Bilbo,
Nous ne t'avons pas tout dit, j'en suis conscient. La GITM conserve beaucoup de secrets, et, comme Thorin te l'a certainement appris, pas les plus avouables.
Parmi les secrets qui ne sont pas divulgués, il y a cette guerre qui nous oppose à certains clans nains, qui nous considèrent comme des pilleurs de trésors, des voleurs de tombes et des fanatiques assoiffés d'or et de pouvoir. Nous n'avons jamais accepté de leur céder la moindre pièce d'or, la moindre donnée, ni même nos connaissances, car leur cupidité dépasse celle des humains et notre priorité va, avant tout, pour la sauvegarde de ces sites et richesses enfouies. Il n'en faut pas plus pour se mettre un nain à dos, toi qui connais si bien l'histoire, tu as certainement bien plus d'exemples que moi pour illustrer ce fait…
Je ne sais pas ce que Thorin t'a dit, ou ce qu'il t'a fait, pour que tu choisisses sciemment de rejoindre son camps, mais, s'il te plait, Bilbo, n'oublies pas que, avant tout, il a besoin de toi.
Car, entre ses mains, tu es une arme, contre nous, tes amis, ta famille. Une arme, mais aussi un outil indispensable, ton savoir a le pouvoir de lui ouvrir bien des portes. Il serait fou de se débarrasser de toi et il en est pertinemment conscient.
Il usera de tous les moyens qu'il a en sa possession pour te garder près de lui, ne l'oublies pas s'il te plait…
J'ai défendu ton nom au sein des dix. Je peux donc te donner ma parole que, si tu reviens de ton plein gré et que tu nous livres tout ce que tu as appris auprès des nains, cette affaire sera oubliée. Sinon, tu resteras dans la liste des indésirables et, si un autre A.S. que moi te récupère, je ne donne pas cher de ta peau, et je ne veux pas que ça arrive, car, comme je te l'ai si souvent répété, je t'aime et ça fait un mal de chien de te savoir avec lui...
C'est donc une prière que je te fais, Bilbo : répond à ce mail, donne moi ta localisation, et je viendrai te chercher, je ne te reprocherai rien.
Tu sais que, à Minas-Tirith, ce n'est pas ton épaule que j'aurai du viser, mais un point vital, chose dont jamais je ne pourrai me résoudre et qui m'a été reprochée. T'avoir tiré dessus décrédibilise toutes mes paroles, c'est la raison pour laquelle je ne m'attarderai pas et je ne peux que te demander ton pardon, même si c'est audacieux de ma part.
Réponds-moi vite, Bilbo, s'il te plait. Ensemble, nous pouvons oublier cette mésaventure et aller de l'avant comme nous l'avons toujours fait.
Tu me manques,
Vidalinn.
PS : Je me suis porté garant de ton silence vis à vis de la Moria. Si tu parles de cette découverte à Thorin, je suis mort. Si tu as le moindre respect pour moi, pour ce que nous avons vécu ensemble, alors je te demande d'honorer la confiance que je te voue encore en ne divulguant aucun secret compromettant de la GITM.
— Quelque chose ne va pas, monsieur Sacquet ?
Perdu dans ses pensées, le hobbit sursauta et planta son regard dans celui de Thorin, qui lui faisait face. Ils étaient autour d'une table de l'un des petits salons luxueux de la Villa, à siroter un café bienvenu, après avoir passé une heure à faire des calculs éreintants pour trouver la bonne date avec exactitude et pas simplement à trois jours prêts.
Bilbo avait reçu le mail de Vidalinn juste avant de rejoindre le nain pour les recherches et il avait manqué de lui répondre immédiatement. Seule la phrase « Et que tu nous livres tout ce que tu as appris auprès des nains » l'avait fait réfléchir et il se demandait s'il était possible de rejoindre son petit-ami sans porter préjudice aux nains.
Il découvrait amèrement que Vidalinn faisait passer la GITM avant lui, le tir dont il avait été victime en était la preuve et il ne savait pas s'il serait capable de retrouver une relation normale avec lui, maintenant qu'il savait qu'il ne sera accepté que s'il vouait une loyauté aveugle à l'Organisme. Il oscillait entre la colère, la déception, mais, aussi, l'amour qu'il continuait de lui porter malgré tout.
Tourner la page n'était pas si facile et essayer de passer outre était envisageable, car, après tout, Vidalinn était l'une des meilleures choses qui ne lui soit jamais arrivé, si l'on oublie le fait qu'il lui avait tiré dessus.
Sauf que ça, c'était très difficilement oubliable et, surtout, Bilbo était parfaitement conscient que le tueur avait très bien pu lui écrire de la sorte dans le but de l'amadouer. Pardonner sa trahison de cette manière semblait bien trop facile de sa part.
Mais le retrouver et oublier cette mésaventure, tout reprendre à zéro était réellement tentant… S'il n'y avait pas ce putain de regard bleu, ou gris selon la lumière, qui le sondait intensément et qui semblait mettre son âme à vif.
« Quelque chose ne va pas ? » Non. Merci. Tout allait bien. Jamais les choses n'auraient pu être pire. L'homme qu'il aimait lui avait tiré dessus parce qu'il avait choisi de suivre un nain qui avait voulu le tuer et pour qui il éprouvait une fascination irrépressible.
Alors oui, quelque chose n'allait pas. Bilbo était en colère. Contre Vidalinn, contre Thorin, contre ses putains de parents qui ne lui avaient jamais dit qu'ils n'étaient pas ses parents et, surtout, contre lui-même. Il était profondément en colère contre lui, à cause de Thorin, de ce qu'il lui faisait ressentir, cette chose contre laquelle il n'arrivait pas à lutter et qui rendait les promesses de Vidalinn bien fades à côté de ce qu'il lisait dans ces yeux trop gris, ou bleus, merde.
