La sonnerie du téléphone trancha le silence de la nuit et Thorin, extirpé de son sommeil, grommela dangereusement en attrapant son SmartPhone. Avisant le destinataire, il se redressa brusquement en répondant immédiatement :

— Gloïn ? Il y a du nouveau ?
— Oui… Et c'est pas bon : Bilbo est à Fondcombe !
— Les aurait-il rejoint de son plein gré ?
— Ça m'étonnerait, parce que son décès vient d'être annoncé.

L'annonce jeta un blanc et, soudainement, Thorin se pétrifia, pris de court.

— Annoncé ? Mais… Par les autorités ou bien par…
— Il a été signé par Azog en personne…
— Ho, putain de merde.

Comprenant immédiatement ce que ça signifiait, Thorin raccrocha au nez de Gloïn et sauta dans ses vêtements, avant de se diriger hors de sa chambre en assurant d'un murmure mortel :

— Celui-là, tu ne me le prendras pas, Azog.

Il vérifia rapidement les prévisions météo sur le courant aérien qui reliait le pays de Rhûn à Fondcombe, puis rejoignit son aérodrome privé pour sortir le X-16 qu'il fit préchauffer le temps qu'il s'arme dangereusement.

oOo

— Je me demande bien de quoi ils sont en train de parler…
— Quatre-vingt deux ans, c'est long. Ils ont certainement beaucoup de choses à se raconter…

Adossé contre un mur qui marquait les restes d'une tour écroulée, Kili ne répondit pas à la remarque douce d'Argon qui mangeait une figue, perché sur un muret et il observait du coin de l'œil Dis et Fili, en grande discussion, assis à même le sol de marbre, à l'ombre de l'une des colonnes imposantes de l'ancien temple. Cela faisait quelques heures qu'ils avaient découvert leur lien et, pendant ce temps, Kili avait eu le temps de voir les vestiges de la caserne de la ville, de gouter aux fruits des figuiers sauvages qui avaient poussé sur la place du marché, visiter les ruelles étroites du quartier des alchimistes et celles, bordées de canaux maintenant sauvages, de celui des tisserands. Il avait été fasciné par le palais des rois, de marbre blanc maintenant fêlé, au sein duquel plusieurs arbres avaient poussés, couvrant le sol lisse d'un matelas de feuilles mortes et de fines racines entremêlés, et il avait pu profiter de la connaissance qu'Argon avait de ce lieu, car le jeune rebelle lui avait montré les stèles gravées qui possédaient quelques lignes en Khuzdul. Rien de très important historiquement parlant, il s'agissait de quelques maximes maintenant oubliées, mais Argon fut ravi d'en découvrir, enfin, la traduction que Kili lui en fit.

— Je suis désolé… Pour tes parents…

Le plus jeune semblait sincère et Kili haussa les épaules en détournant le visage pour cacher ses lèvres ourlées par la tristesse et son regard voilé par une puissante colère enfouie. Il prit une courte inspiration et parvint à sourire pour parler d'une voix qui se voulait détachée :

— Ça va. Je ne me souviens pas d'eux de toute manière…
— Moi non plus…

La remarque indifférente intrigua le brun qui se tourna vers le jeune homme pour le sonder avec curiosité :

— Tu ne les as pas connu ?
— Je ne sais pas trop… C'est mon grand-père qui m'a élevé… Je n'ai toujours connu que lui.

Kili n'insista pas et son attention se reporta sur Fili et sa mère, une émotion étrange tourbillonnait en lui et il n'arrivait pas à savoir s'il était jaloux de celui qui fut son frère, puis son amant, ou bien s'il était profondément heureux pour lui. Heureux, mais seul. Argon sembla sentir son trouble et il posa sa main sur la sienne en lui lança un sourire chaleureux :

— Ton frère ne t'oubliera pas…
— Il n'est pas mon frère.

Ce n'était pas une révélation pour Argon qui haussa fatalement les épaules, mais, alors qu'il assurait ce simple fait avec une nouvelle conviction, Kili se rendit compte que, effectivement, Fili était beaucoup de choses, mais assurément pas son frère.
Encore moins maintenant qu'un abîme vertigineux s'ouvrait entre eux. Ils n'étaient plus deux orphelins élevés par la même personne, ils ne l'avaient jamais été.

