— Il s'agit d'une guerre qui date de plusieurs centaines d'années et qui oppose les nains aux orcs, chaque race s'accuse mutuellement d'avoir volé les territoires de l'autre. Cela remonte à l'accord des Havres Gris, qui a été signé, comme vous le savez, en l'an 0 de cet âge, et qui établit une armistice entre la race des orcs et toutes les autres, cessant, enfin, la longue guerre multi millénaire qui avait ravagée la Terre du Milieu jusqu'alors. Mais les orcs possédaient alors l'Ered Mithrin, important bastion de la race naine, et ceux-ci ont demandé à récupérer les droits de ces montagnes. Ce sont les humains, et la GITM, qui ont fait justice et qui ont proposé des accords, qui n'ont convenu à personne, si bien qu'une tension grandissante a-
— Abrège.

Bilbo, à qui on avait proposé de poser le contexte pour mieux expliquer les événements qui avaient pris la vie de Liam et Lili, s'était, encore une fois, égaré dans les méandres de l'histoire naine, qu'il avait assidument étudiée ces derniers jours, au point de remonter près de 2 700 ans auparavant, mais il fut rappelé à l'ordre par Thorïn qui l'écoutait d'une oreille distraite. Et l'historien reprit en grommelant :

— Okay… Ce qui a donc amené un conflit ouvert entre les nains et les orcs, qui, eux, avaient le soutient de la GITM – ce qui explique la rancœur des nains contre cette organisation-. Les enfants de Durïn réussirent à reprendre l'Ered Mithrin par la force, après de longs siècles de combats, et ils le gardèrent durant environ mille cinq-cents ans, malgré les attaques répétées des clans du Nord. Jusqu'à l'attentat à l'encontre de la famille royale, en 2 570.

Bilbo fit une pause, puis, après une franche hésitation qui interpella les autres, il souffla du bout des lèvres :

— Perpétré par Azog et soutenu, en secret, par la GITM…

La dernière phrase eut son lot d'exclamations surprises de la part des auditeurs, et même Thorïn fronça les sourcils, enfin captivé par le récit :

— Qu'es-tu en train de nous dire, Bilbo ? D'où tiens-tu tes informations ?

Le hobbit déglutit et il baissa les yeux en marmonnant :

— De Vidalinn… Il ne peut pas se rendre à Minas Tirith car Rasmus est prêt à tout pour le faire taire… Mais cela fait quelques années qu'il est en contact avec un certain Mithrandir, qui témoigne à sa place lors du procès et qui fera bientôt savoir au monde entier tout ce que je vais vous dire maintenant…

A l'insu de Thorïn, il avait eu une longue conversation avec son ex, qui lui avait révélé certains des faits les plus obscures de la GITM, et il reprit son exposé d'une voix plus hésitante, le regard fuyant pour éviter celui, soudain perçant, du nain :

— Il y a une ancienne prophétie Khazad qui assure le retour des enfants de Durin VII pour régner sur les royaumes nains réunifiés, par eux, renaitra la puissance, la richesse et la grandeur des anciens royaumes de Durïn… Entre autre… Une prophétie à laquelle la GITM a donné crédit surtout lorsque… Les fils de Thraïn ont grandi, ressemblant tout deux aux seigneurs de jadis… Pensant que Thorïn et Frérin étaient les enfants de la prophétie, ils ont utilisé la colère des orcs pour manipuler les clans du Nord, et ils leur ont fourni les moyens nécessaires pour renverser Thror, en 2 570. Le marché était simple : En échange des deux princes, les orcs recevaient Ered Mithrin en toute légitimité.

Dis et Thorïn, qui avaient vécu le massacre, étaient maintenant pâles et silencieux, mais Bilbo continua :

— Cette première attaque fut un échec pour la GITM, même si cela a permis aux orcs de récupérer le royaume, car une partie de la famille royale avait survécu et leur avait filé entre les doigts. Et, surtout, la mort de l'un des deux enfants, Frérin, victime de la fureur aveugle des orcs, marqua l'avortement de la prophétie… Puis Thror choisit de se réfugier aux Montagnes Bleues, chez ses cousins. C'est d'ailleurs là que Thorin et Dis rencontrèrent Liam et Lili, fille du souverain de Belegost.

