— De quelle prophétie s'agit-il, exactement ? Je n'en avais jamais entendu parler…

Assis sur le promontoire qui surplombait la ville de Dale, sur lequel le mini-explorer était posé, les quatre nains discutaient pendant une pause bienvenue, après avoir tenu l'ascension sans halte. Dis haussa les épaules en grignotant un fruit et elle répondit vaguement à Kili :

— Elle est vieille et oubliée… Floue et incomplète car fruit de plusieurs traductions et simplement racontée dans les milieux très conservateurs… Du moins, la partie qui concerne les nains…

Elle fit une pause, avant de réciter laborieusement, de tête :

— «Et les Eredîm endormis,
Reconnaitrons leurs rois,
Quand les deux derniers enfants de Durïn,
Abreuveront de sang le Trône d'argent . »
— Les Eredîm ?
— Noms donnés aux Royaumes réunifiés sous Durïn VII : Ered-Mithrin, Ered-Luïn, associé aux mines de Khazad-dûm et Erebor.

Kili fronça les sourcils, à l'instar de Fili qui demanda brusquement, avant que le plus jeune ne puisse s'exprimer :

— Et alors, en quoi ça concerne la GITM ? Il n'y a plus rien à piller en Ered-Mithrin, qui est maintenant un repaire d'Orcs. Les Ered-Luïn sont sur le déclin et Erebor est censé n'être qu'une légende…

Le visage sombre, elle fit la moue en répondant avec prudence :

— Parce que cette prophétie parle d'autre chose encore… Ce que nous possédons n'est qu'un fragment, je le crains, qui cache quelque chose dont nous n'avons pas conscience mais qui a été perdu. Du moins… Officiellement… Une chose que la GITM convoite.

Les deux frères échangèrent un regard perplexe sans comprendre, et Kili détourna les yeux, nerveux :

— En quoi… Ça me concerne, moi ? Je ne suis pas un enfant de Durïn…
— Bien sûr que si ! Et pas des moindres !

Dis avait répondu d'un ton interloqué en lâchant son fruit pour se tourner franchement vers Kili, les yeux écarquillés :

— Tu es le fils de Lily !

Il se contenta de la regarder bêtement, apparemment incapable de faire le moindre lien entre le nom de sa génitrice et la lignée de Durïn, amenant Dis à se calmer en marmonnant pour elle même :

— Si Thorïn t'a caché ça, c'est qu'il doit avoir une très bonne raison…
— De quoi parles-tu ?

Elle sembla hésiter à répondre, et ce fut la voix chaude d'Argon, qui, ayant entendu le nom de la naine, s'immisça dans la conversation sans s'occuper du soupir de Fili :

— Lily était la descendante de Kili Ier, fils de Durïn VII, régent de la Moria. Elle a vécu en tant que rebelle à Dale plusieurs années, les ainés la connaissaient bien.
— Tu m'avais dis que tu ne savais pas de qui il s'agissait quand on a retrouvé sa trace dans l'ancienne bibliothèque.

Kili avait parlé en lui lançant un regard soupçonneux auquel le jeune nain répondit avec un sourire chaud et malicieux, s'autorisant même un petit clin d'œil :

— J'ai fait mes recherches depuis…

Le nain blond leva les yeux au ciel. Peu attentif, il n'avait pas cherché à comprendre l'échange, surtout qu'Argon parlait vraiment très vite, mais la manière dont le jeune guerrier regardait Kili et s'adressait à lui l'écœurait profondément. Toutefois, il remarqua le trouble du brun et il fronça les sourcils :

— Qu'a-t-il dit ?
— Que Kili porte le nom de son aïeul, le fils cadet de Durin VII, celui qui a hérité de la Moria.

Fili écarquilla les yeux et se tourna vers sa mère, pris de court par la révélation et il en resta sans voix, à l'instar de Kili qui resta muet, sous le choc. Les deux frères adoptifs échangèrent un nouveau regard, intense et, soudainement, Kili se leva, blême, avant de s'éloigner d'eux, à la recherche de solitude pour laisser ses pensées décanter suite à la révélation. Argon se jeta sur ses pieds pour le suivre, mais Fili lui attrapa le poignet en parlant d'un ton intimidant :

— Laisse-le, il veut être seul.

