Au fil des siècles, le mal qui sommeillait en Mirkwood s'est insidieusement répandu dans le Rhovanion. Lorsque les immortels ont désertés la forêt pour répondre à l'appel de la mer et quitter, à jamais, la Terre du Milieu, ce mal, qu'ils avaient toujours parvenu à contenir, a étendu ses frontières au delà de Mirkwood, pour couvrir la totalité des plaines du Nord-Est, sous la forme d'une jungle malade et nauséabonde qui abrite des créatures monstrueuses, dévorant Dale et Erebor dans la foulée, les cachant aux yeux du monde entier.
Sans parler de l'éruption de la chaine des Gadolah après le séisme… Des Montagnes escarpées et dangereuses, perdues au milieu de ce désert végétal, extrêmement difficiles d'accès et peu explorées.
La forêt maudite couvre maintenant un territoire qui fait la taille du Rohan et du Gondor réunis, entre les Monts-Brumeux à l'Ouest, le pays de Rhûn à l'Est, les Montagnes Grises au Nord, et les anciennes terres du Mordor, plus dangereuses encore, au Sud.
Hna-Rhûn est une ville côtière bâtie sur les berges de la mer de Rhûn, très jeune, pas plus de quelques siècles, certainement créée par les descendants des humains de Dale qui ont fui l'expansion de Mirkwood en suivant le fleuve.
Ce qui est fou, c'est de se dire que toutes les races de cette terre avaient, lors du troisième âge, cohabité dans cette région, qui sait, peut-être même que les descendants d'Eorl étaient-
— Sincèrement, Bilbo, je m'en fous.
Plantant l'historien en plein exposé improvisé, Dwalin sortit de la pièce dans laquelle il était entré dans l'espoir d'y trouver Orianne. Le hobbit ne sembla même pas avoir remarqué son départ, s'il avait remarqué son arrivée et il continua d'étudier l'histoire de la ville qui les accueillait, son bras en écharpe tenu contre son corps ne l'empêchait pas de prendre des notes de sa main gauche, même s'il ne parvenait pas à se relire.
De son côté, le grand nain traversa plusieurs salles, fouilla les balcons et passait d'un étage à l'autre de cette immense demeure sans trouver la moindre trace de la naine.
— Foutue Gamine, où est-elle encore passée ?
Plutôt solitaire, Orianne recherchait souvent la compagnie de la solitude et la maison, le manoir plutôt, possédait de nombreuses salles dans lesquelles elle pouvait disparaître de longues heures avant que l'on parvienne à la retrouver. Et Dwalin en avait par dessus la tête de perdre son temps à chercher ce courant d'air discret et silencieux qu'elle était.
Toutefois, une explosion se fit entendre à l'extérieur et il poussa un soupir avant de redescendre jusqu'au rez-de-chaussée et sortir dans le jardin, ou le parc, la forêt plutôt. Ou le domaine. Oui, c'était assez grand pour que le « petit » jardin de la « petite » maison de vacance de Thorin soit nommé domaine par Dwalin qui pesta en se demandant d'où provenait la source de l'explosion.
Entre le labyrinthe de bui, le cercle de séquoias, les deux petits étangs, l'île qui trônait au milieu d'un des deux petits étangs, les allées de noyers, de noisetiers, le jardin des quatre saisons, le potager, la court de tennis, la volière, la crique avec sa plage privée, ses dunes et ses petites falaises, puis les pelouses, il y avait de quoi se perdre.
Mais il se laissa guider par l'odeur du souffre jusqu'à entrer dans le petit bois, parce qu'il y avait aussi un petit bois, de boulots blancs, très joli soit dit en passant, et le sol était tapissé de leurs feuilles dorées, posées là par le dernier automne.
Un vieil if millénaire massif et imposant, aux lourdes branches qui tombaient au sol, se tenait là et, à côté, les restes fumants de ce qui était certainement un vieux tracteur abandonné par l'une des générations de Durin qui avait possédé le domaine avant que Thorin en hérite.
— Exploser tout ce qui te tombe sous la main ne te fera pas revenir en arrière…
— Ca me calme.
