Le froid et l'obscurité, mais, surtout, le silence et l'isolement, rongeaient les nerfs du hobbit qui tournait en rond dans sa cellule. Il ne savait pas combien de temps il venait d'y passer, peut-être simplement quelques heures, ou bien la nuit entière et la journée qui avait suivie. Il sentait sa détermination vaciller, l'angoisse ne l'aidait pas à garder ses idées claires, et, même s'il refusait de leur livrer le moindre indice sur les nains, il doutait franchement de son cran et de sa capacité à encaisser plus que la petite démonstration que lui avait fait subir Azog avant que Vidalinn ne s'interpose.
Ses pensées tourmentées furent interrompues par l'arrivée d'un agent qui lui demanda de le suivre, ce qu'il fit sans discuter, les poignets liés et les yeux meurtries par la soudaine luminosité des couloirs.
Ils marchèrent en silence pendant quelques minutes et Bilbo, même s'il savait qu'il était à Fondcombe, dans les bâtiments de la GITM, découvrait cette aile pour la première fois. Mais il n'avait pas vraiment le cœur à contempler les magnifiques entrelacements de racines qui semblaient aussi vieilles que ce monde, couvertes par de lourdes tapisseries qui vantaient les héros d'antan le longs des murs de pierre et de bois. A la suite de l'agent, il pénétra dans une salle aussi sobre que somptueuse et il se glaça lorsqu'il se trouva face à Rasmus, Azog, et Vidalinn, ce dernier abordait un visage sombre au regard contrarié.
— Bilbo, sais-tu pourquoi tu es ici ?
Il déglutit et, sur la défensive, il resta muet, sans forcément vouloir se montrer provoquant, mais peu enclin à ramper aux pieds de Rasmus qui le sondait intensément.
— Bilbo, ne résistes pas, s'il te plait.
C'était Vidalinn qui venait de parler d'une voix douce, sans se préoccuper des regards désapprobateurs que les deux autres lui envoyèrent. Il avait planté ses yeux dans ceux de Bilbo, tâchant de lui partager tout le soutient nécessaire et le hobbit s'y accrocha avec gratitude, mais il resta silencieux. Il craignait que la moindre de ses paroles soit compromettantes et, plus que satisfaire Vidalinn, il refusait de mettre Thorin en danger.
— Hobbit, s'il s'avère que tu es du côté des nains…
L'historien retint un souffle tremblant, avant de parler d'une voix plus assurée qu'il ne l'était réellement :
— Je ne suis pas du côté des nains. Mais j'ai peur de ne pas pouvoir vous renseigner à leur sujet. J'étais leur prisonnier et ils n'ont rien partagé avec moi.
Vidalinn tiqua. Le descendant elfe connaissait suffisamment bien Bilbo pour être capable de lire en lui comme dans un livre ouvert, mais il sembla être le seul à déceler le mensonge et, au plus grand soulagement de Bilbo, il n'intervint pas. Seul Rasmus reprit d'un ton ennuyé :
— Tu as déjà assuré avoir traduit des textes pour eux, de quoi s'agissait-il ?
— Beaucoup de poèmes… Rien qui ne soit d'une grande valeur historique…
— Il se fout de notre gueule.
Le soupir exaspéré d'Azog fit frémir Bilbo qui déglutit en baissant les yeux, et Rasmus répondit avec un sourire cruel :
— C'est ce que je pense aussi… Vidalinn, je suis navré, mais je vais te demander de sortir d'ici.
Le blond écarquilla les yeux avec effarement, avant de se tourner franchement vers Rasmus, le cœur figé par l'effroi :
— Que comptez-vous lui faire ?
— Ce que l'ont fait aux traitres qui refusent de partager des informations capitales…
— Des informations dont nous n'avons aucunement besoin ! Il était leur prisonnier, que voulez-vous qu'il nous apprenne ?