Pourquoi avait-il fait ça ? N'aurait-il pas pu se contenter de suivre son petit-ami ? Ce n'était pas comme s'il pouvait attendre quelque chose de Thorin de toute manière, n'est-ce pas ? Si ?
Toutefois… Il ne pouvait s'empêcher d'espérer. Espérer quoi, il ne le savait pas, mais le nain semblait, même si c'était très léger, lui trouver un quelconque intérêt et Bilbo n'y était pas indifférent, à son plus grand désarroi.
« Il serait fou de se débarrasser de toi et il en est pertinemment conscient. »
L'avertissement de Vidalinn lui tournait en tête, mais il choisit de ne pas y prêter attention et il détourna les yeux en haussant les épaules. Il préféra changer de sujet rapidement et, oblitérant sa mauvaise humeur, il parla d'un ton léger :
— Vous ne m'avez pas encore dit de quelle lignée découlait tous vos biens…
— Je pensais que vous l'auriez deviné vous-même…
— Comment ?
La question était provoquante, mais le hobbit avait beau fouiller dans ses connaissances, il ne parvenait pas à trouver de quoi il était question et Thorin eut un sourire patient avant de retirer l'une des bagues qu'il avait au doigt et qu'il fit glisser vers l'historien qui s'en saisie. Bilbo n'eut besoin que de quelques secondes pour l'identifier et il s'exclama :
— La bague de Thror II ?! Elle fait partie des reliques disparues, où l'avez-vous trouvée ?
— Je ne l'ai pas trouvée, elle m'a été léguée.
Bilbo haussa un sourcil et son regard passa rapidement du bijou à Thorin qu'il étudia attentivement un long moment, dans un silence blanc. Il calcula rapidement l'âge du nain qui lui faisait face, tachant de déterminer son année de naissance, presque deux siècles auparavant, ainsi que la date de l'attentat qui avait pris la vie de Thror, alors exilé, sans pouvoir et oublié.
— La lignée de Thror n'est plus. Qu'êtes vous par apport à elle ? Lointain cousin ? De quelle branche êtes vous issu ?
Thorin eut un rire amusé et il récupéra la bague que lui tendit Bilbo en répondant doucement :
— Je suis son petit-fils.
Cette fois-ci, la mâchoire de Bilbo se décrocha sous la surprise et il écarquilla les yeux :
— Mais… C'est impossible ! Aucun membre de la famille royale n'a survécu !
— Vraiment ? Pourtant, vous avez rencontré deux rescapés… Voire trois, si on compte Fili…
Bilbo déglutit en sondant le nain, puis il souffla avec effarement :
— Mais… Ca fait de vous un-
— Un roi. Exactement. Et vous comprendrez maintenant pourquoi la GITM en a après nous. Pourquoi elle s'en est prise à Dis, qui a survécu je ne sais comment, et pourquoi elle a fait de notre groupe une priorité. Car Fili et moi sommes les héritiers d'une puissance qui les dépasse…
Et hop. Encore une révélation fracassante qui brisait les certitudes du pauvre historien malmené. Décidément, la vie était bien plus facile dans les livres et il continua de sonder Thorin, se sentant soudain complètement pathétique à côté de ce descendant royal.
— Mais… Non… Pourquoi la GITM aurait-
— Vous ne pensez pas qu'il est temps de remettre en question ce que vous pensez de la GITM ? Car vous ne travaillez pas pour un groupe de pacifistes historiens, monsieur Sacquet. Vous êtes peut-être même le seul A.S. qui soit autant tenu dans le secret par cette organisation…
Le regard de Thorin était soudain plus dur et le hobbit resta interdit un instant, méfiant.
— Mais… Pourquoi m'avoir nommé Agent Supérieur si c'est pour me taire autant de choses ?
— Vous posez-vous réellement la question ? Ne commencez-vous pas à vous dire que votre savoir est indispensable à la GITM ?
— Ca, sans vouloir me vanter, je le sais depuis un moment, vu tout ce que j'ai fait pour eux…
— Je veux dire… Indispensable dans le sens où… Même si vous refusez de travailler pour eux, ils vous forceront à le faire… Et c'est pour cela qu'ils ont tout intérêt à ce que vous soyez persuadé du bien fondé de leurs actions.
— Ce qui ne les différencie pas de vous…
— Vous ai-je menti pour arriver à mes fins ?
— M'ont-ils promis de me garder en vie avant de tenter de m'assassiner ?
Bilbo gardait son aplomb, mais il était de moins en moins à l'aise et ses pensées ne cessaient d'osciller dangereusement, s'envolant vers Vidalinn, qu'il ne pouvait décemment pas soupçonné de l'avoir trahit ainsi, après avoir vécu cinq ans de bonheur sincère dans ses bras, c'était juste trop… Douloureux. Surtout que, au fond de lui, il refusait l'idée d'être tombé amoureux, d'aimer et d'être aimé pas une personne qui acceptait tout ce que Thorin lui avait appris jusqu'à maintenant.
— Peut-être que je ne suis pas le seul à qui l'on cache des choses…
Il avait parlé distraitement, à voix haute, persuadé que Vidalinn était bien trop noble pour soutenir une telle organisation et il se dit qu'il devait immédiatement le retrouver pour le prévenir. Mais Thorin eut un rire condescendant :
— Votre petit-ami est l'un des pires, croyez-moi.
— Vous voulez que je vous croie ? Pardonnez-moi d'avoir plus confiance en lui qu'en vous…
— J'ai vu ça oui, et vous aviez tellement confiance en lui que vous lui avez tourné le dos… Je n'ai pas à vous rappeler comment ça a fini…
— Il aurait dû me tuer.