Assise sur une branche de l'if, Orianne avait répondu d'une voix aussi furieuse qu'enrouée en jouant nerveusement avec son briquet et Dwalin soupira en remarquant ses yeux rougis.
— Tu as sauvé la vie de Thorin, et la notre aussi, car nous serions venus après lui et Bilbo… Tu ne pouvais pas prévoir.
— Je suis un monstre.
— Ce n'est pas comme si tu l'avais fait exprès…
Dwalin avait répondu en haussant les épaules et elle détourna le regard.
Dans le but de sensibiliser l'opinion publique à la menace des nains, la GITM n'avait pas hésité à partager les images des corps sans vie d'Amada et Myem Ley, la femme et son enfant qui avaient perdu la vie lors de l'accrochage à Minas-Tirith, parce qu'ils s'étaient trouvés au mauvais endroit au mauvais moment.
Images qu'Orianne n'avait pas manquées, car elles étaient diffusées sur tous les réseaux sociaux, toutes les chaines, relayées par ces médias avides de Unes phénoménales.
Et, depuis, elle n'avait pu trouver le sommeil, rongée par les remords et la culpabilité.
— C'est moi qui ai crée, posé et activé ces bombes… Je suis responsable de la mort de ces gens.
Toujours assise sur sa branche, elle avait remonté ses genoux contre son torse, son regard ténébreux perdu dans le vide et Dwalin se dit qu'il ne l'avait encore jamais trouvée aussi jolie. Mais il s'approcha pour lui parler d'une voix assurée :
— Ho non, Orianne… Tu es peut-être celle qui a déclenché ces explosions, mais tu n'es en aucun cas responsable de ça. Il ne s'agit pas d'une simple querelle entre Thorin et la GITM, mais d'une véritable guerre. Et tu es prise dans cette guerre. C'est ta vie et celle de tes proches contre la leur.
— Est-ce que ça me donne le droit de tuer impunément ?
Le visage sombre, elle se laissa glisser de sa branche pour s'approcher du tracteur et tenter de récupérer quelques câbles sur lesquels elle tira sèchement dans l'espoir de les faire céder. Dwalin s'approcha pour l'aider en cherchant à capter son regard, mais elle détourna les yeux en pinçant les lèvres.
— Qu'aurais-tu pu faire d'autre ?
— Placer les charges plus loin de la rue piétonne, m'assurer que personne ne s'y trouve avant de les déclencher…
— Si tu avais pris le temps de faire ça, alors Thorin serait mort et Bilbo leur aurait tout dit, de son plein gré ou non. Ils nous auraient trouvé, ils auraient trouvé Erebor… Deux vies, c'est cher payé, mais tu n'avais pas le choix.
Elle haussa les épaules, sans savoir quoi répondre, puis elle baissa les yeux au sol :
— Ils nous détestent à cause de moi… Les nains et les humains ont toujours été en bons termes et maintenant, ils nous voient tous comme des monstres…
— Non, ce n'est pas à cause de toi. C'est quelque chose avec laquelle la GITM joue depuis longtemps… Et, aujourd'hui, ils utilisent ton visage pour monter les humains contre nous et avoir ainsi la légitimité de nous traquer et nous abattre comme des bêtes… Et tu ne peux rien faire contre ça…
Il fronça les sourcils lorsque le regard de la jeune naine, toujours rivé au sol, se fit soudain plus déterminé et elle serra le poing sur le câble calciné arraché à la carcasse du véhicule :
— Si… Je peux me rendre à la justice gondorienne. Ne pas passer pour une meurtrière en fuite en demandant un procès équitable et faire entendre ma voix. Notre voix.
— Ils demanderont ta mise en arrêt, peut-être même la peine de mort.
— Parce que je le mérite...
Elle avait répondu d'un ton éteint en tournant les talons et elle s'éloigna, disparaissant entre les arbres sans un bruit. Dwalin la regarda partir d'un regard horrifié, conscient qu'elle n'avait pas tord : si elle restait cachée, cela donnera raison à la GITM qui ne lâcherait pas l'affaire et la ferait passer pour une assassin, englobant toute la race des nains dans la foulée.