Instinctivement, Vidalinn s'était placé entre son petit-ami et les deux autres qui le toisaient dangereusement. Le plus petit voulu lui demander de s'écarter et de ne pas se mettre en danger pour lui, mais il remarqua la lueur dangereuse qui flamboya dans le regard de Rasmus lorsque celui-ci susurra avec patience :
— S'il n'a rien à nous dire, alors il devient inutile…
Azog, comprenant le sous-entendu, dégaina son arme avec amour, lançant un regard provoquant à Vidalinn qui se glaça et qui tenta faiblement :
— Il n'est pas inutile… Il est le seul à pouvoir lire le Khudzul…
— Vraiment ? Azog, rappelle-moi encore une fois ce que nous ont appris les hommes de Stirnir qui s'occupent de la surveillance du clan rebelle de Dale…
Avec un sourire gourmand, le grand orc planta son regard cruel dans celui de Bilbo en assurant d'un ton velouté :
— Les rebelles auraient récupéré deux jeunes nains en cavale… L'un d'eux, grand brun de plus de soixante-dix ans, sait apparemment parler et lire le Khudzul et ressemble fortement à celui qui nous a glissé entre les doigts il y a une quarantaine d'années…
Bilbo ne put empêcher un frisson glacé de couler entre ses omoplates, soudain effrayé par l'idée qu'ils aient remis la main sur Kili. Et la réaction de Vidalinn, interloqué, ne calma pas ses craintes :
— Serait-ce le fils de Liam et Lili qui réapparait enfin ? Après tout ce temps, je le pensais mort !
Le sourire de Rasmus s'agrandit et il se tourna vers Bilbo, figé, pour répondre d'une voix suave :
— Cela ne fait aucune doute… Mais le mieux, c'est celui qui se fait passer pour son frère : Un jeune blond dont le profil ne nous est pas inconnu non plus… Mais peut-être que je divague, n'est-ce pas ? Ce serait étrange que les deux derniers descendants de Durin VII, seigneur d'Erebor, d'Ered Mithrin et de la Moria se retrouvent aux pieds des portes d'Erebor à peine quelques jours après la trahison de notre petit linguiste préféré…
Il laissa sa phrase en suspens et le silence blanc de Vidalinn fut suffisant pour confirmer ce que Bilbo savait déjà : il était profondément dans la merde. Et le souffle sans appel de Rasmus lui donna soudain envie de pleurer :
— Sort d'ici, Vidalinn. Le sort de ce hobbit ne te concerne plus.
Il le vit hésiter, un bref instant, mais le blond n'insista pas et, rapidement, il se tourna vers le plus petit pour prendre son visage en coupe et parler avec urgence :
— Pourquoi ne parles-tu pas, Bilbo ? Tout redeviendrait comme avant…
Vidalinn semblait sincère et le hobbit déglutit, franchement tenté par l'idée de livrer tout ce qu'il savait et s'échapper de cette promesse de cauchemar imminente, mais, alors qu'il se perdait dans les yeux bleus qui le sondaient, il revit ceux, plus poignants, de Thorin et il ne parvint pas à se décider à dire le moindre mot, exaspérant Azog qui eut un rire narquois :
— Mon pauvre Vidalinn… Les rumeurs sont donc vraies… Entre toi et Thorin, ton hobbit a fait son choix… Et il l'assume… Il est temps que tu te trouves un autre jouet… Un qui ne se détournerait pas de toi pour un nain…
Le regard du blond se fit tranchant, intimidant Bilbo qui n'eut même pas le reflexe de réfuter. Après tout, Vidalinn décelait immédiatement ses mensonges… Tout comme il lu l'affirmation dans son silence, et un éclat indéchiffrable passa dans ses yeux heurtés alors qu'il se détournait lourdement.
— Je vois… S'il en est ainsi…
Sous un sourire supérieur d'Azog, il tourna les talons, laissant derrière lui Bilbo, qui tâcha de rester brave, malgré l'effroi qui lui vrillait les tripes à l'idée de se retrouver seul face aux deux agents, sans parler de la culpabilité qu'il ressentait à trahir ainsi Vidalinn, surtout lorsque celui-ci se montrait si déterminé à le défendre.
