusieurs miles au Nord et… dont les denrées voyageaient par voie fluviale jusqu'à Dale, dressée au pied de la Montagne.
— Si on retrouve la rivière et les traces d'un lac ancien…
— Alors nous serions plus près de cette montagne que personne ne l'a jamais été depuis des millénaires…
Il s'arrêta et Bilbo sonda rapidement la grande salle autour de lui. Elle aussi comportait une immense baie vitrée, ils étaient descendus d'un palier dans Minas Tirith. Il s'agissait certainement de l'armurerie privée des nains. Un dojo d'entrainement se trouvait dans un coin et tout un pan de la pièce était un centre de tir. Beaucoup d'armes étaient accrochées au mur, armes à feu, essentiellement, de dernière génération, il y avait aussi une belle collection d'armes anciennes en acier trempé, lourdes, acérées et massives. Tout un coin était occupé par un établi couvert de plans, d'outils et de fragments de pièces en tout genre, lieu de travail de Bifur, certainement, pour la confection d'armes innovatrices.
Pas vraiment à l'aise dans ce genre d'endroit, lui qui préférait les bibliothèques, Bilbo resta immobile, au centre de la pièce, tandis que Thorin se dirigea vers une alcôve qui comportait une petite étagère débordante de livres et dossiers en tout genre, ainsi qu'un bureau chargé, sur lequel trônait la fameuse carte que Fili avait volé, ainsi que les notes de Bilbo et, d'autres, plus anciennes, dont le papier était jaunis. En s'approchant, le hobbit fronça les sourcils en remarquant qu'ils avaient été éclaboussés par des tâches noirâtres… Du sang ? Vieux de quelques décennies, certes, mais il ne fallait pas être un enquêteur pour comprendre que ces notes avaient été témoins d'un crime, et il se braqua immédiatement, parlant d'une voix méfiante :
— Qu'est-ce que c'est ?
— Ca, monsieur Sacquet, c'est la traduction du texte original… Du moins, le début…
Bilbo s'approcha, les sourcils froncés. Son regard passa sur l'ébauche de traduction, mais il ne comprenait pas de quoi il s'agissait et il se tourna vers le plus grand :
— Le texte original ?
— Il n'apparaît qu'à ceux qui savent le chercher… A un moment précis…
— Quand ?
— Dans quelques heures…
Thorin ne voulait pas en révéler davantage à son ennemi et, frustré, Bilbo lança un regard aux anciennes notes :
— A qui appartient ce sang ?
Le nain sembla interloqué par la question et il envoya un regard surpris au hobbit, qui avait planté ses yeux dans les siens. Bilbo pu ainsi lire le voile amer et douloureux qui couvrit les pupilles de Thorin, mais le plus grand se détourna, le visage soudain sombre.
— Je ne pense pas que vous soyez prêt à entendre cette histoire, monsieur Sacquet.
Comprenant qu'il s'agissait d'un sujet sensible qui ne concernait pas un agent de la GITM, il ne chercha pas à insister et il étudia rapidement la carte originale tandis que Thorin s'adossait à l'établit en croisant les bras.
— Cette nuit, le texte se révélera à nouveau, et nous pourrons, enfin, le traduire et l'étudier dans son intégralité. Ce sera votre dernière contribution…
— Que se passera t-il après ?
— Après ça, nous aurons toutes les données nécessaires pour organiser et entamer nos recherche « sur le terrain »…
— Je veux dire… Pour moi ?
Bilbo avait répondu dans un souffle, le regard rivé sur l'ébauche de texte, discernant les mots « Jour de Durin » « Grive » et « Soleil Couchant », entre autre, et il sentit son cœur se serrer douloureusement lorsqu'il comprit que, après ça, il ne leur sera plus d'aucune utilité et, donc, plus d'aucune valeur. Thorin sembla lire dans ses pensées, car un sourire cruel étira ses lèvres et il s'approcha de lui, joueur, jusqu'à enrouler ses doigts autour de sa gorge :
— Ce que nous ferions d'un Agent Supérieur de la GITM dorénavant inutile, trop fureteur pour son propre bien et qui sait exactement où se trouve notre planque principale, nos effectifs et qui connaît maintenant les coordonnées d'Erebor ?