Fili était le neveu de Thorin, fils de Dis, descendant de Durïn, héritier de Thror, d'Erebor et d'Ered Mithrin, et il avait dorénavant une femme qu'il pouvait appeler maman, ce simple mot avait un gout bizarre contre son palais. Et lui… Il restait Kili, fils de personne, neveu de personne, recueilli par pitié. Enfant sans souvenir, et donc, sans passé, sans racine, ses deux parents décédés dans un contexte qu'il ignorait, qui avaient eu des rêves, des objectifs et des projets qui lui étaient totalement étrangers. Il n'était personne et il était empêtré dans une sourde fureur vengeresse que nul ne pouvait comprendre, à l'encontre de celui ou ceux qui l'avaient réduit à ça, additionnée à une solitude qu'aucun ne pouvait combler, pas même Fili. Surtout pas Fili.

Une douce pression sur sa main le fit revenir à la réalité et il se trouva face au sourire rayonnant d'Argon, dont le regard semblait clamer une assurance tranquille.
Il lui rendit distraitement son sourire, puis il se redressa nerveusement lorsqu'il vit Fili et Dis se diriger vers eux.

Depuis qu'elle avait parlé de Lily, de sa mère dont, jusqu'à maintenant, il ignorait tout, même le nom, une multitude de questions se bousculaient en Kili qui ne la voyait pas seulement comme la sœur de Thorin ou la mère de Fili, mais, aussi, comme une source de réponses non négligeables.

Il vit le regard du blond étinceler dangereusement et il se rendit soudainement compte qu'Argon tenait encore sa main. Sans un mot, il préféra s'éloigner du jeune brun, et Dis s'approcha pour passer chaleureusement une main dans sa tignasse sombre :

— Tes parents étaient des gens formidables, tu sais… Je suis ravie de faire la connaissance de leur fils…

Il ne put dire pourquoi ou comment, mais une douce chaleur qu'il ne se souvenait pas avoir déjà ressenti se répandit en lui, gommant son ressentiment, alors qu'il rendit un sourire timide à la naine qui le couvait d'un regard qui le réchauffa intégralement.

oOo

Il était dans la merde. Et bien profondément. Cela ne faisait aucun doute qu'il allait passer un sale quart d'heure si, par malheur, il refusait de collaborer avec Azog. Toutefois, il n'avait pas l'intention de lui dire quoi que ce soit de compromettant qui risquerait de mettre la vie des nains en péril.
C'était la raison pour laquelle il resta muet, agenouillé face à l'orc qui le couvrait de son ombre :

— Pour l'instant, Bilbo, tu n'es pas encore accusé de trahison, tu peux remercier Vidalinn pour ça… Et, si tu veux que nous oubliions cette histoire, tu as simplement à nous révéler les plans de Thorin, l'effectif de son groupe et sa localisation…
— Pour ce qui est de la localisation, je ne saurais dire… Je me suis enfui pendant qu'ils changeaient de planque…
— Pourquoi ne nous as-tu pas directement contacté ?
— Parce que, justement, je ne voulais pas me retrouver dans cette situation…

Pinçant, il montra ses poignets menottés à l'albinos qui eut un sourire cruel en susurrant d'un ton velouté :

— Mais… Bilbo… Tu sais que, si tu n'as rien à te reprocher, il ne t'arrivera rien…

Le hobbit déglutit, mais il préféra garder le silence tandis qu'Azog lui tournait autour, tel un rapace, en reprenant :

— Et, je suis navré, mon mignon, mais tu n'es pas assez bon menteur pour me leurrer… Nous allons donc commencer par là : Dis-moi où ils se trouvent…
— Ils possèdent d'innombrables planques… Ils ont certainement changé au moment où je suis parti…

Bilbo baissa les yeux et son cœur se figea lorsque le plus grand attrapa ses cheveux pour le forcer à lever la tête :

— Pourquoi les couvres-tu, Bilbo ?
— Pourquoi le devrais-je ?

Provoquant, il avait répondu en regardant l'orc dans les yeux, et celui-ci attrapa sa gorge d'une main pour le soulever sans effort.

