Tu es un traitre, Bilbo… Tu avais le choix… Tu aurais pu lui résister, tu aurais lui résister.

Empêtré dans son sommeil, Bilbo serra les poings, les sourcils froncés.

Il est l'ennemi de la GITM, il est celui qui a mutilé Vidalinn, il t'a séquestré et menacé de mort… Pourquoi n'as-tu pas résisté ? Les informations que tu lui as fournies auraient dues être partagées à la GITM à tout prix, même celui de ta vie. N'as-tu donc pas appris ta leçon ?

Le hobbit se retourna sèchement, repoussant l'oreiller et expirant un long soupir peiné.

Il prend maintenant de l'avance, les tiens sont sur le carreau, par ta faute, par ta trahison… Comment expliqueras-tu cela à tes supérieurs, à Vidalinn ? N'essaie même pas de leur dire que tu tentes d'amadouer les nains pour les prendre à revers au dernier moment, ils ne te croiront pas. Car tu ne sais pas mentir…

Encore endormi, Bilbo déglutit et retrouva son oreiller à tâtons pour plonger son visage dessous.

Ils te demanderont pourquoi tu ne t'es pas montré plus déterminé face à eux, pourquoi tu as proposé au fils adoptif de ton ennemi d'apprendre cette langue secrète, pourquoi tu t'es autant impliqué dans ces recherches…
Que leur diras-tu ?

Est-ce seulement pour Erebor ?

Inspirant brusquement, Bilbo se redressa, les yeux écarquillés.
Ce terrible sentiment qui lui comprimait la poitrine depuis qu'il avait abdiqué face à Thorin resserra immédiatement son étau, lui donnant l'impression d'étouffer et il se leva pour ouvrir la lucarne avec urgence.

A ce moment, il aurait été prêt à beaucoup de chose pour une simple cigarette. Évacuer la pression avec l'herbe de la Comté, ça avait toujours été la meilleure chose à faire.
Malgré les reproches de Vidalinn qui se plaignait de le voir trop fumer, le plus petit venait tout de même de passer les derniers jours sans inspirer la moindre bouffée de tabac et il commençait seulement à en sentir le manque. Il soupira en laissant son regard se perdre dans la superbe ville encore endormie, appréciant peu le goût de la faute qui stagnait dans son palais.

Il ne s'était pas montré présomptueux, la vieille, lorsqu'il avait tenté de faire dire à Thorin que les nains lui devaient beaucoup. C'était simplement l'effarante réalité : Il avait permis à ses ennemis de prendre une avance considérable sur la GITM et, le pire, c'était qu'il n'allait pas en rester là…

Il avait changé de camps, tout simplement, à moins qu'il ne trouve un moyen, certainement très fourbe, de prendre la tangente et retrouver les siens.
Car, après tout, c'était tout ce qu'il voulait, n'est-ce pas ?

Mais il avait donné sa parole…

Il grimaça en plongeant une main dans sa tignasse et, conscient qu'il était trop tard pour se rendormir mais trop tôt pour commencer décemment la journée, il attrapa un livre en Khudzul que Thorïn lui avait confié « En remerciement de son implication ». Connard.

Un ouvrage aussi sobre que les runes qui composaient sa langue, très lourd, à l'épaisse couverture qui semblait de granite, mais dont les pages étaient fines et légère. Il était globalement bien conservé, du moins, il était intégralement lisible, ce qui était très rare pour une relique de cet âge car, sans même le dater scientifiquement, l'historien n'eut aucun mal à définir qu'il ne s'agissait pas de ce temps-là, ni-même du précédent…

Il était trop tôt pour dire exactement de quoi il était question à l'intérieur, s'il s'agissait d'un recueil de lois ou bien de chants dont ce peuple était si friand, d'une geste fictionnelle ou de certains faits historiques... Bilbo espérait qu'il s'agissait du dernier cas, mais il était conscient que la lecture entière se présentait comme une tâche ardue qui s'étendrait sur plusieurs années. Peut-être même qu'une vie ne suffirait pas à le traduire intégralement. Il lui faudrait trouver un moyen d'embarquer ce trésor lorsque viendra le moment de se séparer des nains. Après tout, même s'il s'agissait, apparemment, d'un héritage auquel il tenait, Thorin n'en avait aucun usage…