D'un autre côté, se rendre et demander un procès la condamnerait, mais cela lui permettrait aussi de se débarrasser de cette image d'ennemie des hommes qui lui collait maintenant à la peau. Si elle ne le faisait pas, elle resterai une fugitive toute sa vie.
Il soupira.
En voilà encore une trop noble pour son propre bien…
— Foutue gamine, j'espère que tu ne prendras pas de décision regrettable…
oOo
Les tremblements de terres consécutifs qui ont secoué cette région et marqué le passage au deuxième temps ont en réalité totalement modifié la géographie du lieu : les lits des fleuves se sont déplacés, l'altitude a été modifiée et les civilisations ont migré. Sans oublier que cette époque, avec toutes ces guerres, a connu un grand flux migratoire à travers toute la Terre du milieu, les nains se sont regroupés aux Montagnes Bleues, terres de leurs ancêtres, et dans les cavernes étincelantes de Guntabad, tandis que les humains se sont concentrés dans les royaumes du Sud, les cités royales d'Arnor, au Nord, que le roi Elessar Telcontar a remises sur pied, et dans les mégalopoles. C'est ce qui explique la nouvelle modification qu'a connu à ce moment le langage commun, appelé Variation Delta, parlé couramment par tous les peuples qui interagissaient aussi entre eux, certaines formules linguistiques ont-
— On s'en fout, Bilbo.
Retenant un bâillement, Nori donna un coup de coude à son frère qui venait de grommeler sa remarque, bloquant Bilbo qui rougit soudainement, gêné, mais Bofur, qui semblait subjugué par le récit, rétorqua d'un ton outré :
— Mais pas du tout ! Moi j'ai toujours voulu savoir comment a été créée la chaine du Gadolah.
— C'est de la métamorphose de la langue commune à la fin du premier temps que je vous parlais…
— Ça m'intéresse aussi !
— Oh, pitié…
Dori maugréa à nouveau, mais Bilbo ne l'entendit pas, il était sorti de la salle les mains dans les poches.
Ça n'était pas nouveau : l'Histoire, tant qu'elle ne comportait pas de hauts-faits ou de trésor, n'avait jamais intéressée personne d'autre que ses rares collègues, et encore. Bilbo était un des seuls à s'être spécialisé dans les premiers temps, bien plus flous et éloignés que les derniers, très mouvementés et riches en péripéties, que la Terre du Milieu avait connue.
Il avait l'habitude de parler dans le vent lorsqu'il cherchait à partager sa passion et il s'en était accommodé. Seul Vidalinn faisait des efforts pour se montrer intéressé et tenir avec lui des longues conversations sur ces sujets que Bilbo aimait tant, mais sans plus et le hobbit savait que c'était avant tout pour lui faire plaisir que par réel intérêt.
Et, finalement, de ce côté là, les nains n'étaient pas différents.
Quoique, pas tous. Balïn était suffisamment cultivé pour apprécier ses discutions, et Kili buvait littéralement ses paroles, même si son intérêt principal restait Erebor, la Moria et les royaumes nains, plus que l'histoire de la langue.
Mais Balïn travaillait actuellement avec Bifur à l'élaboration de nouvelles armes, et Kili était, avec Fili, en mission d'éclairage dans les Gadolah depuis que Thorin avait lancé les recherches sur le terrain.
Ne restait plus qu'une seule personne capable de discuter avec lui sur ces sujets oubliés, et même de lui apprendre de nouvelles choses ou lui faire découvrir un nouvel angle de vue. Mais Bilbo n'avait pas vraiment envie de passer du temps avec Thorin et il se dirigea vers un salon qu'il appréciait particulièrement. De style oriental, comme la maison entière, il comportait plusieurs meubles pas vraiment assortis, comme si on avait posé-là tous ce qui n'avait pas de place ailleurs. Il y avait même un vieux piano dont le son était encore clair, que Fili avait accordé en arrivant, quatre jours plus tôt.
Bilbo, qui ne s'était réveillé que la vieille, prenait à peine ses marques dans ce domaine immense dont il n'avait pas encore fait le tour entièrement et, sans savoir quoi faire, il s'assit dans un fauteuil confortable et alluma sa tablette.
