Le quatrième âge naquit lorsque le roi Elessar Telcontar fut sacré roi du Gondor et d'Arnor, après qu'il eut joué son rôle dans la gigantesque guerre qui avait secouée le monde des hommes libres lors du troisième âge. La guerre contre les armées grouillantes de Sauron, qui gouvernait depuis sa forteresse noire, dans les terres maintenant disparues du Mordor.
Et Aragorn était celui qui avait annoncé la prophétie, née d'un songe qu'il avait eu.

Ce fut à cette période que les derniers elfes avaient pris la mer pour Valinor, laissant à leurs quelques enfants de sang-mêlé la charge du Groupe de Protection contre les Résidus du Mordor, renommée, ensuite, la Guilde Internationale de la Terre du Milieu. La GITM.
Celle-ci était supposée traquer et éradiquer tout héritage du Mordor et prévenir, ainsi, l'expansion de la gangrène de Sauron, qui n'avait pas été totalement détruit.
Mais ce n'était pas une tâche aisée et les ennemis avaient différentes formes, différents noms et différentes manières de combattre…

Et, après des siècles de lutte acharnée, la GPRM perdit le combat.
Corruptrice et insinueuse, l'ombre du Mordor avait touché le cœur des hommes. D'abord les grands dirigeants politiques, qui furent convaincus que la meilleure manière de cesser les guerres, était de faire la paix avec les orcs et d'accepter leur présence toujours plus croissante et agressive. Puis elle s'en prit au poumon même de la Guilde : ses leaders.
Ou, plutôt, son leader.
Personne ne savait d'où il venait, quelles étaient ses origines, ni même sa race, mais Rasmus, par son charisme, son élocution et ses idées novatrices, s'était imposé en quelques décennies comme le maitre incontesté de la guilde. Non pas des siècles auparavant comme le pensait Vidalinn, mais quelques millénaires !
Il avait eu le temps de reformater la Guilde, supprimant ses rivaux les plus dangereux, gardant les plus utiles sous le coude pour les envoyer en première ligne et, doucement, l'objectif premier de la GITM fut modifié. Non pas pour l'or, non pas pour le pouvoir, comme l'affirmait Thorïn.
Mais pour quelque chose que Rasmus convoitait et qu'il ne pouvait obtenir que par la patience, la ruse, et les moyens de la GITM.
Quelque chose qui se trouvait en Erebor.

L'ouvrage le plus récent de la GPRM, un journal, expliquait les craintes que ses auteurs avaient à propos de cet homme, alors qu'il était à peine arrivé. Ils relataient leur lutte au sein même du groupe, pour contrer le pouvoir qu'il prenait, craignant qu'il ne parvienne à obtenir le contrôle total de cette organisation si puissante. Ils déploraient les disparitions de leurs collègues les plus perspicaces, pour terminer avec la décision qu'ils avait prise : emporter les données les plus importantes de la GPRM avant que Rasmus, qui n'était alors qu'un AS ambitieux, ne puisse les étudier, et les cacher à la source.
Ici, dans cette bibliothèque oubliée de tous qui contenait, en son sein, les écrits les plus importants des premiers âges !
Bien entendu, ils furent recherchés, et pas seulement par les agents de Rasmus, mais, depuis des siècles, la quasi totalité du savoir de la Terre du Milieu sommeillait dans les Gadolah, oubliée, peu à peu, de tous.

Cette salle n'était, ni plus ni moins, que le sanctuaire des derniers agents de la GPRM.

Une chance que Kili eut participé à sa recherche avec ses parents, car, sans ça, ils seraient passés à côté de beaucoup de choses. Et, certainement, à l'instar de Thror, ce n'était pas les royaumes nains que Lily avait recherché avec autant d'acharnement, mais la ville antique de Dale, au cœur de laquelle reposaient les écrits sacrés qui possédaient les clés des trésors les plus faramineux de ce monde, autant matériel que culturel.

