— Non, ne t'inquiète pas, tout va bien. L'avion est un peu endommagé, mais je n'ai pas encore déterminé l'étendue des dégâts et la tempête continue … Non non, pour l'instant, on ne bouge pas. Par contre, je vais économiser la batterie, je te contacterai simplement s'il y a urgence… Merci, Thorin, toi aussi.
Fili raccrocha et éteignit immédiatement son téléphone en louant les dons en technologie de Gloïn, qui avait implanté dans chacun de leur portable une petite clé qui leur offrait un accès aux différents réseaux selon n'importe quelle condition. Même en plein orage perdu en montagne, c'était fabuleux et ça évitait à Thorin de se faire plus de cheveux blancs pour ses enfants adoptifs.
Fili soupira en regardant le ciel noir que zébraient les éclairs, hors de la petite aspérité qu'ils avaient trouvés pour se mettre à l'abri. Kili, qui avait assuré une grande partie du vol jusqu'aux montagnes, s'était rapidement endormi contre la paroi la plus éloignée de l'extérieur, mais le blond put voir de quelle manière son corps tremblait doucement à cause du froid et, glissant son téléphone dans sa poche, il s'approcha. Sans un mot, en douceur, il s'assit contre la roche pour se presser contre plus jeune, prenant ses mains froides dans les siennes sur lesquels il souffla délicatement.
Kili ouvrit un œil et se tendit, mais il ne rejeta pas le corps chaud qui se colla au sien et il demanda doucement :
— Des nouvelles ?
— Il nous demande de ne pas faire de zèle…
— Est-ce qu'il considère que descendre visiter Dale est un surplus de zèle ?
— Je ne lui ai pas demandé, mais ça m'étonnerait…
Ils échangèrent un sourire complice, frustrés tous les deux par le temps abominable qui ne leur permettait pas de rejoindre les ruines. Mais ils prirent leur mal en patience, et, rapidement, Kili se rendormit, ses doigts étaient encore emmêlés à ceux de Fili qui regardait la pluie tomber en se disant que tous les trésors qu'ils découvriront prochainement ne valaient pas celui qui dormait dans ses bras.
oOo
— Bon, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle…
— Ca, ça veux dire que ça concerne tes fils adoptifs…
Sans écouter le murmure narquois de Dwalin, Thorin s'avança dans la salle où se tenait la totalité du groupe, réuni à sa demande, et alluma le vidéo projecteur qui éclaira le mur lisse face à eux.
— Commence par la mauvaise, qu'on rigole un peu !
Thorin lança un regard noir à Dori qui venait de lui lancer la boutade et il prit sur lui pour ne pas s'enflammer.
— Kili et Fili se sont crashés dans les Gadolah.
Pour une fois, personne ne s'esclaffa suite à l'annonce et Balïn demanda d'une voix inquiète :
— Mince… Comment vont-ils ?
—Bien.
— C'est ça, la bonne nouvelle ?
— Non. La bonne nouvelle, c'est qu'ils se sont crashés sur les ruines de Dale…
Un silence interloqué s'étendit un instant puis, cette fois-ci, ce fut un concert de vivats et de hourra qui répondit à l'annonce et Thorin poussa un soupir en se demandant s'il était le seul à sincèrement s'inquiéter pour Fili et Kili, coincés dans ces montagnes dangereuses.
— Quel est le programme dans ce cas ? On les rejoint ou bien on va les chercher ?
Thorin termina les réglages du vidéo-projecteur qu'il venait de brancher à son ordinateur avant de répondre à Dwalin :
— Le site est totalement inaccessible par voie aérienne, trop de différence de pression, aucun lieu d'atterrissage et un climat instable…
— Et avec un appareil à vol stationnaire ?
— C'est l'une des options que nous allons étudier…
Sur le mur s'afficha une carte de la région de laquelle Thorin s'approcha :
— D'après les coordonnées envoyées par Kili et Fili, la cité de Dale se trouve exactement ici… Et, un peu plus loin, au Nord, ils ont aperçu ceci.
Il leur montra l'une des photos de la tête sculptée que Kili avait prises et les nains échangèrent des sourires ravis. Il fit ensuite défiler quelques photos que les deux plus jeunes lui avaient envoyées, de Dale et des environs.