— Je vois… Cette balle était donc une preuve d'amour…
— Et il a défendu mon nom auprès des dix, il est-
Bilbo se tut soudainement, un horrible sentiment d'effroi se répandit dans ses tripes lorsqu'il se rendit compte que, emballé par la défense de son petit-ami, il en avait trop dit. Chose qui s'avéra, malheureusement, vraie lorsque le regard de Thorin, trop perspicace, devint soudainement tranchant :
— Il vous a contacté ?
— Non… C'est une déduction que j'ai-
— Ne perdez pas votre temps, vous êtes trop piètre menteur pour ça…
Le ton du nain était maintenant dangereux et, soudainement, ses yeux se baissèrent sur la table qui les séparait. Suivant son regard, Bilbo avisa la tablette, simplement en veille et, donc, non verrouillée et, brusquement, ils se jetèrent tous les deux dessus.
— Non ! Je vous interdis de fouiller dans mes affaires !
Se défendant furieusement, le hobbit s'empara de l'écran tactile en même temps que le nain et, d'une traction féroce de son bras valide, il la lui arracha des doigts. Toutefois, Thorin, inquiet à l'idée que Bilbo ait pu échanger des mots avec leur ennemi le plus dangereux, se jeta sur lui et, sans vraiment de difficulté, le maitrisa brutalement, l'attrapant au col pour le jeter à terre d'un enchainement contre lequel le plus petit ne pouvait se défendre. Il l'immobilisa en posant un genoux sur son torse et une main sur son épaule saine qu'il cloua au sol. De l'autre main, il récupéra la tablette avant que Bilbo ne parvienne à la verrouiller et il se rendit directement dans la messagerie, sans s'occuper de l'historien qui se débattait violement :
— Ne faites pas ça ! Vous n'avez pas le droit ! Lâchez moi !
Conscient que Vidalinn évoquait clairement la Moria dans son dernier mail, Bilbo refusait de laisser le nain le lire, mais il était totalement maitrisé et il s'immobilisa en grondant de rage :
— Je vous promets que je ne lui ai rien dit ! Ce qu'il y a dans cette tablette ne vous regarde pas et ne met pas votre quête en danger ! Si vous éprouvez un minimum de respect pour moi-
— Taisez-vous.
La mine sombre, pas vraiment fier d'user ainsi de sa force contre le plus jeune, mais trop inquiet pour laisser une telle menace en suspend, Thorin commença à lire le mail que Vidalinn avait envoyé au hobbit, relevant tous les détails, les tournures de phrases ou les mots choisis qui pouvaient révélé la moindre indication.
— Thorin, s'il te plait…
La supplique attira son attention et il porta son regard sur le plus petit qu'il coinçait de son corps. Les yeux de Bilbo exprimaient un profond désarroi qui côtoyait une colère farouche née de l'injustice et de son impuissance, mais, surtout, une prière bouleversante qui lui était adressée lorsque, du bout des lèvres, il souffla faiblement :
— Ne lit pas ce mail. Il ne te menace pas…
— « Je peux donc te donner ma parole que, si tu reviens de ton plein gré et que tu nous livres tout ce que tu as appris auprès des nains, cette affaire sera oubliée. » Ca n'est pas une menace ça ?
— Tu es déjà conscient de ça…
Thorin le sonda gravement, puis il se pencha sur lui, plongeant dans les orbes noisette, vibrantes et désespérées, qu'il fouilla impitoyablement.
— Quelle est cette chose que tu me caches depuis le début, Bilbo ? Veux-tu me le dire ? Ou bien préfères-tu que je l'apprenne, enfin, en lisant ce mail ?
Le hobbit garda la bouche close, la gorge sèche et paniqué. Face à son silence, Thorin reprit la tablette tandis que Bilbo recommençait à se débattre en le conjurant de ne pas faire ça.
— Sa version des faits est… Intéressante… Peut-être que, finalement, il ne-
Thorin stoppa net sa phrase lorsque son regard accrocha une première fois le nom de la mine légendaire, et il dû relire plusieurs fois le Post-Scriptum pour en assimiler la signification. Sous lui, Bilbo s'était figé et il le sondait avec angoisse.
— Thorin.
Les yeux soudain gris, presque noirs, revinrent sur lui, magnétiques et poignants.
— Khazad-Dûm.
Grave et profonde, la voix sourde sembla tonner dans le corps de Bilbo qui tressaillit. Il sentit la manière dont Thorin se tendit peu à peu et, soudainement, le nain se leva en grondant de manière menaçante, sa voix grave roulant dans la pièce et son sang rugissant de colère :
— Ces connards de la GITM ont exhumé la Moria ! Je n'y crois pas !
Il posa sèchement la tablette sur la table et sortit son téléphone, mais Bilbo se jeta sur lui pour lui attraper le poignet avant qu'il ne puisse composer un
numéro :
— Thorin ! Attend. Ils le tueront si jamais tu fait mine de t'approcher de- Outch.
D'un mouvement sec, le plus grand se débarrassa de Bilbo en le plaquant sur la table, le couvrant dangereusement :
— Où ?
— Je ne-
— Dis-moi où se trouve le royaume de nos ancêtres !
La colère du roi était réellement impressionnante et, intimidé, Bilbo garda la bouche close. Il ne comptait pas lui apprendre la moindre chose, mais lui tenir tête lui demandait un courage qu'il doutait avoir. L'autre siffla d'exaspération en intensifiant sa prise :
— Par Mahal, tu es vraiment une plaie ! Tu restes encore loyal à la GITM après tout ce que je t'ai appris ? Même ton petit-ami te met en garde face au danger qu'elle représente dorénavant ! Si tu restes mon ennemi, Bilbo-
— Non.