Il venait de s'exprimer dans un Khudzul simple, mais clair, soulevant les regards interloqués de Dis et Argon, qui s'immobilisa. Il lança un coup d'œil poignant en direction de Kili, qui s'était assis à l'ombre d'une aile de l'avion, les genoux remontés contre son torse, puis il se tourna vers les deux autres, méfiant :

— Vous nous aviez fait comprendre que vous ne parliez pas notre langue, tous les deux !

Fili ne prit pas la peine de se justifier et Dis, elle, haussa les épaules :

— Je n'avais pas envie de répondre à vos questions. Et puis je suis très limitée en vocabulaire, je ne suis pas bilingue comme Kili.
— Et ton accent est grotesque.

Il avait répondu franchement en s'asseyant sombrement, non sans un dernier regard en direction de Kili, agaçant la naine qui glissa discrètement à son fils qui, focalisé sur Kili, ne les avait pas écouté :

— Si un jour tu as l'occasion de le pourrir, celui là, attend que je sois là pour regarder.
— Qu'est-ce qu'il a dit ?
— Rien de particulier. Mais je ne l'aime pas.
— Et moi donc…

Encore une fois, Fili lança un regard du côté de Kili et il dût se retenir de se lever pour le rejoindre. S'il ne regrettait en aucun cas les moments intimes qu'ils avaient partagés lorsqu'ils étaient en couple, leur relation actuelle, froide et distante, le heurtait et il était prêt à donner cher pour retrouver ce lien si solide qu'ils avaient eu lorsqu'ils étaient encore frères. Pas résigné mais malheureux, il poussa un soupir qui ne passa pas inaperçu de sa mère :

— Ce n'est pas un hasard si Thorïn vous a adopté tous les deux, tu sais. Vous êtes faits pour vivre ensemble.
— Pourquoi ne nous a-t-il rien dit ?
— Que pouvait-il vous dire ? Vous êtes les derniers descendants de deux lignées brisées et sans héritage… Il a fait le choix de vous élever sans distinction tous les deux, c'est certainement la raison pour laquelle il a préféré taire vos racines mutuelles.
— Kili en a souffert… Même s'il ne l'a jamais dit.
— Mieux vaut qu'il souffre pour quelque chose qu'il ignore plutôt qu'il sombre dans la même folie que sa mère, qui était prête à tout pour récupérer son héritage perdu.
— Folie ?
— Il s'agit d'une lignée connue pour… Comment dire… Une certaine frénésie passionnée qui a amené bien de ses enfants à la démence. Et à la mort.

Fili plissa la lèvre, sans répondre, car ne se sentant pas vraiment concerné par cette rumeur, dans la mesure où Kili était vraisemblablement épargnée de cette tare. Puis, lorsque Argon fit mine de se lever à nouveau pour rejoindre Kili, il lui attrapa sèchement la ceinture pour le forcer brusquement à s'asseoir, sans un mot ni un regard. Toutefois, son aura était suffisamment menaçante pour que le jeune guerrier juge bon de ne pas tenter encore et il se tint sagement à carreau.
Dis eut un sourire ravi et elle passa une main affectueuse dans la crinière blonde de son fils, qui ruminait ses pensées et qui se crispa nerveusement sous le touché, mais, sans le sentir, elle fanfaronna joyeusement :

— Je suis vraiment contente et fière de savoir que mon fils a été élevé par Thorïn ! Personne n'aurait été plus adéquat pour vous deux…

Fili se contenta de lui lancer un regard indéchiffrable, sans répondre, gardant une attitude plutôt distante, et elle détourna les yeux, soudain mal à l'aise, reprenant d'un ton éteint :

— J'imagine que… Ça n'a pas dû être facile tous les jours pour lui… Et pour vous non plus… Vous a-t-il élevé seul ?
— Kili avait déjà une trentaine d'années quand il l'a recueilli. Pour ma part, oui, il m'a élevé seul, depuis ma naissance.

