— On évacue ! Prenez toutes vos affaires, on part pour Hna-Rhûn ! Vous avez sept minutes.

Pénétrant dans le hall K, où la quasi-totalité des nains était rassemblée, trainant Orianne derrière lui, Thorin, couvert de sang, ne prit pas le temps d'expliquer la situation et il s'approcha du mur sur lequel était incrusté le système d'alarme du bâtiment, qu'il enclencha sans attendre.

— Et revêtez dès maintenant vos armures de combats, quelque chose me dit qu'on risque d'en avoir besoin…
— Thorin, qu'est-ce que-
— Tiens, prend-la avec toi et garde un œil sur elle.

Balançant Orianne dans les bras de Dwalin, Thorin fouilla rapidement la grande salle du regard et il retint un soupir de soulagement lorsqu'il fut assuré de la présence de ses deux fils adoptifs, inquiets, mais en sécurités, du moins, pour l'instant. Il vérifia bien que tous les nains de sa compagnie, rameutés par l'alarme, étaient bien présents aussi, avant de souffler gravement :

— Vidalinn est ici.
— Wow, l'Alpha en personne a été mandé pour cette affaire… On peut dire qu'ils tiennent à Bilbo…
— On peut le dire, oui.

Se dirigeant vers son bureau pour y prendre tous les papiers qui concernaient leur quête tandis que les nains s'activaient pour préparer un départ précipité, Thorin grinçait des dents en se demandant combien de temps ils disposaient avant que la GITM ne monte une équipe pour les traquer. Une équipe qui ne comprendrait pas que des simples agents ou tireurs, au contraire, ils allaient avoir le droit à la totale : tueurs, traqueurs, ombres… Sous les ordres de Vidalinn en plus.

Quel con. Tuer Bilbo aurait été tellement plus simple.

— Tu es blessé ?
— Ça va aller. Ce n'est pas mon sang…

Son épaule le faisait souffrir, mais la balle n'avait fait que l'effleurer, il s'en occuperait plus tard. Dwalin le sonda un instant, avant de reprendre :

— Ils sont combien ?
— Une garnison au complet. Il y avait des tireurs d'élites aussi, mais la gamine leur a fait un sort.

Le chauve haussa un sourcil en lançant un regard en coin à Orianne qui patientait adossée au mur, les bras croisés.

— Elle a été vue ?
— Oui, elle a été vue.

Dwalin fit une grimace, car, comme Thorin, il savait ce que ça signifiait : Orianne s'était faite des ennemis mortels et, sans ajouter un mot, il la prit par l'épaule pour l'emmener à l'armurerie et lui trouver rapidement des protections à sa taille, mais, avant de passer la porte, il se tourna une dernière fois vers le brun :

— Et Bilbo ?

Thorin s'attendait à cette question et il plissa les lèvres.

Bilbo…

Il aurait dû le tuer, il aurait pu, tout ce qu'il avait eu à faire aurait été d'appuyer sur la gâchette avant de s'enfuir… Mais, au lieu de ça…

« Viens avec moi, Bilbo. »

Le hobbit l'avait d'abord regardé comme s'il n'avait pas compris, pendant une seconde qui lui avait semblé une éternité.

Puis il lui avait pris la main, sans un mot. Pourquoi il avait fait ça alors qu'il avait enfin l'occasion de rejoindre les siens ? De retrouver Vidalinn ? Thorin l'ignorait, mais leurs doigts s'étaient emmêlés un instant et Bilbo allait le suivre.

Mais Vidalinn était arrivé à ce moment et il n'avait pas hésité à tirer, lui. Il préférait le savoir mort qu'entre les mains des nains, de Thorin.

L'AS savait que, en les trahissant, Bilbo devenait une menace pour la GITM, il connaissait trop de choses : son fonctionnement, ses membres, l'emplacement des sites les plus secrets, telle la Moria… Trop de choses pour qu'il autorise ses ennemis à mettre la main dessus. Qu'il soit son petit-ami ne changeait rien, cela rendait seulement les choses plus acerbes.