Le souffle court, Bilbo sentait son corps trembler d'effroi, mais il parvint à garder son aplomb et il parla rapidement :
— C'est justement parce que je commence à me rendre compte du danger que représente la GITM… Je ne veux pas qu'ils fassent de mal à Vidalinn ou à ma famille !
— Pourquoi la GITM s'en prendrait-elle à eux si jamais je venais à découvrir ce fait ?
— Parce qu'il s'agit de l'un des secrets les mieux gardés ! Au sein de la GITM, nous sommes certainement moins de quinze à être au courant… S'il te plait… N'essaies pas de la revendiquer… Pas maintenant… Ils sauront que ça vient de moi et les représailles sur mes proches ne seront pas sans conséquences…
Il tenait toujours le poignet du nain dans les mains, sa prise était toutefois plus légère et le plus grand ne chercha pas à s'en défaire.
Il y eut un silence, puis Thorin lâcha l'épaule qu'il tenait pour remettre distraitement le col de sa chemise en place, laissant sensuellement ses doigts glisser sur le pli du vêtement tout en lui lançant un regard indéchiffrable qui affola ses sens.
— Pourquoi te fera-je ce plaisir ? Je n'ai pas vraiment envie de sauver ton petit-ami…
La voix profonde était divinement veloutée et la gorge du hobbit, s'assécha plus encore. Il voulut parler, mais il se contenta de déglutir en sombrant dans ce regard saisissant, comme s'il pouvait y lire sa propre damnation. Le temps sembla suspendu et, avec douceur, les mots furent soufflés dans un chuchotement timide :
— S'il était question de toi… Si c'était face à Vidalinn que je me défendais de la sorte avec ton devenir en jeu… Ma prière serait la même…
Le regard du plus grand étincela soudainement et, pétrifié, Thorin resta silencieux en étudiant avec effarement les rougeurs qui se répandirent sur les joues de Bilbo. Pris au dépourvu par cette confession inattendue, il sembla hésiter sur la meilleure manière de réagir à ça, puis, franc à son tour, sans vraiment réfléchir, il susurra sur le même ton :
— Peut-être est-ce là le problème, hobbit… Je ne veux pas être mis au même niveau que ce type…
Le plus petit fronça les sourcils et son souffle se bloqua lorsque Thorin s'approcha encore pour affirmer d'une voix vibrante :
— Je veux plus que ça…
Bilbo eut un vertige, enlisé dans cette déclaration à demi-mots qui, pourtant était extrêmement claire.
Il sut immédiatement, alors qu'il fermait les yeux en entrouvrant timidement ses lèvres pour accueillir celles de Thorin, qu'il était irrémédiablement et définitivement dans la merde.
Mais, malgré ça, il répondit au baiser en soupirant voluptueusement, sans même se rendre compte que la bouche de Thorin avait balayé en quelques secondes ce qu'il pensait ressentir pour son petit-ami, simplement parce qu'il n'eut pas une seule pensée pour Vidalinn lorsqu'il ouvrit franchement la mâchoire pour accueillir la langue du nain tout en remontant une jambe qu'il enroula sensuellement autour de sa taille.
Allongé sur la table, couvert par le corps de son ennemi dont les mains parcouraient indécemment le sien, froissant le tissus fin de sa chemise, il eut la conviction que sa place n'était nulle part ailleurs et un long frémissement remonta le long de son dos lorsque, sans cesser de l'embrasser, Thorin vint pétrir le galbe de la cuisse qui ceignait ses hanches.
Sa langue se mêla à celle du nain, avec qui elle dansa farouchement, puis, avide d'approfondir plus encore l'échange, il se redressa afin de se coller contre le brun, qui passa ses bras dans son dos pour le presser contre lui, soulevant le vêtement au passage et laissant ses doigts glisser sur la peau au grain doux.
Les lèvres de Thorin quittèrent ensuite les siennes et Bilbo ne se fit pas prier pour lever le menton, exposant la gorge pâle que le roi embrassa avec possession. De ses dents, il érafla gentiment la peau, qu'il caressa immédiatement de sa langue, de son souffle et de ses lèvres, prenant soin d'inspirer profondément l'odeur sucrée et gourmande du hobbit, qui lui rappelait ces douces nuits d'été au ciel dégagé, le confort d'un canapé près d'une cheminé ou le plaisir d'une matinée prolongée dans un lit aux draps immaculés. Le confort, la paresse et la sécurité.
Des choses tellement simples, mais dont il n'avait que trop rarement gouté. Peut-être même jamais, d'où cette fascination et ce désir que cela soulevait en lui.
Avec avidité, il défit les boutons de la chemise de Bilbo, qu'il ouvrit ensuite impatiemment, dévoilant un torse glabre, à peine sortit de l'adolescence qui lui donnait un aspect effilé malgré ses rondeurs, pas forcément sportif, mais suffisamment entrainé par la GITM pour présenter quelques discrètes lignes d'une musculature bien présente.
Sous la blessure qui cicatrisait rapidement, l'arme couronnée qui représentait l'Agence s'imposa à son regard, marquant la peau à l'encre noire, au niveau de la poitrine, rappelant odieusement au nain qui était le véritable propriétaire du hobbit : La GITM, qui ne laissait pas ses membres filer aussi facilement, encore moins si c'était pour se compromettre avec l'ennemi.
