Totalement déboussolée et inquiète, Orianne se mit à genoux en chancelant, avant de cracher sèchement un caillot de sang qui était resté coincé dans sa gorge.
Il faisait sombre tout autour d'elle, sombre et humide. Les parois rocheuses qui se refermaient sur elle étaient poreuses et couvertes de petites gouttes d'eaux immobiles qui reflétaient le peu de lumière filtrée par l'unique ouverture de sa cellule.
Elle avait sur elle l'habit sombre, propre aux prisonniers du Gondor qui lui avait été donné lorsqu'elle avait été internée.
C'étaient les seuls faits concrets qu'elle avait à disposition pour comprendre où elle était.
Le reste était extrêmement flou.
Il y avait eu une explosion, ou même plusieurs. Des cadavres, des hurlements, le feu et la fumée, noire et âcre. Puis les coups. Dans l'abdomen, au visage et, le dernier, à la tempe, ce qui l'avait mise KO directement.
Elle avait aussi été droguée, elle sentait encore une désagréable et lourde torpeur qui paralysait ses muscles.
Mollement, elle leva un bras pour vérifier le contrôle, faible, qu'elle avait sur ses doigts engourdis, mais la porte s'ouvrit à ce moment et elle détourna le regard pour ne pas être heurtée par le soudain afflux de lumière.
L'homme qui se tenait à l'ouverture, brun au regard instable et au nez récemment abîmé, la toisa un instant, les bras croisés sur sa poitrine, comme s'il cherchait à l'évaluer et, l'étudiant elle aussi, elle resta silencieuse, se retenant de lui poser toutes les questions qui se bousculaient en elle. Soudain, l'autre poussa un soupir à fendre l'âme en baissant les bras, la prenant au dépourvu :
— Bon… Qu'est-ce que je fais de toi, maintenant ? Ça marche comment, ces choses là ? Je suis censé te découper en morceau et envoyer les petits bouts à ton amoureux pour le faire souffrir ?
Elle écarquilla les yeux, sans répondre, et il s'agenouilla face à elle pour la sonder avec curiosité, prenant sans douceur son visage entre ses mains moites et tremblantes. Son regard planté dans le sien, Orianne n'eut aucun mal à définir à qui elle avait à faire : un fou. Un timbré, dont la démence, discrète, mais présente, tourbillonnait indolemment au fond de ses prunelles et elle déglutit, gardant le silence lorsqu'il la lâcha sèchement pour se redresser, soudain un peu plus lucide :
— Au fait, je ne me suis pas présenté… Je m'appelle Heljar. Je suis l'Agent Supérieur de la section exploration de la GITM. Nous sommes une organisation internationale qui a pour but de retrouver et protéger les richesses de ce monde. Je t'ai enlevé parce que je me suis dit que ça ferait bien chier l'autre connard de Dwalin… Et aussi parce que tu m'as été offerte comme paiement d'un petit service que j'ai fourni à mon employeur alors que ça ne rentrait pas dans mes attributions…
Avec courtoisie, il lui prit le poignet pour la gratifier d'un doux baisemain sans qu'elle ne songe à se dérober, le cœur de plus en plus oppressé par une angoisse incontrôlable
Surtout que l'autre, décontracté, s'assit à même le sol, face à elle, semblant désireux d'entamer la conversation d'une voix nonchalante :
— Je ne voulais pas de toi, à la base, mais on m'a dit que Dwalin tenait à toi. C'est vrai ?
— Non.
Elle avait répondu spontanément, peu désireuse d'être utiliser contre le grand nain, et l'autre se redressa, surpris et, soudain, furieux :
— Comment ça ? Il paraît que vous vous êtes embrassés ?
Elle serra les lèvres, sans savoir quoi répondre, intimidée par cette chose violente et totalement hors de contrôle qu'elle lisait dans le regard de cet homme, qui ne semblait être qu'un réceptacle pour la folie qui l'habitait et qui parlait à sa place. Comprenant qu'elle venait de lui mentir, il se rassit contre la paroi en grimaçant :
— Tu es une menteuse, toi aussi. Je n'aime pas vraiment ça, moi… Les menteuses.