Mais, à peine avait-il fait un pas que le blond porta vivement sa main à son arme et, dans un tournoiement mortel, il fit face à Azog, tirant une seule balle.
— Sache, pourriture, que Bilbo n'est pas un jouet ! Pour personne !
L'orc, qui avait dégainé au moment où il avait sentit la menace, poussa un feulement de douleur lorsque sa main fut transpercée par le tir, et il n'eut que le temps de lever les yeux pour voir Vidalinn mettre Rasmus en joue.
— A genoux, tous les deux !
Pris par surprise et menacés par l'un des meilleurs combattants de la GITM, ils n'eurent d'autre choix que de s'agenouiller au sol en fusillant le descendant elfique des yeux. Celui-ci fit un discret signe à Bilbo et le hobbit, après une brève hésitation, s'approcha des deux A.S. pour leur prendre leur armes, tandis que Rasmus sifflait dangereusement :
— C'est une décision que tu regretteras amèrement, Vidalinn…
— Je regrette déjà de ne pas avoir fait ça plus tôt…
Bilbo revint vers lui pour lui donner l'un des deux pistolets, gardant l'autre dans la main alors qu'il suivit Vidalinn qui se dirigea à reculons vers la sortie.
— Passez cette porte, et aucun de vous ne verra le soleil se coucher se soir.
La menace sifflée par Rasmus fit apparaître un sourire provoquant sur les fines lèvres de Vidalinn qui fit sortir Bilbo devant lui afin de verrouiller la porte, enfermant les deux A.S à l'intérieur. Ils se hâtèrent ensuite hors des locaux, dirigés par le soldat qui connaissait par cœur les horaires et passages de ronde des agents de sécurité. Toutefois, il ne se passa pas dix minutes avant que les alarmes retentissent et le blond poussa un juron en pressant le pas.
Ils empruntèrent les anciennes galeries qui couraient sous la ville, et, tout en marchant rapidement, Vidalinn pianotait sur son Smartphone, s'assurant de brouiller les agents de la GITM en envoyant différents codes rouges sur le réseau, désactivant les alarmes et le système de sécurité, dont il avait la charge, jetant les agents dans la confusion la plus totale.
Ils sortirent dans la ville peu de temps après et Bilbo se laissa guider par le plus grand qui posa sa veste sur ses épaules pour cacher le sang qui le couvrait, avant de rejoindre les rues piétonnes pour se mêler dans la foule, abondante en cette chaude après-midi.
La ville n'était pas très grande, mais elle pullulait de recoins cachés et d'innombrables voies de passage pour sortir du cœur de la cité, pour qui voulait disparaître sans mal. Bilbo et Vidalinn, à l'instar de beaucoup d'amants de Fondcombe, connaissaient beaucoup de cachettes et, naturellement, ils se faufilèrent dans les sous-sols non ouverts au public, mais qu'ils avaient déjà fréquenté assidument pour des raisons peu avouables.
Ils arrivèrent dans une petite caverne naturelle dans laquelle paressait un affluent du Bruinen, le fleuve emblématique de Fondcombe, et Vidalinn s'arrêta, avant de pousser un juron sec, face à la rivière et le dos tourné à Bilbo, qui se mordit la lèvre inférieure, extrêmement mal à l'aise.
Ce que venait de faire Vidalinn pour lui… Il s'en voulait tellement d'avoir douté de lui d'après les mots acerbes de Thorin, tout comme il ne parvenait pas à comprendre comment, ni pourquoi, son cœur, qui avait brulé si ardemment à la moindre évocation de son petit-ami avant qu'il ne rencontre ce satané nain, restait aujourd'hui totalement indifférent, malgré ce qu'il venait de faire.
Vidalinn n'avait jamais été un grand romantique, ni même le genre de personne à s'accrocher à la valeur des mots ou bien des actes, ce qui avait, de nombreuses fois, amené Bilbo à douter de son amour et, pourtant, au vu de l'attitude qu'il avait envers lui depuis qu'Azog l'avait récupéré, les choix qu'il venait de faire, le doute n'avait absolument plus sa place.