Mais, sans accorder la moindre importance au tatouage qu'il trouvait ignoble, son regard dévora une nouvelle fois le corps qui était à sa disposition et il haussa un sourcil en se disant que, malgré tout ce qu'il pouvait lui reprocher, Vidalinn avait vraiment du goût. Le plaisir de ravir une telle prise à son rival se mêlant au désir de découvrir Bilbo de cette manière, il se baissa pour embrasser son torse glabre paresseusement, prenant son temps pour gouter à son parfum, son gout, appréciant la texture de sa peau, les frémissements des muscles qui roulaient sous ses doigts, le son des soupirs voluptueux qui se perdaient sans pudeur, le rythme irrégulier de sa respiration qui s'alourdissait ou se bloquait au gré des caprices de sa bouche.
Toutefois, une vague agacée de frustration se souleva en lui lorsque, alors que sa main s'attaquait à la boucle de la ceinture du plus jeune, celui ci se redressa, le souffle court, la voix raque et le regard trouble, mais déterminé :
— Thorin, non.
Déçu, mais peu enclin à se faire plaisir en forçant l'historien, il se redressa pour happer ses lèvres avec hargne avant de se séparer de lui en lui lançant un regard cruel :
— Il va te falloir faire un choix, Bilbo… C'est lui ou moi, mais tu n'auras pas les deux…
— Et si je le choisis, lui, que feras-tu ?
Le ton était provoquant et le nain eut un sourire charmé en s'approchant, le repoussant gentiment jusqu'à ce qu'il s'allonge à nouveau sur la table et il se pencha sur lui pour susurrer contre ses lèvres d'une voix envoutante, mais pas si assurée :
— Que veux-tu que je fasse ? Que je te laisse partir ? Ou bien que je te fasse comprendre que ton choix n'est pas le bon ?
Ses lèvres étaient très proches et, instinctivement, Bilbo entrouvrit les siennes, les yeux mi-clos, séduit plus que de raison.
Décidément, même s'il était instinctivement doué, Thorin ne semblait pas vraiment à l'aise sur ce terrain là, celui de la séduction, qu'il n'avait pas l'air de fréquenter assidument, contre-pied total de Vidalin qui, lui, était un charmeur compulsif.
Le hobbit le sentait troublé, comme s'il découvrait seulement cette danse sensuelle et étourdissante propre à deux âmes qui se trouvent et se découvrent, se repoussant pour mieux s'attirer encore, mais il n'osait pas se laisser griser.
Parce que trop habitué à se voir arracher ses plus bels espoirs, certainement.
Mutin, appréciant de mener la conversation grâce à l'expérience qu'il avait déjà là dedans, Bilbo continua, enivré comme il ne l'avait encore jamais été, se sentant tout simplement à sa place, là, dans les bras de celui qu'il considérait comme la pire calamité de sa vie :
— Et si… il s'avère que… Tu es mon choix ?
Il avait parlé d'une voix vacillante, soufflant sa charmante proposition contre les lèvres de Thorin qui s'étirèrent dans un sourire sincère tandis que ses mains remontaient le long du dos, sous la chemise froissée, jusqu'à s'emparer de sa nuque alors qu'il continuait d'une voix sans appelle :
— Alors je te demanderai de me le prouver…
Bilbo ouvrit soudainement les yeux lorsque, brutalement, une chape glaciale se referma sur lui, comprenant immédiatement de quoi parlait Thorin :
— Attend… Tu es en train de me dire que tout ce que tu attends de moi, tout de suite, c'est que je te dise où est la Moria ?
Le nain, pris de court et pas assez familier de ce genre de relation pour déceler le problème que cela posait au plus jeune, n'eut pas la décence de réfuter immédiatement. Parce que, après tout, oui : Plus qu'un hobbit insolent, il désirait retrouver l'héritage de son peuple avant que la GITM ne pille totalement le site.
Un roi pensait aux siens avant de réfléchir pour lui même. Toujours.
D'une rage née de la déception et de l'humiliation qu'il ressentit d'avoir naïvement cru que le nain était intéressé par lui, pour lui, et non pour son savoir, son allégeance et, surtout, les coordonnées de la Moria, Bilbo le repoussa farouchement, des larmes brulantes apparaissant au coin de ses yeux :
— Va te faire voir, connard !
Avant que Thorin ne puisse voir le coup venir, son poing se ferma et, avec violence, il percuta la mâchoire du nain qui fit un pas en arrière tandis que le hobbit crachait méchamment :
— Vidalinn m'a peut-être caché beaucoup de choses, mais lui, au moins, ne m'a pas séduit pour chercher à m'utiliser ! Surtout que, à tous les coups, l'unique raison pour laquelle tu apprécies de me toucher ainsi, c'est simplement pour le plaisir de jouer avec les affaires de ton ennemi ! Alors que lui, à aucun moment, il n'a joué avec les sentiments que je lui portais !
— Parce qu'il est question de sentiments ?
Se massant la mâchoire, Thorin lui envoya un regard noir, pas vraiment ravi par la tournure des événements, mais le regard que lui envoya le hobbit le prit totalement au dépourvu. Douloureux, sincère, bafoué et, pourtant, tellement lumineux qu'il en perdit ses mots, alors qu'il se rendit compte, seulement, que le plus petit venait d'évoquer ses sentiments pour Vidalinn au passé.
Putain de merde.
Du sexe, on lui en proposait très régulièrement, mais des sentiments avec, pour lui et non pour son titre et son prestige, c'était inédit…
De une, Bilbo était réellement spécial à ses yeux, car, de tous ceux qui lui avaient témoigné ce genre d'intérêt, et ils étaient nombreux, il était le premier à ne pas être conscient de son titre et à ne le voir que comme un pilleur ambitieux qui n'avait rien d'autre pour lui que son charisme. Une attirance sincère, donc, qu'il aurait pensé, comme pour tous les autres, purement physique. Rien de plus.