Le ton était soudain polaire et suffit à lui donner la chaire de poule. Elle déglutit douloureusement, sa gorge serrée semblait bruler, mais elle resta silencieuse, encore une fois, lorsqu'il reprit doucement :
— Du coup, je me suis dit que je pouvais t'utiliser pour lui faire du mal. Il a tué mon frère, tu sais ? Il était con mais je l'aimais bien. Sauf que la torture et tous ces trucs là, c'est Azog qui s'en occupe, normalement… J'ai peur de te tuer trop vite et de ne pas profiter…
Encore une fois, totalement pétrifiée, elle ne répondit pas et, agacé, il se racla la gorge en reprenant sèchement :
— Pourquoi tu ne parles pas ?
— Vous me faites peur.
Cette fois, elle avait répondu franchement, d'une voix crispée et le regard fuyant. Il la regarda un instant, comme si elle venait de dire une aberration, puis un sourire ravi étira son visage qui s'illumina comme un matin de noël.
— Moi ? Je te fais peur ? Alors que je ne t'ai même pas touché ?
Il eut un rire fier et, gonflant la poitrine, il fanfaronna joyeusement :
— Normalement, c'est Azog ou Vidalinn qui parviennent à réduire leurs ennemis au silence simplement en les regardant ou en leur parlant… Je ne savais pas que je le pouvais aussi, c'est facile, en fait.
Il se lécha la lèvre, sans se départir de son sourire malsain et il se leva brusquement, la faisant sursauter. Elle le sentait totalement imprévisible, capable de lui trancher la gorge simplement pour voir de quelle couleur était son sang, mais il sembla apprécier ce pouvoir qu'il avait sur elle et, sans en faire plus, il jubila :
— Tu sais. Tout le monde me prend pour un con, au sein des dix… Même Rasmus dit que je suis fou, mais je sais qu'il m'aime bien pour ça…
— Ils se trompent…
D'une voix blanche, elle avait répondu la première chose qui lui passa à l'esprit et il se figea, pour la fixer bêtement, comme totalement pris au dépourvu par sa simple remarque :
— Pardon ?
Elle se racla la gorge et leva les yeux pour assurer avec aplomb :
— Ils se trompent sur vous… vous n'êtes pas un con… Vous avez su trouver le point faible de Dwalin et vous avez maintenant la place de Vidalinn…
Elle n'était pas vraiment à jour, en ce qui concernait l'organisation, mais elle avait déjà entendu parler de Vidalinn, savait à peu près qui il était et était au fait de sa trahison. Et, surtout, à entendre Heljar parler, elle avait senti que ce dernier avait un léger complexe d'infériorité vis à vis de ses collègues et elle appuya le clou en se redressant :
— Si vos collègues vous prenaient réellement pour un fou, ils ne vous auraient pas demandé de vous occuper de Dwalin alors qu'il est le second de Thorïn… Parce que c'est la raison pour laquelle Rasmus m'a offert à vous, pour que vous soyez celui qui anéantira Dwalin… Vous serez le héro de cette guerre, au même titre que Vidalinn et Stirnir…
Il resta silencieux un instant, l'étudiant du regard puis, soudainement, son poing fusa, percuta Orianne à la mâchoire et la naine fut propulsée au sol dans un gémissement de douleur.
— J'AI DIT QUE JE N'AIMAIS PAS LES MENTEUSES !
Il avait hurlé en se pencha sur elle et, tremblante, elle resta recroquevillée au sol en se forçant à retenir ses larmes pour se justifier précipitamment :
— Je ne mens pas !
Il se pencha sur elle pour attraper ses cheveux et la soulever sans effort, possédant une force surprenante, puis il la sonda à nouveau de son regard damné :
— Tu penses vraiment ce que tu viens de dire ?