La réponse était froide. Sans vouloir reprocher ouvertement la moindre chose, Fili ne parvenait pas encore à franchement considérer cette naine comme sa mère. Génitrice, il pouvait, mais l'affection maternelle qu'il avait éprouvée pour le fantôme de celle qu'il nommait « Maman », inconnue que Thorin n'avait pas cherché à enfouir et qu'il avait, en quatre-vingt deux ans, eut le temps d'idéaliser, ne se transposait pas à cette naine dure et sauvage qui se laissait timidement découvrir.

Dis détourna les yeux en jugulant une pointe d'amertume qui jaillit en elle, jalouse de son frère, qui avait eu le privilège de voir son fils grandir et s'épanouir jusqu'à devenir ce noble nain charismatique, dont le regard portait une certaine dureté qu'elle ne pouvait ignorer. Elle se demanda par quelles épreuves était passée sa progéniture pour posséder une telle lueur éprouvée dans les yeux et elle ne douta pas un instant que la vie de Thorin, déjà chaotique et difficile, ne s'était pas calmée avec l'arrivé du nourrisson, au contraire.

Toutefois, elle eut un léger sourire amusé en imaginant son aîné aux prises avec un bébé, jouant à la fois le rôle de la mère, du père, de l'oncle et, surtout, du tuteur, celui qui permettra à l'enfant de devenir celui qu'il était appelé à être, un prince éduqué et cultivé, sage et réfléchit. Elle se demanda un instant quel genre de pupille Fili avait été, s'il en avait fait bavé à Thorin et l'avait amené à douter du choix qu'il avait fait en l'adoptant, si, adolescent, il s'était rebellé contre l'autorité écrasante de son père adoptif ou si, au contraire, il s'était démené pour le rendre fier.

— Si tu te demandes s'il me poursuivait alors que je courais tout nu dans l'appartement en refusant de mettre mes vêtements avant d'aller à l'école, la réponse est oui…

La déclaration lâchée d'une voix neutre était inattendue et elle pouffa tant la scène qui s'imposa subitement à son esprit était claire et réelle. Son rire attira l'attention d'Argon, qui la regarda sans comprendre son sursaut d'hilarité, mais elle ne s'occupa pas de lui et se tourna vers son fils en tentant d'en apprendre plus sur ce qu'elle avait manqué :

— Je pensais tout le temps à toi… Lorsque j'en avais le temps, je me demandais comment les choses seraient en train de se passer si tu étais avec moi… Comment tu te comporterais face à certaines situations… Ou ta relation avec d'autres enfants…
— J'ai été interdis de garderie après avoir planté la tête d'une enfant humaine dans le bac à sable…
— Pourquoi ?
— Elle m'avait demandé un baiser…
— L'impertinente…

Ils échangèrent un sourire complice et Dis eut un discret regard du côté de Kili avant de concéder gentiment :

— Je me doute qu'il a placé la barre très haute de ce côté là…
— Et comment… Le reste du monde paraît tellement fade à côté…
— Qu'est-ce qui vous a amené à rompre ?
— Il… Je ne sais pas trop… Des incompréhensions… Des erreurs…
— Peut-être attendiez-vous trop l'un de l'autre... Vous n'étiez pas prêts… Vous êtes tellement jeunes encore...
— Je l'ai compris trop tard…

Elle hocha la tête, semblant perdue dans ses pensées, puis un sourire distrait éclaira ses lèvres :

— Comment… Thorïn a-t-il réagit, lorsqu'il eu appris que vous étiez ensembles ?
— Tu vas pouvoir lui demander…

Fili avait répondu en se levant, à l'instar d'Argon, voyant le X-16 arriver vers eux.
Mais Dis joua nerveusement avec son arme en se cachant derrière la carrure de son fils, préparant mentalement ce qu'elle pourrait dire à son frère pour expliquer sa disparition. Elle avait demandé à Fili de ne pas le prévenir par téléphone de sa présence, si Thorïn devait découvrir qu'elle avait en réalité survécu, elle préférait que ça vienne d'elle.
Ils rejoignirent Kili près du mini explorer pour laisser la place à l'engin que Nori posa sur la petite piste improvisée, non sans quelques difficultés à cause des différences de pressions qui empêchait l'avion de se stabiliser correctement.