Ce n'était pas non plus comme s'il avait tenté de le séduire sur un autre plan. De le séduire, tout simplement.
De deux, il n'avait jamais eu à faire le moindre effort pour avoir qui que ce soit, au contraire, beaucoup se pâmaient pour lui, il n'avait que le loisir du choix.
Alors se retrouver face à un petit érudit très intéressant, mais qui se faisait prier, c'était, aussi, quelque chose dont il n'était pas forcément accoutumé.
Bilbo se dressa face à lui, pris de court par la question et il ouvrit la bouche sans savoir quoi répondre, avant que ses yeux ne se voilent de noir et il avoua avec fureur :
— Oui… Oui, il est question de sentiments. Mais ne t'inquiète pas, je ne compte plus les laisser réfléchir à ma place !
Ho mais… Quel con !
Thorin fronça les sourcils, sans comprendre les teneurs de la promesse du hobbit mais, lorsqu'il le vit s'emparer de sa tablette avant de sortir précipitamment de la salle, il poussa un juron et lui attrapa le poignet pour le retenir, mais le plus petit feula dangereusement :
— Laisse-moi partir !
Furieux, le hobbit chercha à se débattre, mais, conscient, qu'il ne faisait pas le poids s'ils venaient à utiliser la force, il s'immobilisa et planta son regard dans celui du nain, avant d'asséner une nouvelle fois, d'un ton glacial :
— Lâche-moi, Thorin. Je n'ai plus rien à faire ici.
Comment ça ? Même pas la conquête Erebor ? Commençant brutalement à se rendre compte de l'ampleur de son fourvoiement à propos de l'historien, il sentit une vague de panique enfler en lui, qu'il brida fermement, avant de sortir la première chose qui lui vint à l'esprit :
— Bilbo, attend, si tu pars, on est tous morts !
Le regard du plus petit vira au noir et Thorin retint un soupir frustré, soudain agacé contre lui-même.
Abruti, si tu veux le garder à tes côtés, ce n'est pas avec ce genre d'argument que tu le retiendras…
— C'est tout ? C'est la seule raison pour laquelle tu veux me garder près de toi ?
A cours de répartie, Thorin ne sut pas quoi répondre à la question cinglante.
Il avait déjà entendu parler des disputes de couple et savait à quel point c'était dangereux, mais jamais il n'aurait pensé en vivre une, surtout pas avec un historien de la GITM qui n'était même pas son compagnon.
Surtout que, bien entendu, ce n'était pas pour cette raison qu'il ne l'avait pas tué – ou laissé à Vidalinn- et qu'il l'avait fait venir ici.
Mais comment le dire ?
Ils se regardèrent dans les yeux un long moment, ayant encore sur leurs lèvres, tout les deux, le gout de celles de l'autre. Et puis ils étaient si proches… Tellement proches… Ca faisait tellement mal, putain. Entre la colère, la déception, le désir, et cet autre chose qui les amenait à dérailler complètement…
Enjôleuse, la main de Thorin, qui tenait le poignet, ouvrit les doigts, pour les laisser glisser le long du bras découvert, frôlant simplement la peau, du dos des phalanges, jusqu'à glisser sur l'épaule et venir toucher la gorge. En réponse, Bilbo fit un pas vers lui, le menton levé et les lèvres entrouvertes. Son attitude, offerte et sensuelle, était hautement démentie par son regard encore noir, vibrant d'un défi que le roi n'osa relever : « Embrasse-moi encore une seule fois, et tu verras que je ne te suis pas acquis. »
Le roi n'eut aucune hésitation lorsque sa main s'empara de la nuque d'une poigne impétueuse et qu'il embrassa sans retenu la bouche de l'historien dans un baiser aussi comblé que désespéré.
Il avait perdu, de toute manière.
Il n'avait pas les mots. Il ne les connaissait pas.
Retenir Bilbo ici autrement que par la force était au delà de ses moyens.
Ce fut lui qui rompit le baiser, avant de lâcher le hobbit en faisant un pas en arrière. Ce dernier tressaillit, comme prit d'un vertige, et il resta un instant interdit, sondant le regard du plus grand avec appréhension, le poing serré.
Bien entendu, il ressentait l'envie de rester, de profiter de la seule chose que lui proposait le roi. Sans oublier Erebor…
Mais il avait attendu tellement plus… Il savait qu'il ne pourrait se contenter uniquement de ça, c'était au-delà de ses moyens.
De Thorin, il voulait tout. Ou rien. Mais pas d'entre deux, ce serait trop dur à supporter.
Il désirait se jeter sur lui pour l'embrasser encore, jusqu'à ce que le souffle leur manque et que la tête leur tourne, autant qu'il souffrait de ne pas être à l'autre bout de la Terre actuellement, loin de lui et de son putain de regard.
C'était une déchirure béante qui lui trouait la poitrine et qui lui donna, tout simplement, l'envie de partir d'ici. Tout de suite.
Au lieu de ça, il attendit. Il ne savait pas quoi, mais peut-être que Thorin allait le retenir. D'un mot ou d'un geste, un rien lui suffisait.
Parce qu'il voulait tellement qu'il le retienne.
Mais le nain, enlisé dans tellement de guerres différentes et toutes aussi désespérées les unes que les autres, ne semblait pas encore prêt à se battre pour lui, sur ce terrain qui lui était si nébuleux.
Il le lut dans son regard désolé.
Pourtant, même si sa gorge se serrait de plus en plus douloureusement alors qu'il parvenait à ce constat, il attendit encore, accroché à son regard comme le serait un naufragé à son radeau.