Il plongea ensuite la main dans sa poche et, nerveusement, comme si les agents de la GITM pouvaient apparaître d'un moment à l'autre, il s'empara de sa carte SD qu'il inséra avant d'ouvrir à nouveau toutes les données qui concernaient la Moria.
Il n'avait plus aucun doute maintenant que les nains qui y avaient vécus étaient en lien avec Erebor. Beaucoup de choses concordaient, même dans les styles d'écriture et la variation de langue utilisée, et, faisant distraitement défiler ses données, qu'il avait commencées à traduire, Bilbo se demandait ce qu'il gagnerait à donner ces informations à Thorin, hésitant à garder ça pour lui et jouer son propre jeu.
Toutefois, il n'eut qu'à se souvenir de quelle manière le nain l'avait mis en joue, pour le tuer sans sommation, et il serra les lèvres. Sa vie n'était peut-être qu'en sursis, mieux valait qu'il garde des cartes en main. Avoir tourné le dos à Vidalinn ne signifiait pas qu'il se vouait dorénavant aux nains.
oOo
— Ok, on descend, peut-être que nous aurons une meilleure vue.
— Fait gaffe, le mini explorer est beaucoup plus léger que le X-16, un changement de pression trop brusque peut nous faire piquer sec… Et avec les montagnes, il y a pas mal de masses d'air chaud qui côtoient le froid, ça nous sera fatal si on ne fait pas attention…
Sans un mot, Kili acquiesça au conseil de Fili et il fit incliner le petit avion, léger, rapide et au top de la technologie, pour s'approcher du flanc d'une montagne contre laquelle il se laissa glisser. Il y eut une soudaine turbulence et, pris dans un trou d'air, l'avion perdit une dizaine de mètres d'altitude en une seconde avant de se stabiliser à nouveau sur un courant d'air chaud et, les yeux écarquillés, le brun se tourna vers le plus vieux, la voix enrouée :
— Tu es sûr que tu ne veux pas prendre les commandes ? Je ne les sens pas, ces montagnes…
Plus expérimenté avec cet appareil ultra sensible, Fili ne discuta pas et il se concentra sur le vol. Sans un bruit, l'avion virevoltait entre les monts escarpés de la chaine du Gadolah depuis quelques heures maintenant. Le mini-explorer, qui fonctionnait à l'énergie solaire, avait une autonomie quasi illimitée, mais la forêt vierge qui s'étendait sous eux couvrait un territoire aussi grand que le Gondor et le Rohan réunis, si bien que, s'ils voulaient atterrir, il leur fallait au moins une bonne demi-journée de vol pour sortir des Montagnes, puis une petite dizaine d'heures à survoler la forêt avant de trouver une piste quelconque.
— Si Bilbo et Thorin ont déduis les bonnes coordonnées, nous devrions être juste au dessus…
— Toutes ces montagnes se ressemblent… Comment savoir laquelle est la b- Ho ! Regarde là !
— Où ?
Kili plissa les yeux, mais ce qu'il avait cru surprendre disparu derrière le flanc d'une montagne alors que l'avion continuait son vol.
— Fait demi-tour, j'ai l'impression d'avoir vu une construction.
En silence, Fili fit un 180 tandis que Kili se collait à la vitre pour mieux voir.
— On dirait un fragment de statue…
— Tu es certain que ce n'est pas un rocher ? Je ne vois rien…
— Il faudrait que l'on soit plus proche…
— Je veux bien essayer, mais ce ne sera pas sans risque…
Le mini explorer décrivit une gracieuse courbe pour se faufiler entre deux pics pendant que Kili s'occupait de déclencher la sonde infrarouge intégrée dans l'avion d'exploration :
— Fili… Il y a une grotte là-dessous ! Elle est immense !
Excité, le brun étudiait les retours tandis que Fili, la mâchoire crispée, se concentrait sur la trajectoire. Un nouveau trou d'air les surprit et, encore une fois, l'avion s'affaissa de quelques mètres.
— On ne peut pas rester là, la zone est instable, on risque notre v-
Fili se tut subitement lorsque, face à eux, apparut une immense tête sculptée d'un guerrier nain, fortement endommagée par le temps et l'érosion, accrochée en flanc de montagne, reste de ce qui était certainement une statue plus monumentale et Kili ne perdit pas de temps avant de prendre plusieurs photos.