— Ne joue pas au plus malin, hobbit… Ce n'est pas parce que les neuf autres t'ont gracié, grâce à ton petit-ami qui a rampé pour ça, que je vais te considérer comme une simple victime des nains… Vu le temps que tu as passé avec eux, tu as certainement deux ou trois petites choses à m'apprendre…
— Ils m'ont simplement enfermé en me demandant de traduire différents-
— Je me fous des traductions ! Je veux savoir où il est, combien de combattants sont avec lui et quels moyens compte t-il mettre pour aller dans les Gadolah. Et… Surtout… S'il sait comment ouvrir la porte…
— Les Gadolah ?

Jouant la carte de la naïveté, Bilbo fit mine de se montrer surpris par l'évocation de la chaine de montagnes même si, au fond de lui, il se mit à trembler en comprenant que la GITM en savait plus qu'elle ne le laissait paraître mais, sans prévenir, un coup de poing violent le cueillit à l'estomac, lui coupant le souffle et le pliant en deux. Azog lâcha sa gorge pour attraper ses cheveux et le maintenir de manière à planter son regard cruel dans ses yeux embués de larmes de douleur :

— Pas de chance, Bilbo, je suis normalement très patient, mais, vois-tu, je suis plutôt pressé aujourd'hui…
— Je ne parlerai qu'à Vidalinn…

Braqué, Bilbo voulait faire front et gagner du temps, mais cela ne plut pas à son bourreau qui attrapa violemment son épaule blessée, lui arrachant un piaillement de douleur. Sans aucune hésitation, semblant se délecter du nouveau cri de souffrance du plus petit, il pressa fortement la blessure, forçant sa victime à s'agenouiller à ses pieds alors que le sang jaillissait sous ses doigts, l'écarlate tranchant brusquement avec la pâleur de la peau, attirant le regard gourmand de l'albinos qui parla distraitement :

— Ce con est vraiment doué… Pas une articulation ou un ligament n'a été touché… Il a visé le seul endroit qui ne laissera aucune séquelle… Tant que la blessure est traitée correctement…

Jugulant un long frisson de plaisir, il pressa une nouvelle fois et Bilbo se tordit pour fuir la douleur effroyable qui remonta le long de son épine dorsale, brouillant sa vision et son esprit.

— Et j'aimerai que tu répondes à mes questions maintenant…

Il lâcha sa prise et Bilbo se recroquevilla en tremblant et suffoquant, amenant Azog à se pencher sur lui pour caresser tendrement son visage d'un doigt couvert de sang, laissant une longue trainée carmin sur sa joue :

— Tu as tout à perdre en résistant… Pour l'instant, je n'ai pas le droit de réellement te toucher parce que tu fais partie de « la famille », mais s'il advient que tu es réellement du côté des nains, un espion, un ennemi… Tu iras au devant de grands tourments, Bilbo…
— Je ne suis pas de leur côté !
— Pourtant… tu les as aidé… C'est la raison pour laquelle tu t'es retrouvé parmi eux et que tu es toujours en vie pour en parler…

Il ne répondit pas et la main qui caressait sa joue se posa une nouvelle fois sur l'épaule blessée, de manière menaçante et l'historien tressaillit, le cœur au bord des lèvres, détournant le regard lorsqu'Azog s'agenouilla face à lui pour tenter de le regarder dans les yeux.

— N'est-ce pas ? Dis-moi, que leur as-tu appris ? Et, surtout, qu'as-tu appris ?

Gardant une main menaçante sur son épaule, il attrapa le menton du hobbit pour le forcer à lui faire face et il lui lança un sourire cruel avant de parler d'un ton plus bas :

— Tu sais, Bilbo… Je pense que nous pouvons nous entendre, toi et moi…

Encore une fois, l'historien retint un glapissement de douleur lorsque les doigts aux ongles acérés fouillèrent à nouveau dans sa blessure et il sentit le sang couler le long de son bras, imbibant sa chemise, pour se répandre sur le sol, mais l'autre maintint son visage et il n'eut d'autre choix que de garder son regard brouillé par la souffrance accroché à celui, damné, de l'orc qui se lécha les lèvres en s'approchant plus encore de lui, jusqu'à susurrer d'un ton velouté :

— Si tu réponds à toutes mes questions, je pourrai certainement envisager de te laisser partir sans t'amocher… Du moins… Pas trop…
— Ce n'est pas toi qui décides de ça ! Et je n'ai pas l'intention de marchander avec un type comme toi !

