— Non… Le quatrième âge a commencé avec le règne du roi Aragorn Telcontar, suite à sa victoire contre les derniers suppôts de Morgoth. C'est à cette période que les elfes ont quittés la Terre du Milieu pour rejoindre le Valinor et que-
— Où se trouve-t-il ?
— Qui ça ?
— Le Valinor ?
— Hem… C'est assez flou… On le situe à l'Ouest des océans, mais il est communément admis que ces terres n'existent plus depuis-
— Personne n'a jamais essayé de naviguer dans cette direction ?
— Si, mais-
— Et personne n'a trouvé ces terres ?
— Bordel, laisse-moi parler cinq minutes, tu veux bien ? Et fais l'effort d'écouter mes réponses avant de poser de nouvelles questions !
L'éclat de voix furieux de Bilbo amena un court silence dans la vieille bibliothèque, dans laquelle Dis et Kili, un peu plus loin, lancèrent un regard surpris au doux hobbit pacifiste qui se retenait difficilement d'assommer Argon avec le livre d'histoire qu'il avait dans les mains.
Cela crevait les yeux de tout le monde que l'historien était de très très mauvaise humeur depuis la veille, sans que personne ne puisse vraiment dire pourquoi, même si Thorïn semblait impliqué dans l'affaire, et, donc, personne n'osait vraiment approcher l'historien taciturne. Mis à part ce jeune rebelle bien trop habitué à être considéré comme encombrant de la part de tous ceux qu'il côtoyait pour se sentir en danger.
C'est pourquoi, assoiffé d'en connaître plus sur l'Histoire, après un court silence, il demanda encore, comme s'il n'avait pas entendu le hobbit rouspéter :
— Pourquoi il n'y avaient que les elfes qui allaient au Valinor ?
— Car c'est leur terre originelle. Les nains, les hobbits et les hommes sont nés sur la Terre du Milieu. Toutefois, il existe une légende qui raconte que, lors de la dernière guerre contre les résidus de Morgoth, un elfe et un nain ont combattus ensembles, et qu'il y avait une solide amitié entre eux. L'histoire dit que l'elfe a emmené le nain à Val-
— Une amitié entre un elfe et un nain ?
Cette fois-ci, Bilbo n'eut pas à lever la voix, un simple regard noir suffit à remettre le jeune rebelle à sa place, mais, peu impressionné, Argon continua :
— S'il s'agit de la dernière bataille contre les forces des ténèbres, alors en quoi consistent toutes ces guerres qui ont suivies ?
— La différence avec ces différents conflits, c'est que, contrairement à ceux des premiers âges, il n'y avait pas réellement de puissance maléfique en œuvre qui actionnait les troupes orcs. Simplement des guerres pour des territoires, qui ne concernaient que certains peuples humains ou certaines races. Surtout quand les clans orcs ont recommencé à proliférer.
Patient malgré tout, Bilbo avait, enfin, trouvé un auditoire digne de ce nom, intéressé et insatiable. Argon était comme un livre vierge, très cultivé sur tout ce qui concernait la race des nains, grâce à l'éducation rigoureuse que Khaenïn lui avait donnée, mais, à côté de ça, il était totalement ignorant des grandes lignes de l'histoire de la Terre du Milieu et l'historien se faisait une joie de l'instruire, au moins un minimum.
Le jeune nain semblait avoir totalement oublié qu'il discutait avec un hobbit, ancien agent de la GITM, et il couvait maintenant Bilbo d'un regard débordant de respect et d'admiration
— Et avant ça, c'était donc contre le Dieu de la mort, Morgoth, que tout le monde se battait ?
— Hem… Il n'était pas vraiment un Dieu, mais un Valar déchu. Et il a été battu bien avant… C'était son lieutenant le plus fidèle qui avait-
— Bilbo, veux-tu bien venir voir ça s'il te plait ?
Coupant sans gêne la conversation, Dis interpella l'historien en langage courant et celui-ci quitta Argon qui soupira discrètement, sans se plaindre, et qui accompagna le hobbit auprès des deux autres.
Sans oser dire quoi que ce soit, il lança un bref regard à Kili, qui fit mine de l'ignorer et, la mort dans l'âme, Argon préféra s'éloigner du brun pour s'approcher de Bilbo, à qui Dis tendit un lourd ouvrage à la couverture brune, dont les lettres Khudzuls étaient tracées à la main. Il était plutôt récent, moins de trois siècles, mais très usé, comme si toutes ses pages limées avaient été lues et relues de nombreuses fois et une rapide étude du livre annoté lui permis d'en déceler l'auteur : Thror, qui le dédicaçait à ses successeurs !
Ce n'était rien de moins que le journal qu'il avait tenu lors de sa propre quête pour Erebor !
Les yeux écarquillés, il le feuilleta rapidement, avant de demander d'une voix crispée par la surprise :
— Qu'est-ce que… Ce livre fait ici ?
Dis haussa une épaule en répondant d'un ton distrait :
— Il était en la possession de Lily tout ce temps… Un cadeau que Thorïn lui avait fait, certainement… Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais je pense que la quête de Lily s'est achevée dans ces montagnes… Toutes ses affaires sont ici en plan comme si elle allait revenir d'un moment à l'autre.
Bilbo fit la moue, sans oser regarder dans la direction de Kili, dont le visage blême et fermé trahissait l'inconfort qu'il vivait à présent, à découvrir chaque jour un nouvel indice qui lui rappelait cruellement que ses parents à lui ne reviendraient jamais.