Le seul problème, c'était que la première chose à laquelle pensa le hobbit maintenant qu'il était à peu près assuré de s'en sortir la vie sauve, était la meilleure manière de retrouver son foutu ennemi qui l'avait plongé dans la merde jusqu'au cou, et le prévenir des plans d'Azog.
Mais il reprocha immédiatement à ses pensées de voler vers Thorin alors que celui qui était censé être l'amour de sa vie était, enfin, à ses côtés, et qu'il venait de tourner le dos à la GITM, pour lui.
Avec un sourire tendre, il s'approcha du plus grand, jusqu'à poser ses mains sur ses flancs, les laissant ensuite glisser sur l'abdomen pour enlacer le blond tandis qu'il se pressait contre son dos en inspirant son odeur. Elle n'était pas la même que celle de Thorin. Plus fruitée, plus douce… sauvage elle aussi, mais dans une autre mesure. Une nouvelle fois, il se reprit, refusant de penser à Thorin maintenant, encore moins pour le comparer à Vidalinn, surtout que celui-ci se retourna pour l'enlacer à son tour en parlant gravement :
— Ca s'est fait doucement et de manière insidieuse, mais la GITM est devenue ce contre quoi j'avais juré de me battre… Nous allons nous rendre aux Havres Gris…
— Les havres Gris ? Pour quoi faire ?
— Retrouver Salia et… convaincre quelques uns de ses… amis, à me rendre un petit service…
Bilbo fronça les sourcils en s'écartant du plus grand, un pli de contrariété ourlant le coin de ses lèvres :
— Salia, ton ex ?
— C'est quoi le problème ? Tu ne vas tout de même pas me faire une crise de jalousie maintenant ? Surtout pas après ce que tu as… Bref.
Vidalinn s'approcha pour lui caresser gentiment la joue, et Bilbo détourna le regard sombrement :
— Ce n'est pas ton ex, le problème… Je ne veux pas aller aux Havres Gris…
— Bilbo… Tu seras en sécurité là-bas… C'est l'un des seuls endroits où la GITM n'est pas libre de droit…
— Ils savent où est Kili…
— Pardon ?
Bilbo avait parlé trop doucement pour que Vidalinn l'entende distinctement, mais le hobbit prit une respiration déterminée avant de lever les yeux pour accrocher le regard du blond :
— Je dois prévenir Thorin ! Je ne laisserai pas la GITM s'emparer de Kili pour me remplacer !
Vidalinn haussa un sourcil effaré et il retira subitement ses doigts qui caressaient la joue de Bilbo, comme si la peau l'avait brulé :
— Tu te préoccupes des nains ? Tu ne penses pas en avoir déjà assez fait pour eux ? Ils ne valent pas mieux que la GITM !
— Ils ne sont pas mes ennemis !
— Quoi alors, tes amis ?
Vidalinn avait craché ses mots d'un ton acerbe et Bilbo garda son aplomb :
— Oui. Du moins, quelques uns d'entre eux. Dont Kili.
— Le fils de Liam et Lily ? Il est donc bien avec Thorin…
— Il l'a reconnu comme son fils il y a une quarantaine d'années…
Le soldat poussa une exclamation de dédain et il se détourna en parlant d'un ton implacable :
— Tu ne peux plus rien faire pour eux de toute manière. Rasmus a fait déployer ses hommes dans les Gadolah, Thorin est attendu à la porte, s'il y met un pied, il est mort et ses fils seront capturés pour régler les problèmes d'héritages...
— Je dois le prévenir !
Effaré, Bilbo sentit une chape de plomb lui compresser la poitrine à cette idée et Vidalinn lui envoya un regard tranchant et courroucé.
