— Je ne les laisserai pas t'enfermer.
— Justice doit être faite, Dwalin.

Accoudée à un balcon qui surplombait Minas Tirith, Orianne regardait pensivement les champs du Pelennor en contrebas, évitant le regard de Dwalin qui s'approcha d'elle en affirmant d'une voix dangereuse :

— Justice a déjà été faite. Combien de nains ont été assassinés, mâle, femelle ou enfant, sans que le moindre procès ne soit mené ? Sans que personne ne nous laisse le droit de nous plaindre ? Tu leur as pris deux vies, mais on ne peut même plus compter combien de nains sont morts sous le feu des humains !
— Exiger des comptes ne permettra pas de résoudre le conflit.

Elle avait répondue d'une voix frêle, mais déterminée et elle sursauta lorsque Dwalin lui prit l'épaule pour la tourner vers lui et capturer son regard :

— Ce n'est pas en t'emprisonnant qu'ils calmeront la colère des nains.
— Mais cela apaisera celle des humains et ne permettra pas à la GITM de nous traiter d'assassins en fuite… Et puis… Dix ans… Ce n'est pas si-

Elle ne put finir sa phrase car, affirmant la prise qu'il avait sur son épaule, Dwalin l'attira à lui pour réclamer ses lèvres dans un baiser exigeant. Elle se tendit d'abord, sans savoir comment réagir, mais une douce chaleur se répandit en elle, chaleur qui ne disparut pas, même lorsqu'il se sépara d'elle en lui caressant la nuque. Il la regarda à nouveau dans les yeux et elle se sentit rougir, préférant détourner le regard en bafouillant :

— Qu'est-ce que… tu…

Se sentant maladroite, elle ne termina pas sa phrase, embarrassée, et, sans savoir ce que signifiait ce baiser, elle se demanda ce que le plus grand penserait d'elle si elle en réclamait un nouveau.
Intimidée, elle leva à nouveau le regard lorsque les doigts du nain quittèrent sa gorge pour caresser son menton et, cette fois-ci, elle ouvrit franchement les lèvres pour accueillir celles de Dwalin, embrasée par sa main qui glissa dans le creux de son dos. Timidement, elle l'enlaça en l'embrassant à son tour, se demandant soudainement si elle serait capable de vivre dix ans dans une maison d'arrêt sans pouvoir gouter à ce genre de chose jusqu'à satiété.

— L'audience reprend dans cinq minutes !

La vieille voix de Gandalf surprit Orianne qui se sépara brusquement de Dwalin, le regard fuyant, mais celui-ci, d'une pression sur sa taille, la garda près de lui en sondant le vieil avocat :

— Mon cousin est-il arrivé ?
— Il est déjà à la barre des témoins… Mais d'autres membres de la GITM sont là aussi… rien n'est encore joué…
— Et pour Orianne ?

Le plus vieux lança un regard désolé à la jeune naine qui resta pressée contre Dwalin et il répondit à regret :

— Le verdict a été rendu… Mais, je pense que jamais vous n'auriez pu espérer vous en sortir avec moins que ça pour le meurtre d'une femme et son enfant…
— Nous en sommes conscients et je vous remercie pour la manière dont vous m'avez défend-
— N'y a t-il pas moyen d'alléger la peine ? Nous possédons une demeure à Minas Tirith, peut-être pourrait-elle bénéficier d'une liberté conditionnelle…
— Je peux tenter de convaincre le juge… Mais cela ne se fera sans doute qu'après quelques années de prison…

Le plus grand poussa une exclamation de rage tandis qu'Orianne baissait piteusement les yeux, appréciant le contact de la main de Dwalin sur sa taille. Ils n'auraient pu espérer peine plus minime, et, pourtant, cela lui semblait insurmontable, bien qu'elle se garda de le faire savoir.
Sans un mot, ils suivirent Gandalf à l'intérieur du tribunal, déterminés à continuer leur guerre juridique contre la GITM, avec l'aide, plus en plus nombreuses, de différents nains qui affluaient à Minas Tirith pour défendre Orianne. Elle représentait maintenant, aux yeux de la race, leur combat contre l'injustice perpétrée contre eux et beaucoup étaient prêts à l'enlever pour lui éviter les prisons humaines.