La prise se resserra soudainement sur sa gorge et Bilbo n'eut que le temps de pousser une exclamation horrifiée lorsque Thorin le fit basculer, pour le plaquer sur la table, se penchant sur lui en susurrant :
— J'espère que vous n'imaginiez pas rentrer chez vous après notre charmante collaboration, monsieur Sacquet…
Sous les doigts du nain, le sang pulsait, paniqué, et Bilbo écarquilla les yeux, parlant d'une voix paniquée :
— Vous… Vous allez me tuer ?
— Pourquoi pas ?
Prédateur, Thorin le couvrit de son corps, s'amusant de voir sa proie coincée entre ses griffes et le hobbit planta son regard affolé dans le sien. Même s'il n'était pas capable de la défendre correctement, il tenait à sa vie et ne semblait pas prêt à la perdre, surtout pas de cette manière. Le plus grand n'eut aucun mal à le lire dans son regard et, d'un doigt doux, il caressa sa joue en étudiant son visage, parlant distraitement :
— Après tout, pourquoi nous encombrerons-nous d'un ennemi tel que vous ?
Bilbo se sentit trembler, mais, soudainement, il retrouva sa pugnacité et il repoussa le nain, qui se redressa, surpris, laissant le hobbit se dérober à lui pour se dresser, les poings serrés et le regard étincelant, de colère, de peur, et de détermination. Bilbo se permis même un sourire insolent et provoquant lorsqu'il cracha avec conviction :
— Dans ce cas, Monsieur, ne comptez pas sur moi pour vous traduire ces derniers mots !
— Voulez-vous que je vous force ?
— Me forcer à signer mon arrêt de mort ? Vous pouvez toujours essayer…
Thorin ne répondit pas, il se contenta de sonder le hobbit qui lui faisait face et ils s'affrontèrent du regard. Avisant la lueur indomptée et comprenant qu'il venait d'être pris dans son propre jeu, Thorin soupira, ce n'était, de toute manière, pas comme s'il avait réellement eu l'intention de se débarrasser du hobbit de cette façon, il n'employait pas les méthodes de la GITM, lui :
— Nous savons où est la Montagne. Cette traduction nous permettra d'y pénétrer… Je vous promets de ne pas attenter à votre vie si vous me fournissez la fin de la traduction de ce texte. Cependant, il est hors de question que vous retrouviez votre liberté pour l'instant et si vous tentez, d'une manière où d'une autre, de contacter la GITM ou ses agents, je vous tuerai sur le champ…
Bilbo déglutit. C'était déjà quelque chose, mais se retrouver coincé avec cette bande de zouaves sans perspective de revoir un jour Vidalinn ne l'enchantait guère, et il prit son inspiration, lui-même surpris de son audace lorsqu'il affirma avec aplomb :
— J'ai d'autres conditions.
— Il n'y pas d'autre condition.
— Je dois au moins revoir ma famille, je veux savoir pourquoi ils ne m'ont jamais parlé de mes parents. Et, surtout, je veux vous accompagner à Erebor.
Thorin écarquilla les yeux et il sonda le plus petit avec un silence interloqué, puis il retint un rire moqueur :
— Vous ? A Erebor ? Vous n'êtes pas sans ignorer qu'il s'agit d'une quête dangereuse et que nous ne sommes même pas certains d'atteindre la Montagne sans risquer nos vies sur la route qui nous y conduira.
— C'est ma troisième condition : Je veux que vous pourvoyez à ma sécurité.
Bilbo déglutit, la gorge sèche et totalement ébahi par son audace, mais pas autant que Thorin, qui fut sous le choc de la demande. Mais le nain se reprit et il lui lança un regard condescendant :
— Vous pensez sérieusement que je compte accepter tout ça ?
— C'est à vous de me dire si vous voulez, ou non, cette traduction.
