Note de l'auteur : Soyez indulgents avec Bilbo et Thorin!
Comme on dit, l'amour ne s'improvise pas, surtout quand il n'est pas attendu... Entre un roi toujours en guerre qui n'a jamais vraiment eu l'occasion de démontrer ou recevoir de l'affection, c'est à peine s'il sait ce que c'est, et un historien qui ne connaît la vie que par ses livres et qui n'a comme seule expérience que son « Parfait petit-ami » qui met la barre bien haute, il ne faut pas attendre à trop de miracles tout de même, genre : à ce qu'ils trouvent immédiatement le bon mot à dire au bon moment.
Donc oui, pour l'instant, ils sont tous les deux maladroits, mais ils vont apprendre !
Vidalinn,
Je suis navré, mais Thorin sait, pour la Moria.
Je te jure que je ne *Supprimer* Jai été forcé à *Supprimer* voulu l'en empêcher… *Supprimer*,*Supprimer*,*Supprimer tout, bordel de merde*.
Bilbo soupira et, avec rage, il effaça les prémices du mail qu'il avait commencé à écrire pour son petit-ami. Il voulait au moins le prévenir, mais il ne savait pas comment tourner la chose et il ne se sentait pas forcément prêt à lui faire face. Or, il n'ignorait pas que, sitôt l'A.S. aurait reçu le mail, il le localiserait sans mal et viendrait le trouver.
Et, malgré tout, Bilbo ne voulait pas lui parler. Ou plutôt, si, il rêvait de le faire, il voulait plonger dans ces bras si puissants et oublier tout ça, cette terrible sensation de déception, cette peur qui lui rongeait les tripes pour tout le monde, ce cauchemar dans lequel il était enlisé et où on lui demandait de choisir ente deux choses incompatibles, mais alléchantes. Mais il savait que Vidalinn ne le prendrait plus dans ses bras, à moins qu'il lui dise tout ce qu'il savait des nains et de leur quête. Et ça, il ne le voulait pas. Tout comme il doutait sincèrement pouvoir apprécier une étreinte du blond après avoir pris une balle de sa part et, peut-être aussi, après avoir gouté, même brièvement, aux bras de Thorin.
La sensation de la bouche du nain sur la sienne, sur sa peau, de ses mains sur son corps, s'imposa soudainement à lui et il ferma les yeux pour juguler la violente chaleur qui jaillit dans ses entrailles. Il avait tellement aimé ça… Les étreintes de Vidalinn lui semblaient maintenant tellement fades qu'il se demanda comment il avait fait pour prendre autant de plaisir avec lui en étant alors certain que jamais il ne pourrait en ressentir plus. Tout comme il ne put s'empêcher d'imaginer à quoi ça aurait ressemblé s'il n'avait pas demandé à Thorin d'arrêter. L'idée elle même le fit frémir et il n'eut qu'à se souvenir de la raison pour laquelle il était parti pour se refroidir immédiatement.
S'il n'y avait pas eu Kili, Balïn, Erebor et les autres, Bilbo n'aurait eut aucun scrupule à contacter Vidalinn sur le champ et lui cracher tout ce qu'il savait à propos de Thorin, de qui il avait attendu bien trop.
— Le vol 336 pour l'aéroport international de Fornost. Veuillez vous présenter à la porte d'embarquement.
Bilbo soupira et, prenant sa tablette, il se dirigea vers la file réservée aux passagers de première place, louant la somme d'argent astronomique que lui avait apporté la vente de la voiture de Fili. Il ressentait peut-être une légère culpabilité vis à vis du blond, mais il se dit que, vu l'aide qu'il leur avait apporté, le jeune prince aura de quoi s'acheter une quinzaine de ces bolides similaire une fois qu'ils auraient pénétré dans la Montagne.