Toutefois, il ne parvint pas à se concentrer sur la lecture, son esprit restait obnubilé par les récentes découvertes et, en lui tournoyait la courte phrase que la Lune avait révélée : « Tenez-vous près de la pierre grise quand la grive frappera. Et le soleil couchant, avec la dernière lueur du jour de Durin, brillera sur la serrure». C'était tellement énorme mais peu à la fois qu'il ne savait pas quoi en penser.

C'était plus un bon qu'un pas en avant et, pourtant, il avait l'impression d'avoir reculé significativement sans savoir pourquoi. C'était comme si leur objectif s'était éloigné d'eux au moment où il avait traduit ces mots, alors que, pourtant, rien de très- Ho… Putentraille, comment était-il passé à côté de ça ?

Trouver la serrure était une chose. Encore fallait-il pouvoir l'actionner avec une clé adéquate…

Il pinça les lèvres, soudain parfaitement réveillé et son cerveau opérationnel, puis il attrapa sa tablette. Il hésita un instant à contacter Thorin pour lui poser la question, n'éprouvant absolument aucune pitié pour le sommeil de monsieur le génie de l'histoire et des lettres, mais il se reprit sèchement, furieux de s'être autorisé à songer interroger ce nain prétentieux en premier.

Il tenta une recherche sur le réseau du JCP, après tout, ils avaient extraient tellement de choses sur tellement de terrains de fouilles que l'hypothèse se valait, mais il lui fut impossible de se connecter à internet et il se souvint que sa chambre était équipée d'un brouilleur d'ondes. Foutus nains…

Il se résolu donc à attendre une heure un peu plus décente en se concentrant sur le calcul de la date exacte, hésitant, pour la forme, à truquer ses données et lancer Thorin sur une mauvaise piste. Juste comme ça, pour le plaisir de le voir patiner. Mais l'importance de la découverte était de taille et l'historien ne voulait pas passer à côté, quand bien même il devait faire avec ce nain horripilant.

Toutefois, comme d'habitude, il se trouva rapidement pris dans ses recherches et ne vit pas le temps passer, si bien que le jour se leva sans qu'il ne s'en aperçoive, mais la question de la clé le taraudait toujours et il finit par abandonner ses calculs pour rejoindre le bureau qui lui était confié afin de se connecter à internet. Il se faufila immédiatement sur la base de données de la GITM et passa un long moment à étudier l'inventaire Khazad. Comme il fallait s'y attendre, des clés, il y en avait par dizaines, de toute taille et de toute époques, et le hobbit sentit très rapidement une migraine désagréable lui marteler le crâne face à la profondeur vertigineuse de cette simple quête.
Bien entendu, le plus simple serait de demander l'avis de Thorin… Mais la fierté de l'agent supérieur freinait vigoureusement et il se contraint à fouiller les archives numériques pour voir s'il n'y trouvait rien d'interpellant.

Toutefois, il fut clair que la tâche était infructueuse et il abandonna en soupirant, ressentant, une nouvelle fois, une forte envie de fumer. Il l'oblitéra et passa à autre chose, du moins, il le voulut, mais Thorin pénétra dans la pièce à ce moment :

— Où en êtes-vous ?

Pas même une salutation ou bien une introduction, ce mec était détestable et il n'eut pas besoin de plus pour mettre le hobbit dans une sale humeur… Du moins, pire qu'il ne l'était déjà.

— Pas très loin, mais il faut bien qu'il y en ait un qui fasse bouger les choses…

Il avait sur la table les feuilles de calculs qu'il avait avancé tôt dans la matinée, ou bien tard dans la nuit, et le nain s'en approcha pour les étudier distraitement.