L'unanimité des nains était pour les rejoindre et lancer une expédition d'exploration sur le champ, mais l'accès était extrêmement difficile, sans parle de la tempête qui sévissait actuellement et ils doutaient encore de la meilleure manière de s'approcher de la ville oubliée.
Le X-16, énorme appareil à vol stationnaire qu'ils utilisaient pour la plupart de leurs déplacements, pouvait être mis à contribution pour s'approcher de Dale et y déposer une première équipe ainsi que les vivres et le matériel nécessaire pour commencer l'exploration, mais, Thorin décida qu'il ne voulait pas envoyer un engin aussi gros de peur d'attirer l'attention de la GITM.
Ils savaient que les deux jeunes nains avaient suffisamment de quoi tenir quelques semaines dans les montagnes et ils décidèrent d'attendre que la tempête passe pour prendre une décision. Surtout que le Mini Exploreur était peut-être encore en état de marche, les deux frères adoptifs n'avaient pas forcément besoin d'une équipe de secours.
Thorin en profita pour distribuer de nouvelles tâches en vue de la préparation de l'expédition, prévue à la fin de l'automne, et, il demanda à ce que le groupe se dissoute en attendant, pour ne pas attirer l'attention sur une trop grande concentration de nains au même endroit, surtout après ce qu'il s'était passé à Minas-Tirith. Plusieurs d'entre eux se retrouveraient aux Montagnes Bleues pour préparer l'aspect armement et matériel, d'autres tâcheraient de mener la GITM sur de fausses pistes.
Dwalin, quant à lui, avait demandé à accompagner Orianne à Minas Tirith pour tenter de calmer la tension et combattre la GITM sur le terrain de la justice humaine.
Seuls restaient à la villa, Thorin, qui supervisait tout le monde de là, Bilbo, contre son gré, mais il était blessé, recherché et ne pouvait décemment pas aller se balader à travers la Terre du Milieu, Bombur et Bofur, qui géraient l'intendance et Nori, qui pilotait le X-16 en l'absence des deux plus jeunes et qui s'occuperait de déposer les différents groupes un peu partout avant de revenir et se préparer pour une éventuel mission sauvetage dans les Gadolah.
Il y eut une effervescence soudaine durant plusieurs jours, due aux départs de la plupart des nains, puis, tout d'un coup, dans l'immense demeure, ce fut le calme.
Bilbo était extrêmement frustré de se retrouver coincer ici avec, pour l'instant, Thorin comme seule compagnie et, le nez coller à la fenêtre, il observait la mer en soupirant, pestant contre son épaule qui lui faisait si mal, contre son (ex ?) petit-ami qui n'avait pas hésité à lui tirer dessus et, surtout, contre cet abominable nain, son ennemi, son ravisseur, qui, d'un regard, l'avait amené à tourner le dos à son organisation et qui poussait maintenant l'affront à faire comme si rien ne s'était passé entre eux.
Quoi que… S'était-il réellement passé quelque chose ?
Il était dans la merde, vraiment. Chassé par un camp, pas franchement accepté par l'autre, il se trouvait pris entre deux eaux et ne se sentait plus en sécurité, ne savait plus qui croire, quoi croire. Tout ce qu'il connaissait n'était que mensonges, non-dits et trahisons : sa famille, son travail, son petit-ami et les promesses de Thorin… Rien n'était tangible.
oOo
— Vidalinn, une réunion des dix est demandée sur le champs.
— Manquait plus que ça…
Soupirant lourdement, le blond attrapa son ordinateur et, quittant l'armurerie de la demeure que les nains avaient occupée et qu'ils fouillaient scrupuleusement, à Minas-Tirith, il partit s'enfermer dans ce qui avait certainement été le bureau de Thorin, maintenant vidé de toute information intéressante.
Il se connecta en visio pour participer à la réunion des dix personnes les plus influentes de la GITM et dont le sujet principal serait, sans aucun doute, son dernier fiasco, la trahison de Bilbo et la nouvelle évaporation des nains.