Il venait de passer trois jours aux Monts de Fer, où il avait réussi, non pas gratuitement, à se débarrasser de son foutu bracelet électronique, puis il n'avait pas mis longtemps à se décider de retourner dans l'immense mégalopole d'Annùminas, cité humaine reconstruite au quatrième âge par le roi Elessar, en bordure de la Comté, et qui possédait une certaine bibliothèque universitaire emplie de livres qui avaient le potentiel de s'avérer très intéressants pour quiconque s'intéressait aux Gadolah. Car Bilbo n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire et, maintenant que sa curiosité était attisée, il voulait tenter lui même la reconquête d'Erebor. Ca lui ferait une belle jambe, à cet empaffé nain, s'il se faisait doubler par un hobbit... Il avait juste une certaine clé à trouver…
Il désirait aussi, et surtout, retourner à Cul-de-Sac pour discuter avec les Sacquet de Besace, ceux qui se proclamaient ses parents. Il voulait comprendre qui étaient ses vrais géniteurs, pourquoi ils avaient décidé de l'adopter alors que, depuis sa naissance, ou, plutôt, depuis qu'il vivait avec eux, il n'avait jamais vraiment ressenti leur amour.
Mais il savait qu'ils étaient certainement surveillés et, une fois le vol amorcé, il sortit sa tablette. Il commença par se créer une nouvelle adresse mail puis, avec celle-ci, il envoya un message à la boîte professionnelle de son père. Il recevait des centaines de mail par jour et le hobbit ne pouvait pas imaginer que chacun d'eux était lu par les espions de son organisation.
Il lui assura qu'il allait bien, sans mentionner son épaule trouée par balle, et il lui demanda de le retrouver discrètement à Annùminas. La foule omniprésente dans cette ville offrait un excellent anonymat. Sans s'épandre, il insista fermement sur, justement, la discrétion, en assurant que ces retrouvailles devaient rester secrètes, pour leur sécurité. Il savait que ses parents avaient souvent des voyages d'affaires un peu partout, il s'agissait donc d'un déplacement qui ne lèverait aucun soupçon.
Il rouvrit ensuite ses pages de calculs et son almanach afin d'avancer sur la détermination exacte du jour de Durin.
oOo
— Tu es sûre de toi ? Si tu te rends, il n'y aura pas de-
— Je suis certaine.
Orianne déglutit et, chancelant imperceptiblement, elle se dirigea vers le commissariat principal de Minas-Tirith, prête à répondre de ses actes. Toutefois, elle ne fit que quelques pas, accompagnée de Dwalin, avant de se faire bousculer par un barbu au style excentrique et chapeauté qui se tourna immédiatement vers elle :
— Mademoiselle Trjàadòttir ?
Surprise, elle bredouilla à l'affirmative tandis que Dwalin, menaçant, se posa à côté d'elle en sondant le vieil homme qui leur faisait face et qui se présenta en souriant :
— On m'appelle Gandalf… Auriez-vous quelques minutes à m'accorder ? J'aimerai vous offrir un café.
— C'est que… Je ne suis pas vraiment-
— Je suis journaliste, et votre histoire m'intéresse… Si vous voulez défendre votre nom, vous allez avoir besoin d'alliés…
Elle haussa un sourcil et chercha le soutient du regard de Dwalin, qui posa une main sur son épaule en sondant prudemment le
vieillard :
— En quoi un journaliste peut nous venir en aide ?
— Ho… Je suis aussi avocat à mes heures perdues… Et mes tarifs sont parfaitement abordables…
— Vu l'affaire dans laquelle on s'engage, on ne peut pas se permettre de faire appel à n'importe qui. Et nous avons de quoi engager les meilleurs de la profession…
Gandalf leur envoya un sourire énigmatique avant de répondre d'un ton amusé :
— Je ne parle pas des tarifs pour défendre la petite, ça, je veux bien le faire gratuitement. Je parle de l'aide que je pourrais vous apporter dans la quête d'Erebor et dans votre guerre contre la GITM qui s'ouvre à peine…
oOo
— De quel clan venez-vous ?