Il échangea un court regard avec la naine, qui avait aussi sentit le malaise du plus jeune face aux affaires éparpillées de sa mère et, avec une douceur maternelle, elle posa une main sur son épaule pour dire avec un sourire :
— Bilbo va en avoir pour un moment… J'ai repéré quelques fresques historiques dans les anciens palais, peut-être pouvons-nous y jeter un coup d'œil en attendant ?
La diversion était bienvenue et, toujours morose, Kili accepta, avant de suivre en silence la naine qui l'emmena à l'extérieur. Argon les regarda partir sans tenter de les suivre et, une fois que les deux autres eurent monter les escaliers, Bilbo parla gentiment :
— Il ne te déteste pas, tu sais.
— Non… Il est simplement amoureux de Fili, c'est tout…
La voix portait une douleur qui ne laissa pas le hobbit indifférent, comprenant que l'attirance que le jeune rebelle avait affichée pour le fils de Thorïn était sincère et plus profonde que ce qu'il avait laissé paraître dans sa maladresse.
Décidément, en amour, rien n'était évident… Bilbo soupira, pensant lui aussi à ses peines de cœur qui ne demandaient qu'à être étanchées par un certain roi nain, proche mais inaccessible, et, las, il reprit l'étude du journal de Thror.
Il y découvrit avec plaisir que tout était listé, décrit et analysé, absolument tout !
Son voyage à travers Mirkwood, lorsqu'il avait remonté le Celduin son errance dans la Gadolah, et les dangers qu'il avait traversés avant de trouver les ruines de Dales, alors désertes (les campements de nains rebelles n'étant apparus qu'après le deuxième attentat, aux Montagnes Bleues), dans lesquelles il avait longuement déambulé avant de trouver cette bibliothèque, où il avait déniché et étudié la carte qui l'avait, ensuite, mené à la porte. Le récit s'arrêtait là.
Un récit qui s'étalait sur plus d'une quinzaine d'année !
Au vu de l'écriture qui en recouvrait les pages, supplantant parfois celle de l'ancien roi, Bilbo ne doutait pas que le livre avait été en possession de Lily durant de nombreuses décennies, et, rapidement, il le feuilleta, jusqu'à tomber sur plusieurs cartes détaillées et richement annotées, dont un plan pour retrouver la bibliothèque dans laquelle ils se trouvaient maintenant.
Fébrile, commentant à haute voix pour permettre à Argon de suivre ses découvertes, il s'intéressa à la partie qui les concernait maintenant : celle qui évoquait cette bibliothèque, comprenant, au vu de l'acharnement qu'avait eu le roi à détailler la meilleure manière d'y pénétrer, qu'il ne s'agissait pas d'une pièce dénuée d'intérêt. Il fronça les sourcils lorsqu'il remarqua, entouré d'encre rouge, une série de chiffres et de lettres qui lui disait vaguement quelque chose, mais il eut beau fouiller dans sa mémoire, il ne parvint pas à situer cet enchainement, et, frustré, il continua sa lecture.
Certaines phrases du roi étaient étranges, comme si la syntaxe était approximative et l'ordre des mots à peine respecté, interpellant de hobbit qui fronça les sourcils.
— « Trente pas du ruisseau vert à l'aval … Chercher blanche la pierre, conduire elle vous au tunnel. »… Ca n'a aucun sens…
— C'est peut-être un code…
Bilbo plissa la lèvre, secouant négativement la tête à la proposition d'Argon, et il feuilleta rapidement, découvrant sur la page suivante le même genre de texte :
— « Longue Galerie Albâtre. Trente pieds de long, huit de large, incertains. Fourchette à quatre-vingts pieds, ont le droit bouchon. Quinze démissionner. L'espace de cinquante à soixante. Conduire sur le mur de l'est. Le dragon deux yeux émeraudes. Tout d'abord, la gauche et la droite. Erebor à nouveau. »
Ces phrases étaient écrites plusieurs fois, avec plusieurs ratures, les mots placés dans différents sens et, avec elle, de nombreux croquis et plans, gribouillés et couvert de ratures. Et il les relut plusieurs fois, sans comprendre, jusqu'à ce que Argon remarque à nouveau en montrant les schémas qui les accompagnaient :
— On dirait la description d'un lieu…
— Mais oui !
Se jetant sur ses pieds, Bilbo sut d'un coup de quoi il était question : Une autre manière d'entrer dans Erebor ! Sans la clé !
Une option que Thror, d'abord, avait étudiée, théoriquement mais, d'après tous les plans gribouillés, n'avait jamais réussi à trouver lorsqu'il s'était rendu sur le terrain.
Toutefois, c'était incompréhensible et il se plongea dans l'étude de ce chapitre, voyant bien que Thror avait utilisé ces données pour tenter de trouver l'autre entrée, mais sans résultat, et incapable de trouver le code qui lui permettrait de comprendre ces descriptions énigmatiques.
Ennuyé, Argon se contenta de fouiller les notes de Lily, sur la table, et il en tira un vélin immaculé dont les écritures qui le recouvraient le laissèrent bouche bée et, séduit, il laissa ses doigts caresser les lettres dessinées à l'encre noire, belles et entrelacées. Admiratif, il tendit le papier à Bilbo en demandant naïvement et avec excitation:
— C'est de l'elfique ? Je n'ai encore jamais rien vu d'aussi beau…
Sa voix portait un respect qui ne laissa pas le linguiste indifférent, toujours ravi de voir que certaines personnes étaient encore capable d'apprécier la beauté d'un texte en sindarin simplement en voyant cette si belle écriture, et il acquiesça :
— Le terme « Elfique » est un peu réducteur, car il existe deux langues très différentes qui- Ho !