Affolée, elle planta son regard dans le sien, entendant, derrière la question, la note d'espoir et de convoitise qui faisait trembler la voix et elle acquiesça vivement, déblatérant les premières choses qui lui vinrent à l'esprit en ne lui disant que ce qu'il voulait entendre :
— Vous êtes un AS. Tous les AS que je connais sont les meilleurs dans leurs domaines… Bilbo est la personne la plus intelligente, Azog est le plus dangereux, Stirnir le plus secret et Vidalinn le plus puissant… Et pourquoi siégeriez-vous parmi les dix si vous ne faisiez pas parti des meilleurs de cette organisation ?
— Vidalinn et Bilbo sont des traitres.
Sans entendre sa dernière question, il avait répondu en grommelant et elle déglutit encore, le cœur battant la chamade puis elle lâcha sans réfléchir, ne lui disant que ce qu'il avait envie d'entendre :
— Vous valez mieux qu'eux et Rasmus le sait… Vous êtes plus intelligent que Bilbo et plus dangereux que Vidalinn à la fois…
— Alors pourquoi il ne me donne que les tâches les plus ingrates ?
— Réfléchissez… Vous avez maintenant la place de Vidalinn parce qu'il est parti… Si jamais Stirnir disparaît, vous deviendrez certainement le chef des ombres…
Il la sonda un instant avec effarement, puis, brutalement, il la jeta au sol en criant à nouveau :
— Salope ! Tu penses vraiment pouvoir me duper et me monter contre les miens ? Tu me flattes pour mieux me manipuler, tu es comme toutes les femmes ! Sale garce !
Elle poussa une exclamation de douleur, le souffle coupé, lorsqu'il lui lança un violent coup de pied dans l'abdomen, et elle ne put contenir ses larmes, de détresse et de douleur, qui coulèrent sur ses joues alors qu'elle tenta de reprendre son souffle, terrorisée.
Mais, lorsqu'il l'entendit pleurer, son visage blêmit et il se liquéfia, avant de se jeter à côté d'elle pour caresser ses cheveux en paniquant totalement :
— Ne pleure pas, ma belle… Ne pleure plus, je t'en supplie ! Personne ne te fera du mal, je te le promets ! Tout ira bien… JE T'AI DIT D'ARRETER DE PLEURER !
Passant brutalement de la panique à la fureur, il se montra soudain menaçant et elle serra les dents pour juguler ses sanglots, n'osant pas broncher lorsqu'il sécha ses larmes en lui envoyant un sourire qui se voulait rassurant, terrifiant, parlant de ce nouveau ton totalement fêlé :
— Tu vois, ma belle… Il ne faut pas pleurer… Il ne faut pas… Tu me le promets ?
Tremblante et apeurée, elle acquiesça, incapable de parler, et elle déglutit bruyamment avant de parler d'une toute petite voix :
— Je vous en supplie, laissez-moi tranquille…
Caressant toujours son visage, il s'immobilisa comme frappé par la foudre, puis il retira sa main, son regard fracassé la sondant avec colère :
— Pourquoi ?
— Je… Je suis très fatiguée, j'aimerai dormir.
Il hésita, sa main se mit à trembler, et il s'écarta, avant de tourner maladroitement sur lui-même pour regarder la cellule macabre dans laquelle ils se trouvaient. Il trembla à nouveau, et une certaine lucidité naïve fit briller son regard instable :
— Tu ne peux pas dormir ici… Il fait trop froid… Et il n' y a même pas de lit…
Elle n'eut pas le courage de le contredire, n'y même de s'opposer à lui lorsqu'il lui prit la main pour la trainer derrière lui.
— Viens avec moi, ma belle, je vais t'emmener en sécurité.
oOo
Okay…
Donc tout le monde ne partageait pas vraiment le même sens des priorités et Thorïn, même si la nouvelle ne l'avait pas laissé indifférent, ne semblait pas juger nécessaire d'approfondir sur le champs cette petite découverte que Bilbo trouvait sensationnelle.