Le nain en resta bouche bée, puis il sembla réfléchir en étudiant le hobbit qui serra nerveusement les poings. Mais un sourire parfaitement dangereux étira ses lèvres, faisant frémir Bilbo qui se demanda s'il n'était pas en train de faire La connerie de sa vie, et, d'une voix trop douce, il acquiesça :
— Très bien, Monsieur Sacquet, j'accepte. Je vous laisse la vie sauve, et je ferai en sorte de veiller sur votre elle, tant que cela ne portera pas préjudice à notre quête ou à la vie de l'un de nos camarades, lors de notre expédition à Erebor. Pour ce qui est de notre famille, il n'est pour l'instant pas pensable de la contacter, car la GITM l'a certainement mise sous surveillance, mais lorsque a situation sera stabilisée, nous en reparlerons. En échange, vous me donnerez la traduction et m'assurerez de votre total coopération, votre silence et votre loyauté.
Bilbo serra les dents, il avait réussi à grappiller plus que ce qu'il espérait, mais, Thorin, de son côté, était totalement gagnant, car cela signifiait que le hobbit acceptait de passer dans son camp. Coopération, silence et loyauté… Ca, ce n'était pas un compromis, le grand nain, après s'être emparé de l'historien par la force, s'assurait de le garder dans son équipe en lui interdisant de lorgner du côté de la GITM, l'obligeant à leur tourner le dos, tout ça pour Erebor et ses propres problèmes familiaux…
Accepter ces termes, c'était de la trahison.
Ils s'affrontèrent tous les deux du regard et Thorin n'eut aucun mal à lire dans celui de Bilbo que le hobbit ne cèderait pas. Après tout, la GITM en savait probablement plus que lui sur l'histoire de ses parents et elle ne l'empêcherait pas de chercher à joindre sa famille adoptive, et, de plus, il en savait maintenant assez pour permettre à son organisation de trouver Erebor s'il retournait à Fondcombes.
Et, surtout, il était hors de question que l'A.S. ne trahisse la GITM de la sorte. Jusqu'à maintenant, il avait surtout été forcé de collaborer, ce n'était pas comme s'il avait partagé son savoir de son plein gré, mais il n'avait pas l'intention de se vendre à son ennemi pour des raisons qu'il pouvait qualifier de « futiles » car non essentielles à sa vie.
— Je ne trahirai pas les miens au nom d'un nain belliqueux et arrogant, monsieur, quand bien même j'aille beaucoup à y gagner.
— Vous avez aussi beaucoup à perdre si vous refusez.
— Vous aussi… De plus, je ne pense pas être en tord si j'affirme qu'Erebor regorge sans doute de textes, runes et documents en tout genre, mais rien en langue commune… Sans traducteur, vous passerez sans doute à côté de beaucoup de choses…
— Et prendre un ennemi avec moi, qui lorgne sur chaque ouverture pour contacter les siens, ne me sera pas plus utile…
Encore une fois, ils s'affrontèrent du regard dans une confrontation tendue et Bilbo fléchit sensiblement :
— J'accepte de ne rien dire à la GTM, concernant votre groupe, votre localisation et… Erebor.
Il s'était arraché la gorge sur le dernier mot, lui qui aurait tant voulu offrir à son petit-ami une telle découverte, tout comme il lui aurait volontiers offert Thorin, son principal ennemi, mais il ne portait pas encore assez de rancœur contre le nain pour souhaiter sa mort, il désirait simplement partir d'ici et retrouver les siens. Il continua en regardant Thorin dans les yeux, provoquant :
— J'accepte aussi de coopérer tant que cela ne porte pas préjudice à mon organisation. En échange, vous honorez votre marché.
Il avait voulu se montrer catégorique, mais Thorin ne fut absolument pas intimidé et il haussa, encore une fois, un sourcil interloqué face à son audace, avant de laisser échapper un rire condescendant :
— Non. Ce sera ma proposition ou rien, monsieur Sacquet. Je veux votre loyauté envers moi, que vous me promettiez que jamais vous ne tenterez de joindre la GITM ou ses membres, par n'importe quel moyen.
— Je n'ai pas l'intention de passer le reste de ma vie avec vous !