Et effectivement, à peine les formalités d'usage furent échangées, Rasmus, dangereux sang-mêlé elfique sans âge qui était, au sein des dix, considéré comme le leader, s'adressa directement à Vidalinn :
— Nos radars ont signalé un mouvement du côté des Gadolah. Les interférences de la zone ne permettent pas d'avoir un retour net, mais il s'agit d'un avion de petite taille, peut-être un ULM ou un planeur motorisé.
— Des fous… Personne ne peut voler dans ces montagnes…
Heljar, premier A.S. de la section exploration, au regard brillant d'une folie indomptée et dangereuse, avait répondu avec un rire narquois, mais, sans l'écouter, un éclair passa dans le regard clair de Vidalinn qui croisa les mains :
— Thorin ?
— Un vol dans cette région n'est en rien dû au hasard… Et ce maudit nain est le seul à avoir pu localiser Erebor… Surtout depuis que votre petit-ami a rejoint son camp…
Vidalinn tiqua sans rebondir sur la remarque acerbe et il fronça les sourcils :
— Jamais Thorin n'aurait lancé une expédition aussi dangereuse sans être assuré de pénétrer dans la montagne… Aurait-il trouvé un moyen d'ouvrir cette satanée porte ?
— Impossible, même avec toutes les données que nous avons récoltées et tous les moyens que nous avons mis, nous avons à peine réussi à érafler la roche… Une porte scellée par les nains ne peut s'ouvrir si facilement…
Encore une fois, Heljar avait répondu avec virulence et un autre A.S. acquiesça d'un sourire cruel :
— Sans parler de la coopération de Lily… Tous ce que ce qu'elle savait, nous le savons aussi, et ils n'ont pas eu le temps de le communiquer à d'autres... Il est impossible que Thorin nous double, même s'il découvre la localisation de la Montagne…
— Tu oublies la carte qu'il nous a dérobée…
— La carte a été étudiée par les meilleurs d'entre nous, il n'y avait rien à en tirer.
Rasmus haussa un sourcil avant de parler patiemment :
— Lily ne nous a peut-être pas tout dit à propos de cette carte… Thorin a fait infiltrer nos bâtiments les mieux gardés pour la récupérer. Et, maintenant, il fait route vers la Montagne… Quelque chose nous a certainement échappé…
— Non. La naine ne nous a rien caché, je peux vous le garantir…
La voix grave de l'A.S. à la tête de la branche la plus obscure de la GITM, l'inquisition, tonna lugubrement dans la salle, porteuse d'une promesse immonde et Vidalinn eut un frisson de dégout, pas franchement à l'aise avec toutes les méthodes employées par ses collègues pour arriver à leurs fins.
— Je sais que tu as été le responsable de son interrogation, mais, sans vouloir mettre en doute tes compétences dans ce domaine, Azog, je ne peux m'empêcher de me dire que les nains ont un coup d'avance sur nous…
— Comment est-ce possible ? Nous sommes les seuls à connaître la localisation exacte d'Erebor !
Rasmus ne s'occupa pas de la question effarée de l'un des A.S. et il planta son regard venimeux dans la caméra qui les connectait à Vidalinn avant de parler d'une voix dangereuse :
— C'est ce que j'aimerai savoir, Vidalinn… Aurais-tu évoqué ce sujet, pourtant classé secret, avec Bilbo ?
Le blond montra immédiatement les dents, outré de se voir cible de soupçons et il cracha méchamment à son supérieur :
— Je connais ma place et mes obligations. J'ai partagé beaucoup de chose avec lui, mais je sais qu'il n'a jamais eu les mêmes objectifs que nous. Je l'ai encouragé à étudier tous les documents qui concernaient Erebor dans l'espoir qu'il découvre un moyen d'y pénétrer, mais je lui ai caché ce qui était susceptible de soulever des questions indésirables. A moins qu'il n'ait possédé un texte à traduire, ce qui est le plus probable, Thorin n'a rien appris de sa part.
— Tout de même… Alors qu'il était supposé ignorer jusqu'à la localisation d'Erebor, voilà qu'il se promène dans les Gadolah à peine quelques semaines après la trahison de Bilbo.