Sans finir sa phrase, Bilbo arracha le papier des mains d'Argon, qui haussa un sourcil, sans comprendre la stupeur soudaine du hobbit qui resta stupidement à lire le texte en question.
Le Sindarin était comme sa langue maternelle, tellement il l'avait étudié, si bien qu'il n'eut même pas besoin de relire plusieurs fois pour s'assurer de sa traduction, et il parla d'une voix blanche :
— Argon. Va chercher Thorïn. Tout de suite.
— Pourquoi ? De quoi s'agit-il ?
Blême, le plus petit leva son regard vers le jeune rebelle qui tentait désespérément de lorgner sur le papier, sans en comprendre le moindre mot, et il souffla du bout des lèvres :
— C'est la prophétie… En entière et dans sa langue originale…
L'écriture n'était pas de Lily, et le hobbit doutait qu'elle eut possédé la moindre connaissance en Sindarin. Le vélin était ancien, déchiré sur le bord, donc certainement arraché d'un livre, et l'historien le data de quelques siècles, et comme seule dégradation, il ne portait qu'une tâche sombre en son centre : le reste d'un vieux sceau de cire, maintenant disparu.
Un papier certainement trimballé par la naine qui en avait bien cerné l'importance, sans jamais avoir pris la peine de l'étudier, faute de moyens.
— Et ? Que dit-elle ?
Pressant, Argon avait attrapé son poignet, suspendu à ses lèvres, et Bilbo consentit à donner la traduction brute à haute voix :
— « Au delà des Monts brumeux,
Dans la montagne enterrée,
Le cercle d'or est oublié.
Sur la pierre précieuse il reste à veiller,
Dans le tombeau des âmes mêlées.
Par les roches et l'oublie,
Scellée est la porte d'Erebor;
Mais par le feu et la mort,
A nouveau sera franchie.
Et les Eredims endormis,
Reconnaitrons leurs rois,
Quand les deux derniers enfants de Durin,
Abreuverons de sang le trône d'argent ».
Un silence suivit la prose, mais bientôt rompu par la voix du jeune nain :
— De quel sang s'agit-il ? Et de quels rois ?
Pris par les premiers couplets qui regorgeaient de notions anciennes et oubliées, Bilbo fut surpris par la soudaine question d'Argon qui lui lança un regard grave en répétant ses mots :
— Le sang qui recouvrera le trône d'Argent ? A qui appartient-il ?
— Comment ça ? Et comment veux-tu que je le sache ?
Le brun fit la moue en détournant les yeux, avant de souffler d'une voix inquiète :
— Je ne sais pas… Mais c'est la première fois que j'entends la prophétie… Pour de « Vraie ». Ici, on ne connaît que la dernière partie, du moins, une version, qui nous a été transmise à l'orale, et qui dit que c'est par leur sacrifice que les enfants de Durïn réveilleront les royaumes…
Evidement… Après de si nombreux siècles, ce texte a certainement été rogné, enrichi et interprété encore et encore, jusqu'à dénaturer le sens premier et Bilbo haussa les épaules. Effectivement, on pouvait comprendre beaucoup de chose dans ces mots, et les erreurs de traduction pouvaient aussi changer la donne. Il n'était même pas certain d'avoir une version originale, en fait.
— Je ne sais pas, Argon… Mais il n'est pas question de sacrifier Fili et Kili, ne t'inquiète pas… Jamais Thorïn ne ferait une chose pareille.
— Pas Thorïn, je le sais… Ni personne dans ce camp… Mais pourquoi la GITM s'acharne t-elle autant à les retrouver vivants, dans ce
cas ? Comment a-t-elle interprété la prophétie ?
La question jeta un blanc, et ils se regardèrent tous les deux dans les yeux mais, avant que Bilbo ne puisse répondre, une voix menaçante se fit entendre au bas des marches et ils se tournèrent pour faire face à trois guerriers rebelles, dont Eldur, qui ne semblaient pas vraiment là pour discuter histoire et linguistique :
— Que fait le hobbit ici ? Il n'a pas l'autorisation de fouiller nos bâtiments.
— Calme-toi, Baldur… Bilbo ne fait rien de mal et cette bibliothèque n'a jamais intéressé personne jusqu'à maintenant…
Pacifiquement, Argon avait parlé en levant ses mains, regardant Baldur dans les yeux, l'immense leader des trois soldats, qui le fusilla du regard :
— Et toi, Argon, que fais-tu là ? N'es-tu pas censé participer à la préparation de la bataille ?
— Encore en train de feignanter… Il serait vraiment temps que Khaenïn te remette à ta place, gamin…
Le troisième, massif aux cheveux noirs et à la barbe abondante, avait parlé d'un ton dédaigneux et le plus jeune, qui semblait bien frêle face à ces trois nains imposants, se hérissa de colère, mais trop intimidé pour répondre, il resta silencieux.
Derrière lui, Bilbo haussa un sourcil, comprenant, soudain, que la vie dans ces montagnes était bien plus difficile et cruelle que ce qu'il avait pensé, surtout pour ceux qui n'avaient pas la carrure pour s'affirmer dans une telle communauté.
Argon était un doux, un rêveur, pas un combattant, même s'il se montrait habile avec une arme, et il semblait réellement attiré par la Connaissance, un érudit en puissance, Bilbo pouvait le déceler, lui qui avait passé tant de temps en milieux universitaire. Et, donc, un boulet, pour un groupe comme celui-ci, dont les membres analphabètes étaient uniquement occupés à survivre au jour le jour. En plus, il avait une belle gueule, donc certainement convoité, dans la mesure où les naines étaient très rares ici et qu'aucun mâle de ce camps ne semblait rechigner à se tourner vers ses frères d'arme pour tout ce qui concernait les activités nocturnes.