— Vous n'avez pas le loisir de décider de ça. Par contre, vous avez le choix entre être considéré comme l'un des nôtres et nous accompagner, ou bien pourrir en cellule jusqu'à ce que j'estime que votre liberté ne représente plus une menace pour nous. Cela sous condition que vous ne vous montrez pas trop désagréable et que je ne décide pas de vous tuer avant…
Le hobbit sentit sa gorge s'assécher et il pensa immédiatement à Vidalinn, refusant l'idée de ne plus jamais le voir, mais il se rassura en se disant que son amant était un maître de la traque et que ce n'était qu'une question de jours avant qu'il ne le retrouve. Et, sans céder, il resta sur sa position :
— Je ne suis pas une menace… Si vous cessez de me considérer comme une simple prise corvéable à merci, je tâcherai de ne pas compromettre votre groupe et votre quête.
— Vous imaginez sincèrement qu'ils se contenteront de vous récupérer sans vous interroger ?
— Vous ne m'avez pas vraiment mis dans le secret… C'est à peine si je connais l'identité de tous les membres de votre groupe… Tout comme je peux taire le travail sur Erebor et les textes que vous possédez…
Un air sincèrement curieux étincela dans les yeux de Thorin et il étudia plus attentivement le hobbit, qui ne comprit pas la raison d'une telle attention, et le nain reprit la parole :
— Ils savent que ça concerne Erebor. Ca a toujours concerné Erebor, de toute manière… Et le lien entre l'avancé de nos découvertes et le vol de la carte a certainement été fait sur le champs… Vous ne pourrez pas leur cacher ça…
— Je pourrais toujours dire que-
— Vous n'avez donc aucune conscience des méthodes qu'utilisent les gens pour qui vous travaillez ?
Le ton, qui ne se voulait pas incisif, était extrêmement curieux, et, épinglé par ce regard poignant, Bilbo fronça les sourcils, sans comprendre de quoi parlait le nain et il resta silencieux. Il ne s'était jamais vraiment intéressé aux autres branches que celle qui concernait les recherches historiques et culturelles, ainsi que celle que dirigeait Vidalinn.
Mais, même si son petit-ami faisait souvent recours à la violence et était parfois amené à tuer, ça avait toujours été pour se défendre et défendre les agents de la GITM qui travaillaient beaucoup en zones dangereuses et non pacifiées par les états fédérés. Thorin lu son trouble et il continua de le sonder avec une nouvelle lueur dans le regard, mais, soudainement, celui-ci s'assombrit considérablement avant de se tourner vers les traductions tachées de sang qui trônaient sur la surface plane.
— Vous parlerez, monsieur Sacquet. Que vous le voulez ou non, si jamais la GITM vous retrouve, vous leur direz tout ce qu'ils doivent entendre.
— Que voulez-vous dire ?
— Rien de plus que ce que vous devez comprendre : Votre liberté est une menace pour nous…
Le hobbit fronça les sourcils, mais Thorin ne semblait pas vouloir en dire plus, piquant le plus petit qui se braqua :
— La GTM est une organisation pacifique qui cherche avant tout à protéger les trésors de ce monde ! Trésors que vous convoitez aussi pour votre propre gain et au prix de nombreuses vies saccagées !
Thorin eut un ricanement narquois et il ramassa les notes et travaux déjà entamés qu'il mit dans les bras du plus petit, avant de se diriger vers l'ascenseur, priant le hobbit de l'accompagner :
— Je ne chercherai pas à vous convaincre du contraire, après tout, que vaudra ma parole contre celle des vôtres ?
Bilbo opina sans un mot, la mâchoire crispée, et Thorin continua après avoir appuyé sur le bouton du troisième étage :
— Mais je vous laisse jusqu'à ce soir pour considérer ma proposition, il n'y en aura pas d'autre.
— Et si je refuse ?
— Alors je me passerai de vos services.
— Vous me tuerez ?
Les portes s'ouvrirent à ce moment et, sans s'intéresser d'avantage à lui, Thorin avança dans le hall K, plantant le hobbit qui serra les dents. Dangereux, haïssable, exaspérant mais ô combien fascinant… Il le détestait, mais il se détestait plus encore d'être si attiré par ce mystérieux leader nain qu'il ne parvenait pas à haïr comme il le voudrait. Il s'en voulait aussi car il sentait sa détermination flancher et il hésitait sincèrement à accepter le marché de Thorin, et ça, c'était pas bon.