— Enregistre l'emplacement exact et contact Thorin. Je vais- Ho purée.
Il y eut de nouvelles turbulences et Fili eut le réflexe immédiat de couper les gaz pour éviter que l'engin ne se retourne. Le mini explorer chuta de plusieurs dizaines de mètres, faute de trouver de la portance, avant de se stabiliser en mode planeur. Fili l'inclina de manière à quitter les montagnes aux flancs arides et escarpés pour s'approcher d'un petit bois accroché sur un plateau encaissé, et la chaleur qui se dégageait de la végétation suffit à les élever.
Blême et pétrifié, Kili resta muet un moment tandis que le blond remettait doucement de la vitesse, les dents serrées.
— On rentre, c'est trop dangereux. Si on revient, c'est avec l'X-16, tant pis pour la discrétion…
— Je crois qu'on a un problème…
Toujours blême, le regard fixé sur le ciel qui les englobait, Kili n'eut pas besoin d'en rajouter beaucoup pour que Fili ne pousse un juron. Face au eux, l'horizon se teintait de noir violacé, parfois tranché par des éclairs nerveux et lumineux, et, lourd et opaque, l'air se densifiait dangereusement.
— Kili, sonde toute la zone, nous allons devoir atterrir d'urgence. L'orage est coincé de l'autre côté de la chaine pour l'instant, mais s'il passe, ce sera trop violent pour l'Explorer…
Le brun s'exécuta immédiatement tandis que Fili vérifiait les appareils, que la pression affolait, en grinçant des dents :
— Je comprend maintenant pourquoi personne n'est venu chercher quoique ce soit par ici… Les conditions de vol dans ces montagnes sont épouvantables…
Il stabilisa le petit avion qui fut pris dans de nouvelles turbulences et, sans attendre les résultats de Kili, il commença à perdre de l'altitude pour s'approcher des vallées encaissées et fuir la pression irrégulière des sommets.
— Je ne trouve rien…
— Dix mètres suffisent… Même un lac ou un glacier, n'importe quelle surface plane… Je peux faire avec…
Les atterrissages d'urgence n'avaient pas de secret pour Fili qui garda son sang-froid, cherchant visuellement l'endroit propice, sans s'occuper des lourdes gouttes qui commencèrent à s'écraser bruyamment sur les vitres.
— Et le rocher là-bas ?
Kili désigna du doigt une falaise qui possédait un faux plat court, mais dont le sol était régulier et Fili s'y dirigea lorsque la foudre, attirée par la carrosserie, toucha le petit avion qui fit une embardée. La pluie tombait maintenant drue, amenuisant la visibilité et le brun, la mâchoire crispée, lança un regard affolé au plus vieux, qui resta calme et concentré sur la piste qu'ils avaient remarquée.
Il n'avait qu'une petite quinzaine de mètres, après ça, c'était la paroi montagne, donc le crash.
Retenant son souffle, il amorça la descente, jurant contre le vent qui s'était levé, avant de réduire les gaz pendant que Kili fit sortir les roues. Le précipice sous eux rendait la chose extrêmement compliquée à cause de la variation d'atmosphère qui ne permettait pas une approche stable, mais le pilote parvint à venir à quelques mètres à peine du sol.
L'avion se posa brusquement et le blond allait enclencher les freins d'urgence, mais il vit la falaise de la montagne se rapprocher de manière alarmante. Portés par le vent, ils allaient beaucoup trop vite et, sans attendre, il poussa le moteur à fond pour décoller à nouveau, en piqué, frôlant la pierre dure.
Le mini-explorer se noya dans le nuage noir qui prenait possession des montagnes et, privé de visibilité, Fili s'installa sur une trajectoire rectangulaire.
— Je vais l'aborder dans l'autre sens.
Kili écarquilla les yeux et il se tourna brusquement vers lui :
— Tu es taré !? Comment veux-tu l'aborder dans l'autre sens ? C'est impossible, la montagne ne nous permettra pas de profiter de la piste intégralement, tu n'auras que quelques mètres avant le précipice ! Atterrir dans ces conditions est du suicide !
— Tu as une meilleure idée ?