Derniers doutes qui se confirmèrent lorsque le dénommé Baldur fit un pas vers Argon, qui ne broncha pas, pour prendre son menton entre ses doigt et le forcer à lever le visage pour planter son regard dans le sien :
—Khaenïn ou un autre… J'attends avec impatience le jour où il me donnera l'autorisation de corriger ta nonchalance… Et tu vas adorer ça, mon beau…
Il avait susurré sa dernière phrase contre les lèvres d'Argon, qui, tétanisé, resta figé et, écœuré de voir un gamin sans défense ainsi humilié par une grande brute qui avait au moins le double de son âge et de son poids, Bilbo croisa ses bras sur sa poitrine pour parler d'un ton implacable :
— Lâche-le.
Surpris, l'autre leva les yeux vers lui, semblant se rappeler seulement de sa présence, et sèchement, il lâcha Argon pour marcher dans sa direction, soudain très menaçant. Mais Bilbo resta stoïque et soutint fermement son regard, sans même prendre la peine de se sentir intimidé. Après tout, il était immunisé ici, il le savait tout aussi bien que les autres nains de ce clan : quiconque le touchait aurait affaire à Thorïn, et quiconque avait un minimum d'instinct de survie ne voulait pas ça.
C'est pourquoi il resta brave lorsque les doigts puissants attrapèrent sa gorge et que le nain se pencha sur lui en grinçant des dents :
— Ne t'avise même pas de me parler sur ce ton, petit, ni même d'imaginer pouvoir me donner des ordres…
— Retire tes mains.
Agrippant son poignet, Bilbo avait feulé en réponse et, derrière eux, Argon se redressa en parlant à son tour et s'éloignant prudemment des deux autres nains qui étaient restés en bas des marches pour leur bloquer l'accès :
— Ecarte-toi de l-
— Baldur, ne touche pas au hobbit, il est à Thorïn.
Cette fois-ci, c'était Eldur qui avait parlé durement, et son injonction fut entendue par le nain qui, sans douceur, lâcha la gorge du hobbit. Celui-ci prit rapidement une profonde inspiration, sans faire mine de reculer.
Il lança rapidement un regard à Eldur, le nain qui avait tenté de séduire Thorïn la vieille, qui semblait pourtant être le moins cons des trois, et il menaça d'une voix polaire :
— A Thorïn, oui. Et, si je me rappelle bien, il a fait savoir que si quelque chose vous dérange avec moi, c'était avec lui qu'il faut traiter… Alors, messieurs, sachez que je ne sortirai d'ici que s'il vient m'en donner l'ordre en personne, en attendant, il me semble que vous avez une guerre à préparer…
Reculant d'un pas, Baldur le toisa méchamment et il tressaillit brièvement, comme s'il se retint de justesse de frapper le hobbit qui le bravait du regard. Puis il siffla d'agacement avant de tourner les talons rageusement, bousculant ses deux compères qui firent demi-tour aussi.
Soulagés, Bilbo et Argon échangèrent un bref regard, mais, à mi-hauteur de l'escalier, la voix de Baldur tonna une dernière fois :
— Ne t'avise pas de trainer ici, Argon. N'oublie pas où est ta place, si tu ne veux pas que je me charge de le faire.
Le plus jeune grimaça en réponse, puis les trois soldats disparurent pour de bon, laissant une ambiance inconfortable dans l'ancienne bibliothèque, avant que Bilbo ne demande presque timidement :
— Est-ce que ça… Ça arrive souvent, ce genre de chose ?
D'un haussement d'épaule nonchalant, Argon balaya la question, se contentant de récupérer son sac, qui ne le quittait jamais, avant de se diriger vers l'escalier, la tête baissée et sans un mot.
Bilbo le regarda partir en se disant que ce n'était pas vraiment étonnant, finalement, que celui-là ait totalement craqué sur Kili, l'antithèse totale de tous les guerriers, farouches, ignorants et violents, qui vivaient ici.
Aujourd'hui, les rebelles laissaient Argon tranquille uniquement parce qu'il était le petit-fils de Khaenïn, déjà vieux et dont l'existence tirait à sa fin. Le plus jeune n'ignorait pas quel sort attendait un mec comme lui, sans défense, dans une telle communauté qui n'avait de respect que pour les puissants, et il avait certainement vu, en Kili, un moyen de s'en protéger et de partir d'ici.
Il soupira, reprenant le vélin en main, considérablement refroidi par l'interruption des trois brutes qui, mine de rien, avaient bien réussi leur petit manège d'intimidation et il ressentit soudain l'envie de retourner à la tente, le seul lieu ici où il était un minimum en sécurité. Ou bien auprès de Thorïn. Il se sentait invincible lorsqu'il était avec lui.
Et puis après tout, ce n'était pas comme s'il venait juste de clamer à haute voix qu'il était sien et qu'il n'obéissait qu'à lui. Ce n'était pas très gratifiant et ça sonnait vraiment comme s'il était son animal de compagnie, sur le coup, mais il n'avait pas été très inspiré sur le moment, mais, surtout, il se sentait coupable d'avoir ressenti un plaisir conséquent pour chaque mot qu'il avait prononcé face à ces guerriers.
Ha merdre, heureusement que l'autre beau gosse ténébreux n'avait pas été témoin de ça, il n'en aurait été que trop heureux.
D'ailleurs, en parlant de lui… Bilbo n'eut même pas à se retourner pour savoir que les pas altiers qui descendirent les marchent appartenaient à un certain monarque handicapé des sentiments et, se tendant soudain, il resta face à la table sur laquelle étaient éparpillées notes et carnets, serrant les lèvres en se demandant, brusquement, si les trois autres corniauds avaient eu l'audace de se plaindre de lui auprès de Thorïn. Et merde.
