— Kili, voici Aska, elle est la fille de Khaenïn, ma tante… Mais je la considère plutôt comme une sœur.

Sortant de ses pensées dans lesquelles il s'était exilé depuis que Thorin et Dis lui avaient parlé de ses parents, Kili se retourna pour saluer la naine aux cheveux argentés dont le bout des mèches viraient au noir, à la peau pâle et aux yeux charbons qui venait vers lui. Aska… Cela voulait dire « Cendre » en Khudzul et il fallait dire que ce nom était adéquat avec ce profil atypique.

— Argon m'a beaucoup parlé de vous, j'avais hâte de vous rencontrer.

Argon leva les yeux au ciel en passant une main gênée dans sa tignasse et Kili se contenta de relever avec surprise, faisait le lien :

— Mais… Si ta tante est la fille de… Ca veut dire que toi, tu es le petit-fils de Khaenïn ?

Il avait parlé au plus jeune qui haussa les épaules en acquiesçant, avant de s'asseoir à côté de lui, sur un petit muret qui surplombait les ruines, trop proche selon Kili qui se hérissa. Attaché à sa liberté et sa bulle personnelle, il n'appréciait pas que qui que ce soit s'y invite de la sorte et il se tendit en se disant que, au moins, sur ce point là, jamais Fili ne s'était montré grossier ou maladroit. Le blond sentait toujours la limite et savait déterminer les humeurs du plus jeune, devinant quand il était invité à s'approcher ou, plus rarement, quand Kili lui préférait la solitude.

Toutefois, sans percevoir le malaise de son interlocuteur, Argon posa une main sur son épaule pour s'approcher plus encore et glisser à son oreille, n'essayant pas de se montrer discret :

— Aska a des questions à te poser, concernant ton oncle…

La naine, âgée d'une centaine d'années à peine, rougit fortement et sa mâchoire se décrocha :

— Argon ! Je t'avais dit de ne pas lui parler de ça ! Surtout que ce n'est pas le roi qui m'intéresse.

L'autre rigola et Kili en profita pour se lever et s'éloigner en concédant gentiment, devinant aisément de quoi il était question :

— Navré, mais Thorïn ne consomme pas au féminin…

Elle haussa les épaules en marmonnant simplement : « Comme les trois quarts des nains », faisant sourire Kili qui acquiesça en l'étudiant discrètement.
Elle avait l'air gentille, elle était la fille de Khaenïn, donc issue d'une lignée importante, s'il avait bien compris, et n'était pas désagréable à regarder malgré son étrange apparence. Au vue du très faible ratio naines/nains de ce camps, il se dit qu'elle était certainement très convoitée, mais n'avait pas trouvé satisfaction parmi les guerriers illettrés et brutaux qui vivaient là.
Doutes qui se confirmèrent lorsqu'elle leva ses yeux noirs et brillants d'espoir pour accrocher son regard lorsqu'elle demanda timidement :

— Mais… En ce qui concerne votre frère ?

Elle rougit et détourna les yeux, sans voir la lueur effarée qui luisit dans ceux du brun lorsqu'elle continua doucement :

— Il est si… Magnétique…

Magnétique, oui, c'était le mot. Toutefois, il avait toujours pensé être le seul à se sentir éperdument aimanté par lui et il déglutit en serrant les poings.
Cela faisait quelques jours que c'était le bordel dans sa tête et dans son coeur, il n'arrivait plus à se positionner par apport au blond depuis ce baiser qu'ils avaient échangé et dans ses veines grondait le même orage qui avait été témoin de ce dérapage.
Il sursauta lorsque, joyeux, Argon passa un bras autour de ses épaules pour répondre vivement à sa tante :

— Et tu as toutes tes chances, je peux affirmer qu'il a très bon goût !

Kili trouva le compliment envers lui, à peine caché, très lourd et il fit mine de ne pas l'avoir entendu.
Le bruit d'un moteur se fit alors entendre, celui de l'X-16 qui préchauffait et, s'excusant distraitement, il quitta les deux autres en répondant simplement :

— Celui-là n'est pas à prendre.

oOo

— Et, pour finir, je peux faire poster une dizaine de soldats spécialisés dans les armes offensives lourdes, nous avons plusieurs rockets et une mitrailleuse, sur cette épine-là. Nous couvrirons ainsi une zone importante, en plus de ce passage stratégique.

D'un doigt, le général, Eldur, présenta à Thorin plusieurs points sur la carte qui était étalée sur la table et le grand nain opina distraitement en écoutant la fin de sa présentation. Ils étaient seuls dans une habitation composée, comme les autres, de ruines sur lesquelles s'était greffée une lourde tente et la journée tirait à sa fin.