Et, maintenant, Bilbo, savait comment entrer dans la Montagne, et avait, sous les yeux, les plans du royaume qui le mèneront au « Tombeau des âmes mêlées ».
Il était armé, il avait des vivres et des provisions avec lui, du matériel de spéléologie à disposition…

Posant au sol tout ce dont il n'avait pas besoin, écrivant une courte lettre en Khudzul, avec du vocabulaire simple, qu'il posa bien en évidence, à l'intention de Thorïn seulement, il se prépara, le regard déterminé. Puis il prit le gros livre avec lui, s'assurant des batteries de sa lampe de poche, ferma son sac à dos, et il quitta la salle, qu'il referma soigneusement.
La nuit était tombée. Il venait de passer une journée entière à étudier les textes, mais, ni l'orage, ni la bataille, ne s'étaient calmés.
Discrètement, trempé en quelques secondes, il se dirigea vers les zones les plus calmes, profitant de la pénombre et du bruit omniprésent pour ne pas être remarqué par les orcs.
Il ne savait pas où en étaient les combats, qui avait l'avantage, ni même comment allait Thorïn. Et il préféra ne pas s'en soucier.
Comme une ombre, il fila à travers les ruines, jusqu'à les laisser derrière lui, pour une marche laborieuse qui, il le savait, lui prendrait quelques heures et le mènerait à la Montagne.

oOo

Elle avait mal. Terriblement mal. Sa trachée et sa gorge étaient en feu, sa nuque lui semblait de granit et même ses yeux la brulaient. Chaque souffle semblait porteur d'un vent brulant et corrosif et, dans sa tête, tournaient en boucle les dernières images qui l'avaient accompagnées dans l'inconscience : le regard damné, saccagé et enragé de son ravisseur qui brillait au sein de son visage décomposé par la fureur.
Et, par dessus tout, sa voix brisée qui suppliait alors que la vie menaçait de la quitter :

« Ma belle ! Ma belle ! Attends, ne pars pas ! Je t'ai promis ! Je suis désolé… je suis tellement désolé… Ho, ma belle… »
Ma belle…
Alors qu'elle sortait doucement de l'inconscience, ces deux mots tournoyaient en elle inlassablement, portés par cette voix indéfinissable…
Ma belle… reste avec moi, ma belle… Je t'aime…

En silence, elle ouvrit les yeux, toujours immobile, allongée sur ce lit dur aux draps propres dont elle était, certainement, la première à y dormir.
Heljar était toujours là. Prostré l'endroit exacte où il avait été lorsqu'il s'en était pris à elle, quelques heures auparavant, à en croire les rayons du Soleil qui filtraient à travers la vitre, séchant les dernières gouttes déposées durant la nuit.

Et toujours cette litanie qui filtrait à travers ses lèvres alors qu'il se balançait d'avant en arrière.

— Revient, ma belle, je t'en prie, ne part pas… Je t'ai promis.

« Ma belle ». Un qualificatif.

Ou bien un nom.

Un nom ancien et oublié, qui venait du Nord. Mais elle se souvenait l'avoir déjà entendu.

Mabel.

— Qui était-elle ?

Il sursauta brusquement lorsque la voix éraillée d'Orianne perça sa propre litanie et il se jeta sur ses pieds. Un étrange sourire d'un sincère ravissement illumina son visage lorsqu'il expulsa un soupir soulagé :

— Je pensais que tu étais morte, toi aussi !

En grimaçant, elle se redressa, la respiration sifflante et la tête bourdonnante, mais elle parvint à assurer d'une petite voix :

— Il en faut plus que ça pour venir à bout d'une naine…

Le regard de l'autre changeant alors qu'il l'étudia à nouveau, une moue déçue ourla ses lèvres lorsqu'il se détourna, les épaules basses alors qu'il se souvenait.

— Tu es une naine, toi… Et une menteuse. Comme toutes les autres.

Elle ne répliqua pas, se contenta de le sonder avec une inquiétude mêlée à la curiosité et, à nouveau, elle demanda spontanément :

— Qui est Mabel ?
— Personne.