La même urgence, le même déni face à l'idée de la mort de Thorin, qu'il ne pouvait pas accepter, qui l'avaient poussé à intervenir face à un tir de sniper se souleva en lui et il brava le blond, une nouvelle fois. Toutefois, celui-ci, excédé, plongea sa main dans sa poche pour en sortir son SmartPhone qu'il tendit au plus jeune :
— Je t'en pris. Contacte-le, qu'on en finisse. Profites-en pour lui dire adieu une bonne fois pour toute.
D'une main incertaine, le hobbit s'empara du téléphone pour se rendre dans la messagerie. Il avait déjà envoyé beaucoup de dossiers par mail à Thorin et connaissait donc son adresse internet, mais il eut une hésitation qui ne passa pas inaperçue aux yeux du blond et l'elfe grinça des dents :
— Bilbo. Tu envoies ton message et on part, tous les deux, pour les Havres Gris.
— Je t'ai dit que je ne voulais pas aller aux Havres Gris !
— Où d'autre ? Nous sommes maintenant pourchassés par une organisation dont le réseau s'étend sur toute la Terre du Milieu. Tu ne seras en sécurité que près de moi.
— Ou Thorin…
Le regard du blond étincela face au murmure spontané et, soudainement, Bilbo fut empoigné à la gorge par une main furieuse et cloué par le regard implacable de Vidalinn qui assena :
— Ne prononce plus jamais ce nom devant moi !
— Sinon quoi ?
Ils s'affrontèrent du regard et Bilbo garda son aplomb, comprenant, alors qu'il sondait les yeux dangereux du blond, que Thorin avait, définitivement, gommé l'attrait qu'il avait eut pour le descendant elfique. C'était rageant, mais c'était un fait : le hobbit voulait retourner auprès du nain, pas seulement pour le prévenir du danger qu'il courait, et ce malgré l'amère déception qu'il avait ressentit lorsqu'il avait compris que ses sentiments ne lui était pas sincèrement retournés.
Vidalinn sembla lire dans son regard et il plissa la lèvre avec amertume, sa main sur la gorge de Bilbo se contracta, une brève seconde, puis elle le lâcha.
— Alors c'est vrai… La seule chose qu'il y a entre toi et moi, maintenant, c'est ce foutu nain ?
Bilbo déglutit, ses yeux implorants fixés sur Vidalinn qui lui tourna le dos, et il voulu le contredire, mais il baissa le visage en marmonnant doucement :
— Je suis désolé…
— Et moi donc…
Le grondement était extrêmement intimidant et Bilbo en fit un pas en arrière, incapable de se défendre davantage. Il sentait, en lui, poindre une étrange colère, contre le nain, à cause de qui quelque chose avait irrémédiablement été cassée dans sa relation avec Vidalinn, maintenant marquée de trahisons. Entre le hobbit qui en regardait un autre et l'elfe qui n'avait pas hésité à lui tirer dessus, espérer que les choses redeviennent comme avant relevait de l'utopie. C'était fini, et, même sans l'accepter encore réellement, ils le sentaient tous les deux, ne restait plus qu'à savoir de quelle manière serait posé le point final.
Un silence inconfortable s'étira puis Vidalinn, toujours face à la rivière, soupira lourdement avant d'asséner d'un ton sans appel :
— Ne vas pas imaginer que ce que je viens de faire a été fait au nom de notre amour, Bilbo. Même si, bien entendu, il n'était pas pensable que je laisse mon compagnon, du moins, celui qui l'a été pendant de longues années, se faire torturer sans intervenir… Tu as simplement été l'élément déclencheur.
Et voilà. Bilbo ne pouvait pas vraiment se montrer surpris d'apprendre que l'elfe parlait maintenant d'eux au passé, mais les faits étaient là : Il était en train de se faire plaquer, ni plus ni moins. Il chercha ses mots pour une réponse pas trop pitoyable, hésitant entre s'excuser encore une fois ou bien chercher à rattraper les meubles et supplier Vidalinn de ne pas se détourner de lui, car, après tout sa raison lui disait que la vie avec lui serait plus facile qu'avec Thorin, mais le blond tiqua, avant de se retourner pour lui faire face en le regardant dans les yeux, le laissant sans voix.