Une longue journée essentiellement consacrée aux préparations pour les combats à venir, comprenant le recensement de toutes les armes à disposition, ainsi que le nombre exact de combattants et leurs spécialités, quelques conférences sur la manière de combattre des ombres de Stirnir, ainsi que celle, plus brute, des orcs d'Azog, d'autres sur les particularités du terrain, les avantages qu'ils pouvaient en tirer et les inconvénients dont ils devaient se méfier.

En bref, une journée plutôt fatigante pour Thorin qui sentait une tension désagréable poindre en lui.
Bien entendu, les craintes émises par Dis le matin même à propos de son fils avaient un échos en lui et il devait se faire violence pour ne pas demander à ses deux enfants adoptifs de prendre le mini exploreur et partir très loin d'ici.
Mais il savait que ce serait injuste envers eux. Surtout que cela ne changerait rien. Tant que la GITM n'était pas annihilée, ils restaient en danger.

Il soupira lourdement, sans écouter le reste des explications du général qui se tut en remarquant qu'il avait perdu l'attention de son interlocuteur. Eldur serra les lèvres en sondant le plus vieux, puis il eut un sourire chaleureux :

— Votre majesté… Nous connaissons bien ces montagnes et nous avons l'avantage du terrain…
— Mais nous sommes en sous-effectif…
— Ca ne nous fait pas peur… Et les conditions dans ces montagnes sont, certes, difficiles, mais ça l'est autant pour nous que pour les ombres ou les orcs…

Thorïn acquiesça distraitement, le regard vague. Ils n'avaient plus grand chose à faire maintenant, simplement répartir les soldats aux points les plus stratégiques, et attendre que leurs ennemis daignent se montrer.
Attaquer les orcs était aisé, ceux-ci n'avaient pas vraiment d'autres tactiques de combat que foncer dans le tas et rendre les coups qu'on leur donnait.
Mais les ombres de Stirnir étaient des ennemis plutôt toxiques, le genre de combattants qu'il ne fallait surtout pas prendre en chasse sous peine de devenir proie très rapidement. Ils n'étaient pas très nombreux, mais d'une efficacité redoutable, si bien que les nains préféraient attendre qu'ils passent à l'offensive plutôt que de se risquer à les débusquer.

— Nous avons toutes nos chances… Et cette Montagne t'appartient, Thorïn, nous la défendrons…

Le passage au tutoiement fut soulignée d'une caresse appuyée sur sa main et le grand nain haussa un sourcil, avant de planter son regard dans celui du général, étudiant la nouvelle lueur qui s'y mouvait. Une lueur qui ne lui était pas inconnue, loin de là.
Elle brillait très souvent pour lui, peut-être même la seule qu'il connaissait : la ferveur de voir en lui un roi, le roi, celui qui rendrait à la race des nains sa dignité. Ferveur très souvent côtoyée par le désir. Désir de lui appartenir, d'être hissé hors du lot pour être à sa hauteur, partager son corps et son temps… Du moins, ça, c'était de la part de tous ceux qui n'étaient pas un hobbit insolent, qui se foutait totalement de son titre et qui ne le jugeait que d'après ses actes et non son sang.

Stoïque, Thorin ne broncha pas lorsque les doigts audacieux quittèrent sa main pour remonter le long de son avant-bras découvert. Il se contenta de faire mine d'étudier la proposition sans équivoque en laissant son regard errer sur le corps du nain qui s'offrait à lui, pas vraiment appâté, car, de ce côté là, il avait maintenant faim de quelque chose d'autre. Une faim que seul un historien impertinent, incommode et peu conciliant pouvait combler, mais simplement séduit par l'idée de penser à autre chose que la bataille qui se profilait et qui, si Bilbo n'avait pas compté dans l'équation, aurait à peine été réfléchie avant de succomber.

Eldur avait une bonne cinquantaine d'années de moins que lui, mais la vie dans ces montagnes avait donné une certaine dureté à ses traits harmonieux, agréables à regarder. Comme beaucoup de nains ici, il avait les cheveux noirs et la barbe courte, ce qui laissait ses lèvres fines, ourlées d'un sourire chaud, en évidence lorsqu'il s'approcha sensuellement :

— Tu n'es pas seul dans ce combat…

Aussi audacieux que l'étaient les nains rebelles des montagne, il vint embrasser sa bouche dans un baiser velouté et, encouragé par Thorin qui posa une main distraitement sur sa nuque en appréciant l'agréable diversion qui se profilait, il s'assit sur la table en écartant les jambes pour laisser le roi y prendre place, sans rompre le baiser.
Mais ça, c'était sans compter sur un hobbit malpoli qui pénétra sous la tente sans prendre la peine de s'annoncer :

— Thorïn, Dwalin vient d'appeler il a besoin que tu-… Ho.

Il se figea sur le pas de la porte, sentant une désagréable et douloureuse sensation de chute en lui face à la scène sans ambiguïté, et Thorïn se sépara d'Eldur en soupirant lourdement.