Le regard de Vidalinn étincela et, la mâchoire crispée, il siffla d'un ton menaçant :
— Il ne s'agit pas d'une trahison ! Bilbo a été enlevé pour ses talents de traducteur ! Et, comme moi, vous ne pouvez pas passer à côté du fait qu'aucun mouvement n'ait encore été aperçu du côté de la Moria alors que Bilbo est le seul sur cette terre à pouvoir en déchiffrer les secrets, qu'il connaît son emplacement et qu'il possède les mêmes données que nous ! Jamais Thorin ne serait passé à côté d'une telle découverte de la sorte ! Il aurait rappliqué au moment où Bilbo lui aurait partagé les données.
— Nous savons aussi qu'il s'est détourné de toi à Minas-Tirith. Et je ne peux que déplorer le fait que tu ais loupé ton tir. Ce n'est maintenant qu'une question de temps avant que Thorin n'envoie les siens sous le Caradras.
Le blond plissa la lèvre, agacé, et il continua d'un ton provoquant :
— Je n'ai aucunement loupé mon tir. Je ne veux pas tuer Bilbo et soyez certains que si un seul d'entre vous se risque à essayer de poser la main dessus, il n'y aura plus de confrérie qui tienne…
— Tu serais prêt à nous renier pour un hobbit infidèle ?
Stirnir, deuxième A.S. de la section combat, son rival, venait de s'adresser à lui d'un ton condescendant, mais il ne récolta qu'un regard ennuyé de l'intéressé qui haussa les épaules sans prendre la peine de se justifier.
Il aimait sincèrement Bilbo. Du moins, jusqu'à ce qu'il eut senti son cœur se briser, au moment où il avait vu son hobbit se détourner de lui pour suivre son ennemi, à aucun moment il avait simulé un quelconque intérêt pour lui, tout avait été vrai. Depuis le premier jour, il lui avait toujours été fidèle, toujours concerné par son bien-être, son bonheur et son plaisir.
Mais, aussi, il connaissait Bilbo, et il était conscient que le hobbit n'aurait aucun mal à se détourner de la GITM si jamais il en découvrait le véritable visage, ce que Thorin lui avait certainement révélé... Et il savait bien qu'un type aussi intègre ne pouvait l'aimer que s'il lui taisait la vérité…
Mais les vrais objectifs de la GITM n'étaient pas les seules choses que Vidalinn avait cachée… A Bilbo et à beaucoup d'autres…
Mais il n'avait pas la moindre intention de s'épandre sur ce sujet avec ses collègues et il resta stoïque lorsque Stirnir chercha, encore, à le piquer sur le ton de la conversation :
— Et puis, entre nous… Même s'il est peut-être mignon dans son genre, je ne vois pas ce que tu lui trouves, Vidalinn… Toi qui fait tomber aussi bien les mecs que les filles à la pelle, j'ai jamais compris pourquoi c'est avec lui que tu t'es gentiment casé…
— Moi non plus je n'ai jamais compris, ni même cherché à comprendre, mais je commence à me dire que si Thorin et Vidalinn se le disputent, c'est qu'il a certainement un intérêt autre que-
— Ferme ta gueule, Azog.
Excédé et ne supportant pas son collègue le plus violent, Vidalinn avait coupé la parole de l'albinos dont le regard flamboya soudainement de colère et ce fut l'intervention de Rasmus qui ramena le calme entre le combattant et l'inquisiteur :
— Là n'est pas le problème. Vidalinn, s'il s'avère qu'il ne s'agit pas d'une trahison de la part de Bilbo et que tu te portes garant de son silence, je te laisse carte libre pour t'occuper de cette affaire…
Le blond ne répondit pas, mais il hocha la tête, ravi de la décision de leur leader, et celui-ci continua rapidement :
— Mais le hobbit n'est pas le plus urgent : Si Thorin a trouvé un moyen de pénétrer dans la Montagne, alors nous devons faire vite ! Stirnir, prend tes ombres avec toi et rend toi à la porte, il ne s'attend pas à ce que l'on connaisse sa localisation, il ne sera pas sur ses gardes… Vidalinn, prend contact avec nos agents de recherche et voit si tu parviens à localiser la provenance de l'avion qu'ils ont repéré, cela te mènera certainement au repère des nains… Et toi, Azog, tu n'interviens que si on t'en donne l'ordre, cette fois. Je sais que tu as tes comptes à régler avec le nain, mais cette histoire nous concerne tous, pas seulement toi.
oOo
La mer, paisible, ondulait paresseusement devant lui, laissant ses vagues indolentes ramper sur la petite plage de sable grossier. Cette journée d'été était
triste : le ciel restait gris, à l'instar de l'eau, gommant l'horizon terne. Quelques gouttes se laissaient porter par une brise douce, mais le fond de l'air était agréablement chaud malgré tout.