Il était tenté plus que de raison par l'idée de céder, d'enfouir sa fierté de hobbit et d'accepter de n'être qu'une potiche, qu'un compagnon sans envergure si aisément remplaçable… Et il savait qu'il pouvait s'y satisfaire, car il connaissait très bien ce genre de relation, puisque cela faisait bientôt cinq ans qu'il partageait quelque chose de similaire avec Vidalinn.
Mais ce n'était pas ça qu'il voulait avec Thorin. Se taire en le voyant partir à la guerre, attendre son retour imprévisible pour recommencer à vivre, céder au moindre de ses caprices par peur de le voir se lasser trop vite et se résigner à l'idée de n'être qu'un parmi d'autre, jusqu'à ce que le suivant se pointe comme une fleur…
Surtout que Vidalinn se suffisait à lui-même, n'étant pas le genre de personne à rester célibataire très longtemps, il avait encore de beaux siècles devant lui avant de s'éteindre et, même s'ils n'en avaient jamais parlé, Bilbo savait qu'il n'était, quoiqu'il arrive, qu'un court passage de sa longue vie. Un futur ex. Telle était la fatalité des rares descendants sylvestres, dans ce monde quasiment humain, où la moyenne d'âge stagnait à la limite du siècle : Apprendre à subir la course du temps, qui emmenait avec elle ceux que l'on était condamné à voir vieillir avant nous.
Vidalinn était donc, comme beaucoup de ses semblables, capable de se détacher aussi facilement qu'il s'attachait. Mais, même en sachant ça, ça avait convenu au hobbit qui ne s'était jamais montré exigeant en amour.
Mais, pour la première fois de sa vie, il était audacieux, insatisfait et déterminé, parce qu'il sentait que Thorin en valait la peine.
C'est pourquoi il ne voulait pas devenir sa chose, son animal de compagnie, sollicité simplement quand môssieur avait besoin de son aide et trop heureux de le laisser le toucher pour oser contester quoique ce soit…
Ce fut la raison pour laquelle il fit un premier pas en arrière, puis un deuxième. Avant de tourner les talons.
Et Thorin le laissa partir.
Noyé dans sa déception, Bilbo ne se rendit même pas compte que le nain n'aurait pu lui offrir plus belle illustration de ses sentiments naissants que ce silence impuissant et cette immobilité meurtrie, et il préféra courir pour s'éloigner de lui.
Il percuta Nori et, sans s'excuser, il sortit de la villa puis sauta dans la voiture de sport de Fili, attrapant les clés simplement jetées dans la boîte à gants.
L'engin démarra en trombe et fusa hors de la propriété, explosant un pot de fleur au passage et, déterminé, Bilbo s'interdit de regarder dans son rétro pour voir s'il était suivit. Poussant le bolide à fond, il rejoignit les routes principales, puis mit moins d'une heure pour s'insérer dans un axe routier majeur, l'un de ceux qui traversait la Terre du Milieu de part et d'autre, reliant toutes les grandes mégalopoles entre elles.
oOo
— C'est flippant…
Le chuchotement de Kili se perdit dans la brume glacée qui les entourait. La tempête s'était calmée, seule une fine pluie tombait maintenant sur les montagnes et les deux frères avaient décidés de partir explorer la ville sans attendre. Ils avaient, par reflexe, revêtu leurs armures légères et portaient plusieurs armes sur eux et cela faisait maintenant quelques heures qu'ils déambulaient dans les ruines de l'immense cité humaine endormie.
La plupart des bâtiments s'étaient effondrés lors du tremblement de terre, mais d'autres étaient déchirés étrangement, portant des marques difficilement identifiables, notamment à cause de l'érosion, interpellant les deux frères qui s'étaient amusés à déterminer plusieurs théories peu envisageables.
Les tourelles de pierres grises, fantômes déchiquetés à peine discernables dans l'ombre des montagnes, se dressaient difficilement vers le ciel, comme écrasées par la masse dangereuse des Gadolah.
Ils marchèrent encore un moment, avant que Fili ne se stoppe brutalement, son regard aiguisé accrochant un éclat étrange.
— Regarde ça !
Sautant par dessus un petit muret de pierres écroulées, il avança sans hésiter dans un buisson de ronces humides pour en arracher une longue tige métallique et rouillée, couverte de broussailles et de mottes de terre. Toutefois, une fois que le blond l'eut grossièrement nettoyé, il apparut qu'il s'agissait, en réalité, d'une lance ou, plutôt, une immense flèche effilée, d'une dureté et une solidité effroyable.
— Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien chasser avec ce truc ?
Fili allait répondre, mais une voix, jeune et farouche, les interpella subitement :
— Qui êtes-vous, et que faites vous ici ?
Se retournant, ils avisèrent, sur un bâtiment quelques mètres au dessus d'eux, un jeune nain brun aux yeux charbons, aux cheveux courts coiffés en bataille, d'où jaillissaient plusieurs fines tresses ornées de plumes et de perles, et à la barbe tout aussi courte, habillé, lui aussi, d'une armure de combat, certes, pas aussi avancée technologiquement que celle des deux fils de Thorin, mais efficace, et qui pointait sur eux un fusil d'assaut capable, certainement, de faire de très très gros dégâts.
Sagement, les deux frères montrèrent pacifiquement leurs mains désarmées.
— Nous ne cherchons pas le conflit. Nous nous sommes crashés dans ces Montagnes et, en cherchant un endroit où camper en attendant de réparer notre avion, nous avons vu ces ruines. La curiosité à fait le reste…
C'était Kili qui avait répondu. Fili, lui se contenta de suivre l'échange bouche-bée, comprenant à peine, car la conversation se faisait en Khuzdul, que Kili, sans s'en être rendu-compte, parlait sans effort.