— Les maths et l'astronomie, ce ne sont pas votre fort…
— Pardon de ne pas être un génie en tout comme certains ici… Je vous ai déjà dit que mes domaines d'étude sont l'histoire et les langues anciennes…
— Ça, oui… Et la sournoiserie…

Sans ajouter un mot, il attrapa la tablette qui était restée en veille sur la table et, à la plus grande surprise du hobbit, il tapa rapidement le mot de passe, valide du premier coup, et Bilbo soupira en croisant les bras, patientant en tapant du pied le temps que le nain étudie ses dernières recherches. Comme un glandu, il n'avait même pas pris le soin d'effacer l'historique ou de fermer les dossiers de son agence.
Alors qu'il commençait pourtant à cerner son ravisseur.
Thorin eut un sourire ravi en faisant défiler les photos d'archive de la GITM, prenant soin d'étudier chacune des clés :

— Je me demandais si vous finiriez par comprendre le principe de la serrure…

Le ton était condescendant et Bilbo râla sombrement, sans répondre. Il n'avait eu besoin que d'une journée et une nuit, que lui fallait-il de plus ?

A l'instar du hobbit, le brun comprit rapidement l'ampleur de la tâche qui les attendait lorsqu'il vit la masse d'objets possédés par l'organisation, et il soupira, avant d'envoyer les données dans sa propre boîte mail.

— Il se peut que la GITM n'ait jamais mis la main dessus…

Le nain fit la moue à réflexion de Bilbo, et il répondit fermement :

— S'ils ne l'ont pas, alors elle est perdue.

Sèchement, il reposa la tablette sur la table et Bilbo la récupéra en haussant un sourcil :

— De toute manière, même si elle se trouvait à Fondcombe, que feriez-vous ?
— Vous en doutez ?

Il avait répondu en se tournant vers lui, le sondant de son regard railleur et l'historien détourna le sien en sifflant à travers ses dents :

— Et après, vous vous étonnez qu'on ne vous aime pas… Si vous passez votre temps à voler le fruit de notre travail…

Le hobbit avait répondu en maugréant pour lui même, malheureusement, Thorin l'entendit et il se redressa, le regard soudain électrique :

— Ces objets appartiennent à la race des nains ! Et je doute que vous soyez véritablement conscient des méthodes… D'extraction, de vos collègues…

Et voilà… Il avait énervé Thorin. Encore…
Le bon point, c'était qu'ils étaient maintenant deux à être d'une humeur exécrable.
Il était peut-être temps de se taire, maintenant. Ou pas.

— Vu vos propres méthodes, vous ne pouvez décemment pas vous faire passer pour la victime !

Thorin lui envoya un regard noir, si bien que Bilbo se demanda un instant s'il n'était pas censé craindre quelque chose. Genre sa vie.
Mais il ne parvenait pas à se sentir réellement menacé, non pas qu'il avait pleine confiance en Thorin, mais il n'avait pas l'impression que celui-ci soit capable de lui faire du mal.
Donc oui, au fond, il avait confiance en lui. Merde.
C'est pourquoi il garda son aplomb, face au nain qui se hérissa dangereusement. Diantre, mais qui avait-il déjà rencontré avant lui pour que cette mimique agacée qui ourla le coin de ses lèvres lui soit si familière ?

— Ne parlez pas de ces choses que vous ignorez, monsieur Sacquet…

Holala, la voix était descendue d'une octave. Ce n'était pas possible. Comment pouvait-on être aussi sexy et aussi chiant à la fois ? Mais, à défaut d'être sexy, Bilbo décida de rivaliser sur le terrain de la chiantise, après tout, sa nuit avait été bien trop courte et pénible pour qu'il soit d'humeur à fermer sa gueule.

— Que dois-je ignorer ? Ces agents que vous avez tués, ou emprisonné, pour récupérer votre si précieuse carte ? Ou bien toutes ces crémations de mes collègues auxquelles j'ai assisté, après qu'ils se soient fait descendre par vous ou vos semblables ? Sans parler de ceux que vous avez mutilé…

Et oui. Aussi. Quitte à venger au moins un truc, autant que ce soit l'œil de Vidalinn…

— Dwalin, Balin… Nori et Dori… Kili… Fili…
— Plait-il ?
— Ce sont vos collègues qui ont fait d'eux des orphelins… Pour ne citer qu'un seul des sévices que certains ont vécu… Ils n'avaient pas demandé à être pris dans une guerre qui a lieu simplement parce que la convoitise de la GITM n'a aucune limite.