Après tout, entre chercher une supposée deuxième entrée introuvable, cachée en territoire ennemi, et épingler un hobbit historien malpoli, mais aguichant, contre les étagères d'une vieille bibliothèque oubliée n'avait pas l'air d'être un choix trop difficile à faire pour le monarque. Ce qui convenait parfaitement au hobbit concerné qui, non seulement se laissait faire mais, en plus, participait activement au baiser langoureux et passionné dans lequel le nain l'avait entrainé.
Porté sans effort par le plus grand qui l'avait plaqué contre les vieux meubles, ses jambes ceignant sa taille et ses bras enroulé autour de ses larges épaules, Bilbo avait l'impression que c'était déjà trop et, pourtant, pas assez. Il fallait dire que la bouche ardente du nain sur qui il avait craqué suffisait à lui faire tourner la tête, mais pas autant que son bassin raide qui se mouvait sensuellement contre le sien et qui laissait présager un futur plaisir intense.
Avide d'avoir plus, il fit descendre une main le long de son torse, défaisant maladroitement les boutons de la chemise au passage, un par un, sans cesser de répondre aux assauts buccaux du plus grand. Une fois le vêtement entrouvert, il plaqua sa paume sur la peau nue qui frémit sous l'intrusion, et il la fit glisser sur les abdos, remontant sur la poitrine fièrement couverte d'une toison virile qu'il caressa avec délectation. Il passa ensuite sa main sur l'épaule pour en dégager le tissu superflu qu'il laissa choir au sol, découvrant un torse chaud à la musculature ciselée, parfaitement aux gouts du hobbit qui saliva.
Thorïn se sépara à ce moment pour le regarder dans les yeux, de ce regard si poignant et si intense pour lequel Bilbo aurait pu, à l'instant, assouvir ses moindres désirs, ses moindres caprices, à la moindre sommation. Il se contenta de baisser les yeux pour étudier encore une fois le corps dévoilé qui lui faisait face et sa gorge s'assécha délicieusement : A se damner, vraiment.
Toutefois, le nain sembla lire dans ses pensées car un léger pli arrogant ourla le coin de ses lèvres et l'historien, désireux de lui fermer son claquet avant même qu'il ne l'ouvre, se racla la gorge pour demander d'un ton naïf :
— Tu n'es pas censé avoir une guerre à préparer ?
Il fallait vraiment être con pour poser ce genre de question dans ce genre de contexte, mais Bilbo ne s'en fit la remarque qu'après avoir parlé, et, se traitant d'abruti, il se mordit la langue, espérant sincèrement que le plus grand répondrait à la négative. Surtout que l'autre marsouin était certainement capable de l'abandonner ici juste pour l'embêter ou bien le voir ramper derrière lui, mieux valait ne pas lui tendre la perche.
Toutefois, Thorïn se contenta de lui sourire, le type de sourire qui l'inquiétait tout de même un peu, avant de susurrer contre ses lèvres :
— Veux-tu que je parte m'occuper de cette guerre tout de suite, Bilbo ? Ou bien préfèrerais-tu autre chose ?
Ho, le con ! Il n'allait tout de même pas attendre que le plus jeune le retienne et lui dise clairement qu'il avait envie de lui ici et maintenant ? C'était très mesquin et il n'était pas question de lui faire ce plaisir qu'il ne méritait pas !
— Dis le moi…
Ho mazette… Cette voix, bordel de merde… Bien entendu qu'il n'était pas pensable de le laisser partir. Les préparations étaient pratiquement terminées et les généraux rebelles s'en sortaient parfaitement sans lui, en plus, donc pas la moindre culpabilité de ce côté là. Il pouvait avoir Thorïn pour lui toute la journée s'il le souhaitait. Oh… Quelle belle perspectiv- Oui mais non. Il était censé lui reprocher plein de trucs, pas le supplier pour recevoir quoique ce soit de cet ordre là.
Il allait l'envoyer au loin, tient. Juste pour la forme.
Ça t'apprendra à vouloir jouer, beau-gosse… Et na.