Bilbo s'était écroulé dans les bras de Thorin.

Il aurait pu le laisser sur place, récupérer Orianne qui posait une mine au sol en les attendant, et partir. Au lieu de ça, il avait préféré l'emporter avec lui, et le ramener ici.

— Il a été touché. Oïn et Bofur l'emmènent au jet, ils lui porteront les premiers soins durant le vol. On décolle dans dix minutes.
— Tu veux dire que… Tu l'as ramené ici ? En vie ?

La voix s'était aiguisée sous la surprise et l'inquiétude, et Thorin acquiesça en détourna les yeux. En faute.
Vidalinn n'allait pas laisser passer ça, il le savait. On ne piquait pas impunément les affaires d'un mec comme lui. Tout comme les agents du GITM ne passaient pas si facilement à l'ennemi. Bilbo allait devenir numéro un sur leur liste rouge, les meilleurs éléments de l'organisation seraient mis à contribution pour le retrouver. Et il était avec eux. S'ils le trouvaient lui, ils étaient tous morts.

Parce que le bel abruti qu'il était ne l'avait pas tué.

oOo

— Bordel !

Le brouillard des fumigènes se dissipait lentement autour de lui, révélant indolemment son échec. Bouillonnant de colère, Vidalinn serra les poings avant d'aboyer ses ordres :

— Faites moi un topo rapide. Je veux connaître les pertes.
— Nous n'avons pas encore tous les retours des tireurs, mais trois sont décédés dans l'explosion. Nos véhicules ont aussi été sabotés et deux civiles ont été tués.

Vidalinn leva un sourcil en se tournant brusquement vers l'agent qui venait de lui rendre compte de la situation :

— Deux civiles sont morts ?
— Une mère et son enfant. Ils ont été pris dans les explosions.

Vidalinn poussa un nouveau juron et il soupira lourdement, tournant le dos à l'agent pour parler sombrement :

— Rasmus va encore me demander d'instrumentaliser ces morts… Sous prétexte que ça nous donne plus de crédibilité : « Thorin n'hésite pas à faire tuer les humains qui sont sur son passage »… Un enfant en plus… Il va en faire un martyre… Avez-vous l'identité de la gamine qui a fait ça ?
— Non. Sans doute une naine, elle est avec lui.
— On aura la légitimité de lui faire payer ça… On pourrait même la livrer à la justice. Un procès contre une naine, pour le meurtre d'une femme humaine et son enfant, aura de quoi tourner encore un peu plus l'opinion publique contre eux…

Parlant d'une voix distraite et crispée, il s'approcha de la flaque de sang qui stagnait au sol, le sang de Bilbo et, jugulant un âpre et haïssable flot de sentiments d'amertume, d'incompréhension et de déception, il s'accroupit, comme hypnotisé par le liquide carmin.
Il sentait une fureur et une douleur indescriptibles tourbillonner en lui, nées de la manière dont Thorin avait tenu Bilbo, ces regards qu'ils avaient échangés, d'une intensité que jamais le hobbit ne lui avait retournée.
Et ces trahisons… Celle de Bilbo, d'abord, qui lui avait tourné le dos alors qu'il était flagrant que Thorin ne le menaçait plus, puis la sienne, sa propre faute.

Totalement inattendue.
Il connaissait les ordres, il connaissait son rôle, qui concernait la protection de la GITM, qu'importent les sacrifices nécessaires, qu'importent les pertes. En passant à l'ennemi, Bilbo devenait une menace à éradiquer, et en lui laissant la vie sauve, Vidalinn avait dérobé à son premier devoir. Il allait maintenant devoir en subir les conséquences.

Il aurait du le tuer, il le savait, il s'y était résolu au moment où il avait vu ce regard qu'ils s'étaient échangé, lorsque Bilbo s'était jeté sur Thorin pour le sauver, mais, au dernier moment, lorsque ses doigts avaient appuyé sur la gâchette, il avait détourné son arme, esquivant les points vitaux.
Il était tout simplement hors de question qu'il abatte froidement celui qu'il considérait, encore et malgré tout, comme son petit-ami. D'une balle dans le dos, en plus, alors qu'il était désarmé.
Non, il n'était définitivement pas comme ça.