— C'est pour le procès ?

Il avisa le regard, maintenant noir et outré, du plus petit dardé sur lui, qui aviva brutalement en lui le doux brasier à peine éveillé par les lèvres d'Eldur, et la voix sèche, normalement si douce, portait maintenant une certaine rage maitrisée qui ne le laissa pas indifférent :

— Il a besoin d'un témoignage de ta part. Vis à vis de la mort du bourgmestre de Meckt.
— J'ai déjà dit que je n'étais pas le coupable…

Sans ajouter un mot, il se retourna et attrapa sèchement la mâchoire d'Eldur, qui ne comprit pas l'échange en langue courante, pour reprendre et approfondir le baiser sous le regard de Bilbo qui, loin de se sentir heurté, sentit son sang bouillonner sourdement en lui.

Le hobbit voulait bien admettre que la dernière –et seule- fois que ce fichu nain l'avait embrassé, il l'avait frappé, traité de connard ou un truc du genre, et s'en était allé retrouver Vidalinn. Ce qui était on ne peut plus clair comme refus.
Mais ce n'était pas pour autant qu'il appréciait voir ce goujat fourrer sa langue dans la bouche du premier venu sans même faire mine de se montrer gêné par sa présence et il se racla la gorge :

— Thorïn. C'est urgent.

Le nain s'immobilisa et se sépara de l'autre pour répondre avec un sourire narquois :

— Bilbo… Avec le décalage horaire, il fait encore nuit à Minas Tirith… Et je sais que Dwalin n'apprécie pas vraiment qu'on l'appelle à une heure indécente pour des futilités…

Damn, ce con là pensait vraiment à tout et, surtout, il semblait prendre plaisir à voir le hobbit s'étouffer par une jalousie possessive que sa fierté lui interdisait d'exprimer.
Il voulut tourner les talons et sortir d'ici, prouver qu'il n'en avait rien à faire en ne lui offrant que son dédain et, pourquoi pas, entamer une conversation érotique pas SMS avec Vidalinn sur le téléphone du nain, puis laisser l'historique bien en évidence.
Toutefois, incapable de voir plus, ni même de quitter cette tente en laissant son nain en tête à tête avec l'autre, Bilbo fit un pas en avant en serrant les poings :

— Peut-être, mais-
Qu'il s'en aille !

Agacé, Eldur avait parlé sèchement en Khudzul, mais avant que Thorïn ne puisse lui répondre, Bilbo croisa les bras sur sa poitrine gonflée d'exaspération et de colère d'être, encore, considéré comme une tâche :

Non. Si l'un de nous deux doit partir d'ici, c'est toi.

Frustré par cette langue qu'il maitrisait mieux à l'écrit qu'à l'oral, lui donnant une répartie digne d'un gamin capricieux, il garda son aplomb lorsqu'il vit le regard du nain flamboyer dangereusement. Très dangereusement. Trop, peut-être.

Et merde. Parler de cette manière à un général rebelle en étant un hobbit de la GITM n'était peut-être pas la chose la plus intelligente et, possédant tout de même un instinct de survie quelque part en lui, il recula prudemment lorsqu'Eldur se laissa glisser de la table en se hérissant de colère, le fusillant d'un regard suintant d'une promesse mortelle.
Toutefois, la main de Thorïn se posa sur l'épaule du nain qui se figea et, sans pitié, le roi assena d'une voix froide en le regardant dans les yeux :

Toi, tu pars.

La mâchoire d'Eldur se décrocha et, interloqué, il sonda le plus grand qui ne prit pas la peine de réitérer son ordre. Il y eut un instant de flottement puis, sèchement, le général dégagea la main sur son épaule et se dirigea vers la sortie.
Méfiant, Bilbo s'éloigna précautionneusement de son chemin pour être certain de ne pas subir de représailles et, sur un dernier regard glacial, Eldur quitta la tente, faisant claquer le lourd tissus qui servait de porte.

Comprenant qu'il était maintenant seul avec Thorïn, à qui il venait de saboter un petit moment qui aurait pu être plaisant, Bilbo pinça les lèvres, soudain mal à l'aise sous le regard intense qui le sondait.Après tout, il n'était pas en couple avec le roi, ni l'un ni l'autre ne s'étaient promis fidélité ou quoi que ce soit qui y ressemble et, aussi, il connaissait les mœurs des nains, qui étaient bien moins chastes que les autres races et qui n'éprouvaient aucun complexe à se laisser aller dans des moments intimes sans lendemain avec des inconnus.