Il avait répondu vivement, avec brutalité, en s'éloignant, comme s'il la fuyait soudainement, et elle s'assit sur le lit en jugulant un vertige.

— Tu sais que je ne suis pas elle.

Elle se doutait bien qu'elle prenait un risque en cherchant à le persuader d'une telle chose, vu que, lorsqu'il la considérait encore comme la copine de Dwalin, il était question de la découper en morceau et faire durer son agonie, mais elle sentait que jouer avec sa folie, en le laissant la confondre avec cette autre, lui était tout aussi dangereux. Surtout qu'elle avait bien compris qu'il ne fallait pas lui mentir.

Il se contenta de la sonder un instant, en grimaçant, avant de rétorquer sèchement :

— Je le sais, oui, tu es la pute de Dwalin.

Il avait retrouvé ce calme en surface, presque lucide, qu'il avait en temps normal. Celui d'un AS dangereux, membre des dix, aux conseils incisifs et aiguisés, comme si la lumière du jour avait gommé sa folie qui débordait durant la nuit.

Elle se recroquevilla, presque rassurée d'un côté, mais, cette fois-ci, terrifiée à l'idée qu'il revienne à son idée première et s'en prenne à elle pour attaquer Dwalin. Entre la folie ou l'AS, elle ne savait pas qui était le moins pire.

— Qu'allez-vous faire de moi ?

Elle n'avait pas vraiment envie de le savoir, mais elle préférait ça plutôt qu'être plongée dans un doute permanent. Il l'a regarda d'un air absent, avant d'hausser les épaules.

— Le simple fait de te savoir avec moi doit le rendre fou… Ne pas savoir… C'est peut-être la pire des choses…

Il avait parlé d'un ton grave, presque éteint, et elle serra les lèvres avant de constater d'une petite voix :

— Vous… Vous semblez bien plus doué qu'Azog en ce qui concerne la torture…

Contrairement à la veille, elle n'avait pas essayé de le flatter, mais il haussa un sourcil et tourna soudainement la tête vers elle, la sondant avec surprise et, encore une fois, cette fierté bafouée, avide de faire ses preuves brilla dans ses yeux. Comprenant qu'il attendait qu'elle en dise plus, elle justifia :

— Lui n'a aucune idée de la puissance des sentiments et émotions… Il ne connaît pas ça. Il ne connaît que la douleur physique… Alors que vous… Vous savez à quel point un esprit peut souffrir… Jusqu'à s'orner de cicatrices béantes et irréversibles…

Elle avait parlé d'une voix curieuse, se redressant pour mieux le sonder alors qu'elle lisait dans son regard tout en parlant :

— Vous le savez parce que vous en avez déjà fait les frais… Vous connaissez cette douleur qui n'a pas de limites physiques… La douleur de la perte…

Il lui renvoya un regard trouble, avant de s'écarter pour cracher méchamment :

— Celle que Dwalin connaitra bientôt.

oOo

— Ho la la la ! Merde, merde, merde !

En jurant, Dis se jeta au sol, imitée par la quinzaine de soldats qu'elle avait emmené avec elle.
Une salve de balle leur passa au dessus de la tête et, dans l'obscurité de la nuit tombante, elle put voir le mouvement de leurs adversaires qui se coulaient parmi les ombres. Ils portaient bien leur nom, ces connards.
Des soldats surentrainés aux techniques de combats à distance, au camouflage et d'une rapidité et dextérité effarante. Les battre n'était pas aisé, mais les approcher était pire, surtout maintenant qu'ils étaient repérés.

Elle savait que, sur le versant opposé, Aska déployait en silence ses soldats, très efficaces eux aussi dans le combat à distance et qui pourraient les couvrirent de manière efficace. Mais Dis, elle, restait la couillonne de service qui allait devoir se taper les corps à corps. Ah, vraiment, merci Thorïn ! C'était la dernière fois qu'elle faisait une suggestion à son frère.
Trépignant de rage, elle du se contraindre à rester à couvert, incapable d'ordonner le moindre mouvement tant que les ombres les avaient dans leur collimateur. Sympa.