Il accrocha rapidement le regard du grand nain qui confirma d'un hochement de tête avant de prendre la parole à son tour tandis que Bilbo, ayant fait sa part, s'asseyait.

— Effectivement. Nous avons retrouvé et vécu avec tes parents, Kili, avant que les orcs ne s'en prennent aux nains des Montagnes bleues, trente ans plus tard. Deuxième attentat qui a vu la mort de Thror et la totalité de la famille royale de Belegost, exceptée Lili… Je n'ai plus eu de nouvelles d'eux depuis, nous avons tous été séparés, réduits à la conditions de nains errants et traqués…

Son regard était planté dans celui de son fils adoptif, qui l'écoutait avec attention raconter ces événements qui s'étaient déroulés plus d'une centaine d'années auparavant.

— Durant le siècle qui a suivi, nous avons eu beaucoup à faire, entre défendre nos vies, notre honneur, et tenter de récupérer nos biens… Nous avions chacun nos combats à mener et la GITM montra son véritable visage de persécutrice envers notre race. Dans ce climat, tout le monde attendait l'accomplissement de la prophétie, qui devait entrainer la renaissance des Eredîms… Que tous cherchaient assidument… Que ce soient les nains, les humains ou la GITM… Mais, de tous, Lily était en tête et ses recherches arrivaient à terme, on murmurait même qu'elle avait trouvé Erebor, et dans cette montagne, la clé de l'emplacement de la Moria, son héritage… Ton héritage.

Il échangea un bref regard avec Dis, avant de reprendre, la voix aggravée par la colère que soulevaient en lui ces souvenirs :

— Dis fut enlevée soixante-huit ans après le deuxième attentat, il y a quatre-vingt-deux ans, et son enfant fut retenu par la GITM qui pensait, alors, t'élever à leur image et, par toi, réclamer Erebor.

Thorin avait parlé en regardant Fili dans les yeux et celui-ci eut un frisson, mal à l'aise, accroché aux paroles de son oncle qui révélait, enfin, les conditions de sa naissance, à l'instar de Dis qui était attentive aux mots de son frère, désireuse d'en savoir plus sur le sort que connut son fils. Mais le grand nain détourna les yeux pour parler à regret :

— Le décès de Dis fut annoncé par la GITM alors qu'elle en était à son onzième mois de grossesse… La durée de gestation d'une naine est de treize mois, et les prématurés sont extrêmement rares, dans notre race. C'est pourquoi…

Il inspira profondément, avant de reprendre gravement :

— C'est pourquoi il ne fut même pas envisagé que l'enfant eut survécu à la mort de sa mère.

Dis et Fili écarquillèrent les yeux, et ce dernier parla d'une voix blanche :

— Mais, alors… Je suis resté à la GITM ?
— Tu as vécu tes premières années avec ton géniteur et tes tuteurs, agents de la GITM, à Fondcombe.

Fili resta sans voix, horrifié, et Thorin continua :

— Lorsque j'ai appris ton existence, tu avais déjà cinq ans. Et il me fallut encore trois ans pour préparer ton enlèvement, tu étais extrêmement bien gardé… Mais aucun mal ne t'avais jamais été fait et puis… Tu étais tellement petit… Tu ne peux pas te souvenir de ça…

Fili et Dis échangèrent un regard, puis la naine déglutit en demandant timidement, après une brève hésitation :

— Et… En ce qui concerne son père ?

Thorin fit la moue, son regard accrocha un instant celui, sombre, de Kili, et il détourna les yeux en annonçant simplement, après une brève hésitation qui passa inaperçue :

— Il s'est opposé à moi lorsque je suis venu prendre Fili…

Le ton était tranchant et ne laissait aucune place au doute concernant le destin que connu le nain, mais cette annonce ne fit ni chaud ni froid à Fili. Il avait toujours considéré que ses parents étaient morts, de toute manière, et apprendre que Thorïn était celui qui avait tué son père ne le perturba pas, au contraire, car cette place que son oncle possédait, personne d'autre ne pouvait y prétendre.