— Hem… Je… Crois que je vais…

Il se racla la gorge sans finir sa phrase lorsque le nain s'approcha de lui, son horripilant sourire victorieux accroché à ses lèvres, et il recula jusqu'à sentir la paroi de tissus dans son dos, le regard fuyant.
Il déglutit lorsqu'un doigt taquin se posa sur sa gorge, avant de suivre la courbe de sa mâchoire jusqu'à se poser sous le menton qu'il invita à se redresser pour croiser ses
yeux :

— Jaloux.
— Non… Je tenais simplement à-
— Ce n'était pas une question.

Il déglutit à nouveau, se noyant dans le regard saphir qui l'épinglait, hypnotisant et étourdissant, si profond qu'une fois plongé dedans, revenir à la surface devenait impossible. Mais il revint à la réalité lorsque les yeux de Thorïn rompirent le contact visuel pour glisser sur ses lèvres qu'il avait entrouvertes inconsciemment, laissant filer un souffle irrégulier, la main qui tenait son menton se crispa sensiblement, mais le nain se sépara et recula en détournant le regard.

— J'ai déjà donné mon témoignage aux autorités d'Ithilien. Je n'ai jamais porté la main sur le Bourgmestre de Meckt, malgré les accusations de la GITM.
— Pardon ? Ho…

Totalement déconnecté, Bilbo en avait oublié l'objet de sa venue ici et il se racla la gorge en inspirant fortement.

— Ils pensent que… Stirnir l'a tué afin de t'inculper…

N'ayant jamais douté de ce fait, Thorïn leva les yeux au ciel en se dirigeant vers la table sur laquelle trônait la carte des montagnes et, timidement, Bilbo s'approcha, respirant discrètement le parfum du nain qui lui faisait tourner la tête avant de parler d'une voix maitrisée, changeant de sujet.

— D'après Dis, la porte devrait se trouver dans ce secteur…

De son doigt, il traça un cercle sur la feuille et le regard du brun luisit un instant, avant qu'il ne réponde d'un souffle ennuyé :

— C'est justement le secteur occupé par les ombres… Je n'ai aucun doute sur le fait que la GITM sait où se trouve la montagne… Mais ils n'ont pas connaissance de la porte…

Bilbo fronça les sourcils, se souvenant d'une chose en particulier, et il répondit nerveusement :

— Non… Azog l'a évoqué quand il m'a… Questionné…

Thorïn haussa un sourcil et se tourna franchement vers lui, son regard glissa un instant sur l'épaule blessée, cachée sous la tunique qui lui avait été confiée pour remplacer sa chemise imbibée de sang, mais Bilbo ajouta d'un ton troublé :

— Il m'a aussi « proposé » de collaborer avec lui… Il n'avait pas prévenu la GITM de ma capture.

Le regard gris se teinta de surprise et Thorïn se redressa :

— Il pense doubler la GITM… Maintenant qu'elle n'a plus rien à lui apporter et qu'elle est devenue un frein pour ses ambitions destructrices…

Il laissa sa phrase en suspens, considérant les enjeux d'une telle révélation, puis il regarda à nouveau Bilbo dans les yeux, parlant distraitement :

— Si c'est le cas, mieux vaut que tu ne croises pas son chemin à nouveau… Rasmus avait au moins le mérite de le tenir en laisse et brider ses pires instincts…
— Je n'avais pas vraiment l'intention de… Chercher à le revoir…

Comme Thorïn s'approchait, Bilbo sentit, une nouvelle fois, son épiderme se hérisser et il se retint de faire un pas en arrière, le souffle bloqué, lorsque le plus grand se pencha sur lui pour susurrer contre ses lèvres :

— Je m'en doute bien, monsieur Sacquet… Mais tu sembles avoir une belle prédisposition pour attirer les ennuis… Et pour contrarier les gens qu'il faut mieux éviter…
— Contrarier Azog n'est pas très compliqué, il suffit simplement de ne pas être lui…
— Je ne parle pas d'Azog, mais de ce nain qui a cru pouvoir prendre ce qui t'est maintenant réservé…

Il ponctua sa phrase d'un bref baiser sur le coin de ses lèvres et, sans ajouter un mot, il se redressa et se dirigea vers la sortie. Toutefois, il s'immobilisa lorsque le hobbit posa sa main sur son torse, refermant fermement les doigts sur la tunique légère.

— N'oubliez pas que vous êtes censé assurer ma protection…

Thorïn haussa un sourcil, autant surpris par la soudaine fermeté du plus jeune que le passage au vouvoiement, et il posa sa main sur celle de Bilbo en répondant avec sérieux :

— Je pensais que notre arrangement était maintenant caduc…
— Ce n'est pas moi qui l'ai rompu…
— Tu as rejoint la GITM.
— Pas vraiment de mon plein gré… Ce sont eux qui m'ont retrouvé…
— Parce que tu es parti.