Si c'était le cas, et que le nain se contentait simplement de venir lui dire de partir, ça allait le froisser considérablement et, faute d'inspiration, il se contenta de demander sèchement :
— Vous avez l'intention de rester sur mon dos encore longtemps ?
— Ho… Le hobbit est toujours de mauvaise humeur ?
Avec un sourire léger, Thorïn s'approcha de l'historien crispé, debout face à la table sur laquelle étaient éparpillées ses notes, pour regarder son travail par dessus son épaule. Dos à lui, le hobbit ne le vit pas écarquiller les yeux lorsqu'il aperçu, en évidence sur la table, le livre à la couverture brune écrit par Thror, mais ses pensées furent coupées par le plus petit qui maugréa sèchement :
— Je ne suis pas de mauvaise humeur, merci bien.
— Cela faisait pourtant un moment que tu avais cessé de me vouvoyer…
D'humeur légère, toujours dans le dos du hobbit qui se tendit, il se pencha légèrement sur lui pour susurrer dans le creux de son
oreille :
— Et ça me plaisait bien…
— Que sa majesté me le pardonne, c'était avant qu'elle ne se complaise à fouiller la gorge des brutes de ce camps trop gourmands pour leur propre bien…
— Je ne vois pas où est le problème…
Il avait répondu d'un souffle taquin qui exaspéra le hobbit et il plongea sa main dans sa tignasse pour l'inviter à lever les yeux vers lui.
— A moins que cette brute ne soit pas la seule à se montrer trop gourmande…
Épinglé par son regard, Bilbo déglutit, le souffle bloqué, mais il se dégagea pour retrouver son aplomb et défendre avec vigueur, évinçant le sujet pour continuer de l'accabler de reproches :
— Lâchez-moi. Ce n'est pas parce que ces fous ont décrété que j'étais votre propriété que vous pouvez me considérez comme tel...
— Justement, en parlant de ça… Certains nains de Dale n'apprécient pas vraiment de te voir fureter par ici… Entre autre…
Ha putain ! Pardon pour la vulgarité, mais Bilbo fut profondément agacé de constater que, effectivement, les trois autres abrutis étaient allés se plaindre auprès de Thorïn, et il siffla furieusement :
— Ils préfèreraient que je reste sagement dans votre tente à attendre gentiment que vous me passiez une laisse au cou avant de me sortir ?
Le ton était acerbe, mais, peu impressionné, Thorïn passa à côté du hobbit pour lui faire face en s'adossant à la table, répondant sérieusement :
— Quelque chose du genre, oui.
— Je préfèrerais encore quitter les Gadolah à pied.
— Pour aller où ?
Bilbo tiqua d'agacement face à la question narquoise du grand nain qui semblait se régaler de sa mauvaise humeur, nourrie par ce qu'il avait vu la vieille, entre Thorïn et Eldur, par ce qu'il venait tout juste de se passer avec les autres abrutis et, aussi, par l'inaccessibilité de ce corniaud qui préférait jouer avec lui comme un félin avec sa proie plutôt que le prendre sur le champs, avec fougue, passion et- Ho. Merde. Il n'était pas censé vouloir ça de sa part. Du moins, pas encore. Il était censé être en colère pour… En fait si. Il avait très envie de ça malgré tout.
Parce que, oui, après avoir passé une nuit et une demi-journée à ne penser qu'à ça, Bilbo voulait bien avouer qu'il était très jaloux de ce nain sorti de nulle part, qu'il aurait bien voulu être à sa place et que rien ne vienne les interrompre.
Et il était de mauvaise humeur parce que Thorïn l'avait très bien compris et semblait, lui aussi, tenté par l'idée, mais môssieur se contentait de le taquiner sans prendre la peine de lui proposer quoique ce soit de cet ordre là. Et quoi encore ? Il devait supplier pour ça ? Ou pire, faire le premier pas ? Fallait pas compter là-dessus !
Il n'était pas non plus un nain audacieux en manque de sensations…
Fâché, il lui tourna le dos pour s'écarter de quelques mètres et attraper un livre au hasard sur l'étagère la plus éloignée. Sèchement, il l'ouvrit et il se concentra sur le texte écrit dans la variation Epsilon du langage courant, écrit par les humains du Nord au troisième âge, donc un ouvrage local et, à moins que l'on ne s'intéresse aux traités de pêches, peu intéressant. Toutefois, il préféra étudier la description du lac tel qu'il était à cette époque, ainsi que les différents navires utilisés pour le fret, le transport des marchandises ou les pêches variées, plutôt qu'offrir son attention à Thorïn malgré le regard qu'il sentait posé sur lui. Mais il perdit totalement le fil de sa lecture lorsque le nain se redressa pour marcher dans sa direction et, nerveusement, il recula jusqu'à buter contre l'étagère derrière lui, tentant de cacher son visage derrière son livre, mais le roi le lui prit gentiment des mains pour le reposer avec les autres avant de planter son regard dans celui du hobbit acculé :
— Tu comptes bouder encore longtemps ?
— Navré… votre animal de compagnie n'a pas l'intention de faire le moindre effort pour se rendre agréable.
Thorïn fit la moue, mais, patient, il s'approcha encore de l'historien pressé contre les étagères dont le visage farouche était levé vers lui et, distraitement, il leva sa main pour caresser la joue du hobbit qui resta parfaitement immobile.