Le plus grand fit glisser impatiemment sa langue sur ses dents aiguisées, avant d'affermir sa prise en s'approchant un peu plus, sa voix gronda plus qu'elle ne parla :

— J'ai un secret à te confier, Bilbo : Personne au sein de la GITM ne sait encore que je t'ai choppé… Tu sais ce que ça veut-dire ?

L'historien déglutit en écarquillant les yeux, et il fut incapable de se défendre lorsque, brusquement, Azog délaissa son épaule ensanglanté pour attraper sa gorge et le plaquer contre le sol, le couvrant de son corps alors qu'il se pencha sur lui avec un sourire fou :

— Cela signifie, tout simplement, que je n'ai aucune limite… Personne ne viendra s'assurer que tu sois toujours en vie ou en état de parler quand j'en aurai fini avec toi…

Affolé, Bilbo chercha à se débattre, en vain, mais l'autre le relâcha en se redressant, portant distraitement ses doigts à sa bouche pour en lécher le sang carmin.

— Si tu te montres… Pertinent et satisfaisant… Je n'aurai aucune raison de te retenir ici… Sinon, je pourrai te partager avec Stirnir, il sera ravi…

Bilbo frissonna à l'évocation du rival de Vidalinn dont le regard fou l'avait toujours mis mal à l'aise et il déglutit, la gorge sèche, incapable de proférer le moindre mot.

— Donc, après tout, si tu préfères résister, moi ça me plait aussi… Mais réfléchit bien, car il faut que tu saches, mon grand : Je possède quelque chose qui-

Mais il ne put finir sa phrase car un coup de pied monstrueusement bien ajusté lui percuta la mâchoire, l'envoyant au sol et, au moment où il voulu se redresser en sifflant de rage, le canon mortel d'une arme à feu se pointa entre ses deux yeux :

— Tu n'aurais pas dû faire ça, Azog.
— Vidalinn… Quelle bonne surprise…

Massant l'hématome naissant, Azog se redressa pour faire face au soldat blond, qu'il dépassait de deux bonnes têtes, un rictus cruel accroché aux lèvres :

— Tu n'avais qu'à mieux tenir ton animal de compagnie…

Le regard de Vidalinn vira au noir, mais il ne se laissa pas enflammer et, son arme toujours braquée sur l'orc qui restait sagement immobile, il le contourna pour s'approcher de Bilbo et s'agenouiller près de lui afin de passer un bras rassurant autour de sa taille. En réponse, le plus petit s'accrocha à lui de sa main valide et se laissa soulever par le descendant sylvestre dont le corps vibrait de colère.

— Bilbo n'a rien fait qui mérite un tel traitement !
— Si peu… Espionnage, trahison, vol de données… Refus de collaborer...
— Lui as-tu au moins laissé le choix…
— Je n'ai pas à te rappeler que c'est toi qui as commencé en lui tirant dessu-
— Ferme ta gueule.

D'un murmure sombre et dangereux, le blond avait répondu en grinçant des dents, emportant le hobbit avec lui alors qu'il se dirigeait vers la porte en reculant. Mais Azog eut un sourire supérieur et il assura d'un ton railleur, immobilisant le guerrier sylvestre :

— Tu penses aller où, comme ça, Vidalinn ? Bilbo sait où sont les nains et refuse de partager l'information… Rien que ça me donne le droit d'en faire ce que je veux et toi, tu n'as pas l'autorisation d'interférer…
— Et alors ? Que comptes-tu faire d'une telle donnée ? Tuer Thorin et son neveu pour t'assurer d'avoir enfin piétiné cette lignée maudite que tu as déjà si bien saccagée ? Cela n'apportera rien de bon à la GITM, surtout au vu de ce qu'il se passe à Minas Tirith en ce moment…

Contre lui, Bilbo pouvait sentir de quelle manière le corps de son amant était tendu, prêt à passer à l'attaque si nécessaire, mais, peu impressionné, Azog croisa nonchalamment les bras en continuant, sarcastique :