oOo

— Orianne est condamnée à dix ans de prison…

L'information, annoncée d'un ton froid par Thorïn qui venait à peine de recevoir le SMS de Dwalin, jeta un blanc parmi les quelques nains de sa compagnie présents dans les Gadolah, assis en cercle sur les épais tapis de la grande tente qui leur était confiée, et Nori se leva en fronçant les sourcils :

— Laisserons-nous faire une chose pareille ?
— Un sacrifice qui ne sera pas vain… La captivité d'une naine par les humains, répondant de crimes commis par et contre le GITM… Cela embrasera la colère des nains depuis trop longtemps persécutés et amènera les humains à revoir ce qu'ils pensent de nous, et de la GITM… Et, surtout, cela leur donnera l'impression que justice est faite pour tous les crimes dont ils nous accusent… Un bouc émissaire, en quelque sorte…

Le silence qui suivit cette déclaration fut plus intense encore que le précédent et ce fut la voix inquiète de Bilbo qui le rompit :

— Thorïn ?

Médusés, tous regardaient leur leader en se demandant s'il pensait sérieusement laisser Orianne aux mains des humains pour obtenir plus de crédibilité dans sa guerre contre la GITM, et le plus grand soupira en croisant les bras, les provoquant du regard :

— Les dés sont jetés pour Orianne. Se rendre à la justice humaine était son choix, personne ne l'y a contrainte, et c'est en temps que naine libre qu'elle a pris cette décision. L'enlever de force réduira à néant ce sacrifice qu'elle s'inflige pour sa race. S'il avait été question d'enfermement à perpétuité ou de peine de mort, mon discours n'aurait pas été le même… Mais dix ans… C'est ridiculement peu au vu du crime qui lui est imputé et de la longévité de notre race.
— Donc… Tu vas la laisser croupir en prison ? Ce n'est qu'une gamine ! Une jolie naine de surcroit, accusée d'avoir tué un enfant humain et portant sur ses épaules tous les tords reprochés à sa race ! Aura-t-elle la moindre chance d'en sortir sans traumatisme ? D'en sortir tout simplement ?

La voix de Bilbo s'était aiguisée sous la surprise, incapable, lui, d'accepter une chose pareille et Fili, Kili et Nori semblaient du même avis, car tous s'étaient levés pour faire face à Thorïn. Le brun inspira lourdement, puis il se redressa à son tour pour répondre calmement :

— Elle a une chance, oui, une seule. Il s'agit de Bilbo.

La surprise figea le hobbit, tandis que les regards des autres nains vinrent sur lui pour l'étudier avec curiosité, se demandant, eux aussi, en quoi l'historien pouvait bien se montrer utile, et Thorïn reprit avec un sourire en coin :

— S'il parvient à convaincre Vidalinn de témoigner en faveur d'Orianne… Et de dire la vérité sur les agissements de la GITM durant le procès.

L'annonce laissa le hobbit bouche bée. Toutefois, il se reprit et, après une brève inspiration excédée, il regarda le brun dans les yeux :

— Je peux te parler ? Seul à seul ?

Le nain ne dit rien, mais il consentit à suivre Bilbo à l'écart et celui-ci ne perdit pas de temps avant de souffler furieusement :

— Vidalinn n'est pas notre jocker, Thorïn ! Il ne nous viendra en aide que s'il y trouve un réel intérêt !
— Ce que tu es…
— Si tu me demandes de le séduire pour obtenir de lui tout ce que tu veux, je te préviens, Thorïn, que je repars avec lui !

