La pluie battante frappait sauvagement la vitre de la chambre dans laquelle elle se trouvait. Désordre. Tout n'était que désordre. Et chaos.
Et, au milieu de ce chaos, il y avait ce lit aux draps immaculés, comme un havre de paix, une note de silence suspendue au milieu du maelstrom.
Cela faisait maintenant quelques heures qu'elle était allongée sur ce lit, recroquevillée et suffocante, à force de retenir ses larmes, de peur de déclencher, à nouveau, la fureur incontrôlable de son ravisseur.
Celui-ci était simplement debout, face à la fenêtre de sa chambre contre laquelle il avait posé son front, semblant compter les gouttes qui s'y écrasaient et, ce, depuis des heures. Il n'avait pas bougé, à aucun moment. Si bien qu'Orianne, parfaitement incapable de trouver le sommeil, n'avait osé esquisser le moindre geste, depuis qu'il l'avait amené dans son intimité.
Il y avait de tout dans cette pièce : des fringues, des armes, des livres, des… des choses. Des choses inutiles, des choses brisées, des choses parfaitement indéfinissables. Et des boites. Des boites partout… Rondes, carrées, grandes, de carton, de bois ou de tissus.
Toutes étaient fermées.
Les tiroirs de la commande étaient ouverts, béants, semblant éventrés tellement ils débordaient de toutes ces choses, à l'instar de l'armoire.
Elle avait l'impression dérangeante de se trouver dans la tête du fou qui l'avait amené ici. Tellement de choses se trouvaient là que ça s'amoncelait, des choses d'apparences sobres et inoffensives qui, dans un tel barda, devenaient particules du chaos.

— Tu devrais dormir, ma belle.

Elle serra les lèvres et retint sa respiration lorsque l'autre parla, le front collé contre la vitre sur laquelle les mots chuchotés laissèrent une bué éphémère. Dos à lui, elle voulut prétendre qu'elle dormait, mais elle avait bien compris que le mensonge était prohibé, alors elle souffla prudemment, les mots arrachant sa gorge nouée :

— Je n'arrive pas à dormir.

Il tourna la tête vers elle, le regard baissé, avant de cracher d'un ton de reproche :

— Tu m'avais dit que tu voulais dormir.

Elle déglutit et garda les yeux grands ouverts lorsqu'il se retourna pour marcher vers elle.

— Pourquoi tu ne dors pas, ma belle ?

« Ma belle »… Il avait une manière de prononcer ces deux mots, comme un amant chuchoterait le nom de celle qu'il aimait. Mais de manière parfaitement platonique. Comme un frère chuchoterait le nom de sa sœur avant qu'elle ne s'endorme. Une manière douce, mais empreinte de tellement de douleur qu'Orianne se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux :

— Et vous ? Pourquoi ne dormez-vous pas ?

La question sembla le prendre au dépourvu et il resta sans voix, un instant, avant de concéder d'une petite voix d'enfant qui cherchait à se justifier face à un adulte :

— Mais… Je te l'ai dit… Je te protège.
— De qui ?

Il déglutit et quelque chose d'indéfinissable passa dans ses yeux, avant qu'il ne passe une main lasse sur son visage se balançant d'avant en arrière.

— De lui… De lui… je sais qu'il est toujours là…

Elle grimaça, sans savoir si elle devait lui répondre qu'elle n'avait aucune idée de qui il parlait, mais elle se racla la gorge pour parler avec douceur :

— Heljar… Personne ne me fera pas de mal cette nuit… Tu dois dormir si tu veux être fort pour faire face à tes ennemis…

Un éclair passa dans son regard tout d'un coup lucide et, soudainement, son visage changea à nouveau et, les traits tirés par une haine violente, il se jeta sur elle pour empoigner sa gorge :

— Sale peste ! Tu cherches encore à me manipuler ! Tu veux que je dorme pour mieux te jouer de ma surveillance et rejoindre ton ignoble nain ! Pourriture !

Puis il serra, de toute sa monstrueuse force.

Privée de son souffle, elle ouvrit la bouche sans qu'un son n'en sorte, cherchant désespérément une respiration qui ne vint pas et, rapidement, des tâches noires vinrent lui brouiller la vue alors qu'elle tentait vainement de se débattre et griffer les mains qui tenaient sa gorge. Terrassée, elle sombra dans l'inconscience, percevant à peine que la prise sur sa trachée s'était allégée et que la voix de l'AS la pressait avait urgence :

— Ma belle ! Ma belle ! Attends, ne pars pas ! Je t'ai promis ! Je suis désolé… je suis tellement désolé… Ho, ma belle…

oOo

— Voilà, c'était la dernière caisse !