Puis les tirs cessèrent et elle se tendit, prête à passer à l'attaque. Mais elle se figea lorsqu'ils reprirent de plus belle, deux fois plus nombreux et nourris, huit-cents mètres plus loin.

A l'instar de ses soldats, elle se pétrifia. Leurs ennemis étaient bien plus nombreux que ce qu'ils avaient deviné. Et, surtout, semblaient avoir deviné leur coup il y a un bon moment déjà, car, sans aucune chance de retraite ou de couvert, le régiment d'Aska se fit mitrailler impitoyablement, piégé par les ombres qui les encerclèrent de manière fulgurante.

— Contacte Thorïn, vite ! Nous allons perdre le régiment d'Aska !

Furieuse, elle hurla sur le sergent plus proche d'elle avant de se jeter sur ses pieds, à découvert, pour charger sur les ombres qui les menaçaient. Ils étaient moins que dix, bordel. Une putain de diversion ! Elle venait de se laisser leurrer comme une bleue et, pendant ce temps, la petite fille de Khaënin croulait sous les balles de la division toute entière, menée par Stirnir qui prenait son pied à voir l'élite des combattant nains s'écrouler un à un.

Habillée, comme ses hommes, d'une simple armure légère, vulnérable aux balles qui s'abattaient autour d'eux, privée du moindre abri où ils auraient pu se mettre à couvert, Aska n'eut d'autre choix que se cacher sous le corps encore chaud de l'un de ses soldats et de fermer les yeux en priant pour que la pluie de feu et de mitraille cesse.
Elle avait le gout du sang dans la bouche, et les yeux voilés de larmes de détresse et de douleur alors qu'elle entendait, autour d'elle, les râles d'agonie de ceux qu'elle considérait comme ses amis.
Ils ne l'avaient pas vu venir, celle-là. Persuadés d'avoir été discrets, ils ne s'étaient pas doutés qu'ils étaient, en réalité, attendus de pied ferme.
C'était un cauchemar. Ils n'avaient aucune solution de repli, les rares soldats qui essayaient de se défendre se faisaient tirer comme des lapins, et ceux qui, comme elle, s'étaient tassés au sol en attendant une ouverture pour agir risquaient à tout moment de se faire faucher. Et les rafales qui ne cessaient pas…

Mais, soudainement, les tirs stoppèrent, les oubliant un instant pour changer de cible : Dis, cette insensée, qui osait charger les ombres accompagnée de seulement quinze soldats.
Il ne s'agissait pas de leur porter le moindre préjudice mais, au moins, de permettre à la petite-fille de Khaenïn de se réorganiser :

— A couvert, vite !

Hurlant son ordre, elle se jeta sur les pieds, tressaillant lorsqu'une violente douleur la fit trébucher et l'un de ses chasseurs la rattrapa avant qu'elle ne tombe au sol : Sa jambe droite réduite en charpie par un tir sournois.
Paniquée, elle leva le regard sur celui qui la tenait, consciente qu'elle venait de devenir un boulet, rien d'autre, et, soudain, tétanisée à l'idée d'être laissée en arrière, pour morte.
Mais on la traina à l'abri, où elle pu voir, avec effarement, que seule une vingtaine de chasseurs s'était levée. Sur cinquante.

Elle avait envie d'hurler, de fondre en larme et de s'écrouler. Ses jambes ne la portaient même plus et, avachie contre un rocher, elle se contenta de ravaler ses sanglots.
C'était son premier combat, mais certainement pas le dernier et elle ne comptait pas faire défaut à son titre et ne pas se montrer indigne de son grand-père.
Son regard sombre étincela soudain et, d'une voix implacable, elle siffla ses ordres :

— En soutient !

Attrapant l'arbalète de combat de Dwalin que Thorin lui avait confié, plus légère que son fusil d'assaut, elle se redressa, faisant fit de sa jambe blessée qui la faisait boiter sévèrement, et se coula dans la nuit pour prendre à revers les ombres qui canardaient le groupe de Dis, maintenant dispersé dans les rochers. Ils avaient au moins l'avantage d'être en amont, et la pente pour rejoindre leurs ennemis était raide et beaucoup de rochers leur offraient une couverture efficace.