— Lorsque je me suis trouvé en charge de Fili, mes priorités se sont quelque peu modifiées… J'ai rejoint nos cousins aux Monts de Fer où nous avons vécu quelques décennies, en sécurité. Quelques années plus tard, j'ai appris que Liam avait été tué quelques décennies plus tôt et que Lili venait d'être capturée, torturé, puis tuée par la GITM, laissant derrière elle un orphelin, seul dans la nature, en proie à tous ces charognards qui se sont alors battu pour te récupérer, ton savoir avec.
— Mon savoir ?
— La lecture du Khudzul, avant tout. Et la prophétie. Un enfant de cette lignée, éduqué subtilement à la manière des nains de jadis, sans esprit critique, sans repère, sans famille… Mais, aussi, ces rumeurs qui affirmaient que tu savais où se trouve Erebor avaient rendu fou plus d'un chasseur de trésors…

Kili garda le silence, mais rapidement, il baissa les yeux, mal à l'aise :

— Je ne me souviens de rien…
— Ce n'est peut-être pas plus mal.

Dis lui avait répondu gentiment en passant affectueusement sa main dans ses cheveux et Thorïn concéda à son tour :

— Effectivement. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, ni quand ni comment la GITM t'a retrouvé… S'ils t'ont eu en même temps que ta mère, ou si tu t'es retrouvé seul un moment... Je ne peux pas non plus dire combien de temps tu as passé là-bas… Je ne sais même pas quel âge tu as réellement…

Le regard toujours fuyant, Kili déglutit, sans intervenir, et Thorin continua :

— Bien entendu, la détention de ta mère, et l'assassina de tes parents, ont été tenus secrets… Quand j'ai appris qu'un enfant érudit trainait dans la nature, je ne me doutais pas qu'il s'agissait de toi… dans le sens… Le fils de Liam et Lili. Je pensais que tu étais un gamin issu d'une famille rebelle qui s'était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment…
— Comment as-tu su, alors ? Pourquoi t'es-tu intéressé à moi au point de me sauver et m'adopter ?

La question semblait agressive, provocante, comme si Kili sondait son père adoptif pour chercher à évaluer sa propre valeur et Thorïn détourna un instant les yeux, effleurant du regard le visage de Fili qui l'écoutait attentivement, avant de regarder Dis, puis Bilbo. Il resta un instant silencieux avant de concéder :

— Je ne savais pas… J'avais déjà commencé les dispositifs pour t'enlever lorsque j'ai appris la mort de tes parents, en piratant les données de la GITM. Le lien s'est imposé immédiatement, plus encore lorsque je t'ai vu pour la première fois…
— Liam avait la même bouille…

Dis avait parlé d'un ton nostalgique en sondant le jeune nain qui, entendant pour la première fois une caractéristique de l'un de ses parents, se sentit frémir. La suite, il la connaissait. Ses premiers souvenirs concernaient Fili, qui lui faisait visiter l'immense demeure de Hna-Run en commentant chacune des pièces, babillant fièrement à propos des trésors de cette vieille maison. Un long silence s'étendit, puis Kili demanda presque timidement :

— Pourriez-vous… Me parler d'eux ?

Dis et Thorïn échangèrent un bref regard, puis, sans prévenir, Dis pouffa soudainement, plaquant sa main devant sa bouche pour cacher son hilarité en se souvenant
clairement :

— Lily… Cette petite peste… Elle détestait Thorïn et lui a fait vivre un calvaire au début…
— Pourquoi ?

La question franche de Kili coupa la naine, et ce fut Bilbo qui fronça les sourcils en se souvenant d'un fait en particulier :

— Lily… N'est-ce pas la princesse à qui tu as été fiancé ?

