D'abord, ses parents, qui n'étaient pas ses parents et, maintenant, la GITM, qui n'avait plus l'air aussi clean qu'il l'avait cru jusqu'à maintenant… Après, encore fallait-il qu'il se fie à la parole d'un nain…
Mais un nain qui n'était pas Thorin, c'était déjà plus facile à croire…
Sans oublier que, à la lumière de ces révélations, il commençait à comprendre cette relation étrange qu'entretenaient es deux frères adoptifs. Les choses avaient certainement dérapés plus d'une fois entre eux.
D'un côté, Fili, qui avait grandi avec Thorin, son père, qui l'élevait depuis sa naissance. Une vie qui n'avait certainement pas été simple pour l'enfant adopté, orphelin de ses deux parents qu'il n'avait, sans doute, jamais rencontré. Son oncle était la seule figure parentale qu'il n'avait jamais eue, mais, au moins, lui avait eu quelque chose de stable.
Jusqu'à ce que Kili apparaisse dans leur vie.
Comment réagir lorsque l'on se retrouve propulsé dans le rôle du grand-frère du jour au lendemain ? Partager soudainement tout ce que l'on a avec un étranger inconnu, à peine plus jeune que soit, déjà heurté par la vie, mais qui possédait encore la rage d'exister…
Et comment, alors que l'on n'est qu'un enfant à peine réchappé aux pires horreurs, se faire une place dans un duo aussi farouche ?
Bilbo ne pouvait s'empêcher de se demander comment les choses s'étaient passées entre Fili et Kili, au début. S'étaient-ils appréciés au premier contact ? Avaient-ils eu besoin de temps avant d'accepter la présence l'un de l'autre ? Les sentiments qu'ils s'étaient retournés -qu'ils se retournaient encore- avaient-ils pris le temps d'éclore et de s'épanouir ou bien s'étaient-ils imposés brusquement ?
Ils s'aimaient encore, cela crevait les yeux, même pour Bilbo qui ne les connaissait pas si bien, et, pourtant, aucun des deux n'était capable de faire face à cet amour.
Ce qui, si ce que lui avait appris Balïn était juste, était, finalement, compréhensible.
Fili, suivant Thorin dans sa guerre et son existence tourmentée, n'avait certainement jamais connu la paix, la sécurité et la tendresse. L'amour paternel, peut-être. Mais pas cette chaleur douce et intime, cette chose réconfortante que l'on ne pouvait partager que si l'on y avait soi-même gouté.
Fili avait certainement tout appris de l'amour avec Kili. Qui n'était pas plus renseigné que lui sur le sujet.
Pourchassé avant de se faire attraper par la GITM, l'insécurité et la peur, Kili les connaissait aussi. Mais lui avait, en plus, appris la douleur. Arraché à ses parents, dont il avait sûrement été témoin de leur torture et de leur mort, se retrouvant seul face à l'horreur, qu'il avait ensuite oublié une fois adopté par Thorin, il avait en lui un gouffre béant de cauchemars et d'incertitudes. Comment Fili aurait-il pu combler ça ?
Bilbo voyait bien qu'il faisait des efforts monstrueux en ce moment pour rattraper les choses, mais il ne s'appuyait que sur du vent, il n'avait aucune idée quant à la meilleure chose à faire pour combler le plus jeune qui lui échappait chaque jour un peu plus.
Aucun des deux n'avait été capable de guider l'autre dans cette aventure qui aurait pu leur apporter tellement… Tous les deux, mutilés dans leurs sentiments, s'étaient retrouvés démunis et n'avaient pu assumer cette chose qui les dépassaient et qui, finalement, s'était retourné contre eux.
D'ailleurs, ils n'étaient certainement pas les seuls à être des handicapés des sentiments, dans cette fichue famille…
Thorin ne leur avait certainement pas été d'une grande aide dans ce domaine…
Le front collé à la vitre de la baie du hall K, Bilbo fit la moue en essayant d'imaginer comment le leader nain avait réagi à ça… S'il avait essayé d'en parler avec ses fils. De leur expliquer ce qu'ils étaient en train de vivre…
Mais, après tout, pour parler d'une chose pareille, encore fallait-il être expérimenté dans le domaine et le hobbit grimaça après avoir essayé d'imaginer le nain en couple.
Au moins une fois. Même par accident.
Ce n'était pas possible. Un mec comme lui ne pouvait tout simplement pas agir comme… Comme un petit-ami, tout simplement, cela dépassait les compétences imaginatives du hobbit. Ou alors il fallait que ce soit avec une personne vraiment spéciale.
Du moins, sur le plan affectif, parce que sur le plan physique, il semblait être le genre de type qui s'en sortait à merveille…
Encore fallait-il attirer son attention.
— Bilbo… Je me disais… Peut-être auriez-vous envie de sortir…
Perdu dans ses pensées contemplatives, Bilbo n'avait pas entendu Kili approcher, mais il se retourna vivement, parfaitement alléché par la proposition au point d'en bénir mentalement le fils adoptif de Thorin :
— C'est possible ?
— Si vous me promettez de ne pas… En profiter pour me faire regretter cette proposition et que vous acceptez de rester avec moi, pourquoi pas ?
Décidément, Kili semblait lui vouer une pleine confiance pour lui proposer une chose pareille, ce qui arrangeait bien Bilbo qui se dit qu'il avait là l'opportunité de trouver un moyen de contacter Vidalinn, qui, après tout, n'était pas un agent de la GITM, mais son petit-ami, et Thorin n'avait pas spécifié s'il avait pas le droit de contacter ses proches. Quoique, si… il l'avait fait, mais il ne l'avait pas menacé de mort pour ça… Enfin… Un peu quand même… Il lui avait bien fait comprendre que s'il contactait un membre de la GITM, il le tuerait… Mais peut-être pas si Vidalinn le récupérait avant…
La simple idée de trahir Kili le rendait malade, mais il savait qu'il n'avait qu'à envoyer un simple message et son petit-ami, maitre de la traque, retrouverait sa trace en un rien de temps, sans oublier le fait que sortir, enfin, de cet endroit et visiter la ville légendaire lui plaisait beaucoup. C'est pourquoi il acquiesça immédiatement.
Ils ne perdirent pas de temps avant de se préparer pour sortir, Kili attrapa même un peu d'argent au passage, puis ils pénétrèrent dans l'ascenseur, direction le RDC. Toutefois, lorsque la porte s'ouvrit à l'étage zéro et qu'ils en sortirent avec un sourire complice, ils s'immobilisèrent net en tombant nez à nez avec Thorin et Fili, qui rentraient dans le bâtiment à ce moment.