— Ho… Nous n'avons pas d'attaches en particulier… Notre famille, du moins, ce qu'il en reste, est dispersée un peu partout et, avec mon frère, nous gagnons notre vie en créant des programmes informatiques…
Conscient que leur lien avec Thorin gagnait à être tu tant qu'ils n'étaient pas certains de savoir à qui ils avaient réellement affaire, Kili resta évasif, ce qui ne troubla pas la petite dizaine de nains qui les questionnaient sans relâche depuis une bonne heure. Comme il l'avait senti, il s'agissait d'un groupe de hors la lois qui vivaient retranchés ici depuis quelques générations, sans quitter ces montagnes.
Ils étaient assis en cercle à même le sol, recouvert d'épais tapis anciens, sous une lourde tente de style orientale, chaussée par dessus les ruines, et ils se restauraient de fruits secs, de pain sans levain et de fromage, posés au centre dans des poteries sobres et âgées.
— Comment se fait-il que tu parles les deux langues ? Tu es peut-être la seule personne que nous connaissons qui en soit capable…
— Je ne sais pas… J'ai appris le Khudzul très rapidement auprès d'un… D'un parent éloigné avec qui j'ai grandi après la mort de nos parents, avant de revenir auprès de mon frère.
Révéler qu'il avait tout appris d'un hobbit de la GITM n'était peut-être pas la meilleure chose à faire face à ces nains qui semblaient très conservateurs, tout comme il avait choisi de dire qu'ils étaient simplement frères de sang, pour ne pas avoir à expliquer qu'ils avaient été adoptés. Il savait que mentir, surtout aussi grossièrement, n'était pas toujours avisé dans ce genre de situation, mais beaucoup de choses devaient passer sous silence et, dans la mesure où cela semblait satisfaire ses interlocuteurs, ils ne cherchaient pas à approfondir.
Les nains qui leur faisaient face étaient, à l'exception d'Argon et quelques autres qui avaient sensiblement leur âge, plutôt vieux, au visage dur et burinés par la rigueur de la vie dans ces montagnes. Tous armés et sur la défensive, ils n'inspiraient pas franchement la confiance à première vue, mais ils s'étaient immédiatement montrés cordiaux envers les deux nouveaux venus.
L'un d'eux, le plus vieux qui semblait être le leader, se tourna vers Argon, qui dévorait discrètement Kili des yeux, pour lui demander doucement :
— Sais-tu où est Dis ?
— La dernière fois que je l'ai vu, elle étudiait une fresque près des colonnes. Veux-tu que j'aille la chercher ?
— Non. Emmène les plutôt à elle. Qu'ils fassent d'abord connaissance, puis Helgi pourra nous dire ce qu'elle cherche par ici.
Kili, prudent, avait préféré ne pas leur donner leurs véritables noms, se présentant en tant qu'Helgi, et Bragi pour Fili.
Le plus jeune obtempéra sans rechigner et il fit signe aux deux fils de Thorin de le suivre à l'extérieur. En marchant, il leur expliqua la vie de leur petite communauté dans les montagnes, comment la cinquantaine de nains et la dizaine de naines cultivaient les rizières et les oliviers sur les versants, quelques parcelles céréalières entre les ruines, plusieurs troupeaux de chèvres, pour la viande, le lait et la laine et, surtout, du houblon sauvage. Le reste, les armes, les gadgets technologiques, les engins mécaniques, ils le volaient aux humains lors de rares expéditions à l'extérieur.
Puis ils atteignirent les colonnes, mastodontes de granite sur lesquels étaient gravés un grand nombre de textes, devant lesquelles une naine, âgée certainement de plus de cent-trente ans, à la lourde crinière noire et aux yeux flambants d'une intelligence farouche et sauvage était assise en tailleur, prenant des notes.
Surprise par le bruit des nouveaux arrivants, elle tourna son regard gris vers eux, avant de froncer les sourcils en se levant. Elle aussi était habillée d'une armure souple, sombre aux reflets vénéneux, et elle était lourdement armée, très, que ce soit armes à feu ou armes blanches, visibles ou non, lui donnant une aura mortelle implacable et écrasante malgré sa petite taille, et sa bouche fine était plissée par la contrariété, certainement fâchée de se voir interrompue en pleine recherche par ces gamins.