Ceci dit… La bataille allait éclater d'un jour à l'autre. Ou, même, d'une heure à l'autre… Et qui sait combien de temps elle allait durer, s'ils en voyaient le terme…
Ha mince… A choisir, Bilbo n'eut aucun mal à décider ce qu'il regretterait le plus, entre succomber maintenant ou bien jouer à la diva susceptible…
Mais quitte à succomber, autant le faire avec panache !
Son sourire diabolique s'agrandit lorsque, prenant sa décision, il laissa à nouveau sa main caresser la musculature prononcée, glissant sur les pectoraux, flattant les flancs, puis, d'une pression sur le ventre, il somma à Thorïn de le lâcher. L'autre le posa à terre sans discuter et son regard se voila d'un appétit intense et exigeant lorsque Bilbo, subitement, posa un genoux au sol en attrapant le pantalon qu'il fit glisser le long des hanches saillantes.
Il se racla discrètement la gorge lorsque l'entrejambe se dévoila, un trait de désir anticipé lui vrillant les reins et toujours agenouillé, il s'empressa de débarrasser Thorïn du reste de ses vêtements. Puis il posa presque religieusement ses mains sur ses cuisses qu'il malaxa distraitement, levant les yeux dans une question tacite pour accrocher ceux, opaques, du nain qui plongea ses doigts dans sa tignasse en réponse.
Le soupir rauque, porteur d'un plaisir franc, qui roula dans la gorge de Thorïn lorsque les lèvres de l'historien se refermèrent sur lui, fit frémir le plus jeune qui s'appliqua à enflammer son désir en jouant de sa langue, de ses lèvres et de son souffle sur l'érection qui s'éveilla fièrement, caressant ses cuisses, ses hanches et le bas de son ventre avec douceur.
La tête jetée en arrière, les yeux clos et ses doigts crispés emmêlés aux boucles folles de celui qui attisait si bien ses sens, décidé à prouver qu'il valait mieux que certains rebelles de ce camp, Thorïn profita de la gâterie qui, au lieu d'assouvir le désir brulant qu'il ressentait pour Bilbo, l'exacerba considérablement.
Conscient que, s'il continuait ainsi, le plus petit pouvait le faire venir uniquement avec la bouche, il affermit sa prise sur sa tignasse et l'invita à se relever pour lui faire face à nouveau, il n'était pas contre l'idée, mais il avait maintenant envie de plus, surtout que l'historien semblait partant lui aussi. Il passa un doigt avide sur ses lèvres humides, qu'il embrassa ensuite, goutant à son propre parfum qu'elles portaient encore, tout en s'attaquant à la ceinture du plus petit qui se tordit contre lui.
— As-tu une préférence ?
La voix était divinement basse et elle fit un effet monstrueux à Bilbo. Mais celui-ci griffa le dos nu du nain en répondant sèchement :
— N'essaie même pas de me faire dire que tu es meilleur que Vidalinn, je n'ai pas l'intention de vous comparer.
Et puis on ne pouvait pas comparer ce qui n'était pas comparable, n'est-ce pas ? Sans vouloir les classer, il était clair que Thorïn et Vidalinn n'avaient que très peu de choses en commun. Mis à part leur stupide fierté, et l'arrogance, et le romantisme aussi, du moins, le manque le romantisme, sans oublier la badassitude, ni même leur côté très –trop- rancunier, avec en plus… Ouais. Ils avaient beaucoup de choses en commun, en fait. Ce qui devait peut-être interpeller Bilbo sur ses propres gouts douteux, mais la question n'était pas là.
Toutefois, l'autre eut un sourire amusé et, d'un geste sec, il fit descendre le pantalon en s'abaissant, profitant de l'occasion pour flatter les jambes sensibles tout en embrassant la hanche. Le hobbit glapit et il tenta de se soustraire à l'afflux soudain d'un plaisir vif, mais Thorïn se redressa pour empoigner sa nuque et susurrer d'un ton plus bas encore, contre ses lèvres :
— Je parlais de la position…
— Ho.