A voir la tête de Kili, Bilbo comprit qu'il s'agissait d'une initiative qu'il n'avait pas jugé bon de partager à son père, et à voir la tête de ce dernier, il s'agissait d'une initiative qu'il n'approuvait pas forcément. Toutefois, Kili ne perdit pas son aplomb et il se justifia, le regard fuyant :
— Thorin… Il tourne en rond à l'intérieur, je pense qu'il peut au moins se balader dans les rues de Minas Tirith… Il mérite au moins ça après ce qu'il a fait pour nous…
— Le GITM est toujours à sa recherche… Et il est suffisamment fourbe pour trouver un moyen de passer outre ta surveillance et les contacter pour les faire venir ici… Malgré ses promesses…
— Je peux l'en dissuader…
— Je n'en doute pas… Mais il s'agit d'un risque que je ne veux pas prendre…
Bilbo se sentit mortifié, et il se gonfla de colère et d'agacement, frustré de se voir ainsi retirer cette charmante perspective que Kili lui avait proposée. Toutefois, Thorin se tourna vers lui avec un sourire cruel, continuant sa phrase :
— Surtout que j'ai promis au hobbit que je m'occuperai personnellement de sa protection… Retourne à l'armurerie, Kili, Bifur est en train de peaufiner les dernières armures, il doit prendre tes mesures. Toi aussi Fili. Je me charge d'escorter monsieur Saquet.
— Merci, mais, finalement, je me rappelle avoir un livre à terminer.
De mauvaise grâce, Bilbo pensa retourner dans l'ascenseur et s'éviter une après-midi en tête à tête avec le grand nain qui était la cause de tous ses derniers problèmes, mais celui-ci, un sourire intransigeant accroché aux lèvres, ne lui laissa pas le temps de s'esquiver et il l'attrapa au collet pour le trainer à l'extérieur avec lui en faisant fit de ses grommellements, laissant Kili et Fili seuls au rez-de-chaussée.
Un froid s'instaura entre les deux jeunes nains qui, sans un mot, s'engouffrèrent dans l'ascenseur, avant que Fili ne rompe cordialement le silence après avoir appuyé sur le bouton -2 :
— Comment avancent tes études de Khuzdul ?
— Parfaites. Tu devrais t'y mettre toi aussi. On a tout à gagner si on est plusieurs à maitriser cette langue…
Fili haussa les épaules. S'il acceptait d'étudier le Khuzdul, ce serait essentiellement pour s'assurer que Kili ne soit pas le seul à pouvoir le traduire et, donc, qu'il ne reste pas une cible principale pour tous ceux qui cherchaient à mettre la main sur quelqu'un qui pouvait déchiffrer les textes les plus anciens de cette terre.
— Si tu veux, Fili… Je veux bien essayer de t'apprendre ce que je sais déjà.
Ca, c'était la deuxième raison pour laquelle il comptait se mettre avec plaisir à l'étude de cette langue oubliée. Partager du temps avec Kili, pour n'importe quelle raison, lui était toujours très précieux.
oOo
— Balïn m'a raconté la conversation que vous avez eue à propos de Kili…
— Et il m'a aussi fait savoir que je gagnerai à ne pas évoquer ce sujet devant votre fils.
— Effectivement.
Thorin porta sa tasse à ses lèvres pour boire une petite gorgée de café. Ils étaient attablés à une table en terrasse, au cinquième palier de la ville immense, fumant tous les deux tranquillement en profitant de cette magnifique après-midi de juin.
Le nain lui avait fait un rapide tour des endroits incontournables de la cité, avant de l'inviter à boire un premier verre, une demi-heure plus tôt. Et, depuis, ils étaient assis là, à discuter plus ou moins cordialement de choses et d'autres.
Même s'il pestait intérieurement de ne pas se montrer capable de passer outre la surveillance de Thorin, Bilbo était intéressé par le sujet et il demanda poliment :
— Il y a simplement une chose que je n'ai pas compris… Comment Kili a t-il pu maitriser cette langue si jeune ?
— Je vous retourne la question.
Crachant lentement une longue bouffée de fumé, adossé nonchalamment contre le dossier de sa chaise, Thorin envoya un regard pénétrant à Bilbo qui comprit que le plus grand n'en dirait pas plus si lui ne se dévoilait pas. Agacé, il haussa les épaules, hésitant à se confier, puis il détourna les yeux, et parla à contrecœur :
— J'ai toujours eu une disposition pour les langues. J'ai appris le Sindarin très tôt, le Quenya, dont la racine est identique, est venu rapidement. Quand on a l'habitude d'apprendre des nouvelles langues, surtout si les écritures sont différentes, on commence à percer certains mécanismes et tout devient de plus en plus facile.
— Je veux bien vous croire, mais ça ne me dit ni qui, ni quand, ni dans quel contexte…
Bilbo poussa un soupir excédé et il leva les yeux pour les planter dans ceux de Thorin. Ils restèrent un instant à se regarder, avant que le hobbit ne consente à répondre :
— J'ai fait mes études à l'université linguistique d'Annùminas.
— Il y a une option Khuzdul là-bas ?
— Bien sur que non, mais j'y ai rencontré une naine qui connaissait les bases, elle a accepter de me les apprendre si, en échange, je l'aidait à approfondir son savoir sur la langue commune des trois premiers âges. Puis, avec ces bases et mes connaissances en Sindarin, j'ai appris le reste tout seul, grâce aux ouvrages rédigés dans les deux langues dont j'ai eu accès en travaillant pour la GITM.
Mais Thorin n'avait pas écouté la fin, il s'était redressé à l'évocation de la naine et il planta son regard magnétique dans celui du hobbit qui en fut troublé :
— Je n'ai connu qu'une seule naine qui eut parlé la langue commune et qui eut possédé les bases de Khuzdul et de la langue ancienne… Et c'est Dis.
Bilbo écarquilla les yeux et un sourire éclaira ses lèvres :
— Oui, c'est elle ! Comment va-t-elle ?
— Elle est morte.
Thorin s'était à nouveau adossé contre son siège, portant un regard nouveau sur Bilbo dont le visage se rembrunit, et le hobbit n'eut aucun mal à cerner la douleur que le nain ressentait encore maintenant face à cette perte. Il serra les lèvres, se demandant s'il avait le droit de poser ce genre de question, mais il ne put s'empêcher de souffler, le regard rivé au sol :
— Qu'était-elle, pour vous ?
— La mère de Fili. Ma sœur.