Lorsque Bilbo sortit, en premier, du X-16, un sourire sincèrement ravi étira les lèvres de Kili qui s'avança sur le hobbit afin de l'étreindre chaleureusement. Fili savoura un instant la mine franchement contrariée qu'Argon eut à cette vue, avant de s'avancer à son tour pour saluer l'historien, puis il accueillit Thorin dans une étreinte chaleureuse et ravie.

— C'est quoi ça ? Depuis quand les nains sont-ils aussi familiers avec ces… Gens ?

En arrière, Argon lorgnait Bilbo avec effarement et, à côté de lui, Dis se contenta de lui lancer un regard dédaigneux. Son attention était portée sur les joyeuses retrouvailles entre Thorïn et ses deux fils adoptifs, et se retrouver ainsi à l'écart, une ombre, lui donna l'impression d'être poignarder cruellement par une insidieuse et glaciale douleur plus vive encore que le deuil de son enfant.
Fili n'était pas mort, non. Il n'était plus ce fantôme sans visage de l'enfant qu'elle avait porté de longs mois avant qu'il ne lui soit arraché prématurément.

Fili n'était tout simplement pas à elle. Son fils, pour qui elle était une étrangère, une inconnue, avait grandi sans elle, s'était épanoui sans elle et le pire, dans tout ça, c'était qu'il ne semblait même pas la regretter.
Savoir que l'amour qu'il était censé lui porter, à elle, était réservé à Thorïn, et non un ou une autre, la soulageait légèrement, elle préférait ça plutôt qu'apprendre qu'il avait été élevé par la GITM ou des inconnus, mais les faits restaient tout de même douloureux. Elle avait un fils, oui, qui n'était pas le sien.

— Dis ?

Elle tressaillit lorsque la voix qu'elle pensait avoir oubliée s'adressa à elle d'un ton médusé et elle se concentra à nouveau sur la réalité pour se trouver confrontée au regard gris de son frère. Elle baissa les yeux en haussant piteusement les épaules, sans savoir quoi dire, mais, remarquant que son ainé ne semblait pas tomber des nues, elle déduisit d'une voix sans émotion :

— Je suppose que le hobbit a déjà évoqué notre rencontre… Je suis désolée, Thorin… Je ne savais pas q-

Mais elle ne put terminer sa phrase, car le plus vieux la pris dans ses bras avec un sourire sincère

— Je suis heureux de te savoir en vie, petite-sœur…

A son tour, un sourire heureux éclaira son visage.
Puis, sans prévenir, elle se mit à pleurer.

oOo

— Le hobbit n'a pas sa place parmi nous ! Nous n'attenterons pas à sa vie tant qu'il ne souille pas ce lieu de sa présence ingrate !

Les nains… A force de côtoyer Thorïn et sa compagnie, Bilbo avait presque oublié le racisme primaire et obtus qui caractérisait une bonne partie des membres de cette race infernale. C'est pourquoi il ne chercha même pas à discuter et, sans un mot, il sortit de la vieille tente sous laquelle se tenait le conseil des nains de Dale.

Le Soleil était actuellement à son zénith et la chaleur était étouffante et accablante, l'air brulant était quasi irrespirable. Bilbo savait que les conditions dans ces montagnes étaient difficiles, mais il ne s'était pas douté que ce serait à ce point là.