Sautant au bas de l'X-16, Nori ferma les portes de l'avion tandis que les nains de Dale récupéraient la cargaison, composée essentiellement d'armes, de munitions, d'armures, de provisions et de tout ce qui était nécessaire pour commencer une guerre dans ces montagnes.
L'ambiance dans le camp était plutôt euphorique, alors que les soldats inspectaient les nouvelles armes que Thorin mettait à leur disposition, il s'agissait d'un sacré atout en plus.

Kili, quant à lui, récupéra une caisse avec un sourire d'enfant un matin de noël, attirant l'attention de Bilbo, Dis et Argon, qui étaient avec lui :

— Qu'est-ce ?

Sans répondre, le jeune brun sortit une rutilante arbalète de combat, à la pointe de la technologie, arme redoutable et silencieuse, dont la puissance de tir équivalait celle d'un revolver. Immédiatement, Argon se sentit fondre et il en attrapa une à son tour, bouche bée :

— Elles sont… Magnifiques… Combien y en a t-il ?
— Quatre… Deux ont été faites sur mesure…

Ce fut au tour de Dis d'hausser un sourcil, observant l'arme avec convoitise avant de demander d'une petite voix :

— Pour qui ?

Il fit la moue et montra celle qu'il avait dans ses bras :

— Celle-là m'est réservée. Argon, tu as celle de Dwalin. Les deux autres n'ont pas encore de propriétaire. Je pense que tu peux en prendre une, Dis.

Il n'eut pas à le dire deux fois : la naine se jeta sur la troisième arbalète avec un sourire avide, des étoiles dans les yeux. Respectueux, Argon reposa son arme en assurant gentiment :

— Si la dernière ne se trouve pas d'utilisateur, je pense que vous pouvez la confier à Aska… Elle est très douée avec ce genre d'arme et est la meneuse de nos traqueurs, une unité de combattant légers et silencieux…
— Je vais en parler à Thorïn. Mais je ne pense pas que ça posera de problème si elle utilise celle de Dwalin en attendant qu'il nous retrouve. Et, en ce qui concerne la dernière…

Sans finir sa phrase, il sortit celle qui restait dans la boite et avec un sourire amical, il la tendit à Bilbo :

— Avec l'état de ton épaule, utiliser un flingue ne te sera pas facile. Mais avec ça, tu auras de quoi te défendre sans forcer…

Surpris, Bilbo récupéra l'arme, un peu lourde, qu'il examina avec attention, conscient de l'énormité de cette proposition, au vu de la convoitise qu'il avait deviné dans les regards de Dis et Argon. Il y avait avec ces arbalètes un très grand nombre de carreaux, tous redoutables, certains à tête explosives ou venimeuse, prêts à l'emplois.

— Je n'ai… Jamais utilisé ce genre d'arme…
— C'est très facile, je vais te montrer… Argon, y a t-il un terrain de tir par ici ?

Le jeune brun hocha vivement la tête avant de leur faire signe de le suivre et Dis, son arbalète dans les bras, s'accrocha à lui comme une ombre, mais Thorïn arriva à ce moment, une aura sombre et dangereuse crépitait autour de lui.

— Nori. Kili. Vous prenez l'X-16 et vous vous rendez immédiatement à Pélagir.

Kili écarquilla les yeux, totalement pris de court par l'ordre inattendu et, sans savoir quoi dire, il s'exclama :

— Pélagir ? Mais c'est à l'autre bout de la carte, il y en a pour quinze heures de vol !
— C'est pourquoi vous partez à deux. Vous pourrez vous relayer. N'atterrissez que si nécessaire, pour faire le plein, et à l'écart des villes humaines.
— Que se passe t-il, au juste ?

D'une voix douce, Bilbo s'était adressé au plus grand, dont il sentait la tension qui grondait en lui. Ce dernier soupira, avant de serrer le poing :

— La situation a totalement dérapé à Minas Tirith… Plusieurs attentats ont eu lieu et ont été mis sur le compte des nains. Orianne a disparu et la compagnie est recherchée par les forces de l'ordre du Gondor… Ils sont à Pélagir en ce moment, mais ne pourront pas restés cacher longtemps. Je veux que vous partiez sur le champ pour les récupérer.