Il leva les yeux, pris de court, et croisa le regard indéchiffrable que Thorin avait posé sur lui, se rendant soudainement compte que, effectivement, si ce profil et celui de Fili lui rappelaient constamment quelque chose, c'était parce Dis partageait le même et la douleur de la perte étouffa sa poitrine. Il l'avait sincèrement appréciée.
— Que lui est-il arrivé ?
— Demandez à vos charmants collègues de la GITM…
Le ton était assourdi par la colère et il intimida Bilbo, qui se recroquevilla inconsciemment. Il savait qu'une guerre avait lieu dans l'ombre entre la GITM et quelques clans nains et il n'ignorait pas que, des deux côtés, beaucoup perdaient la vie injustement, il avait lui-même faillit y passer. Toutefois, il sentit, avant la colère, la douleur et le manque et il baissa les yeux, désolé, prêt à annoncer sincèrement ses condoléances, avant de les écarquiller avec effarement, puis il se redressa, soudain sur la défensive :
— Mais… Kili m'a dit que les parents de Fili étaient morts à sa naissance ! Hors, il me semble que votre neveu a au moins le double de mon âge, comment aurais-je pu rencontrer sa mère ?
Thorin haussa un sourcil en lui lançant un regard interloqué et Bilbo pu voir, pour la première fois, son visage exprimer une surprise sincère et choquée. Un court silence effaré s'installa entre eux et le nain reprit ensuite, fébrile :
— Quand l'avez-vous rencontrée ?
— Il y a une dizaine d'année.
Cette fois-ci, l'intérêt de Thorin fut réellement piqué et le nain se pencha vers lui en le sondant intensément :
— C'est impossible…
— Peut-être ne parlons-nous pas de la même personne… La naine que j'ai rencontrée était brune, plutôt grande, imposante et elle avait le même…
Bilbo se tut en étudiant Thorin, puis il soupira :
— Le même profil que vous… Aucun doute, elle partageait votre sang…
Le brun garda le silence, stupéfait par la révélation et il garda son attention sur le plus jeune, qu'il questionna après un long silence qui l'aida en partie digérer la nouvelle :
— Comment allait-elle ? Et dans quel contexte l'avez-vous vue ? Que fuyait-elle pour abandonner ainsi son enfant sans chercher à le revoir ?
— Je n'en sais rien… Nous nous sommes rencontrés à la Bibliothèque de l'université, parce que nous nous sommes battus pour un livre rare que nous voulions tous les deux étudier rapidement… Et elle avait l'air… Normale… D'ailleurs, je n'aurais pas deviné qu'elle était une naine si elle ne me l'avait pas dit… Elle m'a appris les bases de Khuzdul mais, à part ça, nous n'avons pas beaucoup échangé sur nos vies respectives, je sais simplement qu'elle était simplement de passage à Annùminas pour quelques mois… Et je ne l'ai plus jamais revue après ça…
— Quel livre vous-êtes vous disputés ?
Le hobbit eut besoin d'un temps de réflexion, mais il se souvent qu'il était alors étudiant et qu'il avait dû travailler sur un sujet particulièrement barbant qu'il avait pensé ne plus jamais évoquer dans sa vie après ça :
— Un traité de…
Bilbo se tut, soudain effaré, et il accrocha le regard de Thorin en reprenant du bout des lèvres :
— Un traité géographique sur les modifications qui ont vues la naissance du deuxième temps… Qui possède notamment une carte détaillée et très complète des Gadolah, à qui la moitié du livre est consacrée… Peut-être avait-elle localisé Erebor…
Le regard de Thorin étincela et il se redressa avec un sourire charmé, mais terne…
— Cette petite garce…
Bilbo n'en rajouta pas et il gardèrent le silence un long moment, Thorin semblant perdu dans ses pensées. Si bien que le hobbit étudia la ville humaine qui les entourait, pensant à toutes ces révélations qui lui tombaient dessus telle une avalanche, mais il revint à la réalité lorsque, après une durée indéterminée, Thorin se tourna franchement vers lui pour l'étudier attentivement, achevant de déstabiliser Bilbo qui ne sut où se mettre sous ce regard si intense :
— Quel âge avez-vous, Monsieur Sacquet ?
La question, totalement inattendue, tomba comme un cheveu sur la soupe et le hobbit, pris au piège de ces yeux si poignants, répondit en rougissant légèrement, intimidé par cette attention :
— Trente ans.
Thorin haussa un sourcil surpris, sans cesser de le sonder :
— Mais… Vous êtes encore un enfant !
— Pas aux yeux des humains.
— Mais à ceux de la Comté, oui. Sans parler des nains.
— Dieu merci, je n'en suis pas un.
Ponctuant sa remarque acérée, il bu une gorgée de thé, évitant le regard de Thorin qui cherchait à cerner cette créature ridiculement jeune, mais possédant déjà un savoir qui ferait jalouser plus d'un centenaire. Le plus petit posa sa tasse, soutenant à nouveau les yeux du nain :
— Et vous ?
— Je ne suis plus un enfant, même pour un nain.
— Je vous demande quel âge vous avez !
Thorin haussa une épaule et il haussa une épaule, susurrant d'une voix veloutée :
— Je vous laisse deviner.
Gardant son aplomb, l'historien le dévisagea à son tour, appréciant ses traits altiers, fins et séduisants, son regard noble, ses lèvres fines que la courte barbe ne cachait pas, et il fit la moue :
— Vu la croute que vous êtes, je vous donne plus de trois siècles….
Thorin retint un rire amusé, appréciant cette désinvolture et ce naturel que semblait garder Bilbo en toute circonstance, et dont l'insolence se cantonnait à une certaine limite charmante qu'elle ne dépassait jamais.
— Si c'est vraiment le cas, je me demande où est passé le respect des ainés…
Bilbo ne répliqua pas, continuant de le sonder avec attention. S'il avait été un humain, il lui aurait donné une quarantaine d'années, pas plus, malgré ses cheveux d'ébène déjà veinés de blanc, et il lâcha, au hasard :
— Cent-cinquante ?
Le sourire qui lui répondit lui fit comprendre qu'il avait tapé juste, du moins, qu'il était dans la bonne tranche d'âge, et, pris au jeu, il tenta à nouveau :
— Plus ou moins ?
— Plus.
— En dizaines d'années ou en siècle ?
Thorin ne prit pas la peine de répondre à la boutade et Bilbo continua étudiant le visage du nain pour déterminer la pertinence de ses propositions :
— Cent-soixante ? Cent-quatre-vingt ? Quatre-vingt dix ?