Sa question peu assurée souleva des regards interloqués de la part des auditeurs, autant d'apprendre que Thorïn fut fiancé à la mère de Kili qu'au fait que Bilbo en sache plus sur cet aspect de sa vie privée que ses propres enfants. Le grand nain haussa les épaules en acquiesçant doucement :

— Nous avions été fiancés par nos parents alors que nous nous connaissions à peine et que nous étions encore enfants… On ne parlait même pas la même langue…
— Et c'était une vraie tigresse… Mais, au final, on a réussi à l'apprivoiser, même si elle en voulait toujours à Thorïn d'être son futur époux, elle avait compris qu'il n'était pas plus ravi qu'elle par cette union…

Il acquiesça et embraya immédiatement :

— Ce fut à ce moment que l'on a commencé à nous aventurer dans les ruines des cités de jadis, qui se trouvaient profondément enfouies sous les mines. Lily avait même consenti à nous apprendre à parler et déchiffrer le Khudzul, dans les anciennes bibliothèques. Nous nous sommes abreuvés de ces légendes naines et elle ne jurait que par la grandeur passée de nos ancêtres, qu'elle avait promis de rétablir…
— Effectivement… Elle avait une frénésie qui confinait la folie. Lorsqu'elle se mettait en colère ou qu'elle avait une idée en tête, il était quasiment impossible de la contenir et elle perdait toute lucidité.
— Comment elle a rencontré mon père ?

Avide d'en savoir plus et pressant, Kili lui coupa encore la parole mais Dis ne s'en formalisa pas et continua d'un ton nostalgique :

— Dans ces ruines, justement. Nous étions alors adolescents et il était à peine plus vieux que Thorïn.
— Il s'intéressait à l'histoire lui aussi ?

A la question naïve de Kili, Thorin eut un discret ricanement et il parla à son tour :

— Pas vraiment, non. Lui il n'était pas tout à fait un érudit, dans le genre…
— C'était un chasseur de trésors. Un vrai pirate. Roublard, analphabète, menteur, voleur et pas vraiment à cheval sur les notions de vaillance et de loyauté mais, à côté de ça, il était charmant, avait le cœur sur la main et une véritable sensibilité à fleur de peau… Lily a eu le coup de foudre au premier regard.

A ces mots, Thorin tiqua en reprenant sa sœur gentiment :

— Si je me souviens bien, elle a plutôt essayé de le tuer parce qu'il s'était emparé d'un livre de grande valeur… Et qu'il avait voulu lui revendre contre un baiser…
— Tu sais que c'est comme ça qu'elle exprimait son amour… Liam était la seule personne qu'elle essayait de tuer au moins trois fois par jour…
— Et lui était le seul capable de lui survivre… Ils allaient vraiment bien ensembles ces deux-là…

Touché par les souvenirs de ses parents qui revenaient à la surface, Kili écouta les deux plus vieux avant de demander avec curiosité :

— Et ? Vous avez rompu vos fiançailles pour qu'ils puissent s'unir ?

Thorïn grimaça en lui répondant avec patience :

— Impossible… Liam était un vagabond. Il était lui aussi issu d'une lignée ancienne dont il était fier, mais n'avait pas de sang royal dans les veines. Il savait qu'elle n'était pas pour lui, il ne l'a jamais touchée. Jusqu'à l'attentat…
— La famille royale était visée, mais il a réussi à mettre ta mère à l'abri à temps. Je suppose qu'il en a profité pour l'enlever, au lieu de la ramener à son fiancé…

Elle fit un clin d'œil à Thorïn qui leva les yeux au ciel et qui renchérit immédiatement :

— Tu es né quelques années plus tard. Sans trône et sans couronne, mais, connaissant Lily, elle a certainement mis toutes ses forces dans la recherche de la Moria pour que tu puisses en hériter…
— Elle était trop fière pour ne pas te rendre ce qui t'es dû…

Kili acquiesça distraitement à la dernière remarque, les yeux baissés, et il sursauta à peine lorsqu'une douce caresse lui effleura le dos de la main. Il soupira et, sans un mot, il ouvrit la paume, bougeant doucement les doigts pour les emmêler silencieusement à ceux de Fili qui, d'une pression tendre, lui partagea son réconfort.
Le blond le savait, de toute manière. Kili n'avait pas à lui dire à quel point le manque de ses parents le peinait, il le devinait à son silence, sans même avoir à croiser son regard.

oOo

— Rasmus sent qu'il perd le contrôle… Nous devrions nous montrer vigilant…
— Il se risquerait à attaquer la pauvre petite dizaine de nains que nous sommes, en plein cœur de la cité ?