Bilbo entendit le reproche dans la voix et il se hérissa de colère et d'amertume.
Mais, soudainement, une vague de pitié le prit. Pour lui même. Il se sentit désolé pour lui, désolé d'avoir été abandonné par les siens, de n'avoir plus aucun visage à considérer comme membre de sa famille, plus aucun ami, aucun futur, faute d'avoir un passé basé uniquement sur des mensonges et, surtout, il se désola de ressentir autant de choses pour une personne séparée de lui par un tel gouffre.

Thorïn n'était pas Vidalinn avec qui il s'était si bien entendu. Il n'était pas comme lui.
Il l'avait toujours su, mais il ne se rendit compte que maintenant de ce que ça voulait dire.

Et, contrairement à ce qu'il avait naïvement et secrètement espéré, jamais Bilbo ne pourra lui coller l'étiquette « Petit-ami » sur le front. Ce n'était même pas pensable.
Parce que, comparé au nain, Vidalinn était presque normal. Il n'avait pas été élevé en prince dans un royaume prospère. Il n'avait pas été témoin de l'éradication de sa famille et de son peuple, du meurtre de son petit-frère et de l'exil de ses parents.
Il n'avait pas grandi dans un climat de terreur, à veiller sur la prochaine attaque qui lui arracherait le reste de ses proches et causerait la perte d'absolument tout ce qu'il possédait, jusqu'à son propre nom. Son titre.
Il n'avait pas vu tomber ses amis dans une guerre qu'il ne pouvait gagner, abandonné de la justice, des hommes, de ses alliés et même du reste de ceux qu'il pouvait considérer comme sa famille.
Vidalinn n'avait pas eu à se reconstruire à partir de rien et malgré le danger omniprésent. Il ne reposait pas tous ses espoirs sur une chimère, un royaume oublié de tous et, pourtant, convoité par ses pires ennemis.
Lui n'avait pas appris à claquemurer ses émotions et sentiments pour mieux se protéger, des autres, et, surtout, de lui-même.

C'est pourquoi le blond, lui, était capable d'accepter un cœur qui s'ouvrait, quand bien même il s'agissait de la dernière personne sur cette terre de qui il aurait accepté une telle chose : un hobbit pacifiste de la GITM qui sortait de nulle part, qui n'était même pas capable de se protéger tout seul et qui attirait les ennuis comme un aimant.
Vidalinn l'avait pu, pas Thorïn.

Craquer sur Lui était la pire idée qu'il n'avait jamais eue et, pourtant, il devait bien se résoudre à accepter cette chose qu'il déniait depuis qu'il s'était interposé entre le nain et un tir de sniper. Cette chose qui l'avait amené à se détourner de Vidalinn sans même ressentir la moindre hésitation.
Il pouvait toujours se demander pourquoi, mais, surtout, il devait faire face.

Bilbo déglutit en serrant sa main sur la tunique de Thorïn pour cracher avec humeur :

— Je suis parti parce que j'avais compris que je n'avais rien à attendre de vous.
— Dans ce cas, pourquoi es-tu revenu ?

Les yeux baissés, Bilbo haussa les épaules, avant de lever le regard pour croiser celui de Thorïn.
Ce regard… Celui qui avait fait évaporer ses sentiments pour Vidalinn…
Celui qui expliquait à lui seul toutes les décisions désastreuses qu'il avait prises jusqu'à maintenant et, la mort dans l'âme, il relâcha la tunique et pensa s'éloigner. Mais Thorïn ajusta sa prise sur sa main pour souffler en le regardant dans les yeux :

— Je suis désolé, Bilbo.

Désolé… C'était sympa de sa part, mais désolé de quoi ?
Le hobbit avait froncé les sourcils, tachant de fouiller dans ce regard qu'il aimait tant.
Désolé. Tout simplement désolé.
Il était désolé depuis que les orcs avaient massacré son petit-frère et mis à sac son royaume. Désolé de ne pas avoir su protéger sa sœur et l'enfant qu'elle avait porté, de ne pas être capable d'offrir la moindre protection tangible à ses propres fils. Un sentiment d'impuissance qui avivait la colère qui bruissait en lui.
Désolé d'avoir peur pour ceux qu'il aimait. De craindre la douleur de la perte plus que toutes les autres. Celle qui était la moins tenable. Au point de refuser de s'attacher à ceux pour qui la puissance des sentiments menaçait de devenir quasi incontrôlable s'il n'y prêtait pas attention.

Et, maintenant, il était aussi désolé pour la détresse de Bilbo, dont il était responsable mais qu'il ne savait pas gérer.

Car personne ne lui avait jamais proposé toutes ces choses qu'il lisait dans les yeux du hobbit. Choses condamnées à se flétrir s'il ne faisait pas un effort pour les aider à s'épanouir.

Son regard mua doucement et, après une brève hésitation, il se pencha sur lui en entrouvrant ses lèvres.
Il était désolé de beaucoup de choses, certes, mais pas de cette émotion qui lui prenait les tripes lorsque l'historien partageait sa présence, ni de ce désir qui le réchauffait agréablement lorsqu'il inspirait son parfum à pleins poumons.