— Cent quatre-vingt-quinze…
— Wao… Vous êtes plutôt bien conservé, pour un-
Bilbo se tut soudainement pinçant les lèvres.
Et puis quoi encore, il n'allait pas se mettre à le complimenter spontanément, tout de même !? Et, pour se sauver la mise, il embraya immédiatement, sans laisser à Thorin le temps de relever le lapsus :
— Vous ne m'avez pas répondu, pour Kili. Comme a-t-il appris le Khuzdul ?
Thorin fut contrarié par la question et il garda le silence, le sondant d'un regard perçant qui semblait étudier son âme, totalement réticent à parler. Puis, il parla d'un ton mesuré, après une longue hésitation :
— Ce que je vais vous dire, nous sommes très peu à le savoir, même Kili et Fili l'ignorent…
Le regard se fit plus exigeant et Bilbo hocha la tête, conscient du privilège et, aussi, de la menace qui planait sur lui si jamais ça s'ébruitait au sein du groupe. Et il se retint de justesse de demander naïvement pourquoi il décidait de se révéler à son ennemi ce qu'il cachait à ses alliés les plus proches… Il n'avait pas envie qu'il se retracte.
Satisfait de ce qu'il lu dans ses yeux, Thorin s'adossa à sa chaise en croisant les doigts, annonçant le plus simplement du monde :
— Il ne l'a pas appris, car il s'agit de sa langue maternelle.
Bilbo haussa un sourcil et Thorin continua en s'allumant une nouvelle cigarette, avant de proposer son paquet au hobbit. Celui-ci, peu désireux de trahir son manque, à peine assouvi par la première cigarette, se retint de sauter sur le tabac comme si sa vie en dépendait et il feignit l'indifférence, se concentrant sur le plus grand qui continua d'expliquer :
— Comme la plupart d'entre nous, Kili est un descendant de Durin. Les premières traces de sa lignée, très ancienne, datent du quatrième âge, elle prend sa source à partir du cadet de Durin VII, dernière réincarnation de Durin, peut-être en avez-vous entendu-
— Le cadet, c'est celui qui a repris la Moria… Royaume dans lequel le peuple nain a ensuite prospéré jusqu'à la fin du premier temps…
Il en avait entendu parler, oui. Juste avant de se faire enlever, lorsqu'il avait étudié l'histoire de la Moria en attendant d'en recevoir les données. Et, nerveusement, il préféra regarder ailleurs tandis que Thorin continuait sans remarquer son trouble :
— Lignée tout aussi noble que la principale… Régente de Khazad-dûm tandis que les descendants de l'ainée de Durin VII gouvernaient Erebor et Gundabad… Et elle faisait partie des rares à avoir conservé l'utilisation du Khuzdul. Ses parents ne parlaient que cette langue.
— Et c'est à ce moment qu'intervient la GITM…
Conscient que l'organisme avait quelque chose à voir avec le passé de Kili, il se doutait que, à un moment ou à un autre, il allait apprendre qu'un massacre barbare avait eu lieu, doute que le regard de Thorin valida, même s'il continua son récit sans s'occuper de l'intervention du plus jeune :
— Je connaissais ses parents… Ce sont eux qui nous ont appris, à Dis et moi, les rudiments de Khuzdul, tout comme ce sont eux qui ont trouvé la carte, à Dol Guldur. Nous l'avons étudié ensemble, avant que la GITM ne les… N'intervienne.
— Pourquoi la GITM aurait fait une chose pareille ?
— Parce que la GITM n'est plus ce qu'elle devait être.
— Comment ça ?
Bilbo, avait froncé les sourcils en sortant inconsciemment une cigarette du paquet, qu'il alluma rapidement avec un soupir ravi, avant de chercher à déceler de quoi parlait le grand nain :
— Elle est corrompue. Elle ne sert maintenant que son propre intérêt et ferme les sites qu'elle exhume afin de mieux pouvoir s'emparer de leurs richesses. Son statut qui marque son indépendance à la justice internationale lui permet de commettre les pires méfaits sans que personne ne puisse l'en empêcher. Ne vous êtes vous jamais demandé pourquoi elle cherche absolument à cacher toutes ses découvertes ?
— Pour les protéger, les préserver…
Conscient que le nain cherchait à le monter contre les siens, Bilbo resta sur ses réserves, se demandant ce que valait la parole de son ennemi contre celle des gens qu'il côtoyait tous les jours.
— Et les faire disparaître… Avez-vous eu l'occasion de contempler les vestiges de Numénor ? Les ruines du gouffre de Helm et ses cavernes étincelantes dans lesquelles une compagnie de nain a vécu durant tout le deuxième temps ? La GITM met un point d'honneur à plonger dans l'oubli ce pour quoi elle s'est battue pendant tant de siècles…
— Non… Au contraire, elle fait en sorte que rien ne puisse leur porter préjudice…
Mal à l'aise, Bilbo chercha à défendre ce en quoi il croyait depuis plus d'une dizaine d'années, mais Thorin expulsa la fumée de ses poumons en haussant les épaules :
— Qui a le droit de juger ce genre de chose ? Ces richesses n'appartiennent pas à la GITM, mais à notre monde. Or, elle se les octroie, les convoite et tue en leur nom.
Thorin avait parlé sèchement et Bilbo déglutit, détournant le regard. Il sentait dans sa poche la petite carte SD qu'il ne quittait jamais et gardait constamment sur lui, et, avec elle, toutes les données qui concernaient la récente découverte de la Moria. Il se sentait prêt à céder.
Il releva le regard pour étudier Thorin, se demandant à quel point il pouvait lui faire confiance, si, pour lui, il pouvait trahir l'organisation pour laquelle il travaillait depuis plus de sept ans, juste sur sa parole, trop cohérente pour ne pas être dérangeante.
Puis il pensa à Vidalinn en se rendant compte que, si l'envie de le voir était toujours aussi forte, ce n'était plus seulement pour s'enfermer dans ses bras afin d'oublier cette mésaventure, mais, aussi, pour lui demander des explications sur le véritable travail qu'il opérait pour la GITM.
— Quelque chose ne va pas, monsieur Sacquet ?
Sortant de ses pensées, Bilbo sembla hésiter un instant, s'accrochant au regard du plus vieux qui sentit son trouble, mais, trop vite, le plus petit secoua la tête :
— Vous êtes en train de m'apprendre que je travaille avec des gens, des amis, qui ne sont peut-être pas aussi cleans qu'ils le prétendent, puis vous me demandez innocemment si quelque chose ne va pas… Je pourrai vous retournez la question !