Pinçant, Dwalin avait répondu distraitement, peu impliqué dans la conversation. Le procès avait tourné au débat, puis aux règlements de compte entre Gandalf, qui avait dans les mains les témoignages de Vidalinn, et les agents de Rasmus qui tentaient de sauver les meubles. Mais l'opinion publique n'était plus en leur faveur et Rasmus était maintenant convoqué pour répondre personnellement de ses actes. Autant dire que l'ambiance dans le tribunal était électrique en attendant que le leader des dix daigne faire le déplacement à Minas Tirith.

A l'exception de Nori, Kili et Fili, tous les nains de la compagnie de Thorin s'étaient retrouvés dans l'illustre cité gondorienne pour soutenir la jeune Orianne et la parole de leur race. Ils étaient, actuellement, dans la demeure qu'ils avaient occupés ces dernières années, malgré la mise à sac par la GITM et ils attendaient que de nouveaux témoins se présentent pour reprendre l'audience.
Gandalf haussa les épaules en parlant sombrement :

— Ne le sous-estimons pas… Je pense qu'il a des moyens que nous ignorons encore… Surtout s'il s'avère qu'Heljar est réellement sur le coup… Cette homme agit toujours en finesse, se contente d'observer de loin, puis frappe lorsque tout semble déjà joué…

D'une humeur massacrante depuis que le verdict d'Orianne était tombé et que cette dernière avait été mise en arrêt, Dwalin leva les yeux au ciel, mais après un court silence, il se tourna vers le vieillard, pressant :

— Tu as dit que tu avais maintenant les moyens de clamer l'innocence d'Orianne, grâce à l'autre connard…

Comprenant sans mal que le nain parlait de Vidalinn, Gandalf leva à son tour les yeux au ciel avant de répondre gentiment en bourrant sa pipe :

— Non… J'ai dit que j'avais maintenant de quoi demander une expertise concernant la mort des deux humains…
— Tu penses que la GITM les aurait tué dans le but d'incriminer les nains ?

Balïn, qui, jusqu'à maintenant, s'était contenté d'écouter la conversation sans intervenir, s'exclama avec une note d'espoir dans la voix, inquiet pour sa pupille, non seulement condamnée à dix ans de prison, mais, en plus totalement dévorée par les remords. Gandalf soupira légèrement, avant de répondre d'un ton qui ne se voulait pas trop dur :

— Je peux sans mal affirmer que la GITM a déjà eu recours à ce genre de méthode pour se débarrasser d'ennemis… Mais ce sont plutôt les agents supérieurs Stirnir ou même Heljar qui n'hésitent pas à tuer des innocents pour ensuite jeter le blâme sur d'autres… Jamais Vidalinn ne ferait une chose pareille malgré les tords que vous lui reprochez… Il peut se résoudre à utiliser ce genre de drame pour manipuler les médias, mais j'ai bien peur que les explosions d'Orianne soient bel et bien responsables…
— Encore des données qui ne servent à rien, donc…

Dwalin avait maugréé dans sa barbe et, sans l'écouter, le journaliste haussa les épaules :

— Demander une expertise amènera à lever de nombreux voiles sur les méthodes de la GITM…
— Je veux simplement qu'on me rende Orianne…

Le grand nain tourna le dos aux autres et s'éloigna en ruminant, la mort dans l'âme.

oOo

— Donc… Vous choisissez la confrontation armée…

Malgré le tumulte des chants de guerres qui retentissaient dans le camps rebelle, Thorïn entendit le pas, pourtant silencieux, de Bilbo qui, invité à ne pas se mêler aux nains, avait attendu le verdict du conseille à l'écart. Le plus grand soupira et rejoignit la tente qui lui était réservée, suivit par le hobbit :

— Une confrontation qui, de toute manière, devient inévitable. Nous avons plus de chances de nous en sortir ici que face à la justice des humains…
— La GITM est en train de perdre ! Si nous patientons encore un peu, la menace disparaitra d'elle-même ! Et peut-être aurions-nous l'aide des humains !