— La météo est très changeante ici, ce temps ne durera pas…

Surpris, Bilbo se tourna vers Fili qui venait de lui parler distraitement, assis à l'ombre d'un figuier, non loin d'une petite source qui apportait une fraicheur bienvenue. Sans un mot, le hobbit vint s'asseoir à côté de lui et le blond reprit en le regardant franchement dans les yeux :

— Je suis désolé… Pour… Tu sais…

Il mima le coup de poing qu'il avait donné à l'historien le jour de leur rencontre et Bilbo eut un sourire, avant de concéder gentiment :

— J'ai l'intuition qu'il me faudra un jour te remercier pour ça… Pourquoi ne participes-tu pas au conseil ?
— Je ne comprends pas tout et…
— Argon t'insupporte…
— Le mot est faible.

Bilbo fit la moue et il posa lourdement sa tête contre le muret chaud derrière lui, écoutant distraitement la conversation qui filtrait de la tente suffisamment clairement pour qu'il entende chaque mot employé.
Le hobbit découvrait que Thorin était bien plus à l'aise en Khudzul à l'oral qu'à l'écrit. Il parvenait à comprendre sans difficulté ses cousins des montagnes à qui il s'adressait dans un langage formel teinté d'un accent que l'historien ne pouvait s'empêcher de trouver fascinant. D'ailleurs, le simple fait d'entendre Thorïn parler dans cette langue aux syllabes gutturales, qui mettait en valeur cette sublime voix si grave, séduisait Bilbo bien plus que de raison et il se demanda pourquoi le nain lui avait caché une telle maitrise de l'oral. Mais, au fond, il se trouva idiot de ne pas l'avoir deviné plus tôt, Thorïn lui ayant dit qu'il connaissait les parents de Kili, des gens qui, apparemment, ne parlaient pas le langage courant, la déduction était simple. Surtout que, en tant que roi, il se devait de parler la langue de son peuple. Au moins un minimum.

En tout cas, à l'instar de Kili, découvrir une nouvelle personne capable de parler aussi bien le langage courant que le Khudzul suffit à faire preuve d'autorité sur les nains des montagnes qui écoutèrent le petit-fils de Thror exposer la situation sans chercher à le remettre en question.

Par contre, prudent, le hobbit n'avait pas décroché un mot depuis qu'il était là. Il avait suffisamment vu de guerriers et mercenaires nains très conservateurs se mettre dans une colère noire si il venait à utiliser leur langue sacrée lorsqu'il parlementait pour la GITM. C'est pourquoi il préféra cacher sa connaissance du Khudzul, laissant à Kili, Thorin et Dis le soin de dialoguer sans leur souffler le vocabulaire qui leur manquait. Surtout que lui, il était plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral.

— Que disent-ils ?

Curieux, Fili écoutait lui aussi la conversation, comprenant grossièrement, et le hobbit consentit à traduire simplement :

— Thorin leur explique actuellement la situation de la GITM et affirme que c'est le moment où jamais pour frapper l'ennemi. Stirnir est dans les montagnes et observe nos moindres faits et gestes, mais les nains vivent ici depuis bien plus longtemps et ils ont le net avantage du terrain… Le prendre à revers serait un jeu d'enfant et cela imputerait grandement la GITM, qui a déjà du mal à se remettre du départ de Vidalinn…
— Mais si on attaque maintenant… Il nous faudra ensuite tenir la porte quatre mois, jusqu'au jour de Durïn, à quoi cela nous servira t-il ?

Bilbo haussa les épaules. Il n'était pas un tacticien, lui, et il n'avait jamais été mis dans le secret militaire de la GITM, il ne savait absolument pas quelle était la meilleure chose à faire maintenant et il remettait toute sa confiance en Thorïn. Sans répondre, il écouta la conversation pour la reporter le plus fidèlement possible au prince blond :

— Khaenïn, leur chef, explique qu'ils ont des soldats expérimentés et entrainés, habitués à combattre la GITM, qui sont actuellement en vadrouille dans les Montagnes. Ils ont été rappelés et arriveront ici d'un moment à l'autre, pour réorganiser leur force et prendre les ordres de Thorïn.
— Ils comptent donc nous venir en aide…
— Ça en a tout l'air.