De manière inattendue, l'annonce ne laissa pas le plus grand indifférent et celui-ci pinça les lèvres en étudiant gravement l'historien :

— Ce n'est absolument pas ce que je te demande. Je pense simplement que ta voix aura plus d'impacte auprès de lui que la mienne…
— Mais que veux-tu que je lui dise ? Rien ne pourra le convaincre de se rendre à Minas Tirith et s'exposer à la GITM simplement pour permettre à une naine d'éviter si peu de temps en prison !
— Ho que si… Parce que si la GITM tombe sur le terrain de la justice, elle l'emmènera dans son sillage. Il n'a pas les mains propres et les nains réclameront sa tête… S'il se rend, il est mort, s'il fuit, il restera à tout jamais un criminel… Mais s'il défend Orianne et se bat ouvertement contre la GITM, il pourra nettoyer son image.

Bilbo haussa un sourcil et il fit une moue contrariée, avant de résumer placidement :

— Donc… Tu me demandes de le menacer…
— Pas la peine… Il est déjà conscient de tout ça… Tout ce qu'il faut, maintenant, c'est qu'il sache que si jamais il décide de réclamer la place qui lui est due, celle de Rasmus… Il aura le soutient de la famille royale naine… Intégralement. Mais seulement s'il consent à se battre de notre côté, dans toutes nos luttes.

Encore une fois, Bilbo resta surpris par la proposition du nain et, méfiant, il demanda en fronça les sourcils :

— Je… Je pensais que… tu le détestais…
— C'est le cas. Mais, malheureusement, je suis forcé d'admettre que sa trahison a mis la GITM à genoux… Tout comme je suis conscient que, s'il le désire, il peut la détruire… Une collaboration avec lui n'est pas dénuée d'intérêt, au contraire…

Bilbo hocha la tête, se demandant, encore une fois, pourquoi diable son cœur s'était détourné d'un mec aussi badass que Vidalinn, et Thorïn continua :

— Et, surtout, ce qu'il nous a partagé, à propos des troupes d'Azog, est aussi inquiétant que l'organisation qui tient les rênes… Le mieux serait que Vidalinn en prenne la tête. C'est peut-être un connard, mais lui au moins, il a un truc qui ressemble à des principes… Et la légitimité de prendre la place de Rasmus.
— Je me demande vraiment ce que je te trouve à côté de lui…

Il avait distraitement parlé à voix haute, se voulant piquant, mais Thorïn lui répondit d'un sourire dangereux enrobant une voix basse et envoutante. Le genre de voix qui lui donnait l'impression que ses entrailles se liquéfiaient :

— Veux-tu vraiment le savoir ?

Leur regard s'accrochèrent et, encore une fois, Bilbo put lire une multitude de choses indéfinissables dans ces yeux profonds, étourdissants et magnétiques. Ce regard pour lequel il s'était damné. Il ressentit soudain l'envie, ou, plutôt, le besoin, de plonger ses mains dans la crinière sombre veinée d'argent afin de l'embrasser à perdre haleine, mais il était pétrifié, comme une proie face à un serpent et, soudain, le plus grand se détourna en parlant d'un ton mesquin :

— Et puis… Si jamais il se rend à Minas Tirith, il y a toujours cette petite chance qu'il se fasse assassiner par les agents de Rasmus… Maintenant, si tu veux bien…

Avec courtoisie, Thorin lui mit son téléphone dans les mains avant de s'éloigner pour rejoindre les autres, à l'extérieur de la tente.
Les nains rebelles de Dale comptaient, en plus de ceux qui vivaient actuellement dans les ruines, une centaine de combattants dangereux et implacables qui terrorisaient la région et qui venaient tout juste d'arriver dans la ville. Ils attendaient maintenant de rencontrer Thorïn, tous avides du sang de la GITM dont les méfaits ne leur étaient pas inconnus.

Pas vraiment désireux de parler avec Vidalinn, surtout pas pour céder, encore une fois, à un caprice de Thorïn, Bilbo se contenta de lui écrire un long message concis. Puis, conscient que le nain ne manquera pas de le lire, même s'il tentait de le faire disparaître, il s'amusa à le signer d'un mot doux qui, il le savait, ne ferait ni chaud ni froid au descendant sylvestre, mais avait de fortes chances de contrarier Thorïn.