Assis sur la berge, offert au vent, Bilbo était concentré sur les doigts de sa main droite, qu'il cherchait à faire bouger selon sa volonté, faisant fi de la douleur qui stagnait dans son épaule. Cela ne faisait que huit jours qu'il s'était pris la balle, mais il espérait retrouver très rapidement l'usage de son bras et comptait sur la science médicale propre aux nains, qu'avait usée Oïn sur lui, pour s'en remettre au plus tôt.
— Enfin, je vous trouve, j'avais peur de devoir passer ma journée à vous chercher.
Bilbo sursauta en entendant Thorin approcher et il se leva prestement, glissant son bras dans l'écharpe qui le soutenait et toisant le nain d'un regard
provoquant :
— On n'a pas idée d'avoir un domaine aussi grand…
Le brun ne répondit pas, laissant son regard glisser distraitement sur la mer, appréciant la sérénité qui s'en dégageait et le hobbit reprit d'un ton froid :
— De quoi vivez-vous ? Ces demeures que vous possédez, ces moyens que vous avez… Qui vous finance ?
— Je n'ai rien volé…
— Je ne vous accuse pas d'une telle chose.
— Mais vous en restez persuadé.
Thorin avait répondu d'une voix neutre et Bilbo fit la moue :
— Si ce n'est pas du vol, de quoi s'agit-il dans ce cas ?
— Des actions bien placées, quelques rentes et une bonne place dans la lignée de succession.
— Quelle place ? Et quelle lignée ? Je pensais qu'être descendant de Durin n'était qu'un « Titre » légendaire qui, mi à part le prestige, n'apporte rien de palpable. D'ailleurs, avant d'entendre parler de vous, à la GITM, je pensais qu'elle avait été oubliée.
— C'est le cas. Si ce n'est notre sang particulier, l'héritage de Durin n'est plus.
Bilbo fronça les sourcils en sondant le profil du plus grand et admettant que ce nain avait incontestablement quelque chose en plus, comparé à ceux de sa race, que ce soit dans le charisme, son aura, ou même vis à vis de l'aspect intellectuel, don propre aux descendants de cette fameuse lignée. Il trouva cela totalement injuste et il se dit que Thorin n'avait, finalement, que très peu de mérite et il maugréa :
— Et donc, quelle lignée de succession vous offre un tel confort financier ?
Le regard du nain revint sur lui et Bilbo eut la désagréable impression de se sentir insidieusement étudié, comme s'il cherchait à savoir si le hobbit était digne ou non d'entendre parler de sa glorieuse destinée et l'historien détourna les yeux en soupirant d'agacement, se demandant s'il avait réellement envie d'en savoir plus sur lui.
— Peut-être pourrions-nous discuter de cela autour d'une table, monsieur Sacquet.
— La dernière fois que j'ai discuté autour d'une table avec vous, vous avez tenté de me tuer.
Il avait répondu du tac au tac, mais Thorin ne se laissa pas déstabiliser par sa remarque acerbe et il haussa les épaules :
— Cette envie me taraude encore, mais peut-être pouvons-nous nous entendre… Il me semble que nous sommes désormais dans le même camps.
— Non, nous ne le sommes pas. Vous m'avez enlevé, forcé à travailler pour vous, pour vous fournir des informations qui vous sont essentielles en me promettant que ma vie serait sauve, puis vous avez tenté de me tuer, vous m'avez monté contre la GITM, contre mon petit-ami et vous les avez monté contre moi. N'allez pas croire que je suis dans votre camp, la seule raison pour laquelle je reste avec vous, monsieur, c'est parce que j'espère avoir un jour la chance de pénétrer dans Erebor et, aussi, parce que, malheureusement, c'est avec vous que je cours le moindre danger, dans la mesure où je tiens à ma vie, et que vous me devez bien ça.