Arrivé à sa hauteur, Argon s'effaça pour se tourner vers Kili :
— Fait gaffe, Helgi, elle est pas toujours très commode, mais essaie au moins de savoir si on peut l'aider d'une manière où d'une autre, ne serait-ce que pour la sortir des montagnes.
Kili acquiesça et il se tourna vers la naine, soudainement troublé par un saisissant sentiment de déjà vu face à ce profil noble, mais il l'oblitéra pour la saluer et se présenter courtoisement, ne manquant pas l'air franchement surpris de Dis lorsqu'elle remarqua qu'il pouvait parler aussi bien le langage commun que le Khudzul. Puis elle haussa un sourcil condescendant lorsqu'il affirma qu'ils s'étaient crachés ici de manière inattendue :
— Vous pouvez dire ce que vous voulez à ces rebelles, Helgi, mais j'étais dehors, juste avant l'orage… Je sais ce que vous êtes venus chercher ici…
— La même chose que vous, certainement.
C'était Fili qui avait répondu, sur la défensive, et elle lui envoya une moue narquoise :
— Je ne cherche rien, moi… Je trouve.
Le blond eut une moue dédaigneuse et ils se jaugèrent durement du regard tandis que Kili s'approcha des colonnes en fronçant les sourcils :
— Hê'ærim ba'ir… Il s'agit d'une mise en garde contre le feu…
Absorbé par le déchiffrage des quelques phrases de Khudzul qui étaient parsemé entre celles de la langue ancienne, il manqua l'éclat totalement interloqué qui illumina les yeux de Dis et d'Argon.
— Tu sais lire le Khudzul ?
Chacun dans leur langue, ils avaient spontanément posé la question à Kili qui se tourna vers eux, surpris de voir l'état dans lequel cette révélation sembla mettre les deux autres :
— Je ne suis pas très rapide et je n'ai pas vraiment de vocabulaire, mais je connais un peu…
La mâchoire de la naine se décrocha et, sans attendre, elle lui attrapa le bras, fébrile.
— Je n'ai que les bases et je ne m'en sors pas, il me manque trop de connaissances à propos du système vocalique…
Elle le traina à l'intérieur de l'imposant bâtiment à moitié écroulé à qui appartenaient les colonnes, et elle le planta face à une fresque immense qui représentait, certainement, la grandeurs des hommes qui vécurent là jadis.
— Une grande partie est écrite en langage commun des premiers temps. Mais il y a ce texte, ici, en Khudzul. Je sais qu'il parle d'Ereb- Hem… Je pense qu'il a son importance.
Les deux frères entendirent le lapsus, mais ils se contentèrent d'échanger un regard entendu, peu désireux d'annoncer que eux aussi étaient là pour Erebor.
— Vous avez de quoi écrire ?
Elle lui tendit son carnet et un crayon à la mine grossière et il commença par recopier intégralement le texte sur le papier.
— Je ne connais pas tous les mots, mais peut-être qu'Argon pourra m'aider…
Sans un mot, Fili fronça violement les sourcils, n'ayant pas manqué de quel manière le jeune nain reluquait son Kili, mais, désœuvré, il préféra retourner à l'extérieur, malgré la chaleur maintenant accablante, pour s'asseoir à côté de la naine et ne pas avoir à regarder l'autre arriviste se poster prêt de Kili en frétillant joyeusement, trop heureux de lui rendre service. Pas vraiment intéressé mais préférant meubler le silence, il s'adressa distraitement à la naine, qui avait repris l'étude du pilier et qui poussa un claquement de langue agacé lorsqu'il l'apostropha :
— Comment êtes-vous arrivée jusqu'ici ?
— En remontant le Celduin…
Il écarquilla les yeux et se tourna franchement vers elle, interloqué, sans s'occuper de son ton exaspéré :
— Mais… en combien de temps ?