Se sentant soudain bête, il étudia rapidement la salle. Le sol était trop poussiéreux pour qu'il éprouve le désir de continuer à l'horizontal ce qu'ils avaient si bien commencé, à l'instar de la vieille table qui semblait prête à s'écrouler au moindre souffle. Il leva les yeux pour accrocher ceux, bouillants, de Thorïn, puis, sans ajouter un mot, il se retourna pour lui offrir son dos.
— Ho… Par Mahal, Bilbo…
L'initiative ravit le plus grand dont la divine voix basse et rauque était porteuse d'une intonation aussi affamée que pressée. Le hobbit frémit lorsqu'une main agrippa sa taille pour attirer son bassin contre celui du nain, tandis que l'autre caressa le creux de ses reins, avant de passer sur une omoplate pour se poser sur l'épaule non blessée. Répondant à la pression ferme des doigts du plus grand, Bilbo se pencha légèrement en avant, attrapant les étagères pour maintenir son équilibre et mordant durement sa lèvre inférieure pour retenir un gémissement lorsqu'un premier doigt s'inséra en lui. Le brun se baissa sur lui pour embrasser ses épaules et sa nuque, ses longues mèches vinrent chatouiller son dos nu, avant de parler à son oreille :
— Je t'aurais pensé plus romantique que ça…
Bilbo avait fermé les yeux pour déguster les délicieuses sensations qui se répandaient en lui sous l'injonction des doigts qui le préparait, son corps brulant agréablement, anticipant déjà le plaisir qui allait suivre, et il répondit d'une voix sourde :
— Je le suis peut-être… Mais ce n'est pas le cas des mecs pour qui je craque…
— Effectivement…
Il sentait le souffle exacerbant de Thorïn contre sa nuque, hérissant son épiderme.
Il lui était totalement exposé, sans défense, dos contre lui alors qu'il l'avait considéré si longtemps comme un danger, une menace mortelle. L'impression d'être ainsi offert à un type pareil était extrêmement érotique et il se cambra voluptueusement lorsque, embrassant son épaule, Thorïn fit remonter langoureusement une main contre son ventre, touchant son torse de caresses assurées, avant de lui attraper la gorge pour le redresser, accentuant la courbure de son dos.
Ils s'embrassèrent avec passion, mais Bilbo se sépara dans un gémissement heurté lorsque le brun retira ses doigts et il eut le reflexe d'attraper son poignet pour souffler d'une voix inquiète, se tournant partiellement, les joues rouges :
— Juste… Commence doucement, ok ?
Il était dos à Thorïn, mais l'accro qu'eut le souffle de ce dernier fut suffisant pour qu'il devine son exécrable sourire victorieux et il rougit de plus belle en fermant les yeux, s'excusant mentalement auprès de Vidalinn pour l'insinuation sans ambiguïté qu'il venait de laisser entendre.
Mais, après tout il était maintenant bien placé pour constater la véracité des rumeurs concernant un certain aspect de l'anatomie des nains et, même s'il n'était pas un novice dans le domaine, il ne put s'empêcher de craindre la douleur, surtout que Thorïn ne semblait pas être le genre à faire dans la dentelle si on lui laissait la bride au cou. Mais le plus grand embrassa à nouveau son épaule, puis sa nuque, tout en attrapant ses hanches d'une manière parfaitement embrasante et il mordilla gentiment le lobe de l'oreille du plus jeune en murmurant à son tour :
— Je ne vais pas te faire de mal, ne t'inquiète pas…
— Sa majesté a intérêt à tenir sa parol-
La fin de sa phrase fut noyée dans un gémissement feutré et il se tut pour se concentrer sur son souffle en serrant les doigts sur l'étagère qu'il tenait, les yeux clos et les lèvres entrouvertes dans une exclamation muette, jugulant l'ouragan des sens que souleva l'intrusion de Thorïn en lui. Il se pencha plus en avant pour faciliter la pénétration, sans se douter de la vision hautement alléchante qu'il présenta au roi déchu qui retint un vertige étourdissant. Mahal… Il avait entendu parler de la sensualité outrancière des hobbits, trop bien cachée sous leurs manières chastes, polies et vertueuses pour qu'il n'y accorde du crédit, mais Bilbo validait sans mal tout ces on-dit à propos de l'érotisme de ces surprenantes personnes issues de la Comté.