Bilbo grimaça, sans savoir quoi répondre. Il n'allait pas non plus justifier qu'il y avait des morts dans les deux camps, ce serait excuser la violence et il était censé, lui, être un non violent. Mais, même s'il était maintenant un traitre pour avoir délibérément choisit de collaborer avec lui, il ne pouvait décemment pas cracher sur la GITM ou même donner raison au plus grand sans chercher à se défendre.

— Convoitise que vous ne pouvez reprocher, vous que vous aussi êtes prêt à tout pour-
— Pour rendre à mon peuple la dignité qui lui a été arrachée en même temps qu'on lui a pris sa richesse, ses royaumes et sa légitimité !

Il avait feulé sur Bilbo en l'attrapant au col, irradiant de cette rage née de l'impuissance et de l'amertume que le hobbit voyait parfois en lui.
Cette fois-ci, franchement, intimidé, l'historien en perdit sa verve alors qu'il était épinglé par le regard orageux du plus grand et, discrètement, il fit glisser sa main sur la table derrière lui pour trouver de quoi se défendre, au cas où.
Thorin le vit attraper fermement la paire de ciseaux et, sans se sentir menacé, il soupira et le relâcha en grinçant des dents, avant de faire demi-tour pour s'éloigner sans un mot.
Blême, Bilbo le regarda quitter la pièce, se trouvant pathétique avec sa petite arme improvisée, mais il gardait en tête que, quoiqu'il arrive, Thorin était son ennemi, il ne devait pas baisser sa garde.

Il fit la moue en reposant les ciseaux, se disant brièvement que la dernière excuse du nain était certainement recevable. Après tout, personne n'ignorait que, mis à part les Montagnes bleues, dont la famille royale avait été intégralement décimée dans un attentat il y a quelques décennies, les nains ne possédaient plus le moindre royaume ici bas, et la quasi totalité de la population était très mal vue par les autres races qui acceptaient peu leur présence et leur tombait dessus au moindre écart.
Mais… « Rendre à mon peuple »… Il était peut-être un peu mégalo, l'autre corniaud…
Ce n'est pas parce qu'on a du sang de Durin dans les veines et que la famille royale n'existe plus qu'on doit systématiquement se sentir responsable de l'intégralité d'une race…

Il resta un instant interdit à fixer bêtement la porte close, puis il fit la première chose qui lui vint à l'esprit : il changea le mot de passe de sa tablette pour le remplacer par un simple « Vas te faire pendre ».
Immature, puérile et inutile, mais ça le soulagea considérablement et il avait hâte de voir la tête que ferait la nain la prochaine fois qu'il tenterait de lire par dessus son épaule pour craquer sa tablette.

Kili le rejoignit peu de temps après pour une séance de Khudzul bienvenue, lui permettant de penser à autre chose et de passer un moment en bonne compagnie.

oOo

Au fil des jours, Kili se trouva pris de passion pour le Khuzdul, si bien que, ses journées, il les passa enfermé avec l'historien. Parfois Balïn aussi, se greffait aux séances pour étudier cette langue, mais il ne pouvait suivre la cadence du plus jeune et il apprenait à son rythme, aidé par Bilbo qui s'adaptait à ses élèves.

— Non, en fait, le participe fonctionne comme un nom ou une base verbale, il peut être le sujet, l'adjectif ou bien le verbe de la phrase.
— Comment fais-tu la différence, dans ce cas ?