Thorin haussa ses épaules et il porta la cigarette à ses lèvres. Un court silence suivit la remarque de Bilbo, puis, de manière totalement inattendue, le nain reprit, amenant le plus petit à s'étouffer avec la fumée lorsque la dernière question à laquelle il s'était attendu venant du brun arriva sur le tapis :
— Dites moi, avez-vous un petit-ami ?
Bilbo eut besoin de quelques secondes avant de s'en remettre et, peu enclin à répondre, il resta sur la défensive :
— Pourquoi me demandez-vous directement si je sors avec un mec et pas une fille ?
— Avez-vous une petite-amie ?
— Non.
— Avez-vous un petit-ami ?
— Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
Thorin le sonda un instant, avant de répondre nonchalamment :
— Nous allons passer beaucoup de temps ensemble, j'essaie simplement d'en savoir plus sur celui qui va me coller aux basques pendant de longs mois…
— Et en quoi me savoir en couple vous concerne ?
— Disons que… Vous n'avez pas le profil d'une personne qui sort souvent pour rencontrer du monde, au contraire. J'en déduis donc que, si vous sortez avec quelqu'un, c'est dans le cadre de votre travail et, vu comment vous me regardez, j'imagine que les femmes ne sont pas vraiment votre préoccupation…
Bilbo écarquilla les yeux, sentant le rouge de gêne et de colère lui monter aux joues :
— Vu comment je vous… Hey ! Vous n'êtes pas mieux !
— Et j'en viens à conclure aussi que vous préférez les hommes qui sont plutôt dans le genre… Dangereux, d'une certaine manière… C'est la raison pour laquelle j'aimerai savoir si, oui ou non, il n'y a pas quelque part dans la nature un A.S. de la section combat qui est prêt à tout pour remettre la main sur ce qu'on lui a volé…
— Et qu'est-ce que le monsieur le génie de la déduction en conclu ?
— J'aimerai connaître son nom.
Thorin avait répondu avec un sourire dangereux, auquel Bilbo répondit d'un sourire plus dangereux encore.
Thorin voulait s'en prendre à Vidalinn ? Qu'il s'y frotte. Bilbo avait déjà vu son petit-ami à l'œuvre, il pouvait se montrer réellement mortel et implacable, surtout contre les nains contre qui il avait rancune tenace.
Toutefois, il voyait là l'occasion d'aborder un sujet qui l'intéressait particulièrement, concernant le nain, et, impertinent, il répondit d'une voix insolente :
— Vous d'abord.
Thorin fut pris de court par l'injonction du hobbit, et il fronça les sourcils, ne semblant pas comprendre ce que Bilbo attendait de lui. Impatient, le plus petit repris en lui lançant un sourire enjôleur :
— Puisqu'il est question d'apprendre à se connaître, monsieur, peut-être pouvez-vous me dire ce qu'il en est pour vous… Avez-vous un petit-ami ?
— Cela vous intéresse réellement ?
Il avait répondu d'un ton blasé, posant son menton dans le creux de sa paume tout en écrasant nonchalamment le mégot de sa cigarette dans le cendrier au centre de la table, ne relevant même pas le fait que le hobbit ait zappé l'idée d'une petite-amie. Bilbo fit la moue à sa question, soutenant son regard avec curiosité.
— Disons que vous ne semblez pas être capable de vous attacher facilement, tout comme il faut réellement vous aimer pour accepter de partager la vie que vous menez… Sans parler de votre caractère… Et, vu comment vous me regardez, j'en déduis que votre appétit va pour les personnes plutôt… Hors de votre portée… Dans le genre…
La dernière phrase avait été dite d'un ton provoquant et, immobiles, ils s'étudièrent intensivement, avant que Thorin ne demande franchement :
— Vous considérez-vous hors de ma portée ?
— Définitivement, oui.
Thorin ne répondit pas tout de suite, continuant de le sonder avec attention, d'un regard qui, le hobbit en mettait sa main à couper, aurait suffit à mettre Vidalinn hors de lui, s'il avait été là.
Plus tôt, Bilbo s'était demandé si le nain était potentiellement considérable comme un petit-ami. Toutefois, alors qu'il lui rendit effrontément son regard, il en vint à se dire, tout simplement, « Pourquoi pas ? ». De toute manière, en ce qui le concernait, niveau combattant farouche au caractère désespérant et au romantisme absent, il savait gérer, là n'était pas le problème.
Fugacement, il se demanda ce qu'il aurait pensé de Thorin, s'il l'avait rencontré dans un autre contexte et, surtout, s'il n'était pas déjà en couple.
Aurait-il été séduit ?
Probablement, oui. Il devait être lucide : ce mec qui lui faisait face lui aurait fait tourné la tête, comme tant d'autres avant lui, certainement…
Et, pour lui, il aurait juste été un coup d'une fois, probablement.
Là, non seulement il était son ennemi mais, en plus, il lui était indispensable, c'était bien mieux. Il devait certainement sortir du lot, à ses yeux.
Accroché à son regard, le nain semblait se poser le même genre de questions à son sujet, néanmoins, cela dura à peine quelques secondes car, rapidement, les yeux de Thorin perdirent cet éclat indéfinissable et il répondit simplement :
— Non. Je n'ai pas de petit-ami.
— En avez-vous déjà eu ?
Piqué par la curiosité, Bilbo s'était redressé en l'étudiant attentivement, oubliant de fumer la fin de sa cigarette qui se consuma mollement. Thorin détourna les yeux soudainement, peu habitué à ne pas être celui qui mène la conversation, celui qui pose les questions. Mais, pris au jeu et n'ayant rien à cacher, il répondit sur le même ton neutre :
— J'ai déjà été fiancé.
— A qui ?
Stupéfait, Bilbo se montra pressant, avide d'en savoir plus, et le regard de Thorin revint sur lui à nouveau. Cette fois, il sembla hésiter à répondre, crispant le poing, puis il soupira :
— Lily.
— Une fille ?
— Une naine. Considérée comme la plus belle…
Surpris, Bilbo se retint de lui faire remarquer qu'il l'avait pensé seulement intéressé par les mâles, mais quelque chose dans l'intonation et l'attitude du nain l'interpella, et il demanda prudemment :
— L'avez-vous aimé ?
La question amena un sourire sur les lèvres de Thorin qui trouva, décidément, que ce petit hobbit était très perspicace dans ses questions, et il répondit avec douceur :
— Je l'ai aimé, oui, comme une sœur…
— Mais… vous vous êtes engagés… Pourquoi ?