Rangeant le téléphone dans sa poche, il sortit à son tour et se sentit immédiatement mal à l'aise en constatant que le lieu était maintenant blindé de guerriers rustres et méfiants qui le regardèrent passer avec un regard, au mieux, incrédule, au pire, dédaigneux, voire ouvertement inamicale.

— C'est donc ça, l'animal de compagnie de notre roi ?
— Pas mal, pour un glabre…
— Sa vie ici n'est qu'en sursit…

Les remarques avaient été faites à voix haute sur son passage, en Khudzul, qu'il n'était pas censé maitriser, et c'était la raison pour laquelle il les ignora et se hâta de retrouver Thorïn. Il n'avait pas vraiment envie de rester seul au milieu de ces sauvages et pas plus pressé de leur donner une bonne raison de s'en prendre à lui.
Malheureusement pour lui, il tomba nez à nez avec un soldat roux dont le visage farouche ne lui était pas inconnu et il se figea, à l'instar du nain qu'il avait déjà rencontré, maintenant qu'il s'en rappelait, dans les locaux de la GITM, les cellules, pour être exacte. Le juron silencieux qu'il poussa se mua en un glapissement étouffé lorsque le guerrier, d'un coup brutal, le jeta à terre avant de le montrer du doigt en dégainant son arme :

— Celui-là travaille pour la GITM !

La déclaration poussée d'une voix forte interpella Thorïn, qui discutait plus loin avec les anciens, et le roi, soudain inquiet, se tourna vers l'origine de l'altercation, pâle.

Au sol, Bilbo se pétrifia d'effroi en sentant le danger qu'il courait maintenant, au milieu de ces guerriers furieux et prompts à distribuer la mort. Le regard rivé sur son agresseur, il hésita à parler pour prendre sa défense, au risque de lever plus encore la colère des nains qui l'accuseraient de souiller leur langue avec sa voix d'étranger. Toutefois, Dis fut bientôt près de lui et l'aida à se remettre sur pied, épaulée par Kili, Nori, puis Fili, qui firent face aux autres nains sans broncher.

— Ce hobbit est avec nous.
— C'est un espion !

Thorïn arriva à son tour et se plaça, sans un mot, à côté de Bilbo. Sa présence amena le calme parmi les guerriers, mais celui qui avait bousculé l'historien, Elfassi, ou un nom du genre, selon la mémoire du plus petit, ne décoléra pas et se dressa face au roi :

— Je ne mens pas ! Il est de la GITM et est accouplé avec ce connard de Vidalinn ! C'est lui qui leur livre tout notre savoir et qui vole nos données ! Regardez !

Avec la chaleur, Bilbo ne portait que sa chemise sur lui et le guerrier l'attrapa au col avant que Thorin n'ait pu intervenir, pour l'ouvrir brusquement et découvrir ainsi son torse, marqué sans ambiguïté par le signe de l'organisation ennemie.

Un brouhaha s'éleva alors et beaucoup de nains dégainèrent leurs armes pour les mettre en joue tandis que Thorïn et Fili, d'un même geste, récupérèrent Bilbo pour le cacher derrière eux.

— Il ne travaille plus pour la GITM ! Ce hobbit est notre allié maintenant !

D'une voix forte, Dis fit écho à l'affirmation implacable de Thorin et les deux enfants de Thraïn firent un pas en avant, intimidants et provoquants. Les nains de Dale n'osèrent pas lever la voix contre leurs seigneurs et un calme tendu s'installa tandis que les anciens se frayaient un chemin pour venir aviser eux-mêmes de la situation.

Bilbo en profita pour lancer un regard inquiet du côté de Kili, qui n'avait pas décroché un mot depuis que sa chemise avait été retirée et qui regardait la marque d'un œil catastrophée, son regard faisant de rapides aller-retour entre le torse de Bilbo et son propre poignet, orné du même signe.