Mais les dix lui demanderaient des comptes dès qu'ils apprendraient la nouvelle…

Surtout que le nain l'avait emmené avec lui. C'était la cata. Ils devaient le récupérer, autant pour ses talents de traducteur, que pour s'assurer qu'il ne puisse parler. Surtout que Vidalinn savait qu'avec la découverte de la Moria, trouver un érudit qui sache lire le Khudzul était indispensable, et la GITM n'avait personne d'autre que Bilbo sous la main.

Définitivement, jamais les dix ne lui pardonneront de l'avoir laissé filer.

Les choses étaient plutôt claires, en fait : soit il revenait avec Bilbo et celui-ci acceptait de collaborer avec la GITM à nouveau, soit aucun des deux ne revenait. Ou alors, pas en vie.

— Ok. Thorin est notre priorité. Je veux tous les effectifs sur cette affaire. Retrouvez-moi ces nains, et il nous les faut vivants ! Du moins, Bilbo et la gamine aux explosifs…

oOo

« Viens avec moi, Bilbo »

Le noir, encore lui. La douleur aussi. Et ces gens, qui parlent, il n'arrive pas à discerner leur visage.

« C'est la raison pour laquelle la garde de l'orphelin Bilbo Sacquet est octroyée à Monsieur et Madame Sacquet-de-Besace, ses plus proches parents, qui garderont les biens de sa famille jusqu'à sa majorité, qui pourvoiront à tous ses besoins et qui le chériront comme leur enfant.
— Comment ?! Ils ne l'aiment même pas, ils le tueront comme ils ont tué ses parents pour récupérer l'héritage !
— Gardez votre salive, vous, tout le monde sait que si vous, vous vouliez l'enfant, c'est pour récupérer le domaine qui va avec ! Ce n'est pas pour rien que vous ne réapparaissez qu'à la mort de Drogo après toutes ces années d'absences !
— Si vous, vous étiez si proches, c'était parce que vous rodiez tels des vautours en attendant votre heure pour vous repaitre des restes !
— Balivernes ! Nous sommes concernés par le sort du gamin.

Une main sèche s'empare de l'épaule de l'enfant silencieux, aux joues striées de larmes, pour le trainer contre un ventre bedonnant.

— Mensonges ! Seule la richesse de sa famille vous intéresse !

Une deuxième main attrape Bilbo pour l'attirer contre un corps différent, avant qu'il ne se retrouve à nouveau propulsé en arrière :

— Justement, nous sommes sa famille dorénavant. Et la décision du juge est prise ! »

« Viens avec moi. »

Ses paupières lourdes sont collées, l'esprit cherche à fuir le corps qui a si mal, et ces voix qui lui parlent sans qu'il n'arrive à cerner leur provenance :

Bilbo. Bilbo, petit Bilbo… Déchainer les passions sembles te plaire… Regarde les… Ils se battent tous pour toi, pour t'avoir. Aimes-tu te sentir ainsi désiré ?

« Viens. »

« Monsieur Sacquet, nous avons eu vent de vos dispositions pour l'étude de certaines langues et nous aimerions vous proposer de collaborer avec nous.
— Avez-vous été recruté pour vos talents de traducteur ? »

Aimes-tu te sentir indispensable ?

« La GITM est une organisation pacifique qui cherche avant tout à protéger les trésors de ce monde. »
« Parce que la GITM n'est plus ce qu'elle devrait être. »

L'impression que le sol se fend sous ses pieds. Ses certitudes sont balayées.

« J'espère que vous n'imaginiez pas rentrer chez vous après notre charmante collaboration, monsieur Sacquet…
— Vous allez me tuer ?
— Je vous promets de ne pas attenter à votre vie. »

Se raccrocher aux mots, ne pas sombrer.