Fili sembla pensif un instant, mais il fit la moue en remarquant simplement :

— Vidalinn, les nains rebelles des Montagnes, sans parler du Gondor qui commence à prendre des mesures contre elle… La GITM compte de plus en plus d'ennemis, et pas des moindres… Ses prochains jours seront durs…
— J'espère que ce seront les derniers…

Fili acquiesça sombrement, puis il sursautèrent tous les deux lorsque la notification sonore, caractérisant l'arrivée d'un mail, sonna sans prévenir et Bilbo attrapa sa tablette en haussant un sourcil surpris :

— Manquait plus que ça, ils ont la 4G ici…
— Ces montagnes sont pleines de surprises. Qui est l'expéditeur ?
— Vidalinn…
— Tu lui manques déjà…

Fili avait répondu en s'étirant mollement tandis que Bilbo, nerveux, chargeait le mail, expédié par son ex, un mauvais pressentiment se répandait en lui avant même d'en lire le contenu :

« Azog arrive aux Gadolah avec ses garnisons d'Orcs. Ce sont les clans bannis des terres du Nord, ils connaissent ces Montagnes. Et ils sont nombreux et très lourdement armés.
Je me fous des nains ou de Thorïn, mais, pour toi, je ne donnerai qu'un conseil : Fuyez, tant que vous le pouvez.
PS : N'oublies pas que, tant que tu viens seul, les Havres Gris te seront toujours ouverts.»

Fili avisa le visage soudain blême du hobbit et, sans un mot, l'historien lui fit lire le mail, un sentiment d'effroi lui comprimant la poitrine. Il entendit Fili jurer et se lever, lui arrachant sa tablette des mains, pour pénétrer dans la tente et prévenir Thorïn, laissant le hobbit se tenir sagement à l'entrée.
Il put observer la manière dont le regard du grand nain s'aggrava en étudiant le mail, avant de le résumer en Khudzul pour les leaders de Dale, taisant l'expéditeur et le post-scriptum.
Bilbo fronça ensuite les sourcils lorsqu'il vit Thorin s'emparer de la tablette pour pianoter rapidement dessus et la curiosité faillit prendre le pas sur la crainte qu'il avait des rebelles. Mais il se retint de justesse de pénétrer dans la tente afin de sauter sur le petit-fils de Thror pour lui arracher l'écran et voir ce qu'il avait répondu à sonex.

— Puis-je savoir qui est votre interlocuteur ?

Khaenïn avait parlé d'un ton suspicieux, mais Thorin balaya la question d'une voix autoritaire :

— Quelqu'un qui fait actuellement trembler la GITM… Et qui pourrait bien, finalement, se révéler être un allié non négligeable…

Le respect avec lequel Thorïn parla de Vidalinn surprit Bilbo, qui était conscient que dire ce genre de chose coutait certainement au roi. Celui-ci s'approcha de l'ouverture de la tente pour rendre sa tablette à Bilbo et ce dernier ne put s'empêcher de s'éloigner afin d'ouvrir immédiatement l'historique de la boîte mail tandis, que Thorïn revenait face aux membres du conseil qui discutaient bruyamment : l'arrivé d'Azog remettait beaucoup de choses en question.

Le hobbit fronça les sourcils lorsqu'il lu la réponse concise du roi nain, qui avait, en fait, simplement envoyé son numéro de téléphone, sans même prendre la peine de signer le mail. Il grimaça en se disant que, effectivement, Vidalinn et Thorïn semblaient vraiment bien se connaître et il était certain que, dans moins de quelques secondes, le premier appellerait le deuxième et, pour une fois, aucune insulte ne sera échangée. Ou presque.