Son arme silencieuse fit des ravages, mais elle entendait ses soldats tomber autour d'elle et, se battant avec l'énergie du désespoir, elle tenta de faucher le plus de vie possible, consciente qu'elle n'avait plus aucune chance d'arriver au bout de ce combat, coincée par ses ennemis qui étaient à peine embêtés par l'action de Dis. Le nain qui l'avait aidé à se remettre sur pied, un ami proche de Khaenïn, qui l'avait vu grandir, ne la quittait pas d'une semelle et, déterminée, elle parvint à se faufiler jusqu'à ses adversaires, accompagnée de trop peu de ses soldats.
Sortant deux longs poignards effilés et redoutables, ses armes favorites, elle entama une danse macabre, silencieuse et très efficace, prenant les ombres au dépourvus, moins habitués à combattre au corps à corps qu'à distance.
Diversion qui permis à Dis de se mettre à nouveau à découvert pour se jeter à son tour dans la mêlé, armée d'un sabre courbé, abattant les soldats de Stirnir comme on fauchait des mauvaises herbes.

Mais, soudainement, les ombres s'esquivèrent et disparurent, fuyant le combat, laissant les deux naines, dos à dos, couvertes de sang et à bout de souffle. Avec elles, moins de quinze nains se tenaient encore debout, et déterminés à le rester.

Un claquement de main se fit entendre et, sans prévenir, Stirnir apparut, l'air extrêmement fier de lui et un sourire malsain étirait ses lèvres fines alors qu'il applaudissait mollement le petit groupe de nain, à nouveau encerclé par les combattants à distance.

— Vous êtes plus résistants que vous en avait l'air, mais pas moins stupides…

Son regard survola le groupe de farouches guerriers, imperméable à leurs regards mortels, puis il tomba sur Aska et Dis, et son sourire devint gourmand :

— Epargnez les deux naines, abattez les autr-

Sa phrase devint un cri de douleur lorsqu'un carreau empoisonné lui traversa l'épaule, puis continua sa course en transperçant la gorge de l'ombre qui se tenait derrière lui, avant d'éclater la roche dans laquelle il se planta, et Dis baissa son arbalète tandis que les nains se mettaient rapidement à couvert malgré la soudaine pluie de balles.
Encerclés, ils voulurent se défendre, mais les ombres, insaisissables, évitaient leurs carreaux et leurs balles comme s'ils n'étaient faits que de vent.

— Butez la, cette salop-

Stirnir, qui avait hurlé son ordre en se tenant l'épaule ensanglantée, ravala son ordre qui se transforma en gémissement lorsque, soudain, tombant du ciel, une salve de mitraillette s'abattit sur ses hommes.

Sous les vivats des nains galvanisés, le X-16, piloté par Nori, survola le champs de bataille avant de faire un cours virage, ignorant la pluie battante, pour revenir en piqué. Quelques nains de la compagnie de Thorïn, tous lourdement armés, se jetèrent au sol, au sein des ombres lorsque l'engin s'approcha, avant de décoller à nouveau, et, sans pitié, ils firent des ravagent parmi les soldats de Stirnir, pris au dépourvu. Encore dans l'appareil qui survola les soldats ennemis, Bombur faisait tomber des explosifs, nettoyant la zone et créant un périmètre de sécurité autour des survivants.

— Gloïn, Oïn, contournez par l'Est, ils vont tenter de fuir !

Donnant ses ordres, Kili décochait carreaux sur carreaux, faisant tomber, à chacun de ses tirs, un ombre de plus, tandis qu'Aska et Dis se jetaient avec plus de hargne encore dans le combat.