— Je ne sais pas… Je suis partie à la fin de l'été…
C'était donc plus de dix mois… A moins que ce ne soit l'été précédent… Ce qui n'étonna pas Fili, dans la mesure où la naine avait, certainement, parcouru plusieurs centaines de miles dans la forêt maudite, puis dans les Gadolah. Cela relevait de l'exploit, et, avec un ton soudain plus respectueux, il demanda avec curiosité :
— La forêt est-elle aussi terrible qu'elle en a l'air ?
— Ho… Non. Elle est pire… Mais… Elle possède quelques richesses non négligeables, d'un point de vue historique ou lucratif…
Elle avait répondu distraitement, puis elle se tourna vers lui en le sondant durement :
— Comment se fait-il que votre frère soit aussi à l'aise avec les deux langues ?
— Comment se fait-il qu'une naine seule traverse Mirkwood ?
Ressentant la méfiance dans le ton de la naine et peu enclin à parler de Kili, Fili avait répondu sèchement, amenant Dis à froncer les sourcils :
— En quoi ça te dérange ? Tu aurais été moins impressionné s'il j'avais été accompagnée d'un mâle ? Ou si j'avais été un mâle, tout simplement ?
— Ca ne me dérange pas… Je suis simplement curieux de savoir ce qui vous a poussé à venir ici…
— Je voulais faire fleurir mon compte Instagram avec des selfies uniques… Parce que, après tout, nous, les femelles, ne sommes bonnes qu'à ça, n'est-ce pas ? Et que placer dans la même phrase les termes « Naine », « Seule » et « Mirkwood » est incohérent ?
— Vous êtes aussi très bonnes pour vous sentir persécutées dès qu'un mâle fait une remarque…
— Parce que tu te considères comme un mâle, gamin ? Il te manque quelques dizaines d'années pour ça, mon chou.
— Ton chou n'a pas eu besoin de dix mois pour venir ici, lui…
— Evidemment, quand on a les moyens, n'importe qui peut venir s'écraser par ici… Et il faut vraiment être crétin, ou dénué du moindre instinct de survie, pour venir voler dans ces montagnes !
Elle avait répondu d'un ton hautain et moqueur, agaçant Fili qui, piqué garda un court silence boudeur, avant qu'elle ne reprenne en susurrant :
— A moins qu'on ait une très bonne raison qui vaille le risque de venir ici… Surtout quand on est accompagné de notre très charmant petit-frère qui sait lire et traduire le Khuzdul…
— Effectivement, mon petit-frère est charmant et il sait aussi lire et traduire le Khuzdul, vous êtes réellement perspicace pour quelqu'un qui met plus de dix mois à traverser une forêt afin de venir se perdre en Montagne...
— Surveille tes mots, gamin, j'en ai égorgé pour moins que ça.
— Vous pouvez toujours essayer, vous ne serez pas la première à tenter votre chance...
— Vraiment ? Ca me faire rire les petits-mecs qui veulent se la jouer virile parce que papa leur a donné une arme… Est-ce que tu sais au moins où est la gâchette sur ce truc ?
D'un ton condescendant, elle désigna le fusil de Fili qui leva les yeux au ciel, exaspéré :
— Je vous poserai bien la même question, mais j'ai peur que vous vous fassiez mal en essayant de me montrer que vous savez au moins le tenir dans le bon sens…
Elle se contenta d'hausser dignement un sourcil, sans prendre la peine de répondre, même si Fili perçu sans mal le discret « Petit con » sifflé d'une voix venimeuse.
Kili et Argon revinrent vers eux à ce moment et le brun concéda d'un ton ennuyé :
— Je ne comprends pas tout… J'ai l'impression qu'il s'agit d'un conte ou d'une histoire à propos d'événements qui ont amenés le déclin de cette ville… Mais je n'arrive pas vraiment à resituer le contexte… Il nous faudrait l'aide de Bilbo…
— Bilbo ?