« Vous aviez promis… »
— Je n'hésiterai pas. »

Mais les mots n'ont plus aucune valeur.

« Je t'aime, petit érudit. »
« Viens avec moi, Bilbo. »

Deux alphas, ils se battent pour toi. Décidément, tu aimes te sentir désirer…

Qui as-tu choisi ?

Le brouillard, les explosions. Deux mains qui se trouvent, qui se lient.

Qui as-tu choisi ?

« Le tuer sera la plus grosse erreur de ta vie.
— A toi de sauver la sienne… »

Qui ?

ll va te tuer, Bilbo. Il veut te tuer.
Tu vas mourir de sa main.

« Essayez de nous donner une bonne raison de vous garder en vie… »

C'est un cauchemar, Bilbo. L'inconscience, elle a abaissé les barrières. Il faut reprendre le contrôle. Il faut se réveiller.

La cohérence reprend le pas sur son esprit tourbillonnant et affolé. Les certitudes s'imposent face au maelström chaotique de ses souvenirs.

D'abord, la douleur. Intense.

Déboussolé, Bilbo parvint enfin à ouvrir les yeux et, immobile, il sonda le plafond au dessus de lui. Du bois pâle et usé, certainement du bois flotté se dit-il alors que l'odeur salée des embruns maritimes effleura ses sens, bercé par le cri des oiseaux maritime et du roulement des vagues qui filtraient pas sa fenêtre ouverte sur un ciel bleu.
La mer, donc. C'était bien loin de Fondcombe. Et de Minas Tirith, surtout.
La grande question c'était : comment était-il arrivé là ? Et où ? Il n'y avait pas qu'une seule mer dans ce monde.

Il se souvenait des nains, son enlèvement et les heures de traduction qui avaient suivies. La découverte de la localisation d'Erebor, puis les menaces mortelles de Thorin.
Il y avait eu sa fuite, les coups de feu et…

— Vidalinn !

Le cœur soudain empli d'espoir, il se redressa. Vidalinn était venu le chercher, il était avec lui, maintenant, tout allait bien.

Explosion de douleur dans son corps. Il se tordit, cherchant à fuir la souffrance à couper le souffle qui enflamma son épaule et il se laissa tomber sur son lit en gémissant.

La porte s'ouvrit à ce moment, sur Oïn, qui s'approcha de lui pour vérifier les bandages et Bilbo le regarda avec effroi.
Il était donc toujours avec les nains.
Mais il n'était pas mort. Que s'était-il donc passé entre le moment où le premier coup de feu avait été tiré et maintenant ? Vidalinn était-il simplement apparu dans son rêve ?
Et cet éclat d'hésitation qu'il avait lu dans le regard du nain n'était donc pas une hallucination ?

— Comment vous sentez-vous ?
— Très mal.
— Tant mieux. Cela prouve que vous êtes bien de retour parmi nous.
— Tant mieux, en effet…

Il ne parvenait pas à comprendre. Il y avait eu des coups de feu et il avait été touché, ça, il en était certain. Mais si Vidalinn n'était pas intervenu, alors contre qui Thorin avait-il tiré ? Simplement contre lui ? Pourquoi l'avoir gardé en vie dans ce cas ? Et si Vidalinn était bel et bien intervenu, alors pourquoi était-il encore avec les n… Ho. Non… Non.

— NON ! Ne me touche pas !

Avec rage, il repoussa le médecin nain qui recula brusquement, surpris par le soudain changement d'attitude.

— Où est Vidalinn ?! Que lui avez-vous fait ?

En plus de la colère, l'angoisse et l'horreur lui rongeaient les tripes à l'idée que son petit-ami ait été blessé, ou pire, alors qu'il tentait de le sauver.
Alerté par les cris, Thorin entra à son tour dans la salle et, d'un signe de tête, il demanda à Oïn de sortir.

— QUE LUI AVEZ-VOUS FAIT ?