— Comme on dit, Vidalinn… Œil pour œil…

Il lui envoya un clin d'œil moqueur, faisant odieusement référence à la manière dont le blond avait été éborgné, mais, encore une fois, celui-ci ne se laissa pas toucher par la pique mesquine et, gardant Bilbo contre lui, il ouvrit la porte, malgré la dernière menace du grand orc :

— Tu sais que le traitre n'a pas le droit de sortir de la GITM tant que nous n'avons pas spécifié son statut, Vidalinn… Sa place est dans les geôles.
— Sa place est avec moi.
— Ça ne me dérange pas. Un petit séjour en cellule te fera certainement du bien à toi aussi…

Le dernier grondement soudain dangereux qui roula dans la gorge d'Azog amena Vidalinn à se figer totalement, une brève seconde, puis les choses s'enchainèrent très rapidement. Écartant Bilbo, sans douceur, pour avoir plus d'aisance dans ses mouvements, le soldat dégaina une deuxième arme en se retournant vivement pour faire face à son collègue mais, en une fraction de seconde, il fut soudainement maitrisé par deux orcs qui travaillaient dans la section d'Azog et qui l'attaquèrent par derrière. Soudainement désarmé, le blond pesta en se débattant, mais le plus grand s'approcha, le regard victorieux :

— Vidalinn… Je t'accuse de trahison envers la GITM, pour avoir tenter de couvrir Bilbo, pour avoir entravé mon travail sans autre raison que ta putain de compassion et, aussi, parce que ça fait un moment que j'attends de pouvoir offrir un petit cadeau à ta belle gueule d'enfoiré…

Sans sommation, l'orc serra le poing et le coup qui suivit fut suffisamment violent pour faire chanceler le descendant elfe, qui retint une exclamation outrée. Ses yeux bleus se baissèrent une fraction de seconde pour accrocher ceux de Bilbo, tenu lui aussi par un troisième orc, mais qui cherchait un moyen de se rendre utile malgré la situation désespérée et ils échangèrent un court regard, avant que le blond ne se concentre à nouveau sur Azog, provoquant :

— Tu n'as pas le droit de décider de ce genre de chose… Je fais parti des dix, comme toi et, moi aussi je peux demander ta suspension pour ton bellicisme, tes initiatives violentes et tes méthodes d'un autre âge… Bilbo aurait dû être présenter aux dix au moment où tu as mis la main dessus pour être jugé, tu n'as pas à jouer ainsi de ton côté avec-
— Comment avoir confiance en l'impartialité du jugement des dix si l'on sait que l'un d'entre eux est le petit-ami de notre témoin ?
— On lui fait bien confiance malgré la présence d'un orc en son sein…

Sifflant de rage, d'un sec coup d'épaule, il chercha à se libérer de la prise de l'agent qui le tenait, mais Azog fit une moue taquine en s'approchant de Bilbo et il s'amusa à enrouler une boucle soyeuse autour de son doigts en parlant distraitement :

— Peut-être bien… Mais, vois-tu, de nous deux, je suis celui qui tient le flingue… Alors sois sage, Vidalinn, et je ne-
— Qu'est-ce que cela signifie ?

Azog poussa un soupir lourd lorsque, dans les couloirs des sous-sols du bâtiment, où ils se trouvaient, arrivèrent Rasmus et sa troupe de sentinelles. Sans un mot, les orcs relâchèrent Bilbo et Vidalinn qui, à l'instar de l'albinos, se tournèrent vers le leader de l'organisation. Celui-ci, après un soupir désapprobateur à l'intention d'Azog, sonda le hobbit d'un regard calculateur et, remarquant son état désastreux, il se contenta de demander sèchement :

— Il a parlé ?

Azog haussa les épaules en répondant nonchalamment :

— Pas encore.
— Bilbo n'a rien à cacher !
— Ce n'est pas à toi de juger de ça, Vidalinn.

Le sifflement impérieux de Rasmus suffit à calmer le blond qui serra les dents en faisant un pas respectueux en arrière, mais il ne put s'empêcher de siffler d'un ton menaçant :

— Bilbo est l'un des nôtres. Je ne vous laisserai pas lui faire du mal.
— Aucun mal ne lui sera fait s'il consent à répondre à toutes nos questions ! S'il refuse, dans ce cas, il sera considéré comme un ennemi, à l'instar de ceux qu'il protège, et, en tant qu'ennemi, aucune pitié ne lui sera accordée. Les choses en seront de même pour toi si tu continues de t'interposer ainsi ! N'oublies pas où est ta place, Vidalinn !