Kili serra la mâchoire, se retenant de réagir comme un enfant en rejetant l'ordre de Thorïn et affirmer qu'il préférait rester ici pour se battre. Mais lui et Nori étaient les deux seules personnes capables de piloter le X-16, et personne ne pouvait faire d'une traite le trajet Gadolah-Pélagir-Gadolah sans pause. Il se contenta de soupirer avant de plaquer son arbalète dans les bras d'Argon.

— Je la récupère dans deux jours…
— J'y prendrai le plus grand soin !

Kili hocha la tête, puis il se tourna vers Thorïn. Peut-être était-ce dû à l'imminence de la bataille, leur situation qui semblait désespérée ou, simplement, l'idée de s'éloigner autant de son père adoptif, mais il ressentit le besoin d'avancer sur lui pour l'étreindre affectueusement :

— Attendez-nous avant de commencer les réjouissances…

Il avait parlé d'un ton qui se voulait léger, démenti par son regard si grave, auquel Thorïn répondit d'un ton implacable :

— Si nos contacts se coupent, pour une raison ou pour une autre, retournez à Hnà-Run sans tenter de rejoindre les Gadolah. Et sans discuter.

Kili, qui avait ouvert la bouche pour protester, la referma à la dernière injonction de Thorïn, et ils se séparèrent sans ajouter un mot. Puis il sauta dans l'avion tandis que Nori les salua à son tour, et le X-16, encore chaud, décolla sans attendre.

Les épaules raides, Thorïn suivit son vol du regard, conscient que la situation n'aurait pu être pire. S'ils perdaient la confiance des humains, alors qu'ils étaient déjà dépourvus de tout, ils n'auraient plus qu'à vivre comme ces clans rebelles disséminés un peu partout, coupés du monde et repliés sur eux-mêmes. Et encore, c'était uniquement si ils réchappaient aux troupes de la GITM qui, comme à son habitude, pliait face à l'adversité. Mais ne rompait jamais.
Il avait été bien sot de se penser si proche de l'anéantir… Même avec l'aide de ce connard de Vidalinn, ils semblaient n'avoir aucune chance…

Las, se sentant fatigué de se débattre en vain, il se détourna et rejoignit sa tente afin d'appeler Fili qui, revenant avec l'Embraer, avion prévu pour le combat et non les vols de longue distance, avait besoin de plus de temps pour atteindre les Gadolah, nécessitant plusieurs haltes pour faire le plein. Il voulait le prévenir et lui conseiller de ne s'arrêter que sur des pistes non officielles, d'éviter les courants aériens principaux et de ne surtout pas s'attarder.

— Il n'est pas de bonne humeur du tout…
— Ce qui peut se comprendre…

Bilbo avait répondu à la remarque de Dis en serrant les dents, sentant, comme la naine, que ce n'était absolument pas le moment de contrarier le grand nain. Ils étaient à Dale, aux pieds d'Erebor qu'ils sauraient ouvrir lorsque viendrait le moment et, pourtant, leur avenir semblait, maintenant, totalement bouché. Terrible.

La naine joua un instant avec son arbalète, avant de soupirer et elle suivit mollement les traces de son frère.

— Que fais-tu ?
— Je vais lui parler. Il a besoin de distraction, sinon, il va commencer à se morfondre et deviendra tout simplement invivable.

Bilbo fit la moue, pas vraiment surpris, mais il attrapa le bras de la naine avant de lui lancer un sourire amical :`

— Laisse, je m'en occupe.
— Tu es certain que-
— Ne t'inquiète pas. S'il est question de le distraire, je peux assurer… Je pense.

Pas aussi certain qu'il en avait l'air, il planta-là la naine qui haussa un sourcil surpris, mais ne se fendit d'aucun commentaire et, son arbalète toujours en main, elle se dirigea vers le terrain de tir.

Bilbo, quant à lui, marcha jusqu'à la tente du roi, faisant un petit détour pour éviter d'avoir à passer à côté des troupes d'Eldur ou Baldur, qu'il évitait comme la peste.
Il traversa la première partie de la tente, large et spacieuse, capable d'accueillir une quinzaine de nains, mais actuellement vide, et il continua jusqu'à pénétrer dans les ruines qui composaient l'habitation. Il y avait plusieurs pièces, certains murs étaient faits de toile, d'autres d'anciennes constructions de roche, et le sol était recouvert de tapis résistants et confortables.