Ce qui ne manqua pas d'arriver, car Thorin le rejoignit à l'extérieur de la tente, tenant dans sa main son téléphone qui vibrait en affichant un numéro non répertorié. Numéro que Bilbo connaissait par cœur.
Le plus grand prit le hobbit par le bras pour l'emmener avec lui à l'écart puis il répondit, enclenchant le haut parleur, sans formalité :

— Combien sont-ils ?
— Trop pour ton petit groupe de montagnards…
— J'ai d'autres alliés aux Monts de Fer… Et la GITM est actuellement à terre, grâce à toi… Nous pouvons l'empêcher de se relever…
Nous ?
— Toi et moi.

Silencieux, Bilbo haussa un sourcil et il ne fut absolument pas surpris d'entendre le rire clair et moqueur de son ex, qui, après un court silence, répondit d'une voix incisive, sombre et menaçante :

— Saches une chose, Thorïn : Si jamais tu tentes, d'une manière ou d'une autre, de détruire la GITM, tu me trouveras sur ton chemin.

Le nain et le hobbit échangèrent un regard surpris, pourtant, Thorïn ne perdit pas son aplomb et il continua :

— Ils veulent pourtant ta peau…
— Certes. Mais ils ne sont pas prêts de m'avoir, alors que toi… Mal placé et mal entouré… je suis simplement déçu de savoir que je ne suis pas celui qui te choppera…

Le regard de Thorïn étincela, et ce fut Bilbo qui répondit, les sourcils froncés :

— Je ne te comprends pas, Vid… Entre le procès qui la décrédibilise aux yeux des humains, toi qui a toutes les cartes en main pour la détruire de l'intérieur et nous qui sommes prêts à l'amputer de Stirnir et peut-être même d'Azog, si tu nous aides… La GITM est prête à être réduite à néant ! Tu ne veux pas mettre un terme à ses abominations ?

Un court silence lui répondit, puis Vidalinn reprit d'une voix polaire :

— Non. La GITM doit être. Ce que beaucoup trop de monde ignore, c'est que, outre le travail qu'elle fournit sur les sites archéologiques, cette organisation est actuellement la seule chose capable de contenir les légions d'orcs qui vivent au Nord du royaume d'Ered Mithrin. C'est elle qui bride la volonté destructrice d'Azog… S'il vient à rompre la muserolle que Rasmus lui a mise, ce serait une catastrophe pour les peuples libres de la Terre du Milieu… Cela fait un moment que les orcs ont arrêté de combattre avec des arcs et des épées, et vous n'avez pas idée de leur nouvelle force de frappe… Je considère personnellement les nains comme un dommage collatéral…

Bilbo écarquilla les yeux, totalement surpris par cette annonce froide tandis que Thorin retint magistralement un juron bien pensé qu'il aurait sans doute craché à la face de cette pourriture de Vidalinn, s'il n'était pas certain que celui-ci était essentiel dans leur lutte contre la GITM. Toutefois, il se reprit avant de demander posément :

— Dis moi, Vidalinn, cette force de frappe que possède Azog… Vaut-il mieux la voir entre les mains de Rasmus ? Ou bien livrée à elle même ?
— Comment ça ?
— Si la GITM perd le procès à Minas Tirith, et que les Hommes lui retirent sa si chère légitimité… Que fera Rasmus ? Se laissera-t-il sagement conduire en prison après avoir dissout son organisation sans rouspéter ? Ou bien piochera t-il dans ces armes de destruction massive que possède certainement Azog ?

Un silence blanc lui répondit et, se curant négligemment les ongles, Thorin reprit :

— Alors que si on neutralise Rasmus et les dix… Seuls les nains auront à se soucier des armées orcs…

A nouveau, Vidalinn resta muet, un bref instant, avant de reprendre en hésitant :

— En quoi une telle chose t'arrangerait, Thorïn ?
— En rien. Mais, contrairement à toi, je ne suis pas un connard sans scrupule, prêt à assumer le génocide d'une race entière, alors que je suis le seul à pouvoir l'en empêcher, le tout sans en ressentir la moindre culpabilité… C'est peut-être pour cette raison qu'un certain hobbit s'est détourné de toi pour-

Ce fut la tonalité froide du téléphone qui coupa la provocation de Thorïn et Bilbo se tourna vers le plus grand, furieux :

— C'est sérieux, Thorïn ! Comment peux-tu jouer ainsi avec ce genre de chose au vu de la situation ?! Surtout que ce n'est absolument pas pour ça que je me suis détourné de lui, car de ce côté là, tu es le pire !