Il haussa les épaules, eut une nouvelle hésitation, puis souffla en perdant son regard dans sa tasse de café :
— Il s'agissait d'une union arrangée… Nous avons été fiancés par nos familles alors que nous étions encore enfants…
La mâchoire de Bilbo se décrocha, les sourcils écarquillés :
— Mais… Plus personne ne fait ça depuis plus d'un siècle !
— Je suis né il y a plus d'un siècle.
Ha oui… Il avait déjà oublié ce détail. Toutefois, même si c'était un siècle auparavant, l'historien était conscient que les mariages arrangés, qu'importe le peuple, n'étaient pas chose commune… Evidement, en tant que descendant de Durïn, Thorin était très certainement un bon parti, mais pour qui ? Détournant le regard, il ne put s'empêcher de demander :
— Qu'avait-elle de particulier ?
Thorin eut un rire condescendant, et il lâcha pensivement :
— Elle était la fille d'Hénaï, souverain des Montagnes Bleues…
— Une princesse ?!
Ho merde ! Comment ce type avait-il pu se voir promis à une princesse ? Une multitude d'autres questions lui vinrent brutalement à l'esprit, mais il se reprit soudainement en se souvenant d'un fait en particulier...
La fille du souverain d'Ered Luïn… Peuple qui avaient été victime d'un massacre sans nom à l'encontre de la famille royale. Aucun proche n'avait survécu, pas même les enfants… D'où l'évocation des fiançailles au passé, certainement.
Il garda le silence, si bien que Thorin compris qu'il avait immédiatement fait le lien et, passant à autre chose, il s'adossa au dossier de sa chaise pour
l'interroger :
— A votre tour, maintenant… Qui est cet homme que vous délaissez au profit d'Erebor ?
Bilbo fut d'abord réticent à répondre mais, avide de voir la tête de Thorin lorsqu'il apprendra qu'il se trouve face à l'amant de son ennemi, il lâcha d'un ton neutre :
— Vidalinn.
— Vidalinn de la Ruesta ?
— Lui-même.
Bilbo ne manqua pas la moue impressionnée du plus grand, toutefois, le petit sentiment de fierté qu'il ressentait d'être en couple avec un A.S. dont la renommé n'était pas inconnue des nains s'effaça lorsque Thorin eut un sourire cruel :
— Comment va son œil ?
Le ton était moqueur et le sourire narquois. Le sang de Bilbo ne fit qu'un tour et il voulut se jeter sur Thorin pour lui arracher cet odieux air supérieur du visage. Personne n'avait le droit de se moquer impunément de Vidalinn.
Mais, encore une fois, le nain n'eut besoin que d'un regard pour lui faire comprendre que le moindre écart ne sera pas pardonné et il resta assis, bouillonnant intérieurement. Le plus grand continua de le sonder en se disant que, décidément, il allait de surprise en surprise avec ce hobbit.
D'abord sa sœur, encore en vie et, maintenant, l'agent supérieur Vidalinn de la Ruesta...
Thorin avait bien sentit, par son attitude, que Bilbo était en chasse gardée, inaccessible car déjà pris par une personne qui ne partageait ni ne laissait sa propriété lui être dérobée. Dangereux. Et il ne s'était pas trompé.
Que ce résidu sylvestre ne les ait pas encore trouvé était presque étonnant, vu l'application acharnée qu'il pouvait investir dans certaines causes.
Laissant son regard glisser une nouvelle fois sur le corps de Bilbo, Thorin fut ravi de se savoir dorénavant possesseur de l'un des biens les plus précieux de ce tueur, c'était une belle victoire contre cet enfoiré qui n'était pas innocent dans certains meurtres injustifiés à l'encontre des nains.
Furieux, Bilbo avait détourné les yeux et le plus grand ne se priva pas d'étudier plus attentivement son visage aux traits doux et fins, mais le hobbit darda à nouveau son regard dans le sien :
— Continuez de me regarder comme ça, et je vais réellement finir pas penser que vous le jalousez.
— J'essaie simplement de comprendre ce qu'il vous trouve… Après tout, il est l'une des personnalités les plus influentes du GITM et fait partis des Dix… Un sylvain de surcroit… Vous n'êtes qu'un hobbit…
Les derniers mots avaient été dit d'un don méprisant et la mâchoire de Bilbo se crispa.
— Et je n'ai pas l'intention de chercher à vous démontrer en quoi j'ai soulevé son intérêt…
Il fit la moue. Il avait compris, de toute manière. Bilbo était loin d'être un simple petit érudit inintéressant, que Vidalinn ait succombé et se le soit accaparé n'était pas une surprise. Même sur le plan physique, le nain voulait bien avouer qu'il était craquant, ajouter à ça un caractère noble et combatif ainsi qu'une personnalité piquante et il put en déduire que le dangereux agent de la GITM ne laissera pas une telle perle aux mains de ses ennemis.
Et même… Il n'était pas étonnant que l'historien leur soit si hostile alors qu'il semblait en savoir si peu sur les siens… Si l'unique version des faits qu'il possédait lui venait de Vidalinn, il ne pouvait que haïr Thorin et dénigrer la moindre de ses actions. Même si le nain avait tenté de se justifier, Bilbo ne lui aurait jamais prêté crédit.
Il garda le silence, le sondant gravement, maintenant conscient qu'ils allaient devoir redoubler de vigilance s'ils ne voulaient pas que le petit-ami de Vidalinn ne leur porte préjudice, surtout que Bilbo en savait beaucoup trop sur eux.
Ils étaient dans la merde.
Il aurait dû le tuer, ça leur aurait fait une menace de moins. Foutue compassion. Il devait rapidement trouver un moyen de le faire taire pour de bon sans rompre sa promesse, donc sans lui faire de mal, et il grimaça.
Il aurait du le tuer, il était trop con. Bilbo leur avait, certes, permis de faire un grand bond en avant, il était arrivé au meilleur moment, alors qu'ils avaient enfin rassemblé tous les documents qui concernaient Erebor, que Thorin avait essayé de déchiffrer avec ses maigres bases. Mais, maintenant, il était non seulement inutile, mais une menace, une grave menace, pour leur quête, pour les siens, pour Kili en particulier, et même pour lui. Il en savait beaucoup trop sur eux.
Et, surtout, il était beaucoup trop futé pour ne pas être dangereux.
Si par malheur il retrouvait Vidalinn maintenant, avec tout ce qu'il avait appris, avec eux, sur eux… ils n'auraient plus aucune chance face à la GITM.
Cette foutue noblesse qui lui interdisait de s'en prendre injustement à une personne sans défense finirait réellement par causer sa perte. La sienne et celle de sa compagnie.