Le hobbit hésita un instant face à la tenture qui fermait la chambre occupée par Thorïn, entendant la fin de sa conversation téléphonique avec Fili, puis il prit son souffle et il entra doucement lorsque l'autre raccrocha en soupirant. Assis sur le grand lit de bois couvert d'épaisses étoffes moelleuses, dos à la porte, Thorïn entendit le hobbit arriver, mais il resta immobile, ruminant ses pensées et attendant que le plus petit vienne à lui.
Celui-ci, après une nouvelle hésitation, grimpa sur le lit jusqu'à s'agenouiller derrière le roi pour caresser son dos. Il laissa sa main remonter jusqu'à la nuque qu'il pressa gentiment, sentant sa raideur sous ses doigts, et il appuya un petit baiser sur son épaule couverte d'une fine chemise, avant d'y poser son menton en massant distraitement la nuque.
De peur de dire quelque chose de déplacé, il garda le silence, fermant les yeux pour inspirer à fond l'odeur de Thorïn, qu'il adorait.

— C'est Dis qui t'envoie ?
— Pourquoi ne pourrais-je pas éprouver l'envie de venir te retrouver de mon plein gré ?
— Parce que tu préfères quand on vient te chercher… Tu aimes trop te faire désirer…

Thorïn avait répondu d'un sourire creux, levant sa main pour caresser la joue de Bilbo, encore appuyé sur son épaule. Ce dernier fit la moue et, constatant que le plus grand semblait enclin à parler, il demanda prudemment :

— Que se passe-t-il, au juste ?
— De ce que l'on sait, la GITM a fait exploser le centre pénitencier pour enlever Orianne, faisant passer ça pour une évasion… Suite à ça, les autorités gondoriennes ont voulu arrêter les nains à Minas Tirith, mais Heljar les a massacré avant. Le Gondor nous a donc déclaré criminels en fuite…

Ha. Ce n'était pas une bonne nouvelle du tout … Il pressa les lèvres, avant de reprendre gentiment :

— Des nouvelles d'Orianne ?
— Aucune…
— Que penses-tu qu'ils lui aient fait ?

En réponse, le plus grand détournant les yeux en crispant la mâchoire, préférant ne pas y penser. La main sur sa nuque se délia pour glisser sur son dos, puis son flanc, que le hobbit caressa impudemment :

— Que comptes-tu faire, maintenant ?
— Je vais laisser Dwalin s'occuper d'Orianne s'il s'avère qu'il est encore possible de la sauver. Il ne me laissera pas le choix de toute manière… Pour le reste, nous n'avons plus qu'à espérer pouvoir pénétrer dans la montagne, et y trouver de quoi nous reconstruire… Tout en faisant face aux humains et à la GITM en même temps…
— Erebor est censé posséder un trésor qui dépasse l'entendement… Et les humains ne sont pas si difficiles à convaincre si on y met les moyens…
— Mais serait-ce suffisant pour nous redresser ?
— Pourquoi pas ? Surtout si tu allies Erebor et la Moria à nouveau…

Il avait répondu en commençant à déboutonner la chemise de Thorin, qui haussa un sourcil en se souvenant que, effectivement, le petit historien qui l'aguichait tant avait le pouvoir de lui offrir Khazad-dum sur un plateau d'argent. Il fut tiré de ses pensées lorsque Bilbo fit glisser le vêtement de ses épaules, le mettant torse nu, à la merci de ses lèvres qui commencèrent à embrasser indolemment sa peau.

— Que fais-tu ?

Il pouvait légitimement se montrer surpris du comportement mutin du plus jeune, au vu de la réticence qu'il avait eue avant de s'offrir à lui. Thorïn s'était même attendu à essuyer de nombreux autres refus avant de pouvoir partager à nouveau une étreinte comme celle qu'ils avaient eue la vieille, dans la cave oubliée.

— Je te distrais…
— Je n'ai pas vraiment la tête à ç-

Les lèvres douces de l'historien qui s'écrasèrent contre les siennes l'empêchèrent de finir sa phrase, et celui-ci recula pour susurrer contre sa bouche :

— Justement… Peut-être as-tu besoin de te vider la tête…

Il l'embrassa encore, semblant s'abreuver à ses lèvres avec dévotion.