Bilbo serra les lèvres, tentant de trouver une nouvelle manière de formuler ce concept si flou, qui n'appartenait à aucune autre langue, pour l'expliquer patiemment à Balïn, mais Kili, avachi dans le canapé de la salle, lui répondit d'une voix distraite en feuilletant un magasine :

— Le participe se comporte pratiquement comme un adjectif, pour peu que l'on s'intéresse à sa syntaxe et sa flexion… La racine de trois consonnes reste la même, le seul truc qui change, c'est les voyelles sur les deux derniers mots… Si tu as un « I » et un « O », alors c'est un verbe, si tu as deux « A », c'est un nom et si ça s'accorde en genre et en nombre, alors c'est un adjectif…

Tout était dit et, sans ajouter un mot, Bilbo lança navré un regard à Balïn qui soupira de désespoir. Le vieux nain ne parvenait pas encore à faire la différence entre un « Â » ou un « O » et il ne maitrisait pas suffisamment l'alphabet pour cerner exactement le sens des mots. Kili sentit son trouble et il vint s'asseoir à côté de lui pour lui expliquer avec plus de patience ce que Bilbo ne parvenait pas à lui faire comprendre.

Il s'installa en remontant ses manches, dévoilant ses avant-bras fermes dont un poignet portait une étrange marque, certainement une cicatrice apposée au fer chauffé à blanc, vu sa netteté : une arme couronnée à trois lames convexes, dont le centre était un œil mi-clos. Le brun attrapa le stylo du vieux nain sans voir le regard soudain effaré que Bilbo lança à l'ancienne blessure. Regard que Balïn ne manqua pas et qui rapidement, se tourna vers Kili avec un sourire avenant :

— Je pense qu'il est temps de faire une pause… Et si tu nous ramenais un petit thermos de thé ? Rien de mieux pour faciliter la concentration.

Kili lui lança un regard troublé, mais il ne chercha pas à discuter et il sortit de la salle d'un pas nonchalant. Un court silence s'étendit, avant que Bilbo ne parle d'une voix vacillante :

— Cette marque…
— Il ne sait pas d'où elle vient, et je pense que Thorin vous sera très reconnaissant de ne pas chercher à aborder le sujet avec Kili…

Bilbo referma la bouche, autant surpris par ce qu'il venait de découvrir que par la menace grave, protectrice et mortelle qui roula dans la gorge du vieux nain, soudain agressif . Très agressif, voire même intimidant, malgré son vieil âge et son aspect doux.

La marque que Kili possédait était signée par la GITM, il n'en doutait pas, car il s'agissait de son blason, qu'elle apposait à chacun de ses membres, lui même avait la sienne, posée à l'encre noire, et il sentait que Balïn était parfaitement conscient de ce fait.

— Quel intérêt la GITM lui trouve-t-elle ?

Le nain sembla réticent à parler, lui lançant un furtif regard méfiant, comme s'il le jaugeait. Mais, après avoir pesé le pour et le contre, il parla en pesant ses mots, le sondant attentivement :

— Vous ne le devinez pas ?

Muet, Bilbo fronça les sourcils, sans comprendre et, Balïn détourna les yeux en pinçant les lèvres.

— Vous savez, Bilbo, la GITM possède des secrets dont même ses membres les plus investis ne se doutent pas.

N'oubliant pas qu'il parlait à un ennemi, Bilbo se contenta de froncer les sourcils, mais, sans surprise, les mots de Balïn avaient plus d'impact que ceux de Thorin, puisque, de toute manière, il avait décidé de rejeter tout ce que le grand nain lui dirait… et le hobbit tiqua avant de demander d'un ton curieux :

— Quel est le lien entre ces secrets et Kili ?

Déstabilisé et l'esprit en ébullition, Bilbo cherchait à comprendre.
L'organisation ne marquait pas si facilement, il fallait au moins que Kili leur ai été indispensable à un moment pour mériter un tel traitement, ou bien qu'il ait travaillé pour eux, ce qui était peu probable. Surtout qu'il n'avait entendu parler d'une collaboration avec des nains, ni même de prisonniers de cette race.