Toutefois, ce sentiment qui lui vrilla la poitrine lorsque Bilbo détourna soudainement le visage, dérobant ses lèvres pour lui offrir sa joue, était bien plus intense que toutes les âpres déceptions qu'il avait connues dans sa vie.

Et ce ne fut qu'à cet instant qu'il comprit que Bilbo était, lui aussi, quelque chose pour laquelle il allait devoir se battre. Sur un terrain qu'il ne connaissait pas, certes, mais une bataille qu'il ne pouvait se permettre de perdre.

oOo

— Donc Rasmus ne viendra pas ?
— On peut considérer ça comme une victoire…

Dwalin avait répondu platement à la question de Balïn, mais Gandalf fit une grimace en secouant la tête :

— Il a refusé de se présenter à la convocation, mais cela ne veut certainement pas dire que nous avons gagné… J'ai bien peur que-

Une explosion à l'entrée de la grande demeure empêcha au vieille homme de terminer sa phrase et, à peine quelques secondes plus tard, tous les nains présents dans le hall K furent cernés par un groupe de soldats de Minas Tirith. Sages et pris au dépourvus, aucun n'eut le réflexe de se défendre et, pacifiquement, ils présentèrent leurs mains désarmées à l'officier qui s'avança sur eux, la mine sévère.

— Que se passe-t-il, au juste ?

Balïn avait posé sa question gentiment, sans résister lorsqu'un militaire lui attrapa l'épaule pour le menotter sèchement, en même temps que les autres nains qui protestèrent mollement.

— Vous êtes tous en état d'arrestation pour complicité de meurtre et assistance d'évasion.

Dwalin et Balïn échangèrent un regard en fronçant les sourcils, sans comprendre, et Bofur demanda calmement :

— Avec qui ?
— Orianne Trjàadottir.

Ce n'était pas l'officier qui avait répondu, mais Heljar, qui pénétra à son tour dans le hall K d'une démarche victorieuse. Dwalin et Balïn se redressèrent furieusement, tous les deux incapables de ne pas siffler de rage face à celui qui avait fait d'eux des orphelins, mais l'AS se contenta de leur sourire méchamment et, alors que ses propres agents, portant le sigle de la GITM, se déployaient dans la salle, il susurra à nouveau :

— Et vous allez aussi être bientôt inculpés pour refus de collaborer et… arf, mince. Je ne me rappelle plus de ce mot, là… celui qu'on utilise pour dire que vous avez trucidez plein de braves policiers…
— « Voie de faits sur un agent des forces de l'ordre », monsieur.

Sans écouter la réponse d'un jeune soldat de Minas Tirith, Dwalin et Balïn échangèrent un nouveau regard tendu, inquiets pour leur devenir et, surtout, pour Orianne. Rapidement, le plus grand chercha Gandalf du regard, mais il remarqua que celui-ci s'était tout simplement évaporé au moment où les agents de Minas Tirith étaient entrés dans la demeure. Il se contenta de se concentrer à nouveau sur Heljar, dont le regard était aussi fou que dans son souvenir, peut-être plus, en grinçant des dents lorsque ce dernier leva les yeux au ciel pour parler distraitement :

— Ce nouveau jargon juridique n'a aucun panache… Il fut une époque où on aurait simplement dit qu'un massacre barbare de pleins de policiers a eu lieu. Parce que c'est ce que vous êtes, n'est-pas ? Des barbares… Du moins, tout le monde en sera bientôt persuadé…
— De quoi parlez-vous, monsieur ?

L'officier de Minas-Tirith, qui venait de poser la question, commençait à sentir que quelque chose n'allait pas, toutefois, sans prendre le temps de lui répondre, Heljar se contenta de sortir son flingue et tirer une seule balle, qui se logea entre ses deux yeux. Le corps de l'officier se pétrifia, à l'instar de la scène, puis il chuta au sol, sous le regard effaré de l'AS qui sembla totalement surpris par l'effet que venait d'avoir son coup de feu, alors que les soldats gondoriens braquaient leurs armes sur les agents de la GITM. Toutefois, aucun n'eut le temps de se défendre et, à peine quelques secondes plus tard, un silence polaire remplaça le soudain ouragan des armes à feu, seul bruissait au sol le sang écarlate des soldats sans vie.