Gardant une main sur sa hanche, il laissa l'autre glisser avec volupté sur sa peau qu'il outragea de caresses ardentes, jugulant fermement le désir qui enflammait ses reins, avide d'imposer déjà un rythme plus intense à l'étreinte. Ses doigts remontèrent le long d'un bras crispé, jusqu'à atteindre ceux du hobbit qu'il attrapa galamment, tâchant de se montrer doux alors qu'il commença à ondoyer voluptueusement en lui, la tête bourdonnant de plaisir.
Les gémissements du hobbit, la manière dont son corps tressaillait à chaque nouvelle pénétration, toujours plus ardente que la précédente, son souffle haché sur lequel il n'avait plus de contrôle et la vue de son dos, cambré, offert à son caprice, totalement abandonné dans ses bras, aiguisèrent ses sens bien plus sûrement que le plus puissant des aphrodisiaques ou le plus doué des amants.
« Le tuer sera la plus grosse erreur de ta vie. » Ho oui… Vidalinn, tu ne savais pas à quel point tu étais dans le vrai en affirmant une chose pareille… Cette pensée lucide traversa l'esprit de Thorïn alors que les exclamations étouffées du hobbit enflaient avec sensualité, en rythme avec ses propres coups de reins qui s'amplifiaient.
Laissant le plaisir le submerger, il lâcha la main qu'il tenait pour attraper l'épaule sur laquelle il appuya, l'invitant à se baisser, l'autre main tenant toujours les hanches qu'il maintenait fermement. Le hobbit cria de plaisir lorsque l'angle de la pénétration changea, plus intense, et Thorïn approfondit délicieusement l'étreinte, comblé, son regard rivé sur la superbe chute de rein du plus jeune sensuellement offerte à sa vue.
Toutefois, lorsqu'il se sentit au seuil de la jouissance, il se sépara de lui pour l'inviter à se tourner et lui faire face, avant d'attraper ses cuisses pour le soulever en le plaquant contre les vieilles étagères, s'insérant entre ses jambes qui s'enroulèrent autours de sa taille. Bilbo s'agrippa à ses épaules, ouvrant franchement la bouche pour accueillir celle de Thorïn, poussant un souffle ravi lorsqu'il s'enfonça à nouveau en lui, prenant un pas plus lent et plus tendre, mais porteur d'une intensité étourdissante. La position était moins confortable, et, surtout, elle réveillait la douleur qui sommeillait dans son épaule blessée, mais elle était tellement plus intime, tellement plus exquise que Bilbo n'eut pas besoin d'attendre longtemps avant de succomber à l'orgasme, agrippé aux épaules de Thorïn qui jura sourdement, emporté à son tour par la volupté.
Il s'immobilisa, tenant toujours le hobbit à bout de souffle dans ses bras puis, après un bref moment, il lâcha ses cuisses et le plus petit se réceptionna en chancelant, gardant son appuie contre la bibliothèque, la tête bourdonnant agréablement et le tumulte de son sang s'apaisait peu à peu pour ronronner de satisfaction dans ses veines. Fermant les yeux, il posa le front contre l'épaule forte de son amant, inspirant profondément son odeur en se mordant la lèvre pour retenir un sourire repu. Ca avait été libre, fougueux et sans retenue, et il avait adoré, au delà des mots, mais il ne voulait pas lui faire le plaisir de l'avouer à voix haute malgré tout et il se contenta de parler d'un ton mutin :
— Je t'aurai pensé… Moins romantique que ça…
La remarque fit sourire Thorïn qui passa une main sur sa gorge avant de caresser sa mâchoire et sa joue pour l'inviter à lever le visage et croiser son regard :
— Dixit celui qui se laisse prendre par derrière dans une vieille cave oubliée et poussiéreuse, pour sa première fois avec un mec qu'il affirme détester…
Bilbo eut un souffle heurté et il se pressa contre les étagères, la bouche entrouverte, lorsque celle de Thorïn fondit sur lui, mais le nain se contenta de frôler ses lèvres des siennes en susurrant d'un ton bas :
— Ce que j'ai beaucoup apprécié…
Lui, au moins, était honnête. Mais peut-être un peu trop pour ce pauvre hobbit respectable. Bilbo s'était figé et, choisissant de ne pas relever la dernière remarque, qui lui fit tout de même bien plaisir, il se contenta de répéter d'un ton qui se voulait surpris :
— « Pour sa première fois » ? Tu insinues qu'il y en aura d'autres ?