Bilbo, muet et pétrifié, déglutit douloureusement. Il avait mal, mais, surtout, il avait peur. Pour lui, pour Vidalinn qui continuait de faire front et, surtout, pour Thorin et sa compagnie. Il avait sous-estimé l'acharnement de la GITM et il était conscient qu'il devait rapidement partir d'ici car, sur ce point là, à aucun moment le nain ne lui avait menti : l'organisation pour laquelle il travaillait n'était absolument pas ce qu'il croyait. A côté de lui, Vidalinn tressaillit, conscient que, lui aussi, allait au devant de grands tourments s'il ne pliait pas la nuque maintenant, mais il tint tête et Bilbo ne sut dire ce qu'il ressentait maintenant, entre la gratitude ou l'angoisse pour le sort de celui qui le défendait avec autant d'acharnement :

— Rasmus, ne me demande pas de faire ce choix là.

Azog eut un ricanement supérieur en levant les yeux au ciel d'un air affligé et Rasmus adoucit sa voix pour parler de manière condescendante :

— Vidalinn… Tu sais ce qu'il t'attend si tu continues de te rebeller ainsi… Et ne me dit pas qu'il s'agit d'amour… Pas toi… Pas pour une telle créature si aisément remplaçable…

Les poings serrés, le blond déglutit et il répliqua d'un voix sourde :

— Non. Il ne s'agit pas d'amour. Du moins, pas seulement. Cela fait cinq ans que Bilbo est mon compagnon. Et, grâce à lui, je me suis souvenu de la raison première pour laquelle j'ai accepté de travailler avec la GITM, et il ne s'agissait pas de casser du nain ou de torturer des innocents ! Il est tout ce que vous n'êtes pas : la noblesse, la sagesse, la simplicité et, surtout, l'humilité ! Vous n'avez pas le droit de souiller une telle âme en le soumettant à la torture pour étancher votre soif de sang ! Qu'il soit mon compagnon ne change rien à ce que je pense de telles pratiques !
— Dixit celui qui ne jure que par son désir de tuer Thorin parce qu'il est trop fier pour accepter de laisser en vie celui qui lui a pris son œil et son honneur…

Azog avait parlé en regardant distraitement ses ongles, amenant Vidalinn à gronder méchamment :

— Moi au moins, je n'arrache pas de vies innocentes au nom de ma vendetta…
— Ce qui explique certainement tes piètres résultats…
— Ça suffit ! Azog, tu la fermes, vu ton dernier éclat, parler de la sorte est malvenu ! Et, toi, Vidalinn, tu t'écarte. S'il se montre coopératif, on te le rendra sous condition. Sinon, oublie-le. A moins que tu préfères l'accompagner en cellule…

Vidalinn était à l'agonie, même s'il ne le montrait pas, Bilbo le connaissait suffisamment pour le remarquer, et il décida de faire un pas en avant, attirant le regard de son petit-ami. Regard indéchiffrable tant les éléments qui y dansaient étaient contradictoires : la colère née de l'injustice, la peur, la détresse, le refus, mais, surtout, le pardon, franc et sincère que le hobbit décela alors qu'il passa à côté du soldat immobile qui ne fit pas mine de s'interposer lorsque les sentinelles de Rasmus l'encerclèrent pour le conduire en cellule.


oOo

Merci d'avoir lu !

Je suis navrée, je n'ai répondu à aucune review cette semaine (et en plus, mon chapitre est en retard ^^').
En ce moment, c'est un peu compliqué pour moi,
J'ai passé ces derniers jours à l'hôpital pour une supposition de crise de l'appendicite,
qui s'avère être en réalité quelque chose de peut-être pire (en attente de nouveaux examens), ou pas.
Bref, pour l'instant on ne sait pas donc on reste optimiste.

Pour la bonne new : j'en suis au chapitre 27 de ODLAU, et je me disais que je pouvais peut-être accélérer le rythme de parution,
Genre, si les chapitres ont beaucoup de reviews, je peux poster en avance :3
(Parce que, de toute manière, les chapitres sont déjà écrits et prêts à poster, mis à part quelques ajustements sur quelques uns...)