— Sortons de là ! Quittons les Gadolah par le Nord.
— On aura ensuite besoin d'une dizaine de jours pour les contourner…
— Mieux vaut perdre dix jours que sa vie…
Mais, sans l'écouter, Fili amorça un dernier virage à 90° avant de pousser délicatement le manche. L'avion, remué par les petits tourbillons, s'inclina légèrement tandis que Kili s'accrocha à son fauteuil.
L'abord n'était pas des plus simples, il devait contourner le flanc de montagne, qui l'empêchait d'arriver droit avant les derniers mètres, ce qui rongeait, effectivement, une bonne partie de la piste, puis c'était un à pic, le vide.
— Putain. Fili. Je te jure que si tu nous tues…
— Ferme ta gueule.
Concentré, le blond amorça la manœuvre d'atterrissage dans l'autre sens.
Forcé à venir de biais, il s'assura de garder un minimum de hauteur, puis il piqua au dernier moment, se mettant parallèle à leur piste de fortune d'un sec changement de direction, amenant l'engin à perdre de la vitesse.
Puis il inclina le devant et les roues touchèrent à nouveau le sol.
Kili garda un silence blanc quelques secondes, les yeux rivés sur le précipice qui s'approchait, puis il s'exclama brusquement :
— Ça passe pas, décolle !
Fili jura et, obéissant à son frère adoptif qui avait vu juste, il renvoya les gaz avant même de les avoir vraiment coupé, survolant le précipice béant qui s'ouvrait sous eux.
— On s'en va, Fili, on ne peut pas atterrir ici.
— L'orage sera là avant qu'on ait le temps de sortir des montagnes et ce sera pire…
Le plus vieux n'avait pas tord, Kili était parfaitement conscient qu'essuyer une tempête en montagne était mortel, un coup de vent mal venu suffisait à envoyer le mini-explorer s'écraser contre une paroi.
— On aura peut-être l'occasion de trouver une autre piste.
— Ou pas.
Reprenant sa trajectoire rectangulaire, Fili prit une lourde inspiration :
— Envoie nos coordonnées à Thorin.
Kili fronça les sourcils, mais il fit ce que l'aîné lui demanda sans poser de question tandis que Fili acheva son dernier virage, contournant le flanc de montagne. Cette fois-ci, il ne fit pas descendre l'appareil, attendant le dernier moment et Kili comprit immédiatement ce qu'il avait en tête :
— Fais pas ça, tu vas nous planter !
— Accroche toi.
— Putain, Fili !
En réponse, le plus vieux piqua en coupant la vitesse tout en déployant les ailerons et les gouvernes, braquant la dérive et amenant l'avion à faire un 180° soudainement, brisant la vitesse. La rencontre avec le sol fut brutale, suffisamment pour les freiner considérablement et l'élan les entraina vers le ravin. Mais Fili réactiva la vitesse et les moteurs rugirent, stabilisant l'avion à quelques mètres du vide. Un éclaire déchira le ciel à ce moment, suivit, presqu'immédiatement, du tonnerre qui roula tout autour d'eux, son écho mugissant contre les montagnes, puis le silence revint et, pétrifié, Kili tachait de reprendre son souffle. Lorsqu'il retrouva l'usage de la parole, il se tourna vers le plus vieux, la mâchoire crispée :
— Tu as failli nous tuer !
— J'espère que je ne vais pas regretter d'avoir seulement « Failli »…
Fili avait répondu en maugréant, jugeant l'état de l'avion dont le moteur fumait de manière inquiétante, malmené par la dernière manœuvre du blond qui descendit en attrapant son blouson.
— Si on ne veut pas que l'Explorer s'envole avec la puissance du vent, on devrait l'amarrer rapidement.
L'avion était tellement léger que, effectivement, la moindre bourrasque l'emmènera au loin. Kili descendit à son tour en attrapant les câbles prévus à cet effet et, sans effort, ils poussèrent l'engin le plus possible contre la paroi avant de l'enchainer solidement.
Jurant contre la pluie, Kili pesta en remarquant que cette dernière s'intensifiait de seconde en seconde et il commença à claquer des dents.