Sous la proximité et l'intimité de leur position, le plus grand sentit ses reins s'embraser et il se pencha légèrement sur l'historien qui entrouvrit ses lèvres en retenant son souffle. Mais Thorïn se reprit et, oblitérant le désir furieux de l'embrasser passionnément, il s'immobilisa pour chuchoter contre sa bouche :
— Tu me reproches quelque chose sur laquelle je n'ai pas d'emprise… Même si je peux t'assurer que ces trois là ne reviendront pas t'importuner de sitôt… Mais je n'y peux rien s'ils ne t'aiment pas…
— Ça t'arrange bien…
— On se tutoie maintenant ?
Bilbo grimaça en se rendant compte que sa langue avait odieusement fourchée et, piqué par le rire qu'il entendit dans la voix de Thorïn, il haussa les épaules:
— Vous piétinez allègrement la distance imposée par le vouvoiement, je n'y peux rien si vous n'avez aucun savoir vivre…
La voix était plus rauque, mais Bilbo gardait sa verve, ce qui fit sourire Thorïn et sa main qui caressait sa joue glissa sur sa nuque qu'il empoigna fermement, alors qu'il remarqua d'un ton curieux :
— Vous savez, Bilbo, j'ai vraiment du mal à vous cerner… Vous parlez et agissez comme si vous me haïssiez, mais votre attitude et vos décisions prouvent le contraire…
Son autre main vint à son tour englober la nuque de Bilbo qui baissa les paupières en entrouvrant ses lèvres, se désespérant de sentir celles de Thorïn contre elles, mais il parla d'un ton qui se voulait offusqué :
— Vue la manière dont vous me tenez, me vouvoyer est maintenant déplacé…
— Vous me reprochiez mon manque de savoir vivre…
— Je faisais allusion à la distance qui nous sépare, pas au fait que vous me tutoyiez…
Thorïn ne répondit pas et, prudent, il le lâcha et pensa reculer, mais la main du hobbit se referma sur sa tunique avant qu'il ne puisse faire un pas en arrière, l'invitant à rester proche de lui, et, séduit, le nain demanda en retenant un sourire :
— Je pensais que la distance vous importunait…
— Elle m'importune, oui… Je la préfèrerai… Réduite.
D'une pression, il attira Thorïn plus près, la tête bourdonnant délicieusement de l'avoir, enfin, tout à lui, qu'il en oublia sa colère présumée. Du moins, pour l'instant. Ce n'était que parti remise, promis.
Le nain ne se fit pas prier et, posant à nouveau ses mains sur le hobbit qu'il caressa du bout des doigts, il s'approcha encore, ses lèvres frôlèrent celles de Bilbo en s'étirant dans un sourire gourmand, partageant le même souffle que l'historien qui ne le repoussa pas.
Le moment sembla se figer et, après une brève hésitation, Thorïn se pencha sur lui pour embrasser sa bouche avec prudence, caressant seulement ses lèvres d'un souffle léger.
Sa colère palpable, l'interaction qu'ils avaient eue la veille et l'hématome de sa mâchoire, souvenir de leur dernier baiser, qui ne s'était toujours pas résorbé, lui rappelèrent douloureusement que l'autre ne lui était pas acquis, donc, prudent, il préféra se séparer avant de franchir, encore une fois, les limites. Il avait, certes, très envie d'aller plus loin, beaucoup plus loin, sur ce plan là avec Bilbo, mais il ne voulait pas vraiment que ce dernier lui reproche, encore, son appétit.
Mais, comme aimanté, Bilbo suivit sa retraite, incapable de laisser une quelconque distance entre eux. Il se sépara des étagères et, alors que le nain fit un pas respectueux en arrière, l'historien en fit un en avant, les paupières closes et le souffle court.
Il attrapa la nuque du plus grand d'une main fébrile et, se juchant sur la pointe des pieds, il embrassa franchement, quoique timidement, ses lèvres, embrasé par le parfum étourdissant du nain qui lui donnait le vertige. De son autre main, il caressa la joue, à la barbe courte et soigneusement entretenue, puis il se sépara et, le regard fuyant, il ne put voir la manière dont les yeux du brun flamboyèrent soudainement, attisé plus que de raison. Il garda ses mains sur la nuque du plus grand, pressé contre lui, incapable de se résoudre à s'éloigner, ne serait-ce que pour reprendre ses esprits.
Il était séduit, il ne pouvait plus le nier, surtout pas après s'être détourné de Vidalinn dans la seule idée de le retrouver, lui. Surtout pas alors que ses sens s'enflammaient sous l'injonction de ses doigts qui, presqu'avec tendresse, attrapèrent les plis de sa tunique pour la remonter sur son torse. Instinctivement, il leva les bras, permettant à Thorïn de le débarrasser du vêtement qu'il jeta au sol sans considération, avant de prendre sa taille puis, sans effort, il le souleva pour le plaquer contre l'étagère derrière lui. Enfin.
Leurs bouches se trouvèrent à nouveau mais, cette fois-ci, toute trace de retenue ou de réserve avait disparu, ne restaient que la passion et le désir, brut, sincère et sauvage.
Toujours très gracieux et maitre de lui, Vidalinn avait été un amant plutôt doux, dans le genre, du moins, pas agressif, et Bilbo n'avait jamais connu personne d'autre que lui. C'était pourquoi il se sentit entrer littéralement en combustion, soumis à ce violent déchainement des sens qui se souleva en lui au rythme des baisers furieux de Thorïn, dont le corps frémissant de puissance contenue se pressa contre lui avec ardeur. Son bassin, raidit par le désir, roula une première fois contre le sien et le soudain afflux de plaisir brouilla ses perceptions, mais il ne put l'exprimer autrement que par un gémissement langoureusement étouffé par la langue du nain qui outrageait sa bouche, et, ainsi muselé, le plaisir brulant tournoya en lui, enflant comme un ouragan.