La GITM ne traitait tout simplement pas avec eux. Elle se défendait lorsqu'ils l'attaquaient, certes, mais elle ne faisait pas de prisonnier, pas d'allié et encore moins d'amis parmi eux.
Balïn l'étudia un instant avant de soupirer :

— Cela fait combien de temps que vous travaillez pour eux ?
— Depuis bientôt sept ans. Et jamais je n'ai entendu dire qu'un nain avait été engagé par l'organisation…
— C'est pourtant déjà arrivé plusieurs fois… Mais Kili n'a pas été engagé… Du moins, ça ne s'est pas fait de son plein gré…

Bilbo haussa un sourcil en sondant le vieux nain, pas vraiment prêt à accepté le sous-entendu, mais celui-ci grimaça puis, le regard triste et sombre, il attrapa sur la table les anciennes notes de traduction qui étaient tachées de sang, avant de parler d'une voix enrouée de colère :

— A trente ans, Kili savait lire et comprenait à la perfection le Khuzdul… En année humaine, du moins, en âge mental et non en expérience, cela correspond peut-être à sept ans, ou plus, je ne me rends pas compte. Nos enfants peuvent apprendre très tôt à lire et écrire… Bref, Kili était l'une des seules personnes encore en vie et dont nous ayons connaissance, à maitriser parfaitement cette écriture. Les rumeurs disaient même qu'il savait où se trouvait Erebor, qu'il y avait déjà mis les pieds...

Il se tut, le regard fuyant, avant de reprendre avec regret sans aviser le visage profondément choqué du hobbit :

— J'ai honte à le dire, maintenant, mais… On se l'est tous arraché… Tous… Nains, humains, mercenaires, et même certains gouvernements… Pour ce savoir… Parce que tellement de textes, cartes et inscriptions naines cachent de somptueux trésors, il y a de quoi en perdre la tête… Et cette Montagne Légendaire… Même vous, pourtant si droit, êtes prêt à renier beaucoup de choses pour elle… Mais, surtout… Il y avait cette vieille prophétie…
— Prophétie ?

Balïn balaya la question d'un revers de main, n'y prêtant guère attention, et, à nouveau, il eut un silence, conscient qu'il parlait à son ennemi, mais il ne pouvait plus s'arrêter et il planta son regard dur dans celui de Bilbo :

— Mais c'est la GITM qui l'a eu en premier. Il y a passé quelques années avant que Thorin ne parvienne à leur "voler". Et, croyez moi, qu'il ne se souvienne plus des années qu'il y a passé est une très bonne chose pour lui.

Bilbo écarquilla les yeux, refusant de comprendre l'insinuation qui concernait les sévices qu'avait certainement subit le plus jeune, mais Balïn continua d'un ton froid :

— Bien entendu, notre idée première était de récupérer Kili pour ses talents, à l'instar des autres organisations, naines ou humaines, qui tentaient, elles aussi, de mettre la main sur lui, et sur la carte, dans cette course folle pour Erebor et les richesses naines. Mais… L'état dans lequel il… Pour un enfant… Thorin a préféré l'adopter et le nommer son fils, sans hésiter, puis le faire disparaître aux yeux du monde… Avec Fili, ils ont fait en sorte de lui faire oublier son enfance et le protéger de la menace qui pesait sur lui… Qui pèse encore sur lui, d'ailleurs, surtout s'il se familiarise à nouveau avec le Khudzul… Plutôt qu'exploiter ce savoir à son tour.
— Pourquoi ? Que lui avons-n… Que lui a fait la GITM ?
— Ce que font des gens sans scrupule et sans pitié lorsqu'ils veulent absolument obtenir quelque chose, qu'importent les moyens.
— C'est… C'est impossible, jamais la GITM ne ferait le moindre mal à un enfant !

Balïn lui envoya un regard navré, mais il ne répondit pas, car Kili arriva à ce moment, avec un thermos fumant et trois tasses qu'il posa sur la table avant de s'asseoir, pressé de continuer à étudier cette langue qui semblait ne posséder aucun secret pour lui.


oOo

Merci d'avoir lu !

A partir de maintenant, le rythme va grandement changer, les chaqpitres seront plus longs et chacun aura son lot d'action et de révélations ;)
Les vacances à Minas Tirith sont bientôt terminées...

Je remercie, encore et toujours, les reviewers, c'est toujours un plaisir !