— Dispersion ! On se-

Braillant ses ordres, blanc comme la neige et suffocant à cause du poison qui coulait maintenant dans ses veines, Stirnir tenta de reprendre l'avantage, mais, malgré l'orage, un bourdonnement se fit entendre et, soudainement, le X-16 leur fit face, coupant la route des derniers ombres qui ne purent s'enfuir. Il ne s'agissait absolument pas d'un avion de combat, mais Bofur et Bombur se laissèrent tomber, chacun armés de lourdes sulfateuses. Ils n'eurent aucune chance.

Pleurant de soulagement, supportée par Dis qui l'aidait à ne pas s'écrouler, Aska ne chercha pas à détourner le regard lorsque Kili, sans aucune hésitation, s'avança sur Stirnir, vaincu par le poison, maintenant agenouillé à terre, en dégainant un poignard qui fusa vers la gorge offerte de l'A.S.

Le sang jaillit brutalement et sans s'occuper du corps qui s'écroula au sol, le nain brun se tourna vers les naines pour jauger leur état, avant de donner ses ordres :

— Oïn, Bofur, Bombur. Chargez tous les blessés dans l'X-16 et rejoignez la ville. Tous ceux encore aptes à combattre, venez avec moi !

Dis et la dizaine de rebelles encore debout se ruèrent à la suite des nains de la compagnie tandis que, à peine consciente, Aska se laissa tomber dans les bras de Bofur qui l'emmena jusqu'au X-16 que Nori venait de poser au sol.

oOo

La mâchoire crispé, Thorïn attendit que Nori coupe les moteurs du X-16, avant de se ruer vers l'avion et accueillir ses amis les plus chers, fronçant les sourcils lorsqu'il remarqua l'absence de la plupart d'entre eux, dont Kili et Dis, mais Oïn, qui aidait à décharger les blessés, le rassura immédiatement :

— Ils sont restés dans les Montagnes.
— Et Stirnir ?
— Les ombres ne sont plus…

Le roi eut un soupir de soulagement, avant de se figer lorsque, nonchalamment, un vieillard humain sortit à son tour de l'X-16 en tenant son chapeau. Interdit, Thorin regarda le vieil homme sans parvenir à percer la raison de sa présence incongrue parmi eux, et, à nouveau, Oïn se pencha sur lui pour chuchoter à son oreille :

— Gandalf, le type qui s'est occupé de notre défense lors du procès. Il est réapparu au moment où Kili et Nori nous ont récupéré et a insisté pour nous accompagner dans les Gadolah.

Thorïn haussa un sourcil peu ravi, mais il rendit son salut à Gandalf qui s'inclina brièvement face à lui, avant de parler avec urgence :

— Où se trouve Bilbo ?

Thorïn le jaugea d'un regard méfiant, mais, après une brève hésitation, lisant dans le regard sans âge du vieil homme qu'il avait tout intérêt à ne pas le contrarier, et, surtout, avide de retrouver, même brièvement, son amant, il l'invita à le suivre jusqu'à la bibliothèque oubliée.

Les combats dans les ruines continuaient sur plusieurs fronts, mais l'accès jusqu'aux colonnes était dégagé et le nain pu y conduire l'humain sans heurts. Toutefois, il fronça les sourcils lorsqu'il vit que la porte était scellée et, l'ouvrant rapidement, il se pressa dans les escaliers, sentant que quelque chose n'allait pas. Ce qui se confirma lorsqu'il trouva la salle vide et, la poitrine compressée, il s'approcha de la table pour y récupérer l'enveloppe adressée à son nom tandis que, avec curiosité, Gandalf découvrit la bibliothèque, parcourant du regard ces livres qui, il le sut immédiatement, avaient tous plus de valeur historique les uns que les autres.
Avant même que Thorïn eut fini de lire les mots de Bilbo, le vieillard murmura doucement :

— Il va entrer dans la montagne.

Confus, le nain leva les yeux vers lui lorsqu'il s'assit lourdement sur un banc qui tenait à peine debout :

— L'idée n'a pas l'air de vous enchanter…

Gandalf lui retourna son regard pas dessous ses sourcils broussailleux, avant de concéder :

— Il risque de déclencher la prophétie du roi Elessar.