Le hobbit ne connaissait pas ça. Même s'il ne s'était jamais ennuyé avec son premier amant, loin de là, jamais il n'avait ressenti ça, de cette manière. Il était déjà essoufflé, étourdi et perdu dans le plaisir alors que Thorïn se contentait simplement de l'embrasser à perdre haleine, son corps ondulant contre le sien et sa poigne intense tenant les cuisses du hobbit, enroulées autour de sa taille, pour le maintenir contre lui.
Holala, c'était trop bon. Dans ses bras, il oublia sa colère, sa rancune, la guerre qui se profilait, le livre de Thror, la prophétie et… Ho putain ! La prophétie ! La deuxième entrée dans la Montagne ! La guerre !
— Thorïn… Attend…
Essoufflé, enivré, mais déterminé, il posa ses mains sur les épaules du nain pour le repousser fermement, se sentant soudain stupide, lui qui attendait ça depuis un bon moment maintenant, mais il se dit qu'il y avait des priorités dans la vie, et se faire troncher par son ancien ennemi dans une bibliothèque oubliée alors qu'ils étaient à deux doigts de trouver Erebor et que la bataille de l'histoire se préparait n'en était pas une. Quoique… Peut-être que… S'il faisaient ça vit- Bref.
Surpris, le plus grand le laissa glisser au sol et Bilbo se réceptionna en chancelant, levant les yeux pour croiser ceux, opaques, de Thorïn, qui lui liquéfièrent le bas ventre.
— Que se passe-t-il, Bilbo ?
— Hem… Je…
Que se passait-t-il, oui ? Pourquoi fallait-il qu'une simple question innocente lui retire toute élocution ? Peut-être était-ce cette voix si basse… Ou ce regard si- Bref. Concentration.
— La prophétie... On a… On en a trouvé une version complète !
Le nain haussa un sourcil, mais il ne retint pas le hobbit lorsque celui-ci s'éloigna de lui pour s'approcher de la table et en prendre le vélin, qu'il lui mit dans les mains lorsqu'il vint à son tour.
En silence, il survola les mots en Sindarin, mais, rapidement, encore torse nu, Bilbo s'approcha pour poser une main sur son avant-bras afin de voir le papier et lui lire l'intégralité de la prophétie. Le roi le laissa finir, avant de demander avec curiosité :
— « Sur la pierre précieuse » ?
A l'intonation, Bilbo compris que le terme avait interpellé le nain, mais, ignorant de quoi il s'agissait et pas vraiment intéressé, il haussa les épaules en désignant le dernier paragraphe :
— Je ne suis pas familier de cette prophétie, mais Argon semblait dire que, dans la version connue aujourd'hui chez les nains, il est question du sang des héritiers… Un sacrifice…
Il laissa sa phrase en suspens, sondant Thorïn, tâchant de lui faire confiance sur ce point, mais un peu inquiet à l'idée d'apprendre qu'il était déjà conscient de ça et que, malgré tout, il ait décidé d'amener ses neveux si proches de ce fameux trône d'argent.
L'absence d'expression de son visage ne le rassura pas, surtout que le brun fit la moue en concédant froidement :
— Effectivement… C'est une croyance bien ancrée maintenant… Et c'est la raison pour laquelle la GITM nous voulait vivants, moi et mon frère, et qu'elle n'a pas encore tué Fili et Kili… Non seulement parce qu'elle y croit, mais parce qu'elle s'imagine obtenir la soumission des nains si elle accomplit la prophétie de cette manière…
— Tu le savais ?
Bilbo avait posé sa question d'une petite voix, et Thorïn soupira, avant de poser sa main dans le creux du dos nu du hobbit, qui se figea, pour répondre fermement :
— Je sais qu'ils en veulent à mes fils et que, quelle que soit la manière dont ils interprètent cette prophétie, ça ne présage rien de bon pour eux…
— Mais… Pourquoi les laisses-tu ici alors ?
Thorïn fit la moue en soupirant. Que pouvait-il répondre à ça, mis à part qu'il avait l'intime conviction que, où qu'ils soient, aucun des deux ne serait jamais en sécurité et qu'il sentait qu'ils avaient leur rôle à jouer, ici et aujourd'hui. Et, de toute manière, à partir du moment où la GITM aurait la Montagne, elle les traquerait sans pitié. Même s'ils se cachaient, leur vie ne serait qu'en sursie.
Il se contenta de reprendre le vélin, pour s'intéresser, à nouveau, au premier couplet, s'écartant de Bilbo pour poser le papier sur la table, constatant simplement :
— Ta traduction de « Sur la pierre précieuse » est erronée…
Piqué, le plus petit écarquilla les yeux, lui qui était bien plus à l'aise avec le Sindarin que le Khudzul, et toute autre langue, se sentit insulté par la remarque, de la part d'un nain en plus, c'est pas comme si Thorïn était censé y connaître quelque chose, et il fronça les sourcils :
— Je ne crois pas, non… Arken est bien le datif du mot Arkos, « Précieux »… qui est ici l'adjectif du mot « Pierre ». Et l'ensemble est l'accusatif de la préposition «-Sün », qui veut dire « Sur quelque chose »… Je ne vois pas où est la faute…
— « -Sün » veut aussi dire « Avec » il me semble…
Ho mazette. Thorïn avait bien des notions de sindarin ! Mais d'où il sortait ça, ce con ? Toutefois, trop fier pour accepter de recevoir un cour de grammaire elfique de la part d'un nain, il resta sur sa position et défendit son point de vue en s'approchant de lui :
— Seulement si-
— Seulement s'il est accompagné d'un datif. Hors, si tu regarde bien, « Arken » n'est pas l'adjectif de la pierre, si ça avait été le cas, il aurait lui aussi possédé un article-
— C'était chose commune au premier âge d'évincer les articles…
— De la part du roi Elessar en personne ? Il n'était pas un quelconque scribe pressé et soucieux d'économiser le papier… Je pense plutôt qu' « Arken » est lui aussi un nom propre et non un adjectif, et qu'il est couplé au mot « Stên », la pierre. Tous les deux sont donc datifs.