Séduit, Thorïn se laissa faire, pesant le pour et le contre, sentant en lui la colère née de l'impuissance et de l'injustice rugir impitoyablement mais, peu à peu, touchée par la chaleur douce de Bilbo qui, continuant de l'embrasser, se redressa pour lui faire franchement face, s'installant à califourchon sur ses genoux.
Chaleur qui se répandit, jusqu'à embraser ses émotions déjà violentes et, succombant, il accrocha la nuque du hobbit pour exiger un baiser intense et brulant, avant d'inverser brusquement les positions, l'allongeant sur le dos pour le couvrir de son corps alors qu'il prenait place entre ses cuisses. Dominant et passionné.
Toutefois, d'une pression sur son torse, Bilbo le força à se séparer de lui pour souffler contre ses lèvres d'un ton de reproche :

— Pourquoi tu ne te contentes pas de profiter ?
— C'est ce que je fais… Je profite de ce qui m'est si gentiment offert…

Il avait répondu d'une voix chaude, attrapant sa tunique qu'il lui retira impatiemment, mais le hobbit leva les yeux au ciel en constatant sérieusement :

— Non. Tu ne profites pas. Tu prends le contrôle.

La remarque sèche prit Thorïn au dépourvu, et le nain se redressa légèrement, le regardant dans les yeux, les sourcils froncés :

— Et alors ? C'est ce que tu aimes toi aussi, non ? Au vu des mecs sur qui tu craques, tu ne peux pas te plaindre d'une telle chose…

Le ton ne portait pas de reproche, mais se montrait plutôt curieux, et Bilbo lui rendit son regard.
Bien entendu qu'il adorait ça, se sentir désiré et possédé, mais, s'il s'en était contenté avec Vidalinn, les choses n'en allaient pas de même avec Thorïn. De lui, il attendait plus. Ou moins.

Caressant son torse distraitement, il se redressa, s'allongeant sur le flanc, amenant Thorïn à en faire de même pour lui faire face :

— Ce soir, j'aimerai simplement que tu te laisses aller… Que tu me laisses prendre les choses en main…
— Pourquoi le ferai-je ?
— Je ne sais pas… Me monter que tu me fais confiance… Peut-être…
— Le devrai-je ?

La question était provocante, mais elle amena un sourire sur les lèvres de Bilbo qui, alors que le plus grand le sondait discrètement, bien plus sérieux qu'il le laissait paraître, comprit que le grand roi cherchait, surtout, à retrouver ses appuis après ce terrible revirement de situation.
Parce que Thorïn n'avait toujours pu compter que sur lui même, plus encore lorsqu'il se retrouvait seul à devoir défendre son peuple sur autant de fronts différents. Ayant trop souvent vu la vie détruire ses piliers les plus solides, le nain avait appris à ne se bâtir que sur des choses concrètes, qui ne se déroberaient jamais ou, pire, qui ne se retourneraient pas contre lui.
La confiance était, donc, un concept plutôt flou, pour lui et Bilbo avait peut-être un ou deux trucs à lui apprendre de ce côté là.

— Me considères-tu encore comme ton ennemi, Thorïn ?

Le plus grand ne répondit pas à la question mutine, se contentant de l'étudier intensivement, puis il soupira et se laissa lourdement tomber sur le dos en énumérant platement :

— J'ai tenté de te tuer, j'ai menacer de le faire, alors que tu venais de me sauver la vie, j'ai rompu la parole que je t'avais donnée, je me suis joué de tes sentiments et, surtout je n'ai fait que me montrer rude et ingrat envers toi depuis ton arrivé…

Il n'en rajouta pas et tourna le visage vers Bilbo pour lui demander franchement :

— Que fais-tu encore là, Bilbo ? Est-ce seulement pour Erebor ?

Toujours allongé sur le flanc, jouant distraitement avec les draps, le hobbit lui envoya un regard profond, puis il détourna les yeux en demandant presque timidement :

— Est-ce que tu en doutes ?

Il croisa à nouveau le regard de Thorïn, dont les yeux s'étaient parés d'un bleu chaleureux et émouvant alors qu'il déduisit aisément :

— C'est moi que tu suis… Pourquoi ?

Bilbo fit la moue, puis, à son tour, il s'allongea sur le dos, laissant son regard errer au plafond.

—Tu m'y as invité…
— Tu aurais pu te détourner, tu aurais pu te refuser à moi…

Il se redressa une nouvelle fois pour couvrir Bilbo de son corps, s'abaissant jusqu'à frôler ses lèvres des siennes :

— Tu aurais pu me démolir…
— Comment ? En partageant à la GITM tout ce que j'ai appris de toi ? Je ne l'aurai jamais fais…
— En le choisissant lui

La déclaration sous-entendue ne laissa pas le plus petit indifférent et il déglutit, gardant un court silence, avant de susurrer d'un ton de reproche :

— Tu n'as pourtant rien fait pour tenter de le supplanter…
— Et lui n'a rien fait pour te garder…
— Ce n'est pas de lui que l'on parle.