Pour la première fois, le blond lui livra son âme, sans se cacher derrière sa dureté et cette colère enfouie qui avait toujours tourbillonnée en lui. Une âme torturée et amputée, qui laissa Bilbo bouche bée.
— Il y a quelque chose que tu dois savoir, Bilbo…
Il se contenta de tressaillir, comprenant que le blond avait l'intention de lui apprendre quelque chose qu'il n'avait jamais dit à personne, et il resta muet, curieux :
— Cela fait quelques dizaines d'année que j'ai cessé de travailler pour la GITM. Du moins… Pas officiellement… Je me suis associé avec un homme, s'il l'on peut le nommer ainsi… Son véritable nom est Mithrandir, mais tu le connais aussi, Bilbo. Sous le nom de Gandalf.
Effectivement, ce nom ne lui était pas inconnu. Mais il renvoyait à un personnage plutôt excentrique qui tirait des feux d'artifices à Hobbitebourg lorsqu'il était encore enfant, c'est pourquoi il fronça les sourcils en tentant de comprendre ce que ce clown avait en commun avec l'employeur secret de son petit-ami. Ex petit-ami. Celui-ci compris son trouble et il grimaça :
— Gandalf a plusieurs couvertures, et il a toujours cru en toi… Il sait des choses… Et il est persuadé que tu auras ton rôle à jouer dans les prochains événements… Notamment l'accomplissement de la prophétie.
— Pardon ?
Sans entendre sa question, Vidalinn eut un sourire nostalgique :
— Tu n'étais pas censé travailler pour la GITM, Bilbo… Gandalf était prêt à tout pour te tenir éloigné de l'organisation lorsqu'elle a commencé à s'intéresser à toi, pour les mêmes raisons que lui… Mais, finalement, il a changé d'avis et m'a demandé de te surveiller et de lui fournir toutes les traductions que tu avais à faire. Car il n'avait pas accès aux documents de la GITM et personne d'autre que toi ou lui ne pouvait traduire ces textes.
Bilbo écarquilla les yeux et il blêmit soudainement, avant de demander d'une voix blanche :
— Tu veux dire que… Si tu es sorti avec moi, c'est simplement sous ordre de-
— Non. Bien sur que non ! On n'avait pas prévu que je craque pour toi…
Il ne mentait pas, Bilbo put le lire dans son regard et il serra les lèvres en le sondant.
Il ne l'aimait plus, non, il le sentait au fond de lui. Mais il comprenait pourquoi il avait tant été amoureux de lui et il était, au fond, ravi de savoir que Vidalinn n'était pas ce connard froid que Thorin lui avait dépeint. Tout ça n'avait été qu'un rôle. Un rôle odieux, une couverture nauséeuse, mais son Vidalinn était bien aussi noble, voire plus, que ce qu'il avait toujours pensé.
— Mais ce boulot me rendait malade, surtout depuis que j'ai à te mentir sur le véritable aspect de mes missions ou bien à propos de ce qu'il advient de nos découvertes et de tes travaux… Et je sais qu'on ne sort pas si facilement de la GITM, j'attendais une occasion pour partir… Surtout que je ne voulais pas que tu pâtisses de ce choix…
— Vid…
— Beaucoup de combats nous attendent, tous les deux… que l'on parte chacun de notre côté ou bien que l'on reste unis, la paix ne nous sera pas accessible tant que la GITM sera….
Il soupira et se tourna vers Bilbo pour le considérer d'un regard glacial :
— Ca me fait mal… Mais je n'ai pas envie, en plus de tout ça, de me battre contre Thorin pour une chose qui m'échappe… Si tu le choisies, lui, alors dégage d'ici et ne cherche plus jamais à me contacter. Je te suis reconnaissant pour ces années que nous avons vécu ensembles, mais je ne veux pas de toi si tu soupires auprès d'un autre, encore moins si cet autre est ce connard de nain, qui, au final, m'aura vraiment tout pris. Et que tu sois avec lui n'apaisera pas mon désir de vengeance, au contraire.