— Oups… Les nains ont été très très vilains… Encore une fois…

Avec une grimace ennuyée, Heljar recula de quelques pas, comme apeuré par le sang à ses pieds, en laissant tomber à terre son flingue qui l'éclaboussa du liquide carmin, à l'instar de ses agents qui jetèrent tous leurs armes au sol avant de disparaître. L'AS attendit un instant, envoyant un sourire damné à Dwalin, qui comprit immédiatement la gravité de leur situation, surtout lorsque l'autre appuya en roucoulant :

— Je serai vous, je ne resterai pas là… Les humains ne vous montreront plus aucune pitié… Jusqu'à maintenant, ils s'étaient montrés conciliants avec vous…

Distraitement, il sortit un poignard avec lequel il se cura un ongle en continuant d'une voix sévère, comme un parent reprendrait son enfant :

— Votre copine ne s'était prise que le minimum. Mais voilà… tout le monde sait qu'on ne peut rien attendre d'un nain et, maintenant, la petite Trjàadottir a fait exploser le centre de détention où elle se trouvait, tuant quelques prisonniers et gardes dans sa fuite… Le cout des dégâts est déjà estimé à plusieurs milliers d'euros, sans parler des vies humaines qu'elle a prises, à nouveau…
— Que lui as-tu fait ?

Grondant et menaçant, Dwalin fit un pas en avant tandis que, derrière lui, caché derrière Bombur qui tenta de se gonfler au maximum, Dori se pencha discrètement pour récupérer les armes des soldats de Minas-Tirith, qu'il distribua aux nains qui l'entouraient.

— Pourquoi veux-tu absolument que je lui aie fait quelque chose ? Cette gamine semble assez débrouillarde pour se sortir toute seule d'une misérable prison humaine !
— Orianne était déterminée à purger sa peine.
— Et bien dans ce cas, elle la purgera avec moi…Je vous la rendrai dans dix ans. Peut-être... Au plaisir, Dwalin. Balïn.

Cordial, il fit un respectueux signe de tête aux deux nains furieux qui lui faisaient face mais, au moment où il voulut se détourner, Dori, Bombur, Bofur et Gloïn le mirent en joue. Heljar se figea, ne cherchant même pas à cacher son air effaré, totalement pris par surprise, alors qu'il était persuadé de mener le jeu, mais il resta relax et ne prit pas la peine de se sentir en danger, non pas par bravade, mais plutôt comme s'il ne possédait pas le moindre instinct de survie.

— J'ai oublié de vous dire un truc… La GITM à beaucoup d'argent. Beaucoup beaucoup d'argent. Et les humains sont tellement aisément corruptibles… Ils seront de notre côté, quoi qu'il arrive, quoi que l'ont fasse… Tant que l'on continue de remplir les poches des bonnes personnes…
— En quoi te tuer aggravera notre cas ?
— En rien. Mais ne j'ai pas envie de mourir, alors je vous menace. On ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher.

Il leur envoya un nouveau sourire de damné, et personne ne fut capable de dire s'il était réellement sincèrement con, ou bien s'il était suffisamment bon acteur pour se faire passer pour l'abruti de service qui ne réussit que par chance, tout en gardant constamment quelques coups d'avance sur le monde entier.

— Dis-nous où est Orianne.

Dori avait fait un pas en avant, son arme pointée sur l'AS qui eut une moue contrariée.

— Est-ce que je peux simplement rappeler mes hommes ? Ça ne prendra que cinq secondes, et après on pourra discut-

Il ne put finir sa phrase, car Dwalin avait avancé sur lui en serrant le poing et reculant le coude. Le coup lui éclata le nez et, immédiatement, l'AS porta sa main au visage pour contenir l'hémorragie en s'exclamant d'une voix nasillarde :

— Hey ! Ça fait mal, putain !

Dwalin se contenta d'hausser un sourcil condescendant et, à nouveau, il leva le poing pour un nouveau coup, mais Heljar fit un pas en arrière avec un regard furieux :

— Je suis de la section exploration, moi. Je ne suis pas un combattant ! On ne tape pas sur les gens sans défense !

Encore une fois, il fut impossible de démêler le vrai, entre le jeu d'un esprit fourbe et acéré ou la naïveté folle de celui qui n'avait pas toute sa raison. Sur ses gardes, Dwalin fit un pas en avant, le sondant intensément :

— Alors pourquoi es-tu ici ?
— Parce que Vidalinn nous a lâché et Azog et Stirnir sont dans les Gadolah. Je ne suis qu'une putain de roue de secoure… Simplement alléché par le prix…

Cette fois-ci lui envoya un sourire cruel, parfaitement conscient de la valeur de sa prise, et, furieux, Dwalin marcha sur lui en irradiant de danger, forçant l'explorateur à se presser contre le mur derrière lui.