Holala… Non seulement il maitrisait superbement bien toutes ces petites nuances qui rendaient la traduction de sindarin si difficile et si aléatoire, mais, en plus, il replaçait instinctivement le texte dans son contexte d'écriture originale sans tomber dans les pièges historiques.
Décidément trop sexy… Les mecs qui avaient un minimum de culture et de savoir, notamment au niveau linguistique, le faisaient littéralement fondre, il n'y pouvait rien s'il était totalement démuni face à ça. Et si un jour Thorïn lui sortait une phrase dans une variation oubliée de la langue commune, il ne répondait plus de rien.
— Tu ne penses pas ?
Inquiet de le voir muet, Thorïn réitéra sa question en se tournant vers lui, caressant du dos du doigt la joue de Bilbo qui répondit distraitement :
— Tu es vraiment trop séduisant quand tu parles Sindarin… L'accent Khudzul donne aux mots un certain… Charme… moins mélodieux, mais plus puissant…
Surpris, Thorïn retira sa main, pris de court par la remarque totalement inattendue, mais Bilbo se reprit rapidement et il se racla la gorge pour annoncer avec son ton de professeur :
— Toutefois, deux noms communs ne peuvent se suivre ainsi en répondant à la même préposition… L'un des deux est forcément le qualificatif de l'autre…
— Pas s'ils ne forment qu'un seul mot…
Bilbo fronça les sourcils, et Thorïn reprit pour lui expliquer patiemment :
— « Arken-Stên »… La forme dative et primitive du mot « Arkenstone »…
— « Arkenstone » ?
— Un joyau oublié qui symbolise la royauté d'Erebor… Il est communément admis qu'il se trouve encore dans la montagne… Le premier couplet devient donc : « Au delà des Monts brumeux, Dans la montagne enterrée, Le cercle d'or est oublié. Avec l'Arkenstone il reste à veiller, Dans le tombeau des âmes mêlées. »
— Et tu le savais depuis le début ?
— Le mot m'a sauté aux yeux...
— Alors pourquoi m'as-tu laissé trépigner ainsi ?
Biblo lui avait répondu sèchement, furieux contre lui même de ne pas avoir vu ça plus tôt… Comment pouvait-il faire des erreurs aussi stupides ? Face à Thorïn en plus ? Celui-ci eut un sourire amusé et il se pencha sur ses lèvres pour susurrer d'une voix chaude, sans pudeur :
— Parce que m'allumes littéralement lorsque tu étales ta science de cette manière… Et que tu te braques quand tu comprends que tu n'es pas celui qui a raison…
Il s'approcha encore et Bilbo baissa les yeux, ses lèvres entrouvertes accueillirent le souffle du plus grand. Il l'allumait ? Vraiment ? Soudain gourmand et curieux, l'esprit en ébullition, il posa sa main sur le torse de Thorïn afin de la laisser glisser sur l'abdomen ferme, effleurant le ventre alors qu'elle descendit plus bas. Bien plus bas. Pour constater que, effectivement, il ne le laissait pas indifférent…
Il se sentit frémir d'un plaisir anticipé et, audacieux, il caressa franchement l'entrejambe du plus grand qui, à son tour, se pencha sur lui pour prendre ses lèvres, enflammé par son touché habile. Mais, encore une fois, Bilbo posa fermement son autre main sur son torse pour le repousser en chuchotant contre sa bouche, sans cesser son massage attisant et s'amusant secrètement à le pousser dans ses limites :
— Attend, il y a autre chose…
— Ça ne peut pas attendre ?
La voix chaude, qui vibrait d'un désir impatient, suffit à embraser ses sens, mais il garda la tête froide pour annoncer en le regardant dans les yeux :
— Pour pénétrer dans Erebor… Il existe peut-être une deuxième entrée…
Merci d'avoir lu !
Je viens d'avoir un gros gros coup de chaud après un plantage de word, j'ai perdu tous mes fichiers sauvegardés sur l'ordi...
Heureusement, j'avais enregistré tous les chapitres en avance d'ODLAU sur internet. C'est les premières versions, ceci-dit, mais au moins, il me reste quelque chose, mais je vais avoir toutes les nouvelles modifs à refaire T_T
Il n'y a que le chapitre 24 qui a totalement disparu de la circulation, je ne sais pas pourquoi lui mais il y aura peut-être du retard sur les prochaines publications, du coup. (Dommage pour vous, parce qu'il me semble que le prochain sera un peu acidulé... :p)
Et puis heureusement que j'ai posté Diamonds hier, sinon, ça aurait été perdu aussi parce que, pour ce chapitre, je n'avais aucune sauvegarde ailleurs. Bref.
Ça reste récupérable.
J'espère que ça continue à vous plaire ! (Les derniers chapitres ont eu une grooosse baisse de vue et de reviews, limite si c'est pas divisé par deux (voire 3 pour les reviews T_T), mais bon, je suppose que si vous lisez ces lignes, ça va encore XD)
Riritte : Merci pour tes reviews régulières ! J'espère que ce chapitre a répondu à tes attentes ;)