— Et, bien sûr, il faut que l'on se retrouve sur le versant le plus exposé…
— Kili !
Il se tourna vers son frère adoptif, qui l'avait appelé d'un ton étrange, debout au bord du précipice, et il écarquilla les yeux :
— Mais tu veux vraiment mourir ou quoi, abruti ? Recule avant que tu ne te fasses happée par le vent !
— Viens voir.
— Ho non, je ne m'approcherai pas !
Toutefois, Fili se tourna vers lui et le regard qu'il lui envoya suffit à dompter ses réticences et, d'un pas peu assuré, lui qui était facilement sensible au vertige, il s'approcha du bord, se sentant défaillir en imaginant le vide sous ses pieds alors que la violence du vent menaçait de le jeter au sol à tout moment.
Fili lui offrit son bras et il s'y accrocha de toutes ses forces, avant de se figer face au spectacle qui s'étendait sous ses pieds : éclairées par la lumière surnaturelle de l'orage, parfois illuminées par les éclairs qui éclataient au dessus d'elles, un champ de ruines antiques s'amassaient en contrebas, à peine visible dans la pénombre, mais parfaitement discernables. Elles étaient bordées par un glacier coincé entre deux parois et Kili, subjugué par la vue, ne pensa même pas à rejeter la main de Fili qui glissa dans la sienne.
— La cité oubliée de Dale… On l'a trouvé !
A court de mot, le plus jeune se tourna vers lui, un immense sourire radieux étirait ses lèvres et, perdu dans ce déchainement des éléments, surplombant cette ville légendaire, signe qu'ils n'avaient encore jamais été aussi proche de leur but, il succomba.
Lorsque Fili attrapa sa nuque avec douceur, il ferma les yeux en entrouvrant les lèvres que le plus vieux vint embrasser dans une lenteur envoutante. Enivré par la violence du tonnerre qui faisait trembler les montagnes tout autour d'eux, par cette découverte extraordinaire, par le danger mortel qu'ils venaient de frôler et, surtout, par ce mec qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver si badass, si intense et si envoutant, Kili se laissant emmener dans un vertigineux tourbillon de sensations et d'émotions incontrôlables déclenché par ces lèvres bouillantes et ces bras d'airain qui se refermèrent avec possession sur son corps.
Le blond approfondit le baiser en soupirant d'un désir trop longtemps contenu, laissant courir ses mains dans les dos du brun qui se cambra délicieusement, ramenant les souvenirs des nuits ardentes passer dans ces bras en mémoire mais, soudainement, il ouvrit les yeux et se sépara du plus vieux. Gentiment, il posa ses mains sur sa poitrine pour le repousser, le regard fuyant et terriblement gêné.
— On devrait peut-être trouver un abri rapidement…
Fili comprit ses réticences et il cacha sa déception avant de l'accompagner jusqu'à l'avion pour récupérer leurs affaires.
— Tenter de descendre sur les ruines maintenant serait trop risqué. Trouvons un abri naturel où passer la nuit, ou au moins la tempête. L'avion va attirer la foudre, autant ne pas rester trop proche.
oOo
Merci d'avoir lu !
Cours chapitre de transition aujourd'hui,
Avant de rentrer dans le vif du sujet ;)
J'ai bien peur que ça devienne une habitude, mais je répète que je suis navrée de ne pas avoir répondu à toutes les reviews !
Mais je les lis toutes avec plaisir !
On a la dose de travail en ce moment aux écuries et je me tape des semaines de 50h (à peine payée en plus T_T)
Autant dire que je passe mes soirées à comater et mes week-end à étudier, j'ouvre à peine mon ordi en ce moment.
Bref.
J'ai aussi totalement craqué et je me suis levée à 2h cette nuit parce que j'ai ressenti le besoin urgent d'acheter un ticket pour la Middle Earth convention avant qu'il n'y ait plus de place en meeting room avec Dean O Gorman...
Je suis donc maintenant condamnée à ne me nourrir que de pâtes ces prochains mois,
mais je suis heureuse parce que je vais rencontrer en vrai l'interprète de Fili XD
A la base, je ne voulais pas cautionner l'idée de payer pour ça, mais, comme dis plus haut, j'ai totalement craqué.