— Qu'est-ce que… Ca veut dire ?

Il leva son regard effaré pour plonger dans celui, inquiet, de Bilbo, les yeux emplis de doutes et de questions, mais la déduction se fit rapidement dans son esprit et le hobbit put voir de quelle manière son visage blêmît dangereusement.

— Hem… Thorïn ? Je crois qu'on a un problème…
— Oui, de taille, j'avais remarqué, merci. Mais je pense que le mieux serait que tu te taises et que tu nous laisses régler ça sans intervenir.
— Je parle de Kili.

A ses mots, Fili et Thorïn, d'un même geste, firent volte-face et comprirent immédiatement de quoi il était question en voyant le plus jeune suffoquer, son regard hanté rivé sur la marque que portait le hobbit.

— Emmène-de dans la tente, je m'occupe de Bilbo et je vous rejoins ensuite.

Fili obéit sans un mot et, son frère adoptif dans les bras, il fendit la foule pour retrouver le calme, à l'écart. Puis Thorïn se tourna vers Khaenïn en le gratifiant d'un regard dangereux, sa voix grave modulait à la perfection les syllabes gutturales de l'antique langage qui semblait avoir été créé pour lui :

— Ce hobbit est, effectivement, un espion. C'est par lui que nous avons pillé une importante quantité de données de la GITM, car c'est à l'insu de cette organisation qu'il a travaillé pour nous ces derniers temps… Et, aussi, il maitrise le Khudzul et notre histoire mieux que quiconque ici…

Cette information ne sembla pas plaire à tout le monde et, à nouveau, un brouhaha outré s'éleva, mais le roi continua, plus menaçant :

— J'en prends l'entière responsabilité. Si quelque chose vous dérange chez lui, c'est avec moi qu'il vous faudra traiter. Et avant de prendre la moindre décision le concernant, sachez qu'il sait où est Khazad-dûm et qu'il est peut-être l'unique personne de cette Terre capable de pénétrer dans l'ancienne ville et accéder au sanctuaire de Durïn…

Bilbo haussa un sourcil en se disant que le roi le surestimait peut-être un peu sur ce coup là, mais cette dernière déclaration suffit à calmer les guerriers nains qui se tournèrent vers Khaenïn en attente de son verdict. Le vieux nain étudia longuement Bilbo avant de souffler d'une voix dédaigneuse :

— Le hobbit appartient à sa majesté. Tant qu'il ne porte pas préjudice aux gens de notre race et ne souille pas nos sanctuaires de sa présence, il sera toléré parmi nous. Mais sa mise à mort sera exigée au moindre écart.

Bilbo leva discrètement les yeux au ciel. Il n'était pas censé avoir compris la sentence et savait que le plus intelligent serait de s'y plier, c'est pourquoi il se retint de justesse de crier qu'il n'appartenait à personne, encore moins à ce nain abominable qui sembla bien trop heureux d'en rajouter une couche en attrapant sa taille avec possession et qui, joueur, prit la peine de traduire en langage commun, susurrant à son oreille :

— Tu as entendu ? « Le hobbit appartient à sa majesté »…
— Tu rêves.

Cependant, entendre cette voix si grave affirmer une pareille chose le rendit bizarre et il ne chercha pas à se défendre lorsque Thorin lui prit le poignet pour l'entrainer vers leur tente en s'excusant auprès de leurs hôtes. Il se laissa guider sans rouspéter car, après tout, il préférait rester avec lui qu'avec ces sauvages.

Lorsque le grand nain pénétra à l'intérieur, Kili, sans prévenir, vint sur lui le poing fermé et le frappa violemment au visage, surprenant Dis, Fili et Nori qui se pétrifièrent, hésitant à intervenir. Furieux et le regard noir, le jeune brun se dressa face à son père adoptif en crachant méchamment :

— Qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi tous ces secrets, Thorïn ? Pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de mes parents ? De mon ascendance ? Ni même de ça ?