Parce que les choses étaient plutôt simples : si Bilbo retrouvait Vidalinn, ils étaient foutus.
Surtout que, même si le hobbit décidait de ne pas parler, son petit-ami était suffisamment doué pour lui retirer les vers du nez sans même avoir à le torturer pour ça. Juste en lui posant les bonnes questions et en interprétant correctement son silence.
Bordel. De tous, il fallait qu'ils soient tombés sur l'amant du mec le plus dangereux de la GITM…
Comment, par Mahal, était-il passé à côté de ça ?
Il sentit son arme contre lui, prête à l'utilisation, et il se dit qu'il préférait vivre avec un honneur bafoué plutôt que savoir les siens en danger, ne restait plus qu'à proposer à Bilbo de visiter la ruelle sombre qui disparaissait entre les bâtiments en face et la menace serait écartée.
Foutu Vidalinn... Pour une fois qu'il rencontrait un type intéressant, il fallait qu'il soit déjà corrompu par son poison…
Le tuer n'était pas vraiment la première chose qu'il aurait eue envie de faire à Bilbo mais, malheureusement, la sécurité de sa compagnie passait avant ses désirs personnels et, avec cette révélation, il se rendit compte que le hobbit la menaçait gravement. Une menace qui n'était pas anodine et à laquelle il devait mettre un terme. Rapidement.
Mais le hobbit sembla lire dans son regard et il pâlît considérablement, avant de parler d'une voix étouffée, parfaitement conscient du soudain danger qu'il courait :
— Vous aviez promis…
— J'ai promis que je vous laisserai la vie sauve tant que cela ne portera pas préjudice à notre quête ou à la vie de l'un de nos camarades… Je vous pensais inoffensif, mais il s'avère que ce n'est pas le cas.
Bilbo déglutit en remarquant de quelle manière l'aura de Thorin se faisait plus dense, plus compacte : déterminée et mortelle, sans parler de ce regard...
Il allait le tuer, sa décision était prise et ça ne faisait aucun doute.
Il aurait dû se taire. Quel con. Pourquoi avait-il absolument tenu à impressionner le nain en fanfaronnant avec Vidalinn ?
Avait-il réellement espéré le rendre jaloux ?
A-t-il réellement cru qu'il s'agissait d'un quelconque intérêt personnel que Thorin lui portait, et non d'un froid calcul pour évaluer les risques ?
Mais quel abruti.
— Me tuer ne changera rien, ça ne fera que décupler sa colère.
— Mais au moins, il n'entendra rien de compromettant de votre part.
— Je n'ai rien à lui dire !
— Non, effectivement… Entre la localisation d'Erebor, nos effectifs, nos moyens, la présence de Kili parmi-nous…
— Jamais je ne leur parlerai de Kili !
— Ho que si, vous le ferez. Si la GITM vient à remettre la main sur vous, vous leur direz tout ce qu'ils voudront entendre…
Mais Bilbo n'avait pas écouté la dernière affirmation de Thorin. Tenant à sa vie, il avait écouté son instinct qui ne criait qu'une seule chose depuis que le regard du nain était devenu celui d'un tueur à l'affut : « Court ! ». S'éjectant de la chaise où il était assis, il slaloma entre les tables de la terrasse et bondit dans la rue. Sa vie était en jeu. Erebor, Vidalinn, ses parents adoptifs… Il les avait oublié, tout ce qui lui importait maintenant était de mettre le plus de distance entre lui et Thorin, qui avait sorti son arme et qui le suivait de près.
Mais il ne connaissait pas Minas Tirith et le nain semblait avoir son expérience dans l'art de la traque, si bien que le hobbit se retrouva rapidement acculé dans une impasse déserte que les ombres de cette fin de journée de juin avaient assombrie.
Essoufflé, il fit face au mur qui lui coupait toute retraite, retenant un glapissement désespéré et, le cœur battant douloureusement, il se retourna pour se dresser face à Thorin qui le mit en joue sans attendre. Il planta son regard affolé dans celui, déterminé et implacable, du plus grand, toutefois, il fut surpris d'y lire une franche hésitation, mais , sans chercher à déterminer de quoi il 'agissait, il ferma les yeux, avant que la sourde détonation ne déchire le silence.
Puis les choses s'enchainèrent rapidement. Trop rapidement pour Bilbo qui resta figé, le souffle tenu, sans comprendre que ce n'était pas Thorin qui avait tiré.
Dans une exclamation de douleur étouffée, le nain, faisant fit du sang qui coulait de son épaule, fit volte-face, lâchant immédiatement une slave de balles sur Vidalinn, qui se mit à couvert avant d'ordonner d'une voix sans appel :
— Tu es cerné, nain. Pose ton arme au sol et ne résiste pas.
Bilbo tressaillit en entendant, enfin, la voix de son petit-ami, une vague de soulagement prit possession de son corps et, immédiatement, il voulut le rejoindre. Toutefois, Thorin, sans faire mine d'obéir à l'A.S., pointa son arme sur le hobbit qui se figea, coincé entre lui et le mur, à quelques mètres :
— Non, on va faire les choses à ma manière. Tu dis à tes hommes de se replier ou bien tu lui dis au revoir.
Vidalinn, le regard noir, s'avança en vue dans la ruelle, son arme tenue dans sa main baissée, non menaçante, mais le corps vibrant dangereusement. Les deux combattants s'affrontèrent durement du regard et le nain gardait le plus petit en joue d'une main assurée, amenant Vidalinn à gronder méchamment :
— Le tuer sera la plus grosse erreur de ta vie, Thorin.
En réponse, le brun fit cliqueter la sécurité et Bilbo sentit son cœur geler dans sa poitrine, pétrifié.
Le blond fit un pas en avant, assurant instinctivement sa prise sur son arme qu'il leva pour menacer Thorin, tendu à l'extrême et le visage blême, angoissé comme Bilbo ne l'avait encore jamais vu auparavant :
— Si tu fais ça, crois-moi, ta vie deviendra un enfer.
— Si tu tiens tant que ça à lui, ravale tes menaces et rappelle tes hommes.
Thorin resta calme en apparence, mais il devinait les tireurs d'élites sur les toits des bâtiments, ainsi que les agents de la GITM qui clôturaient la rue, utilisant leur statut d'indépendants à la justice pour se permettre d'interdire aux policiers, rameutés par les coups de feu, d'accéder à la zone.
Il était dans la merde. Profondément. Et la seule chose qui pouvait encore le sortir de là était, avec un peu de chance, l'attachement que portait Vidalinn au hobbit.