Le nain répondit d'un haussement d'épaule, avec un soupire ennuyé :

— Ce mec me sort vraiment par les yeux…
— La prochaine fois que tu voudras le provoquer, ne me prend pas à parti, s'il te plait !

Thorin leva les yeux au ciel et il récupéra son portable pour envoyer un SMS, sous le regard dubitatif de Bilbo :

— Tu comptes le harceler ?
— On a besoin de lui. Il a le pouvoir de neutraliser la GITM d'un claquement de doigt.
— Il ne voudra pas travailler pour toi.
— Je saurai le convaincre. Surtout que j'ai quelques arguments frappants de mon côté...

Bilbo fit la moue, croisant les bras sur sa poitrine en faisant mine de bouder, amusant Thorin qui se détourna du téléphone pour assurer négligemment :

— Bien entendu, je ne demande pas son aide par gaieté de cœur, et ça me coute déjà beaucoup, alors, s'il te plait, ne me demande pas de me répandre en politesse avec lui, c'est au-delà de mes forces…

Ce fut au tour de Bilbo d'avoir un petit sourire amusé et il se redressa en susurrant d'un ton mesquin :

— Je me demandais justement où étaient tes limites… Et je ne pensais pas qu'elles arriveraient aussi tôt…

Piqué, Thorïn entrouvrit la mâchoire, sans savoir quoi répondre et, sous le regard cuisant de Bilbo, il eut une brève hésitation, puis il poussa un soupir à fendre de l'âme et, contre toute attente, avant d'envoyer son message au mec le plus haïssable qu'il connaissait, il ajouta trois lettres, qu'il montra au hobbit avec un sourire provoquant. Celui-ci fit la moue face au simple « STP. » ajouté en fin de phrase, se demandant s'il devait se sentir flatté ou désespéré face à un tel effort.
Blasé, il leva le regard vers Thorïn, qui rangea son téléphone, pour demander d'un ton pinçant :

— Comment comptes-tu assumer les armées d'Azog ?
— Aucune idée, mais tant qu'elles sont occupées dans les Gadolah, le reste du monde n'a rien à craindre…
— Sacrifier les tiens dans une guerre inutile ne te mènera à rien.
— Aussi inutile qu'inévitable…

Ils échangèrent un regard grave, avant que le brun ne détourne les yeux en pinçant les lèvres, proposant froidement, non sans une certaine hésitation :

— Il s'agit d'une guerre qui ne te concerne pas, hobbit… Il est encore temps pour toi de quitter ces montagnes et assurer ta sécurité-
— Non.

L'intonation était catégorique, et le plus petit ne chercha même pas à se justifier, amenant un pâle sourire sur les lèvres du nain dont le regard s'adoucit alors qu'il caressa la joue du hobbit du dos d'un doigt.

— Je peux toujours t'y forcer…
— A quoi cela te servirait-il ?

D'une question provocante, il avait répondu à l'affirmation du roi qui sembla quelque peu déstabilisé et qui, après réflexion, concéda du bout des lèvres :

— J'ouvre cette guerre pour protéger, et conserver, mes biens les plus précieux… Pas pour les perdre…

La caresse sur la joue glabre se volatilisa et Thorïn se détourna pour retourner sous la tente et informer le conseil à propos des dernières nouvelles. Laissant Bilbo derrière lui, qui, malgré la gravité de l'heure, ne put empêcher un sentiment sucrée se diluer dans ses veines.


oOo

Merci d'avoir lu !

Je poste ça là en coup de vent,
J'ai eu un emplois du temps très chargé dernièrement et des problèmes d'ordi,
Alors je suis désolée, mais je n'ai pas vraiment répondu aux reviews dernièrement, mais c'est toujours aussi sympa de votre part !