Thorïn eut un reniflement dédaigneux, se gardant de lui dire ce qu'il pensait de l'efficacité de la justice humaine qui avait – trop longtemps- ignoré la persécution de sa race par les orcs et la GITM. Et il se doutait bien que les choses ne seraient pas aussi simples… Si le Gondor inculpait l'organisation, tout ne se passeraient certainement pas comme ils le voudraient…

— C'est de la folie, Thorïn ! Cette guerre ne vous amènera pas la paix !
— Avons-nous le choix, hobbit ?

N'appréciant pas la réponse piquante du nain, Bilbo tiqua d'exaspération et s'arrêta, croisant les bras sur son torse :

— Avez-vous au moins étudié toutes les options ?
— Lesquelles ? Prendre la fuite, encore ? Leur laisser notre Montagne sans même la défendre ? Ramper pour obtenir l'aide des humains ?

Thorïn avait avancé sur lui en lui répondant d'un grondement intimidant, l'épinglant de son regard orageux et l'historien resta muet. Ils s'affrontèrent du regard mais, rapidement, le nain fit demi-tour pour pénétrer sous la tente où les attendais déjà Dis, Fili, Kili et Dori et, immédiatement, il donna ses ordres :

— Dori et Fili, j'aimerai que vous preniez le X-16 pour retourner à la Villa et récupérer toutes nos armes. Fili, penses-tu pouvoir voler ici avec l'Embraer ?

Le blond haussa les épaules en grimaçant :

— Voler, certainement, atterrir, c'est autre chose…
— Un avion de combat ne peut pas voler dans ces montagnes, Thorïn !

Dis avait répondu sèchement, les sourcils froncés, et son frère répondit sur le même ton :

— Une aide aérienne sera un atout non négligeable dans la lutte qui nous attend… Surtout que l'Embraer possède une force de frappe qui, à elle seule, peut réduire les bataillons orcs en charpie !
— Mais c'est trop dangereux ! Fili risqu-
— Fili est le meilleur pilote que je connaisse et le choix lui appartient. A lui seul.

Le ton était catégorique et Dis ne manqua pas l'éclat fier qui illumina le regard de son fils, elle en déduisit qu'il n'avait sans doute pas l'habitude d'être ainsi complimenté par Thorin, même de manière détournée, mais elle serra la mâchoire, grinçant des dents en se dressant face à son frère.
L'instinct maternel, cette chose qui lui avait été arrachée en même temps que son enfant, bouillonna en elle sans qu'elle ne parvienne à l'étouffer et une lourde tension s'abattit soudain sous la tente, troublant les autres qui n'osèrent pas intervenir lorsqu'elle se redressa en fulminant :

— Nous ignorons les moyens de nos ennemis ! Fili ne risque pas seulement le crash ! Mais il sera aussi une cible trop facile, à découvert et-
— Il est une cible, quoi qu'il arrive, Dis ! Et il est trop tard pour espérer le protéger en se contentant de l'enfermer dans un endroit sûr, s'il en existe un ! La GITM veut ton fils et le cacher n'évincera pas la menace !
— Peut-être, mais le jeter en première ligne ne vaut pas-
— Ca suffit ! Ne me force pas à te rappeler qui s'est occupé de lui comme un père ces dernières décennies…Lequel de nous deux le connaît et le considère comme son propre enfant…