Énonçant sa tirade d'une traite, son regard courroucé et provoquant planté dans celui du nain qui ne broncha pas, Bilbo sentit une amère colère poindre en lui et il resta planté face à Thorin qui l'étudia d'une curiosité mêlée, si le hobbit ne se trompait pas, d'une déception camouflée en un agacement impatient. Puis le grand nain soupira, laissa un instant son regard glisser sur la mer, avant de revenir sur Bilbo, le sondant franchement :
— Est-ce la raison pour laquelle vous avez tourné le dos à votre cher Vidalinn ? Et que vous avez mis votre vie en danger pour sauver la mienne ?
Ça, c'était très mesquin et le hobbit en perdit sa verve. Toutefois, il se reprit rapidement pour cracher fourbement :
— Ce qui semble vous convenir à merveille, dans la mesure où vous êtes incapable de me tuer et que vous me gardez avec vous malgré la menace que je représente pour votre groupe…
Il avait voulu lui ravir sa répartie et lui faire comprendre qu'ils en étaient au même point sur ce plan là, mais Thorin ne chercha même pas à réfuter, il se contenta de sourire gentiment en le regardant dans les yeux :
— C'est exact, Bilbo, et c'est la raison pour laquelle je t'invite à dîner….
Mouché, le hobbit haussa un sourcil sans savoir quoi répondre et il se pétrifia lorsque le nain lui tendit sa main, encore une fois, son regard devenant plus enjôlant, le gris laissant place à un bleu chaleureux dans lequel le hobbit voulut se noyer… Se noya, et son sourire se fit plus attrayant, bien plus attrayant. On pouvait même parler d'un putain de sourire ensorcelant. Connard.
— Viens, s'il te plait.
Enfoiré. Il avait deviné que Bilbo ne parvenait pas à rester insensible lorsqu'il lui proposait ce genre de chose et en jouait allègrement. C'était terrible. Il avait envie de le suivre, de lui plaire, de tenir avec lui ces longues discutions que seules les personnes brillantes et cultivées pouvaient mener et, surtout, d'en apprendre plus sur lui. La perspective était vraiment tentante.
Mais Bilbo fit la moue, leva le menton et passa dignement à côté de Thorin pour se diriger vers l'immense demeure :
— Je n'ai pas envie de passer du temps avec vous, monsieur.
Mensonge ! Hurla cette salope de petite voix dans sa tête. Mais il la fit taire et marcha sans s'occuper du regard du plus grand, ricanant intérieurement en se disant qu'il était certainement le premier à rejeter ainsi ce si prestigieux descendant de Durin. Il était peut-être aussi l'un des rares à être invité à dîner par sa grâce, et il n'était pas imperméable à ce fait.
Mais il n'était pas un hobbit facilement apprivoisable, Vidalinn pouvait en témoigner, et les choses ne seraient pas si faciles pour Thorin.
Voire même impossibles. Ce n'était pas parce que son petit-ami lui avait tiré une balle dans le dos lorsqu'il avait fait mine de se détourner de lui qu'il était maintenant sur le marché, offert au premier qui le ferait fondre d'un sourire et qui, d'un regard, pouvait l'amener à prendre les pires décisions de sa vie.
Non mais.
Merci d'avoir lu !
J'espère que vous n'êtes pas trop frustré(e)s par ce Thilbo en dent de scie.
Mais, vous vous en doutez, ça se stabilisera un jour (dans le bon sens du terme)
N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez !
Ceux qui lisent aussi Diamonds auront une impression de déjà-vu, mais je le redis ici :
N'hésitez pas à faire un tour sur ma page facebook (Gokash) et voter pour le chapitre qui célébrera les cinquante "j'aime" de la page !
Chers reviewers, je vous aime !
Nahal et Emmew, merci pour vos reviews !
C'est vrai que le chapitre précédent change un peu de ton par apport à ceux du début, mais je pense que cette fic est déclinable en plusieurs phases et nous sommes entrés dans la deuxième !
Ririte : Merci pour chaque commentaire que tu laisses à tous les chapitres. Ce sont des petits mots qui sont toujours très agréables à lire !