Sans voix, Bilbo ne sut que répondre et il se contenta de fixé bêtement Vidalinn, qui récupéra son portable, avant de plonger une main dans la poche arrière de son pantalon pour en sortir deux petites cartes SD, continuant de parler de ce ton polaire :
— Récupérer ta tablette aurait éveiller les soupçons, mais j'ai transféré l'intégralité des données qui y étaient sur cette carte… La deuxième, c'est la tienne, j'ai dupliqué les infos de la Moria pour en garder une copie, ainsi que les différentes traductions de Thorin que tu as enregistrées… A son insu, je suppose…
La glace fondit légèrement lorsqu'ils échangèrent un étrange sourire complice et Bilbo prit les deux cartes qu'il mis soigneusement dans une poche fermée. Il allait parler à son tour, mais Vidalinn lui attrapa soudain l'épaule saine et, violement, le jeta au sol.
Une détonation retentit et, presque immédiatement, une balle siffla au dessus de lui. Le blond sortit ses deux armes et répliqua aussitôt, touchant mortellement l'agent de la GITM qui venait de les débusquer et qui tomba au sol dans un râle d'agonie.
Il échangea ensuite un bref regard avec le hobbit, avant de désigner du menton l'une des galeries naturelles qui menaient hors de la ville :
— Sors d'ici, Bilbo. Retrouve ton nain et puisses-tu lui pourrir la vie correctement… C'est tout ce que je lui souhaite.
— Que vas-tu faire ?
— Régler quelques comptes… Pars, maintenant, avant que d'autres arrivent.
Bilbo acquiesça et se dirigea vers le couloir, mais il ne fit quelques pas, avant de faire demi-tour pour enlacer le blond :
— Merci pour tout, Vid…
— Fais gaffe, je peux toujours changer d'avis et te ramener avec moi, de force s'il le faut, aux Havres Gris…
Ils se séparèrent dans un rire léger et, avant de partir, Bilbo embrassa brièvement les lèvres du blond, puis celui-ci le repoussa et, avec un dernier regard, le hobbit disparu, laissant le soldat qui, sans perdre de temps, se baissa pour poser quelques mines au sol avant de prendre une autre voie, gardant ses deux armes en main et une lueur dangereuse dans les yeux.
oOo
— Tu ne sais rien d'autre ?
— Non… je vous jure que je vous ai tout dit !
— Bien… Dans ce cas…
— Non ! Pitié, ne-
Mais, sans frémir, Thorin abrégea la vie de l'agent de la GITM qu'il venait de questionner de manière musclée et il se redressa en serrant les poings. Les nouvelles n'étaient pas si terribles, lui qui s'était préparé à entendre dire que Bilbo était enfermé dans les salles de tortures, très difficilement accessibles, il le savait pour avoir eu besoin de longs mois pour en sortir Kili, il apprenait que son hobbit s'était enfui avec l'autre connard de Vidalinn. Ca, c'était la moins bonne nouvelle.
Mais Thorin était ravi d'apprendre que l'historien n'avait pas encore connu un sort innommable et il ne tenait maintenant qu'à lui de retrouver Bilbo et lui faire comprendre qu'il avait tout a gagner à se détourner de Vidalinn pour lui. La seule chose qui lui convenait, en ce moment, était de savoir que le blond, étant l'un des meilleurs agents de la GITM, était à même de protéger le hobbit, tant que Bilbo était à ses côtés, il était en sécurité.
Pour s'être de nombreuse fois infiltré dans la GITM, Thorin connaissait parfaitement Fondcombe, du moins, ses recoins les plus secrets et, sans hésiter, il se dirigea vers la sortie des galeries que lui avait désignées l'agent en assurant que les derniers rapports affirmaient que les deux fuyards s'y étaient engouffrés. Ces grottes naturelles connaissaient plusieurs sorties, mais Thorin estimait que lui et Vidalinn, étant de la même trempe, jouaient de la même manière et il se doutait que le soldat prendrait l'option de sortir en centre-ville, actuellement bondé de touristes et d'étudiants qui fêtaient la fin d'année, le meilleur endroit pour disparaître.