Hors de lui, il voulu se relever, faisant fit de sa blessure, mais la colère ne parvint pas à gommer la douleur et il poussa un gémissement étouffé. Dieu que se prendre une balle était douloureux. Thorin eut le réflexe de faire un pas vers lui, mais il siffla d'un ton dangereux :

— Ne vous approchez pas de moi !

Thorin ne fut pas franchement intimidé par cette douce créature blessée qui n'avait pas vraiment les moyens de menacer sa vie, mais plutôt inquiété de voir Bilbo sortir de ses gongs au point d'en venir à se blesser lui même s'il ne prenait pas garde. Alors il resta à une distance respectable et, d'un ton froid, il chercha à jauger la situation, conscient que la violence de la blessure avait de quoi lui offrir un petit choc post traumatique, et donc, une amnésie partielle :

— De quoi vous rappelez-vous, au juste ?

Le regard bouleversé et affolé du hobbit suffit à le faire soupirer et Thorin hésita un instant, avant de parler à contrecœur :

— Vidalinn est en pleine forme, mais je ne pense pas que cela devrait vous rassurer.
— Pourquoi ? Où est-il ?
— Dites moi d'abord quels sont vos derniers souvenirs.

Thorin avait répondu d'un ton intransigeant et Bilbo lui envoya un regard noir en grondant méchamment :

— Votre arme sur ma tempe.

Le nain sembla contrarié, mais il haussa les épaules, le regard indéchiffrable :

— Vidalinn est à notre recherche.
— Évidemment qu'il vous cherche. Me garder avec vous est une provocation !
— Il nous cherche pour vous tuer, Bilbo.

Bilbo leva un sourcil, puis un sourire moqueur étira ses lèvres. Il en perdit ses mots un instant, mais il se reprit rapidement :

— Vous pensez réellement que je vais croire ça ? Sur votre parole en plus ? Ce n'est pas comme si elle valait quelque chose…

Une étincelle passa dans le regard de Thorin, mais il préféra ne pas relever et il se contenta de marcher vers le lit. Le plus petit se tendit, mais le nain, sans se montrer menaçant, s'approcha de la table de chevet, sur laquelle ils avaient mis les affaires de Bilbo, et il attrapa sa tablette qu'il lui mit dans les mains :

— Je suppose que vous pouvez avoir un accès discret aux données de la GITM…
— Je peux aussi leur envoyer ma localisation…

Sa si précieuse tablette dans les mains, Bilbo lança un regard provoquant à Thorin tout en la déverrouillant rapidement, tapant rageusement son nouveau mot de passe. Il n'avait qu'à faire une toute petite manip, et Vidalinn saurait exactement où il était. Mais le nain se contenta de lui envoyer une moue ennuyée.

— Faites donc, mais je vous conseille de jeter un œil à leur liste « d'indésirables » avant de prendre la moindre initiative du genre…

La réplique jeta un froid à Bilbo qui, les sourcils froncés, se connecta anonymement et, usant des codes secrets qu'il connaissait par cœur, il se rendit jusqu'aux dossiers réservés uniquement aux A.S.

Il hoqueta lorsque, en tête de liste de chasse, il lu son nom, ainsi que celui de Thorin. Il en resta pétrifié et il ne pensa même pas à repousser le nain qui en profita pour lire par dessus son épaule.
Gloïn parvenait tant bien que mal à s'infiltrer sur ce serveur ultra sécurisé, mais c'était bien plus pratique avec les codes, finalement. Il allait devoir poser quelques questions au plus jeune, lorsqu'il serait moins sur la défensive.

— Je suis accusé de trahison ? Mais… Pourquoi ?

Sa voix était blanche, mais elle n'émut pas Thorin qui se pencha lentement sur lui, posant ses mains sur le lit, de part et d'autre du corps du plus petit qui se figea, en l'épinglant de son regard indéchiffrable, pour parler d'un ton plus grave :

— L'ignores-tu réellement ?

Bilbo eut un frisson et il se noya dans les yeux, trop proches, du plus grand. Yeux dans lesquels il avait lu, en une fraction de seconde, tellement de choses qu'il en avait eu le vertige, lorsque, pour une raison qui le dépassait, il avait sauté sur lui pour le protéger d'un tir de sniper.