Dans sa dernière phrase, Kili s'était adressé à Fili, mais la naine s'était redressée en le regardant dans les yeux, le mettant mal à l'aise et il chercha à se justifier :
— Un… Un ami historien, plutôt doué pour ce genre de chose…
Le regard gris se fit soudain plus tranchant, menaçant, et elle eut une discrète mimique troublante pour les deux frères qui eurent soudain l'impression de se trouver face à Thorin en colère. La même posture, la même manière de pencher la tête en les regardant dans les yeux, le même regard…
— Vous travaillez avec un agent de la GITM ?
La même manière de baisser la voix d'une octave, signe imminent d'une contrariété dangereuse… Très dangereuse.
Discrètement, sa main se porta à son arme et, immédiatement, Fili en fit de même, mais Kili leva les deux mains pacifiquement, dévoilant, sans le savoir, la marque sans équivoque qui ornait son poignet et qui attira immédiatement l'œil de la naine :
— Nous travaillons avec Bilbo mais pas la GITM. Nous av-
Mais les choses s'enchainèrent très vite : soudain agressive, Dis le mit en joue, désireuse de leur faire cracher, de force s'il le fallait, la raison exacte de leur présence ici, le nom de leur employeur et ce qu'ils savaient sur cet endroit. Mais Fili fut plus rapide et, d'un enchainement vif, il la désarma, envoyant son arme glisser au sol. Il voulut la mettre hors d'état de nuire en l'immobilisant, mais, avant qu'il ne puisse la maitriser, elle s'esquiva souplement et lui envoya un crochet direct dans la mâchoire, puissant, précis et très douloureux. Mais Fili en avait vu d'autres et il ne se laissa pas surprendre par le coup agile qui suivit immédiatement, visant le flanc, qu'il bloqua avec une aisance révoltante, amenant la naine à hausser un sourcil surpris.
— Stop !
Face à eux, Kili avait mis Dis en joue et, d'un regard, il pria Fili de s'écarter avant d'asséner durement :
— Dis. Nous sommes ennemis de la GITM.
— Ce n'est pas le cas de votre ami… Du moins, aux dernières nouvelles, Bilbo, non seulement travaillait pour elle mais, en plus, vivait en ménage avec l'un de ses membres les plus dangereux…
Sur la défensive, Dis ne baissa pas sa garde et elle les toisait d'un regard méfiant, amenant Fili à soupirer :
— Disons que nous ne lui avions pas laissé le choix… Nous avions besoin de… ses talents.
— A l'instar de la GITM… Je doute qu'elle vous l'ait prêté facilement…
— Vous avez vraiment l'art de la déduction dans le sang, vous…
Elle trucida Fili du regard, mais son attention se reporta sur Kili, décomposé, qui avait soudainement froncé les sourcils en regardant un point derrière elle. Surprise, elle se retourna, mais il n'y avait qu'un pan du mur, avec une partie plus récente de la fresque immense en mosaïque, qui, jusqu'à maintenant, était restée dans l'ombre, mais que les rayons du soleil couchant illuminaient désormais et vers laquelle le brun se dirigea sans un mot. Dis et Fili échangèrent un regard troublé et, à leur tour, ils s'approchèrent du mur devant lequel Kili s'était agenouillé, le visage blême.
— Helgi ?
Avec douceur, Fili s'était approché en posant une main sur son épaule, surpris de sentir son corps frémir sous sa paume. Kili sembla revenir à la réalité et il tourna son regard vibrant vers lui :
— Je… J'ai déjà vu cette fresque…
— Où ça ?
Le brun déglutit et, tremblant, il se leva, laissant sa main glisser sur la mosaïque alors qu'il se dirigea d'un pas assuré vers un coin de la salle. Il se pencha à nouveau et, sans hésiter, ses doigts vinrent caresser les pierres couleur émeraude qui représentaient un gros lézard endormi avec, dans ses pattes, une gemme étincelante présentée par une multitude de minuscules éclats de joyaux aux multiples couleurs. Avec douceur, les doigts de Kili voltigèrent sur ce joyau, sous les regards incrédules de Dis, Fili et Argon, puis, gentiment, le jeune nain appuya fermement sur les pierres, et un déclic se fit entendre.