— Vidalinn, laisse-lui la vie sauve.
— Ne te mêles pas de ça, Bilbo. Thorin fait parti de notre liste rouge, il est notre ennemi principal et cela fait des années qu'il nous file entre les doigts. Cela fait trop longtemps que sa vie est en sursis…
Le nain lui répondit d'un regard mauvais qu'il soutint durement, tous les deux prêts à appuyer sur la gâchette. Restait à parier sur celui qui serait le plus rapide. Pari que Vidalinn n'osait pas prendre.
Mettre Thorin à mort, oui.
Perdre Bilbo dans la foulée n'était pas envisageable.
Ce dernier déglutit, soudain paniqué. Il ne voulait pas ça.
Quitter les nains et retrouver Vidalinn, il n'attendait que ça depuis qu'il avait été capturé. Les mettre en danger, c'était autre chose. Thorin l'insupportait, certes, mais de là à souhaiter sa mort, ou pire, il y avait un fossé.
Non… Ce n'était même pas ça. Il en refusait tout simplement l'idée. Thorin ne pouvait pas mourir, surtout pas comme ça.
C'était trop injuste, il n'avait que cette arme ridicule face aux nombreux tireurs lourdement armés, il ne portait pas la moindre protection sur lui, complètement offert aux balles de ses ennemis.
Un scintillement de sniper, posé sur le toit, attira son attention et, comprenant que la vie du nain était réellement en danger, la GITM le préférant mort que vif, et Vidalinn n'étant pas du genre à laisser des survivants, il bondit sur le brun sans réfléchir et sans entendre le cri paniqué de son petit-ami, au moment où un coup de feu retentit.
Bousculé, Thorin eut le réflexe de lui attraper la taille pour le presser contre lui alors qu'il recula, et l'impact explosa à ses pieds.
Ce regard qu'ils échangèrent ensuite, court, mais bouleversant au delà des mots, comme si leur âme se mêlèrent un bref instant, ôta toute cohérence dans l'esprit de Bilbo qui ne pensa même pas à s'éloigner de son ennemi mortel à qui il s'accrocha inconsciemment.
— Ne tirez pas !
Vidalinn avait fait un nouveau pas en avant, donnant ses ordres aux snipers embusqués, mais, sans lâcher le hobbit, Thorin colla son arme contre la tempe de son otage en plantant son regard dans celui du semi-elfe.
— Recule.
Bilbo sentit le métal froid contre sa peau, ainsi que la poigne implacable qui le tenait et de laquelle il ne pouvait se défaire, la chaleur du corps de Thorin se propageait dans le sien mais, malgré la situation, jamais il ne s'était sentit plus vivant alors que son cœur battait à l'unisson avec celui du plus grand.
Vidalinn hésita. Son regard était noyé dans la crainte, l'incompréhension et la colère alors qu'il étudiait de quelle manière Thorin tenait son hobbit. Mais celui-ci reprit sa menace :
— Recule, Vidalinn. Je n'hésiterai pas.
— Il vient de te sauver la vie !
— A toi de sauver la sienne…
— Je ne te laisserai pas partir.
Déchiré entre son devoir, pour qui Thorin était la priorité, acceptant de considérer Bilbo comme un dommage collatéral, et son cœur, qui ne pouvait tout simplement pas envisager cette idée, Vidalinn avait feulé sa réponse et, contre lui, Thorin sentit le corps de Bilbo se tendre d'angoisse.
Les choses n'auraient pu être pires. En lui se profilait une certitude contre laquelle il ne pouvait aller : Le semi-elfe avait raison sur un point. Tuer Bilbo serait la plus grosse erreur de sa vie. Vie qui risquait de finir prématurément s'il ne trouvait pas rapidement un moyen de sortir de là.
Il assura sa prise et baissa à nouveau les yeux pour croiser ceux, bouleversés, de Bilbo, à peine une seconde qui lui donna l'impression de plonger dans un abîme, avant de se concentrer sur son ennemi en retenant un juron. Tuer ce hobbit impertinent était, réellement, bien au delà de ses moyens et, pourtant, il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire d'autre pour se sortir de là…
— Excusez-moi…
La voix féminine qui venait de tinter de manière totalement incongrue calma immédiatement la tension lourde, interpelant Vidalinn et Thorin qui se tournèrent vers le grand mur qui fermait la rue. Une adolescente à la lourde natte lâche tombant sur l'épaule était assise dessus avec désinvolture, jonglant distraitement avec ce qui ressemblait à une télécommande d'une main aux doigts couverts de petites brulures, coupures et pansements en tout genre. Reconnaissant la pupille de Balïn, Orianne, Thorin écarquilla les yeux, à l'instar de Bilbo qui resta bouche bée, et elle planta son regard dans celui de Vidalinn qui, n'ayant pas remarqué qu'il avait à faire à une naine, n'était pas sur ses gardes.
— J'ai quelque chose pour vous.
Agilement, elle prit la télécommande, le détonateur, plutôt, en main puis, après avoir envoyé un baiser mutin au semi-elfe, elle appuya sur un bouton, avant de se laisser glisser du mur.
L'explosion qui suivit aurait amplement suffit à Thorin pour reprendre l'avantage, même s'il ne cracha pas sur celles qui vinrent ensuite et qui firent des dégâts chez les tireurs embusqués, ni sur l'épais brouillard noir des fumigènes qui s'éleva pour le cacher à la vue de ses ennemis.
Maintenant Bilbo contre lui d'un bras, il garda son arme en main et voulu se diriger vers le mur qu'Orianne venait de faire exploser et qui lui permettait de sortir de ce guet-apens. Mais le Hobbit sembla revenir à la raison à ce moment et il se débattit furieusement, entendant la voix de Vidalinn qui l'appelait et n'oubliant pas le sort que lui réservait Thorin. Il parvint à se dégager et il fit face au nain qui le mit immédiatement en joue, puis ils restèrent figés quelques secondes, échangeant un nouveau regard aussi bouleversant que déstabilisant, le brouillard des fumigènes tourbillonnant autour d'eux, les coupant du monde. Face au canon mortel, Bilbo resta pétrifié mais, subitement, Thorin baissa son arme et tendit la main vers lui, une invitation :
— Viens avec moi, Bilbo.
oOo
Merci d'avoir lu !
Ce chapitre aurait pu arriver plus tôt mais, au moment de poster, j'ai décidé de le peaufiner un peu et, au final, j'ai rajouté trois pages :3
J'espère que ça vous à plu !
Et merci beaucoup aux reviewers !
Love U !
Kiss kiss bye bye