Le regard du plus grand étincela et, après une dernière caresse sur sa joue, il s'éloigna, gardant un petit sourire gourmand sur ses lèvres fines, et il se pencha pour récupérer ses vêtements, sous l'œil attentif de Bilbo qui s'était avachi contre les étagères, appréciant la vue.
Le prince déchu se rhabilla rapidement, lissant soigneusement les plis de sa chemise, puis il se dirigea vers les escaliers, avant de se retourner brièvement. Son regard glissa rapidement sur Bilbo, nu et sensuellement appuyé contre le meuble, et il haussa un sourcil appréciateur avant de planter son regard dans le sien :
— Al' estäé…
Ho, par tous les dieux de l'ancien temps… Cette voix… Bilbo craquait littéralement lorsque Thorïn parlait dans la langue khazad, et l'entendre prononcer ces simples mots, qui n'étaient que le sobre équivalent de « On se voit plus tard », fit bouillir son sang. Il ne répondit pas et, après un dernier regard, le nain se détourna pour sortir de la vieille bibliothèque.
La chaleur écrasante, contrastant fortement avec la fraicheur de l'air dans la salle enfouie, le ramena immédiatement à la réalité : Azog déplaçait ses troupes vers les Gadolah, et les rebelles de Dale étaient actuellement occupés à préparer la défense et la contre attaque.
Ce n'était qu'une question de jours avant que les orcs ne soient prêts à combattre dans ce milieu et les nains devinait autour d'eux la présence des ombres de Stirnir, combattants silencieux et invisibles qui avaient élevé les techniques d'assassinat au rang d'art.
oOo
Merci d'avoir lu !
Le prochain chapitre aura sa dose de "sweet", mais après ça, la parenthèse se referme et l'action reprendra de plus belle, et ce, pour un bon moment !
Et Merci Gwenn et Ririte pour vos reviews !
Et pour Tasha Lemon (et ceux que ça intéresse), je ne me base pas du tout sur les ressources officielles de Tolkien pour le langage (trop flemmarde pour l'étudier), mais je sait qu'il a créé le Khudzul via les langues sémitiques, du coup, je me base sur mes cours d'hébreu pour la grammaire. Pour le vocabulaire et les noms, j'utilise mes notions d'islandais, d'hébreu et de grec. (d'ailleurs, absolument tous les noms des OC viennent des chevaux nordiques que j'ai au travail cette année... Rasmus est un cheval fou furieux que je dois adoucir pour qu'il soit prêt à la vente, Heljar est l'étalon de ma coach, Eldur est un jeune que je débourrais au printemps, Vidalinn c'est un superbe petit cheval gris avec beaucoup de prestance, d'une lignée renommée et Aska c'est une petite jument que ma coach m'a offerte cet hiver... C'est pour dire à quel point je suis inspirée..)
Et pour la partie Sindarin du chapitre précédent, j'ai simplement reprit une petite particularité chiante du grec Koïné (parlé en méditerrané aux cinq premiers siècles), sur les prépositions. Le truc qui me fait foirer en beauté toutes mes traductions XD
Voilà. Et je brode beaucoup autour aussi, j'invente mes propres notions en faisant en sorte que ça tienne debout.