— Ici… Je suis déjà venu ici…
La voix était blanche, comme s'il se réveillait d'un rêve long et tellement réel qu'il était difficile de faire la différence entre les images qui avaient défilé la nuit dans ses cauchemars et les vrais souvenirs.
Se levant, Kili posa ses mains sur le mur et il n'eut besoin que d'une infime pression pour ouvrir la porte dérobée, cachée par une représentation de la Montagne, et un escalier ténébreux se dévoila. Il sursauta lorsque Fili passa une main apaisante sur son dos raide et il accepta le contact avec plaisir, puis ils se firent bousculer par Dis qui, sans attendre, se rua dans l'escalier.
— C'est pas en se roulant des pelles qu'on va avancer, les mioches !
Argon la suivit en lançant un regard appuyé à Kili, qui agaça Fili et le blond, sans un mot, prit la main du brun pour descendre à son tour, sortant la petite lampe de poche qu'il gardait constamment sur lui.
oOo
— Alors ?
— Il est à Annùminas maintenant…
— Il va certainement faire ses propres recherches, sur Erebor…
Sans cesser de louer intérieurement l'initiative de Gloïn, qui avait, avant de partir, posé une petite puce numérique dans la tablette de Bilbo, Thorin échangea encore quelques formalité avec leur génie informatique, avant de raccrocher en soupirant, face à la mer qu'il remarqua à peine.
Il admettait sans peine que Bilbo lui manquait. Pour tout. Pour son aide précieuse qui, sans elle, l'amenait à faire du surplace dans les recherches, pour son adorable aplomb, sa fierté mal placée, son parfum attrayant et ses charmantes mimiques. Sans parler de ses brillantes conversations qui apportaient souvent un point de vue auquel le grand nain n'avait pas forcément songé et, surtout, son regard lumineux qui semblait porter une foi inébranlable en quelque chose qui le dépassait. Sans parler de ses yeux dont l'iris changeait de couleur selon son humeur du moment ou, tout simplement, selon la luminosité. Le plus souvent d'un joli bleu-gris, plus clairs que ceux du nain, mais, parfois, prenant la couleur du miel ou d'un cognac délicieusement ambré, quand ils ne devenaient pas intégralement noircis par la concentration, la colère ou, il l'avait découvert, le plaisir.
Repensant à ce trop court échange charnel, le roi en exil serra le poing en se traitant d'abruti. Il fallait qu'il ressente le manque pour comprendre qu'il n'était pas si indifférent que ça et que Bilbo n'était, finalement, pas un simple gain qu'il avait volé à Vidalinn et dont il pouvait user selon ses caprices sans impunité.
Ce n'était pas comme s'il le considérait ainsi, mais il ne s'était pas vraiment autorisé à le voir autrement. Car, après tout, qu'aurait-il pu attendre d'autre de sa part ?
Le simple fait de l'avoir senti répondre à son baiser l'avait comblé.
Alors, bien entendu, sur le coup, il n'avait absolument pas été prêt à le retenir pour cette raison-là. Ça lui avait semblé si absurde, comme argument.
« Reste, simplement parce que j'aime t'avoir à mes côtés. »
Bilbo lui aurait simplement envoyé son poing au visage. Une deuxième fois.
Mais, avec du recul, il savait qu'il aurait dû.
Au moins essayer.
Toutefois, il ne comptait pas faire une croix sur le hobbit si facilement mais, dans la mesure où il n'était pas censé être sa priorité et qu'il avait un peuple à protéger et une guerre à mener, il se contentait de le surveiller de loin, prêt à intervenir si jamais sa sécurité était compromise.
oOo
Merci d'avoir lu !
J'espère que ça continue de vous plaire !
Perso, là où j'en suis, dans l'écriture, c'est l'éclate :p