Il ne mit pas longtemps avant de rejoindre la cascade qui masquait l'ouverture et, sans surprise, de nombreux agents de la GITM s'y trouvaient embusqués, attendant, eux aussi, que les traîtres sortent.
Il eut un sourire indulgent, car, en tant que principal ennemi de Vidalinn, il savait qu'il en fallait bien plus pour menacer ce résidu elfique, et il n'avait aucun doute que le blond n'aurait aucun problème pour se débarrasser de ses anciens collègues, toutefois, il ne put s'empêcher d'intervenir et, avec tendresse, il sortit son arme.
Pris par surprise, les agents n'eurent même pas le temps de s'organiser pour se défendre face à Thorin, seulement de se mettre à couvert à l'intérieur des galeries avant de répliquer chaotiquement. Toutefois, faisant face au nain, ils tournèrent le dos à Vidalinn qui arrivait lui aussi et, en moins de cinq minutes, la quinzaine d'agent ne fut plus qu'un amas de corps chauds gisant au sol, aux pieds du soldat blond et du guerrier nain qui se firent face et se mirent en joue sans sommation.
Le temps sembla se figer, puis, d'un même geste, se jaugeant toujours du regard, ils baissèrent leur arme simultanément et Vidalinn, après une franche hésitation, parla froidement :
— Si c'est Bilbo que tu cherches, il est parti vers les montagnes.
Thorin le sonda avec méfiance tout en rétorquant sur le même ton :
— Vous vous êtes séparés ?
— Nos… Objectifs différaient…
Thorin le fixa durement, soudain inquiet à l'idée de savoir Bilbo seul face à leur ennemis, mais le blond soupira avant de se mettre à marcher pour s'éloigner :
— J'ai fait en sorte que la GITM me suive, moi, alors si tu veux bien m'excuser, je n'ai pas l'intention de perdre du temps ici. Mais tu peux rester si tu veux, ils vont bientôt arriver.
Il avait parlé d'un ton narquois et, sans attendre la réponse de Thorin, il se volatilisa. Le nain jugea bon d'en faire de même et, conscient que les agents de l'organisation étaient en effervescence, il préféra rester discret. Il savait où se trouvait la sortie dans les montagnes et il estimait que la meilleure chose qu'il avait à faire était de retourner auprès du X-16, posé discrètement à l'extérieur de la ville, gardé par Nori qui le pilotait, pour récupérer Bilbo et partir rapidement.
oOo
Merci d'avoir lu !
Juste pour dire, vis à vis du triangle avec Bilbo, Vidalinn et Thorin :
A la toute base, avant que je ne modifie complètement l'histoire, Vidalinn était le grand méchant et il n'était pas encore question d'ajouter Azog. Et il était censé être une vraie pourriture qui cache bien son jeu.
Ce qui, du coup, facilitait beaucoup les choses pour Thorin vu que Bilbo lui tombait littéralement dans les bras pour échapper à la folie de son ex que, sans surprise, il quitte sans une once d'hésitation.
Mais je me suis dit que, du coup, ça sonnait un peu creux pour la romance et je tenais vraiment à ce que Bilbo prenne Thorin par choix et non par dépit, parce qu'il préfère le nain et non parce qu'il se rend compte que son ex est un connard.(J'avoue que Thorin n'a pas fait grand chose (encore) pour le séduire, mais, parfois, on ne choisit pas qui on aime, ni pourquoi).
Pour les news : Je n'ai pas été opérée, mais j'ai été rapatriée, donc je suis en France pour une semaine et ça va déjà mieux !
Merci beaucoup pour vos reviews, je voulais publiée plus tôt, mais avec tout ça, plus un problème de connexions, ce n'était pas possible.