Il planta son regard dur dans celui du nain qui, sentant qu'il lui devait des explications, eut un sourire séduit :

— Je te pensais… Hors de ma portée…
— Vraiment ?

Tous les deux, conscients que ce n'était absolument pas ce genre de chose qui empêcherait le nain de s'emparer de ce qu'il convoitait, échangèrent un petit sourire complice avant que Thorïn ne caresse sa joue en parlant d'un ton moqueur :

— Qu'aurais-je pu faire, de toute manière, pour te séduire et te garder ? Te draguer ? Je t'aurai fait fuir à la place…
— Sans aucun doute… Je n'ose même pas imaginer l'horreur que tu m'aurais fait vivre…

Ils partagèrent un rire amusé, qui se rompit brusquement lorsque leurs lèvres se trouvèrent à nouveau pour un long baiser exigent et délectable.
Avec gourmandise, Bilbo posa les mains sur les flancs du nain qui le surplombait, avant de les faire glisser sur la peau, jusqu'à malaxer les muscles du dos qu'il trouva, décidément, encore trop crispés et, une nouvelle fois, il se sépara, repoussant Thorïn en soufflant d'un ton qui se voulait ferme :

— Allonge-toi.

Le brun lui renvoya un regard troublé, semblant peu habitué à ne pas dominer incontestablement toute activité de ce genre, mais Bilbo eut un sourire avenant, s'emparant de ses épaules pour l'inviter à s'installer à plat-ventre sur le matelas, malgré ses réticences.

— Sa majesté craint d'abaisser sa défense face à un petit hobbit inoffensif ?
— Inoffensif n'est pas le premier adjectif que j'utiliserai pour te qualifier…
— Vraiment ? Depuis quand ?

Faisant craquer ses doigts, Bilbo s'installa sans ménagement à califourchon sur le bassin du plus grand qui, offert et vulnérable, ne pouvait s'empêcher de se sentir inquiet. Après tout, il n'avait encore jamais baissé sa garde de la sorte face à quiconque, même s'il admettait que le hobbit sortait du lot. Surtout que l'historien avait lui-même consentit à se donner sans concession, lui offrant à la fois son corps et sa confiance, dans cette bibliothèque oubliée, pour une étreinte que le roi n'oublierait pas de sitôt… Confiance qu'il devait honorer et préserver en lui offrant la sienne.

Et puis sa question était mutine, car, lors de leur première rencontre, Bilbo n'avait sans aucun doute pas eu le moindre mal à lire dans le regard de Thorïn que celui-ci ne l'avait absolument pas considéré comme un danger au premier abord…
Mais beaucoup de choses avaient changé depuis.
Le petit agent égaré et rétif qu'il était en arrivant chez les nains n'aurait jamais imaginé qu'il serait, à peine quelques semaines plus tard, occupé à pétrir avec application les omoplates nouées de l'héritier de Thraïn et d'Erebor, presque bicentenaire, au beau milieu des ruines de Dales, après s'être tout simplement détourné de Vidalinn, qui lui avait tiré une balle dans le dos au passage, pour les beaux yeux dudit héritier d'Erebor.

Les choses auraient pu être pires, n'est-ce pas ?

Bien entendu, quitter Vidalinn ne s'était pas fait de gaité de cœur, mais il avait eu un choix à faire et, alors que Thorïn poussait un premier soupir d'aise, s'autorisant peu à peu à se détendre sous les doigts agiles et bienfaisants du plus petit, il ne put s'empêcher de concéder que, malgré toutes les épreuves qui l'attendaient, que ce soit avec ou contre son nouvel amant, il avait pris la bonne décision. Car il sentait que sa place était là, avec et pour Thorïn, et pas en tant que potiche silencieuse.

Et puis il n'avait aucun doute que, même s'il avait suivi son ex, il n'aurait pu se défaire de Thorïn, qu'il avait dorénavant dans la peau.

Alors que Thorin, lui, malgré ses bientôt deux siècles d'existence, avait encore beaucoup à apprendre et, surtout, à gagner, sur certains aspects de sa vie sentimentale qui était, pour l'instant, au point mort.


oOo

Merci d'avoir lu !
Et grooos merci aux reviewers !

J'espère que ça continue de vous plaire !