— Vous affirmez vous balader innocemment et, pourtant, vous êtes dangereusement armés…
— Si nous sommes armées, c'est peut-être pour la même raison que toi…
L'autre fit la moue en les sondant, sans faire mine de baisser son arme, et il reprit, sur la défensive :
— Que faisiez-vous dans les Gadolah ? Personne ne vient en avion par ici.
— On ne savait pas que les conditions de vol étaient si compliquées. Nous venons des Montagnes Bleues et nous voulions rendre visite à un cousin des Monts de Fer… En évitant les courant aériens surveillés, si tu vois ce que je veux dire…
Kili laissa sa phrase en suspens. Ils étaient sans aucun doute face à un membre d'une faction divergente, des rebelles qui refusaient l'ordre social actuel et qui vivaient en pillant les richesses de leurs aïeux. Sa prémonition était la bonne car, comprenant que les deux nains qui lui faisaient face étaient, certainement, dans le même cas que lui, le jeune soldat baissa spontanément son arme, soudain plus ouvert.
— Vous avez de la chance d'avoir survécu au crash… Et encore plus de chance de vous trouver par ici. C'est l'un des seuls endroits viables de ces montagnes. Le reste ne sont que des gorges escarpées et des précipices sans fond…
— Tu sembles bien connaître les Gadolah, vis-tu seul ici ?
Le jeune nain sembla hésiter, puis, sondant le regard de Kili, il concéda prudemment :
— Non. Nous sommes plusieurs… Peut-être désirez-vous vous joindre à nous le temps que vous trouviez une solution pour sortir de là…
Doucement, Fili s'était approché de Kili et le brun lui fit un discret signe pour lui faire comprendre qu'ils ne couraient pas de danger. Le jeune soldat sauta souplement au sol, non loin d'eux. Les yeux sombres et sensiblement la même taille que Fili, il possédait un certain charme pétillant qui fut sublimé par son sourire chaleureux :
— Je m'appelle Argon. Ca fait longtemps que nous n'avons pas eu de visite, les autres seront contents d'avoir des nouvelles du monde extérieur.
— Le monde extérieur ?
Les deux frères lui emboitèrent le pas, Fili restait silencieux et mal à l'aise tandis que Kili conversait aisément avec Argon.
— Vivre dans ces montagnes donne souvent l'impression qu'il n'y a rien d'autre en dehors, vous le constaterez rapidement. La météo est tellement aléatoire que toute notion du temps est totalement floutée…
— Mais… Pourquoi vivez-vous ici ? Dans ces ruines ? Qu'ont-elles de spéciales ?
— Ce qu'elles ont de spéciales ? C'est tout simplement la meilleure planque pour qui veut disparaitre de la Terre du Milieu !
— Mais… Savez-vous qui a vécu là ? Et quand ?
Subtilement, Kili essaya de sonder son interlocuteur pour déterminer s'il était conscient de l'importance historique du lieu dans lequel ils se trouvaient, mais l'autre haussa les épaules en parlant négligemment :
— Qu'est-ce que ça change ? Certaines constructions sont encore intégralement sur pied, avec des murs épais, l'eau courante et on arrive même à capter quelques chaines de la TNT des Mont Brumeux quand il fait beau…
Kili haussa un sourcil et échangea un long regard avec son frère. Regard qu'Argon ne manqua pas et il montra Fili du doigt :
— Il ne parle pas, lui ?
— Seulement en langage courant.
Kili avait répondu du bout des lèvres, redoutant l'idée d'être tombé sur un clan rigoureux qui ne tolérait pas l'oubli des valeurs de leur peuple. Bien entendu, de part l'éducation qu'il avait reçue de Thorin, Fili maitrisait les bases de Kudzul à l'oral. Mais Argon parlait vraiment vite et avec un accent, très ancien, dont le blond n'était pas familier, et il n'avait jamais pratiqué, si bien qu'il ne se sentait pas capable de dire la moindre phrase.
Toutefois, malgré les craintes du plus jeune, Argon sembla stupéfait et il demanda naïvement :
— Le langage courant ? Mais… Ça veut dire que, toi aussi, tu sais le parler ?
— Bien entendu.
Les mots en Khuzdul lui venaient tellement naturellement que Kili en était dérouté, mais pas autant que l'incrédulité qu'il lu dans le regard du plus jeune qui, soudainement, s'immobilisa, avant de lui attraper le bras pour le trainer derrière lui.
— Il faut absolument que tu rencontres Dis ! Elle ne parle pas très bien notre langue, voire même pas du tout. Et personne ici ne connaît le langage courant.
— Dis ?
— Une aventurière, elle est arrivée il y a quelques semaines et, si personne ne la surveille, elle se barre toute seule dans les montagnes. On ne sait pas trop ce qu'elle fait là ni comment elle est arrivée. Mais avec toi, tout va s'arranger !
Une nouvelle fois, les deux frères échangèrent un regard perplexe mais, sans résister, ils suivirent le jeune nain qui les emmena jusqu'à leur camps.
oOo
Merci d'avoir lu !
J'étais partie pour corriger simplement le chapitre histoire de le poster plus rapidement demain midi, mais finalement, j'ai décidé de poster maintenant :3
J'espère que ça continue à vous plaire !
(Je vous promets que le Thilbo aura bien lieu, et bien passionné comme il faut, mais pas maintenant...)
D'ailleurs, je tiens à rappeler que dans cette fic, Bilbo n'a que trente ans, (je pense que c'est une vingtaine d'année en humain) et donc, il n'est pas aussi mature, niveau gestion des sentiments et tout le tralala, qu'il l'est dans le hobbit.