Sa voix aggravée par la colère, Kili montra sèchement son poignet, comprenant, enfin, ce que signifiait cette marque maudite qui avait été gravée dans sa peau au fer blanc. Thorin le sonda sans broncher, puis son regard survola les nains présents, comme s'il hésitait à leur demander de quitter les lieux. Mais il accrocha celui, tout aussi curieux, de Fili et il soupira avant de concéder gentiment :

— Assieds toi, Kili, ça risque d'être long.

oOo

— L'autre salope s'est prise 10 ans de prison. Le verdict est rendu et elle va morfler de toute manière, que devrais-je faire de plus ?
— De une, tu ne discutes pas mes ordres, Heljar. De deux, je me fous totalement de la naine. Mais le procès a soulevé quelques questions dérangeantes à notre propos…
— La belle affaire… Pourquoi ne pas faire comme d'habitude et verser quelques billets au juge et aux magistrats ?
— Parce que la quasi-totalité des nains de la compagnie de Thorïn se trouve à Minas-Tirith… C'est l'occasion de… frapper une bonne fois pour toute, si tu vois ce que je veux dire…

Heljar haussa un sourcil ennuyé, son regard, fou et instable, était concentré sur ses doigts qui grattaient distraitement le bois de la table tandis que Rasmus lui tourna le dos pour s'approcher d'une ouverture lumineuse en ajoutant :

— Surtout que Mithrandir est là-bas aussi… Il est temps de faire taire ce chien une bonne fois pour toute…
— Ce n'est qu'un vieillard sur le déclin, il s'éteindra tout seul…
— Cet homme est un vieillard depuis bien trop longtemps pour que ce soit anodin…

Heljar fit une moue peu intéressée et, se balançant adroitement sur un seul pied de sa chaise, il demanda nonchalamment, la folie qui noyait ses pupilles reconnaissant Rasmus comme leader restait sagement en retrait, laissant l'AS communiquer avec lucidité :

— Et pourquoi moi ? Azog et Stirnir ont le droit d'aller casser du rebelle dans les montagnes et moi je dois me coltiner les gamines et les vieillards ? A défaut de m'amuser, j'y gagne quoi ?

Le regard de Rasmus, qui ne tolérait pas que le moindre de ses ordres soit discuté, étincela dangereusement et il se retourna pour faire face à l'AS qui n'eut même pas la décence de se sentir menacé, s'il possédait seulement le moindre instinct de survie. Toutefois, sans rebondir sur la question de son agent le plus insolent, le leader eut un sourire parfaitement cruel et il s'approcha en ronronnant :

— Tu peux garder la gamine en paiement, je me suis dit qu'elle t'intéresserait…

Encore une fois, l'AS fit une grimace ennuyé, pas vraiment appâté et il répondit paresseusement :

— En quoi ? Les naines ou les filles qui se débattent, c'est plutôt le truc de Stirnir… Moi, ça ne m'intéresse pas.
— Mais celle-là est spéciale… Elle plait particulièrement à un certain guerrier nain qui n'est pas étranger au meurtre de ton frère… Et qui se trouve, lui aussi, à Minas Tirith en ce moment même…

Cette fois-ci, Heljar perdit toute la nonchalance qui le caractérisait et il se jeta sur ses pieds, laissant la chaise se fracasser au sol bruyamment, pour faire face au leader, le regard, cette fois-ci, totalement dominé par la démence qui régissait son corps depuis de nombreuses années :

— Que dois-je faire, exactement ?


oOo

Merci d'avoir lu !

Quelques révélations dans le prochain chapitre;
(D'ailleurs, le suivant a encore un peu de place, alors faites moi savoir si vous vous voir quelque chose de spécial à ce stade du récit, je verrai ce que je peux faire)

Gros gros merci et bisous à tous les reviewers (j'ai pas répondu à tous faute de temps, mais je publie en avance à la place)