Non pas qu'il pense consciemment à trahir la GITM pour le nain…
Mécaniquement, il retourna dans la pièce qui lui était confiée pour lire et étudier les annotations inachevées, mais c'était trop flou pour qu'il en puise quelque chose.
Il soupira, sans savoir quoi faire, tous les textes que lui avait donnés Thorin avaient été traduits, la connexion de sa tablette était trop restreinte pour qu'il ait envie d'aller ramer sur internet et il avait besoin du reste du texte original pour aller plus loin dans la traduction et comprendre de quoi il était question. Il pesta contre le nain en se rendant compte que, simplement en lui fournissant ces études, il avait piqué sa curiosité et il était impensable qu'il refuse de traduire ce dernier texte, tout comme il désirait tellement se rendre à Erebor qu'il se sentait capable de tourner le dos à la GITM s'il s'avérait que Thorin s'y rendait prochainement.
Ennuyé, il s'adossa à sa chaise, perdu dans ses pensées, mais, à peine quelques minutes plus tard, on toqua à la porte et Bilbo n'eut même pas besoin de se tourner vers le nouvel arrivant pour savoir qu'il s'agissait de Kili. Le jeune brun, la mine sombre, vint s'asseoir face à lui en jetant, comme d'habitude, un regard distrait sur la table.
Toutefois, cette fois-ci, ses yeux s'écarquillèrent et il perdit subitement ses couleurs lorsqu'il vit les notes tachées de sang et il resta comme pétrifié.
— Kili ? Il y a un problème ?
Le jeune nain sembla ramené à la réalité par la voix de Bilbo et il s'arracha de la contemplation des feuilles pour planter son regard désorienté dans celui du hobbit.
— Je… Je ne sais pas, c'est étrange… Ces papiers me disent quelque chose.
Il s'en empara pour les sonder, puis il fit la moue en les reposant. L'historien ne manqua pas son trouble, mais, sans savoir quoi dire, il resta silencieux. Il vit de quelle manière Kili s'empara d'autres feuilles intégralement recouvertes de Khuzdul, qu'il chercha à déchiffrer vainement, puis le hobbit eut un sourire doux :
— Veux-tu que je t'enseigne les rudiments ?
— Tu n'as pas des traductions à faire ?
— Non. Tout est fini…
Kili leva son regard si expressif vers lui et il fronça les sourcils. Bilbo fut surpris de voir une étincelle inquiète et désolée dans ses yeux, mais il grimaça en haussant les épaules :
— Thorin n'a pas l'intention de se débarrasser de moi, pour l'instant…
Cette fois-ci, le visage sombre s'éclaira franchement, réchauffant le cœur de Bilbo qui comprit qu'il avait gagné un ami ici, et que Kili avait craint que Thorin n'abrège sa vie sitôt son travail accompli. Le jeune brun accepta immédiatement sa proposition, et le hobbit passa l'heure à lui apprendre l'alphabet, puis l'après-midi à lui faire découvrir la construction des mots, les formes syllabiques se greffant sur des racines consonantiques qui donnait le sens, les syllabes donnaient le genre, la forme ou le temps. A sa plus grande surprise, Kili en assimila les bases avec une facilité déconcertante. Il se montra même capable de lire un texte au bout de trois heures, bluffant Bilbo qui, même chez les nains, n'avait jamais vu personne intégrer aussi rapidement cet alphabet si difficile.
Ce n'était pourtant pas faute d'avoir tenté d'instruire ses collègues, mais il savait maintenant, d'expérience, que si l'oral restait à peu près à porté de ceux qui se donnent la peine de l'étudier, l'écrit, quant à lui, était réellement ardu et quasi impossible à maitriser si on ne lui consacrait pas quelques années de sa vie.
Merci d'avoir lu !
Alors, effectivement, je conçois que Thorin n'est pas tendre dans le chapitre précédent (ni dans les suivants d'ailleurs),
Mais n'oublions pas que Bilbo est son ennemi, que son bien-être lui est totalement futile, et qu'il ne le garde en vie que pour les traductions !
Encore et toujours, je remercie tous les reviewers,
Je vous aime fort fort !
Et à la semaine prochaine !