« Viens avec moi, Bilbo. »

Oui, il s'en souvenait, maintenant. Il l'avait suivi. Comme un con. Et il avait tourné le dos à Vidalinn.
Il comprenait maintenant pourquoi il était dans cet état. Sans jamais en avoir souffert, il savait à quel point son petit-ami –pouvait-il encore l'appeler comme
ça ?- pouvait se montrer possessif et extrême.
Prendre la main de son ennemi avait signé son arrêt de mort : Vidalinn était beaucoup trop loyal envers la GITM pour fermer les yeux sur une telle provocation. La seule chose qui surprenant Bilbo était qu'il soit encore en vie, même s'il se doutait que, si ça avait été n'importe quel autre A.S. que Vidalinn, il n'aurait pas survécu.
Personne ne se détournait ainsi de la GITM, les choses avaient le mérite d'être simple.

Il aimerait bien se demander pourquoi il avait fait ça. Le problème, c'était qu'il s'en doutait déjà, au moins un petit peu. Il savait que la raison ne se trouvait à quelques centimètres de lui et l'observait de ses pupilles trop bleues, ou grises.

Il serra les poings en détournant les yeux, mal à l'aise, et il souffla du bout des lèvres, maussade :

— C'est à cause de votre putain de regard…

Regard qui se fit bien plus grave et poignant alors que Thorin sondait le plus petit, sans un mot. Un court silence s'installa mais, nerveux, Bilbo prit son inspiration avant de demander d'une voix nouée :

— Que… Que comptez-vous faire de moi ?

Thorin fit la moue et il se redressa en exposant calmement :

— Vous êtes blessé et recherché. J'aimerai vous dire que vous êtes libre de partir, mais je ne vous donne pas trois jours avant qu'ils ne vous remettent la main dessus. Si ça arrive, soit vous choisissez de coopérer, et vous leur dites tout ce que vous savez sur nous, sur Erebor. Dans ce cas, tout ira peut-être bien pour vous. Soit vous prenez le parti de vous taire. Et ils vous feront parler. Croyez-moi.

Pas vraiment surpris par cette promesse assurée d'un ton froid, il baissa les yeux.

— Je reste donc votre prisonnier…

Il déglutit et garda son regard rivé au sol lorsque, silencieux, après une brève hésitation, Thorin osa lever une main tendre pour caresser sa joue, laissant ses doigts descendre jusqu'à un coin de la lèvre qu'il frôla légèrement, avant de répondre d'un ton distrait :

— Votre sort est lié au notre, dorénavant. Mais je préfèrerai vous considérer comme… Mon invité.

Un invité qui restait pieds et poings liés, le mot était amer et Bilbo le regarda à nouveau dans les yeux en serrant ses mains sur ses draps. Encore une fois, il se sentit happé par ces orbes bleus qui semblaient lire son âme et il déglutit en osant poser la question qui lui tournait en tête :

— Pourquoi… Ne m'avez-vous pas tué ? Je suis une menace pour vous, plus encore maintenant… Ma présence met en danger tout le groupe.

Le touché exacerbant des doigts sur sa peau affolait ses sens, mais il ne désirait pas s'y soustraire, et il se laissa perdre dans le regard de Thorin qui sembla hésiter, immobilisant sa main. Il le dévisagea avec curiosité un instant, comme s'il se posait exactement la même question, puis il s'éloigna de lui, retournant à la porte. Toutefois, avant de sortir de la pièce, il se retourna pour le regarder dans les yeux :

— C'est à cause de ton putain de regard.


oOo

Merci d'avoir lu !

Je sais que nous ne sommes pas vendredi,
Mais comme le dernier chapitre à reçu plein de reviews en disant que la suite était attendue,
voilà.

Je suis désolée, je n'ai pas eu le temps de répondre à tout le monde !
(mais à la place, vous avez le chapitre en avance :3)

J'espère que la suite est à la hauteur de ce que vous attendiez !

Bisous !