Le nain tiqua et croisa les bras, soutenant sans mal le regard énigmatique qui ne semblait pas de cet âge :

— Ca pose un problème ? Ce ne sont que des divagations d'un homme… La montagne est là, à porté de main. Si nous portons crédit à tous les textes anciens qui-
— Et en quoi comptez-vous porter crédit, si ce n'est aux paroles des sages de l'ancien temps ? Paroles qui ont dicté les actes de vos aïeuls et poussent vos ennemis à agir…

Sèchement, Gandalf l'avait repris comme un professeur reprenait un élève contestataire mais, peu intimidé, Thorïn se braqua :

— Des mots qui n'ont que le sens que nous voulons bien leur donner...
— Certes. Mais nous ne devons pas prendre ça à la légère. L'avènement de cette prophétie enclenchera un bouleversement conséquent qui gagnerait à arriver le plus tard possible… Car ce monde n'est pas prêt à encaisser ce qui risque de suivre !

Cette fois-ci, un silence blanc répondit à la phrase implacable et le roi ne sut pas vraiment comment prendre la déclaration. Toutefois, il y avait quelque chose, chez ce vieillard, que le nain ne pouvait mettre en doute et, soudainement, il demandant d'un ton autoritaire :

— Qui êtes-vous ?
— On m'appelle Gandalf.
— Je reformule : Qu'êtes-vous ?

Cette fois-ci, un sourire étrange et pétillant lui répondit. Et il comprit qu'il se trouvait face à quelque chose sur laquelle ni le temps, ni les ombres n'avaient aucune emprise, un être qui n'était pas de cet âge, ni même des précédents, mais, plutôt, qui appartenait à l'ancien monde, celui qui se situait au delà des rivages, et il fit un pas en arrière, demandant une nouvelle fois d'une voix plus grave, inquisitrice :

— Qui êtes-vous ? Et que faite vous ici ?

Gandalf le sonda encore, avant de répondre gentiment :

— J'ai une dernière chose à terminer ici… Quelque chose qui dure depuis trop longtemps et je pourrai, alors, retourner d'où je viens…
— D'où venez-vous ?
— Très loin. Vous n'avez pas idée…

La voix était usée, et fatiguée. Celle d'un vieille homme en fin de vie qui avait passé son existence à porter le fardeau du monde entier sur ses épaules, et Thorïn l'étudia avec méfiance, avant de poser la première question qui le tourmentait :

— Bilbo est-il en danger ?

Gandalf hésita, mais ce fut sans hésiter qu'il répondit avec franchise :

— Il l'est, oui. Mais vous ne pouvez rien faire pour lui, maintenant. Plus personne ne le peut…

Il tressaillit et regarda à nouveau la lettre de Bilbo qu'il avait encore dans les mains, relevant sans mal les coordonnées bien en évidence qu'il y avait laissé afin de lui permettre de retrouver la deuxième entrée dans la montagne.

— Que va t-il se passer, au juste ?

L'autre secoua tristement la tête, avant de concéder du bout des lèvres :

— Notre ennemi va se dévoiler…
— Qui est-il ?
— Celui que l'on croyait éteint… Sauron, le seigneur noir du Mordor, avide de récupérer ce qui est sien…
— Parlez-vous toujours par énigme, ou bien ai-je la moindre chance de comprendre ce qu'il se passe sans y passer des heures ?

Les sourcils broussailleux de Gandalf se rejoignirent sous l'agacement, mais, patient, il demanda simplement :

— Qu'êtes-vous prêt à entendre, Thorïn fils de Thraïn ?


oOo

Merci d'avoir lu !
Je pense que la totalité de l'intrigue de l'histoire se dévoilera, enfin, dans le prochain chapitre :D

J'espère que ça continue de vous plaire !

Et grooooos merci aux reviewers, vous m'encouragez vraiment !
(Je l'avoue, je ne répond pas à tout le monde mais j'essaie dans la mesure du possible et ça ne veux pas dire que je ne prend pas de plaisir à vous lire !)