— Qu'as-tu fait d'Orianne ?
— Tuez-moi, et vous ne le saurez jamais… Et si vous restez ici, vous n'aurez aucune chance de la retrouver car il me semble que vous avez de la visite…

Pour illustrer sa dernière affirmation, le son des sirènes se fit entendre et il grimaça avant de s'éclipser, laissant les nains entre eux.
Un petit temps de flottement prit la compagnie, incertaine quand à la conduite à tenir, mais, rapidement, ils s'activèrent et quittèrent à leur tour la demeure par les nombreux escaliers dérobés qui la composaient, au moment où plusieurs troupes armées du Gondor y pénétrèrent.

oOo

— Tu comptes revenir avec l'Embraer ?
— Ça dépend… Avant de filer vers Hnâ-Run, on va sonder un peu le périmètre et voir s'il y a un plat suffisant pour un atterrissage.

Répondant distraitement à la question de Kili qui s'était approché nerveusement, Fili vérifiait attentivement les dérives et stabilisateurs de l'X-16, dont le moteur ronronnait doucement, prêt à décoller.
Le brun le regardant faire en serrant les lèvres et, soudain, il marcha sur Fili pour attraper son bras :

— C'est trop dangereux !

Le blond fut surpris, et ils s'affrontèrent du regard mais, sèchement, Fili se dégagea et s'éloigna pour étudier la fixité des pales de l'engin en répondant durement.

— Je sais ce que je risque, Kili. Ce que nous risquons, tous, face à ces gens.

Le plus jeune garda un silence et fit un pas en arrière. Il voulait lui crier dessus en affirmant que s'offrir en première ligne n'écarterait pas le danger, quand bien même leur avion de combat pouvait s'avérer d'une efficacité mortelle, un atout précieux qui allait incliner les chances de leurs côtés s'il s'avérait que Fili était capable de le piloter dans ces Montagnes. Toutefois, le problème était là : personne d'autre que Fili n'avait le potentiel de gérer un combat aérien ici et il n'était donc pas possible de déléguer une telle responsabilité à un soldat quelconque qui ne rechignerait pas à risquer sa vie pour son prince.
Thorïn et Fili le savaient, ils en avaient déjà discuté. Il était évident que leur père adoptif n'avait pas proposé une telle folie de gaieté de cœur, mais il ne voulait pas faire l'affront à celui qu'il avait élever comme un fils de lui ordonner de rester en arrière et de ne pas compter sur lui dans cette guerre.

Kili se contenta de soupirer, gardant ses craintes pour lui, et il recula quand Fili fit signe à Nori d'activer les pales et de s'assurer de la réactivité des commandes.

Tout semblait en ordre et, avant de monter à son tour dans la cabine, Fili se tourna une dernière fois vers Kili, prenant sa respiration en cherchant ses mots pour lui dire au revoir. Toutefois, une silhouette maintenant bien connue marcha vers eux et le visage du blond se ferma lorsqu'Argon se posta derrière Kili en retenant un sourire ravi à l'idée de voir le plus vieux partir.

— On se revoit dans six jours au plus tard.

Froid, il se détourna pour rejoindre Nori, mais Kili lui attrapa le poignet soudainement, pour l'attirer à lui.

— Attend.

Fili n'eut que le temps d'écarquiller les yeux, avant de recevoir sur ses lèvres un baiser doux et bref, porteur de ce parfum si enivrant dont il était accro et qui lui manquait tant. Il eut le réflexe de crocheter la nuque du plus jeune lorsque celui-ci fit mine de s'écarter, et Kili ne chercha pas à se soustraire, au contraire, il enroula ses bras autour de ses épaules avec un soupir ravi, se pressant contre lui en frémissant.

Ils rompirent ensuite le baiser, mais restèrent intimement enlacés, et Kili chuchota contre ses lèvres :

— Reviens-moi.
— Toujours.

Fébrile, jouissant de l'air déconfit d'Argon qu'il devinait sans même lever les yeux pour voir le pli amer qui ourlait ses lèvres, Fili caressa la joue du plus jeune, puis il se détourna pour de bon et grimpa dans le X-16 qui décolla aussitôt.

oOo

Merci d'avoir lu !

Thorïn passe peut-être un peu pour un connard ici, mais ce n'est pas vraiment le cas, disons juste que,
De une, j'avais très envie d'écrire une scène du genre un jour, et l'occasion s'est présentée,
De deux, Thorïn n'est pas vraiment un tombeur, comme Vidalinn, il est plus un survivant qu'autre chose,
jusqu'à maintenant et les histoires de couple ne l'ont jamais intéressé, jusqu'à aujourd'hui ;) .

Disons, pour faire plus imagé, que jusqu'à maintenant, il avait simplement pensé éprouver un truc plutôt physique pour Bilbo, mais il a mis un peu de temps à se rendre compte que ce n'est pas le cas.

J'ai aussi pris un peu de retard dans l'écriture (Le chapitre 27 est terminé), mais j'espère que la publication ne rattrapera pas mon avance.
Mais comme je bloque pas mal, n'hésitez pas, si vous commentez, à dire ce que vous aimeriez bien voir par la suite, ou ce que vous ne voulez surtout pas voir.

Bisous bisous !