La réplique était glaciale et dure. Très dure. Ce fut comme si la température baissa soudainement de quelques degrés dans la salle et aucune des personnes présentes sous la tente n'osa faire mine de s'intéresser à la querelle au sujet de Fili qui, tout le monde s'en était douté, devait arriver à un moment ou à un autre…
Même le blond, objet de la dispute, se contenta de faire profil bas, cherchant avant tout à comprendre et gérer ses émotions…
Sa mère, une inconnue, se faisait du soucis pour lui… Au point de tenir tête à Thorïn, qu'il avait toujours considéré comme un symbole d'autorité sans faille… Au point de chercher à le protéger de la GITM en le refoulant en arrière alors que Thorïn n'avait jamais hésité à le confronter au danger qui, de toute manière, était inévitable… Thorïn…
Lui aussi se faisait du soucis, à voir ses réactions sèches, mais nerveuses… Dictées par la peur. Peur de le perdre en tant que fils, peur de devoir s'effacer pour laisser, enfin, sa sœur reprendre ses droits. Il n'était pas prêt à cela, c'était trop soudain.
Fili était son fils, personne ne le lui prendrait.
Personne d'autre que lui n'avait le droit de s'inquiéter pour sa sécurité, ni même de chercher à y pourvoir, personne d'autre que lui n'avait l'autorisation d'être fier de ses exploits et personne d'autre que lui ne pouvait le connaître aussi bien… Pas même Dis, sa propre sœur, la mère de celui qu'il considérait comme son enfant.
Il connaissait ses forces et ses failles, il connaissait son courage et sa fierté. Ses doutes et ses émois…

On n'avait pas le droit d'interdire à Fili de combattre en première ligne. On n'avait pas le droit d'espérer le soustraire à une guerre qui le concernait et laisser d'autres combattre à sa place pour le protéger. On n'avait pas le droit de le forcer à se cacher en affirmant que sa sécurité passait avant la vie de ses amis et de sa famille. Non. On n'en avait pas le droit. Surtout si on ne l'avait pas vu grandir, si on ne l'avait pas aidé à s'épanouir et si on n'avait pas contribué à l'éclosion de cet esprit si noble.

Voir le visage maintenant fermé et peiné de sa sœur lui faisait mal. Très mal. Mais, maintenant que la mère de celui qu'il considérait, quoiqu'il arrive, comme son fils, venait de refaire surface, il découvrait en lui un amour et une possessivité paternelle qu'il avait, jusqu'alors, ignoré posséder.

De son côté, Kili ruminait sombrement. Il sentait une jalousie amère poindre en lui. De Fili, que Thorin ne semblait pas prêt à céder, pas même à sa propre mère, preuve d'un attachement réel et sincère. De Dis, aussi, qui revendiquait des craintes et des réserves qu'il se retenait d'émettre lui aussi, concerné d'un côté par le sort du plus vieux, mais incapable de le clamer à voix haute au point de lui rappeler qu'un vol dans ces montagne, en situation de combat en plus, pouvait s'avérer fatal.

Lui et Thorin n'étaient maintenant plus les seuls à se soucier de Fili, tout comme il était clair que, malgré son statut d'étrangère aux yeux de son enfant, Dis était maintenant prête à tout pour lui. C'était comme si elle avait retrouvé la vie, et une nouvelle raison de la garder, depuis que son fils lui avait été rendu. Même si le blond ne semblait pas s'en rendre compte, Kili, lui, avait bien remarqué de quelle manière le regard de la naine ne s'apaisait que lorsqu'il croisait celui de Fili, comment elle se mettait imperceptiblement sur la défensive à la moindre menace à son encontre et la façon dont elle se tendait s'il n'était pas en vu trop longtemps.

Des petits gestes discrets et insignifiants que seuls Kili et Thorïn avaient relevés et, même s'ils tentaient de les acceptés en admettant que c'était normal et que le blond méritait de recevoir l'amour que Dis avait pour lui, il n'en restait pas moins qu'ils craignaient tous les deux de perdre l'exclusivité du blond. Surtout que celui-ci rechignait de moins en moins à apprécier la présence de la naine, au contraire.


oOo

Merci d'avoir lu !

Je pense que nous sommes dans une phase de transition en ce moment, histoire de bien placer le décor, mais ne vous inquiétez pas, l'action arrive et quand elle sera là, on n'aura pas de répit pour un bon moment :p

J'espère que ça continue de vous plaire !

Merci pour les reviews !